Le Mouvement Social 2005/2
Le Mouvement Social
2005/2 (no 211)
136 pages
Editeur
Revue précédemment diffusée par les Éditions Ouvrières (jusqu'en 1993), puis par les Éditions de l'Atelier (de 1993 à 2007).

DOI 10.3917/lms.211.0083
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Vous consultezLes services dans une société industrielle et socialiste [1] [1] Je tiens à remercier Renate Hürtgen (philosophe-historienne,...
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 : le cas de la RDA, 1949-1989

AuteurSandrine Kott[*] [*] Professeure d’histoire de l’Europe à l’Université...
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du même auteur



Ensemble flou à définition changeante [2] [2] Voir à cet égard la très utile introduction de J. GADREY,...
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, le secteur des services constitue pour certains courants de la sociologie et de l’économie occidentale un indice du degré de modernisation d’une société. Selon les analyses du sociologue américain Daniel Bell [3] [3] D. BELL, Vers la société post-industrielle, Paris, R. ...
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, la société de services succèderait dans les pays les plus développés et les plus prospères à la sociétéindustrielle. Économiquement, la fabrication des biens industriels serait abandonnée au profit des services, tandis que, socialement, les ouvriers céderaient la place aux employés, techniciens et professions intellectuelles. Le développement des services serait ainsi tout à la fois l’indice et le moteur d’une mutation économique, sociale, voire politique majeure.

2 Cette représentation à l’ambition universelle est en contradiction avec celle des partis au pouvoir dans les pays socialistes. Jusqu’en 1989, la grande entreprise industrielle y demeure officiellement le principe organisateur de l’économie et de la société. Cette primauté de l’industrie répond à une injonction idéologique transformée, par la planification socialiste, en réalité économique; elle est enfin une expérience quotidienne pour les acteurs individuels et collectifs de ces pays. C’est tout particulièrement le cas en RDA, modèle le plus achevé de société « centrée autour de l’entreprise industrielle ». Celle-ci y représente une réalité économique de première grandeur [4] [4] La part de la population active employée dans les grands...
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, elle est constituée en lieu et instrument privilégié de la construction du socialisme d’État et en une sorte de vitrine du régime dont elle est chargée d’incarner la réussite. Dans les images de propagande, l’ouvrier, en étroite association avec le « travailleur » intellectuel, demeure jusqu’à la fin la figure héroïque par excellence [5] [5] Je me permets ici de renvoyer à mon ouvrage : S. KOTT,...
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.

3 On chercherait en vain une représentation équivalente du tertiaire. Officiellement ce secteur n’est pas même identifié comme tel dans les statistiques et il ne fait l’objet d’aucune analyse économique ou sociologique [6] [6] La sociologue est-allemande Simone KREHER affirme que la...
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. C’est dans les magazines satiriques [7] [7] En particulier le Eulenspiegel. ...
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, dans les milliers de lettres de requête (Eingaben) envoyées par les citoyens aux différentes instances politiques qu’il faut chercher des représentations du secteur des services [8] [8] F. MüHLBERG, « Wenn die Faust auf den Tisch schlägt. . . ...
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. Celles-là sont peu glorieuses : vendeuses grincheuses dispensant au compte-gouttes des biens rares et convoités, transports bondés et polluants, entreprises de laverie ou de réparation détruisant ou perdant linge, chaussures ou autres objets. La liste des images négatives associées au service dans les opinions publiques des pays socialistes en général est longue.

4 Doit-on en déduire que ces pays, et le plus « moderne » d’entre eux, la RDA, auraient raté le « tournant modernisateur » du service ? En réalité, à la fin des années 1980, selon diverses évaluations, plus de 40 % de la population active de la RDA auraient été employés dans une activité de service [9] [9] Voir en particulier K. STEINITZ, « Zur Entwicklung des...
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, constituant une sorte de « classe cachée » [10] [10] Selon l’expression de l’historien de l’URSS D. ORLOVSKI,...
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dans la société est-allemande. Les réalités économiques et sociales que le terme recouvre n’ont donc pas été inexistantes dans les pays socialistes, mais surtout, même s’ils n’ont pas été pensés officiellement comme un secteur autonome, l’utilité des services n’a pas été ignorée par les autorités politiques qui organisent l’économie dans le cadre du plan. Sous des formes et des appellations diverses, la question des services a en réalité constitué une préoccupation politique constante des responsables est-allemands depuis le milieu des années 1950. Ce sont ces formes et ces appellations spécifiques qu’il importe de restituer afin de comprendre comment fonctionne « une société de services socialiste » et plus largement, par contraste, afin de pouvoir s’interroger sur les représentations qui y sont associées dans les pays occidentaux.

Les services, un secteur caché dans le socialisme ?

5 Dans les statistiques officielles de RDA les services ne sont pas comptabilisés en tant que secteur économique autonome, tandis qu’à partir des années 1960, les employés sont regroupés avec les ouvriers au sein d’une vaste catégorie sociale. Cette invisibilité du tertiaire est liée à la manière dont les réalités économiques et sociales ont été appréhendées dans ce pays.

Les services, un secteur non productif

6 Dans certains de ses textes économiques [11] [11] Voir en particulier K. MARX, Le Capital, volume I, Contribution...
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Karl Marx réfléchit à la notion de travail producteur de valeur et de plus-value, ce qui, comme ses prédécesseurs classiques, le conduit à établir une distinction entre des travaux productifs – ou producteurs de plus-value – et des travaux improductifs. L’importance et la signification de cette distinction ont fait l’objet de débats parmi les exégètes de la pensée de Marx. Il semble toutefois avéré que celui-ci ait plaidé pour une historicisation de cette distinction, ce qui n’a pas empêché les dirigeants des pays communistes d’en donner une interprétation fixiste et mécaniste [12] [12] Pour une analyse critique, voir G. BENSUSSAN, G. LABICA...
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. La distinction entre un secteur productif (industriel et agricole) et un secteur improductif (services) a constitué le soubassement idéologique de la politique économique des partis communistes d’Europe de l’Est et de leur orientation « industrialiste ». La comptabilité nationale de ces pays ne prend en compte que les biens matériels tandis que les services y apparaissent comme des coûts sociaux. Dans les nomenclatures et statistiques officielles, les services, y compris marchands, ne sont jamais répertoriés autrement que sous l’expression de « secteur improductif ». Cette représentation négative se traduit par un sous-investissement dans un secteur presque entièrement étatisé à l’issue de la dernière grande vague de nationalisations du début des années 1970 [13] [13] Sur tout ceci voir F. KLINGER, « Zur Entwicklung vom Produktions-...
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. Entre 1960 et 1989,60 % des investissements de l’économie nationale est-allemande sont effectués dans le secteur industriel et agricole. Dans celui des transports, ils diminuent de manière constante entre 1965 et 1989 (8,9 à 6,5 %) alors que l’infrastructure se détériore rapidement [14] [14] B. CIESLA, H. TRISCHLER, « Die andere Verkehrsnot. Verkehrspolitik...
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. Soulignons toutefois que tous les services ne font pas l’objet du même abandon. Les services collectifs non marchands : santé, éducation, culture sont mieux, voire bien dotés [15] [15] D’après K. STEINITZ, « Zur Entwicklung. . .  », art. ...
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et surtout, la bureaucratie d’État, en particulier tout ce qui relève de la sécurité : Stasi, armée, police qui devrait faire l’objet d’un article en soi dispose de moyens pléthoriques et en accroissement constant [16] [16] Sur la police populaire voir T. LINDENBERGER, Volkspolizei. ...
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.

