2007
Horizons stratégiques
Colloques
Yves Chassard
Laetitia Delannoy
Marie-Cécile Milliat
Jean-Luc Pujol
Jérôme Tournadre-Plancq
Benoît Verrier
13 octobre 2006 – Renouveler l’approche pour réduire la pauvreté d’ici 2010 dans l’Union européenne
Le réseau européen de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (European Anti Poverty Network) a souhaité lors de sa 5e table ronde européenne que l’Union européenne franchisse une nouvelle étape dans sa lutte contre la pauvreté. S’il reconnaît que la méthode ouverte de coordination a permis une sensibilisation et une hiérarchisation des problèmes en ce domaine dans l’UE, la situation des 72 millions de personnes concernées ne s’est cependant pas améliorée. Selon l’EAPN, les réponses des États membres ne se focalisent pour l’instant via les Plans d’action nationaux que sur la remise sur le marché du travail, alors que la pauvreté est un problème pluridimensionnel, touchant par exemple la qualité des services et l’adéquation des revenus. La question du « revenu minimum adéquat », non évoquée au niveau national, est jugée « essentielle ». Un nouvel élan porté par le Comité de la protection sociale faisant de l’inclusion sociale (accès de chacun à des normes élevées de droits sociaux et de droits fondamentaux) une priorité transversale pour toutes les politiques communautaires lui paraît nécessaire.
M.-C. M.
17 octobre 2006 – Temps de travail au-delà de 48 heures : l’opt-out définitivement à bannir pour le Parlement européen
Lors du séminaire organisé par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, les députés européens, de tous bords politiques, ont été très critiques vis-à-vis du système de l’opt-out permettant de dépasser le temps de travail hebdomadaire de 48 heures. Il ne peut, selon eux, constituer une « solution européenne ». Le président en exercice du Parlement européen Josep Borrell a ainsi évoqué une régression sociale ramenant aux temps de la révolution industrielle. D’autres parlementaires ont renchéri en indiquant combien les travailleurs dépendant de leur employeur ne peuvent choisir librement ce qui leur conviendrait le mieux, notamment pour concilier vie familiale et vie privée. Ce dilemme reste donc central au niveau communautaire.
M.-C. M.
24 octobre 2006 – La gestion écosystémique des pêches
Selon l’Ifremer, l’application récente de la gestion économique ou citoyenne au monde complexe des systèmes biologiques marins invite à chercher la justification et les repères à utiliser pour gérer les stocks de poissons en intégrant l’impact sur l’environnement, les espèces non exploitées, etc. Dans le même temps, les acteurs du dialogue et leurs objectifs respectifs évoluent : l’échange pêcheurs/scientifiques s’élargit aux environnementalistes et exige la prise en compte des données politiques et économiques – on a ainsi trop établi de règles de gestion qui semblaient rationnelles, mais qui faute de prise en compte des systèmes humains, n’ont tout simplement jamais été respectées. Par conséquent, l’élargissement de l’approche de gestion des pêches à une conception écosystémique doit dorénavant inclure les sciences humaines et sociales, afin sans doute de pêcher moins, mais aussi de produire plus de valeur. Recherche et gouvernance inclusive deviendront ainsi les paradigmes de contribution active de la science à la gestion durable des pêches.
J.-L. P.
24 et 25 octobre 2006 – La justice juvénile en Europe, un cadre pour l’intégration
L’Observatoire international de la justice juvénile, en collaboration avec la Commission européenne et la fondation Diagrama, a réuni à Bruxelles plus de 300 représentants des institutions internationales et européennes (ONU, UE, Conseil de l’Europe), chercheurs, acteurs politiques et de terrain (ONG, travailleurs sociaux, etc.) du secteur de la justice des mineurs. Cette démarche conforte l’initiative du Comité économique et social européen (avis du 15 mars 2006) qui prône la conception d’une stratégie commune de lutte contre la délinquance juvénile au niveau de l’UE. Parmi les mesures préconisées, on retient principalement : 1/ l’échange d’informations et de bonnes pratiques par un renforcement des réseaux d’experts et la mise en place de programmes de formation communs, 2/ la réalisation d’un Livre Vert sur ces questions, 3/ la création d’un observatoire européen de la justice juvénile, 4/ la création d’outils de coopération entre les pays à l’instar de ceux existant pour les adultes, mais prenant en compte les spécificités de la jeunesse, 5/ la reconnaissance mutuelle des systèmes de justice juvénile et, enfin, 6/ l’instauration d’un cadre juridique plus contraignant que les conventions en vigueur actuellement.
