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catherine chabert, Le féminin mélancolique, Editions PUF, 2003
Dans cet ouvrage de quelque 180 pages, Catherine Chabert reprend et enrichit le rapport qu’elle avait présenté au Congrès des psychanalystes de langue française de 2002. Le projet d’emblée explicité est d’interroger, à partir de la clinique de certaines organisations psychiques et de la théorie freudienne, les rapports entre la différence des sexes et la différence entre le sujet et l’objet.
2 En suivant l’évolution des idées de Freud, elle dénonce la fausse évidence du rapprochement de l’activité et de la masculinité, de la passivité et de la féminité. L’exemple clinique d’une jeune fille innocente et soumise, séduite et abandonnée, qui tue l’enfant qu’elle porte donne un vif relief à la question posée. Plus généralement, “Comment concilier la rationalité et la passion ? En d’autres termes, satisfaire le désir de maîtrise actif et le désir tout aussi fort de se livrer passivement à un amour déraisonnable ?” (p.27). Comme le dit Freud, l’activité peut être au service de la jouissance passive et “le moi-sujet est passif vis-à-vis des excitations externes, actif du fait de ses pulsions”. Relevant la dérive commune dictée par les théories sexuelles infantiles qui assimilent féminité et castration, C. Chabert se demande quel subtil effet de projection explique l’insistance de Freud sur l’aspect douloureux, pénible, de la féminité qu’il associe au masochisme.
3 La “poussée de passivité” à la puberté caractériserait le désir d’être aimée des femmes, et au-delà, le féminin dans les deux sexes. En quête des conditions initiales du vécu de passivité de l’enfant, C. Chabert convoque les fantasmes originaires. Mais elle note que cette métapsychologie de l’intériorité suppose des rapports entre représentations et affects qui ne sont pas toujours assurés dans la clinique psychanalytique actuelle. D’autres voies de développement permettent de “saisir autrement la réalité psychique interne tout en s’étayant sur les fondements métapsychologiques freudiens.” (p.32). Le projet est donc clair. Dans les nombreux tableaux cliniques caractérisés par le négatif, l’auteur se demande comment celui-ci s’articule avec la passivité/activité originaire. La passivité prend la forme de la soumission à l’environnement, la réalité externe est utilisée pour suppléer au vide de l’espace intérieur, le malaise et l’angoisse sont alors ressentis par l’interlocuteur.
4 Un exemple clinique, riche en qualifications subjectives, illustre bien cette forme de discours en extériorité qui utilise l’écoute de l’analyste tout en le réduisant à l’impuissance et même à l’inexistence. Les changements thérapeutiques apparaissent dans la vie avant de se manifester dans la cure. La théorisation de C. Chabert emprunte différentes voies pour en venir au syndrome de la mère morte de A. Green. Il serait sous-jacent dans ce cas à une compulsion de parole, ce que j’appellerais une sorte de logorrhée narrative triviale, mais qui induit chez l’analyste une perception fine de ce qu’elle tend à occulter. L’exposition de ce cas clinique a été précédée de l’élaboration théorique originale du mélancolique féminin. L’auteur propose un modèle qui articule de manière originale des notions freudiennes soumises à interrogation et à réévaluation - tout en manifestant son admiration pour les idées de Freud.
5 La théorie des fantasmes de séduction et le parcours qui va du fantasme “un enfant est battu” au masochisme moral, amène l’auteur à défendre l’idée que c’est dans la dialectique du plaisir et du déplaisir, dans l’identification passive et le refoulement de la fantasmatique incestueuse au sein d’une relative différenciation du sujet et de l’autre que trouvent place le retournement de l’activité en passivité, le renversement en son contraire, le retournement sur la personne propre, aussi bien que le refoulement et la sublimation (p.38). Cette perspective qui tend à affranchir la métapsychologie du mécanicisme du montage pulsionnel et des références biologiques de Freud, va, me semble-t-il, dans le sens des thèses de J. Laplanche sur “la séduction originaire”.
6 C. Chabert propose une construction (p.45) pour rendre compte de “la version mélancolique des fantasmes de séduction” ou, plus précisément, ce que j’appellerais le destin mélancolique des fantasmes incestueux de séduction active. L’idée est qu’à l’inverse du fantasme œdipien hystérique de séduction par le père (défense par projection de l’auto-érotisme infantile), la passivité est retournée en activité avec auto-accusation d’inceste. Ce mouvement mélancolique lié au fantasme incestueux associe le masochisme moral à un retournement contre soi de l’hostilité vis-à-vis de la mère. Or, dans l’identification narcissique à la mère, il s’agit de la mère morte, et, finalement d’auto-destruction. Cette construction rend compte des conduites expiatrices, auto-punitives, masochiques au sein d’un mouvement mélancolique ainsi constitué.
7 La réaction thérapeutique négative dans le couple d’opposées action/passion, n’est pas tant due à l’attaque haineuse de l’analyste qu’au refus obstiné des effets mobilisateurs du lien analytique qui activeraient la culpabilité, la honte, la blessure narcissique. D’où l’immobilisation que C. Chabert rapproche d’une utilisation fétichique de l’objet. Ainsi en vient-elle à l’idée de la coalescence du narcissisme et du sexuel dans la réaction thérapeutique négative : “Un non qui fait effet sur le psychisme mais aussi et surtout sur le corps de l’analyste”, et qui, par appui sur la relation spéculaire, “fait découvrir dans l’adulte outragé, l’enfant perdu dans une attente infinie, accroché à une figure maternelle aveugle et muette, dont il ne désespère pas d’appeler le regard et de conjurer le mutisme.”(p.59).
8 Après avoir montré dans l’œuvre de Freud la proximité des conceptions de la mélancolie (1915) et du masochisme moral (1924), C. Chabert en vient à interroger la place et la fonction, dans la cure, de la figure de l’enfant mort : celle de “figurer un fantasme morbide de passivité totale, d’extinction pulsionnelle radicale condensée avec celle d’une innocence tragique”. Il condense les significations multiples d’un investissement intolérable, mais aussi d’une idéalisation et d’une paradoxale passion justement parce qu’il est perdu. L’envahissement de l’espace identificatoire par l’enfant mort révèle l’introjection de la mélancolie maternelle dans le renversement sur la personne propre : d’où l’effondrement du système narcissique et l’expérience de la douleur.
9 L’étude du thème de la mort dans le développement de l’œuvre de Freud en montre l’insistance jusqu’à l’étrange rapprochement de la pulsion de mort et du jeu de l’enfant : le passage de la passivité de l’expérience à l’activité du jeu. Par le lien à l’objet, la passivité s’oppose à la pulsion de mort dans sa visée de désinvestissement. Le renoncement pulsionnel est source d’un “déplaisir qui bascule dans la douleur chaque fois que les situations qui l’engendrent ne trouvent pas de voies d’élaborations internes”(p.69). Un cas clinique de suicide illustre cette place de la douleur. Si la douleur est liée selon Freud à l’excès d’excitation sans issue, d’autres sont à l’œuvre, notamment celles du syndrome de la mère morte selon A. Green.
