Déviance et Société 2005/2
Déviance et Société
2005/2 (Vol. 29)
132 pages
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Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

DOI 10.3917/ds.292.0167
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Vous consultezDifférence « honteuse » et chirurgie esthétique : entre l’autonomie subjective des sujets et l’efficacité du contexte normatif

AuteurAnastasia Meidani[*] [*] Centre d’Étude des Rationalités et des Savoirs (CIRUS/ CERS),...
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du même auteur

Université de Toulouse II – Le Mirail 5, Allée Antonio Machado F-31058 Toulouse Cedex 1 ameidani@free.fr

Selon des statistiques diffusées sur le site officiel du PMSI[1] [1] Ces données statistiques sont issues du site internet du...
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, en 2002,3830 interventions plastiques ont eu lieu en France dans le domaine des hôpitaux publics. Ces interventions peuvent être répertoriées comme opérations à but esthétique pour 44,57% d’entre elles (contre 41,75% en 1999). Environ 4 fois plus d’opérations sont répertoriées dans les hôpitaux privés. L’âge moyen des patients se situe aux alentours de 46 ans (46,86 ans), avec un écart-type de l’ordre de 18,23 (soit entre 28 et 64 ans)! Knipper et Jauffret (2003) complètent ces statistiques à travers une étude effectuée par questionnaires auprès de 600 chirurgiens – membres de la Société Française de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique (SOF. CPRE). D’après ces auteurs la chirurgie esthétique représente 35% de l’activité chirurgicale globale du chirurgien plasticien français. Les interventions les plus fréquentes sont la lipo-aspiration (19%), les prothèses mammaires (16%), la blépharoplastie (14%), la plastie abdominale (12%), la plastie mammaire (10%), le lifting cervicofacial (10%) et la rhinoplastie (8%) […] Ces interventions s’accompagnent de complications dans 7% des cas (1218 complications sur 17502 actes).

2 L’expansion de ces pratiques chirurgicales, qui glorifient le culte du corps contemporain, pose question à plusieurs niveaux. Et pourtant, la chirurgie esthétique constitue une piste de recherche étonnement inexplorée de la plupart des sociologues. En effet, la grande majorité des recherches scientifiques en matière de chirurgie esthétique s’intéresse aux aspects médicaux-techniques (Silberg, 1998; Bronz, 1999; Karcenty, Flageul 2003; Cook et al., 2003). Certaines évaluent les complications et les risques des différentes méthodes chirurgicales (Gabriel et al., 1997; Knipper, Jauffret 2003), d’autres déploient le cadre institutionnel et explorent les dimensions éthiques, déontologiques et législatives (qualité des publications scientifiques, procès de médiation, publicité et communication via Internet) (Bernard, 1998; Meningaud, Servant, 2003; Armstrong, 2002; Mitz, 2000). Divers travaux tentent de comprendre l’extrême contemporain et les nouveaux espaces d’expression que la chirurgie « transgressive » offre au Body Art et ses sculptures vivantes à l’image d’Orlan[2] [2] Orlan est une des artistes contemporains qui utilisent la...
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(Deramaix, 1997; Onfray, 1995). Enfin, des investigations psychométriques cherchent à évaluer les caractéristiques psychologiques pré et postopératoires des patients qui passent sous le scalpel (Phillips, Diaz, 1997; Rankin, et al., 1998; Zimmerman, Mattia 1998; Sarwer, et al., 2003; Otto et al.2001).

3 Mais les études sociologiques se font rares. En effet la chirurgie esthétique a suscité une attention très modérée de la part des sociologues français. Le rôle des facteurs d’ordre socioculturel, tels que la promotion des différents modèles d’esthétisme collectif par les médias, demeure très peu étudié. Il en est de même pour l’étude des itinéraires sociaux d’accès à la chirurgie esthétique. Quant au profil sociodémographique des personnes ayant recours à cette médecine cosmétique, il reste abstrait, leurs trajectoires somatiques obscures, et le sens endogène de leurs pratiques inintelligible.

4 Et pourtant les enjeux sociomédicaux qui sous-tendent ces opérations chirurgicales à but esthétique sont majeurs. La médecine postmoderne se prêtant aux fantasmes de rectification du corps et par-là même à sa libération, le projette de plain-pied sur les nouvelles règles du jeu social – notamment celles propres au marché du travail. Le tout alimente de nouvelles rationalités – certains diraient de nouvelles aliénations. En toile de fond à l’allongement de la durée de la vie, à une demande accrue de bien-être, à la montée du temps libre, s’ajoute l’impact des modèles médiatiques qui prônent la « jeunesse », la « minceur » et la « beauté ». À partir de cette perspective, l’utilisation des procédures esthétiques (chirurgicales ou non) visant à modifier les caractéristiques physiques d’un corps que l’on peut considérer comme sain, peut sembler beaucoup plus « rationnelle » qu’elle le paraîtrait de prime abord (Sarwer et al., 2003). Ce culte du corps – qui rejette la laideur en bas de l’échelle sociale – se manifeste, par une patiente domestication de la chair. Au même titre que les produits cosmétiques, les adhésions aux clubs de remise en forme, les régimes, l’usage de stéroïdes, les massages, les hydrothérapies et les corsages, le besoin esthétique s’est accru au point de banaliser la chirurgie cosmétique de pure convenance. Ainsi, un corps objectivé, rectifié, et instrumentalisé s’offre à la rationalité (ou l’irrationalité) technicienne. En s’y prêtant au jeu, l’individu perd son statut de sujet pour devenir objet – produit conçu en fonction d’une valeur d’usage voire marchande (Hagege, 1993).

