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Le Courrier des pays de l'Est

2005/3 (n° 1049)



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La décennie 1990 a vu en Europe centrale et orientale le retour des « fils prodigues ». Une certaine élite politique et économique, originaire des Etats-Unis, a rapidement exercé de hautes fonctions au sein de l’appareil d’Etat de ces pays. Son rôle, pourtant significatif dans la conduite de la politique étrangère des PECO, a jusqu’ici été peu étudié [1]  Voir par exemple H. Best, U. Becker, Elites in Transition... [1] . D’où vient cette élite et quelles sont ses caractéristiques ?

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Quelle influence exerce-t-elle ? C’est après avoir dressé le portrait de personnalités marquantes, souvent naturalisées américaines autrefois, qu’il devient possible de dégager certaines spécificités. Quant à l’engagement de cette élite en faveur de Washington, il semble d’autant mieux accepté par les populations locales qu’il s’agit souvent de renouer des liens historiques et culturels, fondés sur une forte immigration et sur la présence aux Etats-Unis d’importantes communautés d’origine polonaise, hongroise ou lituanienne notamment. Un phénomène qui peut faire craindre aux défenseurs d’une Europe forte, une orientation plus atlantiste qu’européenne de la politique étrangère des PECO et un tropisme anglo-saxon.

L’apparition d’une nouvelle élite

Portraits d’exilés

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Valdas Adamkus est né le 3 novembre 1926 à Kaunas en Lituanie. Adolescent, il milite pour l’indépendance de son pays. En juillet 1944, sa famille doit fuir l’avancée des troupes soviétiques [2]  La défaite de l’Allemagne, qui avait envahi les pays... [2] et trouve refuge en Allemagne. Il y entreprend des études supérieures, à la faculté des sciences naturelles de Munich. En 1949, il émigre aux Etats-Unis et travaille près de Chicago, où il se montre très actif au sein de la communauté lituanienne et prend la tête de l’association Santara-Sviesa (Entente et Lumière). Après avoir suivi une formation d’ingénieur à l’université de l’Illinois, il participe en 1972 à la création de l’Agence de protection de l’environnement pour la région Nord-Ouest, dont il sera administrateur de 1981 à 1997. Ses fonctions lui donnent l’occasion de revenir régulièrement dans son pays natal, dans le cadre du partage des expériences pour résoudre des problèmes communs à la région américaine des grands lacs et à l’espace baltique. En 1992, il retrouve la citoyenneté lituanienne et participe, quelques mois plus tard, à la campagne du candidat de centre-droit à l’élection présidentielle, Stasys Lozoraitis. Ce dernier doit s’incliner devant l’ancien chef de l’ex-Parti communiste, Algirdas Brazauskas, mais Valdas Adamkus prendra sa revanche lors du scrutin de janvier 1998, qu’il remporte avec une courte majorité (50,37 % des voix).

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Cinq ans plus tard, en janvier 2003, il ne parviendra pas, mais de peu, à se voir confier un second mandat. La destitution en avril 2004 par le Parlement lituanien de son successeur, Rolandas Paksas, accusé de corruption et d’entretenir des liens avec le crime organisé, permet à Valdas Adamkus de redevenir Président de Lituanie [3]  Cf. Céline Bayou, Jaroslav Blaha « Crise politique... [3] . Il est élu au second tour le 27 juin 2004 avec 52,14 % des voix contre 47,86 % à sa rivale Kazimira Prunskiene, excommuniste et ancien Premier ministre, candidate de la gauche.

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Le parcours de Valdas Adamkus n’est pas un cas isolé. Son homologue de Lettonie, Vaira Vike-Freiberga, a vécu au Canada pendant près de quarante ans. Née en décembre 1937 à Riga, sa famille quitte la Lettonie en 1944 et s’installe en Allemagne, puis au Maroc. Emigrée au Canada, Vaira Vike-Freiberga suit des cours de psychologie et devient professeur à l’université de Montréal en 1979. Elle ne revient dans son pays qu’en 1998 pour diriger l’Institut de Lettonie, chargé de promouvoir ce pays à l’étranger.

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Puis en juin 1999, elle est élue présidente de la République et réélue pour un mandat de quatre ans en juin 2003.

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Cette situation pourrait paraître anecdotique, mais elle est symptomatique du « rêve américain » qui perdure en Europe centrale et orientale, vu l’accueil fait à ces anciens exilés à leur retour.

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Dans les premières années de l’indépendance, les Etats baltes ont été pragmatiques, autorisant sans guère de formalités le retour au pays natal. Mais la double nationalité, non autorisée légalement suite au vote de lois sur la citoyenneté, comme en Estonie en 1995, ne fut accordée qu’exceptionnellement. Un autre exemple célèbre de retour est celui de la femme de Viktor Iouchtchenko, élu fin 2004 Président de l’Ukraine, Ekaterina Choumachenko, dont les parents avaient émigré aux Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale. Diplômée des universités de Chicago et Georgetown à Washington, elle est revenue en Ukraine en 1992 pour participer à un programme éducatif financé par le gouvernement américain.

Anciens et nouveaux dirigeants

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Ayant, par le passé, monopolisé les postes de direction dans les entreprises publiques et dans l’administration, les anciens communistes furent, dans certains pays, en mesure de conserver leur pouvoir économique et politique lors de la transition du début des années 1990. Malgré le ressentiment des populations à leur égard, bien souvent il n’existait en fait pas d’alternative [4]  Il est à ce sujet nécessaire de distinguer selon les... [4] .