7 Ce sous-investissement caractérise donc d’abord les services marchands aux ménages et aux particuliers (notamment le commerce de détail, les transports, le service après-vente). Il ne s’explique pas exclusivement par des choix idéologiques. Cette carence constitue aussi une réponse aux contraintes économiques spécifiques de la RDA, prise dans une contradiction qui n’a cessé de se développer entre l’aspiration à l’autarcie économique d’une part et la forte dépendance à l’égard des pays du CAEM, en particulier de l’URSS (38 % des échanges internationaux de la RDA en 1981), d’autre part [17] [17] Dans le cadre de la spécialisation socialiste, et surtout...
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. La RDA doit en effet livrer au « grand frère » des produits industriels en grande quantité contre des matières premières indispensables. C’est en partie pour répondre à cette double contrainte, dans un contexte de pénurie permanente de main-d’œuvre et de moyens, que les investissements dans l’industrie ont été systématiquement privilégiés.

8 Ainsi s’explique que les services aux particuliers, considérés comme socialement nécessaires par les dirigeants politiques mais qui leur apparaissent comme économiquement non productifs, aient été, au moins dans les premières décennies du régime, partiellement financés et pris en charge par les entreprises industrielles. Celles-ci, mieux dotées en ressources, jouent alors le rôle d’une sorte de premier échelon de redistribution de la richesse nationale. C’est dans ce cadre que se développe une grande partie, mais pas la totalité, de l’activité de service socialiste.

Dans la « dépendance » de l’industrie

9 Précisons-le d’emblée, les entreprises sont d’abord, et ce jusqu’à la fin du régime, prestataires de services pour leurs propres besoins. Chaque grande entreprise possède ainsi son propre service de transport, voire de courrier et de réparation, y compris pour répondre aux demandes des personnes privées [18] [18] Ce service est particulièrement développé dans les entreprises...
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.

10 Mais c’est aussi au sein de l’entreprise industrielle que s’organise une partie des services aux particuliers qui relèveraient ailleurs d’un secteur tertiaire indépendant. Culture, éducation, santé mais aussi commerce de détail, réparation et entretien sont directement organisés et subventionnés par les grandes entreprises au bénéfice de leur main-d’œuvre, mais aussi des habitants du quartier dans lequel elles sont implantées [19] [19] Dès les années 1950, le parti prend soin de souligner...
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.

11 Dans les années de l’immédiat après-guerre, la satisfaction des besoins élémentaires des salariés constitue une priorité : la distribution de repas dans les cantines, d’habits ou de combustibles, le ravitaillement, le logement, les soins. Si les entreprises de services, tout particulièrement les commerces, se développent à partir des années 1960, nous y reviendrons, les grandes entreprises conservent jusqu’à la fin cette fonction « nourricière »; on trouve ainsi jusque dans les années 1980 dans les magasins d’État (Handelsorganisation, HO) qu’elles abritent des produits de consommation plus difficiles à se procurer ailleurs. La fourniture d’un repas chaud à très faible prix constitue encore dans cette période une priorité et le premier poste des dépenses non productives des entreprises [20] [20] Sur l’importance de la nourriture dans la politique sociale...
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. En 1987, selon les chiffres officiels, 80 % des salariés de RDA y déjeunent [21] [21] I. DEICH, W. KOHTE, Betriebliche Sozialeinrichtungen, Opladen,...
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.

12 C’est l’ordonnance du 10 décembre 1953, complétée par celle de 1954, qui a institutionnalisé cette mission de l’entreprise et a donné le coup d’envoi à une politique d’équipement en cantines, logements, maisons de la culture, bibliothèques, crèches et jardins d’enfants, colonies et camps de vacances pour enfants et adultes, activités sportives et culturelles. À partir de 1957, le fonds culturel et social de l’entreprise, géré conjointement par son directeur et la direction du syndicat, en assure le financement. L’importance de cette « mission sociale de service » est apparue très clairement dans la période de la transition. De nombreuses entreprises industrielles ont dû fermer [22] [22] Sur la question de la transition économique voir parmi...
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et quand elles ont été reprises par des entrepreneurs privés ceux-ci se sont délestés de ce tiers secteur, qu’ils ont considéré, au terme d’un très intéressant retournement, comme « improductif ». Ces fermetures et abandons ont laissé un vide béant dans l’encadrement social local qui, jusqu’à aujourd’hui, n’a pas été compensé [23] [23] C’est le cas tout particulièrement de toute l’infrastructure...
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.

13 Ces services rendus par les entreprises à ses salariés sous forme d’une politique « sociale » [24] [24] L’expression est plaquée ici sur une réalité qui se...
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couvraient en effet des domaines qui dans les catégories de l’économie occidentale relèvent de services marchands (restauration, commerce) mais aussi du service public (enseignement). Ils satisfaisaient les besoins immédiats des individus (services aux particuliers) mais participaient également d’une infrastructure collective sanitaire et éducative (services collectifs). Cette politique témoigne donc de la grande élasticité de la notion de « service social » dans les pays socialistes et de l’ampleur corrélative de la mission des entreprises.

14 Selon les chiffres officiels, 75 % des salariés de RDA sont ainsi suivis médicalement à la fin des années 1980 au sein des entreprises [25] [25] G. TIETZE, G. WINKLER, Sozialpolitik im Betrieb : soziale...
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. Elles disposent toutes de centres de premiers secours dans les ateliers et d’un dispensaire, voire, pour les plus importantes, d’une polyclinique [26] [26] Légalement, seules les entreprises de plus de 40 000 salariés...
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. Les entreprises constituent également le centre d’une politique culturelle « socialiste »; des bibliothèques, des clubs ou maisons de la culture en constituent l’infrastructure [27] [27] Les maisons de la culture sont plus grandes que les clubs. ...
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qui accueillent, généralement gratuitement, des représentations et spectacles culturels, des cercles artistiques, des discussions avec des artistes et des écrivains [28] [28] Sur tout ceci voir S. KOTT, « À la recherche d’une...
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. Enfin, sur les 80 % de jeunes de 16 ans qui entreprennent une formation professionnelle comme apprentis en 1987, 46 % sont formés dans des écoles professionnelles industrielles généralement situées dans les entreprises elles-mêmes [29] [29] C’est le cas de 716 des 956 écoles existantes :...
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. La réorganisation de l’apprentissage en 1959, puis la loi de 1965 [30] [30] La loi de 1965 réorganise l’enseignement en RDA. Elle...
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confèrent à ces écoles professionnelles un rôle essentiel dans la formation des jeunes en RDA. Au terme de trois années, certains d’entre eux peuvent d’ailleurs y préparer le baccalauréat [31] [31] En sus de l’école professionnelle, l’entreprise prend...
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. À partir de 1959, les académies d’entreprise (Betriebsakademie) complètent les réseaux des écoles professionnelles et permettent aux salariés, comme aux habitants du quartier, de suivre une formation permanente.

15 Cette mission éducatrice de l’entreprise est guidée par une triple logique : de formation idéologique, de contrôle politique et d’efficacité économique. L’enseignement qui y est dispensé met le jeune le plus tôt possible au contact du monde du travail et assure sa formation et promotion sociale au sein de l’entreprise socialiste. Il y est socialisé dans des ateliers qui jouent le rôle de première instance d’encadrement et de disciplinarisation. Enfin la formation « maison » permet d’orienter les jeunes vers les branches économiques favorisées par le régime tandis que, dans un contexte d’éternelle pénurie de main-d’œuvre, l’entreprise s’assure une réserve de salariés. Ce triple objectif : idéologique, de contrôle social et d’organisation économique constitue le soubassement de la plupart des activités « sociales de service » au sein des entreprises et s’inscrit, sous cette forme, dans un projet politique global. Cette analyse peut d’ailleurs être étendue à l’ensemble des activités de service en RDA, y compris celles qui se déploient à l’extérieur des entreprises industrielles (transport, communication, banques, commerces) car si le tertiaire constitue un secteur économique caché, les activités de services ne se sont pas imposées subrepticement à des hommes politiques obnubilés par la production de biens industriels. Elles résultent de décisions politiques; c’est leur logique qu’il importe maintenant de restituer pour tenter de saisir la nature et l’objectif des services en économie socialiste.

