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S'inscrire Alertes e-mail - Imaginaire & Inconscient Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezMysticisme et psychanalyse
AuteurMichel Demangeat du même auteur
39 rue Charles Monselet 33000 BordeauxLe travail que nous avons présenté récemment à Bordeaux lors d’un colloque sur les sources de la pensée de Freud, s’intitulait « Résurgences et dérivés de la mystique dans la découverte freudienne », titre repris de la Nouvelle Revue de psychanalyse.
2 Une telle approche peut paraître paradoxale alors que Freud se rattache à une tradition scientifique viennoise qui réprouve les excès de la « Schwär-merei » cette sorte de fièvre de l’âme et à la tradition de l’Aufklärung (des Lumières).
3 Obscur, du registre de l’obscurantisme, de l’occulte et de l’irrationnel ainsi émerge généralement « mysticisme » dans le vocabulaire freudien.
4 Mais pour autant « Mystik » insiste, se rappelle à Freud, semble le hanter jusqu’à l’une des dernières phrases notées par lui (1938) « Mysticisme l’auto-perception obscure du règne au-delà du Moi, du ça ».
5 Nous avons retenu ce terme « Au-delà » pour désigner un horizon de la pensée freudienne et aussi une perspective qu’envisagent avec Freud, malgré Freud, contre Freud des interlocuteurs privilégiés et souvent déterminants dans l’évolution de sa découverte.
6 Une telle perspective est rouverte après Freud mais toujours avec Freud par Jacques Lacan et par un autre membre de l’École freudienne de Paris : Michel De Certeau, historien, religieux et psychanalyste.
7 L’un et l’autre nous ont aidé à ressaisir la relation du langage avec cet Au-delà autour duquel semble se déployer en un mouvement parabolique le « conversar » (Michel De Certeau) (1) ce que préciserait encore Agamben dans « Stanze » (2) : « L’Ainos de l’Aignigma n’est pas simplement obscurité, mais un mode plus originel du dire. Comme le labyrinthe, comme la Gorgone et comme le Sphinx qui la profère, l’énigme appartient au domaine de l’apotropaïque : puissance protectrice qui repousse l’inquiétant en l’attirant à soi et en l’assumant. Le sentier de danse du labyrinthe, qui conduit au cœur même de ce qu’il tient à distance, est le modèle de ce rapport à l’inquiétant tel qu’il s’exprime dans l’énigme ».
8 « Ho ueber Sinn » écrit déjà dans son poème Maître Eckhart « Au-delà du sens » (oserait-on écrire ici « Haut-Delà » ? (3) et pour rouvrir, sur le champ, la grande tradition germanique qui n’est à Freud nullement étrangère il faut rappeler que l’expérience de Maître Eckhart est inséparable du « dire », la contemplation chez lui inséparable de l’élaboration, le rapport à la mystique inséparable d’une mise en acte, d’un processus voire d’une « production » (Paul Laurent Assoun) (4).
9 Bergson dans Les deux sources de la Morale et de la religion (5) analysant certaines caractéristiques fondamentales de la mystique chrétienne, lui accorde cet élan vers une action concrète. Thérèse d’Avila, réformatrice, fondatrice de couvents, veillant sur ses sœurs, Jean de la Croix à travers son enseignement, sa participation aux réformes et à la vie conventuelle, Maître Eckhart enfin, le premier peut-être à rechercher dans ses sermons en langue vulgaire l’éveil et la résonance vivante d’un auditoire de moniales ou de béguines sont à cet égard exemplaires.
10 Des entrecroisements perceptibles entre mystique et psychanalyse, nous envisageons « l’Au-delà » de la pensée de Freud, des moments féconds de sa découverte qui se déploie en un langage, une démarche, une prise sur l’histoire.
11 Encore faut-il adopter pour une étude qui s’avère complexe une définition qui pose les bornes de l’espace à circonscrire pour mieux l’explorer.
12 Nous retiendrons ce qu’énonce le vocabulaire de philosophie de Lalande à l’article mysticisme :
13
14 Cette définition a le mérite de ne pas cerner d’emblée la mystique comme une forme d’expérience religieuse.
15 Ni Freud, ni ses interlocuteurs principaux, qu’ils se nomment Jung, Groddeck, Romain Rolland n’adhèrent à une religion. L’influence qu’a pu avoir Georges Bataille, dont on connaît le beau texte « l’expérience intérieure » (6), sur Lacan ne les rattache ni l’un ni l’autre à une croyance religieuse.
16 Le dernier chapitre de la Fable mystique de Michel de Certeau (1) permet d’entrevoir quelque lien entre « l’expérience intérieure » telle que l’homme moderne pourrait s’en approcher et l’expérience freudienne de la découverte.