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Le changement institutionnel fut mené par d’anciens cadres, tels Ion Iliescu en Roumanie, mais aussi par d’anciens dissidents, comme en Pologne et en République tchèque. Mais le cas de figure le plus singulier a trait au retour d’exilés formés aux Etats-Unis et y ayant exercé de hautes responsabilités, comme Valdas Adamkus, Vaira Vike-Freiberga ou Milan Panic. Ce Serbe, né en décembre 1929, incarne lui aussi le rêve américain. Arrivé en 1956 aux Etats-Unis avec vingt dollars en poche, il fonde trois ans plus tard la société ICN Pharmaceuticals à Pasadena (aujourd’hui MPBiomedicals, une très importante société pharmaceutique californienne). En juillet 1992, il devient Premier ministre de la République fédérale de Yougoslavie.

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Son parcours politique sera toutefois éphémère, car il doit démissionner l’année suivante, désavoué par la Chambre des députés à cause de sa politique jugée trop conciliante à l’égard de la Croatie. Il sera ensuite un temps conseiller de Vaclav Havel pour les réformes économiques en République tchèque.

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L’intention fut prêtée à Madeleine Albright de succéder à Vaclav Havel à la tête de la République tchèque. Née en 1937 dans les environs de Prague, fille d’un diplomate tchécoslovaque en poste à Belgrade, la jeune adolescente, nommée alors Madlenka Korbelova suivit sa scolarité dans la capitale serbe [5]  En 1941, après l’invasion allemande, sa famille se... [5] . Après la démission du Président Edouard Benes, en 1948, la famille Korbel s’exile aux Etats-Unis. La jeune fille poursuit ses études et épouse Joseph Albright, directeur d’un groupe de presse. Assistante du sénateur démocrate Edmund Muskie, puis de Zbigniew Brzezinski, elle devient une familière des cercles politiques. En janvier 1997, Madeleine Albright succède à Warren Christopher au poste de Secrétaire d’Etat et le restera jusqu’en 2001.

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Il serait tentant de ne retenir que ces cas illustres, mais il existe d’autres figures, moins connues, de cette élite formée en Occident. Qui a été de 1999 à 2003 en Estonie à la tête de la Chancellerie d’Etat, puis ambassadrice au Portugal à partir d’août 2003 ? Aino Lepik von Wiren, fille du poète estonien de renom Kalju Lepik, née en 1961 à Stockholm et qui a conservé sa nationalité suédoise. Qui a été le conseiller pour les Affaires étrangères du Président d’Estonie, Lennart Meri ? Toivo Klaar, qui est toujours de nationalité canadienne. Les ambassadeurs d’Estonie en Allemagne et en Autriche en 2001, respectivement Riina Kionka et Mart Laanemae, étaient également ressortissants suédois.

Une formation américaine

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Dans la plupart des cas, l’exil de cette nouvelle élite n’a pas été temporaire :

il s’agit fréquemment de personnes dont la vie s’est essentiellement déroulée à l’étranger et qui n’ont donc guère connu leur pays natal. Toutefois, ils sont restés très fidèles à leurs origines et ont contracté des mariages endogames.

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Imants Freibergs, le mari de l’actuelle Présidente de la Lettonie est un Letton.

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Tout comme Alma Adamkiene, épouse du Président de Lituanie [6]  Conformément aux travaux de V. Stolarik (cf. la bibliographie... [6] est lituanienne C’est sans doute également cette fidélité qui explique pourquoi Jonas Kronkaitis, arrivé aux Etats-Unis à l’âge de quatorze ans et qui servit au Vietnam, est devenu commandant en chef des forces armées lituaniennes.

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Cette élite se distingue évidemment de celle qui a émergé sur place par une pratique des affaires publiques plus « occidentale ». Elle s’est de plus entourée de collaborateurs jeunes, de retour eux aussi, ou ayant à peine connu l’époque soviétique, ce qui constitue un avantage dans des pays où la corruption peut parfois s’expliquer par la complicité au sein d’anciens réseaux restés opérationnels malgré le changement de régime [7]  En Pologne, le Premier ministre, J. Oleksy, accusé... [7] . L’élite provenant de l’immigration joue ainsi un rôle décisif dans le building power des pays d’Europe centrale et orientale en imposant des modes de fonctionnement proches du modèle germanique ou américain.

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C’est notamment le cas du lobby The Lithuanian American Community (LAC), qui a été constitué aux Etats-Unis en 1952 à l’initiative de réfugiés politiques. A l’origine, le LAC était une société d’entraide et culturelle, mais ses membres ont participé au succès de la transition politique de la Lituanie à partir de 1990, grâce à des missions d’experts et à des programmes de formation.

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Ce phénomène n’est néanmoins pas spécifique à cette région. Tansu Ciller, ancien Premier ministre de Turquie, Lee Teng Hui, président de la République de Chine, ou encore Goh Chok Tong, l’actuel Premier ministre de Singapour, ont effectué leurs études supérieures aux Etats-Unis. (Le Département d’Etat américain se vante par ailleurs de former les leaders de demain [8]  « Foreign Students Yesterday, World Leaders Today »,... [8]  ). Les Roumains, Florin Georgescu, ministre des Finances de 1992 à 1996, Lucian Mihai, ancien président de la Cour constitutionnelle de Roumanie ou le vice-Président serbe, Miroljub Labus, ont également fait leurs études supérieures aux Etats-Unis.

