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Critique internationale

2006/2 (no 31)



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on aura beau spéculer chez les Israéliens comme chez les Palestiniens sur les causes du retrait israélien de la bande de Gaza qui s’est achevé en septembre 2005, il n’en reste pas moins que l’argument démographique a été décisif. 9 000 Israéliens face à un million de Palestiniens : il était impossible d’imposer le contrôle de Gaza avec un tel déséquilibre démographique [1]  Sharon’s Speech on Gaza Pullout, 15 août 2005, BBC... [1] . A contrario, la question se pose pour les autres territoires. S’il s’est avéré que la situation était sans issue à Gaza, ne serait-elle pas viable en Cisjordanie ? Dans ce territoire convoité, les augures démographiques sourient aux Israéliens et les surprises électorales du début de l’année 2006 ne semblent pas devoir modifier la donne. De fait, la radicalisation accrue des deux camps risque d’accélérer la colonisation de peuplement en Cisjordanie. La mort politique d’Ariel Sharon a laissé la place, après les élections du 28 mars 2006, à Ehoud Olmert, peu enclin aux concessions territoriales depuis la victoire du Hamas aux élections palestiniennes. La vallée du Jourdain, pressentie par le Likoud comme la nouvelle frontière d’Israël à l’Est, le devient également pour Kadima.

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Dans ce conflit centenaire, le facteur démographique a toujours été essentiel, mais aujourd’hui, Israël et l'Autorité palestinienne se préoccupent de l’état de leur population à un degré quasi obsessionnel.

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Un retour en arrière s’impose. Depuis le début de la 2e Intifada (septembre 2000), la société et l’économie palestiniennes ont été mises à rude épreuve. La violence est devenue le lot quotidien de la population et l’optimisme des accords d'Oslo/Washington (septembre 1993) a fait place à la désillusion. La démographie a accusé le coup, sans que ses transformations soient mises au grand jour. Nous présenterons donc ici les tendances démographiques des Palestiniens et des Israéliens qui occupent leur territoire. Ces tendances divergent largement des estimations antérieures, y compris des nôtres [2]  Youssef Courbage, New Demographic Scenarios in the... [2] . Per-mettent-elles de prévoir l’avenir politique et institutionnel de façon sûre ou simplement d’en orienter l’évaluation ?

Population et territoire : les ambiguïtés

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Depuis la fin du mandat britannique, dont l’administration recensait la population palestinienne plus ou moins correctement, on ne sait plus qui compte et qui il faut compter. De 1948 à 1967, la Cisjordanie et Jérusalem-Est ont été annexées par la Transjordanie ; la population et le territoire palestiniens sont donc devenus jordaniens. Lorsqu’il comptait ses administrés, l’État jordanien prenait soin de ne pas faire de distinction entre les Jordaniens de « souche » et les Palestiniens. De son côté, Israël a mis fin à la nationalité palestinienne en s’appropriant les huit dixièmes du territoire palestinien en 1948 : les Palestiniens qui sont restés sur le territoire conquis par Israël sont devenus Israéliens. Comme les Juifs, ils étaient régulièrement comptés, mais, contrairement à la Jordanie, Israël les distinguait de la population dominante au titre de leur religion et de leur appartenance ethnique arabe. La seule exception à la dénaturalisation des Palestiniens a été Gaza, dont l’identité palestinienne n’a pas tout à fait disparu même si le territoire et la population sont passés sous l’administration de l’Égypte. La guerre de juin 1967 a réunifié le territoire palestinien, mais pas le statut de la population palestinienne. Les Palestiniens sont restés Jordaniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, Palestiniens à Gaza et Israéliens en Israël.

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Une nouvelle Palestine dans les territoires qui avaient été jordanien et égyptien s’est esquissée de facto plutôt que de jure à partir des années 1980. Pour l’Autorité palestinienne (créée en 1994), son territoire couvre 22 % de la Palestine du mandat britannique. Il est reconnu dans ces limites par la communauté internationale. Le nombre de la population du Occupied Palestinian Territory, fourni par les Nations unies [3]  United Nations Population Division, World Population... [3] , est celui de la population palestinienne des territoires de Cisjordanie (avec Jérusalem-Est) et de Gaza. Mais Israël considère que tout Jérusalem lui appartient, son territoire, et sa population palestinienne, qui n’a pas voulu ou pas pu acquérir la nationalité israélienne, Jérusalem-Est ayant été annexé en 1967 [4]  Jerusalem Institute for Israel Studies, Statistical... [4] et élargi.

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Cependant, l’ambiguïté ne concerne pas seulement les Palestiniens de Jéru-salem-Est, elle concerne également les Israéliens résidents en Cisjordanie. Le Palestinian Central Bureau of Statistics (PCBS) ne mentionne ces derniers ni dans les statistiques courantes ni dans les projections de population [5]  PCBS, Demographic Statistics, 2004 (http :// www. pcbs.... [5] . Le recensement de la Palestine en 1997, sa population en 2005 et les perspectives de son évolution démographique de 1997 à 2015 montrent des territoires palestiniens (5 800 km2 ) [6]  Philippe Fargues, « Des cartes dans quel jeu ? Accords... [6] qui ne sont peuplés que de 3,8 millions de Palestiniens. Les autres habitants de ces territoires, 450 000 Israéliens, n’apparaissent pas dans les chiffres. De plus, ils intègrent la population de la Palestine les Palestiniens, musulmans et chrétiens, qui vivent à Jérusalem-Est. L’annuaire statistique d’Israël, lui, montre 6,9 millions d’Israéliens qui ne résideraient qu’en Israël (22 072 km2 ; 20 700 km2 dans les frontières du 4 juin 1967). Il y a donc un hiatus entre les données démographiques et géographiques [7]  Central Bureau of Statistics, Statistical Abstract... [7] . Certes, Israël ne peut pas reconnaître ouvertement l'annexion de territoires en Cisjordanie, mais les Israéliens qui y résident ne sont même pas considérés comme des citoyens israéliens à l'étranger, comme le sont les centaines de milliers d’Israéliens établis aux États-Unis, en Europe ou ailleurs [8]  Steven Gold, The Israeli Diaspora, Londres, Routledge,... [8] .