Les objectifs changeants des « politiques » de services

16 Les dirigeants du SED ont tardivement posé le « service » (Dienstleistung) aux particuliers comme problème politique [32] [32] Voir le XIe congrès du parti au pouvoir, le...
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. Toutefois les réalités économiques et sociales désignées par ce terme ont, de manière constante, mais sous des appellations diverses, fait l’objet de réflexions, voire de décisions politiques qui ont répondu à des objectifs changeants. À la fin des années 1970, les économistes se sont saisis de l’objet « service » (dans son sens le plus large) comme d’un élément indispensable de l’infrastructure. Mais déjà depuis le milieu des années 1950 et surtout depuis la fin des années 1960, le service était vu comme une nécessité sociale, un moyen de répondre aux besoins de la population et de la satisfaire. Enfin (mais cette liste ne prétend pas à l’exhaustivité) le service a été pensécomme un instrument de la transformation sociale et politique.

Les services comme projet de transformation de la société

17 Après la grande pénurie et les chantiers des années 1950, les années 1960 sont celles de la « consolidation du socialisme ». Cette expression officielle n’est pas seulement de propagande, ces années sont celles des grands projets d’organisation sociale et économique : nouvelle politique économique [33] [33] Sur le nouveau système économique la synthèse la plus...
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, voie de Bitterfeld dans le domaine culturel et surtout mouvement des brigades, celles-ci étant conçues comme le fondement d’une organisation collective de la société [34] [34] Voir en français également pour la bibliographie S. KOTT,...
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. La sphère productive – l’entreprise – est alors constituée en centre de la vie sociale. Pour libérer les énergies au profit du travail productif dans l’entreprise, il importe de soulager les individus, les femmes en particulier, du travail domestique. Outre sa dimension économique et sociale cette politique s’inscrit dans le projet émancipateur formulé en 1884 par Friedrich Engels dans L’origine de la famille et repris par les textes officiels [35] [35] « Les moyens de production passant à la propriété commune,...
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. Pour Engels, la libération des « servitudes » domestiques au moment où « l’économie domestique privée se transforme en une industrie sociale » [36] [36] Ibid. ...
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constitue une des conditions de la libération des femmes. En 1967, un rapport de la commission féminine du syndicat unique, le FDGB, s’ouvre par ces termes : « Le travail domestique et le soin des enfants sont des tâches chronophages et primitives [...]. Ces tâches improductives [...] doivent être considérées comme un facteur essentiel retardant la réalisation de la législation socialiste en faveur de l’émancipation totale des femmes ». Suit alors un programme complet de « rationalisation du foyer individuel [...] grâce à une socialisation du travail domestique ». La préparation des repas, le nettoyage des habits, la garde des enfants doivent être collectivisés pour répondre à des objectifs de rentabilité économique et de gain de temps [37] [37] BA SAPMO (Archives fédérales, fonds du parti et des organisations...
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. C’est dans le domaine de la petite enfance que ce programme a été le plus complètement réalisé. À partir des années 1950, un réseau de crèches et de jardins d’enfants (majoritairement municipaux) est progressivement édifié. En 1987, environ 80 % des enfants de 0 à 3 ans peuvent être accueillis en crèche [38] [38] Ce taux est exceptionnellement élevé. Il est actuellement...
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et la presque totalité en jardin d’enfants [39] [39] BA SAPMO (Archives fédérales, fonds du parti et des organisations...
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. L’objectif de cette politique est double : elle libère la « force de travail productive » des femmes, mais elle entend aussi réaliser un vaste programme de socialisation de l’éducation des enfants [40] [40] Pour une analyse du contexte institutionnel, cf. H. -J. LAEWEN,...
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. Au même moment [41] [41] SAPMO, DY 30/ IV/ 2/ 17/ 72. ...
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, des services de nettoyage existent alors, au moins sur le papier, dans de nombreuses entreprises, certaines disposent d’ateliers de couture, de cordonnerie, d’autres livrent aux ouvrières des repas chauds à emporter chez elles afin d’éviter « le temps perdu à faire la cuisine » [42] [42] SAPMO, DY 30/ IV/ 2/ 17/ 72. ...
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. Ces services constituent partiellement une réponse au manque de biens d’équipement [43] [43] Elles visent partiellement à compenser le manque cruel...
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, mais ils sont également l’expression d’un choix politique en faveur d’une collectivisation du travail domestique et d’un éclatement de la sphère du foyer. Ils nourrissent enfin les visions enchantées du socialisme comme monde de l’abondance pour tous [44] [44] Pour la période des années 1950-1960, voir I. MERKEL,...
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.

18 Jamais totalement abandonné, ce programme a toutefois échoué devant les déficits de l’économie planifiée tandis qu’un changement d’orientation de la politique du régime a contribué à en restreindre la portée.

Les services comme politique sociale

19 Du milieu des années 1960 à la fin des années 1980, l’entrée « service » (Dienstleistung) des dictionnaires d’économie socialiste insiste d’abord sur leur importance pour la « satisfaction des besoins de la population » [45] [45] Voir la comparaison entre Wörterbuch der ökonomie, Berlin,...
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. Le service devient explicitement un élément central d’une politique sociale revendiquée mais il s’inscrit également dans une tension du régime qui prétend poursuivre un objectif d’égalité quand sa politique encourage de fait le développement de nouvelles formes de différenciations sociales [46] [46] Sur ce point voir les communications de P. SKYBA et J. STIETZEL...
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, progressivement reconnues comme « productives » [47] [47] Voir en particulier, dans les années 1980, les travaux...
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.

20 Au milieu des années 1970, l’union de la politique sociale et de l’économie devient un slogan essentiel du parti au pouvoir. Une « politique sociale » [48] [48] Jusqu’au début des années 1960, la politique sociale...
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généreuse financée par la prospérité économique reposant sur l’effort de tous permettrait de satisfaire la population et de prévenir le mécontentement [49] [49] B. BOUVIER, Die DDR. Ein Sozialstaat ? Sozialpolitik...
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. Cette conception participe plus largement d’une sorte d’échange tacite entre les dirigeants du SED et la population qu’illustre bien la ligne de vêtements Präsent 20 lancée à l’occasion des 20 ans de la RDA en 1969 et dont Cordula Günther affirme : « Ce devait être un cadeau de la direction du parti et de l’État à la population avide de consommer et dans le même temps un cadeau des travailleurs de l’industrie textile à la direction du parti et de l’État pour la table des présidents de la République » [50] [50] C. GüNTHER, « Präsent 20- Der Stoff aus dem die Träume...
suite
.

21 On peut voir les origines de cette politique dans les années qui ont suivi les événements du 17 juin 1953. Le choc engendré par cette insurrection populaire conduit les responsables à développer un ensemble de mesures propres à satisfaire la population. C’est l’époque des premières recherches sur les besoins des consommateurs qui débouchent, en 1961, sur la création d’un institut [51] [51] Il deviendra en 1966 l’Institut für Marktforschung. A. ...
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. Toutefois le souci d’améliorer les services ne se réduit pas à un brutal « calcul politique » [52] [52] C’est l’orientation majoritaire dans l’historiographie...
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, il participe aussi de l’édification d’un modèle social et de la consolidation du « mode de vie socialiste » (sozialistische Lebensweise) [53] [53] L’appellation fait son apparition dans les années 1960. ...
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défini comme une sorte d’échange entre les individus producteurs et l’État prestataire. Les services constituent un élément essentiel de ce pacte. Des efforts sont donc entrepris pour les améliorer et en tout premier lieu le réseau de distribution des biens dont les insuffisances focalisent une grande partie des mécontentements.