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Cette élite n’a pas seulement étudié aux Etats-Unis, elle est devenue américaine. C’est par exemple le cas de Vardan Oskanian, diplômé de Harvard et actuel ministre des Affaires étrangères d’Arménie, qui a été naturalisé, mais a dû renoncer à cette nationalité pour pouvoir exercer cette fonction dans son pays d’origine. Certes la situation n’est pas inédite, mais elle demeure néanmoins singulière. Le passé américain de cette élite explique qu’elle dispose de précieux et importants relais au sein du pouvoir aux Etats-Unis. Ceux-ci sont-ils mis à profit par leurs bénéficiaires pour influer sur la politique étrangère de leurs pays ?

La politique étrangère des PECO à l’égard des Etats-Unis

Des liens historiques

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Au sein de la « nouvelle Europe », les Etats-Unis, considérés comme plus pugnaces dans le combat contre le communisme que les Européens de l’Ouest, ont toujours bénéficié d’une image flatteuse. D’une manière générale, les liens sont d’ordre affectif et relèvent davantage du mythe que de la réalité, quand on connaît les réelles difficultés d’intégration que rencontrèrent les immigrés hongrois, polonais ou tchèques [9]  Cf. J. Puskas, Ties that Bind, Ties that Divide, 100... [9] . La naturalisation américaine de sportifs de haut niveau est encore perçue comme une consécration. Jaromir Jagr, joueur vedette de l’équipe de hockey des New York Rangers, né dans la ville tchèque de Kladno, Gene Kotlarek, champion tchèque de ski dans les années 1960, ou encore la roumaine Nadia Comaneci et son compatriote, Johnny Weissmuller, champion olympique de natation et célèbre interprète de Tarzan, suscitent toujours l’admiration dans leur pays natal et ont même vu leur prestige grandir en devenant citoyens américains. De même, l’exil aux Etats-Unis de « héros nationaux » tchèques, comme le capitaine d’industrie Tomas Bata ou le cinéaste Milos Forman, fut davantage perçu comme un signe de réussite que comme une trahison. Les Tchèques se plaisent à répéter que le dollar provient de la pièce tchèque « Tolar » ou « Joachimstaller », originellement frappée à Jachymov, ou encore que le fondateur de Mc Donald’s était le petit-fils d’un juif tchèque. De même, John Kerry est citoyen d’honneur de la bourgade morave de Horni Benesov, car le grand-père du candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine y était né en 1873.

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Le tableau ci-dessous propose les dernières statistiques disponibles sur les personnes originaires d’Europe centrale et orientale résidant aux Etats-Unis, mais l’importance réelle de ces populations est difficile à établir [10]  Il convient de distinguer trois catégories : les étrangers... [10] . Par exemple, la communauté d’origine lituanienne serait estimée à près de 800 000 personnes, ce qui est considérable en comparaison des 3,6 millions de Lituaniens. Quant aux citoyens américains d’origine hongroise, ils seraient au nombre de 1,5 million environ et constituent une communauté active dans certains Etats, tels que ceux de l’Ohio et de New-York. Par ailleurs, pas moins de sept Hongrois naturalisés américains se sont vu décerner un prix Nobel et des dizaines d’autres ont participé à l’écriture de l’histoire des Etats-Unis [11]  Des personnalités d’origine magyare comme l’éditeur... [11] . Enfin, et surtout, 10 millions d’Américains ont des origines polonaises, un électorat à ne pas négliger, d’autant que cette population vit souvent dans les Etats industrialisés comme le Michigan [12]  Dans cet Etat se trouve également une très forte minorité... [12] ou la Pennsylvanie.

Le volontarisme américain

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Nombreux sont les acteurs de la politique étrangère américaine dont les origines se trouvent en Europe centrale ou orientale. Donald Rumsfeld, pourfendeur de la « vieille Europe » est d’origine allemande, tandis que la famille de Paul Wolfowitz, ex-secrétaire adjoint à la Défense, nommé directeur de la Banque mondiale le 31 mars 2005, est arrivée de Pologne au début du XXe siècle. Autre figure de premier plan, Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité de Jimmy Carter, qui conserve une réelle influence dans les cercles diplomatiques, est né en 1928 à Varsovie. T. Schreiber (exjournaliste à RFI) rapporte que les Américains d’origine polonaise et hongroise, forts de positions-clés dans l’administration et dans les affaires, ont fortement contribué dès la fin des années 1980 à l’établissement de relations privilégiées entre les Etats-Unis et leurs pays d’origine [13]  Voir par exemple T. Schreiber, « Depuis la guerre froide... [13] . Elles expliquent en grande partie l’engagement américain en Europe du Sud-Est, à l’époque de Bill Clinton [14]  R. Vukadinovic, « U.S. Policy in the Southeast Europe »... [14] . C’est ainsi un Américain d’origine albanaise, ancien membre républicain du Congrès, Joe DioGuardi, à la tête de la Ligue civique albanoaméricaine, qui a fortement contribué à l’action militaire en faveur du Kosovo, alors que le Président y était réticent.

