Economie internationale
La Doc. française

I.S.B.N.sans
158 pages

p. 15 à 44
doi: en cours

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no 87 2001/3

2001 Économie internationale

L’accord sur l’agriculture de l’Uruguay Round fonctionne-t-il ?

Stefan Tangermann  [1]
Le Cycle de négociations de l’Uruguay a introduit des changements radicaux des règles du commerce international s’appliquant au secteur agricole. L’Accord sur l’Agriculture a modifié en particulier les conditions d’octroi de subventions à l’exportation, contribuant à ramener ce secteur dans le cadre général du GATT. Néanmoins, sur d’autres aspects, la réalité est plus complexe, comme dans les aspects sanitaires, où paradoxalement les accords signés en 1995 contribuent à rendre plus “spécifique” le traitement accordé à l’agriculture par le recours à des procédures d’évaluation scientifique particulières, ceci à un point tel que se posent des problèmes d’acceptabilité sociale de ces accords. D’une manière générale, les accords ont été bien appliqués et ont assez rarement donné lieu à des différends qui nécessitent d’aller au bout de la procédure de règlement prévue. Néanmoins cela traduit les contraintes relativement faibles qui ont été imposées au secteur, au moins sur la période de mise en place. Les grands tests de validité des accords de l’Uruguay Round restent à venir, en particulier lorsque les marges de manœuvre actuelles auront été épuisées et que des nouvelles contraintes plus “mordantes” se feront sentir, lors d’un nouveau cycle de négociations.
Classification JEL : F13 ; Q17 ; Q18.Mots-clés : politique agricole, subventions à l’exportation, accès au marché, barrières non tarifaires.
The Uruguay Round was a big step forward in international trade relations, generating a completely new set of rules for the agricultural sector. The Agreement on Agriculture (AoA) embodies the legal conditions of export subsidies in order to bring the agriculture on the main track of GATT rules. On other commitments, such as sanitary measures, the result is more ambiguous since the new rules designed in 1995 have specific provisions for agriculture : the scientific tests required in this sector make the rules difficult to be socially accepted. Experience made so far is that the countries have generally honored their commitments ; the number of disputes about provisions of the AoA, requiring to implement the whole WTO dispute settlement process, has been limited. However, this may be due to the fact that the commitments established so far were rather weak. This may well change when further reductions are aggreed on in the further round of negotiations.
JEL Classification : F13 ; Q17 ; Q18.Keywords : Agricultural Policy, Export Subsidies, Market Access, Non Tariff Barriers.
Le Cycle de l’Uruguay (UR) a constitue un grand pas en avant dans les relations commerciales internationales. Malgré des négociations difficiles, des règles radicalement nouvelles ont été établies dans le cadre de l’Accord sur l’Agriculture (AAUR), en particulier sous la forme d’engagements quantitatifs pour les politiques agricoles de tous les pays signataires. L’Accord sanitaires et phytosanitaires (SPS) a constitué une tentative tout à fait innovante pour réglementer le domaine complexe des barrières techniques dans le secteur agricole et alimentaire.
La période de mise en œuvre de l’AAUR est désormais arrivée à son terme, au moins pour les pays développés, et un nouveau cycle de négociations sur l’agriculture a déjà démarré. Il est donc temps de s’interroger sur la manière dont ont fonctionné les règles établies en 1994. Peut-on dire, après cinq années de mise en œuvre que l’Uruguay Round est une réussite en matière agricole ? Manifestement, les observateurs divergent sur la question. Certains soulignent l’intérêt des règles établies lors de l’UR et leur impact potentiel sur les prochaines décisions politiques en matière agricole dans le monde. D’autres avancent que les engagements quantitatifs accordés par l’AAUR étaient tellement “généreux” qu’ils n’ont pas conduit à des changements politiques majeurs, et que, de fait, la libéralisation du commerce agricole mondial n’a pas progressé de manière significative.
Le succès d’un accord commercial international doit être évalué du point de vue de ses effets sur des décisions politiques concrètes et sur le développement des flux commerciaux. Mais sans comparaison possible avec une situation où l’accord n’aurait pas été signé, l’évaluation est difficile. On peut malgré tout juger l’Accord par rapport aux objectifs de l’UR, qui étaient d’intégrer l’agriculture dans le cadre général des règles du GATT régissant le commerce international, et c’est ce point qui est d’abord traité dans cet article. Une autre mesure du succès d’un accord est de savoir si oui ou non les pays en question ont respecté ces règles, même si cela dépend de la rigueur de ces règles, et donc de l’ambition de l’accord, et c’est ce deuxième point qui sera ensuite abordé.
 
L’agriculture, en passe de devenir un secteur “normal” à l’OMC ?
 
 
Du point de vue des dispositions légales, l’agriculture est un secteur “normal” du GATT, ceci même avant 1994. L’ensemble des textes du GATT faisant autorité depuis des décennies s’applique à tous les biens, et les produits agricoles en font évidemment partie. Les principes fondamentaux du GATT et tous les articles qui en découlent sont pleinement applicables à l’agriculture. Le leitmotiv que “l’agriculture n’avait pas été intégrée au GATT” avant l’UR n’était pas formellement vrai.
L’“ancien” GATT comportait seulement deux importantes dispositions spécifiques à l’agriculture qui exemptaient ce secteur des sanctions applicables au reste du commerce. Il s’agissait de l’article XI:2(c)(i) sur les restrictions quantitatives et l’article XVI:3 sur les subventions aux exportations [2]. L’Article XI:2(c)(i) n’a pas eu une importance concrète considérable (mentionnons quand même la célèbre dérogation obtenue par les États-Unis en 1955, le “waiver”, qui leur permettait, et à eux seulement, de protéger un marché agricole en difficulté). Bien qu’elle ait occupé les instances de règlement des différends (Josling, Tangermann et Warley, 1996 ; Hudec, 1998), cette exception agricole n’est pas à l’origine d’une grande carence légale dans la discipline du GATT. En fait, cette exception légale pour l’agriculture, effective sur le papier, n’a pas eu en pratique d’effets particuliers sur l’agriculture dans l’“ancien” GATT.
Ce n’est pas le cas cependant de l’Article XVI:3 qui exclut l’agriculture des interdictions générales sur les subventions à l’exportation. Cette exception a été largement utilisée. Le flou légal qui entouraient les conditions de validité de cette disposition ouvrait une brèche dans le cadre légal du GATT et permettait à cet élément important des politiques commerciales agricoles d’être utilisé sans grande contrainte. L’Article XVI:3 était aussi l’une des cibles favorites de conflits dont on relève le même nombre que pour l’Article XI:2(c)(i) [3]. Toutefois, ces conflits sur les subventions aux exportations agricoles ont montré qu’il était difficile d’interpréter le sens de l’Article XVI:3, et les panels en général n’ont pas adhéré pas aux point de vue des entreprises plaignantes. De fait, cette exception agricole a vraiment contribué à faire de l’agriculture un cas spécial sous l’“ancien” GATT. En simplifiant, on peut dire que le GATT jusqu’à la conclusion de l’UR avait une seule disposition qui était réellement spécifique à l’agriculture : l’Article XVI:3. Or, cette disposition ne contenait pas plus de neuf lignes de texte.
Au cours de l’UR, un accord spécialement consacré à l’agriculture a été signé ; il comporte 30 pages de texte, auxquelles s’ajoutent les 16 pages de l’accord SPS [4]. Il faut également compter les centaines de pages des Listes (schedules) spécifiant avec force détails les engagements que ces pays ont pris dans le cadre de l’AAUR. Sur le fond, la nature même des règles qui régissent désormais les échanges agricoles diverge significativement des dispositions régissant les échanges de produits manufacturés. En d’autres termes, sous le cadre légal de l’OMC, l’agriculture est maintenant un cas beaucoup plus particulier qu’il ne l’a jamais été sous le GATT de 1947.
Était-il vraiment nécessaire de faire des règles différentes pour l’agriculture ? La réponse est probablement “oui”. L’agriculture est-elle désormais plus “spéciale” qu’elle ne l’a jamais été sous l’“ancien” GATT ? La réponse est probablement “pas vraiment”. Parcourons pour cela les trois domaines réglementaires pour l’agriculture désormais bien structurés dans l’AAUR, c’est-à-dire, l’accès au marché, la concurrence dans les exportations et le soutien interne, ainsi que les nouvelles règles régissant les attributs des produits agricoles et alimentaires en particulier l’Accord SPS.
L’accès au marché
Dans le domaine de l’accès au marché, l’agriculture est traitée de manière moins spécifique qu’avant l’UR, car l’Article 4.2 de l’AAUR se substitue de fait à l’Article XI:2(c)(i) du GATT de 1947. Ce dernier existe toujours dans le GATT de 1994, mais comme Hudec (1998) l’a mentionné, il a effectivement été rendu nul par les engagements sur l’élimination des barrières non-tarifaires [5]. Plus important, en pratique, l’Article 4.2 de l’AAUR a également éliminé toutes les dérogations par pays grâce auxquelles des barrières non-tarifaires avaient été maintenues pour l’agriculture avant 1994 (et a donc par exemple enterré la tristement célèbre dérogation des États-Unis de 1955 à l’article XI:2(c)(i) du GATT).
Un élément également très important est que sous l’AAUR, les droits de douane sont désormais consolidés pour presque toutes les lignes tarifaires de l’agriculture [6]. Ceci a mis fin aux nombreux droits qui pouvaient être ajustés à volonté, permettant aux pays de fixer des prix de soutien domestiques à un niveau quelconque et de les protéger par des prélèvements variables aux frontières. Avant l’Uruguay Round, moins de 35% des lignes tarifaires agricoles des pays membres du GATT avait des taux consolidés alors qu’après l’Uruguay Round, c’est près de 100% des lignes tarifaires qui sont consolidées (TABLEAU 1) [7]. En fait, l’agriculture est désormais à cet égard mieux placée (et moins “spéciale”) que l’industrie, puisque 17% des lignes tarifaires pour les produits industriels n’ont toujours pas de droits consolidés après l’UR.