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18 Celui qui va « au-delà » tel nous apparaît Freud dans les temps de la Quête et les moments « étincelants » qui scandent les époques de son Invention... Il s’agit là d’un... « esprit de dépassement, séduit par une imprenable Origine ou Fin... (Michel De Certeau) »
Les Sources
19 Encore faut-il avant de s’aventurer, étape par étape dans la « dérive », créatrice et fondatrice de la mystique chez Freud, retrouver de concert avec d’autres analystes, les « sources » d’une telle démarche, les points et les formes de leurs « résurgences ».
20 Deux grandes traditions se révèlent aux chercheurs, dès la première approche d’une géographie des origines.
21 C’est ainsi que Francis Pasche dans son étude Freud et la mystique (7) avance « c’est à sa culture judaïque que Freud doit d’avoir ac cordé une attention égale à tous les signifiants qui composent le discours du patient de façon que le signifiant le plus humble et le plus fortuit d’entre eux puisse être éventuellement pris en compte pour éclairer d’un coup une longue suite d’obscures associations ».
22 Il y aurait dans cette attitude d’un Freud acceptant d’écouter Emmy Von N... le 12 mai 1889, et de déchiffrer les articulations d’un discours bien au-delà du texte littéral, l’héritage des traditions judaïques et tout spécialement talmudiques à l’égard du Texte sacré. De même, par rapport à la tradition talmudique, l’analyste prendrait la place du « tzadig » dont le rôle est d’écoute sans dialogue.
23 Mais le psychanalyste ne se contente pas d’écouter, il interprète à travers la trame des syllabes, des mots. Le moindre des vocables de ce discours – surtout s’il est insolite – peut-être révélateur d’un sens caché ce qui renvoie à la recherche du talmudiste. La différence fondamentale est que la TORA est un texte sacré, intangible recelant plusieurs niveaux de sens dont le sens mystique.
24 L’intéressante distinction introduite par Pasche (7) entre le judaïsme – religion de la Lettre – et le Christianisme – religion de l’Icône – le conduit à deux précisions essentielles.
25 La première : « quand je dis la Lettre, j’entends le signifiant »...
26 Deuxième précision : « quand je dis l’Icône, j’entends bien évidemment la distinguer de l’Idole »... « Dieu est au-delà bien plus haut, ni humainement figuré, ni visible, ni pensable ». L’évolution des grands mystiques chrétiens va d’ailleurs de l’icône « Le Christ aux outrages » chez Sainte Thérèse d’Avila à l’ineffable des ultimes « châteaux de l’âme » et pour Maître Eckhart (3)
« Au commencement
Au delà du sens
Là est le Verbe...
27 Et la bible de Philipson que donna Jakob Freud à son fils était illustrée !
28 Pasche rappelle, en outre, que si l’anthropologie religieuse se trouve incorporée au soubassement de la doctrine freudienne comme élément essentiel à côté de l’anthropologie inhérente au judaïsme, l’anthropologie chrétienne lui paraît une « pièce maîtresse dans l’édification du monument freudien » et de rappeler les trois premières années où Freud fut confié à une nourrice catholique, sans doute pieuse jusqu’à la bigoterie. Les années suivantes Sigismond apprendra à lire l’Ancien Testament avec son père l’initiant à la religion de ses ancêtres.
29 Les germes de sa double culture seront ainsi semés, perspective qu’élargit encore Yosef Haigim Yerushalmi (8) dans L e Moïse de Freud Judaïsme terminable et interminable.
30
31 Henri Vermorel (9) reconnaît que Freud tente de lier – dans un ensemble nouveau et fortement structuré les conquêtes des Lumières – la Raison sans tomber dans un rationalisme desséché – et les apports... de ce vaste courant qu’il considère comme celui du « romantisme allemand ». Il s’agit d’organiser les « fulgurances et les fragments d’une orientation de la pensée » qui se tourne vers l’expérience intérieure – dans un système théorique imprégné de la méthode scientifique issue du XIXe siècle.
32 Même si Freud est peu prolixe sur le mouvement intime de cette découverte de l’espace du dedans, sur les intuitions, les affects, « l’Erlebnis » (l’expérience vécue) qui escortent ou alimentent cette fouille ou cette contemplation, « même si les identifications maternelles précoces sont plus longues à élaborer dans son œuvre » la psychanalyse – naissante – reprend la raison des « Lumières » et l’articule sans cesse à la reconnaissance de soi au cœur de l’intimité de l’être.