10 La compulsion de penser, de représenter et de figurer, quand elle devient persécutoire, suscite le rôle protecteur paradoxal de la pulsion de mort, seul recours pour le maintien de la vie : “mourir pour survivre”. Comme travail du négatif, elle agit contre les excès d’excitation qui sont à l’origine des figurations parasites, des compulsions de penser et de dire, dissociées de l’expérience et des souffrances du corps. Celles-ci masquent le vide, le trou de la destructivité sans colère, des effets de la disparition brutale de la mère ou celle de sa disponibilité pour l’enfant, ce qui correspond au désinvestissement comme effet premier de la pulsion de mort. Ainsi en vient-elle aussi à décrire différents destins de la douleur qui lui donne valeur positive en dépit et en raison des attaques qui, par-delà le retrait narcissique, visent l’analyste. Ainsi, après avoir décrit le rôle positif de la pulsion de mort par rapport à l’excès d’excitation, l’auteur en vient à l’éloge paradoxal de la douleur. Outre les figures de la victime accusatrice, de l’expiation, du sacrifice, celle de l’enfant mort comme représentation limite de la perte mélancolique est l’inverse du fantasme de retour intra-utérin et pourrait figurer aussi la détresse originaire, celle de l’infans privé des mots, soit encore la réaction thérapeutique négative devant l’impuissance de la parole en analyse, et comme mise à l’épreuve de la passivité pour le patient et pour l’analyste.
11 Dans la deuxième partie intitulée Perdre et retrouver, C. Chabert expose avec le talent qu’on lui connaît, la clinique du discours de sa patiente Mélie. Un discours de la douleur, impersonnel, désubjectivé, excluant les rapports entre affects et représentations aussi bien que le rêve et la remémoration, laisse l’analyste inutile, dans l’impossibilité de toute interprétation. L’exclusion de l’entre-deux, de l’intime et de l’étranger assure une position de maîtrise qui trouve explication dans la précarité et la fixité du lien primaire à la mère qui ne peut être ni renoncé, ni déplacé : la place perdue ne peut pas être retrouvée. L’absence et la perte comme condition de l’activité de représentation sont ici exclues. La théorisation est soutenue par référence à la Négation de Freud comme origine de la position de sujet, à la définition du soi selon Pontalis et aux conditions pulsionnelles de l’utilisation de l’objet selon Winnicott à laquelle est comparée l’utilisation de l’interprétation.
12 C’est par le cas d’un homme que le chapitre suivant aborde “le fantôme d’amour” de la mère morte qui empêche le transfert ou en détermine longtemps les modalités narcissiques. Fidèle à sa méthode, C. Chabert part des difficultés d’une cure pour en chercher les raisons en référence à des sources théoriques diverses qui reviennent toujours à Freud. Le risque de faire de l’analyse une expérience réparatrice chez cet homme orphelin, d’abord de père puis de mère, est conjuré par l’attention portée par l’analyste à l’occultation de la sexualité de la mère. Confrontant la crainte de l’effondrement selon Winnicott et la scène primitive selon Freud, toute deux préœdipiennes, l’auteur montre le risque de la désexualisation contemporaine de la psychanalyse par centration exclusive sur la perte et le deuil impossible de l’objet primaire : la mère hors sexualité.
13 Les hommes ne veulent pas guérir est le titre du chapitre qui, à partir de Freud, traite des résistances en analyse, ses rapports avec le transfert et avec les fantasmes. L’auteur revient sur le fantasme “un enfant est battu”, sur la réaction thérapeutique négative et sur les fantasmes originaires pour poursuivre sa réflexion sur la passivité et sur le masochisme. Elle en déduit la théorie de l’action de la psychanalyse et son exigence technique, celle du mot juste qui relie affects et représentations, donne corps à l’interprétation et “accueille les masses pulsionnelles”, pour activer la mémoire vive à la faveur du rapport de force au sein du transfert et du contre-transfert (p.138), et par la traversée des perlaborations, de la mélancolie au deuil.
14 La fin du livre propose des nouvelles formulations de la thèse centrale : “Pour résumer, le mouvement mélancolique constituerait l’une des voies de détournement de la passivité, contre l’être-aimé, l’être-excité, contre l’objet et finalement contre le sujet lui-même.” La haine vis-à-vis de l’objet excitant combat cette passivité.
15 L’auteur ne retient pas la notion d’indifférenciation primaire, mais celle de “mal-différenciation” dans l’identification narcissique originaire. Ce maternel primitif, confondu avec le féminin existant chez tout individu, garçon ou fille, est à l’œuvre dans le féminin mélancolique : c’est un mode de traitement des fantasmes originaires et aussi de la perte d’objet. Ainsi C. Chabert en vient-elle à définir “la position mélancolique” impliquant la bisexualité et déniant la différence du masculin et du féminin aussi bien que l’abandon par l’objet, lequel est immobilisé dans l’identification narcissique. L’intériorisation de la peur de perdre l’amour donne force au surmoi.
16 Aussi conteste-elle vivement la thèse de Freud sur la faiblesse du surmoi des femmes soutenant, au contraire, que “le surmoi féminin (pas seulement le surmoi des femmes) pourrait ainsi représenter la forme tyrannique et sévère, la moins aimante, la plus puissante de la conscience morale”(p.173). Le risque encouru est majeur, celui, lié à l’œdipe, de perdre l’amour de la mère, déjà suspect pour n’avoir pas donné le pénis ; il s’agit de “détruire cette affection fondamentale assurant l’investissement narcissique, le premier sédiment des identifications, indispensable pour attirer les forces pulsionnelles qui maintiennent le sentiment d’exister, sa continuité dans le fil libidinal fantasmatique”(p.174). De ce dernier point de vue, la représentation de l’enfant mort indique avec véhémence, écrit-elle, “l’effet d’une retaliation implacable, imposée par la mère, interdisant à sa fille d’occuper légitimement sa place de mère….”. En dépit de cette utilisation du concept de “retaliation”, on ne trouve dans ce livre aucune trace des modèles de l’archaïque kleinien, ni la fantasmatique de l’attaque du corps de la mère et de ses contenus, ni le clivage et la projection dans les rapports aux objets et dans le transfert, ce qui donne beaucoup de relief à ce recoupement avec l’angoisse de castration féminine selon M. Klein.
17 Le dernier chapitre intitulé la femme qui avance se réfère à l’analyse de Freud du roman de Jensen la Gradiva (1906). En contrepoint de beaucoup de commentaires du texte de Freud qui privilégie le point de vue et la problématique de Norbert Hanold, C. Chabert, sans s’arrêter au fétichisme du pied, à la castration, à l’apparition et la disparition de Gradiva comme du lézard auquel elle tend un collet, adopte le point de vue de Zoé. La Gradiva, comme la femme qui avance (et non la femme “gravide”), est celle qui abandonne “les traces de son attachement mélancolique à sa mère morte, pour donner libre cours au plaisir de vivre.” C’est aussi une illustration de la fonction séductrice de celui (celle ?) qui guérit.
18 En conclusion, on l’aura compris, il s’agit d’un ouvrage de grande qualité. Ce texte raffiné, dense et riche, non dépourvu d’un certain lyrisme, manifeste une grande liberté de penser en circulant entre de nombreuses références. Il reste toujours ancré dans l’expérience psychanalytique des cas difficiles, source d’une réflexion théorique exigeante qui renouvelle la théorie du féminin.
Bernard Brusset
Psychiatre, Psychanalyste - S.P.P.
