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Le Carnet PSY

2002/8 (n° 76)



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La psychopathologie intégrative du développement postule une conception originale qui d’une part associe plusieurs types de connaissances relatives aux dysfonctionnements des enfants porteurs des syndromes et d’autre part envisage une thérapeutique pluri-focale coordonnée autour de l’enfant et de sa famille. En ce qui concerne l’autisme, cette conception s’appuie sur différents modèles psychologiques qui tentent d’expliquer en totalité ou partiellement les troubles des enfants atteints et suppose la connaissance des anomalies précoces et des déficits spécifiques et globaux identifiables. Il existe un certain nombre de méthodes d’évaluation qui permettent de révéler non seulement les troubles mais aussi les capacités parfois exceptionnelles de ces enfants. Ces méthodes conduisent à la mise en place de différents types de prise en charge.

I - Conditions de l’évaluation psychologique des enfants autistes

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L’examen du développement des enfants autistes (Adrien, 1988 ; Sauvage, 1984) n’est possible que dans certaines conditions psychologiques et écologiques, résumées par les trois principes de sobriété, de tranquillité et de disponibilité. La salle d’examen doit être sobrement décorée, discrètement éclairée et silencieuse. L’examinateur doit s’assurer que l’enfant se sent en sécurité, qu’il est suffisamment calme, intéressé et disponible ; alors, il peut lui proposer les activités des tests. Le clinicien doit faire preuve de beaucoup d’attention, de patience, d’ingéniosité et de persévérance. En effet, l’enfant autiste a beaucoup de difficultés à se concentrer ; il bouge, rompt le contact, s’échappe de l’espace d’examen, est souvent angoissé. Il est recommandé de filmer et d’enregistrer les séances. L’examen dure environ trente minutes et peut être renouvelé si l’enfant n’a pas réellement participé lors de la séance.

II - Techniques d’évaluation psychologique des enfants atteints d’autisme

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Nous ne ferons pas ici l’inventaire complet des outils psychologiques pertinents à l’évaluation des troubles du développement des enfants autistes. En effet, plusieurs échelles d’évaluation des comportements et nombre de questionnaires à visée sémiologique et développementale sont actuellement à la disposition des cliniciens qui souhaitent apprécier et quantifier les difficultés du comportement, les particularités émotionnelles et relationnelles des enfants et déterminer un diagnostic d’autisme (Guérin et al., 1993 ; Lelord et al., 1998).

1 - Évaluation diagnostique

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Pour ce qui concerne la pathologie de l’autisme, il existe aujourd’hui des instruments diagnostiques confirmés : citons l’A.DI-R (Autism Diagnostic Interview Revised) éditée par l’INSERM, la CARS (Children Autism Rating Scale, Schopler) éditée aux E.A.P. (Paris). Cependant, si ces outils sont très largement utilisés, signalons qu’aucun d’entre eux n’a fait l’objet d’étude de validation sur des populations françaises cliniques de référence.

2 - Évaluation des comportements autistiques : l’échelle E.C.A.-R

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Plusieurs outils sont là encore disponibles pour évaluer l’intensité et la fréquence des troubles autistiques présentés par un enfant. Citons notamment un nouvel instrument que nous avons récemment validé, l’EFC (Evaluation Fonctionnelle des Comportements, Adrien et al., 2001). Depuis plusieurs années, nous utilisons un outil clinique qui lui aussi possède toutes les qualités métrologiques requises pour évaluer la sémiologie autistique d’enfants présentant des troubles du développement, qu’ils soient diagnostiqués autistes ou retardés mentaux. Il s’agit de l’échelle ECA-R : Evaluation des Comportements Autistiques-Révisée (Bar thélémy et al., 1997). Cette échelle est composée de 29 items cotés de 0 à 4 par les soignants (infirmières et éducatrices) de l’enfant selon l’intensité et la fréquence d’apparition du comportement et qui concernent différents domaines tels que le contact, la communication, la motricité, l’attention, la perception.

3 - Evaluation du développement psychologique

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Les psychologues ont l’habitude d’utiliser des batteries de tests variés pour l’investigation du développement du nourrisson, de l’enfant et de l’adolescent. Certains de ces tests fournissent des âges de développement (AD) et des quotients de développement (QD) et couvrent des périodes d’âge différentes. Ces tests peuvent être employés pour les enfants autistes, dont l’âge réel est largement supérieur à la période d’âge de développement couverte par l’étalonnage du test. Ainsi, un enfant autiste âgé de 10 ans qui présente un important retard, peut être examiné, dans certains secteurs, à l’aide de tests construits initialement pour des enfants plus jeunes. Les résultats de ces évaluations permettent de déterminer des niveaux et un profil de développement des capacités et la répétition de ces bilans permet une analyse longitudinale, faisant apparaître des avancées, des stagnations ou des régressions dans certains secteurs psychiques. L’interprétation psychologique de ces profils, toujours réalisée en relation avec les éducateurs et la famille, est un éclairage pour la compréhension de l’évolution de l’enfant.

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L’échelle de développement psychologique de Brunet-Lézine-Révisée (1995), qui couvre la période d’âge de 1 mois à 30 mois permet d’explorer 4 domaines. L’évaluation est réalisée au cours d’une ou de plusieurs séances. Des scores sont attribués aux conduites observées par l’examinateur ou rapportées par les parents. Un calcul permet d’obtenir des âges de développement dans chacun des domaines et un âge moyen ou global. Le rapport entre les différents âges de développement et l’âge réel de l’enfant fournit les quotients de développement correspondants. Généralement, les enfants autistes ont un profil hétérogène de développement caractérisé par un retard plus important dans les domaines du langage et de la sociabilité (Adrien, 1996).