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Ce personnage est néanmoins contesté, du fait notamment de ses positions en faveur d’une Grande Albanie. Les moyens mis en œuvre par les Etats-Unis en Europe centrale et orientale sont aussi à la mesure de leurs ambitions, au-delà de l’action des groupes d’influence d’origine est-européenne, par le biais d’organismes tels que le SABIT (Special American Business Intership Training Program), le département de l’Agriculture, le Peace Corps ou l’Export-Import Bank. Mais surtout, les Etats-Unis sont les premiers investisseurs étrangers dans des pays aussi stratégiques que la Russie, l’Ukraine ou la Géorgie et également parmi les premiers en Pologne, Hongrie, République tchèque ou Roumanie. Les Etats-Unis envisagent par ailleurs de redéployer en Pologne et dans les Balkans leurs installations militaires stationnées actuellement en Allemagne.

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Département américain de l’immigration (US Census Bureau)
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Cette politique américaine a obtenu de forts bons résultats en ce qui concerne la Pologne. Au point que lors de la signature de la « Polish-American Alliance for 21st Century », le 27 janvier 2004, le président Bush a déclaré à son homologue polonais, Alexandre Kwasniewski : « Je suis heureux et fier de notre alliance ; la Pologne est le pays le plus pro-américain du monde, Etats-Unis d’Amérique compris... ». La greffe n’est toutefois pas toujours couronnée de succès. D’une manière générale, les populations, dans les pays de la Communauté des Etats indépendants, respectent le modèle américain et surtout sa force démocratique, mais ne souhaitent pas le copier [15]  T. J. Colton, M. McFaul, « America’s Real Russian Allies »,... [15] .

Les effets mitigés de la politique extérieure américaine

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Stephen Cohen, historien et professeur à l’Université de New York, considère que les Américains ont été coupables d’erreurs stratégiques majeures en Russie et responsables d’une orientation ultra-libérale chaotique et potentiellement dangereuse [16]  S. F. Cohen, Failed Crusade : America and the Tragedy... [16] . Les exemples d’échecs et de maladresses en politique étrangère ne manquent pas non plus dans les autres pays. La situation au Kosovo ne s’est guère améliorée depuis 1999. Dans les Balkans, Washington n’est pas parvenu à dégager une ligne d’action claire, ni à faire émerger une élite en sa faveur. Ses « pions » ne sont par ailleurs pas toujours fiables, comme en atteste le cas de Mohammed Sacirbey. Né en 1956 à Sarajevo et ayant suivi sa famille aux Etats-Unis en 1967, il devient américain à l’âge de dix-neuf ans. Diplômé de l’Université de Harvard, il est nommé ambassadeur de Bosnie-Herzégovine auprès des Nations unies entre 1992 et 1996, puis de 1998 à 2000 et sera un farouche avocat de ce pays, réclamant la levée de l’embargo sur les armes. Il devient ministre des Affaires étrangères de 1996 à 1998. Mais accusé de détournement de fonds alloués par les Nations unies, il est arrêté en janvier 2002 aux Etats-Unis.

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Une autre épine dans le pied est l’affaire Alexandre Einsel, ancien colonel de l’armée américaine, nommé chef d’état-major en 1993 en Estonie, ce qui fut mal perçu par le Département d’Etat, alors que les Etats-Unis s’étaient engagés à ne pas être présents militairement de quelque façon que ce soit dans la région. Il menaça de priver A. Einsel de sa pension militaire et de sa citoyenneté américaine. Un signal sans doute lancé en fait à Moscou.

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En décembre 1995, au prétexte d’un désaccord avec le ministre de la Défense, il dut démissionner. La législation en Estonie a tenté de clarifier cette situation pour éviter les soupçons de double allégeance [17]  L’Estonie se trouvait dans une situation paradoxale,... [17] . Ainsi, Thomas Ilves, citoyen américain qui devint ambassadeur d’Estonie à Washington, a dû renoncer à son passeport américain. Aux Etats-Unis, nul ne connaît la proportion de doubles nationaux, les estimations les plus fréquentes varient de cinq cent mille à cinq millions de personnes et n’ont donc guère de valeur. La Cour suprême des Etats-Unis en 1967 (affaire Beys Afroyim) [18]  Emigré aux Etats-Unis en 1912, Beys Afroyim devint... [18] a, de son côté, considéré que servir dans une armée étrangère ou participer à des élections dans un autre pays ne remettait nullement en cause la possession de la nationalité américaine.

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A supposer que le tropisme américain des PECO ne s’affaiblisse pas, peut-on dire qu’il est favorisé par certaines divergences entre les anciens et les nouveaux membres ?

Des relations entre les nouveaux Etats membres et le couple franco-allemand

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Si les mots du président Jacques Chirac, en février 2003, à Bruxelles, à la suite de la Lettre des huit, puis de celle des dix du groupe de Vilnius [19]  Huit jours après la déclaration de Donald Rumsfeld... [19] , prônant un front uni contre l’Irak aux côtés des Américains, sont restés célèbres (« Ils ont manqué une bonne occasion de se taire... », et accusant les pays candidats à l’UE, signataires, de « ne pas être très bien élevés et d’être inconscients des dangers d’un trop rapide alignement sur la position américaine... »), la réaction dans les pays ainsi directement visés, est moins connue. On pouvait par exemple lire quelques jours plus tard dans les colonnes du quotidien tchèque Mlada Fronta Dnes, à propos de Jacques Chirac : « Le représentant d’une nation fière de son action diplomatique... se montre rustre et peu empreint de diplomatie », ou dans celles du magazine lituanien Lietuvos Rytas : « Le Président français semble oublier que l’Europe de l’Est, qui a recouvré son indépendance face à la tyrannie de Moscou, ne frappe pas à la porte de l’Union européenne pour devenir le serviteur muet de Paris et de Berlin » ou bien encore dans le quotidien slovaque Pravda : « Les pays candidats ne veulent pas rejoindre l’Union européenne pour être silencieux, mais pour exprimer leurs opinions avec force... L’UE n’est tout simplement pas la France et l’Allemagne ».

