Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.
S'inscrire Alertes e-mail - Questions de personne Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezAvant-propos
AuteursBernard Kennes du même auteur
Jean-Émile Vanderheyden du même auteur
Le cerveau est devenu, en ce xxie siècle, le maillon faible de la longévité !
2 En effet, les divers progrès médicaux et techniques intervenus particulièrement durant le xxe siècle ont permis non seulement d’améliorer le confort de vie et de travail de notre population mais aussi et surtout de contrôler les maladies infectieuses, cardio-vasculaires, métaboliques, oncologiques… laissant donc de plus en plus la place aux maladies neurodégénératives, nouvelle limite de l’espérance de vie atteignant actuellement un peu plus de 75 ans pour les hommes et un peu plus de 80 ans pour les femmes. Parmi les maladies cérébrales de l’adulte âgé, les démences sont les premières en prévalence. Elles sont de diagnostic difficile et difficiles à soigner, d’autant plus que de nombreuses origines infectieuse, vasculaire, dégénérative, métabolique… sont sous-jacentes de manière parfois mixte. Les études épidémiologiques confirment leur importance croissante, car dans les années 1980-1990, elles représentaient en Belgique 0,8 % de la population générale pour atteindre au moins 1,2 % en 2010. On observe donc une augmentation de 50 % des cas sur une vingtaine d’années et la situation ne s’arrêtera pas là dans la mesure où la pyramide des âges confirme bien que le baby-boom des années 1950, juste après la Seconde Guerre mondiale, donnera lieu à un papy-boom 60 ans plus tard, c’est-à-dire à partir des années 2010. On comprend dès lors tout l’intérêt de s’intéresser aux démences en général et particulièrement à la plus fréquente d’entre elles, la maladie d’Alzheimer (environ 60 % des cas). Il n’empêche qu’en ce début de xxie siècle, ces démences posent de nombreux problèmes, difficiles à prendre en charge, d’autant qu’elles s’additionnent au vieillissement cérébral et physique. Cet ouvrage veut surtout expliquer les différentes problématiques et aborder quelques solutions tout en sachant qu’on est encore loin des solutions définitives. Nous évoquons :
1 - Problèmes diagnostiques
3 S’il est relativement facile de faire le bilan diagnostique pour exclure une démence secondaire dite encore curable, suite à un trouble métabolique, infectieux ou à une masse intracérébrale… il reste actuellement fort difficile de préciser le diagnostic différentiel entre les différentes démences dégénératives et, par ailleurs, la démence vasculaire. Nous ne disposons pas de marqueur spécifique et l’imagerie anatomique ainsi que le bilan neuropsychologique restent limités dans leur spécificité. Sans doute, l’avenir dans ce domaine se situe-t-il dans l’imagerie fonctionnelle spécifique pouvant marquer l’une ou l’autre anomalie typique.
2 - Problèmes thérapeutiques
4 En dehors des démences dites curables, nous ne possédons pas de traitement efficace en ce qui concerne la grande majorité des démences, c’est-à-dire les démences neurodégénératives et les vasculaires. Bien sûr, des molécules sont apparues, depuis quelques années, comme les anticholinestérasiques et les antiglutamates, mais leur efficacité reste limitée à un ralentissement temporaire de l’évolution, tout au plus. On reste également démuni sur le plan de molécules préventives et dès lors, dans la majorité des cas, on est limité à des traitements symptomatiques et à la prise en charge non médicamenteuse. Cette dernière se développe de plus en plus avec de nombreuses recherches et initiatives telles que, par exemple, la zoothérapie, la musicothérapie… (Lejeune, 2004).
3 - Problèmes sociofamiliaux et philosophiques
5 Ceux-ci sont surtout engendrés par les troubles psychocomportementaux des déments qui sont difficilement vécus par les conjoints, voire la famille proche. Ceux-ci assistent également au lent déclin cognitif et physique du patient. Ils doivent donc être également soutenus non seulement sur le plan pratique mais aussi psychologiquement voire même, par des prescriptions d’anxiolytiques ou d’antidépresseurs. La prise en charge de ces nouveaux « blessés » du monde moderne, comme les appelle la philosophe Catherine Malabou, peut s’inspirer d’une lecture de Freud, novatrice car, dit-elle, l’événement cérébral se substitue à l’événement sexuel dans la psychopathologie contemporaine. La destruction cérébrale peut créer une toute nouvelle personne sans passé sans histoire, qui nécessite de l’aide pour s’assumer. La neurologie conduit ainsi la psy chanalyse au-delà du principe de plaisir (Malabou, 2007).
