Ce numéro ou un abonnement.
Ajouter au panier Ajouter au panier - Mondes en développement| Mondes en développement 2008/3 (n° 143) | 40 € |
Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.
| Abonnement annuel particuliers 2013 | 145 € |
Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.
ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.
Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.
S'inscrire Alertes e-mail - Mondes en développement Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezInvestissements directs étrangers entrants et développement : l’enjeu de la capacité d’absorption
AuteursAlain Nurbel[1] [1] CERESUR (Université de La Réunion) et CEDIMES-Réunion :...
suite[a] [a] Les auteurs remercient deux rapporteurs anonymes pour leurs...
suitedu même auteur
Ibrahim Ahamada[2] [2] EUREQUA, Université de Paris I : Ibrahim. AA Ahamada@univ-paris1. ...
suite[a] [a] Les auteurs remercient deux rapporteurs anonymes pour leurs...
suitedu même auteur
La mondialisation des biens et services et des facteurs de production est étroitement associée à l’expansion des firmes multinationales (Mouhoud, 2006 ; Mucchielli, 1998a), dans un contexte géopolitique favorable marqué par la fin de la guerre froide à la fin des années quatre-vingt. Les négociations commerciales conduites dans le cadre du GATT, puis de l’OMC (Rainelli, 2004), ont elles aussi favorisé la mondialisation des économies. Cette dernière franchit un nouveau palier à partir des années quatre-vingt-dix avec l’accélération de la mobilité internationale du capital, couplée aux progrès dans les transports et à l’essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication. La multiplication des accords internationaux soutenant la mise en place de législations favorables aux investissements directs étrangers (IDE) est impressionnante. Alors que seuls trente et un accords sont adoptés en quatre décennies entre 1940 et 1970, quatre-vingt-quinze le sont sur la période 1980-1990, soit trois fois plus sur une période deux fois moins longue (UNCTAD, 2003).
2 Par ailleurs, les relations entre gouvernements des pays d’accueil et firmes multinationales étrangères quittent le terrain du conflit pour investir celui de la coopération. Ainsi, les expropriations arbitraires dans les pays en développement (PED) diminuent fortement : quatre-vingt-trois cas sont répertoriés pour la seule année 1974 contre onze seulement entre 1981 et 1992, soit un cas par an, en moyenne (Minor, 1994). Cette tendance des gouvernements des pays d’accueil à offrir aux firmes multinationales étrangères un environnement national incitatif est nourrie par le constat selon lequel leurs économies sont susceptibles de bénéficier de retombées positives en termes de croissance, de productivité et de compétitivité (Dunning et Mucchielli, 2001 ; Lipsey et Mucchielli, 2001). En effet, les avantages compétitifs des firmes multinationales étrangères (avance technologique, capacité supérieure à maîtriser les coûts, supériorité organisationnelle…), combinés aux avantages de localisation des pays d’accueil, permettent à ces derniers d’améliorer leur spécialisation et de consolider leur croissance ; ils provoquent une réorganisation de leurs industries grâce à des effets de concurrence et d’entraînement, avec comme résultat majeur un accroissement de la productivité domestique ; enfin, ils dynamisent leurs capacités à pénétrer les marchés internationaux. Ce sont ces mécanismes économiques vertueux associés à la mondialisation qui ont fondé le Consensus de Washington, par lequel les pays en développement s’engagent à adopter une organisation commerciale et financière caractéristique de l’ouverture sur l’extérieur.
3 Pour ce qui est des pays en développement précisément, on ne peut occulter le fait que l’analyse des retombées de l’ouverture économique sur le développement invite à nuancer le propos précédent (Boudhiaf et Siroën, 2001). La crise financière des années 1996-1997, par exemple, en fragilisant le Consensus de Washington[3] [3] Ce Consensus, dont la paternité revient à l’économiste...
suite, invite à condamner tout angélisme en matière d’effets positifs provoqués par la mondialisation. Cette prudence, cependant, n’est pas contradictoire au nécessaire renouvellement de la pensée francophone relative à l’impact de l’activité multinationale étrangère sur les pays d’accueil, pensée traditionnellement frileuse, voire même hostile. À ce titre, la thèse d’une "mondialisation conspiratrice" (Negreponti-Delivanis, 2002), par laquelle les grandes firmes multinationales échafauderaient des complots dans le but de s’accaparer, sous couvert de libéralisation des marchés, la plus grande part de la richesse mondiale en affaiblissant les gouvernements et les populations, notamment des pays en développement, à notre sens, relève davantage d’un propos inapproprié qui s’éloigne naturellement du champ de l’objectivité.
