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Documentaliste-Sciences de l'Information

2011/4 (Vol. 48)

  • Pages : 80
  • DOI : 10.3917/docsi.484.0022
  • Éditeur : A.D.B.S.


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Depuis vingt ans, le Web et ses technologies ont profondément transformé l’univers de l’information et les pratiques professionnelles qui lui sont consacrées. L’analyse détaillée de ces bouleversements reste probablement à faire, et leur vraie mesure à prendre, en tous cas s’agissant des métiers de l’information-documentation. Plus récemment, l’ensemble de dispositifs et d’usages regroupés sous le vocable de « web 2.0 » a sensiblement modifié le paysage informationnel en introduisant de nouveaux modes de production et d’échange de l’information. Il a aussi influencé la conception et l’utilisation de nombre d’outils professionnels. Cela alors même que les dimensions communicationnelles et contributives propres au web 2.0 étaient vues comme antagonistes de ce que, rétrospectivement, on a analysé comme le web documentaire. En parallèle se développait l’idée d’un web sémantique, dont l’appellation éveillait l’intérêt et la curiosité des professionnels de l’information [1]  En témoigne l’organisation par l’ADBS de plusieurs... [1] , traditionnellement attachés aux idées de structure et de sens, dont le Web dans sa configuration initiale semblait cruellement dépourvu.

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Ce concept de web sémantique, formulé entre 1999 et 2001 par Tim Berners-Lee et aussitôt porté et développé par le World Wide Web Consortium (W3C), était d’emblée défini comme une extension du World Wide Web où « l’information reçoit une signification bien définie, permettant ainsi une meilleure collaboration entre hommes et machines », qui allait « ajouter de la structure aux contenus significatifs des pages Web » [2]  Tim Berners-Lee, James Hendler et Ora Lassila, « The... [2] . Aujourd’hui, le W3C le voit comme un « cadre permettant aux données d’être partagées et réutilisées par delà les limites applicatives, organisationnelles ou communautaires » [3]  W3C Semantic Web Activity : http://www.w3.org/2001/sw/,... [3] . Mais entretemps, jouant sur le mot « sémantique » et sur une vieille ambiguïté − et un vieux fantasme − autour de ce qu’une machine peut « comprendre », d’autres définitions, plus ou moins déformées, ont circulé, qui ont peut-être brouillé le concept original [4]  Voir par exemple l’article « Semantic Web » de la Wikipédia... [4] .

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L’appellation « web sémantique » a d’ailleurs été (en partie) désavouée par son initiateur, qui lui préfère le terme de « web de données » [5]  Tim Berners-Lee, « Le Web va changer de dimension »,... [5] . D’autres préfèrent parler de « données liées » ou linked data pour désigner le même ensemble de technologies (d’arts de faire) que certains ont aussi voulu appeler « web 3.0 ». Toutes ces dénominations sont-elles interchangeables, ou bien désignent-elles des objets différents ou le même concept à divers degrés de maturité et d’intégration, ou encore sont-elles symptomatiques de divergences de conception autour de cette évolution du Web dont on parle depuis une décennie ? En tout état de cause, la désignation même du dispositif n’est pas indifférente et suscite nombre de questionnements. Dans ce web de données, que devient le web de documents ? En quoi les données liées différent-elles ou au contraire se rapprochent-elles d’un hypertexte ? Et qu’en est-il des métadonnées dont on avait cru comprendre qu’elles étaient l’épine dorsale du web sémantique, avec les ontologies qui en garantissaient l’interprétabilité ?

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Autrement dit, et pour paraphraser le titre d’un article de Michael Uschold [6]  « Where are the semantics in the semantic web ? »,... [6] , où est la sémantique dans le web de données ? Sans doute assez loin. Il ne s’agit plus tant de partir en quête du sens que d’exposer des données sur le Web, à l’aide de techniques standardisées qui en assurent non plus l’interprétabilité, mais l’utilisabilité dans divers contextes et le passage d’un contexte à l’autre, c’est-à-dire l’interopérabilité. Si l’on peut par certains côtés déplorer que le concept ait rétréci, il est probable qu’il gagne, à être (re)formulé ainsi, en accessibilité et en proximité. Encore faudrait-il que les usages et les utilisateurs fassent partie du paysage que ces techniques permettent de dessiner ou, mieux encore, que ces derniers l’animent et se l’approprient. C’est ce qu’il est advenu du « livre gigantesque » [7]  "If HTML and the Web made all the online documents... [7] qu’est le Web, par la grâce de sa version 2.0 : il est aujourd’hui en partie produit et annoté − donc lu − en commun. En ira-t-il de même de la « gigantesque base de données » qui se construit à ses côtés à l’aide des technologies du web sémantique ? Et quel y sera le rôle des professionnels de l’information ?