Paris
marie depussé et jean oury, A quelle heure passe le train ?, Conversations sur la folie, Editions Calmann-Lévy, 2003
19 Ce livre est un grand poème. Il est écrit autour d’une histoire dont les détails, ceux dans lesquels Dieu gît, sont peu connus, sauf de quelques trop rares familiers des plongées dans le monde de la psychose. La clinique de la Borde, un radeau venu de l’entreterres des schizophrénies, et fabriqué de bric et de broc par un des plus grands psychiatres contemporains, Jean Oury, continue d’errer sur l’océan de toutes les folies, et de sauver de la noyade des êtres humains, trop humains, qui n’ont pour toute richesse que ces espaces du dire qu’il a fomentés avec ses amis, et qui leur offrent chaque matin qui se fait.
20 Marie Depussé, agrégée de lettres, professeure à Paris VII, nous parle de cette expérience rare et belle qu’elle a faite en venant se perdre pour se retrouver à la Borde depuis plus de trente années. Arrivée là par des amis de Félix Guattari, elle a rapidement su qu’il ne s’agissait pas d’une aventure intellectuelle au sens parisien du terme, mais de bien autre chose, plutôt de “respirer l’humus de la Borde, de voir se dessiner un carrefour où se croisaient Lacan, Sartre, Lévi-Strauss, Tosquelles et la guerre d’Espagne, Marx et les Chants de Maldoror.”(p.215) Elle insiste : “Moi, j’étais à l’école normale supérieure, où j’étais entrée pour faire plaisir à ma mère, et le réveil a été dur. Tout au long du jour je dormais, ne pouvant supporter de les entendre m’expliquer que chez Proust il n’y avait que des églises et que Phèdre manquait de caractère. La nuit je marchais. A la Borde, c’était plein d’êtres penchés, effilochés, qui manquaient, si on veut, de caractère, et en compagnie desquels j’aimais à me promener, sans les déranger. Je me souviens avoir marché dans des prairies, l’été, avec un qui m’admettait à côté de lui, et m’expliquait l’astrophysique des camemberts. Je dis cela en pensant à Félix et au début de l’Anti-Œdipe, où il parle de la promenade du schizophrène. Je le comprends un peu Félix, j’entends que j’ai été fasciné aussi, par des êtres qui avaient une telle familiarité avec Henri IV, l’astrophysique et les camemberts. Il m’a fallu du temps pour comprendre à quelle misère cette magnificence était nouée. Mais j’ai tout de suite senti qu’ils ne marchaient pas sur l’herbe d’une prairie, comme moi, dans la lumière de l’été. Il y avait un prix à payer. L’astrophysicien des camemberts s’est mutilé avec un des grands couteaux de la cuisine”(p.217). Marie Depussé nous rappelle, et avec quel talent, que la poésie est souvent l’écriture d’un drame, et que ce personnage qu’elle avait accompagné dans son délire, ne disposait pas, comme le dit si vraiment Tosquelles de l’enfant, “des chevaux symboliques pour quitter l’écurie familiale”(p. 219).
21 Tout ces montages labordiens, ces praticables, sont autant de bricolages pour offrir à tous les patients qui s’y laissent accueillir, les conditions de possibilité de mise en forme de leurs “transferts dissociés” (Oury), ceux par lesquels ils nous montrent justement combien la tâche de quitter l’écurie familiale est difficile voire impossible. La création de ce concept si simple et si complexe à la fois de “constellation transférentielle”, référée à Tosquelles mais aussi à Racamier et à son expérience de Chesnut Lodge, est relatée encore une fois dans ce duo Oury-Depussé ; elle nous indique à quel point des choses aussi simples que le lien humain, le respect d’autrui, la bonne distance avec lui, sa vie quotidienne, si elles sont absolument nécessaires au dispositif des soins, sont dans la pratique de la psychiatrie d’aujourd’hui extrêmement complexes à mettre en œuvre. Il suffit de voir les renforcements incessants des hiérarchies technocratiques pour comprendre à quel point la poésie des jours est empêchée dans la vie du monde, celle avec lequel le malade mental est en délicatesse.
22 Et pourtant Marie Depussé, en revenant sur les écrits de Guattari et les conditions de leur production, nous aide à repenser aux rocs sur lesquels la psychothérapie institutionnelle s’est fondée. Et à l’heure où “Chirac, qu’on ne peut guère accuser de préciosité intellectuelle, a employé le mot “transversalité” dans un discours, les mots de Félix vont leur chemin”. Elle redonne les entours de la création plurielle de ce concept si fondamental : l’aliénation mentale et l’aliénation sociale sont à ne pas confondre mais à ne pas dissocier, et toute la question de la transversalité est celle de l’accès ou du non-accès à la parole ; un individu va-t-il pouvoir ou non prendre la parole dans un groupe. Pour Guattari, il y a un désir de groupe inaccessible, qui, s’il ne peut être mis en paroles, va être mis en symptômes. Et “ainsi, la verticalité de la hiérarchie engendre-t-elle l’horizontalité de symptômes préfigurés socialement (…) La transversalité, c’est ce qui surmonte les deux impasses de la verticalité de la hiérarchie et de l’horizontalité des symptômes” (p. 229-230).
23 Toutes ces variations sur la transversalité, à la recherche du chemin perdu dans le désert psychotique, ne sont-elles pas d’ailleurs à articuler plus basalement avec la transitionnalité dont il est souvent question dans ce livre à deux voix. En effet, le travail de séparation que la mère est obligée d’entreprendre avec son petit d’homme ne peut se jouer que si le monde des représentations, juché sur les chevaux symboliques de Tosquelles, fait son entrée à un moment donné : “ce que l’enfant reçoit de sa mère, ou de l’instance qui en tient lieu, est une drôle de langue singulière, approximative, inventive, subversive. Un mot pour un autre. Et je trouve joli de penser que l’objet transitionnel, le nounours ou le bout de couverture, que l’enfant traîne avec lui comme son “tapis volant”, avec l’espoir d’échapper un peu à l’emprise parentale, ce soit la mère qui le baptise d’une infinité de noms avec lui en croyant passer par-dessus les montagnes” (p124).
24 Car pour Oury, dans un de ses raccourcis psychopathologiques dont il a le secret, “l’objet transitionnel, c’est l’origine du tapis volant : tu te mets sur ton tapis volant transitionnel et tu passes par-dessus les montagnes! ça te permet de t’échapper de l’emprise parentale et tu crois assumer la séparation. Evidemment ça ne suffit pas, sans quoi ça se saurait, on serait tous séparés, mais c’est nécessaire. La plupart des gens ont eu un tapis volant, mais ils ne s’en souviennent pas”. (p. 66)
25 Et la partition que Marie Depussé nous livreici a l’incomparable intérêt de mettre en musique non seulement les deux voix qui sont à l’affiche, mais également celles de beaucoup d’autres chanteurs de l’ombre et de la lumière qui rendent la vie de ce radeau pour ce qu’elle est : un lieu inestimable de rencontres avec la folie, avec ceux qui la portent dans leur cœur et dans leur corps.