Tableau 1
Droits de douane consolidés sur les produits industriels et agricoles, avant et après l’Uruguay Round
IMGIMGGroupe de pays	Produits industriels	...IMGIMF
Groupe de pays Produits industriels Produits agricoles Pre-UR Post-UR Pre-UR Post-UR Pourcentage de lignes tarifaires consolidées Pays développés 78 99 58 100 Pays en développement 21 73 17 100 Économies en transition 73 98 57 100 Total 43 83 35 100 Pourcentage d’importations sous droits consolidés Pays développés 94 99 81 100 Pays en développement 13 61 22 100 Économies en transition 74 96 59 100 Total 68 87 63 100 Source: Secrétariat du GATT (1994, p. 26).

Était-il nécessaire de s’accorder sur un texte spécial en agriculture pour ramener les échanges agricoles sur la voie du GATT dans ce domaine ? L’objectif était probablement de rappeler à tous la nécessité d’agir dans le sens d’une consolidation des droits de douane quel que soit le pays. Le texte qui établit ce principe dans l’AAUR ne contient pas plus de quelques lignes et pourrait même être abandonné lors du prochain cycle étant donné que (presque) tous les tarifs en agriculture sont maintenant réellement consolidés.
L’exception légale importante qui a fait de l’agriculture un cas vraiment à part dans l’UR réside dans les nouvelles Clauses de Sauvegarde Spéciales (CSS). Celles-ci peuvent être invoquées pour les produits qui ont été soumis au processus de “tarification” (i.e. fixation d’un droit consolidé en fonction du degré antérieur de protection) dans l’Uruguay Round. Ces dispositions n’étaient certainement pas nécessaires en termes légaux ou techniques. Mais, politiquement il n’y avait probablement aucun moyen de les éviter puisque certains pays abandonnant des éléments de protection et de stabilisation, tels que les prélèvements variables n’auraient alors pas accepté le principe de la tarification, notamment l’Union européenne. En pratique, les CSS ont jusqu’à présent été moins utilisées que ce que l’on craignait [8]. Toutefois, il est vrai que ces clauses pour l’agriculture sont une anomalie qui devrait, en principe, être éliminée le plus rapidement possible [9].
En agriculture de nombreux droits de douane sont encore très élevés. La moyenne (pondérée par les échanges) de tous les droits industriels après l’UR ne dépassait pas 3,8% (Secrétariat du GATT, 1994, p. 12). Dans l’agriculture, il est extrêmement difficile de calculer un taux moyen, dans la mesure où il y a beaucoup de taux spécifiques et de combinaisons complexes de taux spécifiques et ad valorem, de taux minimum et maximum et autres complications [10]. Mais il y a encore beaucoup de tarifs élevés et souvent de l’ordre de plus de 100% (TABLEAU 2). Non seulement le niveau des droits (plus que leur base légale) rend la protection agricole particulière, mais cela pose la question de la nécessité de garder des clauses de sauvegardes au vu de niveaux aussi élevés.

Tableau 2
Droits Post-UR (fin 2000) pour quelques produits agricoles et quelques pays (en équivalents ad valorem)
IMGIMGEn % Union européenne États-Unis	Jap...IMGIMF
En % Union européenne États-Unis Japon Suisse Sucre 219,2 183,6 214,2 249,1 Beurre 162,6 117,3 558,5 965,6 Viande bovine 111,4 26,4 50,2 251,6 Source : OCDE (1995).

La seconde exception agricole d’importance dans le domaine de l’accès au marché est le nombre élevé de contingents tarifaires (TRQ pour Tariff Rate Quotas) qui prévalent maintenant en agriculture. En additionnant tous les groupes de produits en agriculture et tous les membres à l’OMC, il y a désormais 1 371 TRQ (Secrétariat de l’OMC, 2000a) [11]. Bien que certains existaient auparavant, un grand nombre a été établi lors du processus de tarification mis en place pendant l’UR. Cette spécificité de l’agriculture est paradoxalement le résultat des efforts faits pour que l’agriculture ne soit plus un cas particulier à l’OMC. Il y a deux raisons principales à l’origine de la création de TRQ en agriculture, que traduisent les termes “accès courant” et “accès minimum” utilisés dans les modalités de l’Uruguay Round pour établir les engagements en agriculture. Les TRQ pour l’accès courant étaient nécessaires pour s’assurer que les droits n’étaient pas contraires aux intérêts des exportateurs qui bénéficiaient de conditions d’accès spéciales avant l’UR [12]. Par exemple, si l’UE avait converti son accord volontaire de restriction des exportations de manioc de Thaïlande en un droit équivalent à la différence entre le prix domestique en UE et le prix du marché mondial, la Thaïlande aurait perdu toute la rente qu’elle obtenait en contrepartie de la limite à ses exportations de manioc en UE. Par contre, un TRQ (à faible droit) maintient les anciennes conditions d’accès pour la Thaïlande après que l’UE ait consolidé un taux (plus élevé). Les TRQ au titre de l’accès minimum devaient, eux, fournir un accès immédiat aux marchés où la tarification (à des niveaux de droits élevés) n’offrait pas d’ouvertures commerciales directes.
Aucune exception spécifique légale n’entre en jeu dans le fait que les TRQ jouent désormais un rôle plus important pour l’agriculture que pour les produits manufacturés. Rien dans le GATT ni dans les accords de l’OMC n’empêche les pays de garantir l’accès à leur marché à des droits plus faibles que les taux fixés, ni de contraindre cette plus grande ouverture à des quantités limitées. La prédominance des TRQ en agriculture est le reflet de droits élevés dans ce secteur et c’est pour cela que les exportateurs sont intéressés par des facilités d’accès, ne serait-ce que pour une partie de leurs livraisons. On a beaucoup critiqué la pléthore de TRQ disponibles désormais pour l’agriculture, souvent sur la base de l’argument que ceux-ci peuvent avoir des effets quasi-équivalents aux restrictions quantitatives [13]. Mais beaucoup de ces critiques sont peu fondées. Le problème n’est pas l’existence de nombreux TRQ, mais la prédominance de droits élevés en agriculture. Quand (et si) ces droits seront réduits à des niveaux équivalents à ceux de l’industrie, le problème des TRQ en agriculture disparaîtra automatiquement. Dans le nouveau cycle de négociations sur l’agriculture à l’OMC, le plus gros des efforts à faire dans le domaine de l’accès au marché devrait concerner d’abord les baisses de droits, plutôt que d’essayer d’améliorer le système des TRQ.
Ceci dit, les TRQ effectivement contraignants vont probablement persister en agriculture, dans la mesure où il ne sera pas facile de négocier la baisse de droits de plusieurs centaines de pour cent au niveau unitaire avant quelques années. Les négociations ne peuvent toutefois pas ignorer complètement la mise en place et l’administration des TRQ. Quand on se penche sur ce problème, il est rassurant de noter qu’environ la moitié de tous les TRQ en agriculture sont administrés sur la base de ce que le Secrétariat de l’OMC appelle “les droits appliqués”, c’est-à-dire que l’on autorise des importations illimitées à un taux égal ou inférieur au taux sous quota (TABLEAU 3). En d’autres termes, la moitié des TRQ ne limitent pas les quantités d’importations réelles, mais agit plutôt comme un régime sous lequel seul le taux contingenté est appliqué. Un quart des TRQ est administré sous “demandes de licences”, c’est-à-dire que les autorisations sont accordées aux premiers demandeurs ou sont accordées de manière proportionnelle en fonction des demandes et du niveau du TRQ. Un dixième des TRQ est géré sur la base du “premier-arrivé, premier-servi”, où l’importation physique détermine l’ordre des requêtes et donc le droit applicable. Toutes ces méthodes, même si elles ne sont pas économiquement optimales, sont au moins relativement impartiales dans le sens où elles évitent une discrimination ouverte entre les partenaires et des interférences avec les conditions d’accès. On peut avoir une impression beaucoup moins favorable des autres méthodes de gestion des TRQ. Toutefois, si les taux de remplissage des quotas dans les cinq premières années de l’AAUR (1995 à 1999) sont une indication du bon fonctionnement de la gestion des TRQ, ce sont les méthodes a priori les plus discriminantes, comme la gestion des importations par des entreprises d’État qui semblent paradoxalement avoir le mieux fonctionné, avec un taux moyen de remplissage de 85% (TABLEAU 3). Les taux de remplissage des TRQ alloués à des importateurs traditionnels (77%) sont également assez élevés. La méthode a priori la plus critiquable, l’administration des quotas laissés à des associations de producteurs nationaux a également des taux de remplissage (71%) supérieur aux quotas gérés sous forme de “droits appliqués” (68%) [14].

Tableau 3
Principales méthodes de gestion des TRQ agricoles : part de tous les TRQ et taux de remplissage moyens, 1995 à 1999
IMGIMGMéthode de Gestion Part moyenne de t...IMGIMF
Méthode de Gestion Part moyenne de tous les TRQs (en %)* Taux de remplissage moyen (en %)** Taux appliqués 49,0 68 Premier arrivé, premier servi 9,8 53 Autorisations à la demande 24,5 55 Enchères 3,4 46 Importateurs traditionnels 4,9 77 Importations par Entreprises d’État 1,6 85 Groupes de producteurs/associations 0,6 71 Autres 1,3 46 Méthodes d’allocation combinées 4,4 82 Non Spécifié 0,6 49 Total 100,0 63 * Simple moyenne entre tous les pays, produits et années de 1995 à 1999. ** Taux annuel moyen de remplissage simple entre tous les pays et produits de 1995 à 1999 pondéré par le nombre de TRQ inclus dans l’analyse pour l’année et la méthode de gestion correspondantes.