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Esquisser des réponses à ces interrogations nécessite tout d’abord une bonne compréhension de ce que sont lesdites technologies, et de la manière dont elles s’articulent et peuvent être appliquées. Cela sans occulter les préoccupations plus fondamentales auxquelles elles font écho, ni les doutes qu’elles peuvent éveiller. La première partie de ce dossier cherche donc à fournir un tour d’horizon des conventions − encore appelées « standards » − qui charpentent l’édifice du web de données. Elle se propose aussi de les éclairer avec des réflexions autour de la représentation, du sens et de l’interprétation, réflexions inévitables s’agissant de perspectives de transfert à la machine de tâches de traitement de l’information de plus en plus exigeantes.

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La seconde partie du dossier est consacrée à des applications, projets et réalisations en milieu professionnel, ayant trait à des problématiques info-documentaires. Elle démontre la vitalité et la diversité des approches « web de données » ; on y observera que les institutions culturelles, au sens large, sont aux avant-postes de ce mouvement, même si les entreprises, moins enclines à exposer leurs données et à parler de leurs projets, puisent dans le paradigme du web sémantique nombre de solutions nouvelles pour l’organisation de leur système d’information. •

Notes

[1]

En témoigne l’organisation par l’ADBS de plusieurs stages, conférences ou journées d’étude : « Le web sémantique : de nouveaux enjeux documentaires ? » (2003) ; « Web 3.0 et recherche sémantique » (2009) ; « Web de données », (2010) ; la formation « Initiation aux ontologies et au web sémantique », etc.

[2]

Tim Berners-Lee, James Hendler et Ora Lassila, « The Semantic Web », Scientific American, mai 2001

[3]

W3C Semantic Web Activity : http://www.w3.org/2001/sw/, [notre traduction].

[4]

Voir par exemple l’article « Semantic Web » de la Wikipédia anglophone, où il est question de « rendre les machines capables de comprendre la sémantique, ou la signification, de l’information sur le World Wide Web ».

[5]

Tim Berners-Lee, « Le Web va changer de dimension », propos recueillis par Marie-Laure Théodule, La Recherche, novembre 2007, n° 413, p. 34-38, http://www.larecherche.fr/content/recherche/article?id=6566.

[6]

« Where are the semantics in the semantic web ? », AI Magazine, septembre 2003, vol.24, n° 3, p. 25-36

[7]

"If HTML and the Web made all the online documents look like one huge book, RDF, schema, and inference languages will make all the data in the world look like one huge database" (« Si le HTML et le Web ont transformé tous les documents en ligne en un gigantesque livre, RDF, les schémas et langages d’inférence vont transformer toutes les données dans le monde en une gigantesque base de données. » Notre traduction). Tim Berners-Lee, Weaving the Web: The Original Design and Ultimate Destiny of the World Wide Web by Its Inventor, Harper Collins, 2000, p. 186

Résumé

Français

Si le Web est devenu un « gigantesque livre », en partie produit, annoté – et donc lu – en commun par la grâce du Web 2.0, on est en droit d’attendre de la prochaine étape qu’elle se concrétise par une « gigantesque base de données » permise par les technologies du web sémantique. À condition que les utilisateurs, au premier rang desquels figurent les professionnels de l’information, se considèrent comme partie prenante de cette aventure.

English

Welcome to the « huge database »If the Web has become a « gigantic book », partly produced, annotated – hence read – in common thanks to the Web 2.0, we can expect the next stage to become a « gigantic database » thanks to semantic web techologies. This will depend however on users, and first and foremost information professionals, getting involved in this aventure.

Español

Bienvenidos a la "gigantesca base de datos"Si la web se ha convertido en un "libro gigantesco", en parte producido, anotado –y por lo tanto leído– en común por la gracia de la Web 2.0, es razonable esperar de la siguiente etapa que se concrete en el tiempo por medio de una "gigantesca base de datos" permitida por las tecnologías de la web semántica. Siempre que los usuarios, que ante todo, son los profesionales de la información se involucren como parte de esta aventura.

Deutsch

Willkommen in der „gigantischen Datenbank“Wenn das Web ein „gigantische Buch“ geworden ist, das teilweise gemeinsam mit Web 2.0 produziert und kommentiert (und also gelesen) wird, dann erwartet man mit Recht von der nächsten Etappe, dass sie letztendlich in eine „gigantische Datenbank“ mündet, die von der Technologie des semantischen Webs ermöglicht wird. Unter der Bedingung dass die Nutzer, und allen voran dieIinformation Professionals, sich als wichtige Akteure in diesem Abenteuer verstehen.

Pour citer cet article

Amar Muriel, Menon Bruno, « Bienvenue dans la « gigantesque base de données » », Documentaliste-Sciences de l'Information 4/ 2011 (Vol. 48), p. 22-23
URL : www.cairn.info/revue-documentaliste-sciences-de-l-information-2011-4-page-22.htm.
DOI : 10.3917/docsi.484.0022

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