5 L’ensemble de ces éléments trace les contours d’un contexte social en pleine mutation qui interroge : quelles sont les logiques individuelles et sociales qui sous-tendent ces opérations chirurgicales à but esthétique ? Quels sont les codes de l’esthétisme collectif qui les traversent, les défis collectifs qui leur sont proposés et auxquels elles sont sommées de répondre ? Fournir des éléments de réponse à ces questions revient à saisir le sens endogène de ces pratiques. Dans les limites d’une approche sociologique, compréhensive, endogène et contextuelle, le présent article cherche :

  • à mettre en évidence la place qu’occupe la chirurgie esthétique dans le nouveau culte du corps. En quoi ces opérations cosmétiques constituent la définition du paraître conformiste, et par-là, le devoir-être de l’individu.
  • à analyser la trame de négociation qui marque le processus d’adaptation de l’individu face aux modèles d’esthétisme collectif qui lui sont proposés.

6 Pour éclairer le premier niveau d’analyse, nous avons étudié 264 articles de magazines de presse[3] [3] Un dépouillement systématique de 22 titres de presse a...
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. Afin d’élucider la façon dont cette « réalité objective » se met en relation avec la « réalité subjective » des individus, nous avons effectué et analysé 40 entretiens semi-direc-tifs. La population interviewée, constituée des adhérents de Centres de Remise en Forme de l’agglomération toulousaine, se divise en deux catégories : un premier groupe d’étude qui est composé des individus ayant subi une ou plusieurs interventions esthétiques et un « groupe-contrôle » composé lui d’individus qui n’ont pas (jusqu’au moment de l’entretien du moins) franchi le cap de la chirurgie. Chacun de ces groupes comprend 10 hommes et 10 femmes de 14 à 67 ans. Concernant le premier groupe d’étude, l’ancienneté de l’opération chirurgicale était variable : de 2 semaines pour la plus récente à 20 ans pour la plus ancienne. Différents types d’opérations chirurgicales ont été ciblés : blépharoplastie, lifting cervicofacial, liposuccion, rhinoplastie, gastroplastie, prothèses mammaires, plastie mammaire de réduction, chirurgie dentaire à but esthétique, otoplastie, chirurgie de la calvitie, plastie abdominale, mais aussi traitement des cicatrices au laser et injections de collagène.

7 À la croisée de la biographie et de la structure, la juxtaposition de ces deux corpus méthodologiques (d’échelle macro et microsociologique) nous permet de mettre en évidence un mode d’intelligibilité sociologique des phénomènes qui définissent le passage d’une corporéité socialement attribuée à une corporéité subjectivement appropriée (Meidani, 2003).

D’une corporéité socialement attribuée…

8 L’analyse de notre premier corpus méthodologique (basé sur les magazines) démontre pertinemment que la « chirurgie », mot jusqu’à présent lié à la santé, se trouve de nos jours dans les engrenages de l’esthétique, eux-mêmes éloignés de toute notion de santé. En offrant une série d’informations partielles et/ou fausses, la rhétorique médiatique incite ouvertement son lectorat à franchir le pas de la chirurgie esthétique. Les effets postopératoires s’altèrent ou bien leur exposition s’oublie. Ainsi, paralysie des sens pendant plusieurs mois, ballonnements, colorations de peau, port de panty, etc., se baptisent « normalités banales et insignifiantes ». L’intervention (lipoaspiration) totalement indolore et sans effets secondaires [pp. 54-57; S.M. (2)], [pp. 94-97 B. (9)], [p. 143; DS (3), N° 10][4] [4] Nous utiliserons pour ce travail la codification suivante :...
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.

9 Le lectorat est encouragé à payer des sommes astronomiques afin de subir des cicatrices, des pigmentations, des risques de brûlures, pour des résultats souvent contestables. Si la réalité voit naître des défaillances et des effets secondaires néfastes, un certain discours publicitaire s’éblouit par les exploits d’une médecine victorieuse. Et même lorsque certains magazines soulignent l’importance de l’âge, de l’élasticité de la peau, de la fluctuation du poids de l’individu, la visibilité des marques à vie, l’importance d’une certaine hygiène de vie, ils ne contribuent pas pour autant à la chute du culte de la chirurgie esthétique. En réalité, ils s’offrent le luxe d’une position idéologiquement flatteuse, alors même que les images, qu’ils véhiculent par ailleurs, exaltent des modèles d’un esthétisme irréprochable. En effet, souligner les limites et les conséquences éventuelles de la chirurgie esthétique ne constitue qu’une manière détournée de prôner l’« excellence physique », et, par-là même, de conforter une certaine discrimination.