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Pour le démographe, les ressortissants israéliens implantés en Palestine sont des résidents des territoires palestiniens. Ils y vivent depuis plus de 6 mois et ont l'intention d'y rester. Pour le juriste, ce sont des résidents illégaux, selon les régulations de La Haye de 1907 sur le droit humanitaire et l’article 49 de la 4e Convention de Genève de 1949 qui stipule que la puissance occupante ne transférera pas une part de sa propre population civile dans le territoire qu’elle occupe. Les autorités israéliennes n’en pensent pas moins que le droit est de leur côté et que la résidence des Israéliens en Cisjordanie est légale. Pour le Procureur général israélien, les régulations de la Haye et de Genève ne concernent pas la Cisjordanie et Gaza car leur annexion par la Jordanie et l’Égypte avant 1967 n’a pas été reconnue par la communauté internationale. Faut-il pour autant ignorer les colons israéliens comme l’une des composantes de la population de Cisjordanie ? Ce serait fuir une réalité embarrassante, mais une réalité qui perdure et s’amplifie.

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Le taux de croissance de la population israélienne dans les territoires palestiniens est resté très élevé, parmi les plus élevés du monde. Insensible aux situations de guerre ou de paix, la population n’a pas accusé le contrecoup de la 1ère Intifada (1988-1993), de la « paix » des années d'Oslo/Washington (1993-1999) ou de la 2e Intifada. Sa croissance totale a dépassé sa croissance naturelle (naissances moins décès), grâce aux immigrants venus de partout : natifs d’Israël et immigrants en provenance directe de l’étranger, Ashkénazes surtout. Durant le premier semestre 2005, en Cisjordanie non annexée, elle a augmenté de 9 370 habitants, c’est-à-dire au rythme d’un taux astronomique de 7,7 % par an. Sur le plan démographique, l’évacuation de Gaza et des quatre colonies de Cisjordanie a été gommée.

Une nouvelle démographie ?

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Le cadre de la Palestine mandataire garde une certaine signification du point de vue démographique en raison de la dynamique enclenchée en 1967 qui a suscité l’imbrication des populations palestinienne et israélienne, même si chacune est restée rigoureusement circonscrite. Un habitant d’Israël sur 5,6 est Palestinien et un habitant sur 5 de Cisjordanie (avec Jérusalem-Est) est Israélien.

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En Israël et dans ses territoires occupés, les Palestiniens seront un jour plus nombreux que les Juifs : ils étaient 43,2 % en 2005 et seront 50 % en 2025 [9]  Sans Gaza. Cf. Amiram Barkat, « For the first time,... [9] , mais, dans un Israël limité aux frontières du 4 juin 1967, les Palestiniens resteront une minorité (autour de 20 %) [10]  Y. Courbage, P. Fargues, Chrétiens et juifs dans l’islam... [10] . En Israël, les rivalités démographiques ne se jouent pas seulement entre Palestiniens et Juifs, elles concernent également les divers groupes juifs. Entre les séfarades et les ashkénazes, les différences de fécondité se sont résorbées. En revanche, le facteur religieux reste déterminant. Du fait de la précocité des mariages et du rejet de la contraception et de l’avortement, les ultra-orthodoxes battent le record mondial de fécondité (7,6 enfants par femme ) [11]  Eli Berman, « Sect, Subsidy and Sacrifice : An Economist's... [11] et dépassent de loin celle des autres Israéliens juifs et des Palestiniens d’Israël (4,02 en 2004). Sans verser dans l’ultra-orthodoxie, d’autres groupes religieux ou nationalistes-religieux sont plus prolifiques que les Palestiniens. L’hyperfécondité « instrument de combat » [12]  Y. Courbage, « Les députés israéliens et leurs enfants.... [12]  ? Kadosh, le film d’Amos Ghitaï (1999), montre des religieux pour qui la procréation n’obéit pas seulement aux préceptes bibliques, mais aussi à une stratégie de pouvoir, de revanche sur les laïques par la démographie.

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Ces groupes sont sur-représentés parmi les Israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est [13]  Claire Snegaroff, Michaël Blum, Qui sont les colons ?... [13] . Leur croissance naturelle élevée, qui pourrait dépasser celle des Palestiniens, se nourrit d’un flux imperturbable d’immigrants. C’est bien dans ces territoires occupés, plutôt qu’en Israël, que vont se situer les enjeux démographiques.

Des chiffres surestimés chez les Palestiniens ?

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Les prévisions émises pour la population palestinienne partent de 1997, date du premier recensement mené par le PCBS. Pour les années suivantes, l’évolution est projetée sur la base d’hypothèses de mortalité, de fécondité et de migration internationale. Les chiffres du recensement de 1997 ont été acceptés tels quels. Aujourd’hui, les démographes palestiniens réclament mezzo voce des révisions. Certains groupes plus médiatiques à l’étranger s’expriment plus ouvertement.

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Un groupe de travail israélo-américain, réuni à Washington le 10 janvier 2005 par l’American Enterprise Institute (proche des milieux néoconservateurs) a remis en question les données du recensement de 1997 et les projections subséquentes. Leur pamphlet très médiatisé, Arab Population in the West Bank and Gaza : The Million and a Half Person Gap [14]  Voir http :// www. pademographics. com. [14] renvoie dos à dos les Palestiniens, persuadés de leur supériorité démographique actuelle et future, et les Israéliens, comme le géopoliticien Arnon Soffer ou Sergio Della Pergola, qui grossiraient – dans un but politique – l’explosion démographique palestinienne. Les arrière-pensées du groupe de travail sont claires : la démographie des Palestiniens ne menace pas le Grand Israël ; les Juifs y sont plus nombreux que les Palestiniens et leur proportion demeure élevée depuis quatre décennies (60 %).

