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Critique internationale

2004/1 (no 22)



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L’année 2003 est considérée en Irlande du Nord comme l’une des moins violentes de ces dernières décennies, le bilan humain du conflit qui oppose les communautés catholique et protestante depuis la fin des années1960 étant de 10 morts « seulement » contre une moyenne annuelle d’au moins une centaine jusqu’au début des années1990. Les résultats des élections qui se sont déroulées en novembre 2003 n’en paraissent que plus paradoxaux. Avec un total de 33 sièges sur 108 pour le parti protestant ultra (DUP) et de 24 sièges pour le Sinn Féin, la branche politique de l’IRA, les formations les plus radicales de chaque communauté sont sorties gagnantes de ce scrutin organisé au niveau local. Le parti protestant modéré(UUP) et son homologue catholique(SDLP), principaux artisans des accords de paix d’avril 1998 et pièces maîtresses de leur mise en œuvre depuis, ont été relégués au second plan avec respectivement 24 et 18 sièges [1]  À la suite des élections, trois élus de l’UUP ont décidé... [1] . C’est donc tout le processus de paix qui est remis en cause par la victoire des partis radicaux dans les deux communautés, puisque le DUP a affirmé maintes fois son refus de former un gouvernement comprenant des représentants du SinnFéin, ainsi que le prévoyaient pourtant les accords.

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Posant le principe d’un partage du pouvoir entre représentants politiques des deux communautés, avec la mise en place d’une assemblée locale et d’un exécutif bicéphale [2]  Associant jusqu’en octobre 2002 deux personnalités... [2] , l’application de ces accords a buté, depuis leur signature, sur de nombreux obstacles, notamment la question du désarmement des différents groupes paramilitaires de la province. Face au refus de l’IRA de rendre et/ou de détruire dans l’immédiat l’ensemble de son arsenal – malgré plusieurs opérations ponctuelles de désarmement et différents communiqués assurant que son cessez-le-feu était « définitif » – le gouvernement britannique a été contraint, à plusieurs reprises, de suspendre l’assemblée locale, sous la pression des protestants unionistes qui refusaient de continuer à collaborer avec le SinnFéin. Ce fut notamment le cas en octobre 2002, à la suite d’affaires d’espionnage qui auraient été orchestrées par l’IRA. Depuis, faute d’accord entre les partis protestant et catholique, les élections, qui auraient pu relancer le processus de partage du pouvoir, ont été repoussées par deux fois. La décision du gouvernement britannique d’organiser des élections locales le 26 novembre, alors qu’aucun accord préalable n’avait été obtenu sur les modalités d’une collaboration future entre partis, reposait donc sur le pari que les formations gagnantes accepteraient de travailler ensemble en siégeant au sein du même gouvernement. Un calcul similaire sous-tendait déjà les accords de 1998, dont l’application et le bon fonctionnement ne pouvaient être garantis que par une volonté de coopération égale et majoritaire au sein des groupes modérés de chaque communauté. En posant ces préalables, les artisans du compromis de 1998 avaient compté sur la pérennité de l’ancien système partisan nord-irlandais, caractérisé par la domination des unionistes modérés de la communauté protestante et des nationalistes constitutionnels de la communauté catholique. Or les résultats des élections de novembre 2003 ont invalidé ces présupposés.

