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Culture méthodes

2011/2 (n°2)

  • Pages : 12
  • DOI : 10.3917/culm.112.0001
  • Éditeur : DEPS


Pages 1 - 12

Avant-propos

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Comparer les données de l’enquête Pratiques culturelles produites à plus de trente-cinq ans de distance pose toute une série de difficultés tant au plan de la méthode que de l’interprétation des résultats, à commencer par le fait que l’analyse rétrospective ne peut porter que sur les activités présentes dans les cinq versions successives du questionnaire sous une formulation inchangée. Or, s’interroger sur les pratiques culturelles et médiatiques d’aujourd’hui revient souvent à parler de choses qui n’existaient pas au début des années 1970 ! Par ailleurs, la société française a connu, au cours de la période étudiée, de profondes mutations au plan démographique, économique, social et bien entendu technologique qu’il est impossible d’ignorer quand on s’interroge sur les facteurs à l’origine des tendances observées.

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Aussi est-il apparu nécessaire de publier le présent document dans la collection « Culture méthodes », en accompagnement de la publication, dans la collection « Culture études », des résultats de l’analyse rétrospective menée à partir des cinq éditions de Pratiques culturelles [1]  Pratiques culturelles, 1973-2008. Dynamiques générationnelles... [1] , pour rappeler les principaux écueils à éviter au moment d’interpréter les résultats. Cette contribution méthodologique constitue par conséquent le complément indispensable à Pratiques culturelles, 1973-2008. Dynamiques générationnelles et pesanteurs sociales, mais il peut bien entendu être lu indépendamment car la plupart des questions qu’il pose concernent en réalité toute comparaison de données d’enquête produites à plusieurs décennies de distance.

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Jean-François Chaintreau

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Tenter de retracer l’évolution des comportements culturels des Français à partir des cinq éditions de l’enquête Pratiques culturelles réalisées depuis 1973 (voir encadré « L’enquête Pratiques culturelles des Français », p. 2) n’est pas un exercice facile pour trois raisons essentielles.

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La première tient au fait que beaucoup de choses ont changé en trente-cinq ans dans le domaine de la culture et des médias : de nouvelles pratiques sont apparues, d’autres ont changé de contenus, de formes ou d’appellations. Or, l’approche statistique est par nature embarrassée par tout ce qui est nouveau : sans une certaine stabilité des réalités observées et des manières de les désigner, impossible d’en prendre la mesure et d’en observer l’évolution à travers l’élaboration de séries longues. Aussi l’analyse rétrospective des résultats de Pratiques culturelles ne peut-elle porter que sur les activités présentes dans les cinq versions successives du questionnaire soumis aux répondants sous une formulation identique : les usages de l’internet, le visionnage à domicile de vidéos ou de films, la pratique des jeux vidéo mais aussi la fréquentation des spectacles de rue ou des concerts de musique électronique, qui ne figuraient pas dans les premiers questionnaires, ne font pas directement partie des activités étudiées, même si elles sont, bien entendu, prises en compte au moment d’interpréter certaines des mutations observées [2]  Voir la liste des pratiques culturelles sur lesquelles... [2] .

Tableau 1 - Liste des activités présentes dans les cinq éditions de Pratiques culturellesTableau 1
L’enquête Pratiques culturelles des Français

Le Département des études du ministère de la Culture et de la Communication a réalisé à cinq reprises l’enquête Pratiques culturelles des Français, en 1973, 1981, 1989, 1997 et 2008. Le dispositif a, chaque fois, été identique : sondage auprès d’un échantillon représentatif de la population française de 15 ans et plus, échantillon stratifié par régions et catégories d’agglomération, méthode des quotas avec comme variables le sexe et l’âge de la personne interrogée ainsi que la catégorie socioprofessionnelle du chef de ménage, interrogation en face à face au domicile de la personne interrogée. La taille de l’échantillon était de 2 000 individus en 1973, 3 000 en 1981, 5 000 en 1989, 4 353 en 1997 et 5 000 en 2008.

Les questionnaires des cinq éditions de l’enquête ainsi que les résultats complets triés selon le sexe, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle du chef de ménage et le lieu de résidence sont disponibles à l’adresse www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr

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Par ailleurs, une grande partie des générations enquêtées en 1973 a aujourd’hui disparu, tandis que les jeunes d’alors (les 15-24 ans de l’édition de 1973) ont dépassé le cap de la cinquantaine. Cela veut dire que la plupart des personnes de moins de 50 ans interrogées en 2008 n’étaient pas nées au moment de la première édition de l’enquête. Il est par conséquent indispensable de tenir compte de l’évolution structurelle de la société au cours de la période considérée et de faire preuve de la plus grande rigueur à la lecture des résultats comparés des cinq enquêtes Pratiques culturelles. Il convient notamment de ne pas interpréter systématiquement les évolutions constatées à l’échelle de la population française comme des indices de changements intervenus dans les comportements individuels : le taux de pratique de certaines activités peut en effet très bien avoir augmenté ou baissé sous le seul effet des transformations démographiques qu’a connues la société française, sans qu’aucune des personnes qui la composent n’ait individuellement changé de comportement.