4 La recherche d’un regard critique pertinent sur les retombées de la mondialisation pour les économies d’accueil est fondée sur l’idée selon laquelle les investissements directs étrangers entrants ne suffisent pas, en eux-mêmes, pour améliorer leur compétitivité. Des conditions internes, auxquelles renvoie le concept de capacité d’absorption, doivent être réunies pour donner naissance aux effets positifs attendus de l’activité des firmes multinationales étrangères sur le territoire national.
5 La suite de notre réflexion, volontairement limitée car se focalisant sur des aspects conceptuels et théoriques, est structurée comme suit. Après avoir exposé quelques faits représentatifs des disparités entre groupes de pays relatives aux IDE entrants, nous faisons une présentation synthétique de la veine théorique dans laquelle s’inscrit notre réflexion (1). Nous serons alors en mesure de définir le concept de capacité d’absorption (2), puis de préciser les contours des problématiques organisationnelles auxquelles il renvoie (3).
1. LES INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS ENTRANTS : DISPARITÉS ENTRE PAYS ET DIVERSITÉ DE L’ANALYSE THÉORIQUE DES RETOMBÉES POUR LES ÉCONOMIES D’ACCUEIL
6 L’analyse des IDE entrants fait ressortir des disparités persistantes entre pays développés et pays en développement. Surtout, à l’intérieur du groupe des PED, des dynamiques divergentes caractérisent les trajectoires suivies par les économies de l’Asie et du Pacifique d’une part, celles de l’Afrique sub-saharienne (ASS) d’autre part. La compréhension de l’occurrence de ces disparités nous conduit à identifier les corpus théoriques dédiés à l’analyse des retombées, pour les économies nationales, des IDE entrants.
1.1 Disparités inter et intragroupes
7 La répartition des investissements directs étrangers met en évidence des déséquilibres au bénéfice des pays développés (tableau 1, en annexe). Sur la période 2003-2005, les pays développés captent 59,4% des investissements directs étrangers entrants contre 35,9% pour les PED. Précisons que la part des pays de la triade États-Unis/Europe/Japon dans le stock des IDE entrants de l’ensemble des pays développés est de 61,4% sur la même période (UNCTAD, 2006). Cependant, si l’on se réfère aux vingt dernières années, on constate que des progrès spectaculaires ont été réalisés par les PED pour l’accueil des investissements directs étrangers. Alors qu’ils ne comptent que pour 25% de l’ensemble des investissements directs étrangers entrants en 2002, leur part relative n’est que de 17,5% en moyenne sur la période 1986-1990 (UNCTAD, 1992). En niveau, leur performance est remarquable : les flux d’IDE entrants sont près de treize fois plus importants en 2005 qu’ils ne le sont sur la période 1986-1990, passant de 26 milliards de dollars en moyenne sur la période 1986-1990 à 334,2 milliards de dollars en 2005 (UNCTAD, 1992,2003,2006).
8 Cette amélioration de leur position au regard des investissements directs étrangers entrants traduit un accroissement de la capacité d’adaptation des pays en développement à la mondialisation. Cette tendance est a priori rassurante, compte tenu de ce que les processus productifs sont de plus en plus imprégnés par la connaissance (Delapierre, Moati et Mouhoud, 2000) et que les stratégies des firmes multinationales intègrent des logiques d’agglomération (Dunning et Mucchielli, 2001 ; Head, Ries et Swenson, 1999 ; Mucchielli, 1998b ; Mucchielli, Buckley et Cordell, 1998 ; Ottaviano et Puga, 1998) pour bénéficier de l’apprentissage collectif nécessaire à l’exploitation efficiente de ces processus productifs (Maskell et Malmberg, 1999).