22 Dans le courant des années 1960 et 1970, le commerce de détail étatisé (HO Handelsorganisation) est réorganisé. De grands magasins (Centrum) offrant un choix d’articles élargi et des horaires plus extensifs sont ouverts [54] [54] Dans les villages, les magasins coopératifs (Konsum) prennent...
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. Un service de vente par correspondance compense les fermetures de nombreuses petites boutiques dans les campagnes [55] [55] A. KAMINSKY, Kaufrausch. Die Geschichte der ostdeutschen...
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. La mise en place d’une chaîne de restauration rapide à base de poulet grillé – Goldbroiler – participe de cette politique de développement de la consommation [56] [56] P. G. POUTRUS, Die Erfindung des Goldbroilers : über...
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. La qualité et la variété deviennent alors une préoccupation prioritaire des restaurants d’entreprise. Des espaces plus conviviaux sont aménagés et les maisons de la culture sont équipées d’une cuisine et d’un restaurant baptisé du nom prometteur de Gastronomie.

23 Dans le même temps, et c’est le second terme de la tension, cette amélioration générale s’accompagne du développement de services différenciés selon les moyens des consommateurs. L’ouverture de magasins de luxe – Intershop [57] [57] Créés dès les années 1950 pour les Occidentaux, ils...
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, Exquisit- und Delikatläden [58] [58] Ils sont ouverts dès 1962, et offrent d’abord des vêtements...
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– en constitue le signe le plus net. Ils deviennent, pour ceux qui les fréquentent, des marques de distinction sociale efficaces [59] [59] Voir K. BöSKE, « Abwesend anwesend. Eine kleine Geschichte...
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. Cette évolution, qui a fait l’objet de nombreuses critiques au sein de la population, demeure d’ailleurs un tabou du discours politique.

24 Elle s’accompagne d’une tendance à la territorialisation croissante du service et à la création d’entreprises spécifiques. Dans les vingt dernières années du régime, les grands ensembles d’habitation édifiés à la périphérie des villes, souvent réservés aux « classes moyennes », sont dotés de divers services censés répondre aux souhaits des citoyens. Dans les années 1980, les autorités locales sont officiellement sommées de se soucier de l’installation de boutiques, de services domestiques et de réparation de bonne qualité pour la population des quartiers [60] [60] Akademie für Staats- und Rechtswissenschaft der DDR, Die...
suite
. Des entreprises de réparation autonomes voient le jour et ouvrent des succursales publiques [61] [61] Voir l’article Dienstleistung dans le Lexikon der Wirtschaft,...
suite
, tandis que la création de « combinats » de services spécifiques est envisagée.

25 À mesure qu’ils cessent d’être conçus exclusivement comme un élément d’une politique d’assistance pour tous, les services aux particuliers conquièrent de fait une sorte d’autonomie qui tend à se développer. Au même moment, mais pour des raisons différentes, certains économistes entendent réévaluer officiellement le rôle de certains segments du service public au sein de la comptabilité nationale.

Les services comme politique économique

26 Depuis la fin des années 1970, l’économiste Helmut Koziolek et d’autres après lui développent une approche fonctionnaliste de certains services, désormais pensés comme éléments d’infrastructure producteurs de valeur au même titre que l’industrie [62] [62] Voir F. KLINGER, « Zur Entwicklung. . .  », art. cit. ,...
suite
. Cette approche découle des discussions alors en cours dans tout le bloc de l’Est, et tout particulièrement en RDA, sur la révolution scientifique et technique. Les progrès techniques adossés à une meilleure organisation et division du travail sont perçus comme le moyen d’accroître la productivité, de passer à un régime intensif de croissance, en bref d’apporter des solutions à une crise économique dont on n’avoue pas l’ampleur. À côté du travail productif, l’encadrement intellectuel et technique, mais aussi la gestion du personnel, sont réévalués. Sous les expressions diverses de « reproduction », « d’infrastructure » ou de « richesse intellectuelle », des économistes insistent sur la dimension réellement productive de certains segments de ce secteur « improductif » pour l’économie nationale et sur la nécessité de l’intégrer comme un secteur spécifique dans l’élaboration de la planification économique. À la fin des années 1980, Klaus Steinitz, professeur à l’Académie des sciences de RDA, défend l’idée qu’il importe de considérer l’éducation et la recherche comme des secteurs productifs dans le contexte du développement d’une industrie à haute technologie [63] [63] Ibid. ...
suite
et de favoriser certains services qui leur sont liés pour accroître la richesse nationale. D’après ses calculs, les investissements de ce type se seraient d’ailleurs accrus de manière importante, mais toujours insuffisante, durant les années 1980 [64] [64] Ibid. , p.  190-191. ...
suite
.

La réalité quotidienne

27 En dépit de ces évolutions, l’ampleur et la qualité des services aux particuliers demeurent, jusqu’à la fin, un souci constant pour les responsables politiques et syndicaux. Ceux-ci sont assaillis par les plaintes et revendications de la population dont témoignent les multiples lettres de requête [65] [65] Elles concernent essentiellement la question du logement. ...
suite
. Les objectifs politiques viennent ici buter sur diverses contraintes : la réalité d’une économie de pénurie qui ne parvient pas à produire suffisamment de biens pour satisfaire les clients potentiels, les rigidités de la planification centralisée incapable de s’adapter à leur demande alors que flexibilité et réactivité sont précisément des caractéristiques de l’économie de service et, enfin, la persistance d’une image dégradée du service.

Les services dans une économie planifiée

28 La quasi-disparition du secteur privé dans le domaine des services aux particuliers – commerce, artisanat, professions libérales – est le résultat de deux grandes vagues de nationalisations au début des années 1950, puis 1970. Le nombre des personnes employées dans l’artisanat (entreprises de moins de 10 personnes) a été divisé par deux (de 858 300 à 413 900) entre 1950 et 1980 et le nombre d’entreprises est tombé à 82 709 (contre 303 821 en 1950), dont un tiers environ consacré aux services et à la réparation. En 1988, le commerce de détail est socialisé à 89 % et se répartit en trois grands secteurs. Les coopératives de consommation (Konsum) représentent près de 31 % des ventes – 90 % à la campagne. Le secteur d’État (HO, organisé depuis 1948) assure environ 40 % des ventes, dans les villes en particulier et pour 20 % par le biais de grands magasins (Consum). 18,5 % des ventes sont prises en charge par d’autres formes de commerce socialiste, tandis que les petites boutiques privées assurent les 11 % restants.

29 Dans l’artisanat, comme dans le commerce, la socialisation est allée de pair avec la généralisation de grosses entreprises d’État très faiblement réactives à la demande [66] [66] Cette faible réactivité est d’ailleurs un des soucis...
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.

30 Le secteur de la vente par correspondance constitue un bon observatoire des dysfonctionnements des services aux particuliers en économie planifiée : ceux-ci commencent par la mauvaise diffusion du catalogue, se poursuivent avec le décalage entre les produits répertoriés et ceux qui sont réellement achetables et s’achèvent par d’importants délais de livraison, voire la perte des paquets [67] [67] Voir A. KAMINSKY, Kaufrausch. . . , op. cit. ...
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.

31 Une grande partie de l’existence de la population est donc, de fait, occupée par la recherche de biens et de services disponibles en petite quantité et difficilement localisables. Dans les années 1980, environ 50 % des femmes ont des difficultés à trouver des vêtements à leur taille, il faut patienter environ dix ans pour entrer en possession d’une voiture, déployer une énergie considérable et attendre avec « persistance » avant d’obtenir le raccordement au téléphone etc. [68] [68] S. PAHLKE, « Warten auf ein Telefon mit Permanenz und...
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. Il est par ailleurs très compliqué de faire réparer sa tondeuse à gazon, son sèche-cheveux ou tout autre objet de consommation souvent défectueux du fait de la mauvaise qualité de la production. Il est presque impossible, y compris pour une grande entreprise industrielle, de faire construire ou réparer des bâtiments comme de les faire nettoyer.