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La divergence des points de vue entre les deux Europe s’est nourrie d’incompréhension et d’ingratitude. En Europe centrale et orientale, les « occidentaux » sont souvent perçus comme des donneurs de leçons, peu désireux de partager leur prospérité. L’histoire a appris aux ressortissants des PECO à ne pas faire confiance à leurs voisins de l’Ouest, considérés comme des traîtres, hier à Munich, et aujourd’hui comme des profiteurs des richesses locales par le biais des multinationales. Et en ce qui concerne leur adhésion à l’Union européenne, les PECO ont le sentiment d’être obligés de quémander une chose pourtant naturelle, comme en témoigne la célèbre boutade d’un ancien Premier ministre polonais : « Chaque année, on nous dit que nous rentrerons l’année prochaine ». Près de quinze ans auront été nécessaires pour parvenir à l’adhésion des premiers candidats. Et encore, les négociations lors du sommet européen de Copenhague, en décembre 2002, ont-elles été l’objet de dures tractations, notamment avec la Pologne, dont les demandes d’aides à l’agriculture ont été jugées exorbitantes. Par ailleurs, aujourd’hui, les nouveaux membres acceptent mal d’être soumis à une période transitoire concernant la libre circulation des travailleurs [20]  Hormis la Grande-Bretagne, l’Irlande et la Suède qui... [20] .

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Les Quinze n’ont jamais débordé d’enthousiasme devant cet élargissement à l’Est, certes nécessaire et naturel, mais jonché d’écueils. Dans les PECO, certains choix économiques, ainsi que l’hostilité d’une partie de la population, ont fini par semer le doute, comme en Hongrie ou en Slovaquie, où la moitié de l’électorat s’est abstenu de voter lors des référendums d’avril et de mai 2003, sur l’adhésion à l’Union.

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Au cours d’un entretien donné en mars 2003 au BCCH Business News Magazine, publié par la Chambre de commerce britannique en Hongrie, le ministre des Affaires étrangères hongrois, László Kovács, avait exprimé un point de vue pour le moins modéré sur l’entrée de la Hongrie dans l’Union européenne et il avait surtout ajouté que son pays ne devait pas choisir « entre l’UE et les Etats-Unis ».

L’orientation atlantiste

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L’attitude des membres de l’UE explique en partie que les pays de l’« autre Europe » se tournent vers les Etats-Unis, du fait d’une certaine pusillanimité européenne, comme lors de la crise yougoslave. Seuls les Etats-Unis offrent, à leurs yeux, une garantie de sécurité crédible, notamment face à une Russie à l’avenir encore incertain.

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Par ailleurs, les PECO ont vécu avec une grande fierté l’implication de Washington dans l’invitation qui leur a été adressée de rejoindre l’Otan aussi rapidement que possible [21]  En 1999, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque... [21] , ceci contrastant avec l’attitude pour le moins hésitante des Européens quant à leur adhésion à l’UE. Il s’en est suivi l’achat d’armements américains par les Roumains et les Polonais, de préférence aux européens, ce qui fut mal accueilli [22]  Varsovie a acquis en décembre 2002 quarante-huit avions... [22] . Enfin, l’élévation du président Bush au rang de Grand-croix de l’étoile de Roumanie en novembre 2002 est un honneur qui ne fut accordé jusque-là à aucun chef d’Etat européen.

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Depuis plusieurs années, ces pays semblent se rallier sans trop d’hésitations à la politique étrangère des Etats-Unis, comme en atteste leur engagement en Afghanistan et en Irak aux côtés des Etats-Unis, malgré des opinions publiques peu favorables. En octobre 2004, ils avaient dépêché en Irak 4 382 soldats, soit la moitié de l’effectif du contingent britannique, et un cinquième des forces de la coalition autres qu’américaines. La Pologne, avec 2 400 hommes, commande une division multinationale et entretient le troisième contingent, après l’américain et le britannique. Sont également présents en Irak des Bulgares (485 hommes), des Hongrois (300 hommes), des Roumains (700 hommes), des Tchèques, des Macédoniens, et des Baltes. Cette participation peut paraître symbolique, mais au regard de leur population, l’effort de ces pays est significatif. En proportion, l’Estonie (avec 55 hommes) envoie autant de soldats que les Pays-Bas ou que la Pologne.

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Leur participation à l’opération « Liberté immuable » a été jusque-là active, mais pourrait prochainement prendre fin [23]  hhttp :// www. globalsecurity. org/ military/ ops/... [23] .

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La Pologne compte 100 militaires en Afghanistan, essentiellement affectés à des tâches de déminage et de logistique, 93 soldats dans les troupes de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis et 5 dans la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF), mandatée par l’Onu et sous commandement de l’Otan, auxquels s’ajoutent 2 officiers dans les états-majors.