9 Cependant, il est vrai que cette situation favorable des pays en développement masque une cruelle disparité entre les pays de la zone Asie-Pacifique, d’une part (dont Chine, Hong Kong, Inde, Corée, Malaisie, Philippines, Singapour, Taïwan et Thaïlande) et l’Afrique subsaharienne, d’autre part. Sur la période 1986-1990, l’Afrique subsaharienne pèse 11,5% dans les IDE entrants de l’ensemble des pays en développement, contre près de 55% pour les pays de la zone Asie-Pacifique. Le poids de ces derniers est donc, à cette époque, quatre fois et demie plus important que celui de l’Afrique subsaharienne. En 2002, la part des pays de l’ASS tombe à 6,5%, tandis que celle des pays de la zone Asie-Pacifique croît pour atteindre près de 60%. Le poids de ces derniers, à cette date, devient alors neuf fois plus important que celui de l’Afrique subsaharienne (UNCTAD, 1992,2003). Ainsi, entre la période 1986-1990 et l'année 2002, on relève que la part des pays de la zone Asie-Pacifique relativement à celle des pays de l’ASS, dans les IDE entrants de l’ensemble des pays en développement, est multipliée par deux.
10 Par rapport à l’ensemble des investissements directs étrangers entrants (pays développés et pays en développement), la part de l’Afrique subsaharienne est très faible, et même réduite : elle passe de 2% sur la période 1986-1990 à 1,7% en 2002 (UNCTAD, 1992,2003). Ces évolutions contrastées par rapport à la mondialisation à l’intérieur même du groupe des pays en développement sont soutenues par des travaux portant sur la faiblesse structurelle de l’Afrique subsaharienne dans le commerce international (Subramanian et Tamirisa, 2003) et sur l’accroissement de la compétitivité technologique de l’Asie (Mahmood et Singh, 2003).
1.2 Diversité de l’analyse théorique des retombées associées aux IDE entrants
11 L’analyse des retombées des investissements directs étrangers entrants sur les économies des pays d’accueil fait appel à trois corpus théoriques principaux, à savoir les théories de l’organisation industrielle, les théories du commerce international et les théories de la croissance endogène. La première approche traite explicitement du rôle des investissements directs étrangers dans les transferts de technologie et la diffusion de la connaissance, ainsi que de leur impact sur la structure du marché du pays d’accueil (Dunning, 1993 ; Caves, 1996). La deuxième permet de comprendre les motifs qui fondent l’existence des IDE d’une part, les déterminants du choix de la méthode de pénétration des marchés étrangers (exportations, licence, IDE) d’autre part (Ethier, 1986 ; Horstmann et Markusen, 1992). La troisième approche, enfin, reconnaît en l’investissement direct étranger un moyen de faire augmenter la dotation du pays d’accueil en capital humain, d’accélérer le changement technologique et de diffuser la connaissance entre les nations (Grossman et Helpman, 1995), avec au bout de la chaîne des effets de l’IDE l’augmentation du taux de croissance de l’économie du pays d’accueil. L’originalité de l’approche par la croissance endogène, par rapport aux théories de l’organisation industrielle et à celles du commerce international, réside dans la reconnaissance explicite de ce que les retombées de l’activité multinationale étrangère ne sont pas mécaniques. En d’autres termes, ouvrir la porte aux firmes multinationales étrangères est une étape importante, savoir tirer avantage de leur présence en est une autre.