33 La psychanalyse associe ici l’analyse d’autrui à l’auto-analyse personnelle « qui est », reprend Vermorel « une voie de la connaissance intérieure frayée par les mystiques ». Ainsi chez les romantiques, le rêve occupait déjà une place centrale en ce qu’il ouvre une voie de la connaissance de l’Inconscient, autre concept clef des philosophes de la « Nature », qui l’appelaient aussi chaos. Ici, c’est le philosophe post romantique Lipps qui est le relais des romantiques sur l’Inconscient. Anne Durand (10) a bien montré l’appui que prend sur lui Freud. Carus, peintre et médecin romantique fût l’un des premiers à tenter une théorie exhaustive de l’Inconscient. Le Chaos pour les romantiques doit être dépassé par la Bildung : la Formation.
34 Pour notre part (11), nous avons repris à travers Poésie et vérité de Goethe la question du dépassement de l’image Bild
Par la Bildung Formation
où se nouent le symbolique à l’imaginaire et au réel.
35 « Umbildung » marque les transformations où se renouent encore en des perspectives neuves les changements de la vie intérieure et la vision du monde. Il en est ainsi de Goethe au moment de son départ pour Weimar, il en est ainsi de Freud après la découverte de l’Œdipe.
36 Or notre étude personnelle des mystiques rhénans nous conduit au sujet de la « formation » de Freud à remonter aux ascendants de cette « Allemagne de l’esprit » dont Yerushalmi nous dit qu’il la chérissait, aux ascendants du vaste courant du « romantisme allemand ». Comme l’a établi Ernst Benz cité par Paul Laurent Assoun (4) « Maître Eckhart est en vérité le créateur d’une terminologie nouvelle philosophique et théologique allemande, et puisque sa théologie propre fût une théologie mystique fondée sur des expériences et des intuitions mystiques, c’est vraiment avec la spéculation mystique que la spéculation philosophique en langue allemande commença ».
37 Les mystiques allemands ont forgé le tissu linguistique dont Freud héritera.
38 Les relais de cette pensée mystique outillée par une terminologie particulière sont Ruysbroeck et, surtout, Jakob Böhme (1575-1624) qui écrit à l’époque où le terme « mystique » devient un substantif cernant et isolant un champ spécifique.
39 Au début du XIXe siècle, Franz Von Baader redécouvre Eckhart et le fait connaître à l’idéalisme allemand à commencer par Hegel – 1824. La théosophie de Böhme, l’œuvre de Swedenborg sont découvertes à cette même époque.
40 Ce retour de la pensée mystique nourrit le grand mouvement romantique et l’idéalisme allemands. Il les nourrit de ces termes que rappelle Benz.
« Tous les termes ontologiques par exemple Sein, Wesen, Wesenheit, das Seieende, das Nichts, Nichtigkeit, Nichtigen, tous les termes comme Form, Gestalt, Anschauung, Erkenntnis, Erkennen, Vernunft, Verstand, Verständnis, Verständigkeit, Bild, Abbild, Bildhaftigkeit, Entbilden, tous les concepts comme Grund, Ungrund, Urgrund, Ergründen, Ich, Ichheit, Nicht-Ich, Entichen, Entichung, sont des créations provenant de la spéculation mystique allemande. (Benz) (4)
41 Liste impressionnante qui contient les mots inducteurs de toute la spéculation de l’idéalisme allemand et au-delà : Freud orfèvre en maniement d’entités conceptuelles en fait grand usage (Paul Laurent Assoun).(4)
42 Certes à propos du mysticisme Freud dira « quelque chose reste muet en moi » et il désespère de trouver un langage pour y accéder ». Mais ce « quelque chose de muet », il le cerne, il tente à certains moments d’en approcher et cela ouvre alors un « processus », un mouvement de création.
43 Ce grand élan de théorisation et d’invention trouve chez Freud certaines de ses sources dans les cours de Franz Brentano qu’il suit dans les années 1873-1876. On peut penser qu’il y appréhenda une certaine notion du mysticisme, aspiration fébrile au savoir, besoin hâtif de connaissance, illusoire certes pour Brentano, mais qui doit ramener le cycle de la vraie recherche.
44 On ne peut que songer ici à cette « passion du savoir » dont Freud nous laissera entrevoir toute l’étendue chez Léonardo Da Vinci dans un texte où l’on croit retrouver, comme en filigrane, sa propre quête.
45 De Maître Eckhart à Brentano, les influences d’un mouvement général de la pensée allemande ouvrent à Freud l’horizon mystique. Mais Freud nous rappelle en outre dans Ma vie et la psychanalyse, comment il traversa lui-même une flambée mystique, courte période de « Natur philosophie » panthéiste :
46 « Je me souviens qu’ayant entendu lire par le Docteur Carl Brühl pendant un cours public, peu avant la fin de mes études secondaires, le bel essai de Goethe sur « la Nature » c’est ce qui me décida à m’inscrire à la Faculté de Médecine ». La fin du poème attribué à Goethe marque bien cette « Union intime et directe de l’esprit humain au principe fondamental de l’être ». L’étrange incantation marquant ici une telle « Union » une telle séduction « par une imprenable origine ou fin... » « Elle (la Nature) m’a mis au monde, elle m’en fera sortir. Je me fie en elle. Elle peut disposer de moi; jamais elle ne saurait haïr son ouvrage. Ce n’est pas moi qui ai parlé d’elle : non, le vrai et le faux, c’est elle qui a tout dit. À elle toute la faute et tout le mérite... ».