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Mais peu à peu, il semble que les gouvernements à Varsovie, Budapest ou Bucarest prennent conscience que leur alignement sur Washington, non seulement les met en porte-à-faux avec les deux principales puissances de l’Union européenne, la France et l’Allemagne, mais finit aussi de plus en plus souvent par lasser la population. C’est ainsi qu’en Hongrie, le Premier ministre, Ferenc Gyurcsany, a annoncé en novembre 2004 le retrait courant 2005 des 300 militaires déployés en Irak.

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L’élite étrangère a-t-elle joué un rôle décisif dans la définition de la politique étrangère des pays d’Europe centrale et orientale depuis 1990 ? Sans doute, mais la réponse n’est pas univoque. La diplomatie européenne n’a pas été en mesure de contrer l’offensive orchestrée par les spécialistes de l’« autre Europe » que sont Zbigniew Brzezinski, Richard Holbrooke ou Madeleine Albright. Et les maladresses de certains membres de l’UE ont peu ou prou favorisé le rapprochement avec les Etats-Unis. L’Europe conserve toutefois des chances de renverser la tendance. A priori, le tropisme américain de Valdas Adamkus ne semble avoir qu’une influence limitée sur la politique étrangère de la Lituanie.

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Alexandre Kwasniewski, Président de la Pologne depuis 1995, n’a pas remis en question les choix européens et politiques de son prédécesseur, Lech Walesa. Et dans les Etats baltes, les Premiers ministres appartenant à des formations post-communistes (comme Algirdas Brazauskas en Lituanie, à la tête du gouvernement de 2001 à 2004) ont mené les mêmes politiques d’adhésion à l’Otan et à l’Union européenne.

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Le succès des « Américains » n’a peut-être été que conjoncturel. En Lituanie, en octobre 2004, le Parti du travail emmené par un homme d’affaires d’origine russe, Viktor Ouspaskitch, a obtenu 39 sièges au Parlement, juste après le bloc des sociaux-démocrates et des sociaux-libéraux et l’Union pour la patrie (conservateurs). Et seules la peur de voir croître l’influence russe et sa réputation sulfureuse lui ont sans doute valu d’être écarté du poste de Premier ministre... pour devenir celui de l’Economie. Toutefois le succès de Boris Miksic, homme d’affaires américanocroate, lors de l’élection présidentielle en Croatie, en janvier 2005, devrait inciter à la prudence. Ce candidat indépendant est arrivé en troisième position (18 % des suffrages) échouant de peu à se qualifier pour le second tour du scrutin. Arrivé aux Etats-Unis à vingt-cinq ans, Boris Miksic a publié récemment le récit de sa vie, American Dream : A Guy From Croatia. Le rêve américain, ici, est intact.


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  • ● G. Mink, J.-C. Szurek, « Anciennes et nouvelles élites en Europe centrale et orientale », Problèmes politiques et sociaux, La Documentation française, 1993,56 p.
  • ● G. Mink, J.-C. Szurek, La grande conversion - Le destin des communistes en Europe de l’Est, Paris, Seuil, 1999,312 p.
  • ● C. Perron, Les pionniers de la démocratie. Elites politiques locales tchèques et estallemandes 1989-1998, PUF, 2004,336 p.
  • ● J. Puskas, Ties that Bind, Ties that Divide, 100 years of Hungarian Experience in the United States, Holmes & Meier Publishers, New York/London, 2000.
  • ● J. Rupnik (sous la direction de), The Other Europe, Weidenfeld and Nicholson, Londres, 1988.
  • ● C. Samary, « Fractures et espoirs de la «»nouvelle » Europe », Le Monde diplomatique, novembre 2003.
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  • ● T. Schreiber, « Depuis la guerre froide jusqu’à l’élargissement de l’Union - Le rêve américain de la «»nouvelle Europe »», Le Monde diplomatique, mai 2004, pp.18-19.
  • ● V. Shlapentokh, C. Vanderpool, B. Doktorov, The New Elite in Post-Communist Eastern Europe, Texas A& M University Press, 1999.
  • ● M. Stolarik, Immigration and Urbanization : The Slovak Experience 1870-1918, New York : AMS Press, 1989.
  • ● R. Vukadinovic, « U.S. Policy in the Southeast Europe », Politicka Misao, 05/1998.
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  • ● J. Zielonka, A. Pravda, (Ed. by), Democratic Consolidation in Eastern Europe (2 vol.), Oxford University Press, 2001,493 p. et 556 p.

Notes

[(1)]

Voir par exemple H. Best, U. Becker, Elites in Transition - Elite Research in Central and Eastern Europe, Leske und Budrich, 1997.

[(2)]

La défaite de l’Allemagne, qui avait envahi les pays baltes en juillet 1941, entraîna en 1944 leur annexion à l’Union soviétique. Cette histoire douloureuse n’est pas terminée. En Lituanie, par exemple, le ministère de l’Economie a évalué à 20 milliards de dollars le montant des compensations dues par la Russie, ce qui correspondrait au manque à gagner dû au recul enregistré par le PIB sous le régime soviétique. Le gouvernement a demandé l’ouverture de négociations avec Moscou, qui a refusé. Cf. Céline Bayou, « Etats baltes-Russie. 1er mai 2004-9 mai 2005, un authentique dialogue de sourds », in L’espace baltique. Isthme russo-européen, Le courrier des pays de l’Est, n° 1048, mars-avril 2005. Pour sa part, Moscou estime que les Etats baltes doivent 3 milliards de dollars au titre du remboursement de la dette extérieure soviétique.