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Parmi les critiques émises par ce groupe de travail, celles qui dénoncent la surestimation non seulement de la fécondité palestinienne mais aussi de l’immigration (transformée en émigration après la 2e Intifada) et le comptage de nombreux Palestiniens résidents à l’étranger sont fondées. En revanche, celle qui concerne la soustraction de la population palestinienne de Jérusalem-Est de la Cisjordanie et son ajout à celle d’Israël ne l’est pas. Au final, il s’est avéré que l’estimation de la population palestinienne était largement faussée car fondée sur des effectifs exagérés au départ (1997) et sur des hypothèses de fécondité et d’immigration infirmées par l’évolution réelle [15]  L’exagération porte sur les points suivants : l’inclusion... [15] .

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En conséquence, le PCBS a rectifié le nombre des habitants des territoires palestiniens en 2005. De 4 012 000 ils sont passés à 3 762 000, soit 250 000 en moins. A. Soffer, qui avait bâti sa notoriété sur le thème de la menace démographique palestinienne, a lui aussi revu ses chiffres à la baisse : 2,8 millions en Cisjordanie (sans Jérusalem-Est) et à Gaza.

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Le nombre des Israéliens en Cisjordanie pose également des problèmes, en raison du statut de Jérusalem-Est annexé et élargi. Leur effectif varie du simple au double selon que l’on accepte la loi israélienne qui entérine l’annexion (248 000) ou le droit international (432 000 à la fin de l’année 2004 sans Gaza).

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Les perspectives démographiques des territoires palestiniens devraient être revues en tenant compte de la population palestinienne (de facto) et de celle des Israéliens. Certes, de telles perspectives donnent une vision plus réaliste du futur et des équilibres entre les hommes, la terre et les ressources. Mais l’exercice n’est pas simple, l’avenir démographique des colonies israéliennes étant très lié à la donne politique.

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Autre problème délicat : faut-il prendre telles quelles les estimations du PCBS relatives aux effectifs de la population palestinienne et à ses paramètres de croissance ? En les remettant en question, ne risque-t-on pas d’entériner les constats – qui ne sont seulement d’ordre démographique – du groupe de travail israélo-américain ?

La transition palestinienne

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Il n’y a pas très longtemps encore, la fécondité palestinienne résistait à l’analyse classique prenant en compte la relation modernisation/baisse de la fécondité et le rôle de l’instruction des femmes. Par exemple, les universitaires palestiniennes avaient en moyenne 4,1 enfants [16]  Ministry of Health-Health Management Information and... [16] . À titre de comparaison, au Maroc, où la « guerre des berceaux » n’existe pas, l’indice de fécondité des universitaires était au milieu des années 1990 au-dessous du seuil de renouvellement des générations (1,7 enfant). Durant la 1ère Intifada, la fécondité palestinienne a augmenté dans toutes les catégories sociales mais surtout au sein des plus instruites, considérées de ce fait comme étant les plus politisées et donc les plus susceptibles d’être conscientes de l’importance du facteur démographique [17]  Marwan Khawaja, Sara Randall, « The Intifada, Palestinian... [17] .

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Dans ce contexte nataliste militant, le PCBS avait prévu que la fécondité palestinienne, contrairement à celles des pays voisins, resterait très élevée, hypothèse qui fut reprise par les Nations unies, le United States Census Bureau et moi-même (graphique 1 [18]  Les graphiques ont été établis par nos soins. [18]  ).

Graphique 1  - Evolution de la fécondité en Palestine, Graphique 1
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Que valaient ces prévisions ? Jusqu’en 1999, les courbes sont proches. En 2000, la fécondité chute de 6,25 enfants par femme à 4,18, perdant ainsi le tiers de sa valeur. En 2001-2003, il n’y a pas de récupération des naissances, la fécondité tombe au-dessous de 4 , à 3,87, et devient plus basse que celle des Palestiniens en Israël (4,15 en 2003). Tout un symbole.

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Le retrait de Gaza fait de la Cisjordanie un territoire disputé par excellence où la démographie devient une carte maîtresse. Quelle est sa situation dans ce domaine ? La fécondité y est restée constante – autour de 6 enfants par femme – jusqu’en 2000 avant de baisser à 3,4 en 2002 et en 2003. Ce phénomène est dû à la diminution des mariages : 5,5 % des femmes en âge de se marier en 2002-2003 contre 8 % en 1999, et à la prévalence de la contraception qui touche 55,3 % des femmes mariées. Les tabous natalistes se sont effondrés. Le ministère de la Santé a innové – à l’échelle du monde arabe – en rendant public le nombre des avortements (déclarés) : 11,1 pour 100 naissances en 2003 [19]  Voir http :// www. moh. gov. ps/ index. asp ? deptid=... [19] . Le contrôle des naissances a conquis les esprits, et les Palestiniens, lancés – peut-être à leur corps défendant – sur la voie de la modernité démographique, n’hésitent plus à recourir à la solution extrême de l’IVG. On ne saurait en dire autant des Israéliens des colonies.