D’un point de vue économique, la mise aux enchères des autorisations de TRQ est la méthode pour laquelle la concurrence fonctionne le mieux et dont les résultats seront les plus proches de ce qu’aurait donné une situation de libre-échange. Cependant moins de 5% de tous les TRQ agricoles fonctionnent sur ce mode. Les gouvernements sont réticents à récolter de l’argent par des mécanismes qui compliquent la vie des entreprises, et les politiques préfèrent autoriser celles-ci à prélever des rentes confortables sur les consommateurs nationaux. En outre, les gouvernements répugnent à mettre les licences d’importation sous TRQ aux enchères dans la mesure où ils redoutent que cela puisse être illégal au titre du GATT. Dans cette situation, il serait utile qu’une décision claire à l’OMC montre que la mise aux enchères des autorisations est compatible avec le GATT. Un droit mis aux enchères n’est pas un obstacle aux flux commerciaux, mais juste un profit exceptionnel (la rente liée au quota que gagne la société d’import-export en obtenant une licence) pour le revenu du gouvernement. De plus, on devrait considérer le fait qu’il n’y a aucun autre moyen d’allouer des autorisations de quota qui laisse autant s’exprimer la capacité compétitive d’un pays exportateur et une compagnie d’import-export, tout en évitant la mauvaise allocation des ressources inhérentes à la recherche de rentes par le lobbyisme.
Concurrence entre les exportations
Dans le domaine de la concurrence entre les exportations, sous l’Accord de l’Uruguay Round, l’agriculture s’est beaucoup plus singularisée que sous le GATT de 1947, au moins de manière formelle. Non seulement il y a maintenant un texte de trois pages de dispositions légales pour un certain type de subvention qui est totalement prohibé pour les échanges industriels, mais encore les Listes nationales contiennent désormais des engagements quantitatifs (sur le montant des exportations subventionnées et des dépenses en subvention aux exportations) alors que ce n’est pas le cas hors du secteur agricole. De plus, sous “la clause de paix” (Article 13 de l’AAUR), les subventions aux exportations compatibles avec les dispositions de l’Accord et les Listes d’engagement ne sont désormais plus attaquables au titre de l’Accord sur les Subventions et de l’Article XVI du GATT. Cette clause est temporaire, mais cela donne un parfum de légitimité à des instruments de politique commerciale qui ne devraient même pas exister, selon les principes de base du GATT, mais qui sont ainsi utilisés sans scrupules.
Sur le fond, l’AAUR a cependant fait de l’agriculture un secteur moins “spécial” qu’il ne l’était avant l’Uruguay Round. La règle de “la part équitable” de l’Article XVI:3 du GATT n’a pas vraiment été une contrainte efficace sur les subventions à l’exportation. Les gouvernements réussissaient à subventionner tous les surplus qu’ils voulaient écouler sur le marché mondial et les dépenses en subvention étaient quasiment illimitées par le GATT. La situation est maintenant bien différente. Le vague concept de “partage équitable” a été remplacé par des limites quantitatives précises pour chaque pays et chaque groupe de produits, accompagnées des notifications requises ainsi que d’une relative transparence au sein du Comité Agricole à l’OMC. Ne peuvent plus être introduites de nouvelles subventions aux exportations pour lesquelles les pays n’ont pas d’engagements dans leurs Listes. Bien que ce soit politiquement difficile (pour certains pays), on peut désormais aisément concevoir des réductions supplémentaires du montant des subventions à l’agriculture au cours des négociations actuelles et futures jusqu’à les annuler complètement. La spécificité agricole dans le domaine de la concurrence à l’exportation sera alors éliminée, et le texte concernant cette partie de l’AAUR sera simplement un rappel historique et non plus une particularité agricole.
Les dispositions de l’AAUR sur les subventions aux exportations sont, bien entendu, applicables à tous les membres de l’OMC. Ceci est important dans la mesure où même les pays qui n’ont pas d’engagements à réduire leurs subventions aux exportations dans leurs listes d’engagement ne peuvent plus désormais commencer à utiliser ce type d’instrument. Mais on peut dire que les engagements de réduction des “anciennes” subventions aux exportations visaient principalement l’UE. Depuis le début de la période de mise en œuvre de l’AAUR, la part de l’UE dans les subventions aux exportations notifiées entre tous les membres de l’OMC n’a jamais été inférieure à 87% et, en moyenne sur la période 1995-98, cette part était de 89% (TABLEAU 4). Sur la période 1995-98, la part de la Suisse était à peine supérieure à 5%, celle des États-Unis était de 1,6%, celle de la Norvège de 1,3% et aucun autre membre de l’OMC n’avait une part de plus de 0,5% dans le total des subventions aux exportations notifiées. Dans un sens, ce sont plutôt les politiques de l’UE dans le domaine de la concurrence des exportations agricoles qui sont particulières. Les spécificités dans le traitement de l’agriculture par le GATT ou l’OMC dans ce domaine sont ainsi surtout dues au comportement de l’UE.

Tableau 4
Notification de dépenses en subvention aux exportations
IMGIMG1995	1996	1997	1998	1995-98 Tous les...IMGIMF
1995 1996 1997 1998 1995-98 Tous les membres à l’OMC* En millions de $ 6812 7857 5921 5533 26134 Union européenne En millions de $ 6058 7088 5262 4849 23257 Part de l’UE dans les subventions aux exportations mondiales En % 88,9 90,2 88,7 87,6 89,0 * Les dépenses en subventions reportées ne sont pas détaillées pour les années 1996 à 1998 car certains pays n’avaient pas encore notifié leurs subventions aux exportations à l’époque où le Secrétariat de l’OMC a produit ce rapport. Source: Calculé à partir des données du Secrétariat de l’OMC (2000d).

Soutien interne
Dans le domaine du soutien interne, les conditions légales pour l’agriculture semblent désormais beaucoup plus spéciales qu’avant l’Uruguay Round. Dans le GATT de 1947, les règles (limitées) en matière de soutien interne ne distinguaient pas produits primaires et produits manufacturés. L’AAUR fait maintenant explicitement la distinction entre les deux. Pour l’agriculture, l’AAUR a établi trois catégories explicitement définies de soutien interne (surnommées verte, orange et bleue). Le soutien agricole doit désormais être mesuré, de façon précise, avec des définitions (comme la Mesure Globale de Soutien ou MGS) qui n’existent que dans l’agriculture. Il doit aussi être notifié par tous les membres de l’OMC au regard de leurs engagements – là encore il n’y a pas le moindre parallèle avec l’industrie. Les règles concernant les subventions instaurées pour l’industrie par l’Accord sur les Subventions ne sont pas explicitement applicables à l’agriculture où la “clause de paix” a créé des conditions spécifiques – aussi longtemps que cette clause restera effective. En cela, l’agriculture est désormais un cas très particulier dans le domaine du soutien interne.
Un examen détaillé des règles de l’AAUR sur le soutien interne montre toutefois que les différences ne sont pas fondamentales avec le secteur de l’industrie. En ce qui concerne la classification des différentes catégories de subventions, les aides dans le secteur industriel pourraient en fait être également classées selon des couleurs : le vert pour les non attaquables, le rouge pour les prohibées et l’orange pour les autres. Pour l’agriculture, les soutiens de type “vert” et “orange” ont leur propre définition dans l’AAUR et les subventions “rouges” existent également bien qu’elles ne soient pas explicitement référencées sous ce terme. De manière simplifiée, les comparaisons entre agriculture et industrie sont présentées dans le TABLEAU 5.

Tableau 5
Règle de subvention pour les produits agricoles et manufacturés
IMGIMGType de subvention Produits manufact...IMGIMF
Type de subvention Produits manufacturés Produits agricoles ‘Verte’ Définition Non-spécifique (à une entreprise ou industrie), subventions domestiques, et certaines subventions pour des programmes de recherche, régionaux ou environnementaux (pour les seules cinq premières années après l’entrée en vigueur de l’Accord de l’OMC – après elles deviennent oranges) Subventions domestiques à distorsions commerciales minimales (liste des mesures dans l’Annexe 2) Règle Non attaquables Non attaquables, exemptes des exigences de réduction ‘Orange’ Définition Toutes les autres subventions Subventions domestiques créant des distorsions commerciales (non soumises à l’Annexe 2), subventions aux exportations existant dans la période de référence Règle Non recevables en l’état ‘Quasi-attaquables’, à réduire (sauf pour les de minimis et certaines subventions des pays en développement) ‘Rouge’ Définition Subventions aux exportations Subventions aux exportations n’existant pas dans la période de référence et subventions dépassant les engagements nationaux Règle Prohibées Prohibées ‘Bleue’ Définition N’existent pas Subventions domestiques et programmes de limitation de la production Règle N’existent pas ‘Quasi-attaquables’, non soumises à réduction