[(3)]

Cf. Céline Bayou, Jaroslav Blaha « Crise politique en Lituanie. Le président Paksas menacé de destitution », Le courrier des pays de l’Est, n° 1042, mars-avril 2004, pp. 72-81.

[(4)]

Il est à ce sujet nécessaire de distinguer selon les pays. En Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie et plus encore en Yougoslavie, une opposition syndicale (i.e. Solidarnosc) ou politique (i.e. Forum civique) s’était formée à la fin des années 1970, ce qui permit dans une certaine mesure la constitution d’une élite de substitution lors de l’effondrement du système communiste. Par contre, dans les anciennes républiques soviétiques et dans le reste des Balkans, la dureté de la répression a empêché toute émergence, même embryonnaire, d’une opposition structurée.

[(5)]

En 1941, après l’invasion allemande, sa famille se réfugie à Londres. En 1945, Joseph Korbel devient ambassadeur de Tchécoslovaquie en Yougoslavie, puis il est nommé ambassadeur aux Nations unies en 1948.

[(6)]

Conformément aux travaux de V. Stolarik (cf. la bibliographie sélective), ceci peut s’expliquer par le système scolaire et la mentalité américaine, qui favorisent le maintien de la culture d’origine. L’appartenance à une communauté n’est pas jugée incompatible avec la loyauté envers la nation américaine.

[(7)]

En Pologne, le Premier ministre, J. Oleksy, accusé d’espionnage au profit de l’Union soviétique, puis de la Russie a dû démissionner le 24 janvier 1996. Peu de temps après, il s’est avéré que le nouveau Président de la République, A. Kwasniewski, n’était pas titulaire du diplôme qu’il prétendait détenir, pendant la campagne pour l’élection présidentielle. De même, le démantèlement d’un gigantesque trafic de cigarettes en 1998 en Roumanie a révélé que de fabuleux profits étaient perçus par les principaux partis politiques du pays.

[(8)]

« Foreign Students Yesterday, World Leaders Today », http ://exchanges.state.gov/education/ educationusa/leaders.htm.

[(9)]

Cf. J. Puskas, Ties that Bind, Ties that Divide, 100 years of Hungarian Experience in the United States, Holmes & Meier Publishers, New York/London, 2000.

[(10)]

Il convient de distinguer trois catégories : les étrangers vivant aux Etats-Unis, ceux naturalisés américains (dans les deux cas, nés en Europe de l’Est) comme la championne de tennis Martina Navratilova, et ceux nés aux Etats-Unis, dont la famille est originaire de l’Est, telle la patineuse Nicole Bobek, fille de réfugiés tchèques. De même, le tableau ne doit pas masquer les évolutions migratoires différentes. La plupart des personnes originaires des Etats baltes étaient présentes sur le territoire des Etats-Unis avant 1980. Ainsi 60 % des personnes nées en Lettonie sont-elles arrivées avant 1980 contre 55 % pour celles nées en Estonie et 53 % pour celles nées en Lituanie. Par contre l’immigration venant de Moldavie ou de Roumanie est plus récente.

[(11)]

Des personnalités d’origine magyare comme l’éditeur Joseph Pulitzer, les chefs d’orchestre Antal Dorati, George Solti et George Szell, les actrices et acteurs Zsa Zsa Gabor, Mariska Hargitay, Tony Curtis, Peter Lorre, Bela Lugosi et Ernie Kovacs ou les magnats de la finance Andrew Sarlos et George Soros ont indéniablement contribué à la construction du rêve américain.

[(12)]

Dans cet Etat se trouve également une très forte minorité d’Américains d’origine lituanienne.

[(13)]

Voir par exemple T. Schreiber, « Depuis la guerre froide jusqu’à l’élargissement de l’Union - Le rêve américain de la «»Nouvelle Europe »», Le Monde diplomatique, mai 2004, pp.18-19.

[(14)]

R. Vukadinovic, « U.S. Policy in the Southeast Europe » Politicka Misao, 05/1998

[(15)]

T. J. Colton, M. McFaul, « America’s Real Russian Allies », Foreign Affairs, vol. 80(6), novembre/décembre 2001, pp. 46-58.

[(16)]

S. F. Cohen, Failed Crusade : America and the Tragedy of Post-Communist Russia, Norton and Co, 2001

[(17)]

L’Estonie se trouvait dans une situation paradoxale, attribuant la nationalité à des personnes absentes depuis parfois un demi-siècle, mais la refusant aux populations russophones, nées et ayant grandi dans le pays. L’article 6 de la loi sur la citoyenneté de 1995 définit les principaux critères de naturalisation. Le candidat doit être âgé au moins de quinze ans et avoir résidé de manière permanente dans le pays les cinq années précédant sa demande. Cependant, les connaissances linguistiques désormais exigées restent la disposition la plus contraignante pour un russophone.

[(18)]

Emigré aux Etats-Unis en 1912, Beys Afroyim devint citoyen américain en 1926. Puis l’homme s’installa en Israël et prit part aux consultations électorales dans ce pays. Plus tard, il lui fut refusé le renouvellement de son passeport en vertu de la loi sur la naturalisation stipulant qu’un citoyen américain perd le bénéfice de sa nationalité en cas de participation à une élection dans un Etat étranger. Beys Afroyim porta l’affaire devant la Cour suprême des Etats-Unis. Celle-ci statua que la privation automatique de la nationalité à un étranger naturalisé constituait une violation de l’équité et rétablit Beys Afroyim dans ses droits.