47 La conversion de Freud au scientisme de ses maîtres de la Faculté de Médecine de Vienne ne tardera guère... Mais « quelque chose d’autre... dirions-nous quelque chose de l’Autre ? est souterrainement à l’œuvre » (Roger Dadoun) (12) dont on retrouvera la trace, le mouvement; l’élan dans les étapes de la création chez le fondateur de la psychanalyse.
Moments féconds de la découverte freudienne
48 Nous centrerons notre réflexion sur les années tellement fécondes de 1895 à 1897 où l’étude du rêve, l’auto-analyse, la découverte de l’inconscient, du refoulement, s’accompagnent de troubles, mais aussi de moments d’enthousiasme chez le « créateur » qu’est Freud.
49 Nous accommoderons surtout notre « spéculation » sur les quelques semaines qui au début de l’auto-analyse et de l’étude du premier rêve, vont à la rédaction « frénétique » de « l’Entwurf » (l’Esquisse).
50 Dès les mois d’avril-mai de cette année 1895, dans les lettres au Cher Fliess (13), Freud s’avère bouleversé. Deux attitudes semblent se dégager dans le cheminement de sa recherche.
51 Le 25 mai, il indique que l’attitude (« scientifique ») qu’il a adoptée pour l’étude de ses patients lui procure un certain bonheur :
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53 En revanche, une attitude passionnelle est avouée par Freud « un homme comme moi ne peut vivre sans dada, sans une passion ardente, sans tyran, pour parler comme Schiller. Ce tyran, je l’ai trouvé et lui suis asservi corps et âme. Il s’appelle « Psychologie »... « toutes les nuits entre 11 heures et 2 heures, je n’ai fait qu’imaginer, transposer, deviner pour ne m’interrompre que lorsque je me heurtais à quelque absurdité ou que je n’en pouvais vraiment plus ».
54 Cette attitude passionnelle du chercheur soumis au tyran « Psychologie », Freud l’oriente certes dans ces années de grande agitation intérieure vers Fliess à l’égard duquel existe une véritable ferveur. Dans la même lettre, il ajoute « Tes communications suffisaient à me faire pousser des cris de joie... ».
55 Freud dans son désarroi se tourne vers le « Neben Mensch » « l’homme d’à côté » avant de se tourner vers soi-même, vers son être intime qu’il sollicite dans la ligne même de sa recherche à partir de juillet 1895 avec le rêve de « l’injection faite à Irma » où sont posés les premiers jalons de l’auto-analyse.
56 Cette première analyse d’un rêve personnel suivie de tant d’autres évoque sans doute tout un courant d’étude du rêve, d’intérêt très vif pour le rêve qu’il hérite de sa « formation ». « L’âme romantique et le rêve » sont inséparables comme en témoigne Albert Beghin. Quant à la « méthode » qui le guide dorénavant, Freud l’hérite de l’observation et parfois des suggestions de ses patients. Cette méthode embraye une rotation à partir du rêve, une circulation des signifiants... Le mouvement giratoire des signifiants dans l’analyse du rêve s’accompagnant, faut-il le rappeler, d’une circulation libre des « représentations ».
57 ... et Freud de citer dans la « Traumdeutung » (14) ce passage de la lettre de Schiller à Körner (qui viendrait s’inscrire en contrepoint d’une influence de la culture judaïque sur son adhésion aux « associations libres »).
58
59 Cependant, représentations, représentant de la représentation, représentation des mots, représentation des choses tournoient dans l’analyse du rêve d’Irma par Freud, et ce tournoiement, ce réseau des enchaînements semble opérer (ce qu’Alain Didier Weil a pointé dans un travail sur l’origine) autour de la bouche ouverte d’Irma, la bouche centrale : in et out », sans parole ! Voilà sans doute une embrasure sur ce que nous appelons au-delà. Au-delà qui vient trouer mais aussi centrer la belle démonstration que Freud introduit à travers les tours et les détours de ses associations d’une analyse de rêve.
60 Cet Au-delà nous le retrouvons, cette même année dans le texte étrange qu’il rédigea pour Fliess après une de leurs rencontres et dans un véritable élan passionnel !