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Enfin, il convient de garder à l’esprit que les réponses recueillies en situation d’enquête ne sont jamais le simple reflet des comportements des personnes interrogées. Elles relèvent d’un registre hybride, situé entre les pratiques réelles et les représentations, car elles dépendent pour une part du sens accordé aux termes du questionnement et de l’image que les intéressé(e)s souhaitent donner d’eux-mêmes. Par exemple, l’interrogation relative au nombre de livres lus au cours de l’année écoulée ne précise en aucune façon si les bandes dessinées, les mangas, les livres pratiques, etc., doivent ou non être intégrés dans le calcul. Dans quelle mesure ces différents genres d’imprimés sont-ils ou non pris en compte et comment être certain que les modes de calcul auxquels ont recours les personnes interrogées pour livrer un chiffre n’ont pas changé au fil du temps ? La question peut être généralisée à la plupart des activités abordées dans le questionnaire : la réalité qu’elles sont censées désigner peut très bien changer d’une édition à l’autre, si bien qu’il est toujours difficile de savoir avec certitude dans quelle mesure les évolutions constatées traduisent une modification des comportements ou une transformation dans la façon d’en rendre compte, surtout quand on se situe dans une perspective de moyen terme.

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Compte tenu de cette triple difficulté inhérente au fait de comparer des données d’enquête produites à trente-cinq ans de distance, il apparaît nécessaire de préciser un certain nombre de points de méthode et de vocabulaire utiles à la compréhension des résultats de Pratiques culturelles.

Évolution des taux de pratique et effets de structure

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Le premier objectif de l’enquête est de fournir les taux de pénétration [3]  Qu’on peut aussi appeler taux de pratique, taux d’incidence... [3] au sein de la population française des principales formes d’accès à la culture et d’offrir, grâce à son caractère barométrique, des éléments de réponse chiffrés à la double interrogation suivante : la proportion de Français de 15 ans et plus ayant écouté de la musique, lu un livre, fréquenté un théâtre, etc., a-t-elle augmenté ou baissé, et le profil des personnes concernées a-t-il évolué ?

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Cette manière de rendre compte de la réalité à partir des taux de pénétration peut conduire à porter sur l’évolution de certaines activités un regard en décalage par rapport à la perception qu’en ont les professionnels des secteurs concernés qui, pour leur part, l’appréhendent à travers les variations du volume et de la structure de leurs publics ou clientèles. Dans leur cas, les interrogations portent sur les chiffres de fréquentation ou de vente (sont-ils orientés à la hausse ou à la baisse ? la part des jeunes, des femmes, des cadres supérieurs, etc. est-elle plus ou moins importante ?) et leur jugement peut considérablement diverger par rapport au constat révélé par les résultats d’enquête exprimés en taux de pénétration pour une raison simple : les appréciations forgées au jour le jour au contact des publics réels ou à la lecture des chiffres de vente prennent en compte les changements de volume et de structure de la population de référence.

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L’approche en termes de taux de pénétration a donc pour principal inconvénient (ou pour avantage selon le point de vue adopté) d’ignorer l’évolution quantitative de la population de référence au cours de la période étudiée ainsi que les mutations structurelles qui peuvent avoir affecté sa composition. S’il est tout à fait possible de tenir ces facteurs pour négligeables sur une courte période, cela devient impossible dans une perspective de moyen terme, surtout quand la période considérée a été marquée par de profondes mutations.

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Or, ce fut le cas au cours des dernières décennies : la population française a beaucoup changé depuis 1973. Tout d’abord, elle a considérablement augmenté : le nombre de Français âgés de 15 ans et plus est passé de 40 millions à plus de 50 millions en 2008, ce qui signifie que 1% de la population enquêtée lors de l’édition Pratiques culturelles de 1973 représentait 400 000 personnes contre 500 000 trente-cinq ans plus tard. Aussi est-il essentiel de ne pas oublier ce premier point quand on se livre au jeu des comparaisons dans le temps : une activité dont le taux de pénétration serait resté stable autour de 10 % tout au long de la période aurait en réalité « gagné » un million de personnes.

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Par ailleurs, la population française a connu de profonds changements sur les plans démographique, économique ou social qui en ont modifié la structure. Elle a notamment vieilli : les bilans démographiques fondés sur le recensement de l’ensemble de la population témoignent du recul constant des moins de 25 ans et de la progression récente des 60 ans et plus, double évolution qui apparaît clairement quand on compare la composition des cinq échantillons de personnes interrogées dans le cadre de l’enquête Pratiques culturelles [4]  L’importance relative des 15-24 ans dans la population... [4] . Et surtout, la population française a connu une élévation spectaculaire du niveau de formation du fait de l’abaissement des conditions d’accès à l’enseignement secondaire et supérieur jusqu’à la fin des années 1990 : la part des bacheliers et des diplômés de l’enseignement supérieur a plus que doublé entre la première et la cinquième édition de Pratiques culturelles [5]  Les bacheliers et diplômés de l’enseignement supérieur... [5] (graphique 1).