26 Comme le rappelle à maintes reprises l’auteur, dans cet endroit, on parle avec les patients comme avec des gens qui ne sont pas fous, même si pour ce faire, c’est l’engueulade qui convient. Oury, par son attitude éthique, nous montre que derrière trop de gentillesse peut se cacher la lâcheté ordinaire, et que la psychiatrie d’aujourd’hui, dévorée par la bureaucratie molochienne, risque de disparaître de la médecine, celle d’Asclépios et d’Hippocrate, celle dans laquelle le désordre du malade est un reflet du désordre du monde. Les souvenirs évoqués tout au long de cet ouvrage font émerger à nouveau les grands dialogues que ceux de Platon nous permettent de retrouver de cette humanité ancienne, et dont les patients d’aujourd’hui, catatoniques et délirants nous font devoir de nous remémorer.
27 Ce livre, véritable contrepoint de l’art de la Borde bien tempéré, est un éclat du “corps écaillé des astres”, tombé juste dans le champ de notre regard oblique, et dont le scintillement qu’il retient en lui se transmute en nous à sa lecture et à sa relecture. Comme un recueil de poèmes que l’on vient de retrouver dans le grenier de notre histoire, il nous indique un passage…
28 Pierre Delion
Psychiatre, Psychanalyste
Lille
alain braconnier, Daniel Widlöcher, Editions PUF, Collection Psychanalystes d’aujourd’hui, 2003
29 Il est nul besoin de présenter la très reconnue collection Psychanalystes d’aujourd’hui éditée au P.U.F. qui se propose depuis plusieurs années de publier le portrait de fortes personnalités du monde psychanalytique. Ces personnalités ont souvent marqué leur temps par une démarche théorique et clinique novatrice et Daniel Widlöcher n’échappe pas à cette lignée. Alain Braconnier, psychanalyste et psychiatre, lui rend les honneurs en nous introduisant au parcours intellectuel et clinique de son maître.
30 Le parcours de D. Widlöcher, chercheur, docteur en médecine et en psychologie, déterminera en grande partie ses axes de réflexion et de théorisation. Sa formation de médecin ne ressort pas d’un choix déterminé, mais survient plutôt par un croisement de nécessités. Un intérêt précoce pour la psychologie (il lit dès son adolescence les travaux de Wallon), la quasi inexistence de la profession de psychologue, les conseils d’un grand-père médecin, une attention marquée pour l’histoire, la philosophie, la littérature, le conduiront à la psychiatrie. C’est pendant son internat passé en neurologie et en psychiatrie que son intérêt pour la psychanalyse s’éveille. Il choisira Jacques Lacan. En effet, l’abord par ce dernier de la phénoménologie néo-hégélienne à la Merleau-Ponty, son ouverture à la phénoménologie allemande croise ses centres d’intérêts personnels.
31 Malgré sept ans de cure avec Lacan, c’est cependant avec Daniel Lagache, psychologue et médecin lui-même, qu’il se sentira le plus proche. Au point de lui demander de superviser les actions qu’il commence à mener comme assistant des hôpitaux à la Salpétrière. Cette rencontre influencera de manière décisive Daniel Widlöcher qui n’aura de cesse d’intégrer la psychanalyse dans une réflexion psychologique plus vaste. De par son parcours, la vie de Daniel Widlöcher restera marqué par une contrainte, celle de nouer en permanence la clinique, l’enseignement et la recherche. On trouvera dans le livre d’Alain Braconnier, écrit d’un style vif et rapide, les multiples fonctions occupées par cet homme et qui rendent comptent de cette exigence. Elles sont trop nombreuses pour être ici toutes citées. Notons néanmoins son implication dans les instances scientifiques : CNRS, INSERM, Comité d’Ethique, société de psychiatrie française, de neurosciences, de psychiatrie biologique, etc. De même son travail dans les instances de l’IPA, fondée par Freud, jusqu’à en occuper la Présidence, mérite d’être rappelé.
32 Au-delà du choix de textes ici proposés, Alain Braconnier nous donne envie de lire l’ensemble des ouvrages et des articles de Daniel Widlöcher. Il synthétise en effet avec rigueur les principaux axes de réflexion théorique qui courent, tel un fil rouge, dans cette œuvre considérable. Son retour à Freud “ne relève pas dans son esprit d’une exégèse dogmatique mais d’une identification intellectuelle à la démarche de Freud lui-même” écrit Braconnier comme pour souligner que c’est en terme de démarche scientifique ouverte sur les connaissances de son époque qu’il est nécessaire de l’appréhender. Bref, ni idéalisation du père de la psychanalyse ni attachement à la lettre d’un archéo-freudisme ne sont pour lui au programme d’un freudisme qui se respecte.
33 D. Widlöcher travaille tout particulièrement la question des processus de changement et s’interroge inlassablement sur les résistances au changement dans la psychanalyse. Ici, trois champs sont à penser dans trois corpus théoriques distincts : la théorie de la subjectivité, la théorie de la cure, les lois d’organisation du fonctionnement mental. Ainsi une approche génétique de l’âge adulte ne considérerait plus ce dernier comme un état fixe et étudierait la filiation des structures le long du cours de la vie.
34 D. Widlöcher propose dans ce cadre une métapsychologie du changement : “métapsychologie non du langage mais de l’écoute, c’est-à-dire un processus de dévoilement du sens dans l’interaction de deux appareils psychiques, une métapsychologie de la rencontre entre deux lieux d’expérience subjective. Cette métapsychologie ne peut être qu’une théorie de la pensée partagée, de ce que nous avons appelé la co-pensée, une métapsychologie qui pose l’analysant comme source initiale de cette pensée et qui décrit la manière dont l’analyste est pénétré, transformé par elle et comment le travail interprétatif résulte d’un long et complexe processus de transformation et d’assimilation de l’entendu”.
35 Une longue théorisation de la pulsion est aussi au travail dans l’œuvre de Widlöcher qui dépasse la notion biologique de la pulsion. Cette vison a des conséquences relevées par A. Braconnier : “la sexualité infantile ne relève pas de programmes innés qui organisent des patterns relationnels entrant en relation avec l’environnement social et en particulier maternel, elle relève de la pure subjectivité propre à l’activité fantasmatique”.
36 D. Widlöcher est avant tout un psychopathologiste. Avec Pierre Fédida, il dirigera pendant des années la Revue internationale de Psychopathologie. A ce propos, il est important de noter qu’il ne croit pas à une métapsychologie susceptible “d’expliquer l’origine et la nature des variantes de la normale que le psychiatre est amené à traiter” et qui se donnerai aussi pour tache “d’expliquer ce qui, parmi ces variantes relève des soins et non d’autres mesures, éducatives ou répressives”. Il est donc nécessaire de se garder de croire que la psychanalyse n’ait jamais prétendu que l’explication qu’elle apporte soit exclusive de tout autre facteur.
37 L’éloge de l’interdisciplinarité et de la recherche conclut la présentation de ce psychanalyste d’aujourd’hui, qui pense que les disciplines connexes, psychologie, cognitivisme, neurobiologie ont beaucoup à gagner à se confronter à la psychanalyse.
38 Heike Eberlé
39 Psychiatre
Paris
janine altounian, L’écriture de Freud, Editions PUF, 2003
40 Nous connaissons l’histoire du mot grec phusys. Il signifiait aussi bien le bourgeon que la poussée, l’objet constitué que le mouvement constitutif du fait de pousser. Plus tard les traductions latines donnant à ce mot le sens du “physique”, le produit final dans le monde des objets. Le bourgeon devient-il chose nouvelle, séparé de sa poussée, une fois arrivé à la terre promise des fleurs ?