10 Quant aux magazines liés à la santé, non seulement ils ne cherchent pas à dénoncer le mythe d’une chirurgie esthétique omnipotente, mais sont les premiers à l’entretenir. De plus en plus fréquente cette intervention (lifting) est simple et rapide à réaliser. Elle permet un réel rajeunissement de tout le haut du visage. Il ne faut donc pas s’en priver [p. 58; S.M. (2)].

11 La chair se fait valoir comme un objet d’expérimentation pour des méthodes qui s’appliquent parfois sans le recul nécessaire. Ainsi, le corps devient le temple de l’espoir; il doit se farder, trouver refuge dans l’artifice, s’il veut être exalté. Cette « technologisation » des pratiques somatiques engage non seulement l’affaiblissement de l’opposition entre le naturel et l’artificiel, mais également la mise en avant de ce dernier comme seul et unique moyen de dignité somatique (Le Breton, 1999). D’après le discours médiatique, seule l’application des techniques sophistiquées – à l’image de la chirurgie esthétique – est en mesure d’attribuer au corps sa singularité. Les lèvres gonflées par des injections de collagène, les poitrines hypertrophiées par des prothèses mammaires, les cheveux figés par des microgreffes employées contre la calvitie en témoignent. Faux cheveux, faux seins, faux cils, faux abdominaux se mettent en avant comme signifiants « du naturel ». Un esthétisme collectif, construit sur l’artifice, glorifie la dimension dénaturée d’un paraître « naturel ». Des vrais-faux abdos… des abdos en silicone qui donnent l’illusion que vous passez vos journées en salle de gym. À placer sous la peau après avoir aspiré les gras sous-jacents [p. 42; m. (6)]. Ainsi, le discours médiatique encourage le recours aux techniques « miraculeuses » qui donnent l’illusion d’une maîtrise accrue du corps, une maîtrise ordonnancée par soi-même [p.166; B. (1)].

12 Mais les articles des magazines ne fournissent pas uniquement un manuel pratique, une nomenclature des conseils et des savoir-faire. Leur ambition dépasse largement les tentatives d’une telle énumération pour s’élever au rang d’un « guide de vie » qui retentit sur un devoir-être prescrit en matière d’apparence. C’est en ce sens que la mise en discours médiatique peut être qualifiée, selon l’expression de Becker (1985), d’« entreprise de morale ».

13 L’organisation morale de la corporéité implique un processus de stigmatisation. Les magazines attirent l’attention des lecteurs sur les conséquences de la transgression des normes proposées. Remarquer la « différence » de certains individus et les stigmatiser pour cette non-conformité c’est une manière de peupler la catégorie abstraite de la « déviance esthétique », créée en fonction de l’écart à un contexte normatif prédéfini (Becker, 1985). Les rubriques des magazines n’hésitent pas à fournir des récits biographiques destinés à illustrer un code de conduite qui convient moralement aux stigmatisés. Au sein de ces récits, la « déviance esthétique » souvent citée comme base de moquerie, motif de licenciement et/ou raison d’« échec sentimental » se situe à mi-chemin entre la réprobation morale et l’émergence d’un nouvel ethos somatique qui tolère la différence mais ne la respecte pas. Il y a un vrai handicap […]: l’âge […] elle a été licenciée pour acné persistante […] Vraie raison : elle n’avait plus l’âge requis. Passé 38 ans on est rangé […] L’idéal alors ? « Avouer la quarantaine mais en paraître 34 », confie un chasseur de têtes qui veut rester anonyme. Vous savez ce qu’il vous reste à faire ! [p. 59; F.A. (5)].

14 Lorsque les magazines se font l’écho de mouvements ou de réactions contre la dictature esthétique, ils ne font qu’alimenter le stigmate de la dissemblance. En effet, la mise en avant des codes de l’esthétisme collectif, ainsi que la prise de distance par rapport à elle, n’existent que l’une par rapport à l’autre, et c’est leur relation qui produit la légitimité des modèles proposés. En ce sens, « excellence physique » distinctive et « déviance esthétique » s’avèrent deux composantes concurrentes et complémentaires d’un seul et unique système médiatique visant à la promotion des mêmes codes d’esthétisme. Les modèles médiatiques de l’esthétisme collectif, en multipliant les rappels à l’ordre, visent à faire valoir un ethos intransigeant comme arbitrairement légitime à un moment donné – c’est-à-dire comme allant de soi. L’objectif ultime de cette rhétorique est d’amener les lecteurs à mettre en application les valeurs et les normes qui sous-tendent cet ethos, autrement dit, à se conduire « convenablement ». En ce sens, les normes et valeurs en matière de chirurgie esthétique deviennent des réservoirs symboliques collectifs, où les lecteurs peuvent puiser ce que nous nommerons un « ethos somatique médiatique ».

