L'information littéraire 2004/1
L'information littéraire
2004/1 (Vol. 56)
64 pages
Editeur
I.S.B.N. 2251061134
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AuteurAdeline Lesot du même auteur



Chrétien de Troyes, Le Chevalier au lion.

2 Molière, Les Fourberies de Scapin.

3 Gustave Flaubert, Trois Contes.

4 Gaston Leroux, Le Mystère de la chambre jaune.

5 Voltaire, Candide ou l’Optimisme.

6 Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses.

7 Alfred de Musset, Lorenzaccio.

8 Guy de Maupassant, Le Horla.

9 Collection Folioplus classiques.

10 Éditions Gallimard 2003.

11 Les Ministres de l’Education, les « Direction de l’Enseigne-ment scolaire », « Conseil national des Programmes » et « Groupe technique disciplinaire de Lettres » peuvent se réjouir ! Il existe au moins un corps on ne peut mieux disposé à les suivre dans leurs réformes : l’édition.

12 Pour cette rentrée 2003, la collection Folioplus classiques propose huit titres sous le label : « Recommandé pour les classes de collèges » ou « Recommandé pour les classes de lycées ». L’entreprise éditoriale, bien résumée par le titre de la collection, consiste à occuper le terrain sur trois plans : l’édition d’œuvres intégrales au format de poche (c’est « Folio ») ; le champ du parascolaire et du travail pédagogique sur les textes (c’est « plus ») ; enfin le marché des « petits classiques » traditionnellement prescrits dans les classes (c’est « classiques »). Pour ce faire, on a lu avec la plus grande attention les programmes issus de la réforme de 1999-2000 et on colle par tous les côtés aux instructions officielles en en respectant scrupuleusement et l’esprit et la lettre. Les Programmes des lycées comportent l’objet d’étude « Un Mouvement littéraire et culturel » ; chaque Dossier des Folioplus classiques Lycées s’ouvre sur un premier chapitre « Mouvement littéraire ». Une des perspectives d’étude demandée par les Programmes est l’étude des genres et des registres ; on trouvera dans le Dossier Lycées la rubrique « Genre et registre ». Deux autres objets d’étude du programme des Lycées : « Le travail de l’écriture » et « Écrire, publier, lire » sont, quant à eux, réunis sous le titre « L’écrivain à sa table de travail », repris pour les titres destinés au collège. Il n’est pas jusqu’aux consignes d’analyse de l’image qui ne trouvent leur place dans la collection sous le titre attendu : « Lecture d’image » (cette « image », qui est l’illustration de l’ouvrage, figure aussi en quatrième de couverture).

13 Une telle conformité aux directives scolaires ne va pas sans artifice puisqu’elle impose le même sommaire à tous les Dossiers, qui comptent une soixantaine de pages quelle que soit l’œuvre traitée. Il en résulte certains décalages : le contenu des rubriques ne semble pas toujours adapté à leur intitulé. Si le chapitre « L’Écrivain à sa table de travail » prend son vrai sens par exemple avec l’étude comparée des trois versions du Horla qui offre une véritable réflexion sur la genèse de l’œuvre, il est nettement moins justifié pour Les Fourberies de Scapin où il se résume à la présentation des mots clef de la dramaturgie et de la langue du XVIIe siècle.

14 Autre effet de cette rigidité : pour ce même Horla, afin de respecter au plus près les instructions officielles qui inscrivent le fantastique parmi les registres, on a placé l’étude de « la nouvelle fantastique » dans le chapitre « Genre et registre ». Choix fort louable, mais qui laissait vacant le chapitre « Mouvement littéraire » dont il fallut alors combler le vide par une étude du Réalisme et du Naturalisme, en grande partie « hors sujet ».[1] [1] À l’inverse, on peut regretter que la notion de genre,...
suite

15 L’obligation de proposer dans chaque Dossier des « groupements de textes » est également une contrainte difficile à satisfaire pour tous les titres. S’il conduit à des choix judicieux comme « La description sur le thème de la découverte d’un lieu mystérieux » pour Le Chevalier au Lion, ce défi oblige à des acrobaties comme pour le volume de Flaubert : réunir des textes autour d’une thématique commune aux Trois Contes relevait du tour de force… On admire l’auteur de s’y être attelée.

16 Le schéma de la collection, à vouloir se modeler trop étroitement sur les consignes des programmes, impose donc un cadre contraignant auquel parfois s’accordent difficilement les spécificités de l’œuvre traitée, le projet de l’auteur du Dossier, l’attente même du lecteur. Comme si le sommaire estampillé conforme aux programmes était l’élément premier. Les analyses n’ayant ensuite qu’à s’y ranger. Quitte parfois à y être enrôlées de force.