61 Ce texte « l’Entwurf » (13), Freud l’abandonnera, ne le publiera jamais mais les deux lettres à Fliess évoquent les conditions, le climat où se situe cette approche de quelque abîme intérieur. Les lettres et le texte lui-même que l’on a pu depuis lors publier et commenter marquent un moment crucial de la découverte.
62 « l’Au-delà » qui troue « l’Entwurf » et qu’il faut savoir saisir aux détours du texte nous incite à confronter notre lecture aux échos de la « mystique rhénane ».
63 Cependant « l’Esquisse » se présente d’abord sous l’aspect pseudo-scien-tifique, organiciste et Freud, comme apeuré devant les révélations qu’il entrevoit au cours de sa plongée dans son univers intime, développe une construction de l’esprit qu’il semble hériter du laboratoire de Brucke, une sorte de « bouclier neuronique ».
64 Freud n’est pas encore maître des articulations, des frayages dont il entrevoit le réseau.
65
- inconscient
- refoulement
- défense
66 Il fait déjà tournoyer ces quelques prémisses autour d’un centre, d’un trou, d’un hors signifié premier extérieur à l’intérieur de la réalité psychique du sujet un Au-delà « Das Ding » « à la lisière du réel et du symbolique », écrira Lacan.
67 La première émergence de la Chose a lieu dans le paragraphe intitulé « Das Erkennen und das reproduzierende Denken » – « Le reconnaître et la pensée reproduisante ».
68 « Pour cette décomposition du complexe perceptif, la langue se dotera plus tard du terme de jugement et découvrira la similitude qui effectivement existe :
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- entre le noyau du Je et la composante constante de la perception
- entre les investissements variables situés dans le pallium et la compo-sante inconstante :
elle dénommera « la Chose » le neurone A et le neurone B, son activité ou sa propriété en bref son prédicat ».
70 L’écoute du malheur des humains conduit Freud à concevoir la parole comme une chaîne; et une chaîne qui est centrée. Chaîne et centre sont les fondements de la théorie analytique de la parole. Par là, perception et représentation, réalité et imaginaire, sont en chaîne quelque part dans l’homme.
71 Freud fait de la Chose le centre du dire.
Pour Freud, il n’y a pas d’indépendance des propriétés : elles sont mises en chaîne non seulement entre elles, mais aussi avec la Chose. De ce que la Chose est déjà là lorsque la quantité se met en route, de ce qu’elle est encore là après la rencontre avec l’expérience de satisfaction, de ce qu’elle est hors histoire, la Chose dérobe à l’humain un départ originel. Ce « Déjà là » en position topique, donnera consistance à la théorie de la pulsion de mort qui est pulsion vers un départ originel, une création d’origine « ex nihilo ».
72
73 « Ravage réparateur » écrit Bataille à propos de la destruction de la dégradation de l’objet d’amour chez Proust. (6)
74 Au chapitre suivant « le remémorer et le juger », on aborde le complexe du prochain NebenMensch.
75 Il se caractérise, écrit Freud, par deux composantes dont l’une s’impose par la structure constante qui reste ramassée en tant que Chose tandis que l’autre peut-être reconnue par un travail de remémoration... Ici, le terme de « reconnaissance » prend toute son ampleur déjà envisagée par Hegel dans le chapitre IV de la phénoménologie de l’esprit « Connaissance de soi », « reconnaissance » de l’autre comme susceptible d’une connaissance de soi.
L’autre dans « l’Esquisse » est « als Ding » (comme Chose).
76 L’habillage narcissique de la Chose qui est UN « en tant que Chose » est l’assise de la sublimation. C’est là l’impossible à comparer, ce qu’il y aurait au-delà du désir, d’Unique... en la Dame du troubadour.
77 Ces remarques amènent à faire de la Chose le lieu de « l’impossible à reconnaître », simplement par le fait que c’est le lieu de l’impossible à juger – unverurteilt – puisque ce jugement nécessite l’investissement de la partie disparate du Je, donc de ce qui n’est pas la Chose. Freud l’explicite plus loin.
78 Cet Unverkennt peut être entendu en tant que « Urverdrängt » « refoulé originaire », que « l’ombilic du rêve » signale.
79 C’est aussi l’impossible à comprendre puisque comprendre est défini comme le fait de ramener des éléments de l’autre à ceux de son corps propre. Ceci est d’ailleurs le contenu de la cinquième apparition de la Chose dans « l’Esquisse » :
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81 Quelques-unes des formules de Lacan (14) sur Das Ding marquent de façon saisissante ce lieu de l’Un, mais encore d’UN Au-delà insaisissable que Freud a posé là au décours de cette année de découverte intérieure 1895.
82
83 Ou encore cette « formule » la plus générale de la sublimation :
« elle élève un objet... à la dignité de la Chose » exemple : la Collection ou encore « la » Chose ce qui du « réel primordial pâtit (ou bâtit) du signifiant ».