L’apparition de nouvelles lignes de clivage

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Ce que les résultats des élections de novembre 2003 mettent bien en évidence, ce sont les difficultés qu’éprouve une société déchirée par plusieurs décennies de conflit à passer de l’hyperpolitisation à la modération nécessaire à l’instauration d’un débat démocratique. Pour que la paix soit durable, il faut que ses partisans parviennent à mobiliser les énergies et à susciter un minimum d’enthousiasme de la part des populations concernées. Or les compromis sont toujours un peu décevants par nature. Chaque communauté doit abandonner ses idéaux au profit d’une solution qui lui donne le sentiment d’avoir renoncé à la lutte de ses ancêtres, d’être celle qui a fait le plus de concessions et, finalement, d’être la grande perdante. La mise en œuvre des accords de paix pose le problème fondamental de la participation de l’électorat, habitué à des clivages nets et tranchés et qui se trouve soudain devant une scène politique où la volonté de compromis semble régner, en tout cas entre formations modérées. Il y a là un risque important de rupture entre la « culture politique populaire » et les stratégies des formations politiques impliquées dans le partage du pouvoir. Les partis qui ont fait de la paix leur objectif principal ont non seulement pris le risque de décevoir une partie de leur électorat, qui se sent trahi ou floué, mais aussi de provoquer l’essoufflement de leurs projets politiques dans la phase de mise en œuvre qui a suivi la signature des accords.

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De fait, l’approche délibérément consensuelle a mis en danger la survie même des partis politiques nord-irlandais investis dans le processus, au profit de formations habituellement désignées comme plus radicales. Le SinnFéin et leDUP sont depuis longtemps en mesure de rallier les mécontents, les inévitables « déçus de la paix » et tous ceux qui se sentent trahis par les représentants de leur famille politique. Pourtant, les ressorts de ce déclin des « modérés » sont différents selon les camps. Du côté nationaliste, le SinnFéin affiche désormais sans scrupules sonsoutien aux accords de 1998 et ses positions en faveur de la réunification de l’Irlande, perçue dans la communauté catholique comme de plus en plus probable à moyen terme [3]  Cet optimisme s’appuie notamment sur l’idée, confirmée... [3] . Servi par une campagne électorale dynamique et par l’omniprésence médiatique de son leader Gerry Adams, le parti profite pleinement de la mise en œuvre des accords de paix et du succès des idées défendues par son rival politique le plus proche, le SDLP. Celui-ci, en revanche, a souffert du départ de son leader historique John Hume et de l’épuisement de son projet politique après la signature des accords de 1998. Face aux discours de plus en plus modérés du SinnFéin [4]  Le discours prononcé par Gerry Adams à Belfast le 21... [4] , il peine à retrouver sa place sur l’échiquier politique nord-irlandais. Dans la communauté protestante, la situation est tout à fait différente. L’ascendant des ultras sur les modérés traduit plutôt une volonté de remettre en cause les accords de 1998. Les loyalistes duDUP, arc-boutés sur leur refus de tout partage du pouvoir et de toute concession en faveur des « terroristes du SinnFéin et de l’IRA », se présentent comme le bastion des traditions et des idéologies protestantes face à la menace d’une Irlande réunifiée, à large majorité catholique. Ils gardent ainsi le bénéfice de leur position d’opposants de toujours aux accords de 1998, contrairement à l’UUP, dont le leader David Trimble doit faire face, depuis plusieurs années, à une forte contestation interne qui l’accuse de faire preuve de trop de modération à l’égard des nationalistes et du SinnFéin en particulier. Avec cette forte baisse de popularité de l’UUP, principal parti unioniste depuis la partition de l’île en 1921, c’est tout le système partisan nord-irlandais, sur lequel se fondaient les accords de paix, qui semble s’effondrer. Telle qu’elle a été conçue dans les accords d’avril 1998, la paix nécessite un consensus presque constant entre les représentants politiques de chaque communauté. Dans ces conditions, comment défendre des stratégies politiques et des programmes réellement différents et mobiliser par là même l’électorat ? Les accords d’avril 1998 ont obligé ceux qui leur étaient favorables à faire taire leurs dissensions, alors que c’étaient ces divergences qui avaient traditionnellement constitué le cœur de l’affrontement politique en Irlande du Nord. Il n’est donc guère surprenant que la participation aux élections de novembre ait été particulièrement faible, 60% environ, soit 8 à 9% de moins que la participation habituelle dans la province. En outre, la procédure de vote des lois à l’assemblée locale, dite de « consensus parallèle », a constamment renforcé l’interdépendance entre l’UUP et leSDLP, en prévoyant que toute décision importante ne pourrait être adoptée qu’à la condition de réunir la majorité des voix à la fois chez les unionistes et chez les nationalistes. Compte tenu des équilibres politiques existant avant les élections de 2003, il fallait donc le plus souvent un accord entre l’UUP et leSDLP pour arrêter une décision. Cette procédure, qui garantit le consentement de la majorité des représentants de chaque communauté, a mis en danger l’identité de ces deux partis en favorisant le renforcement du DUP et du Sinn Féin, qui apparaissent a contrario plus combatifs. La collaboration du SDLP et de l’UUP en faveur de la paix leur a donc fait perdre des électeurs au profit de leurs concurrents directs, avantagés par leur intransigeance ou leur position de retrait.

