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Vous consultezExpériences de la folie
AuteurPatrick Chemla du même auteur
Patrick Chemla, psychiatre, chef de service, psychanalyste, Reims.Faire « l’expérience de la folie » renverrait en premier lieu chacun à l’énigme de l’Inconscient que l’invention freudienne a défriché mais qui nous revient toujours de façon inédite et bouleversante.
2 Enjeu d’une analyse infinie qui se relance à chaque rencontre transférentielle pour peu que le psychanalyste, le thérapeute s’y prête ; autrement dit qu’il soit prêt à se découvrir en traversant les résistances nombreuses qui obturent ce mouvement.
3 Celles qui proviennent du social semblent actuellement massives et évidentes avec le renforcement des hiérarchies et corporatismes qui accentuent les clivages, et surtout la tendance lourde à suturer « le malaise dans la culture ». Le fantasme délirant d’un hygiénisme et d’une prévention généralisée articulé aux « techniques disciplinaires » et aux réponses médicamenteuses produirait ainsi l’espoir insensé d’en finir avec la folie, la maladie et, pourquoi pas, la mort.
4 Ce symptôme social est à prendre au sérieux car au-delà des prétendues garanties et accréditations qui visent au nom du Bien à supprimer le risque de la rencontre, il s’agit de prendre la mesure d’une véritable emprise sur les processus de subjectivation. Les institutions soignantes se retrouvent ainsi « normalisées » et nous avons vu avec « l’affaire des psychothérapies » que certains psychanalystes pouvaient se satisfaire, voire désirer « un abri dans la loi ». Comment pourtant ne pas voir que les lois en question ne font que renforcer « l’empire de la norme » et les mesures d’exception pour les fous et les irréductibles !
5 Notre enjeu ne vise pas non plus à espérer un échec trop rapide de l’Idéologie dominante, même si nous pouvons nous mobiliser pour endiguer les folies les plus graves comme l’ont montré des pétitions telles que « Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans » ou plus récemment « L’appel des 39 contre la nuit sécuritaire » ; ni croire à une abolition des résistances perçues à tort comme des obstacles, ce qui serait une autre façon d’en finir avec le « malaise ».
6 Il s’agirait plutôt de relancer sans cesse une traversée de ce qui, au plus intime de chacun, fait obstacle ou empêchement à la rencontre et qui peut nous exposer en premier lieu à l’angoisse, au ridicule, ou à des affects tels que la honte et la haine lorsque nous nous confrontons au Réel dans les turbulences du transfert psychotique.
7 Dans ces parages, nous aurions à renoncer au leurre séducteur d’un « savoir par avance », quand bien même il puiserait aux meilleures sources pour privilégier « la parole vraie » et le geste nécessaire.
8 Encore faut-il sans cesse subjectiver les théories analytiques pour se fabriquer sa « boîte à outils conceptuels » qui se trouvera malmenée à chaque fois, et puis surtout se risquer à la rencontre de la folie : celle du patient mais aussi celle du thérapeute qui aura bien souvent à supporter d’être deviné et analysé.
9 Il paraît alors essentiel de faire valoir les succès et les guérisons que la méthode analytique peut produire à la condition de soutenir une telle mise désirante. Car il s’agit que la fonction analytique soit tenue sans la réserver à un corps de spécialistes qui, loin d’en être les concessionnaires exclusifs, auraient plutôt à soutenir leur désir d’analyste et une éthique de l’énonciation.
POUR CITER CET ARTICLE
Patrick Chemla « Expériences de la folie », in Expériences de la folie, ERES, 2010, p. 7-8.
URL : www.cairn.info/experiences-de-la-folie--9782749212418-page-7.htm.