L. D.
7-8 novembre 2006 – Les prud’hommes : actualité d’une justice au travail
Organisé au Conseil économique et social par le Centre universitaire de recherches administratives et politiques de Picardie (CURAPP), ce colloque a permis de confronter les résultats d’une recherche collective menée par trois laboratoires de sciences sociales aux points de vue d’universitaires et de conseillers prud’hommes venus de toute la France. L’histoire de l’institution a ainsi pu être revisitée, les pratiques de jugement et les trajectoires de ses conseillers analysées. Le cœur de ce colloque s’appuyait sur une vaste enquête par questionnaires (plus de 800 répondants) et par entretiens, auprès de conseillers d’une dizaine de sites et de différents acteurs du droit du travail. Ces données ont permis de dresser le portrait sociologique des acteurs de cette institution. Plutôt âgés (entre 50 et 60 ans) et masculins (20% de femmes), ces élus d’organisations syndicales et professionnelles sont particulièrement expérimentés, tant dans leur domaine professionnel qu’en tant que représentants des salariés ou de leur organisation : plus d’un tiers des conseillers employeurs sont à la retraite et peuvent justifier d’une solide expérience professionnelle ; plus des trois quarts des conseillers salariés ont exercé d’autres mandats syndicaux avant d’entrer en prud’homie, la plupart ayant cumulé des responsabilités au sein de leur entreprise et dans leur organisation syndicale. S’ils ne sont pas des professionnels de la justice, les conseillers prud’hommes sont de véritables spécialistes des relations de travail, reconnus pour leur traitement des litiges individuels concernant le droit du travail.
B. V.
27-28 novembre 2006 – Skills development, training and employment
Prospective des métiers et des qualifications, partenariats public-privé, rôle des partenaires sociaux, apprentissage tout au long de la vie, formation des formateurs, certification des qualifications : tels sont les thèmes qui ont été abordés lors d’un séminaire indo-européen qui s’est tenu à New Delhi en présence du ministre indien du Travail et de l’Emploi et du commissaire européen en charge de l’Emploi, des Affaires sociales et de l’Égalité des chances. L’Inde se trouve, en effet, à la croisée des chemins : elle ne peut plus ancrer son développement sur une stratégie de bas coûts de main-d’œuvre. Elle s’est fixé une ambition qui, mutatis mutandis, évoque la Stratégie européenne de Lisbonne : jouer gagnant dans l’économie de la connaissance. Du coup, elle prend conscience de la nécessité de s’attaquer au manque de qualification de la main-d’œuvre, avec l’ambition d’améliorer la performance de son système éducatif et de combler une partie du retard accumulé. Mais le chemin sera long à parcourir : sur 490 millions d’actifs, le nombre de salariés, stable depuis 30 ans, n’est que de 30 millions (22 millions dans le public, 8 millions dans le privé), le reste opérant dans le secteur informel. Et, même si le niveau de formation universitaire est très performant, notamment dans les sciences, 90% des jeunes sortent de l’école sans diplôme et 70% des actifs ne sont pas capables de lire, d’écrire et de compter.
Y. C.
4-5 décembre 2006 – Europe in vision
La Commission a organisé à Helsinki une conférence rassemblant des professionnels des médias pour mettre en débat des pistes d’action possibles dans le domaine de la communication, dont le lancement d’une chaîne de télévision paneuropéenne. Les intervenants britanniques ont mis en avant le peu de succès de leurs chaînes parlementaires nationales pour estimer que ce projet constituerait un gaspillage d’argent public, rejoints en cela par la majorité des participants et la Commission européenne. Les nouvelles technologies et médias en ligne ont davantage la faveur du public, en particulier des jeunes. Retournant le reproche qui leur est fait d’une formation insuffisante, les journalistes présents ont mis en avant le caractère intrinsèquement « ennuyeux » de la construction européenne, basée sur le refus de la dramatisation. Le site Internet Europa ne fonctionne toujours pas de manière optimale. La Commission européenne devrait davantage se soucier d’une « planification » en amont en direction des médias, sans compter la difficulté à obtenir des entretiens sur place avec les commissaires européens. Seule initiative à vraiment retenir l’attention, celle des télévisions locales couvrant des questions d’actualité par le biais de « communautés d’intérêts », et qui devrait bénéficier d’un plus grand soutien financier de l’Union européenne.
M.-C. M.
12 décembre 2006 – Les nouvelles relations entre pouvoir politique et haute administration, perspectives comparatives
La diffusion des idées et méthodes du New Public Management a, à travers la mise en place de la contractualisation ou encore de la valorisation de la performance, semblé reconfigurer les administrations européennes au cours des années 1980. Pour autant, quel en a été l’impact sur la relation parfois complexe entre haute fonction publique et sphère politique ? C’est à cette question qu’entendait répondre la douzaine de chercheurs réunis pour l’occasion dans deux lieux symboliques de la production des élites administratives et politiques : Sciences Po et les anciens locaux de l’ENA à Paris, rue de l’Université. Privilégiant une analyse comparative afin de mieux interroger l’« exceptionnalité » française, certains intervenants ont notamment souligné le renforcement d’une « politisation fonctionnelle » des hauts fonctionnaires. Celle-ci traduit essentiellement un engagement « de conviction » en faveur du succès d’une politique publique. De plus en plus marqué, ce type de comportement ne peut qu’être renforcé par la LOLF, au travers de la nomination de ces véritables pilotes de politiques publiques que sont les responsables de programme.
J. T.-P.