Dans l’industrie, la frontière entre subventions vertes (non attaquables) et oranges telles qu’elles sont définies dans l’accord sur les subventions réside dans le caractère spécifique de la subvention (à une entreprise ou une industrie). Pendant les cinq premières années d’existence de l’OMC, les subventions vertes pour l’industrie intégraient également la liste des subventions pour des motifs “acceptables” comme la recherche, l’aide aux régions désavantagées et les motifs environnementaux (Article de l’Accord sur les Subventions, expirant au bout de cinq ans selon l’Article 31). Si l’on cherche un parallèle, toutes les subventions agricoles qui entrent dans la boîte verte pour l’agriculture définie à l’annexe ii de l’Accord sur l’Agriculture sont certainement spécifiques au sens où elles s’appliquent à une seule industrie (c’est-à-dire l’agriculture). Ces subventions agricoles vertes seraient donc oranges dans l’industrie, sauf pour celles qui pourraient justifier de programmes régionaux, environnementaux ou de recherche définis à l’article 8.2 de l’accord sur les subventions. Toutefois, les dispositions de la clause de paix dans l’Accord sur l’Agriculture rendent ces subventions agricoles presque oranges, non attaquables (pendant la période de mise en route définie dans l’AAUR).
Pour l’agriculture, les subventions oranges (c’est-à-dire celles qui ont un effet de distorsion commerciale “plus que minimal”) sont moins attaquables que celles dans l’industrie. La clause de paix prône une modération dans le lancement des recherches de droits compensatoires et les exempte d’autres attaques au titre du GATT tant qu’un soutien (par produit) n’excède pas le niveau de 1992. Toutefois, en contrepartie, les subventions agricoles “oranges” doivent être réduites du fait des engagements sur le soutien interne [15].
La catégorie rouge (les non-autorisées) recouvre toutes les subventions aux exportations de l’industrie. Pour l’agriculture, les subventions aux exportations rouges sont celles qui n’existent pas dans la période de référence. De plus, les subventions aux exportations agricoles qui dépassent les niveaux couverts par les engagements peuvent aussi être classées comme “rouges”. Pour finir, l’agriculture a une catégorie qui n’existe pas dans l’industrie, la bleue. Cette catégorie de subventions agricoles, garanties au niveau national parce que l’on appelle des programmes de limitations de la production (AAUR Article 6.5), se place quelque part entre les catégories verte et orange de l’agriculture. Ces subventions sont vertes dans le sens où elles ne sont pas sujettes à des engagements sur leur réduction, mais oranges dans le sens où elles ne sont que partiellement attaquables. Les subventions agricoles qui tombent sous le coup de dispositions de minimis (AAUR Article 6.4), comme certaines subventions dans les pays en développement (AAUR Article 6.2), sont traitées essentiellement de la même façon bien qu’elles ne soient pas appelées bleues dans le jargon de l’OMC.
En plus de semer la confusion, les différences entre l’agriculture et l’industrie dans le domaine du soutien interne sont plus difficiles à justifier que les différences dans le domaine des subventions aux exportations et de l’accès au marché. Dans les deux derniers cas, les gouvernements ont réduit leur champ d’action dans la définition des politiques, et les différences entre l’agriculture et l’industrie vont disparaître graduellement. Dans le domaine des soutiens internes, on a créé une distinction absolument nouvelle en désignant comme vertes certaines subventions agricoles alors qu’elles n’ont jamais été vertes auparavant et qu’elles ne sont pas vertes dans l’industrie. De plus, il n’y a pas d’indication sur la volonté d’imposer dans le futur les règles plus strictes à la boîte verte agricole.
Les nouvelles distinctions entre l’agriculture et l’industrie créées dans le domaine des subventions internes étaient, semble-t-il, un prix raisonnable à payer pour progresser vers des règles moins spéciales pour l’agriculture dans les domaines des subventions aux exportations et de l’accès au marché. En fait, si les gouvernements n’avaient pas eu la possibilité de donner certaines formes de soutien direct au revenu agricole, ils n’auraient sûrement pas accepté la réduction du soutien des prix de marché, ni l’ouverture de leurs marchés à la concurrence internationale.
Les caractéristiques des produits
En ce qui concerne les attributs des produits, l’Uruguay Round a, à nouveau, fait de l’agriculture un cas très particulier avec l’Accord SPS. La totalité de cet accord s’applique uniquement à l’alimentation et aux produits agricoles. L’UR a ainsi créé un large ensemble de dispositions spécifiques uniquement pour l’agriculture. Avant l’UR, la règle du GATT dans ce domaine relevait de l’Article XX(b), qui ne disait pas plus que : les pays pouvaient adopter des mesures “nécessaires pour protéger la vie ou la santé humaine, animale ou végétale”, tant que ces mesures ne “constituaient pas une mesure discriminatoire injustifiable ou arbitraire entre des pays comparables en la matière ou un obstacle déguisé au commerce international”. Après l’UR, il existe désormais un accord long et complexe qui réglemente ces mesures avec force détails. De plus, cet accord pour l’agriculture et l’alimentation est déconnecté de l’Accord sur les Obstacles Techniques au Commerce (TBT), lui aussi signé lors de l’UR et qui réglemente des mesures de nature comparable pour la totalité des produits échangés. Dès lors, il semble que l’UR a introduit une spécificité agricole dans le domaine des standards techniques. Ceci n’est pourtant pas totalement vrai.
Tout d’abord, il est difficile d’affirmer que sous l’“ancien” GATT le commerce agricole était très différent d’autres secteurs, dans le domaine des barrières techniques. Certes, des gouvernements ont adopté des mesures SPS douteuses, probablement dans le but de protéger des intérêts économiques de producteurs nationaux plutôt que la santé humaine, animale et végétale (Hillman, 1978 ; Jaeschke, 1986). Mais on retrouve les mêmes comportements dans l’industrie. Il n’est pas établi que le commerce agricole ait globalement plus souffert que le commerce industriel de réglementations techniques injustifiées. Avant l’UR, les sanctions du GATT sur des mesures purement économiques étaient si faibles que les gouvernements avaient rarement eu besoin de recourir aux standards techniques pour protéger leurs agriculteurs. Dans ce domaine, il était sans doute moins indispensable de ramener l’agriculture dans la droite ligne des autres secteurs commerciaux.
Pourquoi a-t-on alors négocié un nouvel accord SPS lors de l’UR, et pourquoi devait-il être différent de l’ensemble de l’accord TBT ? Ce n’est pas le lieu pour une discussion détaillée des accords SPS (voir Roberts, Orden et Josling, 1999). L’UR était en fait l’occasion idéale pour négocier un accord sur les mesures SPS. Tout d’abord, les quelques lignes de texte sur les mesures SPS du GATT de 1947 n’étaient pas suffisantes pour prendre en compte la complexité de ces mesures. En particulier, elles ne permettaient pas de décider quelle mesure était acceptable dans le cadre d’un commerce international ouvert, tout en permettant un niveau légitime de protection de la santé humaine. De plus, il y avait une crainte probablement justifiée qu’avec des règles plus strictes sur les formes classiques de protection établies par l’AAUR, les gouvernements n’aient recours à des mesures SPS pour protéger leurs agriculteurs.
Pourquoi a-t-on pris des dispositions en dehors du cadre général de l’accord TBT et fait ainsi de l’agriculture un secteur particulier ? Dans un sens, cette question n’est pas correctement formulée. Après tout, les accords TBT s’appliquent à “tous les produits, y compris les produits agricoles et industriels”, tel que c’est explicitement instauré par l’Article 1.3. Du coup, la distinction entre l’accord TBT et l’accord SPS n’est pas basée sur les secteurs, mais sur les mesures. Le fait est que certains types de mesures, les mesures sanitaires et phytosanitaires, ne sont par nature adaptées qu’à certains types de biens, ceux produits dans le secteur agricole et alimentaire. Que ces mesures soient fixées par le même accord que le reste des standards techniques ou qu’il soit plus utile d’avoir deux accords séparés, est donc un problème de nature plus pratique que substantielle.
Les mesures SPS sont maintenant réglementées de façon plus détaillée, ce qui est une bonne chose. Mais on ne peut pas dire que c’était nécessaire pour ramener l’agriculture dans les traces du régime commercial international.
Mais il n’est pas là non plus clair que désormais l’agriculture soit, du point de vue des caractéristiques des produits, traitée de manière plus ou moins spécifique après l’UR, que sous l’“ancien” GATT. Des règles spécifiques pourraient, paradoxalement, permettre à ce secteur d’être traité “comme les autres” sur le plan économique.
 
Les effets des nouvelles règles instaurées pour l’agriculture par l’Uruguay Round
 