41 Pour l’exilé, la patrie nouvelle est la langue qui accueille le sujet. Sa véritable souffrance est celle de se perdre dans la langue sans pouvoir ériger son ancienne maison en pays étranger. Le langage est la maison de l’être et il doit se redéployer, reconquérir ses cheminements, réincarner ses référents d’origine dans sa nouvelle modalité.
42 Freud, écrivain/penseur, faisait son texte dans une langue “simple” pour un lecteur germanophone qui ouvrait pour la première fois L’interprétation des rêves, la Traumdentung. Dans le chapitre sur la psychologie des processus de rêve, la parenté éthymologique entre “refouler” (verdrangen), “la poussé” (der Drang) et “pénétrer” (drangen) est facilement repérable par ce lecteur. Il peut ainsi constater comment Freud met au service de la pensée les inflexions grammaticales de la langue. Voyons le paragraphe correspondant de la nouvelle traduction des œuvres complètes cité par J. Altounian : “Essayons… de rectifier quelques vues qui pourraient se former par malentendu aussi longtemps que nous envisagions les deux systèmes… comme deux localités…, vues qui ont laissé…. leur précipité dans les expressions “refouler” et “pénétrer”. Lorsque … nous disons qu’une pensée inconsciente tend à la traduction dans le préconscient pour pénétrer alors jusqu’à la conscience, nous ne voulons pas dire qu’une deuxième pensée, située en un nouvel endroit, doit être formée… ; pour ce qui est de la pénétration jusqu’à la conscience nous voulons en détacher soigneusement toute idée d’un changement de lieu… A la place de ces comparaisons… nous remplaçons ici… un mode de représentation topique par un mode de représentation dynamique ; ce n’est pas la formation psychique qui nous apparaît comme étant l’élément mobile mais son innervation”.
43 L’innervation, dit J. Laplanche, est le produit de la traduction dans le préconscient d’une pensée inconsciente. Le même produit de la traduction est ce que l’on retrouve dans l’œuvre freudienne de par le travail d’expression de la pensée. Ce qui peut être compris aussi comme la recherche archéologique qui se produit dans l’œuvre freudienne de par la convergence de la langue parlée, la littéraire et la langue de la production de la théorie. Il y a, en effet, quelque chose qui “pousse à traduire” qui est la pensée inconsciente, tout autant que l’œuvre freudienne elle-même. L’exil pousse le sujet vers le travail actif contre l’oubli ; reprise des premiers objets, de ses valeurs et du réinvestissement dans la terre d’accueil. Etrange similitude des traducteurs et des lecteurs.
44 Le livre de J. Altounian proposé par elle comme “un petit manuel de la langue freudienne à l’usage des simplificateurs” relie une série de textes dans trois sections dont les titres visent à montrer la complexité de l’acte de la traduction. Ainsi la première section La psychanalyse s’est pensée et écrite en langue allemande, nous révèle les qualités de Freud pour dénoter et connoter un énoncé tout en lui imprimant une valeur métalinguistique, ce qui va amener des traducteurs à des choix décisifs, comme celui de caractériser certains signifiants en jeu entre crochets, ou bien de produire des commentaires en notes.
45 Les études incluses dans cette section nous rendent visibles tout autant que compréhensible le labyrinthe d’embûches et les différences qui séparent le monde de la langue française de celui de la langue allemande. La première étude considère la traduction et la transmission de la pensée de Freud par rapport à son style. Morphologie et syntaxe se combinent pour donner un aperçu, une empreinte, comme le dit J. Altounian, de la complexité psychique. Complexité qui n’est pas tant celle du concept, mais plutôt comment le regard poétique de l’humain se mêle au travail ludique de l’écrivain dans le parcours du chercheur.
46 L’allemand freudien se transforme en outil de la pensée quand il construit le texte avec une fonction analytique, c’est à dire que les termes appartiennent à différents systèmes associatifs entre-tissés. Alors le traducteur doit renoncer, dit l’auteur, “aux valeurs sémiotiques du texte pour n’en transcrire que la signification”. Il est contraint à contrevenir à la méthode analytique que Freud en allemand repère et signale par les choix de signifiants répétés, modifiés, contrastés. Il me suffit d’énumérer certaines sections de cette étude pour donner une image du “manuel des simplificateurs” : visualisation de la vie psychique et rythme des passions ; le neutre ; les particules verbales, matériaux de conceptualisation ; la syntaxe et l’inconscient, la tension entre trois niveaux de langue…etc.
47 Dans cette étude on pourra comprendre les difficultés de traduction concernant le thème de la femme et l’éternel féminin, comme étant liées à l’existence du genre neutre en allemand. La substantivation en allemand pose également des problèmes autour des concepts comme celui de “conscience” ou bien celui de sentiments. A ce sujet on lit cette phrase qui suscite certaines associations concernant la théorie kleinienne : “ … Les sentiments : amour, haine ne sont pas seulement des affects, mais plus largement des positions affectives…”.
48 La deuxième section Inscription d’une traversée traumatique et traduction considère les modifications que subit la langue d’origine, dans la traduction des signifiants majeurs des affects et des objets internes de l’auteur. Comment repérer dans la langue d’arrivée, ces éléments significatifs de l’auteur qui émanent de son inconscient et constituent “l’écriture de soi” dans la langue d’origine ?
49 La troisième et dernière section, Corps textuel et théorisation pose plusieurs questions. Ainsi celle qui apparaît en lisant Freud comme théoricien de la sexualité féminine dans le décalage avec l’homme, Freud s’adressant à Lou Andréas Salomé. Y a-t-il continuité ou clivage, concordance ou discordance, se demande J. Altounian ?
50 Ainsi avec la nouvelle traduction des œuvres complètes de Freud nous avons l’impression d’une lecture plus intime et complexe dans laquelle le poète, l’écrivain et le penseur coexistent. Le premier comme le “demiur-goï” parle/chante ; l’écrivain relie dans sa syntaxe l’écoute et le regard et le penseur revient, repasse sur les traces et sentiers découverts, élevant certains mots d’usage courant à la hauteur du concept. Mais on est toujours dans le même paysage et dans le même regard qui le constitue. Le grand triomphe de Freud est celui d’avoir retrouvé l’orientation initiale après avoir entrepris le détour par la médecine.
51 La langue épistolaire de Freud racontant sa vie et celle de la conceptualisation sont les mêmes. Ses détours sont tout autant des parcours de sa vie comme analyste, dans la cure, que les mouvements de la création de l’œuvre. La forme que ces détours produisent dans la continuité de sa vie est la tâche magistrale de la (nouvelle) traduction. Un continuum du lexique et du style qui ne doit pas se perdre au fur et à mesure que l’on traverse des contextes différents comme la clinique, la métapsychologie ou la littérature.
52 Paul Valéry disait, qu’en tant que poète, il y a des vers que l’on trouve et des vers que l’on fait : “on ne revient que sur les vers que l’on trouve”.