Graphique 1 - Évolution de la proportion de bacheliers par génération* (France métropolitaine)Graphique 1
Source : depp, Ministère de l’Éducation nationale/deps, Ministère de la Culture et de la Communication, 2011.
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L’augmentation de la proportion de bacheliers a été régulière tout au long des années 1950 et 1960 avant de connaître une accélération brutale au cours de la période 1985-1995. Aussi le niveau moyen de formation est-il aujourd’hui très différent d’une génération à l’autre, notamment chez les femmes (graphique 2) dont le niveau était globalement inférieur à celui des hommes au début des années 1970 : les femmes des jeunes générations sont aujourd’hui plus diplômées que leurs homologues masculins, à l’inverse de celles des générations du baby-boom et plus encore de celles des générations nées avant guerre, et cette évolution constitue à l’évidence, compte tenu de la relation toujours étroite qui lie l’intensité de la participation à la vie culturelle au niveau de formation, une des clefs des transformations récentes des rapports de genre dans le domaine culturel.

Graphique 2 - Proportion de « bac et plus » dans la population française en 2007 selon le sexe et la générationGraphique 2
Source : Insee, enquêtes Emploi du 1er au 4e trimestre 2007/deps, Ministère de la Culture et de la Communication, 2011.
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Par ailleurs, la progression générale du niveau de formation s’est accompagnée d’une féminisation régulière de l’emploi [6]  La part des femmes dans la population active est passée... [6] et surtout d’une déformation importante de la structure de la population active, dont un tiers des effectifs en 2007 était titulaire d’un diplôme supérieur au bac contre 8% au début des années 1970. Le poids relatif des différentes catégories socioprofessionnelles s’en est trouvé profondément modifié, même si la structure des emplois s’est déplacée vers le haut moins vite que celle des diplômes : les cadres, les professions intermédiaires et, dans une moindre mesure, les employés ont vu leurs effectifs augmenter tandis que ceux des ouvriers et des agriculteurs baissaient (graphique 3). Au final, les effets combinés des progrès de la scolarisation et des transformations de la structure des emplois se sont traduits au cours de la période 1973-2008 par une progression spectaculaire des effectifs des catégories de population dont la participation à la vie culturelle est traditionnellement la plus importante : étudiants, cadres et professions intellectuelles supérieures, fractions diplômées des professions intermédiaires.

Graphique 3 - Évolution de la structure des emplois par catégorie socioprofessionnelle*, 1975-2007Graphique 3
Source : Insee Première, 2010, no 1312/ deps, Ministère de la Culture et de la Communication, 2011.
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Ces profondes transformations structurelles de la population française au cours de la période 1973-2008, qui se sont logiquement traduites au niveau des différents échantillons de Pratiques culturelles [7]  Voir « Évolution de la structure de la population enquêtée,... [7] , ne peuvent être ignorées au moment d’interpréter les résultats car leur impact sur l’évolution des pratiques culturelles et médiatiques est évident.

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Prenons l’exemple du vieillissement de la population. Toutes choses étant égales par ailleurs, celui-ci a tendance à favoriser les activités comme l’écoute de la télévision dont l’intensité augmente avec l’avancée en âge : les seniors étant les plus portés à passer beaucoup de temps devant le petit écran, la durée moyenne d’écoute a mécaniquement tendance à augmenter à l’échelle de la population française quand ils deviennent plus nombreux [8]  Un autre cas est possible : l’augmentation du nombre... [8] . A contrario, l’augmentation des personnes du troisième et surtout du quatrième âge peut contribuer à faire baisser le taux de pénétration dans la société française de certaines activités traditionnellement pratiquées au moment de la jeunesse.

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De même, les progrès de la scolarisation et la déformation vers le haut de la pyramide sociale peuvent entraîner mécaniquement une diffusion de certaines activités sans qu’il soit possible de parler de démocratisation au sens d’une réduction des écarts entre les catégories de population les plus investies dans la culture et celles qui en sont le plus éloignées. Ainsi, par exemple, le nombre des entrées dans certains établissements culturels a pu progresser ces dernières décennies, parfois dans des proportions importantes, sans que la propension à s’y rendre des différentes catégories socioprofessionnelles n’évolue, ni que les écarts entre les taux de fréquentation des cadres supérieurs et ceux des ouvriers ne se réduisent ; mieux, certaines sorties ou visites culturelles ont pu connaître une baisse de leur taux de pénétration dans la population française alors que les statistiques de fréquentation faisaient apparaître une augmentation des entrées (voire des pratiquants) ! Pour cela, il a suffi que la population globale et/ou les catégories de population les plus concernées par l’activité voient leurs effectifs progresser au cours de la même période [9]  C’est le cas par exemple de la visite de musée au cours... [9] .

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S’il est par conséquent indispensable de prendre la mesure des effets des mutations structurelles sur l’évolution des pratiques culturelles à l’échelle de la population française, il est tout aussi nécessaire de le faire au niveau des grandes catégories de population qui la composent : ainsi, les jeunes d’aujourd’hui sont plus diplômés et vivent plus longtemps en solo que leurs aînés au même âge, de même que les jeunes retraités d’aujourd’hui sont en général en meilleure santé, plus diplômés et plus riches que leurs homologues des générations précédentes. On pourrait ainsi multiplier les exemples : les femmes sont aujourd’hui plus diplômées et occupent plus souvent un emploi que leurs aînées, les cadres supérieurs ou les étudiants constituent aujourd’hui des groupes moins homogènes que naguère, notamment au plan de l’origine sociale, les habitants de Paris intra-muros sont moins nombreux et les spécificités de leur profil sociologique se sont encore accentuées avec la montée des prix de l’immobilier et la reconfiguration de l’espace urbain, etc. Aussi, toute baisse ou augmentation d’un taux de pratique relatif à la population française dans son ensemble ou à un groupe social particulier (les jeunes, les femmes, les ruraux, les ouvriers, etc.) doit-elle être analysée à l’aune de l’interrogation suivante : dans quelle mesure celle-ci est-elle le simple reflet de déformations structurelles de la population concernée et dans quelle mesure renvoie-t-elle à de « réels » changements ?