 
Un des effets clairement positifs des nouvelles règles concernant l’agriculture instaurées par l’Uruguay Round est qu’il y a plus de transparence à l’OMC sur ce que les pays font en matière de politique agricole. Le fait qu’un plus grand nombre de notifications soit exigé par l’AAUR a engendré une information quantitative et qualitative sur les politiques agricoles des membres de l’OMC qui n’existait pas auparavant. De fait, la somme d’information est telle qu’il est difficile de l’utiliser et de l’évaluer. Toutefois, le Secrétariat de l’OMC a réalisé un travail admirable en résumant les aspects les plus importants de cette information, grâce aux Documents de Référence préparés lors du travail du Comité agricole de l’OMC et désormais étendu aux nouvelles négociations, mais surtout rendu accessible au grand public.
Dans le passé, une information de cette teneur internationale sur les développements de la politique agricole était uniquement fournie par l’OCDE et pour un nombre limité de pays. En combinant les deux sources d’information (les notifications à l’OMC et les rapports de l’OCDE), les analystes politiques ont désormais une base d’information très riche sur les développements de la politique agricole au niveau mondial. Toutefois, même cette information ne permet toujours pas de savoir si l’AAUR a amélioré la situation des échanges agricoles internationaux et les diverses politiques agricoles de par le monde. Il est pratiquement impossible de dire précisément quelles politiques auraient été choisies sans l’Uruguay Round, et comment elles auraient affecté les marchés et les échanges agricoles.
On peut observer les développements du commerce, sans pour autant pouvoir en tirer des conclusions nettes sur les effets de l’UR en terme de libéralisation des échanges. Le GRAPHIQUE 1 montre que les échanges agricoles ont à nouveau augmenté par rapport à la production dans les années quatre-vingt-dix après avoir été stationnaires depuis le début des années soixante-dix. Ce processus a cependant été moins dynamique que dans le secteur industriel [16].
Graphique 1
Agriculture et produits manufacturés : part des exportations dans la production mondiale
IMGIMGAgriculture et produits manufacturés : part des ex...IMGIMF
En ce qui concerne les politiques, l’Estimation du Soutien aux Producteurs (ESP) de l’OCDE contient des informations utiles dans ce contexte. Le GRAPHIQUE 2 montre l’évolution du pourcentage de l’ESP sur la période 1986 à 1988 pour certains pays de l’OCDE. Il serait difficile d’affirmer qu’il y a une réduction globale notable dans le niveau des soutiens après 1995, c’est-à-dire après l’entrée en vigueur des nouvelles règles de l’Uruguay Round pour l’agriculture à l’OMC. De fait, dans un grand nombre de pays, le soutien à l’agriculture, tel qu’il est mesuré par l’ESP a, à nouveau, augmenté ces dernières années après avoir chuté un peu en 1995 et 1996. Dans une large mesure, ces changements dans les ESP reflètent les fluctuations des prix sur le marché mondial pour certains biens agricoles qui ont eu tendance à augmenter en 1995-96 et à baisser à nouveau plus récemment.
Graphique 2
Estimation du soutien aux producteurs pour divers pays de l’OCDE
IMGIMGEstimation du soutien aux producteurs pour divers ...IMGIMF
Source : OCDE (1999 et 2000a).
Si l’ensemble des niveaux de soutien en agriculture n’a pas systématiquement baissé après l’Uruguay Round, le degré d’interférence des politiques agricoles avec les forces de marché a-t-il au moins baissé grâce à l’AAUR ? Un autre indicateur qui pourrait peut-être fournir des informations sur cette question est la part du Soutien des Prix du Marché, telle qu’elle est définie par l’OCDE, dans la valeur totale de l’ESP. Cet indicateur est retracé dans le GRAPHIQUE 3. Là non plus, il n’y a pas d’évolution systématique pour les pays de l’OCDE sélectionnés. Dans certains pays, la part du Soutien des Prix du Marché dans le total de l’ESP a vraiment chuté après 1995 (Suisse, États-Unis). Dans d’autres pays de l’OCDE, cette part est restée constante ou a même augmenté (c’est le cas pour le Canada et l’Union européenne).
Graphique 3
Soutien des Prix du Marché pour divers pays de l’OCDE
IMGIMGSoutien des Prix du Marché pour divers pays de l’O...IMGIMF
Source : OCDE (1999 et 2000a).
Ceci signifie-t-il que l’AAUR n’a aucun effet sur les politiques réelles ? En général, on peut affirmer qu’au niveau mondial il y a eu, depuis le milieu des années quatre-vingt environ, une tendance à la réforme des politiques agricoles dans le sens d’une orientation vers plus de “marché” et moins de “gouvernement” (Josling, 1998). Cette tendance globale a certainement été l’un des principaux facteurs des changements des règles internationales régissant l’agriculture lors de l’Uruguay Round. Au même moment, ces négociations ont aidé à amorcer des réformes dans certains pays. Dans ce sens, les relations entre l’AAUR de l’UR et la réforme mondiale de la politique agricole ressemble au problème de la poule-ou-de-l’oeuf. Il est difficile de dire ce qui vient en premier et ce qui vient en second. Les engagements auprès de l’OMC consolident et pérennisent des réformes de politique agricole, et dans certains cas l’UR a eu un effet significatif sur les décisions de politique agricole nationale.
Le cas le plus remarquable est la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) de l’UE en 1992, connue sous le nom de réforme MacSharry. Même si à cette époque, on a expliqué aux agriculteurs de l’UE que cette réforme était nécessaire pour des raisons purement européennes, on peut raisonnablement penser qu’elle était une réponse aux négociations en cours de l’Uruguay Round et qu’elle a été pensée de manière à ce que l’UE accepte finalement une décision constructive sur l’agriculture lors du Round, après l’échec désastreux des négociations en décembre 1990 à Bruxelles. La réforme MacSharry a placé la PAC sur de nouvelles bases, et la stratégie de réduction du soutien des prix, pour le remplacer (temporairement) par les paiements directs, est depuis devenue le modèle standard pour la réforme de la politique agricole dans l’UE.
Cette stratégie s’est poursuivie à travers les décisions prises en 1999 concernant l’Agenda 2000. Les raisons qui furent données pour cette dernière réforme de la PAC reposaient sur les engagements courants et futurs de l’UE à l’OMC et la nécessité de préparer l’élargissement à l’Est, phénomène que, pourtant, le volet agricole de l’Agenda 2000 ne traite pas directement. En effet, cette réforme ne résout pas les points agricoles clés des négociations d’élargissement avec les pays d’Europe centrale, c’est-à-dire l’avenir des paiements directs considérables effectués aux agriculteurs par la PAC, et la question de leur extension aux agriculteurs d’Europe centrale (Buckwell et Tangermann, 1999). La réforme de la PAC réalisée en 1999 répond en fait principalement aux engagements de l’UE à l’OMC. On peut dire la même chose sur la “revue de mi-parcours” de la PAC prévue pour 2002/03. La Commission européenne et les décideurs de la politique agricole dans les États membres de l’UE font explicitement référence à l’AAUR et aux nouvelles négociations en cours sur l’agriculture. Les règles sur l’agriculture à l’OMC sont certainement désormais un facteur décisif de réforme de la politique agricole, en plus des questions de politique interne.
Dans d’autres pays, le facteur OMC peut jouer un rôle moins important dans le débat de politique agricole. Toutefois, il semble que les décideurs en matière de politique agricole dans le monde soient désormais assez bien informés des règles multilatérales et soient préparés à les prendre en compte dans l’élaboration de leurs futures stratégies politiques.
Les nouvelles règles de l’AAUR ont-elles été efficaces pour définir et imposer un cadre aux politiques agricoles ? Sous l’“ancien” GATT, les règles concernant l’agriculture étaient imprécises et n’ont pas été respectées en pratique. On peut regarder s’il y a des cas où les nouvelles règles n’ont pas été respectées et pour lesquels ont éclaté des conflits. Avant l’UR, il n’y a eu que très peu de cas pour lesquels les pays ont modifié leurs politiques du fait des exigences du GATT [17]. Les trois domaines d’étude, accès au marché, concurrence à l’exportation et soutien interne, fournissent à nouveau un cadre pour examiner l’évolution depuis 1995.
L’accès au marché
Concernant l’accès au marché, le premier test d’efficacité des nouvelles règles est de savoir si les pays ont vraiment consolidé leurs droits de douane et si les droits réellement appliqués sont restés dans les limites fixées. La réponse à ces deux questions est généralement “oui”. Quatre ans après le début de la période de mise en route de l’AAUR, la seule exception majeure à la consolidation des droits a été éliminée quand le Japon a remplacé ses quotas à l’importation de riz par un droit de douane en 1999. Un certain nombre de plaintes à l’OMC ont cependant porté sur le non respect des engagements de ne pas maintenir des mesures non tarifaires (Article 4.2 de l’AAUR), bien que dans certains cas la justification de ces restrictions ait reposé sur des problèmes de balance des paiements [18].
En ce qui concerne l’adéquation des droits aux limites tarifaires, il y a de nombreux cas, principalement dans les pays en développement, où les tarifs appliqués sont bien en dessous des droits consolidés (souvent très élevés, voir Tangermann et alii, 1997). Très peu de plaintes ont été portées devant l’OMC pour dénoncer un pays qui aurait appliqué un régime d’importation violant les limites tarifaires fixées [19].
Tout cela ne signifie pas que la consolidation des droits agricoles ait complètement éliminé les barrières non tarifaires. Dans certains cas, les pays ont instauré des régimes tarifaires sophistiqués qui équivalent en pratique à des restrictions quantitatives. Le régime de prix d’entrée de l’UE pour les fruits et légumes après l’Uruguay Round est comparable à son ancien système de prix de référence (Grethe et Tangermann, 1999). Les droits mis en place par plusieurs pays en Amérique latine ont des effets quelque peu similaires à ceux générés par des taxes variables, bien qu’ils soient beaucoup moins problématiques (Tangermann et alii, 1997). Le régime de taxes très particulier de l’UE pour les céréales, établi à la demande des États-Unis du fait de l’accord Blair House II, est effectivement une continuation des anciens droits de douane variables sous une forme quelque peu modifiée (Tangermann et alii, 1997). Il est important, cependant, de noter que toutes ces politiques ne sont pas légale ment incompatibles avec la consolidation des droits de l’Uruguay Round, et que les droits variables instaurés en Amérique latine et pour les céréales en UE demeurent au-dessous des droits consolidés [20].
Un élément des règles de l’AAUR qui peut prêter à controverse sur l’accès au marché sont les Clauses Spéciales de Sauvegarde. Mais il semble qu’elles n’ont pas été beaucoup utilisées et jusqu’à présent on ne compte qu’un seul conflit dans lequel elles aient été impliquées [21]. La gestion de nombreux TRQ en agriculture est un autre élément de controverse. Mis à part le célèbre cas de la banane qui est très spécial et auquel on ne peut pas se référer pour parler du fonctionnement de l’AAUR, jusqu’à présent aucune plainte n’a été déposée à ce sujet. Il y a néanmoins une insatisfaction beaucoup plus grande que l’on pourrait le penser au seul vu des plaintes à l’OMC [22].
Les subventions aux exportations
De nombreux observateurs considèrent que les règles sur les subventions aux exportations sont une des avancées majeurs de l’AAUR par rapport à l’“ancien” GATT. L’efficacité de l’instauration des règles de l’AAUR sur la concurrence dans les exportations devrait alors être un test significatif du succès de l’Accord. Sur la base de ce critère, l’AAUR semble avoir relativement bien fonctionné.
En ce qui concerne les nouveaux engagements quantitatifs, qui remplacent effectivement l’ancienne règle de “partage équitable” du GATT de 1947, il semble qu’il n’y ait eu jusqu’à présent qu’un cas où un pays a dépassé de façon flagrante ses engagements sur le volume de ses exportations subventionnées ou ses dépenses budgétaires, et/ou a garanti des subventions aux exportations sur des produits qui ne sont pas spécifiés dans son Programme. Le pays concerné était la Hongrie qui a invoqué le fait qu’il avait oublié certaines subventions réellement garanties dans la période de référence et donc s’était trompé en spécifiant ses engagements dans ses Programmes. Le cas a longuement et vivement été débattu au Comité Agricole et une plainte a été déposée à l’OMC [23]. La Hongrie s’est vue finalement accordée une dérogation qui lui permettait de dépasser ses engagements sur les subventions aux exportations pour des montants donnés, pour une période transitoire prenant fin en 2001. À partir de 2002, la Hongrie devait à nouveau restreindre ses subventions aux exportations aux niveaux fixés à l’origine dans son Programme (GRAPHIQUE 4).
Graphique 4
Subventions aux exportations de la Hongrie
IMGIMGSubventions aux exportations de la HongrieIMGIMF
Source : Twesten (1999) et sources citées dans le texte.
Pendant un temps, il y a eu également un débat au Comité Agricole sur les dispositions de l’Article 9.2(b) pour savoir si elles devaient réellement permettre à des pays de dépasser leurs quotas de subventions aux exportations lorsqu’ils les avaient sous-utilisés les années précédentes. Cette pratique a finalement été acceptée et utilisée au mieux dans un certain nombre de cas (en particulier par l’UE). À l’inverse, il n’y a jamais eu de question sur le fait que ces dispositions ne seraient plus appliquées la dernière année de la période d’entrée en vigueur de l’AAUR et donc que les pays développés (et en particulier l’UE) devaient remplir entièrement leurs engagements en 2000. Il est également rassurant de voir que durant le processus de révision de l’AAUR au Comité Agricole, les engagements sur les subventions aux exportations n’ont pas été remis en question au titre de l’Article 18.5, permettant aux membres à l’OMC de les revoir “en fonction de leur participation à la croissance normale du commerce mondial de produits agricoles dans le cadre de leurs engagements sur les subventions aux exportations”.
D’une certaine manière, on peut affirmer que beaucoup de pays ont surestimé leurs engagements de subventions aux exportations. Dans l’ensemble, de 1995 à 1998, les membres de l’OMC ont utilisé à eux tous moins de 40% du montant autorisé pour les subventions aux exportation, (TABLEAU 6). Même l’UE, principale cible des nouvelles contraintes quantitatives sur les subventions aux exportations a accordé moins de 50% des subventions aux exportations qu’elle était autorisée à dépenser par ses engagements. En moyenne, sur la période 1995-98, les pays qui ont les plus forts taux d’utilisation de leurs engagements sur les subventions aux exportations sont la Suisse (78%) et la Norvège (61%). Tous les autres pays (qui avaient notifié pour toute la période) ont utilisé moins de 20% de leurs engagements sur les subventions aux exportations sur cette période. La “sous-utilisation” des engagements sur les subventions aux exportations par les pays membres n’est pas le fruit d’une volonté de l’AAUR. Parmi les raisons, le niveau élevé des prix sur le marché mondial pour certains produits agricoles durant la phase de démarrage de l’AAUR (en particulier pour les céréales en 1995 et 1996) a certainement beaucoup aidé. De plus, dans une large mesure, les marges de manœuvre visiblement contenues dans les engagements sur les subventions aux exportations reflétaient aussi la période de référence choisie pour fixer ces contraintes, période de subventions généreuses. Toutefois, sur la base de l’expérience en matière de subventions aux exportations et en termes quantitatifs, on ne peut nier que cette partie de l’AAUR ait été une réussite.
L’existence même de ce nouveau type de règle sur les échanges agricoles et la perspective de réductions supplémentaires lors de prochains cycles à l’OMC influent sur les débats de politique agricole dans beaucoup de pays. Les politiques de l’UE sont là encore l’exemple phare. En particulier, les prochaines diminutions dans les prix de soutien décidées en 1999 devraient permettre à l’UE de réduire et peut-être d’éliminer les subventions aux exportations pour au moins certains des principaux produits en question. L’un des principaux objectifs de la “revue à mi-parcours” de la PAC en 2002/2003 va être de réduire encore plus la dépendance par rapport aux subventions aux exportations des politiques agricoles. Au moins dans le cas de l’UE, et probablement aussi pour d’autres pays, les nouvelles règles sur les subventions aux exportations instaurées par l’AAUR se sont vraiment révélées efficaces.