53 Luis Moix
Psychiatre, Psychanalyste
Paris
Marie-José Del Volgo, La douleur du malade, Editions Erès, 2003
54 Le livre de Marie-José Del Volgo fait suite à L’Instant de dire, paru en 1997, chez le même éditeur. L’auteur, Maître de conférences à la Faculté de Médecine d’Aix-Marseille II, est membre du laboratoire de Psychopathologie clinique et directeur de recherche dans la formation doctorale de psychologie à l’Université d’Aix-Marseille I. Elle exerce en tant que praticien hospitalier à l’Assistance Publique de Marseille.
55 Les questions posées dans ce livre qui, dans un dynamisme original reprend par moments de nombreux articles publiés principalement dans Cliniques Méditerranéennes, Adolescence et Psychologie Clinique, semblent encore plus cruciales qu’il y a cinq ans. D’une part, il y a le fait que les patients apprennent de plus en plus de chose au clinicien, d’autre part, il y a à l’hôpital, la présence de la médecine technoscientifique qui réduit, de plus en plus, le malade à n’être que le support de la maladie.
56 Comment écouter alors ? La question, on le voit, se situe en résistance à toute forme de traitement de la maladie au détriment de l’accompagnement clinique du patient. Il ne s’agit pas de déplorer une déshumanisation de la relation médecin-malade, mais de poser les conditions d’un possible dispositif d’écoute du patient, de ses demandes et de ses plaintes. Sans relancer un humanisme opportun mais vite essoufflé, l’auteur prend acte de la dimension d’extra-territorialité de la psychanalyse dans la médecine mais pour relancer le travail analytique dans une pratique médicale. La démarche, originale est audacieuse. Elle comporte des enjeux qui doivent être tout à fait clairs au double plan de l’éthique et de l’épistémologie. De faux clivages, que fort justement l’auteur, jette aux orties, auraient pu encombrer le débat.
57 On redira simplement que ni le dispositif divan-fauteuil ni l’aspect privé de la pratique ne sont des signifiants maîtres de la pratique psychanalytique, on ira poser que la pratique psychanalytique en institution médicale de soin pourrait à nouveaux frais éclairer les enjeux scientifiques de la clinique analytique en tant que doxa et en tant que pratique. Qu’est-ce qu’un corps pour la psychanalyse ? La question revient ici et permet d’interroger la dimension du sujet, non seulement comme étant représenté par un signifiant pour un autre signifiant, mais comme un lieu-carrefour entre signifiants, traces et paroles. S’il s’agit alors bien de psychanalyse appliquée à la thérapeutique, cela n’implique donc en rien que cette application de la psychanalyse réduise cette dernière à la psychothérapie.
58 Lisant Marie-José Del Volgo, on voit prendre corps, dans des dispositifs spécifiques, une psychanalyse orientée dans un souci thérapeutique. Soit une psychanalyse appliquée à la thérapeutique, soit encore, ce que le psychanalyse fait ou se soucie de faire plus fréquemment qu’on ne le dit, qu’il œuvre dans son cabinet, dans une institution de soin, ou dans les deux.
59 L’actualité de la démarche exposée est de permettre la construction d’un récit nommé “roman de la maladie”. L ‘auteur nous propose là une avancée décisive par rapport à son précédent livre. Qu’entend-elle par récit ? Une création du sujet qui permet la figuration de coïncidences entre le récit de la plainte et des fragments de scènes primitives faites de violences et d’énigmes autour de ce qu’est un corps, mais encore un tel récit aussi donne un contour de mots au point de jouissance symbiotique enkysté dans le corps réel, autour de la douleur et du symptôme. Il est une fonction de la douleur qui est de donner du corps, la représentation du corps propre se formant notamment par la douleur, le corps du symptôme est impliqué dans la genèse de l’image de ce corps propre. Le roman de la maladie met en narration ce qui, dans la maladie, occupe la fonction d’une nouvelle connaissance de l’organisme. Marie-José Del Volgo rejoint ici un pan très freudien du lien entre mots et corps, qu’avait également souligné Paul-Laurent Assoun (dans Corps et symptôme, tome 2, Paris Anthropos, 1997). Alors que les techniques d’objectivation peuvent réduire le patient à se faire l’objet d’étayage de l’institution, position d’objet qu’il prend pour l’Autre, devenant un objet de soins, de discussion voire de tracas expertaux, un dispositif basé sur l’épreuve du dire permet de balayer le dérisoire d’une co-construction d’un sens malléable et adapté aux schémas convenus qui permettent toutefois au patient de supporter son hospitalisation. Le “roman de la maladie” (l’expression est de Marie-José Del Volgo) se distingue alors d’une parole redondante, causaliste, parole que les idéologies psy façonnent en surabondance, pour devenir le trésor co-construit dans un “instant de dire”, coupure prélevée dans le transfert, événement qui rompt la monotonie du sujet réduit à un corps support de la maladie. Il s’agit de rendre au sujet ce qui lui est particulier, dans un travail singulier.
60 Un patient malade peut être un sujet inventeur. Un tel pari déplace la souffrance du patient. Le corps se recompose dans les lois de la parole et, peut-être du rêve. L’instant de dire borde autrement ce qui, de cette souffrance ne passant dans aucune langue, trouve toutefois hébergement psychique dans les processus transférentiels.
61 Ce livre, toujours clairement écrit, permet de comprendre en quoi cette mise à l’épreuve du dispositif de la psychanalyse dans les services de médecine, permet au renouvellement d’interrogations cliniques et scientifiques sur la clinique psychanalytique. C’est pourquoi il peut vraiment concerner tout clinicien, qu’il travaille ou pas dans une institution médicale de soin.
62 Olivier Douville
Maître de Conférences
Université Paris X Nanterre
Richard Pollack, Bruno Bettelheim ou la fabrication d’un mythe, Traduit de l’américain par Agnès Fonbonne Editions Les empêcheurs de penser en rond, 2003
63 Le treize mars 1990, date anniversaire de l’entrée des Allemands à Vienne, Bruno Bettelheim l’auteur de La forteresse vide, Le cœur conscient, Les enfants du rêve et autres grands succès d’édition, se suicide. Le monde de la psychiatrie de l’enfant et tous ceux qui, nombreux, ont suivi avec passion, durant l’année 1974, les émissions de télévision de Daniel Karlin sur l’Ecole orthogénique, sont sous le choc. Une biographie de Bruno Bettelheim (1903-1990), écrite en 1997 par Richard Pollak, journaliste américain, avait déjà suscité une polémique aux Etats-Unis. Elle vient d’être traduite en français. Cet ouvrage très documenté a déjà fait couler beaucoup d’encre. Les différents journaux, qui en ont rendu compte, n’ont pas manqué de mettre en exergue les mensonges et les turpitudes dont, aux dires de certains de ses anciens patients et collègues, interrogés par l’auteur, se serait rendu coupable le célèbre psychanalyste.