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Quiconque entend conduire une réflexion sur les effets de la politique culturelle à partir des résultats de Pratiques culturelles doit au préalable apporter des éléments de réponse à cette interrogation. Il/elle doit notamment s’assurer que l’augmentation générale du niveau de diplôme, du nombre d’étudiants et de cadres supérieurs ou, pour la période récente, le vieillissement de la population n’expliquent pas à eux seuls certains des changements observés. Puis, une fois cette difficulté surmontée, il/elle doit affronter une seconde série d’interrogations portant sur les changements survenus dans les conditions d’accès à la culture au cours de la période étudiée.

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Les dernières décennies du xxe siècle ont en effet été marquées par un double phénomène qui a considérablement modifié les modes d’accès à la culture : d’une part, un effort sans précédent des pouvoirs publics, notamment dans les années 1980, en faveur de l’aménagement culturel du territoire et de l’enrichissement de l’offre et, d’autre part, une succession d’innovations technologiques qui se sont traduites par la mise sur le marché de biens d’équipement facilitant l’accès aux contenus culturels, aux images et musiques dans un premier temps, puis aux textes plus récemment.

Effets d’offre, d’époque et de génération

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La nécessité de prendre en compte cette dernière dimension est évidente dans le cas de l’augmentation des consommations audiovisuelles : le boom musical et la progression spectaculaire du temps consacré aux écrans renvoient à l’évidence aux puissants effets d’offre générés par le mouvement continu d’équipement des ménages. Comment, par exemple, ne pas rapporter la montée en puissance progressive de la musique à la succession d’innovations technologiques qui ont entièrement bouleversé les conditions d’écoute, du 45 tours aux lecteurs mp3 en passant par la cassette, le walkman et le cd ? Et plus généralement, comment prétendre retracer l’évolution des pratiques culturelles de ces dernières décennies sans avoir à l’esprit la diversification considérable de l’offre d’équipements et de programmes audiovisuels (graphique 4) ?

Graphique 4 - Principaux effets d’offre dans le domaine audiovisuelGraphique 4
Source : Bipe/deps, Ministère de la Culture et de la Communication, 2011.
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Cette exigence d’analyser l’évolution des comportements à la lumière de celle des conditions d’accès à l’offre s’applique tout autant à la fréquentation des établissements culturels. Pensons au succès des bibliothèques et médiathèques dans les années 1980 et 1990 : il renvoie bien entendu pour partie aux évolutions structurelles de la population française évoquées plus haut mais il traduit aussi incontestablement les efforts considérables consentis dans ce domaine par les pouvoirs publics.

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La nécessité de prendre en compte les effets d’offre ne se limite pas par conséquent au seul domaine audiovisuel. Elle s’applique en réalité dans tous les cas, quelle que soit l’activité concernée : quand un nouvel appareil arrive dans les foyers mais aussi quand un nouvel établissement culturel est créé ou que de nouveaux contenus ou services sont proposés, de nouvelles pratiques apparaissent, d’autres se transforment, sans pour cela garantir une diffusion plus large de la culture ou un accès moins inégalitaire. Une nouvelle offre, quelle qu’en soit la nature, peut au contraire générer ce que les économistes appellent des effets d’aubaine et alimenter la logique du cumul qui fait que, spontanément, la culture a tendance à aller à la culture. Tout dépend en réalité du volume et des propriétés sociales de la population qui tire le meilleur profit des effets d’offre. Tentons sur ce point de préciser les choses.

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Quand une évolution touche toutes les catégories de population, quel que soit le critère retenu, sans que les écarts entre les unes et les autres ne changent, on parlera « d’effet d’époque ». Précisons toutefois qu’il est extrêmement rare qu’une innovation touche dans des proportions équivalentes toutes les couches de la société : les nouveaux produits, services, établissements culturels mais aussi formes d’expression ou esthétiques font en général l’objet d’une appropriation plus ou moins rapide par un groupe réduit de personnes au profil plus ou moins singulier et, même quand ils connaissent une large diffusion, demeurent plus ou moins hors de portée de certaines catégories de population et/ou étrangères à leurs attentes.