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Le développement intellectuel de l’enfant autiste peut être exploré à l’aide de diférents tests tels que les EDEI-R (éditée aux EAP (Paris), le WISC-III, le K-ABC et l’échelle de Mc-Carthy édités aux ECPA (Paris). Tous ces outils permettent de déterminer le degré de retard mental des enfants mais aussi contribue à l’approfondissement de leur fonctionnement cognitif (Adrien et al., 1993, 1997).

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Le développement de la communication peut être spécifiquement évalué à l’aide de l’ECSP (Evaluation de la Communication Sociale Précoce) de Guidetti et Tourrette éditée aux E.A.P. Cette échelle couvre la période d’âge de 4 mois à 30 mois et permet d’explorer les domaines de l’attention con jointe, de l’interaction sociale et de la régulation du comportement et détermine des niveaux de développement dans ces trois domaines selon trois types de fonctions de communication : l’initiative, la réponse et le maintien. Plusieurs travaux réalisés auprès d’enfants autistes ont montré la pertinence de cet outil centré sur la communication et mettent en évidence des déficits notamment dans les domaines de l’attention conjointe. De même, le développement du langage de l’enfant atteint d’autisme nécessite une évaluation précise et rigoureuse, ce que font généralement les orthophonistes. Le psychologue doit tenter lui aussi de comprendre les difficultés et les particularités du fonctionnement linguistique notamment pour mieux interpréter les résultats qu’il peut obtenir à l’aide d’autres tests. Certes, les échelles verbales des tests d’intelligence fournissent des informations tout à fait utiles : ainsi, l’analyse du profil aux EDEI-R peut mettre en évidence des retards et des difficultés de compréhension sociale, des altérations dans la fonction de conceptualisation. Ces indications confirment et spécifient les troubles cognitifs et communicatifs de l’enfant autiste et constituent des orientations d’éducation et de rémédiation. Parfois, il est nécessaire d’approfondir les particularités du développement du langage, surtout – et c’est souvent le cas – quand l’enfant autiste semble ne pas bien comprendre les paroles d’autrui. Quelques tests complémentaires comprenant un matériel visuo-verbal (Concepts de Boehm, tests de Deltour, EAP) fournissent alors des indications précieuses sur les connaissances conceptuelles de l’enfant et sur sa capacité à intégrer les paroles d’autrui.

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Le développement cognitif et socio-émotionnel des enfants autistes peut être évalué à l’aide de la Batterie d’Evaluation Cognitive et Sociale (BECS, Adrien, 1996). La BECS est un nouvel outil en cours de validation (recherche soutenue par la Fondation de France, 1999) qui permet l’évaluation de plusieurs fonctions cognitivo-sociales chez les enfants dont le niveau de développement se situe globalement durant la période de 4 mois à 30 mois. Elle comprend 16 domaines regroupés dans deux grandes rubriques : la cognition sensori-motrice (permanence de l’objet, des connaissances des relations causales et spatiales, de la compréhension des moyens pour atteindre un but, de la qualité d’organisation des schèmes, De l’image de soi et du jeu symbolique) et la cognition socio-émotionnelle (régulation du comportement communicatif, de l’interaction sociale, de l’attention conjointe, du langage expressif, de la compréhension du langage, de l’imitation vocale, de l’imitation gestuelle, de la relation affective, et de l’expression émotionnelle). Chacun de ces domaines est hiérarchisé en quatre niveaux (1 = 4 - 8 mois ; 2 = 8 -12 mois ; 3 = 12 - 18 mois ; 4 = 18 - 30 mois).La cotation des items permet de déterminer un profil global et détaillé du développement cognitivo-social de l’enfant. L’évaluation réalisée à l’aide de la BECS est à la base de la construction du projet thérapeutique et éducatif en indiquant les domaines cognitifs et communicatifs les plus déficients chez l’enfant et en orientant le choix des activités qui lui seront proposées lors des séances individuelles et collectives de thérapie. Les évaluations répétées durant le temps des soins permet de suivre l’évolution psychologique de l’enfant et de redéfinir le projet en fonction de ses progrès (Barthélémy et al., 1994 ; Adrien et al., 1998, 1999).

Les dysfonctionnements cognitifs des enfants autistes doivent être attentivement examinés. Citons ceux de la théorie de l’esprit et de l’attention conjointe (Adrien et al., 1995 ; Rossignol et al., 1998 ; Gattegno et al., 1999 a, b) de la régulation de l’activité cognitive (Adrien et al., 2001) et du jeu symbolique (Blanc et al., 2000).

Enfin, le fonctionnement mental des enfants autistes qui s’expriment et qui comprennent les consignes de passation peut être évalué par le psychologue à l’aide des tests usuels de personnalité (questionnaires, tests projectifs tels que le CAT, le TAT ou le Rorschach). L’interprétation de ces protocoles d’examen constituent un sérieux approfondissement du fonctionnement psychique de l’enfant et peut contribuer notamment à enrichir la démarche psychothérapeutique.

Plan de l'article

  1. Conditions de l’évaluation psychologique des enfants autistes
  2. Techniques d’évaluation psychologique des enfants atteints d’autisme
    1. Évaluation diagnostique
    2. Évaluation des comportements autistiques : l’échelle E.C.A.-R
    3. Evaluation du développement psychologique

Pour citer cet article

Adrien Jean-Louis, « Le bilan psychologique des enfants avec autisme », Le Carnet PSY 8/ 2002 (n° 76), p. 39-41
URL : www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2002-8-page-39.htm.
DOI : 10.3917/lcp.076.0039


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