32 Ces déficits criants conduisent les individus à déployer des compétences insoupçonnées et une ingéniosité considérable [69] [69] C’est ce que S. KREHER, « Zum Strukturwandel. . .  »,...
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, d’ailleurs encouragées par la presse féminine ou la très populaire revue Practic qui depuis 1967 multiplie les conseils et astuces pour la maison. Ils induisent le développement d’une économie grise, fondée sur l’habileté individuelle, l’échange de compétences et sur le troc issu parfois de menus larcins dans les entreprises. Les ouvriers, plus proches des ressources et disposant d’un savoir-faire manuel, se trouvent là dans une situation favorisée [70] [70] W. ENGLER, Die Ostdeutschen. Kunden von einem verlorenen...
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33 Ce système de la « débrouille » parasite l’économie officielle, si bien que les responsables politiques tentent d’encourager son institutionnalisation partielle afin de mieux l’intégrer à l’économie « officielle » mais aussi de mieux la contrôler. Depuis la fin des années 1950, les grandes entreprises industrielles sont liées par contrat à d’autres institutions auxquelles elles rendent divers services : réparation dans les écoles ou dans les théâtres en échange de places réservées aux représentations ou aux enfants du personnel. Dans les entreprises, les associations artistiques doivent, par contrat, rendre de menus services à l’entreprise qui les accueille et les finance [71] [71] S. KOTT, « L’entreprise du peuple et le socialisme en...
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. À partir des années 1970 une grande campagne – « ordre et propreté » – vise, en l’absence de personnel de service, à encourager les salariés à prendre en charge l’entretien de leur environnement de travail. Dans les années 1980, des points de réparation de quartier (Reparaturstützpunkte) fonctionnant avec des volontaires mettent à disposition des habitants du matériel de construction [72] [72] Voir H. ZIMMERMANN unter Mitarbeit von H. ULRICH und M. ...
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L’absence d’une culture du service

34 L’insuffisance et la mauvaise qualité des services aux particuliers ne résultent pas toutefois uniquement d’une situation de pénurie et des dysfonctionnements de l’économie planifiée, ils sont également l’expression du discrédit diffus dans lequel on tient l’activité elle-même, en RDA comme dans tous les pays socialistes, et ce en dépit des tentatives de réévaluation depuis les années 1970.

35 Les lieux – magasins, restaurants mais aussi dispensaires ou hôpitaux – sont rarement accueillants. Outre la pénurie récurrente, on y sent une sorte d’abandon, un manque de souci d’autrui qui témoignent d’une absence de ce que les responsables politiques des années 1980 qualifient de « culture du service ». Ce déficit, longtemps alimenté par des discours dévalorisants, se traduit d’ailleurs par une politique du personnel peu propice à donner aux salariés une bonne image d’eux-mêmes et de leur mission.

36 Bien que ce secteur ait employé en moyenne une population plus qualifiée, les salariés qui y travaillent sont socialement moins considérés [73] [73] Cette affirmation doit bien entendue être nuancée, elle...
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. Certaines branches spécifiques, comme les entreprises de laverie, fonctionnent d’ailleurs largement avec une main-d’œuvre de prisonniers [74] [74] S. KUPPER, « Ziele und Folgen des zentralgelenkten und...
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. Mais sans aller jusque-là, la plupart de ces secteurs, en particulier ceux où les salariés sont placés dans une relation de face à face avec des clients – vendeuses, employées de la caisse d’épargne ou des assurances par exemple –, offrent des conditions de travail généralement peu favorables, ce qui entraîne des conduites individuelles à l’avenant [75] [75] Pourtant ces métiers étaient souvent assez recherchés,...
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. La très forte féminisation du « secteur non productif » – 73 % en 1982 selon les statistiques officielles [76] [76] Ce phénomène caractérise tous les pays mais est particulièrement...
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– constitue un indice de cette image sociale dégradée [77] [77] Voir sur ce point H. HüNING, H. M. NICKEL (Hg. ), Grossbetrieblicher...
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. Comme souvent, les métiers « féminins » sont moins bien rémunérés – de 10 % en moyenne – pour des conditions d’emploi qui ne sont pas nécessairement meilleures que dans l’industrie. Les longues journées de travail constituent le corrélat du déficit constant de personnel dans ce secteur [78] [78] Cf. R. HüRTGEN, Zwischen Disziplinierung und Partizipation. ...
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. Les employés du chemin de fer sont ainsi contraints d’effectuer des heures supplémentaires en augmentation constante sur l’ensemble de la période (164 par an en 1971) [79] [79] S. KUPPER, « Ziele. . .  », art. cit. , p.  310. ...
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. Par ailleurs, une gestion chronique de la pénurie – produits de consommation courante insuffisants, manque d’équipement informatique etc. – expose ces personnels à des récriminations incessantes et leur renvoie une image négative de leur fonction. Ces conditions de travail expliquent partiellement que ces employés n’aient déployé qu’un don très relatif pour les relations humaines.

37 À ce contexte social il faudrait sans doute ajouter une dimension culturelle. Dans une société fondée sur la promotion des valeurs d’égalité et d’émancipation, la relation de service est disqualifiée parce qu’elle est vue comme le prolongement d’une sorte de sujétion individuelle selon le modèle maître-domestique. Ce type de rapport constitue un tabou dans la société est-allemande [80] [80] Voir en particulier le tabou absolu qui entoure l’emploi,...
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où la relation au client n’est jamais posée par les responsables politiques en termes individuels. Conscients des dysfonctionnements importants, ceux-ci tentent d’abord de multiplier les dispositifs institutionnels – conseils de clients, contrat de service – susceptibles d’offrir au citoyen non satisfait des possibilités de recours. En revanche la relation entre les individus qui constitue un des fondements de l’expérience du service n’est pas même thématisée [81] [81] Akademie, Die Versorgung. . . , op. cit. , p.  165. ...
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38 Cet exemple nous conduit donc à réfléchir sur la notion même de société de services. Est-il légitime, après les théoriciens de la société post-industrielle, de distinguer société industrielle et société de services ? Le service n’est-il pas étroitement associé historiquement aux besoins créés par l’industrie (en particulier le besoin de formation) et aux richesses qu’elle produit ? La distinction des deux sphères ne serait-elle pas moins liée à une évolution historique inéluctable qu’au développement d’une nouvelle forme d’économie marchande du service dans le capitalisme ?

39 Car si les services sont largement « invisibles » dans le socialisme c’est d’abord parce qu’ils ne constituent pas des marchandises; en ce sens ils sont peut-être plus proches de la notion d’aide « bénévole » que le terme suggère spontanément ou d’un échange non monétaire. Dans la RDA, l’éducation, la santé, le transport mais aussi, en grande partie, les restaurants et commerces, largement subventionnés, remplissent d’abord une fonction de « service public » dans le cadre d’une politique sociale élargie en échange de quoi les dirigeants politiques attendaient de chaque citoyen qu’il participe à la construction de la société socialiste. Ce service non marchand (ce que les repreneurs privés ont traduit par « non productif ») était incompatible avec la privatisation de l’économie dans les années de transition.

40 Mais il avait déjà buté auparavant sur plusieurs obstacles qui illustrent certaines contradictions fondamentales du socialisme réel. D’une part l’économie planifiée socialiste dont les ressources sont très largement aspirées, rappelons-le, par le développement de l’appareil de sécurité intérieure et extérieure, n’a jamais réussi à dégager des surplus suffisants pour assurer le bon fonctionnement de ce « service public » généralisé. Par ailleurs elle n’est pas suffisamment réactive pour répondre aux besoins des populations. Si bien qu’il a fallu susciter le développement d’un secteur non subventionné et « privilégié » pour répondre à des demandes spécifiques et satisfaire certaines catégories favorisées. Les dirigeants ont ainsi rompu le pacte tacite passé avec la population. Enfin, la conception quasi « assistancielle » qui préside à cette activité, son organisation collective, l’absence de toute gratification réelle et symbolique pour les salariés qui y sont employés a interdit la constitution d’une vraie « culture du service ».