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Reprenons l’exemple du boom musical. Compte tenu du caractère massif du mouvement d’équipement des ménages et de l’augmentation de l’écoute, il peut paraître légitime à son propos de parler d’effet d’époque, mais une telle perspective ne résiste pas à une analyse plus précise des résultats : en réalité, les jeunes ont joué régulièrement un rôle prépondérant dans la diffusion des innovations, tant technologiques qu’artistiques, alimentant une dynamique de nature essentiellement générationnelle. Cet exemple n’a rien d’exceptionnel : les jeunes sont souvent les plus prompts à s’emparer des nouveautés et la majorité d’entre eux conservent en général tout au long de leur vie les habitudes contractées au temps de leur jeunesse. On parlera dans ce cas « d’effets de génération » pour les distinguer des effets d’âge qu’il est fréquent de privilégier comme schème explicatif quand une innovation se diffuse. Les adultes sont en effet souvent tentés d’appréhender ce qui est nouveau dans les catégories de l’ancien et de le réduire à un phénomène « de jeunes » destiné à disparaître avec l’avancée en âge de ceux qui le portent. Ce fut le cas par exemple quand le jazz et plus tard le rock sont apparus : ils furent alors appréhendés comme des « musiques de jeunes » renvoyant aux propriétés éternelles de la jeunesse, alors que l’une et l’autre de ces formes d’expression musicale – l’histoire de ces dernières décennies le prouve – ont réussi à s’installer durablement dans le paysage musical, à mesure que vieillissaient les générations qui les avaient découvertes dans les années 1950 ou 1960.

Perspective générationnelle et progrès de la scolarisation

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Les diverses remarques qui précèdent permettent de prendre la mesure des difficultés d’interprétation que doit affronter toute comparaison de données produites à trente-cinq ans de distance. Elles rappellent avec force que les réflexions menées sur l’efficacité de l’action publique dans le domaine culturel doivent impérativement respecter une double exigence : tenir compte des effets de structure, d’offre, d’époque ou de génération que nous venons d’évoquer, et s’imposer la plus grande rigueur sémantique dans la désignation des phénomènes observés pour éviter les confusions et approximations qui alimentent les faux débats.

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S’il n’est pas toujours facile d’isoler les différents effets évoqués, il est néanmoins possible de se doter d’outils pour tenter de le faire, et deux dispositifs ont été mis en place dans cette perspective pour analyser les résultats de Pratiques culturelles. Tout d’abord, un pseudo-panel [10]  La constitution d’un pseudo-panel consiste à réunir... [10] a été constitué à partir des données des cinq éditions de l’enquête avec la volonté de suivre les comportements d’une même génération au fil de son avancée en âge et d’identifier ainsi les effets de génération à l’ œuvre au cours de la période 1973-2008.

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Parallèlement à cette mise en perspective générationnelle des résultats des cinq éditions de l’enquête Pratiques culturelles, un double recodage des données 2008 relatives au niveau de diplôme a été effectué pour tenter d’évaluer les effets de l’abaissement des barrières d’accès à l’enseignement secondaire et supérieur sur les pratiques culturelles au cours de la période étudiée.

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Ce double recodage répond à la volonté de comparer, à trente-cinq ans de distance, les résultats des titulaires d’un diplôme égal ou supérieur au bac de l’édition 1973 (ils représentaient alors 14 % de la population de 15 ans et plus) aux résultats de deux populations différentes de la dernière édition : d’une part, leurs homologues en 2008 qui sont proportionnellement deux fois plus nombreux (les « bac et plus » représentent 31 % de l’échantillon enquêté en 2008) et, d’autre part, les titulaires d’un diplôme égal ou supérieur à bac + 3 dont le poids relatif en 2008 est à peu près comparable au leur en 1973 (11 %). Ce dispositif permet par conséquent à la fois de raisonner à niveau de diplôme donné en comparant les pratiques culturelles des « bac et plus » à trente-cinq ans de distance et de tenir compte de l’inflation des diplômes au cours de la période étudiée en confrontant les résultats des fractions les plus diplômées de la population, à savoir les « bac et plus » de 1973 et les « bac + 3 » de 2008.

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Le pseudo-panel et ce double recodage des données relatives au diplôme constituent deux dispositifs complémentaires pour apprécier le rôle joué par les dynamiques générationnelles et les progrès de la scolarisation dans les transformations des pratiques culturelles et médiatiques. En fournissant des éléments sur l’évolution du rôle de l’âge, de la génération et du niveau de diplôme au fil du temps, l’un et l’autre sont de nature à contribuer très utilement à la réflexion générale sur les dynamiques sociales à l’origine de ces transformations.

Processus de transformation des pratiques culturelles : problèmes de définition

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L’intérêt majeur d’une enquête barométrique comme Pratiques culturelles, outre le fait d’offrir une perspective de moyen terme sur les différentes formes d’accès à la culture, est de permettre une comparaison sur les propriétés sociales des populations concernées et par conséquent sur le pouvoir explicatif des différents critères sociodémographiques.

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L’analyse menée à partir des cinq éditions Pratiques culturelles a porté sur les critères suivants : le sexe des personnes interrogées, l’âge, le milieu social et le lieu de résidence [11]  Ces quatre critères ont été privilégiés pour des raisons... [11] . En regard de ces quatre critères, les profils des publics de la culture ont été systématiquement comparés en prenant comme référence la situation de 1973 pour repérer les permanences, inflexions et éventuelles ruptures. Par exemple, parmi les activités à dominante masculine au début des années 1970, certaines apparaissent-elles plutôt féminines en 2008 ? Certaines ont-elles vu leur caractère juvénile, populaire, rural, etc. s’estomper ou au contraire s’accentuer au fil du temps ?

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Tentons d’apporter quelques éléments de clarification sur les processus possibles de transformation des pratiques culturelles au regard des quatre critères retenus et sur les précautions à respecter au moment de les interpréter.