15 Il va sans dire que cet ethos implique une violence qui est brutalement faite à l’individualité, nourrie d’un étrange sentiment d’urgence. Ce dernier associé à un schéma obnubilant, au sein duquel les objectifs une fois atteints sont remis en cause, met en relief l’éternelle course à la beauté (Remaury, 2000,81).

16 La rhétorique médiatique n’hésite pas à considérer la chirurgie esthétique comme unanimement acceptée et pratiquée de manière systématique, en oubliant sans scrupules la population qui ne trouve pas refuge en son sein. Ainsi la chirurgie esthétique se met en avant comme un devoir de stricte politesse envers autrui, une affaire de civilité ou encore une question d’hygiène (Duflos-Priot, 1987). Autrement dit, intervenir sur le corps pour le modifier s’élève au rang du « devoir », le fuir équivaut à une rupture délibérée, à un congé donné à la vie sociale. Dans ce sens, la chirurgie esthétique ne témoigne plus désormais d’un désir affirmé de séduire, mais d’une question de savoir-vivre, ancrée sur le respect des autres et de soi-même. Dans l’accentuation de cette forme d’esthétisme, l’individu n’a plus le droit de se contenter des dons de la nature, il doit les corriger, les arranger, les mettre en valeur.

17 Quoi qu’il en soit, la corporéité se définit toujours par rapport à des codes propres à un contexte normatif. Ces derniers qu’ils soient jugés « bons » ou « mauvais » ont ceci de particulier : ils ont des effets inévitables sur les processus de mise en forme des corporéités, les gestes, les attitudes, les pratiques corporelles, les discours, les représentations, créant ainsi un décalage entre ce que l’on est et ce que l’on devrait être. Ce constat, ainsi que l’extension des opérations chirurgicales qui marque l’extrême contemporain en matière d’esthétisme, nous incitent à nous interroger sur l’interaction entre la mise en discours médiatique et le processus de mise en forme de la corporéité, puisque leur transmutation synchronique est évidente. La question qui se pose est la suivante : dans quelle mesure les magazines sont-ils l’indice d’un changement en matière de corporéité ou contribuent-ils à le promouvoir ? (Duflos-Priot, 1987). Si les magazines ne fonctionnent pas seulement comme informateurs mais comme acteurs de ce changement social, comme le précise Travaillot (1998,75), il convient toutefois de préciser que ces messages médiatiques ont plus ou moins d’impact et de prise sur les individus qui les reçoivent. Pour comprendre comment le contexte normatif influe sur des acteurs sociaux déterminés, il faut donc saisir les intentions et les intérêts qui font respecter ces normes. Autrement dit, conjointement à cette approche macrosociologique, il convient de poser un regard microsociologique afin d’éclairer le passage des procédés discursifs et des supports imagés des magazines au processus individuel de mise en forme de la corporéité.

D’une corporéité socialement attribuée à une corporéité subjectivement appropriée

18 L’analyse des entretiens permet d’esquisser trois niveaux d’élaboration du sens des opérations chirurgicales. Ces niveaux se construisent sur des termes distincts :

  • la comparaison entre la population-cible et le groupe-contrôle met au jour des termes descriptifs qui illustrent les motivations individuelles et les objectifs recherchés;
  • l’étude de la population-cible, quant à elle, permet de discerner des termes affectifs qui évoquent le mal-être éprouvé, et souligne l’attention particulière accordée aux parties physiques qui sont passées sous le scalpel;
  • enfin, les termes fondés sur des jugements esthétiques permettent l’appréciation des résultats obtenus.

19 Commençons par les termes descriptifs. Indépendamment de leur âge, tant les hommes que les femmes qui ont subi une ou plusieurs opérations esthétiques semblent accorder une attention accrue à l’ensemble des pratiques corporelles (alimentaires, sportives, esthétiques et vestimentaires), ainsi qu’à l’image véhiculée à travers leur apparence. Cet investissement dans le domaine du paraître ne marque pas uniquement la phase postopératoire, mais la précède et la favorise. À l’opposé, l’attention accordée aux pratiques corporelles se trouve atténuée chez la population qui n’a pas franchi le cap de la chirurgie esthétique – et ceci tous sexes confondus.

20 Plus la vigilance accordée aux pratiques somatiques s’accroît, plus l’impact des modèles d’esthétisme véhiculés par les magazines se fait pesant – le passage sous le scalpel en représentant l’apogée. L’impact vire vers l’obsession lorsque la décision de franchir le cap de la chirurgie esthétique s’avère liée à des troubles alimentaires. Indépendamment des divergences, la majorité des interviewés insiste sur l’influence des modèles de presse, déclare approuver la chirurgie esthétique et n’exclut pas la possibilité d’y recourir à l’avenir. Seules les personnes d’un certain âge du groupe-contrôle s’en écartent.

