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S'inscrire Alertes e-mail - La lettre de l'enfance et de l'adolescence Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezUn atelier d’écriture : les mots qui domptent
AuteurFrançoise Mével[*] [*] Françoise Mével, psychopédagogue. ...
suitedu même auteur
Au fil d’écrits jetés puis retravaillés dans un atelier d’écriture mis en place depuis trois ans dans un imp, Institut médico-psychopédagogique, auprès de jeunes filles de 15 à 17 ans, le tumulte pulsionnel et passionnel s’apprivoise.
2 Mettre des mots sur les « choses » pour ne pas être englouti par les « choses » et leur donner statut symbolique.
3 Alors que sont ces « choses » ?
4 Nous les choisissons, à moins qu’elles ne nous choisissent, en fonction de préoccupations qui envahissent et terrassent.
5 Le chagrin d’amour, la haine, le plaisir, manger, la peur, la gifle, l’ennui, l’envie.
6 L’écriture propose, alors, un plaisir d’évocation, une mise en histoire de son ressenti, un effet de sens.
7 Écrire ouvre ainsi, aux déploiements des émotions, à une attention pour le monde intérieur, à une rencontre, parfois inattendue avec l’objet interne.
8 Avoir envie, être jaloux : les mots eux-mêmes portent les stigmates de la signification :
L’envie : au fond de l’être, « la joie mauvaise » tapie
9 « L’objet naît dans la haine. » Cette haine qui consiste à pénétrer l’objet pour le détruire rejoint la définition de l’envie écrite par Melanie Klein en 1957 référence : « Je considère que l’envie est l’expression sadique-orale et sadique-anale des pulsions destructrices ; elle opère dès le début de la vie et a une base constituelle. »
10 Tous ces éléments béta, projetés à l’extérieur ont pour destin d’être détoxiqués par une fonction contenante alpha qui les restitue apaisés, au sujet. Celui-ci délesté d’un chaos interne peut alors envisager la présence d’un autre « suffisamment bon ».
11 Ce socle structurel de possession haineuse et destructrice archaïque, fondement du sujet, anime l’être : c’est-à-dire le rend humain, dépendant de la réponse d’un autre.
12 Lorsque l’envie terrasse le nourrisson, lorsque la rage destructrice malmène l’objet-sein et que l’adulte nourricier ne peut y faire front en y donnant sens, alors l’autre n’existera plus que dans la relation d’objet à détruire.
13 Le sujet demeurera en proie à la tourmente de la possession non identifiée.
La jalousie : modalité de lien social
14 Lorsque cet autre accueille cette violence fondamentale sans être lui-même détruit, il va permettre au nourrisson d’émerger du chaos.De ces premières sensations contenues va se construire la subjectivité de l’autre qui d’objet partiel à détruire pour la satisfaction immédiate va devenir objet total à investir et à... jalouser.
15 « Le prêt à fantasmer » issu de la matrice originaire de signification constituée par les interactions mère-bébé va conduire l’enfant à construire l’objet.
16 À la différence de l’envie qui s’adresse à l’objet partiel à détruire, la jalousie, elle s’adresse à un objet repéré.
17 La jalousie renvoie au fantasme de scène primitive.
18 La mise en scène de l’exclusion de l’enfant de cette scène fondatrice va le tarauder mais le conduire aussi à l’élaboration des manques qui le constitueront.
19 De même, ce nourrisson, ce frère ogresque « pendu à la mamelle » va le faire souffrir mais le conduira vers les chemins de la socialisation : ainsi sera le destin du complexe d’intrusion, théorisé par Lacan citant les confessions de Saint Augustin.
20 La capacité de liaison reste, là, à l’œuvre.
L’Atelier d’écriture
Conclusion
21 Que ce soit l’envie suscitée par un environnement défaillant ou par la suprématie de l’instinct de mort sur la libido,l’envie marque au fer rouge tant l’élaboration de la position dépressive que la triangulation œdipienne
22 L’envie, de par son apparition précoce préside aux assises narcissiques. (Plus tard, ce sera une revanche sur le narcissisme piétiné.)
23 Et de son élaboration,en dépendra son destin :
24 Fixation à une omnipotence infantile et le sujet restera la proie de tourments internes, rejouant la souffrance à l’objet primaire auquel il restera à jamais fixé.
25 De cet objet primaire rien ne pourra être introjecté qui comblerait une avidité sans limite.
26 Le jaloux, lui, aura une histoire à trois : rivalité fraternelle, conflit œdipien le tenailleront, certes, mais il y appréhendera le réel de l’objet. Il y aura un va et vient possible entre le sujet et l’objet et c’est l’angoisse de la perte de l’objet aimé qui le meurtrira. La jalousie se vivra alors en effondrement dépressif.
27 « Masque trompeur de la dépression » ainsi Racamier définissait-il la jalousie.
Bibliographie
Bibliographie
Klein, M. Envie et gratitude, Gallimard.
Lacan, J. Les complexes familiaux, Navarin, 1984.
Guignard, F. Jalousies, « L’envie, terre de désolation » rfp.
Racamier, P.-C. L’évolution psychiatrique, « Agression et jalousie : deux singuliers visages de la dépression ».
Notes
[ *] Françoise Mével, psychopédagogue.
Résumé
Avoir envie, être jaloux, un atelier d’écriture, par la métaphore poétique, déroule ces tumultes.
Mots-clés
atelier d’écriture, monde interne, envie, jalousiePLAN DE L'ARTICLE
- L’envie : au fond de l’être, « la joie mauvaise » tapie
- La jalousie : modalité de lien social
- L’Atelier d’écriture
- Conclusion
POUR CITER CET ARTICLE
Françoise Mével « Un atelier d'écriture : les mots qui domptent », La lettre de l'enfance et de l'adolescence 4/2005 (no 62), p. 83-86.
URL : www.cairn.info/revue-lettre-de-l-enfance-et-de-l-adolescence-2005-4-page-83.htm.
DOI : 10.3917/lett.062.86.