Tableau 6
Dépenses en subventions aux exportations : engagements et utilisation
IMGIMG1995 1996 1997 1998 1995-98 Tous les...IMGIMF
1995 1996 1997 1998 1995-98 Tous les membres de l’OMC (1) Engagements En millions de $ 21036 19800 17432 12987 71255 (2) Notifications* En millions de $ 6812 7857 5931 5533 26134 (3) Utilisation [(2)/(1)] En % 32,4 39,7 34,0 42,6 36,7 Communautés européennes (4) Engagements En millions de $ 14573 13870 12100 8333 48876 (5) Notifications En millions de $ 6058 7088 5262 4849 23257 (6) Utilisation [(5)/(4)] En % 41,6 51,1 43,5 58,2 47,6 * Les dépenses en subventions reportées ne sont pas détaillées pour les années 1996 à 1998 et certains pays n’ont pas encore notifié leurs subventions aux exportations à l’époque où le Secrétariat à l’OMC a publié cet article de référence. Source: Calculé à partir des données du Secrétariat de l’OMC (2000d).

Des membres de l’OMC ont cependant tenté de contourner leurs engagements en interprétant à leur avantage la définition des subventions aux exportations et des règles qui les régissent (stratégie différente de la violation flagrante des engagements quantitatifs). Deux cas sont restés célèbres et ont conduit à des plaintes déposées à l’OMC. L’une d’elles visait l’approche adoptée par l’UE sur les subventions aux exportations de fromage. L’UE considérait que le fromage transformé pouvait effectivement être déduit de la catégorie fromage si on le produisait dans des entrepôts sous douane. Les subventions aux exportations porteraient alors uniquement sur les catégories beurre et poudre de lait et seraient intégrées par la suite (avec certaines exportations de fromage subventionnées par l’UE) dans le fromage transformé en dehors du territoire de l’UE. La Commission européenne craignant une incompatibilité avec les règles de l’OMC, on a alors adopté une approche selon laquelle le fromage transformé produit à partir de fromage importé serait soumis à des règles telles que les subventions aux exportations seraient payées uniquement au beurre et à la poudre de lait européenne qui entrait dans le processus de transformation du fromage. Mais cette approche ne semblait pas non plus compatible avec les obligations européennes pour certains exportateurs de produits laitiers et une plainte fut déposée à l’OMC [24]. Le cas n’est pas monté jusqu’au stade d’un panel parce qu’un accord bilatéral est intervenu et l’UE a pu poursuivre cette pratique tout en promettant d’utiliser une quantité minimale de fromage importé dans son activité de transformation.
L’autre cas beaucoup plus sérieux et compliqué est relatif à l’une des caractéristiques spécifiques au régime laitier canadien que certains pays considéraient comme incompatible avec les obligations du Canada, en particulier dans le domaine des subventions aux exportations [25]. Bien qu’il soit plutôt compliqué techniquement parlant, ce cas portait essentiellement sur ce que l’on appelle, dans le jargon de la politique agricole, une subvention aux exportations financée par le producteur [26]. Comme cette pratique est assez répandue dans les politiques de marchés agricoles, le conflit a des implications bien au-delà du simple régime laitier canadien. Le problème était de savoir si le régime de prix mis en place au Canada équivalait au montant de subvention à l’exportation tel qu’il est défini dans l’Article 9 de l’AAUR, et si le Canada, qui avait exporté ses produits laitiers dans des quantités supérieures à ses engagements de subvention à l’exportation, avait violé ses obligations. La Commission d’Arbitrage a conclu que le régime canadien était en fait équivalent à une subvention aux exportations financée par le producteur et l’Organe d’Appel a globalement confirmé. Le Canada a accepté le jugement et a entamé un programme de réforme de sa politique. Cependant les pays plaignants ont le sentiment que les changements réellement entrepris par le Canada étaient plus cosmétiques que substantiels et il semble que le conflit pourrait reprendre à tout moment.
À la différence du résultat obtenu dans le cas UE/fromage transformé, quelque peu opaque, le résultat Canada/régime laitier, une fois réglé, pourrait contribuer à renforcer significativement les dispositions de l’AAUR sur les subventions aux exportations et leur applicabilité dans l’utilisation complexe des politiques de marché et commerciales agricoles quotidiennes. Le Canada, au moins, n’a pas rejeté la nécessité d’ajuster sa politique en réponse au jugement qui a été prononcé. Il reste à voir si les changements réellement opérés sont satisfaisants ou si le régime récemment modifié doit l’être à nouveau. Les décisions du panel et de l’Organe d’Appel étaient de toute façon, assez fermes et le pays défendant a réellement entrepris de réformer sa politique. Il suffit de comparer ce résultat avec les conflits stériles engendrés par l’Article XVI:3 du GATT à l’époque pré-Uruguay Round pour se rendre compte à quel point l’AAUR a amélioré la situation dans le domaine des subventions aux exportations.
Le soutien interne
C’est sans doute dans le domaine du soutien interne que l’AAUR a créé les règles les plus innovantes. Paradoxalement, c’est aussi le domaine où les engagements nationaux ont été les plus laxistes. Avant 1995, dans de nombreux pays, les niveaux réels de soutien interne soumis à réduction, mesurés par la MGS totale courante, étaient bien en dessous de leurs engagements (TABLEAU 7). Les engagements n’ont été dépassés qu’à deux occasions, pour une année donnée, et ce dans des situations très particulières [27]. Les deux seuls pays à avoir “consommé” leurs engagements de soutien interne à plus de 90% étaient la Corée et la Slovénie [28]. Depuis 1995, toutes les années pour lesquelles les notifications sont disponibles, montrent que près de la moitié des membres de l’OMC qui ont des notifications de soutien interne ont utilisé moins de 60% de leurs engagements.

Tableau 7
Niveaux de MGS courante notifiée, total par classes, 1995-99
IMGIMGAnnée de mise en œuvre Mesure Global...IMGIMF
Année de mise en œuvre Mesure Globale de soutien courante, en pourcentage des engagements (nombre de notifications) Nombre total de notifications (sur la base de 29 en 1996) 0-20% 21-40% 41-60% 61-80% 81% et au-delà 1995 7 2 4 8 6 27 1996 6 5 2 8 4 25 1997 5 5 1 5 6 22 1998 3 2 0 4 4 13 Source: Secrétariat de l’OMC (2000e).