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L’adoption par les partis modérés d’un nouveau discours axé sur la tolérance, le respect de l’autre, la modération et le partage du pouvoir, a laissé le champ libre aux autres formations politiques pour réactiver les anciens discours d’opposition, qui faisaient la part belle à des images et à des symboles communautaires fortement mobilisateurs. C’est ainsi que le leader duDUP, IanPaisley, a pu profiter du glissement de l’unionisme officiel vers plus de modération pour occuper le terrain de l’unionisme et du loyalisme historiques. Dans la communauté catholique, le glissement du SinnFéin vers des thèses modérées, opposées à la violence et plus conciliantes à l’égard des protestants, a repoussé l’expression de cette intransigeance en dehors du champ institutionnel, vers des formations paramilitaires telles que l’IRA véritable ou l’IRA de la continuité, qui continuent de rejeter l’idée d’un compromis, mais ne possèdent pas de relais partisan. Il convient donc de ne pas assimiler systématiquement les succès du SinnFéin et du DUP à une montée des extrêmes dans les deux communautés et à un rejet grandissant du processus de paix par la population : si l’ascendant pris par le DUP sur l’UUP traduit bien le scepticisme et l’hostilité croissants d’une partie de la communauté protestante à l’encontre des accords de 1998, le succès du Sinn Féin s’explique, au contraire, par le soutien d’une grande partie des électeurs catholiques à ces mêmes accords [5]  Ce qui n’exclut pas qu’une proportion non négligeable... [5] .

La perte de confiance dans les accords de paix

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Parallèlement à cette érosion des principales formations politiques nord-irlandaises, on constate une nette perte de confiance dans le processus de paix, qui se traduit principalement par deux phénomènes concomitants : la démobilisation de l’électorat modéré, d’une part, et la radicalisation de la communauté protestante, d’autre part. Perceptible dans le faible taux de participation lors des dernières élections, la lassitude des électeurs les plus modérés peut tout d’abord s’expliquer par les nombreux ratés du processus de paix. Malgré les efforts répétés des gouvernements de Londres et de Dublin, celui-ci a été interrompu à plusieurs reprises, jalonné de multiples incidents, et il semble devoir achopper irrémédiablement sur la question non résolue du désarmement des différents groupes paramilitaires, ainsi que sur une multitude de points de procédure encore litigieux. L’imposition, à maintes reprises, d’un régime d’administration directe de la province par Londres, alors même que les principes d’un gouvernement et d’une assemblée locale sont acquis depuis longtemps, sont perçus par une grande partie de la population comme la preuve que de tels accords sont voués à l’échec. Mais le facteur principal qui explique cette lassitude et ce découragement est sans aucun doute le fait que le processus politique s’est révélé jusqu’à maintenant impuissant à éradiquer les formes sociales du conflit et à résoudre les problèmes concrets dont souffre quotidiennement la population. Le nombre élevé d’incidents intercommunautaires – qui se comptent encore par dizaines chaque semaine–, le renforcement de la ségrégation spatiale, l’augmentation de la pratique religieuse de part et d’autre, la faiblesse des relations sociales intercommunautaires ou encore l’échec relatif de la plupart des initiatives dites « intégrées » sont autant d’indices qui témoignent d’une routinisation du conflit. Il est troublant de constater à quel point l’imbrication géographique des communautés – même tempérée par l’extension des quartiers monoconfessionnels, en particulier dans les grandes villes, et par la proportion croissante de catholiques que l’on observe lorsque l’on parcourt la province d’Est en Ouest– est niée par leur séparation de plus en plus radicale dans la plupart des instances de la vie courante. Tout se passe comme si l’inévitable partage de l’espace, à l’échelle de la province, devait être compensé par une surenchère de différences marquées et réaffirmées à travers l’aménagement de niches où l’on puisse vivre « entre soi ». Le fait que les accords de paix n’aient pas marqué l’amorce d’un processus de réconciliation sociale accroît le scepticisme et le découragement d’une partie de l’électorat modéré, lassé de devoir attendre les « dividendes de la paix ». Elle donne, en revanche, aux extrémistes de nouvelles raisons de se mobiliser.