41 Celle-ci a d’ailleurs fleuri rapidement au début des années 1990 dans les multiples petits commerces privés qui s’ouvrirent dans les nouveaux Länder, alors que les crèches et écoles maternelles, les restaurants et l’ensemble des services abrités et financés par les entreprises fermaient. L’infrastructure de service public estallemande dans ou à l’intérieur des entreprises n’a pas pesé lourd face à la désindustrialisation ou à la condamnation, tout aussi dogmatique que dans le régime précédent, de la socialisation des tâches domestiques [82] [82] Sur le développement rapide des services marchands dans...
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Notes

[ (1)] Je tiens à remercier Renate Hürtgen (philosophe-historienne, Centre d’études du temps présent, ZZF, Potsdam) et Martine Mespoulet (sociologue, Université d’Angers) pour les discussions et les conseils dont elles m’ont fait généreusement bénéficier, ainsi que Thomas Lindenberger (historien, ZZF) pour sa lecture critique et ses suggestions.Retour

[ *] Professeure d’histoire de l’Europe à l’Université de Genève.Retour

[ (2)] Voir à cet égard la très utile introduction de J. GADREY, Socio-économie des services, Paris, La Découverte, 2003.Retour

[ (3)] D. BELL, Vers la société post-industrielle, Paris, R. Laffont, 1976.Retour

[ (4)] La part de la population active employée dans les grands combinats industriels n’a cessé de s’accroître en RDA pour atteindre près de 40 % en 1989.Retour

[ (5)] Je me permets ici de renvoyer à mon ouvrage : S. KOTT, Le communisme au quotidien. Les entreprises d’État dans la société est-allemande, Paris, Belin, 2001.Retour

[ (6)] La sociologue est-allemande Simone KREHER affirme que la tertiarisation a été constituée en tabou dans la sociologie est-allemande. « Zum Strukturwandel von Dienstleistungsarbeit in der frühen DDR. Einige These, empirische Befunde und Hypothesen », Utopie kreativ, décembre 1990, p. 15. Jusqu’à aujourd’hui, au milieu d’une très riche littérature d’histoire sociale de la RDA, il n’existe aucun travail portant sur les services comme secteur économique ou comme réalité sociale en RDA.Retour

[ (7)] En particulier le Eulenspiegel.Retour

[ (8)] F. MÜHLBERG, « Wenn die Faust auf den Tisch schlägt... Eingaben als Strategie zur Bewältigung des Alltags », in I. MERKEL, F. MÜHLBERG (Hg.), Wunderwirtschaft. DDR Konsum-Kultur in den 60er Jahren, Cologne, Böhlau Verlag, 1996, p. 175-185.Retour

[ (9)] Voir en particulier K. STEINITZ, « Zur Entwicklung des Verhältnisses von Produktions- und Dienstleistungssektor in der DDR », in H. TIMMERMANN (Hg.), Sozialstruktur und sozialer Wandel in der DDR, Sarrebruck, Dadder, 1989, p. 175-196. Cette évaluation qui donne 41,7 % de personnes employées dans les services en 1987 est généralement reprise; elles est fondée sur une compilation et une interprétation des chiffres officiels publiés dans le Statistisches Jahrbuch der DDR. Dans ces 41,7 % sont compris les employés de la bureaucratie d’État (en particulier ceux de la Stasi, les militaires, la police) qui emploie à elle seule 20 % des employés du tertiaire et que nous ne traiterons pas dans le cadre de cet article. Ces employés sont d’ailleurs explicitement désignés par des sociologues (après 1990) comme une Dienstklasse (classe de service).Retour

[ (10)] Selon l’expression de l’historien de l’URSS D. ORLOVSKI, « The Hidden Class : White-Collar Workers in the Soviet 1920s », in L. H. SIEGELBAUM, R. G. SUNNY (eds.), Making Workers Soviet Power. Class and Identity, Ithaca, Cornell University Press, 1994, p. 220-252.Retour

[ (11)] Voir en particulier K. MARX, Le Capital, volume I, Contribution à la critique de l’économie politique, « Introduction », Paris, Éditions sociales, 1977, p. 150-165.Retour

[ (12)] Pour une analyse critique, voir G. BENSUSSAN, G. LABICA (dir.), Dictionnaire critique du marxisme, Paris, PUF, 1999, p. 916-920.Retour

[ (13)] Sur tout ceci voir F. KLINGER, « Zur Entwicklung vom Produktions- und Dienstleistungssektor in der DDR », in H. TIMMERMANN (Hg.), Sozialstruktur und sozialer Wandel..., op. cit., p. 155-173.Retour

[ (14)] B. CIESLA, H. TRISCHLER, « Die andere Verkehrsnot. Verkehrspolitik und Leistungsentwicklung des ostdeutschen Verkehrssystems », in L. BAAR, D. PETZINA (Hg.), Deutsch-deutsche Wirtschaft 1945-1990, St. Katharinen, Scripta Mercaturae Verlag, 1999, p. 159.Retour

[ (15)] D’après K. STEINITZ, « Zur Entwicklung... », art. cit., p. 176, un quart des dépenses de l’État concerne le secteur social et éducatif en RDA en 1987.Retour

[ (16)] Sur la police populaire voir T. LINDENBERGER, Volkspolizei. Herrschaftspraxis und öffentliche Ordnung im SED-Staat 1952-1968, Cologne, Böhlau, 2003. Pour la Stasi voir J. GIESEKE, Mielke-Konzern. Die Geschichte der Stasi 1946-1990, Stuttgart, DVA, 2001.Retour

[ (17)] Dans le cadre de la spécialisation socialiste, et surtout des accords bilatéraux avec certains pays du bloc (Tchécoslovaquie, URSS en particulier), la RDA était tenue de livrer des machines et des produits issus de l’industrie chimique. E. KUHRT (Hg.), Die Endzeit der DDR-Wirtschaft : Analysen zur Wirtschafts, Sozial- und Umweltpolitik, volume 4 de Am Ende des realen Sozialismus, Opladen, Leske und Budrich, 1999, voir en particulier les contributions de Gernot Gutmann et Siegfried Kupper.Retour

[ (18)] Ce service est particulièrement développé dans les entreprises est-allemandes et prend la seconde place derrière la production à la fin des années 1980. R. SCHAEFER, J. WAHSE, « Zum Einfluss des wissenschaftlichtechnischen Fortschritts auf die Struktur der Arbeitskräfte und ihre Qualifikation », Wirtschaftswissenschaft, 1986,8, p. 1130.Retour

[ (19)] Dès les années 1950, le parti prend soin de souligner les devoirs de l’entreprise à l’égard du quartier dans lequel elle est établie. Ces recommandations vont prendre une dimension d’obligation à l’occasion de la signature d’un contrat entre le conseil du quartier (Bezirksrat) de Köpenick et les grandes entreprises en 1965. Sur ce modèle des accords vont être signés dans les autres quartiers industriels de Berlin, puis dans l’ensemble de la RDA.Retour

[ (20)] Sur l’importance de la nourriture dans la politique sociale des entreprises voir P. HÜBNER, Konsens, Konflikt und Kompromiß. Soziale Arbeiterinteressen und Sozialpolitik in der SBZ/DDR 1945-1970, Berlin, Akademie Verlag, 1995, p. 130.Retour

[ (21)] I. DEICH, W. KOHTE, Betriebliche Sozialeinrichtungen, Opladen, Leske+Budrich, 1997, p. 38.Retour

[ (22)] Sur la question de la transition économique voir parmi beaucoup d’autres en français F. BOUDIER - BENSEBASS (dir.), Les nouveaux Länder : un cas atypique de la transition ?, Revue d’études comparatives Est-Ouest, 33, juin 2002.Retour