Cette situation traduit l’utilisation généreuse des données de la période de référence. Dans l’UE, elle traduit aussi la création de la boîte bleue, qui recouvre désormais une grande partie des aides réelles aux agriculteurs européens sous la forme de paiements directs, non comptées dans la MGS. Dans d’autres cas, cependant, la sous-utilisation des engagements sur les soutiens internes reflète aussi les changements politiques récents. Une partie des aides a été découplée de la production et rangée dans la boîte verte. Le U.S. Fair Act de 1996 est le cas le plus remarquable. Et on ne peut pas dire que ce sont les règles de l’AAUR qui ont initié de tels changements politiques (Orden et alii, 1999). Mais le fait que le découplage des aides aux agriculteurs améliore la compatibilité avec les engagements sur les soutiens internes à l’OMC a aidé à résoudre l’équation compliquée de la réforme de la politique agricole nationale.
Ce même pays, c’est-à-dire les États-Unis, a fait un grand pas en avant dans le découplage d’une part non négligeable de ses aides, mais a cependant effectué récemment d’énormes transferts à ses agriculteurs prévus sur plusieurs années. Quelle que soit la façon dont ces paiements sont notifiés, le simple fait qu’ils aient été octroyés, sur une base ad hoc et pour de gros montants, a eu un impact important sur l’opinion des autres pays quant à la fiabilité des engagements pris en matière de soutien interne à l’OMC.
En général, le fait que dans la plupart des cas, les engagements sur le soutien interne ne se sont pas (encore) révélés trop restrictifs explique pourquoi il n’y a eu jusqu’à présent qu’un seul cas de plainte à l’OMC dans ce domaine [29]. Ce cas a largement contribué à renforcer les exigences méthodologiques dans le calcul de l’AMS et a aussi montré, à cet égard, que l’AAUR est efficace et opérationnel dans ce domaine. Une autre partie de la réglementation de l’AAUR sur le soutien interne reste cependant à tester, l’éligibilité à la boîte verte des politiques de soutien.
Les caractéristiques des produits
Plusieurs conflits portés à l’OMC concernaient les mesures SPS et ont fourni les premiers tests de validité des accords SPS (Roberts, 1998). Le cas le plus intéressant est sans conteste celui du bœuf aux hormones, impliquant l’UE [30]. Ce cas a-t-il prouvé le succès de l’accord SPS ? Il en a révélé l’efficacité, en montrant que le nouvel accord intégrait tous les éléments nécessaires pour trancher le différend en question, mais aussi qu’il permettait à l’Organe d’Appel et à la Commission de parvenir à des conclusions relativement claires, en l’occurrence que l’UE n’avait pas respecté ses obligations. Par contre, l’échec a été total quant à la mise en conformité des mesures avec les exigences de l’accord : l’UE n’a toujours pas pris en compte les conclusions auxquelles on a abouti. L’UE a cependant, en principe, accepté le verdict, toléré les sanctions imposées sur ses exportations, et tente de négocier des compensations. De ce point de vue, on peut dire que même dans ce cas, l’accord SPS s’est révélé efficace.
Cet exemple permet de tirer une conclusion quelque peu différente mais plus fondamentale par rapport à la question centrale de notre article, c’est-à-dire l’existence d’un statut spécial pour l’agriculture et l’alimentation dans le régime de l’échange international. Le cas des hormones en production bovine suggère que dans le secteur alimentaire, il y a certaines sensibilités politiques qui n’ont pas permis aux gouvernements de respecter aisément les exigences du libre-échange. La résistance de l’UE n’a ici presque rien à voir avec la protection des producteurs, mais beaucoup avec les craintes des consommateurs. Dans le secteur alimentaire, ces craintes du grand public s’expriment de manière de plus en plus agressive, à tel point qu’il est impossible pour les gouvernements de faire passer les obligations de négociation internationale avant ce type de considération nationale. Ceci est particulièrement vrai à une époque où, comme c’est souvent le cas en Europe, le grand public vit avec toute sorte de peurs alimentaires et d’incertitudes sur les techniques modernes de production agricole, comme celles déclenchées par les maladies de la vache folle et de la fièvre aphteuse.
Un régime d’échange international qui forcerait les politiciens à ne pas tenir compte des préoccupations nationales dans une telle situation, perdrait rapidement les suffrages du grand public. Le même type d’inquiétude existe, au moins en Europe, à propos des organismes génétiquement modifiés ou du bien-être animal. De ce point de vue, il semble nécessaire de fournir un genre de clause échappatoire ou de sauvegarde dans ce type d’accords internationaux. Malheureusement, de telles clauses sont contraires à la volonté de rendre le régime de l’échange mondial de plus en plus ouvert et libre, même si elles devaient être formulées de telle façon qu’on ne puisse pas les utiliser à tort. Puisque ce type de difficultés est probablement très spécifique à l’alimentation et à l’agriculture, il pourrait s’avérer que finalement, la tentative d’éliminer le statut spécial de l’alimentation et de l’agriculture dans le GATT soit déjà allée trop loin. Cependant, la nature des dispositions spéciales à prendre dans de tels cas serait très différente de celles qui ont rendu l’agriculture si spéciale sous l’“ancien” GATT.
 
Conclusions
 
 
L’agriculture a toujours été un secteur difficile à traiter dans le cadre du GATT. À l’origine, cela était dû au fait que les gouvernements ne souhaitaient pas soumettre leurs politiques agricoles à la discipline internationale. Cela se reflétait déjà d’une part, dans la maigre et vague réglementation agricole au GATT (dans le domaine des subventions aux exportations, Article XVI:3) ; d’autre part, dans la répugnance qu’arboraient les gouvernements à accepter de limiter leur marge de manœuvre politique (faible part des droits de douane consolidés), et enfin dans les difficultés auxquelles étaient confrontés les panels pour montrer la non conformité des politiques avec les règles en vigueur (subventions aux exportations).
L’Uruguay Round est la première opportunité de changer fondamentalement le traitement de l’agriculture dans le régime de l’échange international. L’Accord sur l’Agriculture a créé un nouveau cadre légal et, simultanément, les engagements quantitatifs que les pays ont acceptés, ont instauré des mesures nouvelles et précises. De fait, et ironie du sort, le degré de spécificité de l’agriculture dans les règles de l’OMC est beaucoup plus élevé qu’il ne l’a jamais été dans l’“ancien” GATT. Cependant sur un plan économique, les nouvelles règles et les engagements pris semblent désormais avoir fermement remis l’agriculture sur les rails de l’ordre commercial international. Dans le domaine des caractéristiques des produits, l’instauration de l’Accord SPS semble également avoir fait de l’agriculture un cas tout à fait particulier en termes légaux. Ce n’est toutefois pas vraiment le cas en pratique, comme nous l’avons montré plus haut.
Après la conclusion de l’Accord sur l’Agriculture, la grande question était de savoir si ces nouvelles règles seraient respectées. L’expérience a prouvé jusqu’à présent que tel était le cas. Les pays ont en général respecté leurs engagements pris dans le cadre de l’AAUR. Les conflits à l’OMC à ce sujet ont été jusqu’à présent peu nombreux et les solutions à ces conflits émises par les panels et l’Organe d’Appel ont en général contribué à renforcer les règles de l’Accord, contrairement par exemple, aux résultats obtenus lors des conflits sur les subventions aux exportations durant l’“ancien” GATT.
Toutefois, si l’Accord sur l’Agriculture a jusqu’à présent relativement bien fonctionné, c’est parce que les engagements quantitatifs pris par les différents pays ont été plutôt généreux et n’ont pas encore imposé de trop vives contraintes aux politiques. Cela pourrait bien changer dans la mesure où seraient acceptées de nouvelles réductions dans les négociations actuelles et futures à l’OMC. La disposition des pays à accepter de telles réductions et certaines révisions souhaitables des dispositions légales applicables dans l’agriculture, montrera si ce secteur est prêt à s’accrocher rapidement aux “wagons OMC” de l’industrie ou si cela exigera un peu de patience. Pour l’Accord sur l’Agriculture, le vrai test commencera lorsque l’on abordera des réductions supplémentaires substantielles et quand celles-ci commenceront à être réellement contraignantes. C’est alors que les pays rechercheront les lacunes de l’Accord, que leur volonté à confronter leurs politiques à celles des autres s’avérera importante et que sera exigée une clarté sans faille dans l’interprétation de l’AAUR par les panels et l’Organe d’Appel. Jusqu’à présent, l’expérience vécue avec l’Accord sur l’Agriculture permet d’être d’un optimisme prudent sur sa réelle efficacité, même à une époque aussi mouvementée.
Probablement, la meilleure indication concernant l’amélioration de la place de l’agriculture dans les règles du commerce international est que, avec ces nouvelles négociations, aucun pays n’a suggéré ni de modifier fondamentalement l’Accord, ni d’abandonner les engagements quantitatifs précédemment acceptés. Évidemment, certains pays proposeront des amendements à la réglementation et leurs points de vue diffèreront quant à leurs priorités ou aux négociations sur les nouveaux taux de réduction. Pour l’instant il semble que la base de l’Accord sur l’Agriculture survivra au prochain round de négociations et qu’on se mettra d’accord sur d’autres réductions. Si l’AAUR se révèle aussi stable lors des futures négociations, c’est tout à l’honneur de ses concepteurs.
En ce qui concerne les caractéristiques des produits agricoles et alimentaires, on aborde des problèmes tout à fait différents. Dans ce domaine, les préoccupations des consommateurs et du grand public sur des questions telles que le bien-être animal seront politiquement plus sur le devant de la scène que les classiques problèmes de protection des producteurs. Il est donc assez paradoxal de constater que dans le but de fournir une réponse politiquement nécessaire à de telles préoccupations et de maintenir l’adhésion du public aux règles du commerce international, on risque de faire de l’agriculture à l’OMC un cas quelque peu spécial lors des prochaines négociations.
Date de réception de l’article : 20 novembre 2001
Date d’acceptation pour publication : 6 février 2002 [31]
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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NOTES
 