[(19)]

Huit jours après la déclaration de Donald Rumsfeld qualifiant le couple franco-allemand, opposé à l’intervention militaire en Irak, de représentants de la « vieille Europe », huit Etats européens (Grande-Bretagne, Italie, Espagne, Portugal, Danemark, République tchèque, Pologne et Hongrie) ont signé une Lettre commune pour un front uni contre l’Irak, affirmant leur engagement aux côtés des Américains. Elle sera suivie, le 5 février, par la déclaration des Dix du Groupe de Vilnius (les trois Etats baltes, la Slovaquie, la Slovénie, la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie, la Macédoine et l’Albanie).

[(20)]

Hormis la Grande-Bretagne, l’Irlande et la Suède qui ont choisi la libre circulation, les autres membres de l’Union ont adopté des périodes de transition avant d’ouvrir leur marché du travail aux dix nouveaux Etats de l’Union européenne. La durée transitoire est de quatre ans en moyenne. L’Allemagne et l’Autriche, qui ont des frontières communes avec les nouveaux Etats membres, ont opté pour la période de transition maximale de sept ans. Des accords bilatéraux autorisent toutefois des mouvements limités. La Pologne a notamment conclu plusieurs accords dans les années 1990 avec l’Allemagne au sujet des saisonniers, des stagiaires et du personnel détaché.

[(21)]

En 1999, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque ont adhéré à l’Alliance atlantique, rejoints cinq ans plus tard par la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et les trois Etats baltes. La Bulgarie comme la Pologne devraient accueillir des forces militaires américaines de manière permanente. En Europe centrale et orientale, le territoire de l’Alliance s’étend à présent sans interruption du golfe de Finlande jusqu’aux rives méridionales de la mer Noire.

[(22)]

Varsovie a acquis en décembre 2002 quarante-huit avions F-16 de General Dynamics au détriment de Dassault et du consortium BAE-Saab. Il s’agit du plus important contrat d’armement jamais signé par un pays de l’ancien bloc soviétique depuis la fin de la guerre froide.

[(23)]

hhttp :// www. globalsecurity. org/ military/ ops/ iraq_orbat_coalition. htm. Le gouvernement polonais après un premier désengagement en janvier 2005 a annoncé un retrait définitif de ses soldats pour la fin de l’année et la Bulgarie envisage une même démarche.

Résumé

Français

Les divisions au sein de l’Union européenne portant sur les questions de politique internationale s’expliquent par de nombreux clivages. Mais la politique étrangère des huit nouveaux membres de l’UE (depuis le 1er mai 2004), ne peut se comprendre qu’au regard des particularités de leurs élites politiques. La décennie 1990 a vu en Europe centrale et orientale le retour des «fils prodigues». Une élite politique et économique originaire des Etats-Unis a pu rapidement exercer de hautes fonctions au sein des appareils d’Etat de ces pays. Son rôle, pourtant fondamental dans la conduite de leur politique intérieure et étrangère, a jusqu’ici fait l’objet de peu d’études. D’où vient cette élite et quelles sont ses caractéristiques ? Quel rôle joue-t-elle dans les orientations politiques ? Cet article brosse le portrait de personnalités marquantes de cette région, proches culturellement des Etats-Unis et revenues dans leur pays natal après l’effondrement du système communiste. Puis sont mesurés l’impact et l’influence de ce phénomène sur l’élaboration de la politique étrangère de l’Union européenne. Est évoquée enfin l’immigration passée et récente des populations est-européennes vers les Etats-Unis, où se sont constitués de puissants lobbies (hongrois, polonais, lituaniens, croates...).

English

Central Europe The American Itinerary of a Political Elite The diverse positions on international policy issues can be explained by divisions within the European Union. The foreign policy of the eight new countries, members since May 1, 2004, can only be understood in relation to their political élites. In the 1990s, Central and Eastern Europe saw the return of its prodigal sons. A political and economic élite originating in the United States came rapidly to take high positions within the governments of these countries. Their role, albeit fundamental in domestic and foreign policy has, to date, hardly been analysed. Where does this élite come from and what are its characteristics ? What role does it play in political orientation ? This article provides portraits of leading personalities in this region, who are culturally close to the United States and who returned to their country of birth after the fall of the communist system. The author measures the impact and influence of this phenomenon on the elaboration of foreign and EU policy, touching on the past and the recent immigration of East Europeans peoples towards the United State where they created influential and powerful lobbies (Hungarian, Poles, Lithuanians, Croatians, etc).

Plan de l'article

  1. L’apparition d’une nouvelle élite
    1. ● Portraits d’exilés
    2. ● Anciens et nouveaux dirigeants
    3. ● Une formation américaine
  2. La politique étrangère des PECO à l’égard des Etats-Unis
    1. ● Des liens historiques
    2. ● Le volontarisme américain
    3. ● Les effets mitigés de la politique extérieure américaine
    4. ● Des relations entre les nouveaux Etats membres et le couple franco-allemand
    5. ● L’orientation atlantiste

Pour citer cet article

Chelly David, Lafargue François, « Itinéraires américains d'une élite politique », Le Courrier des pays de l'Est 3/ 2005 (n° 1049), p. 68-78
URL : www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2005-3-page-68.htm.


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