12 C’est précisément dans cette perspective du caractère non mécanique des retombées de l’IDE entrant que s’inscrit notre réflexion. Pour tirer effectivement avantage de la présence étrangère, le pays d’accueil doit posséder une certaine capacité d’absorption (Barrios, Dimelis, Louri et Strobl, 2002 ; Crespo et Fontoura, 2007 ; Girma, 2003 ; Habiyaremye et Ziesemer, 2006) ou un certain stock de capital humain (Borensztein, De Gregorio et Lee, 1998 ; Caucutt et Kumar, 2007 ; Lanzi, 2007 ; Noorbakhsh, Paloni et Youssef, 2001 ; Olofsdotter, 1998 ; Xu, 2000). Ces deux concepts sont souvent employés indifféremment pour qualifier le potentiel d’apprentissage que doit nécessairement posséder le pays d’accueil qui prétend à la matérialisation, chez lui, des retombées de l’activité multinationale étrangère. Cependant, l’emploi indifférencié de ces deux concepts dans la littérature traitant des retombées de l’IDE laisse supposer que les contours de la capacité d’absorption sont mal définis, par rapport à la notion de capital humain. Pourtant, un détour par les principaux travaux de ces vingt dernières années (Cohen et Levinthal, 1989 et 1990 ; Guillaumont, 1985, tome 2) permet de nourrir la thèse selon laquelle la notion de capacité d’absorption repose sur le capital humain et renvoie à des aspects organisationnels. Une clarification de ces derniers peut être menée avec les canons de la théorie des compétences de la firme (Foss, 1996 ; Loasby, 1998a ; Loasby, 1998b) et de la théorie des agglomérations (Fujita et Thisse, 1997 ; Rallet, 1993 ; Torre et Gilly, 2000).
2. LE CONCEPT DE CAPACITE D’ABSORPTION
13 La littérature théorique portant sur le rôle de la capacité d’absorption dans l’analyse de l’impact des IDE entrants sur les pays d’accueil fait très souvent référence aux travaux de Cohen et Levinthal (1989,1990), à un point tel que l’on serait tenté d’en leur attribuer la paternité. Pourtant, la capacité d’absorption occupe déjà une place centrale dans les travaux de Patrick Guillaumont (1971,1985 tome 2). Sans prétendre à l’exhaustivité (ce n’est pas notre propos dans le présent exercice), nous identifions d’abord quelques éléments clés dans les apports de Guillaumont d’une part, dans ceux de Cohen et Levinthal d’autre part, puis nous centrons notre intérêt sur le capital humain en tant que pivot de la capacité d’absorption.
2.1 Genèse et positionnement théorique
14 Selon Patrick Guillaumont (1985 tome 2,87), "la notion de capacité d’absorption (…) s’applique au capital de toute origine, interne aussi bien qu’externe : elle exprime un ensemble de limites à la transformation de capitaux disponibles ou mobilisables en capital réel utile au développement". L’auteur fait alors la distinction entre les "limites techniques" (manque d’infrastructures, manque de qualification…) et les "limites politiques" (la dépendance extérieure ne doit pas franchir un certain seuil…), dont la conjugaison permet de définir une "capacité générale d’absorption, maximum d’investissement utile" (Ibid.).
15 Par ailleurs, selon Guillaumont, on peut identifier une approche microéconomique et une approche macroéconomique dans l’analyse de la capacité d’absorption. Sous l’angle microéconomique, elle correspond au "maximum d’investissement réalisable sans que le taux de rentabilité devienne nul : on suppose alors que l’existence d’une capacité limitée se traduit par une brusque diminution de la courbe représentative de la rentabilité en fonction du volume de l’investissement ; la capacité peut ainsi être définie par référence à un certain seuil en dessous duquel le taux de rentabilité ne doit pas descendre" (Guillaumont, 1985 tome 2,88). Sous l’angle macroéconomique, la capacité d’absorption est envisagée "comme le taux maximum d’investissement réalisable sans que le taux de croissance cesse d’augmenter" (Ibid., 88).
16 Enfin, comme indicateurs de la capacité d’absorption, Guillaumont (Ibid., 93-94) fait la distinction entre les "indicateurs macroéconomiques" (taux d’investissement, coefficient marginal du capital…), les "indicateurs microéconomiques" (taux de rentabilité marginale des investissements…), les "indicateurs de manifestation" (inflation et variation du prix relatif du capital, accroissement de l’inégalité dans la répartition), les "indicateurs de déterminants" (état de l’infrastructure, niveau de qualification de la population active…).