84 Et enfin, ce qui nous rapproche de l’Urgrund, du fond, ungrund sans fond des mystiques rhénans.
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86 Le Trou, la bouche ouverte d’Irma, telles saisies de l’Au-delà rappellent la première partie du mythe d’Œdipe « L’énigme proposée par les mâchoires féroces de la vierge ».
87 Découvrant ce trou, le vide de cet Autre archaïque au cœur de la présence – mais aussi de la rencontre avec le Neben Mensch – Freud va-t-il alors trop vite dans son interprétation, la suture-t-il trop tôt comme le fit, d’après Agamben, Œdipe avec la Sphinge ?
88 Dans la lettre du 8 octobre 1895, après avoir reparlé à Fliess des deux cahiers de « l’Entwurf » relançant ses tentatives d’explication du refoulement, il écrit :
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90 Voilà la « Belle neurotica » en place. Elle « explique », sans doute, mais risque de conduire à une impasse, le sentier de danse du labyrinthe... C’est à l’automne de 1897, le 21 septembre que Freud avouera à Fliess le Grand Secret – il ne croit plus à sa « Neurotica ».
91 Michaël Due (15) dans Ascèse et Extase chez Freud, a bien saisi ce qui entraîne Freud, alors qu’il vient de situer Das Ding à l’horizon, dans la ligne de fuite des perspectives de sa recherche à désigner ce qui « possède » l’hystérique de sorte que dans sa démarche clinique et thérapeutique il puisse l’exorciser. C’est comme si Freud était encore dans cette phase d’élaboration et de pratique « démonologique » où il s’agit de conjurer, et encore d’exorciser le « mal » par une démarche qu’avec Breuer ils avaient appelé « cathartique ».
92 À partir de l’automne 1897 s’ouvrirait alors la voie labyrinthique dont Michaël Due montrera bien à partir de la lettre du 10 juillet 1900 qu’elle ne cesse de tournoyer, celle-là autour de quelque Au-delà... et du péché.
93 Entre ces deux dates « l’Expérience intérieure » de Freud va se trouver profondément bouleversée par cet Au-delà auquel il se trouve alors confronté sans l’avoir cherché... c’est-à-dire la mort du père. Quelque chose du réel qui vient à changer et suscite l’interrogation à la limite du réel et du symbolique : l’événement.
94 « Vienne, 30 juin 1896
Mon Très Cher Wilhelm,
Mon vieux père (il a 81 ans) se trouve à Bade dans un état de santé très critique, avec collapsus cardiaque, paralysie de la vessie, etc. Les seuls événements importants de cette dernière quinzaine ont été l’attente des nouvelles et les visites que je lui ai faites. Dans ces conditions je ne puis songer à me rendre dans un endroit situé à douze heures d’ici... Mon humeur est assez sombre. »
95 « 26 octobre 1896
Mon Très Cher Wilhelm,
Aucune réponse réelle n’est possible après un aussi long intervalle, mais il faudra changer tout cela.
Hier, nous avons enterré mon vieux père mort dans la nuit du 23. Jusqu’à la fin, il s’est montré l’homme remarquable qu’il a toujours été. »
96 Le rêve « on est prié de fermer les yeux » exposé à Fliess (le psychanalyste) quelques jours après l’enterrement marque fortement le temps d’arrêt, de « contemplation » devant « l’Au-delà » qui semble révéler de sa béance la « fracture originelle de la présence ». Mais autour de ce silence interrogateur, de ces yeux qui se ferment comme pour mieux tâtonner dans l’obscur de « l’expérience intérieure » l’analyse et la conceptualisation se trouvent « relancées ». Tout de suite la culpabilité du fils face au père mort est évoquée : un peu plus tard le jeu des épigraphes ponctuant cette reprise de la Quête tentent de nommer – et par là même de maîtriser ou de conjurer l’Au-delà ses puissances, et ses démons.
97 Lettre du 4 décembre
« Ma psychologie de l’hystérie sera précédée de ces fières paroles : Introite et hic dii sunt (Entrez : ici aussi se trouvent les dieux)
La formation du symptôme par : Flectere si nequero superos Acheronta movebo
(Si je ne puis plier à mes desseins les dieux d’En-haut, je bouleverserai l’Acheron)
98 Suit la lettre 52, le 6 décembre 1896, qui définit le cadre conceptuel de l’analyse : « wahrnemung-zeichen », « perception S », « inconscient », « préconscient ». Elle apporte définitions, oppositions diacritiques, topologie psychique.
99 La fin de cette même lettre :
100
101 La lettre 54 : « Tout rétrograde vers les trois premières années de la vie ». Explorent les souvenirs d’enfance voire le temps de l’origine.