64 Un auteur très, trop ? impliqué…
65 Avant de pénétrer plus avant dans la vie du Dr B., il n’est pas indifférent de connaître les raisons qui ont conduit l’auteur de cette biographie à s’atteler à une telle tâche. Comme il l’explique dans un prologue, il a été confronté personnellement et très intimement à la maladie mentale à travers son frère aîné, Stephen. Ce dernier a en effet intégré, en 1943, l’Ecole orthogénique, dirigée par Bettelheim, avec le diagnostic de pseudo-arriération mentale. Il y est resté cinq années jusqu’à sa mort en 1948. Beaucoup plus tard, en 1969, R. Pollak décide de rencontrer Bruno Bettelheim alors au fait de sa renommée pour évoquer ce frère. A sa grande surprise, il rencontre un praticien haineux lui disant pis que pendre de ses parents qu’il rend responsables, surtout sa mère, de la pathologie du frère voire de sa mort qu’il considère comme ayant été un suicide et non un accident. Bouleversé, le journaliste se souvient du désarroi de sa mère au retour de ses visites chez Bettelheim. Présent lors du décès de son frère, tombé du toit d’une grange et avec lequel il jouait au moment de l’accident, il n’admet pas la thèse du suicide et entre en contact avec Irene Josselyn, psychanalyste qui suivait en parallèle Stephen. Celle-ci lui confirme que des désaccords importants s’étaient fait jour entre le Dr B. et elle-même à propos de Stephen qu’elle récusait aussi bien le diagnostic d’arriération mentale que la thèse du suicide. C’est donc à la suite de ces recherches que l’auteur décide, sans la collaboration du Dr B. qui refuse d’être interviewé, de mieux comprendre qui est ce personnage selon lui “dogmatique, arrogant et cruel” qui fascine l’Amérique et est célèbre dans le monde entier.
66 Le roman d’une vie
67 Bruno Bettelheim naît le 28 août 1903 à Vienne dans une famille juive embourgeoisée, après une sœur Margaret de quatre ans son aînée. C’est un enfant fragile et souffreteux. Il n’est pas allaité par sa mère, Paula, mais par une nourrice, comme cela se fait à l’époque dans les familles bourgeoises. Ses sentiments vis à vis de cette mère vont varier avec le temps et les interlocuteurs. Tantôt il l’accuse d’avoir été une mère rejetante peu faite pour la maternité, tantôt il la décrit sous la forme d’une femme “dévouée et affectueuse qui lui lit des contes de fées, le câline lorsqu’il a des cauchemars et prend soin de lui quand il est malade”. Son père, Anton, est un négociant en bois prospère. Tout bascule en 1907 lorsque ce dernier contracte la syphilis, probablement auprès de prostituées, lorsque sa femme est en vacances avec les enfants. Cette maladie, alors incurable, pèsera lourd sur le climat familial durant vingt ans jusqu’à sa mort dans des souffrances “horribles à voir” en 1926. Bruno qui avait commencé des études d’histoire de l’art à l’université de Vienne, parallèlement à des études de commerce international, est obligé de prendre la succession de son père à la mort de celui-ci et se lance dans un travail qu’il juge ennuyeux et qui l’occupera durant dix ans.
68 Il épouse en 1930 Regina Altstadt, dite Gina, enseignante formée à l’école Montessori et directrice d’une école maternelle, dont il est tombé amoureux dans son adolescence. Celle-ci a beaucoup souffert d’une histoire d’amour malheureuse avec un artiste et accepte ce mariage sans passion avec un homme qu’elle admire et estime. Et le couple Bettelheim s’installe dans une vie tranquille et mondaine. Bruno dirige ses affaires tout en faisant des études d’histoire de l’art avec le profond désir de faire partie de l’intelligentsia de Vienne. Il mène en parallèle une liaison avec Gertrude (Trude) Weinfeld, une collègue de Gina, qui le console du désamour de sa femme qui vient de se prendre de passion pour Joseph Peter Weinmann, un dentiste marié qui s’occupera entre autres de la mâchoire du père de la psychanalyse.
69 Cependant, Bruno Bettelheim souffre de dépression et en adepte de Freud dont il a dévoré les livres dès l’âge de quatorze ans, il consulte le psychanalyste Richard Sterba époux d’Editha. La durée de sa cure reste floue, un an, deux ans, voire plus. Il en est de même pour son début. A-t-il commencé son travail analytique en 1929 ou vraisemblablement plus tard ? L’a-t-il terminé en 1936 date à laquelle son mariage bat de l’aile ? Toujours est-il qu’il confiera bien plus tard que l’unique bienfait qu’il a retiré de ses séances fut de comprendre à quel point la maladie de son père avait pesé sur lui.
70 Donc la vie se déroule paisiblement pour cette famille juive qui reste sourde au bruit des bottes nazies. Bruno Bettelheim qui reprochera violemment aux Juifs de ne pas avoir réagi face aux nazis n’a lui-même rien voulu voir alors que d’autres s’étaient enfuis depuis longtemps. Dans la nuit du 12 au 13 mars 1938 Hitler envahit l’Autriche. L’Anschluss est déclaré. Début mai Bettelheim est arrêté et déporté à Dachau puis à Buchenwald sous le chef d’inculpation : “Juif déporté pour sa propre protection”. Sa femme a pu partir et gagner les Etats-Unis. Trude s’est enfuie en Australie.
71 Fanfaronnades et mensonges
72 Richard Pollak, qui réussit à rendre sensible l’atmosphère qui règne à Vienne avant et autour de l’invasion hitlérienne, s’attache à décrire au plus près la vie de B. Bettelheim dans les camps. Et les mensonges qu’il avait déjà relevés, à savoir le fait que le Dr B. avait menti sur les motifs de son arrestation en s’étant fait passer pour résistant, s’accumulent. En tout cas le 11 mai 1939, le bateau qui transporte Bettelheim accoste en face de Manhattan. Pour s’insérer aux Etats-Unis et obtenir un poste d’enseignant, le jeune immigré va enjoliver son curriculum vitae, s’arrogeant des diplômes qu’il ne possède pas, en particulier en psychologie et en histoire de l’art. Cela lui vaudra la possibilité d’enseigner à l’Université de Rockford puis de devenir le directeur de l’Ecole orthogénique Sonia Shankmann en 1944. Entre temps il a divorcé de Gina et a épousé Trude qui est venue le rejoindre.
73 C’est son intérêt pour l’autisme qui a surtout contribué à la notoriété du Dr B. Cependant, pour Richard Pollak tout est loin d’être clair. En effet, Bruno Bettelheim se serait vanté de guérir 85 % des enfants admis à l’Ecole. Or, le diagnostic de psychose était très souvent porté “à vue de nez” et en excès, sans argumentation clinique sérieuse. Ce chiffre serait donc à revoir largement à la baisse.
74 Dr Bettelheim et Dr Battleheim…
75 Cependant, il y a plus sérieux que les mensonges du Dr B. sur sa vie en camp de concentration, sur ses diplômes ou sur ses succès thérapeutiques. Après tout il était lui-même en situation extrême et qui pourrait lui reprocher de tout avoir tenté pour s’en sortir ? Richard Pollak en convient lui aussi. Ce qui semble plus grave, ce sont les accusations de brutalité voire de “sévices sexuels” portées contre lui. Le bon Dr B. aurait battu les enfants, “pour leur bien”, affirmait-il, voire se serait livré à des attouchements plus que suspects. L’auteur appuie ses dires sur les témoignages d’anciens patients et d’anciens thérapeutes ce qui est, certes, sujet à caution mais, colligées par le journaliste américain, ces accusations jettent un trouble certain sur le personnage du Dr B.