21 Quant à l’acte chirurgical lui-même, on peut observer qu’à l’exception des deux individus qui auraient souhaité avoir l’opération plus tôt, ceux qui y ont eu recours estiment qu’il s’agissait du moment le plus opportun. Aucune personne interviewée ne considère avoir été mal ou insuffisamment informée tant avant qu’après l’opération, et ceci indépendamment du niveau des complications postopératoires. À l’opposé, les personnes (n=2) qui ont eu à faire face à des complications, font part de leur mécontentement

22 La répartition des parties corporelles passées sous le scalpel se différencie selon le genre, différenciation qui est en accord avec la diversité des objectifs recherchés. L’analyse de nos données empiriques ne confirme qu’en partie les résultats de l’étude de Goodman (1994), selon lesquels, les jeunes femmes focalisent sur leur corps, tandis que les femmes plus âgées sont davantage préoccupées par leur visage. Si les femmes d’un certain âge accordent, en effet, une attention particulière à leur visage en raison des rides, force est de constater que la rhinoplastie et l’otoplastie sont l’apanage des personnes les plus jeunes (17 à 30 ans). Précisons, par ailleurs, que cette distinction entre le visage et le reste du corps se trouve atténuée au sein des propos de la population masculine.

23 Les motivations exprimées permettent également de différencier les populations interviewées. Chez les femmes c’est le jeu de la séduction qui est mis en avant, ce qui explique la priorité accordée aux parties les plus intimes du corps ou bien à celles qui sont considérées comme symboles du sex-appeal.

24

Je ferais tout pour continuer à plaire, j’ai subi des opérations, j’en raffole pas, ça me fait très mal mais je pourrais le (mettre des prothèses mammaires) faire pour séduire, pour le (son compagnon) garder (Éliane, 52 ans, inspectrice des impôts, divorcée).

25 Des expressions ancrées sur des termes affectifs tels que : « mon conjoint », « nos relations sexuelles », « je n’osais pas me mettre nue devant lui » démontrent bien cet engagement émotionnel et cognitif qui distingue les propos féminins, lié à un partenaire particulier. Au contraire pour la population masculine, même lorsqu’elle se réfère à l’accroissement de son « capital séduction », les valeurs « d’échange » ainsi décrites ne s’inscrivent pas dans les limites étroites d’une relation en particulier, mais de relations en général.

26

Pour les autres c’est peut-être plus agréable […] Bon, moi quand je me suis fait opérer des dents, c’était pas forcément laid mais pour moi c’était pas joli quoi, donc il fallait […] je me suis fait aussi recoller les oreilles, c’était par souci de liberté, pour être dans la norme (Alain, 37 ans, enseignant, célibataire).

27 La discrétion – écrivait Le Breton (1999,299) – est le privilège aristocratique du banal. Tel est l’objectif de cette chirurgie esthétique : garantir la discrétion, assurer la banalité. Néanmoins, il s’agit de ne pas confondre cette « chirurgie du mieux paraître » avec la « chirurgie du mieux être ». Au sein cette dernière (chirurgie du mieux être), il ne s’agit pas de briser la cohérence de l’image du corps pour en créer une autre, mais de reconstituer la cohérence brisée de l’image du corps. L’extrait qui suit illustre mieux que nous ne pourrions le faire la juste mesure de cette distinction :

28

J’ai fait un lifting du bas pour transformer… pour retirer un peu, pour refaire un peu l’ovale, sans toucher au visage lui-même, je ferai jamais un lifting complet, je préfère me voir vieillir […] oui, ce que j’ai fait c’est un lifting, mais c’est pas pareil. Si l’on peut dire c’est un peu comme quand on se maquille ou qu’on se met un soutien-gorge qu’on améliore, mais c’est pas… ça reste un soutien-gorge, un Wonderbra ne vous donne pas les seins que vous aviez quand vous aviez 20 ans, c’est évident ! (Céline, 49 ans, enseignante, mariée avec deux enfants).

La « chirurgie du mieux paraître »

29 Parler de la démocratisation de la chirurgie esthétique revient à parler de ces opérations qui touchent la forme sans toucher le fond, comme si la « chirurgie du mieux paraître » pouvait laisser intact l’être. De la part de l’intéressé, le passage à l’acte est surtout facilité par l’application de l’opération sur d’autres sujets de son entourage plus ou moins proche. Ce sont les résultats apposés sur d’autres corps qui entretiennent le rêve de la chirurgie esthétique.

30

Il y a deux ans, j’avais 46 ans, quand je me suis fait opérer des paupières […] C’était une amie qui l’a fait faire et je me suis rendue compte que c’était trois fois rien. Ça a été la goutte d’eau qui m’a permis de sauter le pas, le petit coup de pouce (Cécile, 50 ans, sans activité, mariée avec un enfant).

31 Toute opération chirurgicale implique un processus de réappropriation du corps. Les opérations qui s’inscrivent dans la « chirurgie du mieux paraître », alimentées par le souci exacerbé d’esthétisme, rendent ce processus extrêmement difficile. L’individu avance vers la chirurgie en ayant une représentation très précise de l’image idéale qu’il se fait de lui-même. Dans ce cadre, l’impact des modèles véhiculés par les magazines de presse se fait pesant. Faute de pouvoir s’en débarrasser, les individus les fétichisent.