Féminisation

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Commençons par le critère du genre : une activité est qualifiée de féminine [12]  Bien entendu, le raisonnement est strictement identique... [12] quand la majorité des personnes qui la pratiquent sont des femmes et il est d’usage de parler de féminisation quand le taux de pratique de celles-ci augmente plus rapidement que celui des hommes. Un tel processus peut correspondre à deux types de situation : une accentuation du caractère féminin de l’activité (quand elle était féminine au départ) ou une atténuation de son caractère masculin (quand elle était masculine au départ) ; et bien entendu, son interprétation diffère selon qu’il résulte d’une progression des taux de pratique des femmes et/ou d’un recul de ceux des hommes. Aussi l’interprétation d’un tel processus exige-t-elle d’établir précisément la part de l’une et l’autre de ces dynamiques, tout en mesurant l’importance des changements structurels liés aux autres facteurs [13]  Ainsi, par exemple, avons-nous déjà évoqué les liens... [13] .

L’approche générationnelle

L’approche générationnelle repose sur le principe selon lequel nos comportements et nos choix sont fortement influencés par le contexte général dans lequel s’est déroulée notre jeunesse. Elle appréhende par conséquent la société française comme la somme de plusieurs générations définies comme des regroupements d’individus de même âge, ayant en commun certaines propriétés objectives (des effectifs plus ou moins nombreux, une espérance de vie et une formation initiale plus ou moins longues, des facilités plus ou moins grandes pour rentrer sur le marché du travail, etc.) mais aussi des valeurs, des événements ou des personnalités qui fonctionnent comme marqueurs générationnels.

Dans une telle perspective, chaque génération demeure marquée – souvent pour la vie – par le cadre dans lequel s’est déroulée sa jeunesse et par les expériences que ses membres ont partagées : musiques, films, livres, événements médiatiques…, et, bien entendu, événements historiques (Seconde Guerre mondiale, Mai 68, attentat du 11 Septembre 2001, etc.) pour certaines générations.

L’analyse générationnelle menée à partir des cinq éditions Pratiques culturelles porte sur sept générations décennales, dont les dates de naissance sont comprises entre 1925 et 1994. En effet, les personnes nées avant 1925 étaient, pour la majorité d’entre elles, décédées à la date de réalisation de la cinquième édition (et, dans une moindre proportion, à la date des précédentes), et quand elles étaient encore en vie, leurs effectifs étaient trop faibles pour être pris en compte (en 2008, ces personnes dont l’âge était alors égal ou supérieur à 83 ans représentaient moins de 2% de l’échantillon enquêté).

Les générations étant décennales, il aurait été idéal que l’intervalle de temps entre chaque édition de Pratiques culturelles soit de dix ans, pour que les résultats d’une génération donnée puissent être rigoureusement comparés à ceux obtenus lors des éditions précédentes par les générations plus anciennes quand elles avaient exactement le même âge. En réalité, compte tenu de la périodicité quelque peu irrégulière de l’enquête, l’âge des sept générations prises en compte dans l’analyse a évolué de la manière suivante au fil des éditions (tableau 1).

Tableau 1 - Âge des sept générations au moment des cinq enquêtesTableau 1
Source : deps, Ministère de la Culture et de la Communication, 2011.

Les données relatives aux sept générations retenues ne sont pas complètes puisque les plus jeunes d’entre elles n’étaient pas nées ou n’avaient pas atteint l’âge de 15 ans lors des premières éditions. Par ailleurs, certaines générations étaient partiellement présentes sur certaines éditions, avec des effectifs trop faibles pour être considérés comme fiables : c’est le cas par exemple des personnes de G4 en 1973, de G5 en 1981 et de G1 en 2008. Au final, seules deux générations, celles des personnes nées entre 1935 et 1944 (G2) et entre 1945 et 1954 (G3) étaient présentes dans les cinq éditions.

L’approche générationnelle s’appuie en général sur une représentation graphique qui offre une vision longitudinale du comportement des personnes interrogées dans un domaine particulier (la lecture de livres, l’écoute de musique, la fréquentation des musées, etc.) : chaque génération est représentée par une courbe avec les taux de pratique des personnes de cette génération aux différentes dates d’enquête sur l’axe des ordonnées et leur âge sur celui des abscisses. Ainsi, la confrontation des différentes courbes permet de comparer les niveaux de pratique de plusieurs générations aux différents âges de la vie, comme le montre le graphique 1 relatif à l’écoute quotidienne de musique.

Graphique 1 - Écoute quotidienne de musique par génération, 1973-2008Graphique 1
Source : deps, Ministère de la Culture et de la Communication, 2011.

Pour fixer les âges définissant les étapes successives de l’avancée en âge (axe des abscisses), il a fallu tenir compte de la périodicité irrégulière de Pratiques culturelles : il apparaît en effet dans le tableau 1 que les générations n’avaient pas exactement le même âge aux différentes éditions de l’enquête. Ainsi, par exemple pour la première tranche d’âge qui correspond à la jeunesse : en 1973, les personnes les plus jeunes de l’échantillon avaient entre 19 et 28 ans (G3), en 1981 entre 17 et 26 ans (G4), en 1988 entre 15 et 24 ans (G5), en 1997 entre 15 et 22 ans (G6) et enfin en 2008 entre 15 et 23 ans (G7), ce qui a conduit à retenir comme bornes l’âge minimal et l’âge maximal pour définir la tranche d’âge de 15-28 ans en abscisse du graphique 1. Le même raisonnement a été appliqué pour les autres âges de la vie.