L’Œdipe
102 À l’automne 1897, le 21 septembre, Freud commence sa lettre par avouer et expliquer à Fliess l’abandon de sa Neurotica.
103 À la fin de sa lettre, Freud avoue un « effondrement général ».
104 Dans la lettre suivante, l’évocation de la nourrice « qui m’a beaucoup parlé de Dieu et de l’Enfer » s’accompagne d’un autre souvenir de la prime enfance (2 ans, 2 ans et demi).
105 Il s’agit de celui de Matrem Nudam et du désir qu’elle éveilla alors, cela s’accompagne d’une « dénégation » concernant l’importance du père !
Vient alors le 15 octobre la découverte de l’Œdipe.
106 À travers le mythe et la dramaturgie Freud peut enfin cerner cet au-delà : la mort du père et la culpabilité qui s’y attache... il peut, à partir de là, mieux faire circuler mots et représentations dans un système ternaire dont Dufourg a su reprendre récemment l’incidence sur le développement de la pensée psychanalytique.
107 Enfin Freud peut reprendre plus librement ce qui déjà était entrevu dans les « Etudes sur l’Hystérie » où il compare la reconnaissance du mécanisme névrotique à la traversée d’un labyrinthe.
108 Dans la « Traumdeutung » (16) et dans les deux années de préparation qui le séparent encore de cette œuvre majeure il poussera cette idée plus loin.
« Le rêve est le labyrinthe psychique par excellence. Le fil d’Ariane est dans ce cas l’analyse du travail du rêve qui permet de se frayer un chemin à travers l’obscurité du rêve » Michaël Due (15). Le centre du labyrinthe est difficile à cerner, il s’échappe : le cœur de l’intérieur reste singulièrement sans forme, il est à construire. Le chemin qui mène au centre caché de la névrose révèle à Freud la même structure dédalienne.
109 L’élaboration continuera dans les années suivantes ravivée par les relations passionnelles qui viendront à s’établir avec Jung, avec Groddeck, avec Romain Rolland pour parler de ceux avec qui le dialogue sur la mystique sera le plus vivace.
110 Vis-à-vis d’eux, Freud adoptera volontiers le langage des « lumières » qui se veut critique, voire railleur à l’égard des obscurités du mysticisme, facilement mélangé à la télépathie, aux superstitions, à une religiosité illusoire dont l’Avenir est en question, à l’occultisme.
111 Mais dans sa recherche, Freud côtoiera maintes fois l’Au-delà avec le même trouble, que ce soit celui que referme l’ombilic du rêve, ou celui que l’on pressent dans la Quête de l’origine : refoulement originaire, mère de l’Origine, scène originaire, narcissisme primaire.
112 Être habitée disait encore la mystique Hadwijih d’Anvers (1) par « un noble je ne sais quoi ni ceci, ni cela qui nous conduit, nous introduit et nous absorbe en notre origine ».
La pulsion de mort
113 « Une imprenable origine ou fin... » semblerait dire Freud en écho dans la lettre du 12 décembre 1897 à Fliess. Encore marqué par la mort du père, il situe l’Au-delà comme fin : « Imagines-tu ce que peuvent être les mythes endopsychiques ?... L’obscure perception interne par le sujet suscite des illusions qui, naturellement, se trouvent projetées au dehors et, de façon caractéristique, dans l’avenir, dans un au-delà »... Cet autre point de vue sur l’Au-delà : la Mort, c’est celui qu’introduit dans sa psychose le Président Schreber. « Fin du monde » désinvestissement, celui qu’impose la Guerre dans les « Considérations sur la guerre et sur la mort (1915) » (17)
114 Déjà s’annonce « l’Au-Dela du principe de Plaisir » d’où émerge la notion de Pulsion de mort secrète, difficile à conceptualiser, à défendre contre ceux qui n’y croient pas, et Sabina Spielrein : « la Destruction comme Cause du devenir » n’y sera pas oubliée.
115 Dadoun (12), avec pertinence, écrira du cheminement de Freud vers cet
116 « Au-delà du principe du plaisir ».
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118 Les dernières considérations de Freud sur « l’autoperception obscure du règne au-delà du Moi du ça » conduisent à rappeler sa relation avec Groddeck. (12)
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120 D’autant que la relation entre l’Au-delà et le sujet est alors fortement réaffirmée dans une injonction souveraine digne de la Genèse : « Wo es war soll ich werden ».
121 Après une telle formulation, la liaison entre mystique et ÇA ne saurait plus, en tout état de la Cause psychanalytique, être occultée ni livrée aux occultistes.