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En outre, la question du désarmement de l’IRA et des milices protestantes, comme celle, plus générale, de l’abandon de la violence, masque depuis longtemps une autre difficulté : le fait qu’une importante proportion de la population de la province refuse tout compromis et n’est prête à aucune concession. Les élections de mai et juin 1998 avaient déjà révélé que la moitié des unionistes environ étaient opposés aux accords d’avril, puisqu’ils avaient voté « non » au référendum de ratification de mai et/ou voté pour des candidats opposés à ces accords aux élections législatives de juin. Ainsi, même si les accords avaient été adoptés par la majorité de la population de la province – en particulier grâce aux voix nationalistes –, près de 30 % des électeurs les avaient rejetés, une minorité que beaucoup ont alors été tentés d’ignorer. Les accords de paix n’ont donc pas réussi à créer un compromis entre les principaux courants politiques en présence et ont même exacerbé les difficultés en tenant à l’écart une grande partie de la communauté protestante, pourtant traditionnellement attachée à la participation au pouvoir dans le cadre de la province. Si le conflit n’a jamais réellement touché les classes les plus aisées de la communauté protestante, ses franges les plus populaires ont de plus en plus le sentiment que leurs revendications ne sont pas entendues et que leurs intérêts sont systématiquement ignorés au profit de ceux de la communauté catholique. Incarnation de l’unionisme historique, défenseur de symboles identitaires puissants aux yeux d’une communauté déboussolée qui se sent assiégée et menacée de disparition, le parti de Ian Paisley a profité du fait qu’en acceptant le partage du pouvoir l’UUP avait abdiqué l’un des principes historiques de l’unionisme : ne jamais céder « d’un pouce » devant les catholiques. Or, loin d’apporter des changements significatifs pour la communauté protestante, cette concession a plutôt profité aux catholiques, si bien qu’en dépit d’un certain durcissement des discours de son leader, David Trimble, dans les mois qui précédèrent les élections, l’UUP n’a pas réussi à rallier la frange la plus dure de son électorat. La tendance est la même en ce qui concerne les organisations paramilitaires loyalistes qui se sont rendues responsables, depuis la signature des accords, de la plupart des actes de violence commis dans la province, sans manifester, contrairement à l’IRA, la moindre intention de désarmer. Enfin, l’évolution actuelle des équilibres démographiques et le basculement de majorité électorale prévu en faveur des catholiques ne peuvent qu’aggraver les inquiétudes de la communauté protestante de plus en plus convaincue de la forte probabilité de réunification de l’île et de la menace qu’elle signifierait pour le principe d’un partage du pouvoir sur lequel se fondaient les accords de 1998.