4 - Problèmes sociétaux
6 Ceux-ci concernent essentiellement le coût de la prise en charge et font donc partie de la facture du vieillissement. On peut préciser que les coûts inhérents aux soins d’un dément sont de 2 à 5 fois plus importants que pour une personne du même âge en bonne santé cognitive. Actuellement, les frais engendrés par ce type de maladie doivent être calculés compte tenu de la durée moyenne de vie d’un dément. Celle-ci, selon une publication récente (Xie et al., 2008), est de 10,7 ans dans la tranche 65-69 ans ; de 5,4 ans dans la tranche 70-79 ans ; de 4,3 ans pour la tranche 80-89 ans et de 3,8 ans chez les plus de 90 ans.
7 Dès lors, compte tenu des problèmes complexes posés par les démences, il nous parait indispensable, au vu du manque de solutions simples et définitives, de non seulement proposer mais surtout montrer tout l’intérêt d’une approche systémique et transdisciplinaire (Schenk et al., 2004) : une approche où les différents soignants apportent non seulement aux malades des soins compétents dans leur domaine mais les affinent car, ils peuvent examiner ensemble (si possible) le malade et écouter sa famille, ce qui permet une discussion large et individualisée et aboutit dès lors à une stratégie commune dans les domaines diagnostiques, thérapeutiques et sociofamiliaux. De la sorte, ils répondront également, avec le maximum d’empathie, à de nombreuses questions que se posent les proches. Cette prise en charge élargie, qui se veut globale ou holistique, est sans doute la meilleure réponse que l’on peut apporter aux patients qui souffrent d’une démence et à leurs proches qui en subissent des conséquences dans la vie journalière, particulière ment au niveau comportemental (Pepersack, 2008). Il est clair qu’il faut aider le patient, sa famille ainsi que les soignants partout, aussi bien à domicile qu’en transit à l’hôpital ou placé dans une maison de soins. En effet, il est important que chacun se sente soutenu et solidaire de la prise en charge de ces affections cérébrales, pour la plupart incurables, nécessitant donc un accompagnement au long cours et se terminant par l’épreuve douloureuse du décès du patient. Tout ce cheminement sera d’autant plus vécu de manière efficace et « agréable » que l’approche transdisciplinaire sera présente.
8 Nous vous souhaitons dès lors une excellente lecture en espérant que celle-ci permette aux conjoints de patients déments de vivre plus sereinement et aux soignants de pratiquer leur art avec efficacité, charisme et courage ainsi qu’avec respect et humilité.
Bibliographie
Références
Lejeune A., Vieillissement et résilience, Solal, Marseille, 2004. Malabou C., Les nouveaux blessés, Bayard, Paris, 2007.
Pepersack T., L’annonce du diagnostic de la maladie d’Alzheimer, Rev Med Brux 2008 : p. 89-93.
Schenk F., Leuba G. et Büla C., Du vieillissement cérébral à la maladie d’Alzheimer. Autour de la notion de plasticité, De Boeck, Bruxelles, 2004.
Xie J. et al., Survival times in people with dementia, in British Medical Journal, 10 janvier 2008.
PLAN DE L'ARTICLE
- 1 - Problèmes diagnostiques
- 2 - Problèmes thérapeutiques
- 3 - Problèmes sociofamiliaux et philosophiques
- 4 - Problèmes sociétaux
POUR CITER CET ARTICLE
Bernard Kennes et Jean-Émile Vanderheyden « Avant-propos », in La prise en charge des démences, De Boeck Supérieur, 2009, p. 13-16.
URL : www.cairn.info/la-prise-en-charge-des-demences--9782804109592-page-13.htm.