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Sur les trois autres critères, les choses sont moins simples car il est plus difficile à propos de l’âge, du milieu social ou du lieu de résidence de raisonner de manière aussi binaire, comme on le fait avec le couple masculin/ féminin. Il est toutefois possible de procéder à des regroupements des différentes sous-catégories pour ne retenir que les couples d’opposition jeune/vieux, milieu favorisé/défavorisé, rural/urbain, en prenant le risque qu’une partie des résultats obtenus dépende des conventions adoptées.

Élitisation versus démocratisation

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Au plan social, il est d’usage de qualifier de cultivées ou légitimes les activités dont le taux de pratique est plus élevé dans les milieux favorisés ou, si on raisonne à partir des niveaux de diplôme et de revenu, augmente avec le volume des ressources. On parle, à propos de ces activités, d’élitisation quand les résultats font apparaître un renforcement des écarts entre les milieux favorisés (ou diplômés) et les autres, et de démocratisation dans le cas inverse. Plus encore que pour les critères du sexe et de l’âge, la précision s’impose dans ce domaine, compte tenu de l’importance de la thématique de la démocratisation dans les débats de politique culturelle. C’est la raison pour laquelle il apparaît essentiel de tenter de réduire la polysémie du terme de démocratisation : d’une part, en le réservant aux situations où s’observe une réduction des écarts, une fois contrôlés les effets de structure liés aux progrès de la scolarisation et à l’augmentation corrélative des effectifs des milieux sociaux les plus « spontanément » portés vers la culture (cadres supérieurs et professions intellectuelles, étudiants et fractions diplômées des professions intermédiaires) ; d’autre part, en distinguant plusieurs situations selon que la réduction des écarts entre milieux sociaux résulte d’une désaffection des milieux favorisés et/ou d’un rattrapage des milieux initialement en retrait : la démocratisation [14]  Pour plus de détails sur la question de la mesure de... [14] prend un sens différent selon qu’elle s’est effectuée « par le haut » ou « par le bas ».

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Ces brèves réflexions à propos du milieu social d’appartenance valent également pour le lieu de résidence car la question des inégalités territoriales se pose dans des termes analogues à celle des inégalités sociales. Quand on s’interroge sur les variations des écarts entre ruraux et urbains (ou entre les Parisiens et les autres Français), il faut prendre en compte les transformations des différentes populations concernées (élitisation de la population parisienne, par exemple, liée à la flambée des prix de l’immobilier, rurbanisation de certaines communes rurales, etc.), avant de les interpréter comme des effets de l’aménagement culturel du territoire ou au contraire de la concentration toujours croissante de l’offre dans les grandes villes ou la capitale. Et dans le cas d’une réduction des écarts, le sens qu’on lui accorde varie aussi selon qu’elle s’est faite « par le haut » ou « par le bas ».

Juvénilisation

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Au plan de l’âge, une activité est définie comme juvénile quand elle est prioritairement investie au temps t par les jeunes, ce qui peut correspondre à deux situations différentes à terme : soit le caractère juvénile constitue une propriété durable de la jeunesse (son taux de pratique a dans ce cas tendance à diminuer avec l’âge, quelle que soit la génération, ce qui rend sa pérennité probable au moins à moyen terme), soit l’activité concernée a été récemment investie de manière privilégiée par les jeunes, ce qui peut être l’amorce d’une mutation générationnelle si ces derniers ne l’abandonnent pas en vieillissant. L’accentuation du caractère juvénile de certaines activités (leur « juvénilisation ») peut par conséquent annoncer son atténuation future quand elle traduit l’amorce d’une dynamique générationnelle.

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Par ailleurs, les difficultés d’interprétation sont de même nature que celles évoquées à propos de la féminisation : l’accentuation du caractère juvénile d’une activité peut trouver son origine dans la progression des taux de pratique des jeunes et/ou dans un recul de ceux de la partie plus âgée de la population, sans parler des changements démographiques qui – nous l’avons vu – se traduisent par un vieillissement de la population française ; ainsi dans le cas de l’atténuation du caractère juvénile d’une activité et donc du vieillissement de son public, dans quelle mesure convient-il de l’attribuer à l’allongement de la durée de la vie et au fait que les baby-boomers sont des classes d’âge quantitativement importantes ?


Annexe

Évolution de la structure de la population enquêtée, 1973-2008

Notes

[1]

Pratiques culturelles, 1973-2008. Dynamiques générationnelles et pesanteurs sociales, Paris, Ministère de la Culture et de la Communication, deps, coll. « Culture études », 2011-7, décembre 2011. Les données sur lesquelles repose cette analyse sont disponibles à l’adresse suivante : www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr

[2]

Voir la liste des pratiques culturelles sur lesquelles porte l’analyse rétrospective (tableau 1, p. 2).

[3]

Qu’on peut aussi appeler taux de pratique, taux d’incidence ou taux de fréquentation.

[4]

L’importance relative des 15-24 ans dans la population enquêtée est passée de 21 % en 1973 à 15 % en 2008. Voir annexe 1.