76 Cette biographie très fouillée raconte le roman d’une vie. A savoir l’histoire d’un commerçant en bois Viennois qui devient, du fait de l’Holocauste, le très adulé Dr B., le plus célèbre des psychanalystes (alors qu’il ne fut jamais reconnu par ses pairs), porté aux nues par certains, haï par d’autres. On peut mettre à son actif son intérêt pour l’autisme qui a passionné les spécialistes de l’enfance et, à leur suite, le grand public. Néanmoins, il reste critiqué pour son agressivité envers les mères qu’il a longtemps rendues responsables de la pathologie de leur enfant et pour la brutalité et la perversité dont, selon Richard Pollak, il aurait fait preuve. La description de ce personnage, montré dans toute son ambiguité, n’est probablement pas exempte d’un esprit de vengeance comme l’a récemment souligné Nina Sutton, également journaliste et biographe de Bettelheim. Elle accuse, entre autres, l’auteur du livre d’avoir pillé son propre travail et d’avoir harcelé les témoins. Reste au lecteur à se faire son opinion sur un homme qui a marqué son époque avec ses qualités et ses défauts dont le destin fut façonné par l’Histoire. En toile de fond de cette biographie les évocations de la Vienne d’entre les deux guerres et de l’évolution de l’Amérique d’après guerre ajoutent à l’intérêt du livre.
Danielle Torchin
Médecin généraliste
Serge Tisseron, Journal d’un psychanalyste, Textes et dessins., Editions Calmann-Lévy/Ramsay, 2003
77 Après les vacances… la rentrée et le temps des retrouvailles avec les patients du cabinet, de l’institution. Dans cette période d’entre deux, la couverture du dernier album de bandes dessinées de Serge Tisseron exerce une forte attraction sur le clinicien. On y découvre une psychanalyste “hors cadre” : en maillot de bain sur la plage, elle prend des notes à l’abri d’un parasol entourée d’analysants allongés “sous le soleil exactement”.
78 Nostalgique, la scène restitue bien des souvenirs de sable fin où l’attention ne peut pas totalement se déconnecter de son fonctionnement professionnel avec les voisins de plage tout en étant ravie d’être libre de l’intendance d’un cadre thérapeutique. Réaliste, elle atteste de l’inertie psychique des vacances dans le quotidien de la reprise et de ses conflits de séparation/retrouvailles.
79 On le sait, Tisseron cumule les cordes à son arc. Spécialiste des secrets de famille, il a aussi beaucoup travaillé sur les relations que nous entretenons avec les images et les objets du quotidien. Pourtant ne nous y trompons pas, au-delà de cette diversité, les bandes dessinées s’imposent dans son parcours comme une véritable diagonale : il rédige sa thèse de médecine sous la forme d’une BD, se focalise sur les secrets de famille à travers son étude des albums de Tintin (1985), leur réserve une étude psychanalytique (1987) qui contient bon nombre des thématiques qui vont structurer ses ouvrages ultérieurs dédiés à l’image.
80 Qu’il choisisse alors ce médium pour nous livrer des fragments de sa pratique d’analyste ne relève pas du badinage : c’est certainement un acte identitaire signifiant et une authentique signature théorique.
81 À chaque page de cet album correspond une pièce du puzzle d’une séance. En temps réel, les propos de l’analysant sont mis en scène. Bien sûr, dans les “bulles” de tailles et de formes contextualisées, le discours est présent et offre un fil rouge au lecteur. Mais de multiples modifications formelles viennent traduire la musique des affects et suggérer les pépites de l’inconscient. De fait, Tisseron donne au cadre formel de la BD une grande plasticité : il modifie, selon, la taille de chaque image, l’encadrement -d’autant plus présent ponctuellement que souvent absent-, la texture, la couleur du fond. L’auteur de L’érotisme des étoffes (1987) fait aussi changer les habits et le recouvrement du divan.
82 Alors que la trame graphique et narrative est a priori inlassablement répétitive : le flanc gauche d’un analysant dessiné sur un divan (englobant, rarement, une psychanalyste ou ses propos), les modifications des expressions du visage et de toutes ces variables restituent bien l’ancrage archaïque du sujet et les enjeux de contenance de la cure. Ainsi, la météo du moi corporel de l’analysant, la radicalité et la compulsion de répétition de la conflictualité inconsciente et les subtiles interactions entre analysant et analyste sont bien rendues par la rencontre induite par la BD. La synergie de la vision fovéale du lecteur centrée sur le texte et de sa vision périphérique offerte à ces variations restitue bien la complexité des contenus transféro/contre-transférentiel.
83 Au fond, ce n’est pas un hasard si Tisseron a complété la classique description des fonctions de représentation et de transformation de l’image en insistant sur leur rôle d’enveloppe (1995). Cette proposition doit certainement beaucoup à sa proximité avec la BD. C’est donc un juste retour des choses si il étaye son désir de figuration sur elle pour nous livrer des fragments de la complexe alchimie de l’intimité de la cure.
84 A la fin de l’ouvrage, Tisseron compose une série de pages de notes de l’analyste en séance qui, tour à tour s’interroge sur l’analysant, sur lui-même, dessine… ou complète sa liste de courses. L’auteur y affirme élégamment combien l’inconscient n’est pas le seul fait du patient mais bien le territoire commun de la cure. Dans cet esprit, je suggère à Tisseron de mettre la barre un peu plus haute dans le prochain album en positionnant page de gauche sa classique BD, essentiellement centrée sur l’analysant, et, page de droite, la feuille de notes de l’analyste. En donnant à voir et à lire la stéréophonie de cette co-construction, l’exploration graphique inédite de la danse interactive inconsciente y gagnerait en profondeur.
85 En attendant, analystes confirmés ou apprentis, analysants vieux routard du divan, en rodage ou virtuels trouveront dans la lecture de ce présent journal l’occasion d’une expérience originale : la rencontre de l’espace psychique du lecteur de BD (passé ou actuel) avec celui du cadre analytique. Et, il faut accorder à Tisseron d’insuffler à cette alliance humour, (im)pertinence et créativité qui constituent, finalement, un plaidoyer tout public bienvenu en faveur de la cure psychanalytique.
86 Sylvain Missonnier
87 Maitre de conférences
Université Paris X Nanterre
Le Carnet/PSY (n° 73, juin 2002) a publié une large interview de S. Tisseron et une bibliographie de ses principaux ouvrages.
PLAN DE L'ARTICLE
- catherine chabert, Le féminin mélancolique, Editions PUF, 2003
- marie depussé et jean oury, A quelle heure passe le train ?, Conversations sur la folie, Editions Calmann-Lévy, 2003
- alain braconnier, Daniel Widlöcher, Editions PUF, Collection Psychanalystes d’aujourd’hui, 2003
- janine altounian, L’écriture de Freud, Editions PUF, 2003
- Marie-José Del Volgo, La douleur du malade, Editions Erès, 2003
- Richard Pollack, Bruno Bettelheim ou la fabrication d’un mythe, Traduit de l’américain par Agnès Fonbonne Editions Les empêcheurs de penser en rond, 2003
- Serge Tisseron, Journal d’un psychanalyste, Textes et dessins., Editions Calmann-Lévy/Ramsay, 2003
POUR CITER CET ARTICLE
« Notes de lectures », Le Carnet PSY 7/2003 (n° 84), p. 12-26.
URL : www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2003-7-page-12.htm.
DOI : 10.3917/lcp.084.0012.

