La loi du Père et le monothéisme
122 Mais les dernières années de Freud permettent d’affiner encore la nature et les contradictions fondamentales de sa relation au mysticisme. La discussion avec Romain Rolland (18) est l’occasion d’une véritable élaboration psychanalytique de sa part. Romain Rolland lui dépeint en 1927 à propos de « l’Avenir d’une illusion », l’expérience vécue d’un « sentiment océanique » défini comme source universelle et énergie primordiale de tout sentiment religieux. Freud se dira dans ses lettres, embarrassé, mal à l’aise, incapable d’éprouver tout sentiment de cet ordre. Mais répondant seulement deux ans plus tard à Romain Rolland, il avoue « votre lettre et ses remarques sur le sentiment que vous nommez océanique ne m’ont laissé aucun repos » et le premier chapitre de « Malaise dans la civilisation » (19) paru en 1929 dont il enverra seulement en 1931 la seconde édition à Romain Rolland, constitue effectivement une forte réplique à un auteur qu’il considère cependant comme un héros de la culture, dominant l’atroce mêlée de la « Grande Guerre », plaçant avec courage « l’Esprit » au-dessus de la destruction. Romain Rolland publiera un « Essai sur la mystique » où se développe à divers moments un véritable dialogue avec Freud.
123 La distance que prend Freud par rapport au mysticisme « océanique » comme à l’égard de la « Thalassa » de Ferenczi, cette crainte de se perdre, de se noyer dans la grande mer, de se laisser tenter par l’infinité de la jouissance mystique fait songer au délicat problème du rapport de Freud avec la figure maternelle...
124 Dans la lettre à Fliess qui précède celle du 15 octobre et la découverte de l’Œdipe, surgissent précisément la nourrice qui parlait de Dieu et de l’Enfer et la vision de la mère nue et désirable... La limite Œdipienne que dresse la Loi du Père est découverte, posée, affirmée dans les jours qui suivent... de même au sentiment de dépendance – possession dont la « Natur philosophie » avait pu momentanément envahir le jeune Freud vont s’opposer les lois scientifiques et le « discours du maître »... des maîtres qui le soutiennent : mais c’est le besoin religieux articulé sur le besoin paternel de « dépendance-protection » qui resurgira à maintes reprises au cours d’une longue exploration des mystères de la psyché.
125 C’est à partir du « père symbolique » dont Freud retrouve la statue et la stature dans son approche de Moïse (19) (sauvé des eaux ?) et aussi du Père de la Horde (le thème de la Mère semblant absent de telles approches) que Freud rejoint la question du Monothéisme. Incroyant, il oppose le Dieu-UN de Saint-Paul juif rallié au christianisme à la « Diane des Éphésiens » (culte de la déesse mèreen Asie mineure). Le Dieu de Moïse, Égyptien d’après Freud, héritier d’Akhanaton, est opposé au polythéisme Tout-englobant, cernant les tribus d’Israël quand Moïse saura, lui, les inscrire sur la Terre ferme d’un pays vivant selon les tables de la Loi.
126 Aussi, la « crainte » et encore la fascination d’un Au-delà... véritable matrice rencontreraient dans un parcours complexe la figure d’UN Père mort, effacé, oublié mais dont le retour, comme une garantie de règles et de limites rassure et permet, sans doute la mise en forme de quelques intuitions refondatrices, de quelques élans créateurs.
Bibliographie
BIBLIOGRAPHIE
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(19) FREUD S., Malaise dans la civilisation, P.U.F., 1975.
(20) FREUD S., Moïse et le Monothéisme. Gallimard, 1948.
Résumé
Homme des « Lumières » Freud situe le mysticisme dans le registre de l’obscurantisme. Cependant, le mouvement de la création semble se déployer chez lui autour de quelqu’Audelà. Cet horizon de la pensée freudienne on en saisira le pouvoir à chacune des grandes étapes de la découverte psychanalytique.Mots-clés
Mysticisme, Lumières, Au-delà, le Sujet, le Ça
Mysticism and psychoanalysis A man of the “Lights”, Freud situates the “mysticism in the register of the obscurantism”. However, the movement of the creation seems to spread for him around the “beyond”. This horizon of the freudian thought has a decisive power in the fields of the psychanalytic discovery.Key-words
Mysticism, Lights, Beyond, the Subject, the It
PLAN DE L'ARTICLE
- Les Sources
- Moments féconds de la découverte freudienne
- L’Œdipe
- La pulsion de mort
- La loi du Père et le monothéisme
POUR CITER CET ARTICLE
Michel Demangeat « Mysticisme et psychanalyse », Imaginaire & Inconscient 3/2003 (no 11), p. 63-79.
URL : www.cairn.info/revue-imaginaire-et-inconscient-2003-3-page-63.htm.
DOI : 10.3917/imin.011.0063.



