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Études théologiques et religieuses

2009/1 (Tome 84)


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« Mon enfant, ma sœur

Songe à la douceur

D’aller là-bas vivre ensemble !

Aimer à loisir,

Aimer et mourir

Au pays qui te ressemble !

Les soleils mouillés

De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

Si mystérieux

De tes traîtres yeux

Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté. »

C. Baudelaire, L’invitation au voyage.
1

Les chapitres précédents ont abordé la maladie, le traitement avec « les essentiels » que sont le besoin de temps et de qualité humaine des soignants, l’envie d’espace et de lieux pour se soigner, mais aussi échanger. Dans tous les territoires d’ici et d’ailleurs, nous avons perçu la nécessité d’inventer, de créer des liens sociaux, de dire les mots justes et l’attente qu’ils soient entendus et compris.

2

Les chapitres suivants seront centrés sur le corps et sa beauté à conserver, à retrouver ; à redéfinir parfois, parce que « là, tout n’est qu’ordre et beauté ».

3

Cette troisième partie explore des thèmes reliés à la reconstruction personnelle et sociale du corps, pour les femmes atteintes de cancer dans leur identité féminine. Au travers et au-delà des traitements et de soins médicaux, voire des initiatives de soutien social, dans un contexte de rémission totale ou partielle, et dans trop de cas pour lesquels règne l’incertitude, nous voulons faire état de ces luttes quotidiennes du souci de soi.

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Faire face aux conséquences des traitements pénibles oblige à un nouveau rapport au « corps propre », existentiel, dans la vie de tous les jours. En effet, l’arrêt des traitements a de possibles répercussions, touchant à la pilosité, avec des irritations du cuir chevelu, souvent une repousse différente des cheveux et des sourcils. Les méfaits sont encore plus grands dans les cas où l’ablation d’un sein ou des deux seins est réalisée.

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Chaque année, en France, 20 000 femmes subissent une ablation du sein, voire des deux dans 30 % des cas. Comme le signale Laurent Lantieri, chef du service de chirurgie plastique à l’hôpital Henri Mondor de Créteil, seules 35 % des femmes font une reconstruction. À l’hôpital Gustave-Roussy, à Villejuif, des reconstructions immédiates sont faites sur des patientes qui n’ont pas besoin de radiothérapies après ablation [1][1] En automne 2011, Jean-Yves Grall, directeur général....

6

Deux domaines (l’esthétique et le travail) sont ici particulièrement visés :

  • l’esthétique, comme lieu de redéfinition de la beauté de ce corps pour soi et pour le regard d’autrui ;

  • le travail, comme activité structurante de l’estime de soi, fondé là aussi sur les capacités physiques et mentales, mais surtout sur les relations humaines dans un collectif de travail, et la lutte pour la reconnaissance.

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Nous disions, en préambule, « le poids socioculturel immense des normes esthétiques » qui entoure les seins chez la femme, comme marque identitaire toujours soit fortement valorisée et exaltée, soit contenue et stigmatisée ou exploitée. Dans tous les cas, toute atteinte ou modification de cette partie du corps des femmes touche à l’identité personnelle et sociale, à l’amour de soi, à l’estime de soi sous le regard de l’autre, masculin ou féminin.

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C’est aussi ce lourd héritage socioculturel qui est interpellé car il s’agit certes de s’adapter à des normes de beauté, mais aussi de changer ces normes, le regard sur soi et le regard d’autrui, et cela joue bien sûr dans le monde du travail pour se maintenir en emploi ou pour reprendre son activité.

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Mieux informée par les entretiens précédents, nous avons mené une enquête à Paris et en province sur le soin du corps, l’esthétique et la mode, sur le sport, l’expression corporelle et la kinésiologie. Outre ce faisceau de métiers paramédicaux, la troisième partie fera découvrir le travail précieux et essentiel des socio-esthéticiennes, des coiffeuses, des stylistes.

Notes

[1]

En automne 2011, Jean-Yves Grall, directeur général de la Santé depuis le 11 mai 2011 signale huit cas de cancers après un implant de prothèse en silicone marque pip (Poly Implants Prothèses). En substituant du « silicone industriel » au gel médical conforme, pour « casser les prix », l’entreprise pip aurait économisé un million d’euros. 5 000 appels de femmes inquiètes sont annoncés en deux semaines. Fin 2011, il est possible de dire que la peur agite de nombreuses femmes dans le monde depuis que, selon une source afp, entre mars 2010 et le 20 décembre 2011, des retraits de prothèses ont été faits (N = 523), le producteur pip étant mis fortement en cause. L’inventeur de la prothèse à bas prix exportait en Europe et aux États-Unis, Brésil et en Amérique latine.


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