[ (23)] C’est le cas tout particulièrement de toute l’infrastructure de crèches, d’écoles primaires, de colonies de vacances qui en RFA, au nom d’une idéologie familiale centrée sur la mère, a toujours été déficiente. Cf. I. DEICH, W. KOHTE, Betriebliche Sozialeinrichtungen, op. cit., p. 235-325. Voir de manière comparative pour la Russie où la transition endogène est plus progressive la thèse de C. LEFÈVRE, Système de protections sociale et entreprises en Russie. Héritages et transformations, sous la direction de Jacques Sapir, EHESS, 2003.Retour

[ (24)] L’expression est plaquée ici sur une réalité qui se nomme autrement. Jusque dans les années 1970, les autorités utilisent plutôt l’expression de Versorgungspolitik ou politique d’assistance. Le terme « social » apparaît toutefois dans « fonds social », ce qui m’autorise à l’employer.Retour

[ (25)] G. TIETZE, G. WINKLER, Sozialpolitik im Betrieb : soziale Erfordernisse des wissenschaftlichtechnischen Fortschritts, Berlin (DDR), Dietz, 1988, p. 26-27.Retour

[ (26)] Légalement, seules les entreprises de plus de 40 000 salariés disposent d’une polyclinique.Retour

[ (27)] Les maisons de la culture sont plus grandes que les clubs. Sur l’histoire des ces institutions et leur inscription dans les traditions ouvrières allemandes voir H. MAROHN, Klubs und Kulturhäuser. Funktion, Leitung und Plannung, Arbeit und Wirkung, Berlin (DDR), Akademie für Weiterbildung beim Ministerium für Kultur, 1978. En 1962, les syndicats possèdent et gèrent 500 maisons et clubs culturels, 13 000 locaux consacrés aux activités culturelles et 17 000 bibliothèques disposant de plus de 6 millions de volumes.Retour

[ (28)] Sur tout ceci voir S. KOTT, « À la recherche d’une culture socialiste, le cas des entreprises de RDA (1949-1989) », Vingtième siècle. Revue d’histoire, 63, juillet-septembre 1999, p. 87-106.Retour

[ (29)] C’est le cas de 716 des 956 écoles existantes : Statistisches Jahrbuch der DDR, 1990, p. 336.Retour

[ (30)] La loi de 1965 réorganise l’enseignement en RDA. Elle crée une école unique de 10 classes, à laquelle succède une formation de trois ans dans une école supérieure élargie (erweiterte Oberschule, EOS) ou une école professionnelle (Berufsschule).Retour

[ (31)] En sus de l’école professionnelle, l’entreprise prend souvent en charge un foyer qui accueille les apprentis.Retour

[ (32)] Voir le XIe congrès du parti au pouvoir, le SED, en 1986. Bericht des ZK der SED an den XI. Parteitag, Berichterstatter : Genosse Erich Honecker, Berlin (DDR), 1986, p. 33.Retour

[ (33)] Sur le nouveau système économique la synthèse la plus récente réalisée à partir des sources d’archives est celle de A. STEINER, Die DDR-Wirtschaftsreform der sechziger Jahre. Konflikt zwischen Effizienz und Machtkalkül, Berlin, Akademie Verlag, 1999.Retour

[ (34)] Voir en français également pour la bibliographie S. KOTT, « Collectifs et communautés dans les entreprises en RDA. Limites de la dictature ou dictature des limites ? », Genèses, sciences sociales et histoire, 39, juin 2000, p. 27-51.Retour

[ (35)] « Les moyens de production passant à la propriété commune, la famille conjugale cesse d’être l’unité économique de la société. L’économie domestique privée se transforme en une industrie sociale. L’entretien et l’éducation des enfants deviennent une affaire publique; la société prend également soin de tous les enfants qu’ils soient légitimes ou naturels ». F. ENGELS, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, Paris, Éditions Sociales, 1983, p. 154.Retour

[ (36)] Ibid.Retour

[ (37)] BA SAPMO (Archives fédérales, fonds du parti et des organisations de masse), DY 34 9137.Retour

[ (38)] Ce taux est exceptionnellement élevé. Il est actuellement de 8 % en France, où de nombreux autres modes de garde sont encouragés. Il est autour de 2 % en République fédérale allemande où le modèle de l’éducation du jeune enfant dans la famille est toujours très largement privilégié.Retour

[ (39)] BA SAPMO (Archives fédérales, fonds du parti et des organisations de masse), DY 34 14611.Retour

[ (40)] Pour une analyse du contexte institutionnel, cf. H.-J. LAEWEN, B. ANDRES, Zur Situation der Kinderkrippen in den neuen Bundesländern. Expertise für den 9. Jugendbericht der Bundesregierung im Auftrag des Deutschen Jugendinstituts München, mai 1993. Rapport disponible sur Internet : http ://www.infans.de/abproj/Expertise-9_Jugendbericht-c.pdf.Retour

[ (41)] SAPMO, DY 30/IV/2/17/72.Retour

[ (42)] SAPMO, DY 30/IV/2/17/72.Retour

[ (43)] Elles visent partiellement à compenser le manque cruel de machines à laver, une pour 200 ménages environ dans ces années-là : P. CLEMENS, « Der Haushaltstag war der Waschtag. Zur Zeitstruktur von Industriearbeiterinnen in den 50er Jahren », Mitteilungen aus der kulturwissenschaftlichen Forschung, 22,1987, p. 278.Retour

[ (44)] Pour la période des années 1950-1960, voir I. MERKEL, Utopie und Bedürfnis : die Geschichte der Konsumkultur in der DDR, Cologne, Böhlau, 1999, et son article dans Le Mouvement Social, janvier-mars 2004.Retour

[ (45)] Voir la comparaison entre Wörterbuch der Ökonomie, Berlin, Dietz, 1966 et le Lexikon der Wirtschaft, Berlin, Verlag der Wirtschaft, 1982.Retour

[ (46)] Sur ce point voir les communications de P. SKYBA et J. STIETZEL au colloque organisé en décembre 2002 à Berlin par l’Institut für Zeitgeschichte (Berlin), Das Markenzeichen des Sozialismus. Sozialpolitik der DDR als politisches und gesellschaftliches Spannungsfeld, à paraître.Retour

[ (47)] Voir en particulier, dans les années 1980, les travaux de M. LÖTSCH, « Zur Triebkraftfunktion sozialer Unterschiede », Informationen zur soziologischen Forschung in der DDR, 17,1981, p. 14-19.Retour

[ (48)] Jusqu’au début des années 1960, la politique sociale est vue comme une béquille du capitalisme et le terme même est évité; ce n’est que dans les années 1970 que la politique sociale présentée dans son alliance intrinsèque avec l’économie est revendiquée par le régime qui fait alors de la satisfaction des besoins individuels un des fondements de sa légitimité. G. HOCKERTS, « Soziale Errungenschaften ? Zum sozialpolitischen Legitimitätsanspruch der zweiten deutschen Diktatur », in J. KOCKA, H.-J. PUHLE und K. TENFELDE (Hg.), Von der Arbeiterbewegung zum modernen Sozialstaat. Festschrift für Gerhard Ritter zum 65. Geburtstag, Munich, Saur, 1994, p. 790-804.Retour

[ (49)] B. BOUVIER, Die DDR. Ein Sozialstaat ? Sozialpolitik in der Ära Honecker, Berlin, Dietz, 2002.Retour

[ (50)] C. GÜNTHER, « Präsent 20- Der Stoff aus dem die Träume sind », in I. MERKEL, F. MÜHLBERG (Hg.), Wunderwirtschaft..., op. cit., p. 144.Retour

[ (51)] Il deviendra en 1966 l’Institut für Marktforschung. A. KAMINSKY, « Markt und Bedarfforschung in der DDR », Deutschland Archiv, 1998,4, p. 579-593; voir aussi sur ce point et ce qui suit A. KAMINSKY, Wohlstand, Schönheit, Glück : kleine Konsumgeschichte der DDR, Munich, Beck, 2001.Retour