32 Choisir une forme physique devant l’écran d’un ordinateur, croire découper son corps sur mesure, lifter, sculpter, modeler, tous ces verbes qui se conjuguent dans le royaume des pratiques esthétiques déplacent les exigences individuelles. Le risque pris par le sujet est de ne pas se reconnaître dans le reflet de ses nouveaux traits.

33

L’intervention sous les yeux m’a montré qu’il y avait une grosse différence, ça transformait quand même beaucoup. J’étais contente mais par contre, et ça, ça n’a pas été très positif, je me suis trouvée différente, pas comme j’étais avant, pas mieux […] cette différence je l’ai mal supportée, les résultats étaient mieux mais le petit changement minuscule… c’est que mes yeux se sont arrondis. En fait, j’avais les yeux en amande et le fait d’enlever les poches ça m’a arrondi l’œil, ça a changé la coupe d’œil (Céline, 49 ans, enseignante, mariée avec deux enfants).

34 Ces sujets cherchent à travers leur opération à consolider leur amour-propre mais ne semblent pas tirer de grands bénéfices de leur choix. Pour ces personnes, la chirurgie n’a pas apporté grand-chose à leur vie. Ce type de commentaires semble s’accroître au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la date de l’opération. Si lors des premières années post-opératoires, les personnes insistent sur les avantages psychologiques, ces avantages semblent résister très mal à l’épreuve du temps. Néanmoins, aucun sujet ne juge l’opération inutile, ni ne déclare avoir regretté son choix.

35 Cette même insatisfaction se retrouve chez les personnes qui souffrent du syndrome boulimique-anorexique et décident de subir une opération chirurgicale (Willard et al., 1996). Il va sans dire que le rapport entre trouble alimentaire et résultats postopératoires reste à être approfondi. À ce sujet, un certain nombre d’études semblent suggérer que le recours à la chirurgie peut aggraver, plutôt qu’améliorer, l’insatisfaction envers l’image du corps dans des cas de pathologies d’ordre psychologique préexistantes (Sarwer et al., 2003).

La « chirurgie du mieux être »

36 Lorsque la crise identitaire précède l’acte chirurgical, ce dernier s’inscrit dans la « chirurgie du mieux être ». L’opération sert à effacer ce trait embarrassant qui est vécu comme un « complexe », à ôter la différence « honteuse » qui perturbe l’interaction, à supprimer l’altération. Dans le récit de cette partie de la population, qui écarte toute expression ayant trait à l’esthétisme, ce sont des vocables tels que « dépression » ou « obsession » qui reviennent régulièrement pour décrire la différence stigmatisante. Parfois l’embarras éprouvé et si pesant qu’il prend la forme d’une détresse émotionnelle profonde. Celle-ci altère l’image globale du corps en dépassant largement le trait physique particulier qui pose problème : le nez, les hanches, l’estomac, la poitrine, etc. Ainsi, certains types de chirurgie esthétique, à l’image de la réduction mammaire et de la gastroplastie, sont considérés par les sujets comme partie prenante d’une chirurgie plastique et re-constructive. Dans ces cas, les sujets se réfèrent à des douleurs physiques, avouent éviter l’activité sportive et insistent sur un mal-être profond.

37 En réalité, ce mal-être naît et s’entretient dans les enjeux de l’interaction. Des souvenirs indélébiles, renvoyant systématiquement à l’enfance et l’adolescence, sont énoncés avec une exactitude étonnante, comme si les détails fournis devenaient la preuve et la juste mesure de la souffrance psychique éprouvée.

38

On m’avait déjà dit plusieurs fois que j’avais un nez comme ci ou comme ça, que j’avais des dents de lapin, c’étaient des gens que je connaissais pas plus que ça, de l’école quoi, il y avait pas de relation amicale parce qu’en général les amis c’est rare que […]
Au départ il y a donc un rapport avec les autres, si tout le monde te montre du doigt quelque chose de ton corps, tu le vivras mal; par la suite c’est toi-même qui focalise dessus (Stéphane, 34 ans, pianiste, vivant en concubinage).

39 La fin de l’extrait trace les phases du processus de stigmatisation. De la stigmatisation d’autrui à l’appropriation du stigmate, plusieurs années peuvent s’écouler. Lors de cette deuxième phase (l’appropriation du stigmate), le rapport à l’autre s’identifie à une angoisse sans cesse ravivée. Le corps non seulement n’arrive pas à s’effacer dans le rituel communicationnel mais devient la source d’une souffrance morale continuellement ranimée. Tous les aléas, toutes les « collisions » des échanges interindividuels sont interprétés par le sujet comme l’expression directe de sa différence physique stigmatisée. Ce trait du corps est perçu comme un obstacle. Quant à l’autre, prêt à poser son regard sur ce trait physique conçu comme inesthétique, il ne représente qu’une menace. Ainsi, le contact avec autrui est vécu comme « une mise à mort symbolique » et c’est dans ce sens qu’il est évité.