17 Chez W. M. Cohen et D. A. Levinthal (1989,1990), l’irruption du concept de capacité d’absorption (absorptive capacity) s’inscrit plus précisément dans la problématique du rattrapage technologique où les dépenses de recherche et développement jouent un rôle important. Ainsi, "si la dépense de recherche et développement engendre manifestement des innovations, elle développe aussi la capacité des firmes à identifier, assimiler et exploiter la connaissance provenant de l’environnement – ce que nous appelons capacité d’absorption ou apprentissage des firmes" (Cohen and Levinthal, 1989,569). C’est donc une conception microéconomique qui est mise en avant, circonscrite à la sphère de la compétitivité technologique des firmes.
18 Cependant, la capacité d’absorption est un concept plus large que ne laissent supposer les deux approches précédentes, identifié par la "capacité sociale" (social capability), proposée pour la première fois par K. Ohzawa et H. Rosovsky (1973) pour expliquer les taux de croissance du Japon au cours des années cinquante et soixante. Cette notion de capacité sociale "recouvre une grande diversité de questions, englobant la performance des systèmes économique, éducatif, financier et politique, dont tous influencent le taux de croissance du pays" (Criscuolo and Narula, 2002,2). Il est utile de souligner que cette notion introduite au début des années soixante-dix est relayée depuis la fin des années quatre-vingt dix par la notion de gouvernance des pays, notion développée par la Banque mondiale (Kaufmann, Kraay, Zoido-Lobaton, 1999 et 2002) et qui comporte six dimensions, à savoir la liberté d’opinion et la responsabilité, la stabilité politique, l’efficacité du gouvernement, la qualité de la réglementation, l’autorité de la loi et la lutte contre la corruption.
19 La filiation de la notion de capacité d’absorption avec la théorie de la croissance endogène est remarquable car il apparaît que quelques-uns des textes majeurs respectifs qui ont vocation à les ancrer dans la littérature économique sont publiés à des dates similaires. En effet, l’avènement de la théorie de la croissance endogène est consacré par la publication de deux textes de R. Lucas et P. Romer en 1988 et 1990 respectivement, alors que les deux textes co-écrits par W. M. Cohen et D. A. Levinthal sont publiés en 1989 et 1990. Il y a beaucoup plus qu’une simple simultanéité des publications entre la notion de capacité d’absorption et la théorie de la croissance endogène. Par rapport à la problématique des retombées des investissements directs étrangers entrants sur l’économie du pays d’accueil, la notion de capacité d’absorption peut être interprétée comme un outil dont le rôle essentiel consiste à faire sortir l’analyse de l’impact de l’IDE du champ de la théorie néoclassique traditionnelle de la croissance, qui peut être présentée comme une analyse de l’accumulation quantitative des facteurs, pour la faire entrer dans le champ de la théorie de la croissance endogène, qui apparaît comme une analyse de l’accumulation qualitative des facteurs.
20 La pertinence de la première est grandement limitée, par une réalité d’abord, celle des rendements décroissants, par une hypothèse ensuite, celle de l’exogénéité du progrès technique, hypothèse pessimiste car elle fige les niveaux de développement relatifs des pays et n’autorise aucune possibilité de rattrapage des moins avancés. La pertinence de la seconde, en revanche, est grande car elle considère que la limite représentée par les rendements décroissants peut être surmontée par l’efficience avec laquelle les facteurs de production sont combinés, qui est reflétée par la productivité totale des facteurs. Cette composante qualitative de la croissance dépend fondamentalement de la capacité d’absorption.
2.2 Le capital humain, pivot de la capacité d’absorption
21 Le capital humain est considéré comme l’élément central de la capacité d’absorption. Selon Cohen et Levinthal (1990,128), "l’évaluation et l’utilisation de la connaissance externe sont pour une grande part fonction du niveau de la connaissance apparentée antérieure". En d’autres termes, c’est le stock initial de capital humain dont est doté un pays qui détermine son potentiel d’apprentissage.