[5]

Les bacheliers et diplômés de l’enseignement supérieur représentaient 31 % de la population de 15 ans et plus en 2008, contre 14 % en 1973.

[6]

La part des femmes dans la population active est passée de 35 % au début des années 1970 à 47 % en 2007. Voir O. Marchand, « 50 ans de mutations de l’emploi », Insee Première, septembre 2010, no 1312.

[7]

Voir « Évolution de la structure de la population enquêtée, 1973-2008 », annexe 1.

[8]

Un autre cas est possible : l’augmentation du nombre de seniors peut avoir pour effet de compenser la baisse du volume de consommation des tranches d’âge inférieures, ce qui correspond à la situation française de ces dernières années.

[9]

C’est le cas par exemple de la visite de musée au cours de la dernière décennie ; voir Olivier Donnat, Pratiques culturelles des Français à l’ère numérique. Enquête 2008, Paris, Ministère de la Culture et de la Communication, deps/La Découverte, 2009, p. 21.

[10]

La constitution d’un pseudo-panel consiste à réunir les données de plusieurs enquêtes indépendantes accumulées au fil du temps, en considérant que les résultats ainsi obtenus sont identiques à ceux qu’aurait produit un dispositif d’enquête où les mêmes personnes auraient été interrogées à plusieurs reprises (cas des véritables panels). Il faut noter que ce dispositif de pseudo-panel sur lequel repose l’approche générationnelle avait déjà été mis en œuvre pour analyser les résultats des quatre premières enquêtes Pratiques culturelles. Voir Olivier Donnat, Florence Lévy, Approche générationnelle des pratiques culturelles et médiatiques, Paris, Ministère de la Culture et de la Communication, deps, coll. « Culture prospective », 2007-3, juin 2007.

[11]

Ces quatre critères ont été privilégiés pour des raisons à la fois théoriques et pratiques : d’une part, ils figurent parmi les facteurs que la sociologie de la culture considère comme les plus pertinents pour comprendre les pratiques et préférences culturelles, et d’autre part les données les concernant étaient disponibles pour les cinq éditions de l’enquête sous une forme identique, ce qui n’était pas le cas notamment pour le niveau de diplôme.

[12]

Bien entendu, le raisonnement est strictement identique si on remplaçait féminin par masculin. Il faudrait alors parler de masculinisation des pratiques.

[13]

Ainsi, par exemple, avons-nous déjà évoqué les liens qui pouvaient exister entre la féminisation de certaines pratiques culturelles et les progrès de la scolarisation dont les femmes ont plus profité que leurs homologues masculins au cours des dernières décennies.

[14]

Pour plus de détails sur la question de la mesure de la démocratisation, voir Olivier Donnat, Sylvie Octobre (sous la dir. de), les Publics des équipements culturels. Méthodes et résultats d’enquêtes, Paris, Ministère de la Culture et de la Communication, dep, coll. « Les travaux du dep », 2001, p. 19-25, consultable sur www.culture.gouv.fr/deps, rubrique Publications.

Résumé

Français

L’enquête Pratiques culturelles des Français, réalisée depuis 1973 par le ministère de la Culture et de la Communication, mesure les taux de pénétration, au sein de la population française, des principales formes d’accès à la culture. Comparer des données d’enquêtes sociologiques produites depuis trente-cinq ans à intervalle d’une décennie environ requiert plusieurs précautions méthodologiques à mettre en œuvre pour l’analyse des données. Il convient de tenir compte des évolutions structurelles de la société aux plans démographique, économique et social et de distinguer les effets d’époque, de génération et d’offre. Ensuite, les pratiques culturelles elles-mêmes, et plus généralement les modes d’accès à la culture se sont transformés depuis trente-cinq ans, notamment sous l’effet des innovations technologiques. Enfin, le document revient sur l’interprétation des processus souvent convoqués pour analyser l’évolution des pratiques culturelles : féminisation, élitisation ou démocratisation, juvénilisation.

English

Cultural Practices 1973-2008The Pratiques culturelles des Français (French cultural practices) survey has been carried out by the Ministry of Culture and Communication since 1973 and measures penetration rates within the French population of the main forms of access to culture. Comparing thirty-five years’ worth of sociological surveys conducted at ten-year intervals requires several methodological precautions to be put in place before data can be analysed. One must consider structural changes in society at demographic, economic and social level, and also identify the effects of era, generation and supply. Furthermore, cultural practices themselves and, more generally, means of accessing culture have changed over the last thirty five years, influenced particularly by technological innovations. Finally, this document revisits the interpretation of the processes often used in analysing the evolution of cultural practices, such as feminisation, elitisation or democratisation and juvenilisation.

Plan de l'article

  1. Avant-propos
  2. Évolution des taux de pratique et effets de structure
  3. Effets d’offre, d’époque et de génération
  4. Perspective générationnelle et progrès de la scolarisation
  5. Processus de transformation des pratiques culturelles : problèmes de définition
    1. Féminisation
    2. Élitisation versus démocratisation
    3. Juvénilisation

Pour citer cet article

Donnat Olivier, « Pratiques culturelles, 1973-2008 », Culture méthodes 2/ 2011 (n°2), p. 1-12
URL : www.cairn.info/revue-culture-methodes-2011-2-page-1.htm.
DOI : 10.3917/culm.112.0001


Pages 1 - 12
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