La lettre de l'enfance et de l'adolescence 2005/4
La lettre de l'enfance et de l'adolescence
2005/4 (no 62)
118 pages
Editeur
I.S.B.N. 2749204429
DOI 10.3917/lett.062.86
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Dossier : jalousie et envies - Clinique, pratiques

Vous consultezUn atelier d’écriture : les mots qui domptent

AuteurFrançoise Mével[*] [*] Françoise Mével, psychopédagogue. ...
suite
du même auteur



Au fil d’écrits jetés puis retravaillés dans un atelier d’écriture mis en place depuis trois ans dans un imp, Institut médico-psychopédagogique, auprès de jeunes filles de 15 à 17 ans, le tumulte pulsionnel et passionnel s’apprivoise.

2 Mettre des mots sur les « choses » pour ne pas être englouti par les « choses » et leur donner statut symbolique.

3 Alors que sont ces « choses » ?

4 Nous les choisissons, à moins qu’elles ne nous choisissent, en fonction de préoccupations qui envahissent et terrassent.

5 Le chagrin d’amour, la haine, le plaisir, manger, la peur, la gifle, l’ennui, l’envie.

6 L’écriture propose, alors, un plaisir d’évocation, une mise en histoire de son ressenti, un effet de sens.

7 Écrire ouvre ainsi, aux déploiements des émotions, à une attention pour le monde intérieur, à une rencontre, parfois inattendue avec l’objet interne.

8 Avoir envie, être jaloux : les mots eux-mêmes portent les stigmates de la signification :

L’un s’adresse à l’avoir, l’autre à l’être ;L’un dénie l’altérité, l’autre la rencontre ;L’un tout puissant attaque, l’autre vaincu souffre ;Pour l’un, c’est le triomphe de la pulsion de mort et le meurtre du désir, du côté de Thanatos ;Pour l’autre, c’est l’exaltation de l’amour souvent brisé mais du côté d’ Eros.

L’envie : au fond de l’être, « la joie mauvaise » tapie

9 « L’objet naît dans la haine. » Cette haine qui consiste à pénétrer l’objet pour le détruire rejoint la définition de l’envie écrite par Melanie Klein en 1957 référence : « Je considère que l’envie est l’expression sadique-orale et sadique-anale des pulsions destructrices ; elle opère dès le début de la vie et a une base constituelle. »

10 Tous ces éléments béta, projetés à l’extérieur ont pour destin d’être détoxiqués par une fonction contenante alpha qui les restitue apaisés, au sujet. Celui-ci délesté d’un chaos interne peut alors envisager la présence d’un autre « suffisamment bon ».

11 Ce socle structurel de possession haineuse et destructrice archaïque, fondement du sujet, anime l’être : c’est-à-dire le rend humain, dépendant de la réponse d’un autre.

12 Lorsque l’envie terrasse le nourrisson, lorsque la rage destructrice malmène l’objet-sein et que l’adulte nourricier ne peut y faire front en y donnant sens, alors l’autre n’existera plus que dans la relation d’objet à détruire.

13 Le sujet demeurera en proie à la tourmente de la possession non identifiée.

La jalousie : modalité de lien social

14 Lorsque cet autre accueille cette violence fondamentale sans être lui-même détruit, il va permettre au nourrisson d’émerger du chaos.De ces premières sensations contenues va se construire la subjectivité de l’autre qui d’objet partiel à détruire pour la satisfaction immédiate va devenir objet total à investir et à... jalouser.

15 « Le prêt à fantasmer » issu de la matrice originaire de signification constituée par les interactions mère-bébé va conduire l’enfant à construire l’objet.

16 À la différence de l’envie qui s’adresse à l’objet partiel à détruire, la jalousie, elle s’adresse à un objet repéré.

17 La jalousie renvoie au fantasme de scène primitive.

18 La mise en scène de l’exclusion de l’enfant de cette scène fondatrice va le tarauder mais le conduire aussi à l’élaboration des manques qui le constitueront.

19 De même, ce nourrisson, ce frère ogresque « pendu à la mamelle » va le faire souffrir mais le conduira vers les chemins de la socialisation : ainsi sera le destin du complexe d’intrusion, théorisé par Lacan citant les confessions de Saint Augustin.

20 La capacité de liaison reste, là, à l’œuvre.

L’Atelier d’écriture

J’en vie de toi,Et je déteste si ce n’est pas toi.Je suis en sueur et j’ai hurléJ’en vie de toi ;Mais t’es jamais là.J’en vie de toi.Je te vois pas, je te sens pas.J’ai mal au cœur à te tuer.J’en vie de toiJe suis malheureuse quand tu m’attaquesEt c’est la guerre que j’ai envieTu es, tu es, pour te tuerMais j’ai envie d’avoir tes « je »Pour te les prendre et pas les rendre.J’envie mamanJ’ai mal au cœurJe me suis fait attaquer par deux dents.L’arme du crime n’est pas convenable.Je peux tout manger, mamanLa mordre, la mordre au sangJ’envie maman.Je l’aime, je l’aime, je le veux.Je le déteste parce qu’ il veut pas ;C’est avec l’autre qu’il embrasse.Alors, moi, je brûle du fond du ventreC’est moi, c’est moi, je t’en prieQui t’aime ou c’est la mort.Je suis jalouse :Elle va me la prendre et j’aurai rien.Rien, rien, rien, ça je le sensC’est dans mon ventreC’est comme la mort.Je suis jalouse de ma sœurElle me fait peurJe veux lui prendreTout ce qu’elle joueMais c’est avec son doudouQue je percerai les yeux.

Conclusion

21 Que ce soit l’envie suscitée par un environnement défaillant ou par la suprématie de l’instinct de mort sur la libido,l’envie marque au fer rouge tant l’élaboration de la position dépressive que la triangulation œdipienne

22 L’envie, de par son apparition précoce préside aux assises narcissiques. (Plus tard, ce sera une revanche sur le narcissisme piétiné.)

23 Et de son élaboration,en dépendra son destin :

24 Fixation à une omnipotence infantile et le sujet restera la proie de tourments internes, rejouant la souffrance à l’objet primaire auquel il restera à jamais fixé.

25 De cet objet primaire rien ne pourra être introjecté qui comblerait une avidité sans limite.

26 Le jaloux, lui, aura une histoire à trois : rivalité fraternelle, conflit œdipien le tenailleront, certes, mais il y appréhendera le réel de l’objet. Il y aura un va et vient possible entre le sujet et l’objet et c’est l’angoisse de la perte de l’objet aimé qui le meurtrira. La jalousie se vivra alors en effondrement dépressif.

27 « Masque trompeur de la dépression » ainsi Racamier définissait-il la jalousie.

Bibliographie

Bibliographie

Klein, M. Envie et gratitude, Gallimard.

Lacan, J. Les complexes familiaux, Navarin, 1984.

Guignard, F. Jalousies, « L’envie, terre de désolation » rfp.

Racamier, P.-C. L’évolution psychiatrique, « Agression et jalousie : deux singuliers visages de la dépression ».

 

Notes

[ *] Françoise Mével, psychopédagogue.Retour

Résumé

Avoir envie, être jaloux, un atelier d’écriture, par la métaphore poétique, déroule ces tumultes.

Mots-clés

atelier d’écriture, monde interne, envie, jalousie


PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Françoise Mével « Un atelier d'écriture : les mots qui domptent », La lettre de l'enfance et de l'adolescence 4/2005 (no 62), p. 83-86.
URL :
www.cairn.info/revue-lettre-de-l-enfance-et-de-l-adolescence-2005-4-page-83.htm.
DOI : 10.3917/lett.062.86.