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La 2e Intifada n’est pas seule responsable du déclin de la fécondité puisqu’il lui est antérieur. Ces dernières années n’ont fait que confirmer un mouvement amorcé avant le soulèvement de 2000. On aurait eu quelques difficultés à concevoir une révolution démographique dans un contexte aussi nataliste que celui de la 1ère Intifada, lorsque les faiseurs d’opinion, qu’ils soient politiques ou religieux, et la société civile voyaient la procréation comme un rempart face à l’immigration juive, à la colonisation et aux menaces de transfert. En 2000, il semble que les mots d’ordre natalistes n’aient plus été opérants. Le bouclage des territoires palestiniens, la difficulté de circulation des hommes et des marchandises, la fermeture du marché israélien à la main-d’œuvre palestinienne et les entraves à l’exportation ont précipité la chute du revenu national per capita [20]  World Bank, Country Brief. Middle East and North Africa... [20] , et ce avant la 2e Intifada. De 2 000 USD en 1998, il est passé à 1 020 USD en 2003. Les travailleurs palestiniens en Israël, qui représentaient le quart de la main-d’œuvre palestinienne avant l’Intifada, sont passés de 138 000 en 1999 à 50 000 en 2002. Le taux de chômage, déjà élevé, a atteint des sommets (34,3 %) et la pauvreté est devenue quasiment une norme sociale : 65 % des individus vivent aujourd’hui au-dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 2 USD par jour, et en 2004 plus de 21 % des ménages palestiniens subsistaient grâce à l’assistance humanitaire [21]  PCBS, Impact of the Israeli Measures on the Economic... [21] . Cependant, s’ils accompagnent la baisse de la fécondité qui s’est installée en 2001, l’effondrement sécuritaire et la forte dégradation des conditions économiques n’expliquent pas son déclenchement en 2000. D’autres facteurs ont été déterminants. Dans ce contexte particulier, où le poids du nombre est fondamental et la démographie consubstantielle (embedded) au conflit [22]  Calvin Goldscheider, « The Demographic Embeddedness... [22] , la baisse de la fécondité révèle une divergence entre valeurs individuelles et sociétales. Le choix du couple palestinien – l’avenir de ses enfants plutôt que la cause nationale – semble aller désormais vers la famille restreinte, au grand dam des dirigeants. On ne veut plus de ces familles de 12 enfants (2 pour le couple, 10 pour la cause) qui avaient, dit-on, les faveurs de Yasser Arafat. Le changement de valeurs – du natalisme au malthusianisme – est patent, mais il demeure discret. Car si le ministère palestinien de la Santé et l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency) soutiennent le contrôle des naissances en fournissant gratuitement leurs services, peu de Palestiniens l’acceptent de gaîté de cœur. « D’un point de vue nationaliste, le peuple rejette le birth control » [23]  D’après Khaled Nabris, économiste palestinien, The... [23] , même s’il le pratique…

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Rappelons qu’en Irlande du Nord, société composite et conflictuelle comme la Palestine, la fécondité de la minorité catholique a brutalement baissé en 1980 [24]  Y. Courbage, « Démographie et politique en Irlande... [24] . En plein conflit, les catholiques n’étaient plus disposés à payer leur obole démographique, et les injonctions du clergé catholique, des mouvements nationalistes (Sinn Fein ou SDLP) et des mouvements paramilitaires (IRA) n’ont pu entraver ce choix.

Une croissance palestinienne en décélération…

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L’exactitude d’une estimation de la population palestinienne dépend naturellement de la précision de son comptage. Entre les « maximalistes » – les statisticiens palestiniens officiels et certains démographes israéliens comme S. Della Pergola [25]  Bennett Zimmerman, Sergio Della Pergola, « What is... [25] – et les « minimalistes » – le groupe de travail israélo-américain –, il faut opter pour un chiffre vraisemblable. Notre estimation révisée de 2 867 000 habitants en 2005 prend en compte certaines critiques de ce groupe de travail, le comptage d’émigrés anciens, la fécondité en forte baisse, l’émigration depuis le recensement de 1997 [26]  35 000 émigrés palestiniens en 2000-2003 d’après les... [26] , mais pas le changement de statut de Palestiniens devenus Israéliens et l’incorporation de la population palestinienne de Jérusalem-Est à Israël. Par ailleurs, les élections du 25 janvier 2006 ont confirmé indirectement que les résidents sont moins nombreux que d’après l’estimation du PCBS : il n’y a eu en effet qu’un million de votants et 1,3 million d’inscrits. Or le PCBS estime que la population résidente s’élève à 3,8 millions et la population en âge de voter à 1,87 million. Il est difficile d’imaginer, compte tenu de la forte mobilisation du Hamas et du Fath, que seuls 70 % des Palestiniens résidents de 18 ans et plus se soient inscrits sur les registres électoraux et que le taux de participation effective ait pu être aussi bas que 54 %.

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L’avenir de la population palestinienne, quant à lui, dépend de l’évolution de l’indice de fécondité et de l’ampleur des migrations qui auront lieu durant les vingt prochaines années, l’une et l’autre étant difficiles à prévoir à l’heure actuelle. La fécondité a-t-elle atteint son niveau le plus bas, niveau à partir duquel elle ne pourra que rebondir ? Ou bien va-t-il s’avérer que le plancher actuel est percé ? Et si la baisse doit alors se poursuivre, le fera-t-elle au même rythme ? Ou moins vite ? Les avis divergent, même chez les Palestiniens. Tandis que le PCBS continue d’annoncer des taux de natalité d’une autre ère : 39 ‰ (dans les territoires palestiniens), 36 ‰ (en Cisjordanie) et 43 ‰ (à Gaza) en 2003, les chiffres du ministère de la Santé sont plus mesurés : respectivement 27 ‰, 25 ‰ et 31 ‰. Les auteurs palestiniens indépendants avalisent l’hypothèse d’une forte baisse de la fécondité [27]  Ismail Lubbad, « Impact de l’UNRWA sur le comportement... [27] . L’explosion démographique et la surfécondité palestiniennes ne sont plus que des idées reçues [28]  Voir Michael Laughrea, « Haine planifiée et surfécondité... [28] . Depuis la 2e Intifada, l’émigration a surtout touché les élites par définition peu nombreuses, elle a donc peu affecté la taille de la population. Mais qu’en sera-t-il dans les prochaines années ?

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Notre projection moyenne (méthode des composantes) prévoit que le nombre des habitants palestiniens des territoires palestiniens va augmenter de 1 228 000 d’ici 2025, passant de 2 867 000 en 2005 à 4 100 000. La croissance sera donc rapide au regard des standards proche-orientaux (1,8 % en moyenne par an). La population de Gaza, évacuée et palestinienne à 100 %, passera de 1 100 000 en 2005 à 1 700 000 en 2025, les Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est de 1 800 000 à 2 400 000. Mais, contrairement à ceux de Gaza, leur territoire sera âprement disputé par Israël. La démographie sera alors l’un des éléments déterminants de l’expansion, parallèlement à la barrière de sécurité – le « Mur » – et à la stratégie territoriale [29]  Alain Dieckhoff, Les espaces d’Israël. Essai sur la... [29] .