22 La conceptualisation de cette notion est entreprise par G. S. Becker (1962, 1975). Elle englobe tous les aspects liés à l’instruction, à l’éducation, à la formation et à la santé des individus. Le capital humain représente du capital intangible car l’individu se confond avec son savoir, ses compétences, l’état de sa santé et ses valeurs, alors que dans le cas des formes tangibles du capital, la séparation est possible entre l’individu et les actifs réels et financiers qu’il possède. L’éducation, au sens large du terme, est un élément essentiel du capital humain : elle est au capital humain ce que l’investissement - au sens où on l’entend traditionnellement - est au capital physique. L’intérêt particulier qui lui est accordé résulte de ce que ses retombées sur la société sont évidentes d’un point de vue théorique et de ce que son évaluation est techniquement réalisable. La comparaison des niveaux d’éducation entre les pays développés et les pays en développement montre de profondes disparités (tableau 2 en annexe), qu’il est utile de rapprocher de celles constatées dans la direction prise par les investissements directs étrangers entrants. Ainsi, en 2000, la durée moyenne de scolarisation est d’environ 9 ans et 9 mois dans les pays avancés et de 5 ans et 1 mois dans les PED, soit une durée moyenne de scolarisation presque deux fois plus élevée dans les pays avancés. Soulignons que la situation dans laquelle se trouvent les PED en 2000 est moins mauvaise qu’elle ne l’est en 1960 : à cette époque, la durée moyenne de scolarisation y est près de trois fois et demi moins longue que celle en vigueur dans les pays avancés (2 ans contre 7 ans). Cependant, là encore, on constate une disparité entre les pays de l’Est asiatique et du Pacifique et les pays de l’Afrique subsaharienne, puisque la durée moyenne de scolarisation dans les premiers est presque deux fois plus élevée que celle en vigueur dans les seconds en 2000 (6 ans et 8 mois dans les premiers contre 3 ans et 6 mois dans les seconds). Par ailleurs, l’effort des pays de l’Est asiatique et du Pacifique est remarquable car ils sont parvenus à faire augmenter la durée moyenne de scolarisation de près de quatre ans en cinq décennies, alors qu’elle n’augmente que d’un an et demi environ dans les pays de l’Afrique subsaharienne sur la même période.
23 L’analyse fondée sur les niveaux primaire, secondaire et supérieur d’éducation permet de préciser les différents profils. La pertinence de cette distinction est démontrée dans les travaux empiriques portant sur la relation entre éducation et croissance. Ainsi, la croissance de l’OCDE s’appuie principalement sur un niveau supérieur d’éducation (Petrakis et Stamatakis, 2002), alors que celle des PED est davantage imputable aux niveaux primaire et secondaire (Self et Grabowski, 2004). L’absence de scolarisation primaire reste très élevée dans les PED : 34,4% de la population âgée de 15 ans et plus, contre 3,7% seulement dans les pays avancés en 2000. La distinction entre pays de l’Est asiatique et du Pacifique et pays de l’Afrique subsaharienne s’impose une nouvelle fois : l’absence de scolarisation primaire touche près de 43% de la population dans les seconds, contre près de 20% dans les premiers.
24 Pour ce qui est du niveau secondaire de scolarisation, il est atteint pour 43,1% de la population âgée de 15 ans et plus dans les pays avancés et 24,6% seulement de celle des PED en 2000. On note que, en 1960,6,3% seulement de la population de l’ensemble des PED atteint le niveau secondaire. On observe que dans les pays de l’Est asiatique et du Pacifique le niveau secondaire est atteint par 32,7% de la population en 2000 (43,1% pour la population des pays avancés la même année) et que l’effort réalisé en cinq décennies est remarquable : la proportion de la population âgée de 15 ans et plus ayant atteint le niveau secondaire n’est que de 8,5% en 1960, elle est donc multipliée par quatre environ sur la période 1960-2000. Les pays de l’Afrique subsaharienne, malgré des progrès, sont encore en retrait : en 2000, c’est certes une proportion 2,5 fois plus importante de la population qui atteint le niveau secondaire par rapport à 1960, mais elle n’est que de 17%.