40 Avec le temps, le sujet ne reconnaît plus comme signifiants les traits de son corps. C’est la troisième phase du processus de stigmatisation qui implique une crise de l’identité somatique. C’est ainsi que s’explique la phobie de cette partie de la population de « croiser » son reflet. Dans la mesure où le sujet ne reconnaît pas ses traits physiques comme les siens, sa phobie est constamment réactivée par les photographies et les miroirs (Faivre, Faivre, 1992).

41

J’avais une relation très difficile avec le miroir, je me regardais à peine le matin et après dès que je me voyais dans une glace je tournais vite la tête. J’aimais pas, c’était pas moi, je ne me l’avouais pas parce que c’est très difficile… (Alain, 37 ans, enseignant, célibataire).

42 Au sein de la « chirurgie du mieux être », l’objectif premier d’une opération esthétique n’est pas de s’enjoliver mais de supprimer un trait physique conçu comme handicapant. Dans cette perspective, l’opération chirurgicale a comme fonction d’établir la cohésion identitaire. Autrement dit, en franchissant le pas de la chirurgie, le sujet recherche des formes corporelles par lesquelles se produit son intégration normative, mais aussi et surtout sa cohésion identitaire. Dans ce cadre, l’impact des modèles d’esthétisme collectif s’atténue. Il ne s’agit pas ici de poser la corporéité comme une variable indépendante de toute entrave. Néanmoins les limitations sociales – telles qu’elles se définissent à travers les normes et les valeurs associées à la corporéité, mais aussi le profil socio-démographique de l’individu – sont considérées par les acteurs sociaux en termes d’éventualité, de potentialité et non pas comme une destinée prédéterminée face à laquelle ils n’ont qu’à se soumettre passivement.

43 Ce qui fait urgence pour le sujet c’est cette rupture avec soi et non pas de quelconques prédestinations sociales. C’est cette privation symbolique que l’opération cherche à reconstituer. Le recours à la chirurgie n’est pas vécu tout simplement comme un support permettant de se défaire d’une image négative de son corps, mais comme une re-figuration. Il ne s’agit pas de métamorphoser simplement un trait du corps, mais de créer une forme physique qui permet au sujet de s’identifier à l’image qu’il se fait de lui-même. C’est dans ce sens que la chirurgie devient un moyen de ré-appropriation du corps et s’avère, par-là même, le support d’un processus de transformation de soi. Gommer un trait d’évaluation négative du corps revient à agir sur le soi pour le consolider. Si le résultat esthétique est immédiat, ce processus de consolidation de soi semble beaucoup plus long.

44 L’opération chirurgicale, conçue comme un rite personnel de passage, permet au sujet de retrouver l’estime de soi et par-là même le goût de plaire. Autrement dit, modifier le canevas corporel donne le droit à l’acteur de réinvestir sa place dans le social. Au sein de ce processus, des améliorations significatives de l’image globale du corps ont été enregistrées aussi bien que le désir de s’investir dans des interactions sociales conçues au préalable comme « interdites ». Ces individus font souvent part de la satisfaction éprouvée et décrivent une plus grande confiance en eux. À ce sujet, le plaisir de « s’ouvrir aux autres » et spécifiquement la diminution de la timidité pendant l’activité sexuelle ont été cités comme partie prenante des bénéfices postopératoires obtenus.

45 Mais tout cela a un « prix », la douleur physique et le procès de son objectivation semblent constituer une manière pour le sujet de reprendre son existence en main. Dans tous les cas, la chirurgie esthétique arrive beaucoup plus facilement à inverser le cycle de la stigmatisation que n’importe quelle autre pratique somatique n’impliquant pas une technologie de pointe et ne faisant pas appel à l’artifice. En effet, l’inversion de l’étiquetage est beaucoup plus difficile lorsque l’individu ne recourt pas à des techniques sophistiquées. Il en est de même face à des résultats esthétiques semblables. Ce constat se vérifie chez les individus identifiés comme « obèses ». Même lorsque ceux-ci réussissent à transformer leur paraître en ayant recours à des moyens traditionnels, « naturels » (amaigrissement, sport), autrui continue à les traiter comme déviants. Le récit d’un de nos interviewés en témoigne, son entourage s’inspirant du principe « qui a mangé mangera » préfère le qualifier d’ancien « obèse » plutôt que de « mince ». Tout se passe comme si prendre le temps de se transformer renvoyait à laisser des traces de déviance esthétique sur le corps, tandis que bouleverser le rapport au corps en faisant couler le sang était une opération symbolique plus efficace.