… Face à l’« explosion » démographique des Israéliens en Palestine

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Contrairement aux Palestiniens de Cisjordanie, les Israéliens qui occupent ce territoire détiennent tous les atouts du dynamisme démographique. Leur fécondité augmente alors même qu’elle est déjà très élevée (4,75 enfants par femme avec un taux de natalité de 36 ‰) ; l’immigration demeure soutenue ; leur population est jeune et jouit donc d’un momentum élevé ; quant à leur taux de mortalité, il est presque nul (1,6 ‰), du fait de leur longévité et d’une pyramide des âges jeune.

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Cette forte fécondité, les Israéliens la doivent au courant nationaliste et religieux qui domine en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, plus qu’en Israël. Les colons se situent à droite ou à l’extrême droite : 86 % (contre 63 % chez les Juifs à l’intérieur de la Ligne verte) [30]  L’observatoire de la colonisation, « La position des... [30] . À la Knesset de 2003, le vote pour les partis religieux a atteint 34 % dans les colonies, soit deux fois plus que chez les Juifs de l’intérieur (18 %) et 21 % pour les partis à la droite du Likoud (contre 7 % chez les Juifs de l’intérieur). Ces préférences politiques et religieuses – la mentalité de colon – militent en faveur de la famille nombreuse. L’État et l’Organisation sioniste mondiale récompensent ce choix [31]  45 milliards de shekels, soit 10 milliards de dollars... [31] en versant des milliards de dollars aux colonies sous forme de subventions et de déductions : aides au logement, à la santé, à l’éducation, allègements fiscaux. Les jeunes couples ont tout intérêt à avoir leurs enfants dans les colonies. Qu’ils soient de droite ou de gauche, les divers gouvernements israéliens ont maintenu une politique démographique visant à accroître la population israélienne en Cisjordanie. Les avantages accordés par l’État font que le niveau de vie est plus élevé dans les colonies qu’en Israël. Les colonies ont été classées zones nationales prioritaires, éligibles pour une aide financière accrue. Six ministères y pourvoient. Le ministère de la Construction et du Logement a accordé des prêts à des conditions intéressantes pour l’achat d’appartements et l’Administration israélienne de la terre a consenti des réductions pour la location des terres ; le ministère de l’Éducation a donné des avantages matériels aux enseignants et des exemptions de frais de scolarité (90 % dans les maternelles) ; le ministère de l’Industrie et du Commerce a attribué des sub-ventions aux investisseurs et aménagé les zones industrielles ; le ministère du Travail et des Affaires sociales a fourni des primes aux travailleurs sociaux et le ministère des Finances a concédé des réductions d’impôts sur le revenu des particuliers et des compagnies. Pour éviter les accusations de discrimination (à l’encontre des Palestiniens citoyens israéliens), les fonds ont transité par l’Organisation sioniste mondiale, dont la Division des colonies est libre de financer des localités exclusivement juives [32]  B’Tselem, « Land Grab : Israel’s Settlement Policy... [32] .

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De cette bienveillance de l’État israélien à l’égard des colonies sont nés des projets grandioses. Pour le plan dit « de paix et de sécurité en Eretz Israël », le Conseil des implantations juives de « Judée-Samarie » et Gaza a mis tout en œuvre pour atteindre un million de colons en 2020 dans la seule Cisjordanie non annexée, ce qui suppose de multiplier par 4 la population actuelle en adoptant un rythme de croissance annuel de 92 ‰.

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Tandis que le niveau de vie des Israéliens des colonies s’est élevé à grand renfort de subventions et d’aides directes, celui des Palestiniens a décliné puis s’est effondré. La démographie témoigne de ces forces divergentes. En 2000, la fécondité palestinienne est passée à 4,18 enfants par femme (3,40 en Cisjordanie) derrière celle des colons israéliens qui enregistrait un autre record, symbolique cette fois, puisqu’ils devenaient, avec un indice de 4,51, presque deux fois plus féconds que les Juifs d’Israël (2,35). Depuis, le phénomène s’est encore accru et, grâce à la rare conjonction d’une forte fécondité et d’une faible mortalité, la croissance naturelle des colonies a battu un nouveau record en 2004 avec 34,4 ‰.

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La projection de la population des Israéliens des territoires palestiniens comporte des aléas, comme l’a montré le cas de Gaza où la population israélienne a été ramenée à 0 habitant en quelques jours. Les statistiques israéliennes officielles ne prennent pas en compte ce type de projections. D’autres perspectives, dont les hypothèses ne sont pas claires, traduisent avant tout les vœux de leurs instigateurs, tel ce projet d’atteindre le million de colons en Cisjordanie en 2020. Mais le problème n’est pas seulement technique. Toute projection ne revient-elle pas à reconnaître le fait accompli de l’occupation, à lui conférer le sceau de la légalité ?

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Cependant, et malgré son statut indéterminé, cette population pourrait connaître de beaux lendemains démographiques, si les tendances récentes se prolongeaient, le retrait de Gaza venant donner un coup de fouet au contrôle de la Cisjordanie [33]  « Le gouvernement [israélien] est en train de se servir... [33] .