[1]Stefan Tangermann, Directeur, direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Pêcheries, OCDE (stefan. tangermann@ oecd. org).Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que l’auteur et ne représentent ni la position de l’OCDE, ni celle d’un pays membre.
[2]Les cinq autres dispositions du GATT où sont mentionnés de façon spécifique les produits alimentaires, les produits agricoles/primaires sont les Articles VI:7 (aucun préjudice matériel du fait d’une stabilisation des prix domestiques), XI:2(a) (restrictions aux exportations pour empêcher des pénuries critiques) ; XI:2(b) (restrictions concernant des standards de classification, calibrage ou commercialisation des produits de base dans le commerce international) ; XX(b) (mesures pour protéger la vie et la santé humaines, animales ou végétales) ; et XX(h) (obligations du fait des accords internationaux sur les produits de base). De plus, les produits primaires sont mentionnés à trois endroits dans la partie IV du GATT qui traite de commerce et de développement. Pour une excellente analyse légale et historique des règles spéciales concernant l’agriculture dans l’”ancien” GATT, voir Davey (1993).
[3]Sur la base de la liste de Hudec (1993), un total de 16 conflits au GATT concernait l’exception agricole en matière de subventions aux exportations, ce nombre étant exactement égal au nombre de conflits concernant l’Article XI:2(c). Sur les 16 cas relatifs aux subventions aux exportations, neuf concernaient l’Article XVI:3, et six l’Article 10 du Code des Subventions. Il y avait en plus, le cas “USA/CEE : subventions aux pâtes alimentaires”, Plainte n°105 dans la liste de Hudec qui ne concernait pas l’Article XVI:3 car la question était de savoir si les subventions en question étaient des subventions sur un produit transformé prohibées par l’Article XVI:4. En termes économiques, cependant, ce cas traitait essentiellement d’une subvention au contenu en produit de base dans un produit transformé. En plus des plaintes concernant l’exception agricole en matière de subventions aux exportations, il y eut quelques conflits impliquant les subventions aux exportations agricoles mais qui ne portaient pas sur la légalité de la subvention mais sur les droits compensatoires ou l’invalidation de la non-violation.
[4]Ce décompte des pages repose sur OMC (1995).
[5]Pour un non-juriste comme l’auteur, la véritable relation légale entre une disposition du GATT de 1994 et une règle plus restrictive contenue dans l’un des Accords de l’Uruguay Round n’est pas bien claire. De plus, si les membres de l’OMC voulaient vraiment abandonner les options fournies par l’Article XI:2(c) du GATT, pourquoi alors, le texte du GATT n’a-t-il pas été amendé sur ce point ? Une question comparable peut être posée au sujet de l’Article XVI:3 du GATT. Comme cette disposition a été effectivement supplantée par la Partie V de l’AAUR et les engagements quantitatifs des Programmes nationaux, pourquoi n’a-t-elle pas été éliminée ?
[6]Même l’exception la plus remarquable, maintenue sous “la clause du riz” (Annexe 5 de l’AAUr), c’est-à-dire les quotas aux importations japonaises de riz, a été éliminée en avril 1999 quand le Japon a décidé de le transformer en un droit (cependant élevé).
[7]Le chiffre de 100% du tableau du Secrétariat du GATT cité ici est probablement dû à un arrondi (d’un chiffre qui doit avoir été de l’ordre de 99,9%), parce qu’il n’existe que quelques lignes tarifaires pour lesquelles les droits agricoles ne sont pas consolidés après l’Uruguay Round (le riz au Japon, en Corée et aux Philippines ; la viande de porc, le fromage et la poudre de lait en Israël).
[8]Cependant, dans quelques cas, la Sauvegarde Spéciale est devenue un élément presque incontournable de la politique. Le sucre dans l’UE en est un cas.
[9]Dans leurs propositions pour le nouveau round de négociations agricoles à l’OMC, certains pays (en particulier les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande) ont déjà proposé une élimination des Clauses de sauvegarde spéciales. L’UE, à l’inverse, a exprimé son désir de les maintenir.
[10]Notons l’estimation réalisée par P. Gibson, J. Wainio, D. Whitley et M. Bohman (2000), qui situe à 62% le tarif agricole mondial moyen.
[11]En termes de nombre de TRQ par pays, la Norvège détient le record de 232 TRQ, suivie par la Pologne (109), l’Islande (90) et l’EC (87). En ce qui concerne les catégories de produits, les TRQ sont plus largement répandus pour les fruits et légumes (355), les produits carnés (247), les céréales (217) et les produits laitiers (181).
[12]Les TRQ au titre de l’accès courant étaient aussi supposés empêcher une baisse de l’accés au marché qui aurait résulté d’une surestimation des équivalents tarifaires (“dirty tariffication”). Toutefois, il semble que très peu de TRQ aient été établis dans cette optique.
[13]Si les tarifs hors-quota sont prohibitifs alors que le tarif in-quota ne l’est pas, alors un TRQ est en réalité l’équivalent d’une restriction quantitative.
[14]Dans une mise à jour d’une étude sur la gestion des TRQ, le Secrétariat de l’OMC a fourni une information précieuse sur les changements dans les modalités de gestion opérés après 1995 et sur les effets en termes de taux de remplissage (Secrétariat de l’OMC, 2000c).
[15]Toutefois, notons que les subventions à l’industrie, pour être contestées, doivent être source d’un préjudice qu’il faut prouver. Dans le cas agricole, il suffit que la subvention excède l’engagement de réduction pour qu’elle soit contestée, sans nécessairement qu’il y ait eu préjudice.
[16]Notons que le secteur industriel peut connaître une croissance de son commerce international pour des raisons spécifiques (décomposition internationale des processus de production et donc commerce intra-firme), difficilement transposables dans le contexte agricole.
[17]Pour un historique de l’agriculture dans le GATT, voir Josling & alii (1996). L’un des cas les plus célèbres de modification d’une politique agricole a été la subvention de l’UE aux oléagineux, qui s’est avérée incompatible avec les règles du GATT dans le conflit sur le soja avec les États-Unis en 1988. La nature particulière du changement de régime pour les oléagineux opéré par l’UE annonçait le concept de la réforme MacSharry (voir Josling, Tangermann & Warley, 1996, p. 158-160).
[18]Les plaintes relatives à l’Article 4.2 de l’AAUR sont : India — Quantitative Restrictions on Imports of Agricultural, Textile and Industrial Products plainte déposée par les États-Unis (WT/DS90/1) ; European Communities — Measures Affecting Import Duties on Rice, plainte déposée par l’Inde (DS134) ; India – Import Restrictions, plainte déposée par les Communautés européennes (WT/DS149) ; Korea – Measures Affecting Imports of Fresh, Chilled, and Frozen Beef, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS161/1) and Korea – Measures Affecting Imports of Fresh, Chilled, and Frozen Beef, plainte déposée par l’Australie (WT/DS169/1) ; United States – Definitive Safeguard Measure on Imports of Wheat Gluten from the European Communities, plainte déposée par les Communautés Européennes (WT/DS166/1) ; Brazil – Measures on Import Licensing and Minimum Import Prices, plainte déposée par les Communautés européennes (DS183/1) ; India — Quantitative Restrictions on Imports of Agricultural, Textile and Industrial Products, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS90/1) ; Brazil – Measures on Minimum Import Prices, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS197/1) ; Romania – Measures on Minimum Import Prices, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS198/1) ; Mexico – Measures Affecting Trade in Live Swine, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS203/1). Cette liste ne contient pas les plaintes qui ont trait essentiellement aux mesures SPS.
[19]Ces cas sont : Korea – Measures Affecting Imports of Fresh, Chilled, and Frozen Beef, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS161/1), et l’équivalent déposé par l’Australie (WT/DS169/1) ; Czech Republic – Measure Affecting Import Duty on Wheat from Hungary, plainte déposée par la Hongrie (WT/DS148/1) ; Slovak Republic – Measure Affecting Import Duty on Wheat from Hungary, plainte déposée par la Hongrie (WT/DS143/1) ; Belgium – Administration of Measures Establishing Customs Duties for Rice, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS210/1).
[20]Au début de la phase de démarrage de l’AAUR il y avait un débat entre les États-Unis (et le Canada) et l’UE sur la façon particulière avec laquelle l’UE avait mis en place ses droits variables sur les céréales. Mais, cela n’a pas remis en question l’approche fondamentale, seulement les aspects ‘techniques’. Le débat fut clos lorsque l’UE a ajusté son régime. Plus récemment, le régime de bandes de prix du Chili a été mis en cause à l’OMC, mais à la minute même où l’on écrit cela, le cas n’a pas encore été réglé, voir Chile – Price Band System and Safeguard Measures relating to Certain Agricultural Products, plainte déposée par l’Argentine (WT/DS207/1).
[21]European Communities — Measures Affecting Importation of Certain Poultry Products, plainte déposée par le Brésil (WT/DS69).
[22]Les plaintes concernant l’administration des TRQ sont : Philippines — Measures Affecting Pork and Poultry, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS74/1) ; European Communities — Measures Affecting Importation of Certain Poultry Products, plainte déposée par le Brésil (WT/DS69) ; Canada — Measures Affecting the Importation of Milk and the Exportation of Dairy Products, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS103/1) ; United States — Tariff Rate Quota for Imports of Groundnuts, plainte déposée par l’Argentine (WT/DS111/1) ; Korea – Measures Affecting Imports of Fresh, Chilled, and Frozen Beef, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS161/1).
[23]Hungary — Export Subsidies in Respect of Agricultural Products, plainte déposée par l’Argentine, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, la Thaïlande et les États-Unis (WT/DS35).
[24]European Communities — Measures Affecting the Exportation of Processed Cheese, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS104/1).
[25]Canada — Measures Affecting the Importation of Milk and the Exportation of Dairy Products, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS103/1), et Canada — Measures Affecting Dairy Products, plainte déposée par la NouvelleZélande (WT/DS113/1). Ces deux plaintes furent examinées par le même panel.
[26]Le terme ‘financé par le producteur’ est un euphémisme puisqu’en fait c’est le consommateur qui supporte le poids économique en payant un prix plus élevé que celui que reçoit le producteur.
[27]Dans un cas (Argentine, 1995), on a montré que le Programme original avait été établi de façon erronée. Dans l’autre cas (Islande, 1998), on a invoqué ‘une inflation excessive’ (voir Secrétariat de l’OMC [2000e] et les documents de l’OMC mentionnés ici dans ces deux cas).
[28]L’Afrique du Sud et la Tunisie ont chacune dépassé les 90% d’utilisation au cours de cette année-là.
[29]Korea – Measures Affecting Imports of Fresh, Chilled, and Frozen Beef, plainte déposée par les États-Unis (WT/DS161/1), et le cas associé Korea – Measures Affecting Imports of Fresh, Chilled, and Frozen Beef, plainte déposée par l’Australie (WT/DS169/1) examiné par la même commission.
[30]European Communities — Measures Affecting Meat and Meat Products (Hormones), plainte déposée par les États-Unis (WT/DS26), et le Canada (WT/DS48).
[31]Ce texte a été traduit de l’anglais par Sophie Drogué, INRA-Grignon. Certaines parties ont été résumées par Jean-Christophe Bureau.La version française n’ayant pas été revue par l’auteur, prière de se référer à la version originale pour tout commentaire ou toute citation (Tangermann, 2001).
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