[ (52)] C’est l’orientation majoritaire dans l’historiographie allemande, en particulier celle de A. KAMINSKY, Wohlstand, op. cit. Voir à cet égard la critique de son ouvrage par le spécialiste de la consommation Manuel Schramm sur H-Soz-Kult : http ://hsozkult.geschichte.huberlin.de/rezensionen.Retour

[ (53)] L’appellation fait son apparition dans les années 1960. Voir une définition officielle dans Akad. d. Wiss. d. DDR, Inst. für Soziologie u. Sozialpolitik, Sozialistische Lebensweise in der DDR und in der UdSSR : makrosoziale Analysen, Berlin, Institut für Soziologie u. Sozialpolitik, 1989.Retour

[ (54)] Dans les villages, les magasins coopératifs (Konsum) prennent le relais : voir U. KURZER, « Konsumgenossenschaften in der Sowjetischen Zone und in der DDR : Hypothesen zu einem bisher wenig beachteten Forschungsfeld », Deutschland-Archiv, 32,1999, p. 812-823.Retour

[ (55)] A. KAMINSKY, Kaufrausch. Die Geschichte der ostdeutschen Versandhäuser, Berlin, Links, 1998.Retour

[ (56)] P. G. POUTRUS, Die Erfindung des Goldbroilers : über den Zusammenhang zwischen Herrschaftssicherung und Konsumentwicklung in der DDR, Cologne, Böhlau, 2002.Retour

[ (57)] Créés dès les années 1950 pour les Occidentaux, ils sont largement accessibles aux citoyens de la RDA détenant des devises à partir des années 1970.Retour

[ (58)] Ils sont ouverts dès 1962, et offrent d’abord des vêtements puis à partir des années 1970 des produits alimentaires (généralement occidentaux) à des tarifs beaucoup plus élevés que ceux des magasins d’État (HO). En 1977, Honecker annonce le développement de ces magasins tout en insistant sur le fait qu’il ne constitue pas une mesure transitoire. En 1982 on recensait environ 850 points de vente de ce type.Retour

[ (59)] Voir K. BÖSKE, « Abwesend anwesend. Eine kleine Geschichte des Intershops », in I. MERKEL, F. MÜHLBERG (Hg.), Wunderwirtschaft, op. cit., p. 215-222.Retour

[ (60)] Akademie für Staats- und Rechtswissenschaft der DDR, Die Versorgung der Bürger mit Wohnraum, Konsumgüter und Dienstleistungen. Rechtsfragen der Leitung, Potsdam-Babelsberg, Akademie Verlag, 1987, p. 109-110 et 157-158.Retour

[ (61)] Voir l’article Dienstleistung dans le Lexikon der Wirtschaft, op. cit., p. 263-264.Retour

[ (62)] Voir F. KLINGER, « Zur Entwicklung... », art. cit., p. 159.Retour

[ (63)] Ibid.Retour

[ (64)] Ibid., p. 190-191.Retour

[ (65)] Elles concernent essentiellement la question du logement. Cf. J. ROWELL, L’État totalitaire en action. Les politiques du logement en RDA (1945-1989), thèse de doctorat de sociologie, sous la direction de Michel Offerlé, EHESS, 2000.Retour

[ (66)] Cette faible réactivité est d’ailleurs un des soucis essentiels des responsables politiques dans les années 1980.Retour

[ (67)] Voir A. KAMINSKY, Kaufrausch..., op. cit.Retour

[ (68)] S. PAHLKE, « Warten auf ein Telefon mit Permanenz und Penetranz », in I. MERKEL, F. MÜHLBERG (Hg.), Wunderwirtschaft, op. cit., p. 166-174.Retour

[ (69)] C’est ce que S. KREHER, « Zum Strukturwandel... », art. cit., p. 16, appelle un mouvement « do-it-yourself ».Retour

[ (70)] W. ENGLER, Die Ostdeutschen. Kunden von einem verlorenen Land, Berlin, Aufbau Verlag, 1999, p. 188-190.Retour

[ (71)] S. KOTT, « L’entreprise du peuple et le socialisme en RDA : de l’histoire comme ressource », Revue d’études comparatives Est-Ouest, vol. 33,2002, p. 25-44.Retour

[ (72)] Voir H. ZIMMERMANN unter Mitarbeit von H. ULRICH und M. FEHLAUER (Hg.), DDR-Handbuch, Cologne, Verlag Wissenschaft und Politik, 1985, p. 1122.Retour

[ (73)] Cette affirmation doit bien entendue être nuancée, elle ne concerne pas tous les emplois de service de la même manière. Les enseignants ou les médecins, bien que touchés par une dépréciation de leur statut social, sont davantage respectés que les vendeuses par exemple.Retour

[ (74)] S. KUPPER, « Ziele und Folgen des zentralgelenkten und sektoralen und regionalen Strukturwandels in der DDR-Planwirtschaft », in E. KUHRT (Hg.), Die Endzeit... op. cit., p. 316.Retour

[ (75)] Pourtant ces métiers étaient souvent assez recherchés, parce qu’on était plus près des sources d’approvisionnement et qu’on échappait aux contraintes et aux conditions de travail difficiles de la grande industrie.Retour

[ (76)] Ce phénomène caractérise tous les pays mais est particulièrement prononcé en RDA. Dans le secteur commercial la féminisation atteint le taux record de 98 %.Retour

[ (77)] Voir sur ce point H. HÜNING, H. M. NICKEL (Hg.), Grossbetrieblicher Dienstleistungssektor in den neuen Bundesländern, Opladen, Leske+Budrich, 1997, p. 134-138.Retour

[ (78)] Cf. R. HÜRTGEN, Zwischen Disziplinierung und Partizipation. Vertrauensleute des FDGB im DDR-Betrieb, Cologne, Böhlau, 2005, p. 150-160.Retour

[ (79)] S. KUPPER, « Ziele... », art. cit., p. 310.Retour

[ (80)] Voir en particulier le tabou absolu qui entoure l’emploi, pourtant régulier dans les milieux intellectuels, d’employés de maison.Retour

[ (81)] Akademie, Die Versorgung..., op. cit., p. 165.Retour

[ (82)] Sur le développement rapide des services marchands dans les nouveaux Länder voir en particulier H. HÜNING, H. M. NICKEL, Grossbetrieblicher Dienstleistungssektor..., op. cit.Retour

Résumé

Existe-t-il des services dans une société centrée autour des valeurs de l’industrie comme l’était celle de la RDA ? Et si oui, sous quelle forme ? Tel est le propos de cet article qui entend montrer que, même s’ils ne constituaient pas un secteur économique distinct, les services existaient en RDA, souvent en relation étroite avec le monde industriel et sous forme d’une sorte de « service public » généralisé. L’article tente ensuite de trouver dans la faillite de l’économie planifiée centralisée, l’ambiguïté de certains choix politiques et de représentations sociales les raisons de la mauvaise réputation des services dans les sociétés socialistes.



Services in an industrial and socialist society. The GDR, 1949-1989.
First, this article intends to prove that although there was no official tertiary sector in the GDR, services were indeed available. Often tightly linked to the secondary sector, they were more or less organized after the model of a general welfare sector. The article aims also to explore the political and economical logic which sustained this model. Last, it raises questions about the reception of these services : why could they not fulfil their mission and had such a bad reputation ? It can been explained by the failure of the centrally planned economy which was not flexible enough to respond to the changing demands of private persons. But one also has to look at dominant political and cultural representations which did not allow to conceive the service as an economic and personal transaction.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Sandrine Kott « Les services dans une société industrielle et socialiste  : le cas de la RDA, 1949-1989 », Le Mouvement Social 2/2005 (no 211), p. 83-98.
URL :
www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2005-2-page-83.htm.
DOI : 10.3917/lms.211.0083.