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La projection de la population israélienne dans les territoires palestiniens (Jérusalem-Est compris) a été effectuée sur la base de trois hypothèses à l’échéance de 2025. Hypothèse haute : la fécondité demeure constante à son niveau actuel. Les colonies continuent d’attirer les couples désireux de profiter des meilleures conditions financières pour fonder leurs familles. Malgré l’insécurité, un surcroît d’intervention de l’État et de l’Organisation sioniste mondiale augmente la propension à immigrer. Fécondité constante et immigration soutenue, comme avant la 2e Intifada, ont pour résultat une augmentation de la population israélienne en Cisjordanie qui dépasse le seuil symbolique du million. Cette projection est en dessous de celle du Conseil des implantations juives qui ambitionne un million de colons dès 2020 et hors Jérusalem-Est. Hypothèse basse : l’immigration reflue à son niveau des lendemains de la 2e Intifada. La fécondité baisse de moitié pour rejoindre celle des Juifs de l’intérieur. Forte de son momentum, la population israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est augmente quand même et atteint 703 000 habitants. Hypothèse moyenne : le maintien de la fécondité actuelle suffit, malgré l’arrêt de l’émigration, à faire en sorte que la population double et atteigne 833 000 habitants. Ce qui revient à dire que c’est la croissance naturelle qui, à elle seule, permet d’atteindre ce résultat spectaculaire. Si rien de ce qui serait susceptible d’infléchir le cours de l’évolution ne se produit, la population israélienne augmentera tous les cinq ans de plus de 1 %, bouleversant l’équilibre au détriment de la population palestinienne. De 20 % en 2005, les Israéliens en Cisjordanie passeront à 25,5 % en 2025 (graphique 2).

Graphique 2  - Proportion (%) d’Israéliens en Cisjordanie Graphique 2

Un nouveau plan de partage ?

35

Le graphique 3 présente la progression de la population juive en Palestine ottomane et mandataire depuis 1878, quand les premiers immigrants juifs commencèrent à s’y installer en nombres significatifs, jusqu’à sa disparition en 1948 (« Historique ») et celle de la population israélienne depuis la guerre de 1967 jusqu’en 2025 (« Cisjordanie (Jérusalem inclus) »).

Graphique 3  - Proportion de Juifs dans la population de la Palestine historique Graphique 3
36

Les deux courbes présentent des concordances : par exemple, en 2005, la proportion d’Israéliens en Cisjordanie était au même niveau de celle des Juifs en Palestine historique en 1933, quinze ans avant la fin du mandat britannique. En revanche, à ses débuts, la colonisation de ce qui restait de la Palestine après 1967 a été beaucoup plus rapide que celle de la Palestine ottomane.

37

Que faut-il déduire de cette histoire démographique qui tend à se répéter sur le cinquième restant de la Palestine ? Est-elle annonciatrice de l’avenir ? La démographie n’a pas réponse à tout. Les évolutions politiques locales ou internationales peuvent démentir ces chiffres fondés sur une simple extrapolation de tendances et qui n’ont donc aucune prétention divinatoire. En outre, les contextes historiques ne sont pas les mêmes. Dans la première phase de 1878-1948, la démographie était intimement liée aux processus de Nation Building et de State Building, puisqu’il s’agissait de bâtir une nation et un État à partir d’une population juive presque inexistante. Après 1967, si la démographie a été instrumentalisée, ce fut pour élargir les contours d’un État déjà existant.

38

La menace d’un « transfert » des Palestiniens qui ne laisserait que des Israéliens dans un Grand Israël a pesé sur les Palestiniens en Cisjordanie et en Israël depuis la naissance de l’État juif. L’« État palestinien » se limiterait alors aux 382 km2 de Gaza, où il n’y a plus d’Israéliens depuis septembre 2005. Ce scénario catastrophe a peu de chances de se réaliser un jour pour des raisons purement démographiques : on voit mal la communauté internationale accepter l’expulsion de 4 millions de Palestiniens (dont 1,2 million en Israël).

39

Le scénario d’une annexion de la Cisjordanie, sans expulsion, officialiserait le statut de non-citoyens pour quelque 2 millions de Palestiniens qui ont déjà ce statut de facto depuis 1967. L’annexion pourrait également signifier l’accès des Palestiniens qui le souhaiteraient à la nationalité israélienne. Sur le long terme, cette incorporation – préconisée par certains intellectuels comme étant seule à même de régler durablement le conflit –, conduirait, par le jeu combiné de la démographie et de la démocratie, à la création d’un État binational, sous le nom de Palisrael ou Isratine. Pour cette raison, et parce qu’elle porte en germe la disparition d’un État mononational, cette solution est rejetée par le pouvoir comme par l’opposition israéliens.

40

Depuis la 2e Intifada, la violence, la confiscation de terres et l’érection de nouveaux pans de la barrière de sécurité poussent les Palestiniens au départ, du moins ceux qui parviennent à trouver un pays d’accueil. Ces mêmes raisons les incitent également à avoir moins d’enfants. Par ailleurs, la mortalité palestinienne, qui avait beaucoup baissé grâce à l’efficacité des soins de santé, pourrait augmenter en raison des effets non seulement directs mais aussi indirects de la guerre. L’ensemble de ces actions sur l’émigration, la fécondité, voire la mortalité constituent les différentes facettes d’une politique démographique non écrite – moins visible que le « transfert » –, qui vise à réduire la population palestinienne au profit de la population israélienne [34]  « While facilitating Jewish settlement, the planning... [34] . Le scénario unilatéraliste israélien, dans lequel s’inscrit cette politique de « transfert en douceur », envisage l’annexion d’une partie substantielle de la Cisjordanie. Dans ce jeu à géométrie variable, l’un des points non négociables est l’annexion de Jérusalem-Est élargi [35]  La superficie de Jérusalem-Est (Vieille Ville et quartiers... [35] où résident près de 190 000 colons, considérés par Israël comme résidents de son territoire et par la communauté internationale comme résidents illégaux. Il s’agit là de la version minimale de résolution du conflit qui fait l’unanimité de la classe politique et de la plupart des Israéliens. Mais depuis la caution américaine d’un non-retour aux frontières de 1967, des projets d’annexion plus ambitieux foisonnent, qui concernent des territoires situés au-delà de la Ville sainte : les colonies principales et les aires d’attraction de Maaleh Adumin et Goush Etzion, le « doigt » d’Ariel. Et qu’en sera-t-il de la poussière de colonies plus ou moins peuplées, hors les quatre colonies naines évacuées lors du retrait de Gaza ? Quid de la vallée du Jourdain, l’une des premières terres de colonisation en Cisjordanie après 1967 [36]  Un effort financier exceptionnellement généreux a été... [36] , destinée à devenir la nouvelle frontière d’Israël à l’Est ? On risque d’assister, au cours des prochaines années, à un chassé-croisé entre retraits des petites colonies peu peuplées, excentrées et peu rentables, et consolidation d’ensembles plus stratégiques.