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Du côté des catholiques, le mécontentement et la lassitude sont moins manifestes et sans doute beaucoup moins importants. La mise en œuvre des accords de paix semble répondre en partie à leurs attentes, même si leurs revendications les plus chères ne sont pas satisfaites. Cependant, la persistance d’une certaine discrimination, que révèlent notamment les taux de chômage, presque deux fois plus élevés pour les catholiques que pour les protestants [6]  Selon la Northern Ireland Statistics and Research Agency,... [6] , prouve, d’une part, à quel point les structures et les comportements évoluent lentement, d’autre part, que le terreau social qui avait donné naissance aux « troubles » des années 1960 est encore fertile. Or les catégories sociales les plus touchées par le chômage sont aussi celles qui sont les moins susceptibles d’être séduites par les sirènes de la paix, alors qu’elles constituent depuis toujours un vivier pour les paramilitaires. Ces difficultés sociales sont susceptibles d’être instrumentalisées, surtout en cas de dysfonctionnement durable des institutions issues des accords de 1998. Le fait que l’IRA soit concurrencée, depuis la signature des accords de paix, par des organisations dissidentes comme l’IRA véritable ou l’IRA de la continuité, qui poursuivent leurs activités paramilitaires, montre aussi qu’il est difficile, pour les leaders nationalistes, de discipliner leurs bases militantes, dont une partie demeure convaincue que le processus de paix trahit leurs idéaux. Si elles restent globalement limitées, leurs activités n’en témoignent pas moins de la persistance de certains répertoires d’action violente au sein de la communauté catholique, que même la direction de l’IRA « traditionnelle » est impuissante à faire disparaître.

Quel avenir pour la paix ?

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Les changements fondamentaux que les élections de novembre 2003 ont entérinés ne signifient pas pour autant la disparition du conflit. L’apparente incapacité des uns et des autres à trouver une réponse satisfaisante à la question de la reconversion des paramilitaires pose problème, car si la plupart des anciens « terroristes » ont bel et bien abandonné les attentats à la bombe ou les assassinats des membres de la confession opposée, certains se reconvertissent actuellement dans d’autres types de violence, comme le trafic de drogue et les meurtres racistes ou homophobes [7]  L’influence d’organisations britanniques néonazies... [7] . Il semblerait également qu’ils s’adonnent à un factionnalisme relativement nouveau en Irlande du Nord et particulièrement marqué au sein de la communauté protestante. Celui-ci les conduit à s’engager dans des querelles intestines interminables et meurtrières, qui ne font qu’entretenir la rancune et le besoin de surenchère, aussi bien en discours qu’en actes. À cet égard, il est significatif que plus de la moitié des morts de 2003 soient les victimes de luttes entre factions paramilitaires rivales au sein de chaque communauté [8]  Selon le Irish Timesdu 30 décembre 2003, « Loyalists... [8] . Les risques d’un retour à une intense militarisation du conflit et à un haut degré de violence demeurent donc relativement faibles, d’autant que la population nord-irlandaise fait, depuis plusieurs années, l’expérience d’un retour à la vie « normale » dont le démantèlement des installations militaires britanniques constitue un indice encourageant.

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Certes, l’impasse dans laquelle se trouve actuellement le processus de paix, avec le refus du DUP de former un gouvernement avec le SinnFéin, est susceptible de créer une impression de vacance du pouvoir propice au renforcement de tous les extrémismes. Elle risque aussi de conduire à l’abandon des accords eux-mêmes ou, tout au moins, à leur renégociation partielle, comme le réclame le DUP. Mais d’autres scénarios sont envisageables, par exemple un arrangement permettant à une coalition « modérée » de gouverner, en excluant soit le DUP, soit le SinnFéin, mais aussi un maintien prolongé de l’administration directe de Londres, avec le risque, à court et moyen termes, d’une radicalisation plus importante de la population.

Notes

[1]

À la suite des élections, trois élus de l’UUP ont décidé de rejoindre les rangs du DUP, portant ainsi le nombre de ses élus à 33 (contre 30 au moment du comptage des voix) et diminuant d’autant le nombre des élus de l’UUP (qui passe de 27 à 24).

[2]

Associant jusqu’en octobre 2002 deux personnalités issues des formations politiques principales de chaque communauté : David Trimble, leader de l’UUP, comme Premier ministre et Seamus Mallon, du SDLP, comme « Second ministre ».