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Notes

[ *] Centre d’Étude des Rationalités et des Savoirs (CIRUS/CERS), UMR N°5193 – CNRS/Université de Toulouse Le Mirail.Retour

[ 1] Ces données statistiques sont issues du site internet du PMSI (Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information) et concerne les GHM (Groupes Homogènes de Maladies) 375 : Interventions Plastiques, Source : http ://stats.www.le-pmsi.fr/cgi-bin/broker.exe.Retour

[ 2] Orlan est une des artistes contemporains qui utilisent la chirurgie esthétique pour s’éloigner des modèles de « beauté » et de jeunisme. Ses œuvres (dessins faits avec son sang, reliquaires contenant sa chair, saintsuaires, photos, vidéos, etc.) transforment le bloc opératoire en atelier artistique, interrogeant ainsi le statut actuel du corps.Retour

[ 3] Un dépouillement systématique de 22 titres de presse a été effectué de novembre 1998 à octobre 1999. Depuis nous suivons l’évolution de ce corpus au sein duquel nous distinguons cinq familles de presse comprenant plusieurs titres de magazines codés comme suite : Presse Jeune : Jeune et Jolie (J & J), 20 ANS, Vital (V) et DSMagazine (DS). Presse Féminine Haut de Gamme (PFHG): Marie-France (M.F.), Marie-Claire (M.C.), Cosmopolitan (C), Elle (E), Questions de femmes (Q.F.), Femme Pratique (F.P.), Votre Beauté (V.B.), Avantages (A.), Femme Actuelle (F.A.), Biba (B.). Presse Santé : Top Santé (T.S), Santé Magazine (S.M.), Réponse à tout Santé. Presse Masculine : M magazine (m), Monsieur (M.), Men’s Health (M’sH), Max, FHM. Presse Sport : Muscle et Fitness (M.F.), Monsieur Muscle (M.M.), Santé et Fitness (S.&F.). Retour

[ 4] Nous utiliserons pour ce travail la codification suivante : [la ou les pages; titre du magazine (mois de parution)].Retour

Résumé

L’expansion des pratiques chirurgicales à but esthétique glorifiant le culte du corps, interroge l’extrême contemporain: comment s’opère le passage d’une corporéité socialement attribuée à une corporéité subjectivement appropriée? Pour saisir l’autonomie sub-jective des sujets, tout en déchiffrant les processus cognitifs sur lesquels repose l’efficacité du contexte normatif, 264 magazines de presse ont été dépouillés et 40 entretiens ont été analysés. La juxtaposition de ces corpus méthodologiques esquisse une distinction claire entre la « chirurgie du mieux paraître» et la « chirurgie du mieux être». Si la première vise à l’embellissement, faisant écho à l’impact des modèles d’esthétisme collectif, au sein de la deuxième c’est la normalité qui est en jeu.

MOTS - CLÉS

CHIRURGIE ESTHÉTIQUE, SOCIOLOGIE, SANTÉ, CORPS



The expansion of the cosmetic surgery exalting the culture of the body, questions the extreme contemporary: how does the passageway from a corporeity socially allotted to a subjectively suitable corporeity take place? To seize the subjective autonomy of the sub-jects, while deciphering the cognitive processes on which the effectiveness of the normative context rests, 264 press magazines were examinated and 40 interviews were analysed. The juxtaposition of these methodological data outlines a clear distinction between the « surgery of appearance» and the « surgery of being». If the first aims to embellishment, making echo with the impact of the models of collective aesthetic, within the second it is the normality that is concerned.

KEY - WORDS

COSMETIC SURGERY, SOCIOLOGY, HEALTH, BODY


Die Ausbreitung der Schönheitschirurgie glorifiziert den Körperkult und für zu der Frage, wie sich der Zusammenhang zwischen einer sozial zugeschriebenen und einer subjektiv angepassten Körperlichkeit herstellt. Um die subjektive Autonomie der Subjekte und die kognitiven Prozesse ihrer effektiven Einbindung in normative Kontexte zu verstehen, wurden 264 Magazine analysiert und 40 Interviews durchgeführt. Die Analyse führt zu einer Unterscheidung zwischen einer « Chirurgie des besser Erscheinens» und einer « Chirurgie des besser Seins». Während erstere auf eine Verschönerung im Sinne des kollektiven Schönheitsideals zielt, ist die zweite Form auf die Herstellung von Normalität ausgerichtet.


La proliferación de las cirugías estéticas glorifica el culto del cuerpo y plantea el siguiente interrogante: ¿cómo se produce el pasaje de una corporeidad socialmente atribuida a una corporeidad subjetivamente apropiada? Con el objeto de comprender la autonomía subjetiva de los sujetos y descifrar al mismo tiempo el proceso cognitivo sobre el que reposa la eficacia del sistema normativo, este artículo analiza 264 revistas y 40 entrevistas. El análisis permite establecer una clara distinción entre la « cirugía para parecer mejor» y la « cirugía para ser mejor». Mientras que la primera apunta al embellecimiento y se hace eco del impacto de los modelos estéticos colectivos, en el seno de la segunda está en juego la normalidad.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Anastasia Meidani « Différence « honteuse » et chirurgie esthétique : entre l'autonomie subjective des sujets et l'efficacité du contexte normatif », Déviance et Société 2/2005 (Vol. 29), p. 167-179.
URL :
www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2005-2-page-167.htm.
DOI : 10.3917/ds.292.0167.