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I sraël pourrait annexer près de 40 % de la Cisjordanie [37]  Gershon Baskin, « Palestinian Beware : Unilateralism... [37] . La barrière de sécurité, déjà construite ou en voie de construction, permettra d’englober les grandes colonies et de rapprocher les frontières définitives d’Israël du tracé correspondant à ses ambitions territoriales. Outre les surfaces déjà bâties, l’aire d’expansion prévue des colonies, qui va bien au-delà, ainsi que les routes de « contournement » justifieront d’autres annexions. Dès lors, ce ne seront plus les colonies israéliennes de Cisjordanie qui ressembleront à des enclaves en territoire étranger, mais les agglomérations palestiniennes, isolées les unes des autres.

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Moteurs de l’appropriation de la Cisjordanie, les mesures sécuritaires (le Mur) et territoriales (expansion de la surface des colonies et routes de contournement) seraient cependant insuffisantes si l’apport de la démographie venait à manquer. Dans cet espace conflictuel, l’objectif majeur est d’aller à la conquête des vides et de les combler en transformant des colonies et des « avant-postes » fantomatiques en agglomérations densément peuplées, cela afin de démontrer que la colonisation a atteint son point de non-retour, qu’elle est un fait irréversible. Combien de colons faudra-t-il alors pour franchir ce seuil symbolique ?

43

En 1947, le plan de partage de la (première) Palestine, établi par la communauté internationale, a accordé 55 % du territoire à l’État juif. Le tiers de la population (33,7%) était juif (668 000). En ce premier quart de siècle, les ordres de grandeur ont changé : le Conseil des implantations juives veut un million d’Israéliens en Cisjordanie (hors Jérusalem-Est) en 2020. C’est un chiffre énorme, mais les projections démontrent qu’il n’est pas complètement irréaliste.

Notes

[1]

Sharon’s Speech on Gaza Pullout, 15 août 2005, BBC News (http ://news.bbc.co.uk/1/hi/world/middle_east/ 4154798.stm).

[2]

Youssef Courbage, New Demographic Scenarios in the Mediterranean, Paris, INED, 2002.

[3]

United Nations Population Division, World Population Prospects : The 2004 Revision, New York, 2005(http :// www. un. org/ esa/ population/ publications/ WPP2004/ wpp2004. htm).

[4]

Jerusalem Institute for Israel Studies, Statistical Yearbook for Jerusalem 2002/2003, décembre 2003 (http ://jerusa-lemfoundation.org/data/jiis/jerusalem-statistics-2003.html).

[5]

PCBS, Demographic Statistics, 2004 (http :// www. pcbs. gov. ps/ Portals/ _pcbs/ populati/ demd1. aspx).

[6]

Philippe Fargues, « Des cartes dans quel jeu ? Accords de paix et démographie », Revue d'études palestiniennes, 23, 2000, p. 53-65.

[7]

Central Bureau of Statistics, Statistical Abstract of Israel, Jérusalem, diverses années.

[8]

Steven Gold, The Israeli Diaspora, Londres, Routledge, 2002, p. 24-25.

[9]

Sans Gaza. Cf. Amiram Barkat, « For the first time, Jews are no longer a majority between the Jordan and the sea », Ha’aretz, 11 août 2005.

[10]

Y. Courbage, P. Fargues, Chrétiens et juifs dans l’islam arabe et turc, Fayard, Paris, 1992, p. 274 ; Y. Courbage, New Demographic Scenarios in the Mediterranean, op. cit., p. 116.

[11]

Eli Berman, « Sect, Subsidy and Sacrifice : An Economist's View of Ultra-orthodox Jews », Quarterly Journal of Economics, août 2000 et Central Bureau of Statistics, Statistical Abstract of Israël, Jérusalem, 2003.

[12]

Y. Courbage, « Les députés israéliens et leurs enfants. Une étude démographique de la Knesset », Revue d’études palestiniennes, 21,1999, p. 58-81.

[13]

Claire Snegaroff, Michaël Blum, Qui sont les colons ? Une enquête, de Gaza à la Cisjordanie, Paris, Flammarion, 2005.

[14]

Voir http :// www. pademographics. com.

[15]

L’exagération porte sur les points suivants : l’inclusion dans le recensement de 1997 de non-résidents palestiniens, émigrés depuis plus d’un an (325 385), la non-prise en compte de la forte baisse de la fécondité (238 000), l’émigration nette (310 000), le double comptage de Jérusalem-Est annexé par Israël (210 000) et celui des Palestiniens devenus légalement résidents en Israël (105 000). Cf. Bennett Zimmerman, Roberta Seid, Michael Wise, « The Million-and-a Half Person Gap », Ha’aretz, 9 septembre 2005.

[16]

Ministry of Health-Health Management Information and Statistics (MoH-HMIS), Palestinian Health Care System. Health Status in Palestine 2002, juillet 2003 ; PCBS, The Demographic Survey in the West Bank and Gaza Srip : Final Report, Ramallah, 1997.

[17]

Marwan Khawaja, Sara Randall, « The Intifada, Palestinian Fertility and Women’s Education », Genus, 1,2006.

[18]

Les graphiques ont été établis par nos soins.

[19]

Voir http :// www. moh. gov. ps/ index. asp ? deptid= 4&pranchid= 62&action= details&serial= 362 (15.09.05).

[20]

World Bank, Country Brief. Middle East and North Africa Region – West Bank and Gaza, Washington, août 2004 (http ://lnweb18.worldbank.org/mna/mena.nsf).

[21]

PCBS, Impact of the Israeli Measures on the Economic Conditions of Palestinian Households (9th Round : April–June, 2004), Ramallah, août 2004.

[22]

Calvin Goldscheider, « The Demographic Embeddedness of the Arab-Jewish Conflict in Israeli Society », dans Bernard Reich, Gershon R. Kieval, Israeli Politics in the 1990s : Key Domestic and Foreign Policy Factors, New York, Greenwood Press, 1991.