[3]

Cet optimisme s’appuie notamment sur l’idée, confirmée par différentes études démographiques, que la communauté catholique sera majoritaire dans la province d’ici une à deux décennies, en raison d’un taux de fécondité plus élevé que dans la communauté protestante et d’un taux d’émigration plus faible.

[4]

Le discours prononcé par Gerry Adams à Belfast le 21 octobre 2003, à la suite de l’annonce par Tony Blair de la tenue des élections, peut être considéré comme le plus modéré qui ait jamais été prononcé par l’un des représentants de ce parti – en particulier en ce qui concerne la question de la violence– et a été salué comme tel dans la plupart des milieux politiques et médiatiques, aussi bien en Grande-Bretagne qu’en Irlande. Il est accessible dans son intégralité sur hhttp:// cain. ulst. ac. uk/ issues/ politics/ docs/ sf/ ga211003. htm

[5]

Ce qui n’exclut pas qu’une proportion non négligeable de nationalistes demeure suffisamment opposée à ces accords pour continuer à s’investir dans des groupes paramilitaires tels que l’IRA véritable ou l’INLA (Irish National Liberation Army); mais, pour l’heure, cette opposition ne génère aucun écho sur la scène politique nationaliste.

[6]

Selon la Northern Ireland Statistics and Research Agency, le taux de chômage des catholiques s’élevait, début 2003, à 8,3% et celui des protestants à 4,3% ( Irish News, 20 février 2003).

[7]

L’influence d’organisations britanniques néonazies ou fascistes, telles que Combat 18 (qui possède des antennes à Belfast), la British Ulster Alliance ou le National Front, est renforcée par les activités de groupuscules extrémistes agissant directement au niveau local, comme le White Nationalist Party. Si le nombre de leurs militants est difficile à quantifier avec précision, leurs actions sont, elles, bien visibles : des campagnes contre la construction d’une mosquée à Portadown à l’attaque de maisons occupées par des Asiatiques, des Africains ou même des Portugais ou des Italiens, en passant par des lettres de menace. En ce qui concerne les attaques visant des homosexuels, la police d’Irlande du Nord a répertorié ces deux dernières années plus de 100 incidents graves, alors que ce type d’actes était rarissime auparavant. Cette homophobie croissante a même abouti début décembre 2002 au meurtre d’un homme à Belfast.

[8]

Selon le Irish Timesdu 30 décembre 2003, « Loyalists linked to most 2003 killings ».

Résumé

Français

Les élections du 26 novembre 2003 en Irlande du Nord étaient supposées remettre sur les rails les institutions de partage du pouvoir entre catholiques et protestants, conformément aux accords de paix de 1998. Cependant, ces élections ont vu la victoire du parti radical DUP (Democratic Unionist Party) côté protestant, et du Sinn Féin, la branche politique de l’IRA, côté catholique. Le DUP refusant catégoriquement de former un gouvernement avec le Sinn Féin, ces résultats électoraux ont anéanti tout espoir d’un retour rapide au partage du pouvoir. Mais si la percée du DUP, qui est opposé aux accords de 1998, indique le mécontentement croissant des protestants, le soutien apporté au Sinn Féin côté catholique doit au contraire être interprété comme une volonté de poursuivre la mise en œuvre de ces accords. Ces résultats électoraux ne révèlent donc pas une polarisation du paysage politique nord-irlandais, mais témoignent clairement des échecs du processus de paix actuel.

Plan de l'article

  1. L’apparition de nouvelles lignes de clivage
  2. La perte de confiance dans les accords de paix
  3. Quel avenir pour la paix ?

Pour citer cet article

Féron Élise, « Irlande du Nord : le radicalisme comme rançon de la paix ?  », Critique internationale 1/ 2004 (no 22), p. 17-24
URL : www.cairn.info/revue-critique-internationale-2004-1-page-17.htm.
DOI : 10.3917/crii.022.0017

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