17 Le cas le plus flagrant est l’étude de l’image dont on nous dit en quatrième de couverture qu’elle est l’« écho pictural de l’œuvre ». Cela reste à prouver ! La qualité des travaux proposés dans la collection n’est pas en cause. C’est le choix de cette image et la cohérence de l’étude avec l’ensemble du volume qui sont plus discutables. Le tableau du Lorrain Port au soleil couchant illustrant Les Fourberies de Scapin n’apporte qu’un éclairage fort tamisé au genre de la farce, au registre comique et à la lecture de Molière… S’agissant de Lorenzaccio, il est peu probable que des lycéens qui découvrent Musset soient très sensibles à l’affiche de Mucha dont on nous dit d’ailleurs que le principal intérêt est de présenter le Lorenzaccio « que les gens de 1896 sont prêts à entendre et à comprendre. » Pour tout dire, la rubrique « Lecture d’image » semble souvent insérée artificiellement dans un ensemble auquel elle est étrangère. Le procédé saute aux yeux pour Les Liaisons dangereuses : le commentaire du Baiser à la dérobée de Fragonard n’est rattaché qu’in extremis au roman par cette phrase dont on a du mal à croire qu’elle est d’Alain Jaubert : « Aucun problème pour donner un donner un nom à cette gracieuse jeune fille, c’est sûrement Cécile Volanges » ! Unique mention faite du roman de Laclos (auquel par ailleurs le furtif et l’impromptu nous semblent si mal convenir). Quant au Rhinocéros de Pietro Longhi illustrant Candide, on cherchera en vain le fil qui conduit « Du tableau au texte », comme le prétend l’intitulé de la rubrique.

18 Heureusement ce défaut ne se rencontre pas dans tous les titres de la collection. La présentation du dessin peu connu de Léon Spilliaert Autoportrait au miroir, mis en « écho » au Horla, est réalisée en relation étroite avec le texte de Maupassant et lui apporte une profondeur nouvelle. L’étude consacrée au vitrail de saint Julien L’Hospitalier permet d’explorer en finesse l’imaginaire de Flaubert, familier dès l’enfance de la verrière de la cathédrale de Rouen

19 Il est temps maintenant de dire le bien que nous pensons de la collection, qui malgré son esprit systématique parfois irritant, parfois déroutant comme on l’a vu, présente néanmoins de grandes qualités. Le lecteur y trouvera notamment une documentation très précieuse. On retiendra particulièrement l’étude consacrée au drame dans Lorenzaccio : elle aidera beaucoup le professeur toujours à la recherche de citations pertinentes pour expliquer l’évolution du genre. Pour le collège, Le Mystère de la chambre jaune déroule un panorama très complet du roman policier depuis l’invention du feuilleton jusqu’aux méthodes comparées des plus grands détectives de « crimes en local clos »… De quoi fixer les idées assez floues des jeunes amateurs de cette littérature grâce à des repères sûrs. Dans chaque volume, des encadrés mettent en évidence les dates clés de l’histoire du genre ou du contexte historique. Mais c’est surtout à un approfondissement et à un enrichissement de la lecture de l’œuvre que les Dossiers invitent. Nous n’en prendrons qu’un exemple. La rubrique « Mouvement Littéraire » du Dossier consacré aux Liaisons dangereuses s’applique à analyser très méthodiquement tous les thèmes des Lumières que Laclos détourne dans son roman : l’usage de la raison, les bienfaits de la sociabilité, le rapport nécessaire entre éducation et vertu. Un tel éclairage devrait inciter à lire (à étudier) Les Liaisons non plus seulement comme roman épistolaire, placé généralement en marge du courant philosophique, mais comme une œuvre majeure inscrite dans les grands débats du XVIIIe siècle.

20 Reste la question du public auquel s’adresse la collection. À le vouloir très large, ce qui est bien légitime, on crée quelques déséquilibres : toutes les rubriques du « Dossier » ne sont pas accordées au même niveau de lecture. Pour Le Chevalier au Lion par exemple, si on a adapté à un lecteur de classe de cinquième le questionnaire qui figure à la fin du Dossier (« Un matin, vous vous êtes réveillé transformé en… animal. Racontez votre aventure »), on n’a pas eu le même souci dans le texte « Étude de l’image » fort clair mais écrit pour un public adulte. Dans la série des ouvrages destinés aux classes de Lycées, c’est la rubrique « Groupement de textes » qui est la plus sensible aux variations dans le choix du destinataire : soit on vise la curiosité du grand public en exploitant un thème (« le successeur de l’homme ou l’alien » pour Le Horla par exemple), soit on touche un lecteur très averti en resserrant l’intérêt sur l’auteur (pour Candide : « Voltaire et le problème du mal » avec un choix érudit d’extraits d’œuvres totalement inconnues). Ou bien alors on vise un objectif résolument pédagogique et scolaire : les Dossiers réalisés pour Lorenzaccio et pour Les Liaisons dangereuses présentent des groupements de textes directement utilisables pour constituer une « liste » d’oral du baccalauréat ou un corpus de textes à l’écrit.

21 Finalement ce flou ou plutôt cette diversité sont bien représentatifs des ambitions de la collection. De l’édition courante de textes classiques à l’étude critique spécialisée en passant par le petit manuel scolaire de poche : toute la gamme est couverte. Et c’est sans doute fort bien ainsi.

 

Notes

[ 1] À l’inverse, on peut regretter que la notion de genre, dont l’« appro-che » est préconisée dès la classe de 5e ne soit pas exploitée dans les ouvrages à destination des collégiens. Pour chacun des titres « Recom-mandé pour les classes de collèges », c’est sous l’intitulé « La Vie Littéraire » que l’on présente, pour Les Fourberies, l’étude de la comédie et de la farce, pour Le Chevalier au Lion, « l’invention du roman », pour les Trois Contes de Flaubert, le récit court, pour Le Mystère de la chambre jaune, l’histoire du roman policier, alors que chaque étude aurait pu trouver sa place dans un chapitre sur les genres.Retour


POUR CITER CET ARTICLE

Adeline Lesot « Note sur quelques publications à usage scolaire », L'information littéraire 1/2004 (Vol. 56), p. 46-47.
URL :
www.cairn.info/revue-l-information-litteraire-2004-1-page-46.htm.