[23]

D’après Khaled Nabris, économiste palestinien, The Miami Herald, 9 janvier 2004.

[24]

Y. Courbage, « Démographie et politique en Irlande du Nord depuis la partition », dans Jean-Louis Rallu, Youssef Courbage, Victor Piché, Anciennes et nouvelles minorités, Paris, John Libbey/INED, 1997, p. 335-361.

[25]

Bennett Zimmerman, Sergio Della Pergola, « What is the True Demographic Picture in the West Bank and Gaza : A Presentation and Critique », Jerusalem Issue Brief, 14 (19), 10 mars 2005.

[26]

35 000 émigrés palestiniens en 2000-2003 d’après les statistiques israéliennes aux frontières (Pont Allenby, Rafah, aéroport de Gaza jusqu’en 2000, Aéroport Ben Gourion à Tel Aviv). Cf. P. Fargues (dir.), Migrations méditerranéennes. Rapport 2005, Florence, Centre Robert Schuman, 2005, p. 260. Voir également Uriya Shavit, Jalal Banna, « The Secret Exodus : Palestinian Emigration », Ha’aretz, 5 octobre 2001.

[27]

Ismail Lubbad, « Impact de l’UNRWA sur le comportement démographique des réfugiés palestiniens depuis 1948. Étude démographique et socio-économique », thèse de démographie, EHESS, 2005.

[28]

Voir Michael Laughrea, « Haine planifiée et surfécondité palestinienne : les vrais cancers d’Israël », Le Devoir.com, 7 octobre 2003 (http :// www. ledevoir. com/ 2003/ 10/ 07/ 37772. html).

[29]

Alain Dieckhoff, Les espaces d’Israël. Essai sur la stratégie territoriale, Paris, Presses de Sciences Po, 1989.

[30]

L’observatoire de la colonisation, « La position des colons vis-à-vis d’un retrait israélien des territoires occupés » Revue d’études palestiniennes, 86,2003, p. 125. Voir également « Israel Elections 2003 » (http ://news.haaretz.co.il/ hasen/pages/ShArtElection.jhtml ?itemNo=257618&contrassID=2&subContrassID=1&sbSubContrassID =0&listSrc=Y).

[31]

45 milliards de shekels, soit 10 milliards de dollars au cours actuel, depuis 1967, hors les dépenses militaires. Cf. Nadav Shragai, « 2,2 milliards de shekels pour les colonies en 2001 », La paix maintenant, janvier 2003 (http :/ www. lapaixmaintenant. org/ article334).

[32]

B’Tselem, « Land Grab : Israel’s Settlement Policy in the West Bank. Comprehensive Report », mai 2002 (http ://fromoccupiedpalestine.org/node.php ?id=331).

[33]

« Le gouvernement [israélien] est en train de se servir du retrait de Gaza pour mieux annexer la Cisjordanie et empêcher la constitution d’un État palestinien viable. » Cf. Leila Shahid, « Associer les Palestiniens au retrait », Le Figaro, 10 août 2005.

[34]

« While facilitating Jewish settlement, the planning system works vigorously to restrict the development of Palestinian communities », Cf. B’Tselem, « Land Grab : Israel’s Settlement Policy in the West Bank. Comprehensive Report », cité, p. 2.

[35]

La superficie de Jérusalem-Est (Vieille Ville et quartiers adjacents), avant la guerre de 1967, était de 6 km2. Cette partie de la ville « réunifiée » a été agrandie de 64 km2 supplémentaires annexés sur la Cisjordanie.

[36]

Un effort financier exceptionnellement généreux a été consenti par l’Organisation sioniste mondiale pour permettre aux jeunes couples de s’installer dans les colonies de la vallée du Jourdain, effort couronné de succès via la remontée des taux d’accroissement de ces colonies, voir le site de l’organisation Peace Now (http :// www. peacenow. org. il/ site/ en/ homepage. asp).

[37]

Gershon Baskin, « Palestinian Beware : Unilateralism is gaining Steam in Israel », 16 octobre 2005 (http :// www. amin. org/ eng/ uncat/ 2005/ oct/ oct16-0. html).

Résumé

English

Demographic Issues in Palestine after the Gaza Withdrawal Since Zionism came about in the 19th century, demographics (immigration, emigration, marriage, birthrate and death rate) have played a major role in the establishment of the Jewish community in Palestine and, since 1948, in the consolidation of the state of Israel. Since the war of 1967 and the conquest of the entire Palestinian territory formerly under British mandate, two clashing demographics are at odds with one another: that of the Palestinians in the occupied territories (West Bank with East Jerusalem and Gaza until 2005) and that of the Israelis who colonize these territories. The former aims to preserve this territory for the benefit of its original inhabitants, the second to conquer it for the benefit of the colonists. Until the second Intifada in 2000, the Palestinian fertility rate had remained high. Since then a significant drop has brought it to below the level of that of the Israeli colonists in the West Bank and East Jerusalem, which has been quite high and even on a rising trend. The causes for the drop in Palestinian fertility and those behind the persistently high fertility among Israeli colonists are studied. The perspectives for the West Bank population for 2025 underscore the rapid growth of the Israeli population to the detriment of the Palestinian population. What political consequences do these demographic changes hold in store?

Plan de l'article

  1. Population et territoire : les ambiguïtés
  2. Une nouvelle démographie ?
  3. Des chiffres surestimés chez les Palestiniens ?
  4. La transition palestinienne
  5. Une croissance palestinienne en décélération…
  6. … Face à l’« explosion » démographique des Israéliens en Palestine
  7. Un nouveau plan de partage ?

Pour citer cet article

Courbage Youssef, « Les enjeux démographiques en Palestine après le retrait de Gaza », Critique internationale 2/ 2006 (no 31), p. 23-38
URL : www.cairn.info/revue-critique-internationale-2006-2-page-23.htm.
DOI : 10.3917/crii.031.0023


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