25 Enfin, à propos du niveau d’études supérieures, on note une grande différence entre les pays avancés et les PED. En 2000,28,1% de la population âgée de 15 ans et plus des pays avancés possède un niveau d’études supérieures, contre 6,5% dans les PED. Au sein des PED, la disparité persiste entre les pays de l’Est asiatique et du Pacifique et les pays de l’Afrique subsaharienne : 11,7% de la population a atteint un niveau d’études supérieures dans les premiers en 2000, contre 2,2% seulement dans les seconds la même année.
3. LA PROBLÉMATIQUE ORGANISATIONNELLE DANS LA CAPACITÉ D’ABSORPTION
26 Le capital humain est donc au cœur de la capacité d’absorption. Il est représentatif de la connaissance tacite et de la capacité d’apprentissage. Se pose maintenant la question de son organisation dans l’économie nationale. La compétitivité de cette organisation dépendra alors de sa propension à libérer le capital humain de manière à ce que son potentiel d’apprentissage puisse être pleinement mis en œuvre.
27 Le capital humain se trouve à l’intérieur d’organisations envisagées au sens large du terme, à savoir les entreprises, les universités, les centres de recherche, les agences gouvernementales… La discussion menée ci-dessous privilégie l’organisation la plus traitée dans la littérature économique : la firme. Cependant, elle débouche sur un enseignement essentiel qui peut être partagé par les autres formes d’organisations, à savoir la nécessité de ne pas bâtir les solutions organisationnelles sur l’hypothèse d’une conception pessimiste – celle de l’opportunisme – de la nature humaine. La problématique organisationnelle se pose à deux niveaux, au niveau intra-organisationnel d’une part, au niveau inter-organisationnel d’autre part.
3.1 Le niveau intra-organisationnel
28 La notion de capital humain est de nature à remettre en cause la traditionnelle distinction entre actif standardisé et actif spécifique propre à la théorie des coûts de transaction (Williamson, 1985). D’après cette théorie, lorsque les transactions sont fréquentes et portent sur des actifs spécifiques, dans un contexte marqué par l’opportunisme des individus, leur rationalité limitée et l’incertitude de l’environnement, l’internalisation est considérée comme le meilleur moyen de garantir le rendement efficace de l’actif. C’est ce raisonnement qui se trouve à la base de l’explication de la multinationalisation des firmes par la théorie éclectique (Dunning, 1981).
29 Ainsi, dans le paradigme des coûts de transaction, le transfert d’un actif d’une structure de gouvernance à une autre (du marché à la firme, par exemple) est aisé car la qualité intrinsèque de l’actif (la qualité du capital humain) est conservée. Si son exploitation donne naissance à un niveau de performance moindre, alors la responsabilité est à rechercher exclusivement dans le choix d’une gouvernance inefficace. Cependant, dans un contexte productif où le capital humain est le facteur de production privilégié, la pertinence de la théorie des coûts de transaction comme fondement du choix de la stratégie de gouvernance est fortement réduite. La limite fondamentale de la théorie des coûts de transaction réside dans le fait qu’elle se destine exclusivement à répondre à la question des frontières de la firme, posant implicitement l’hypothèse selon laquelle toutes les choses sont égales par ailleurs. C’est une théorie purement instrumentale (Foss, 1994), destinée essentiellement à discriminer entre les formes possibles de gouvernance et qui néglige de s’interroger sur les changements réalistes que le passage d’une gouvernance par le marché à une gouvernance par la firme, par exemple, peut induire : elle néglige le risque d’un sous-développement de l'actif, dont les relations de proximité peuvent être fortement réduites sur le plan qualitatif. En d’autres termes, la question de savoir si la "nouvelle" firme possède les capacités organisationnelles et technologiques qui lui permettent de soutenir la trajectoire de développement du capital humain internalisé est ouverte. Cette question de la dynamique interne de la firme fait aussi l’objet de l’attention des théoriciens de la multinationalisation (Buckley, 1995 ; Casson, 1996). Ainsi, selon Buckley (1995, 270), "l’approche de l’internalisation a négligé de développer ses implications en ce qui concerne les relations à l’intérieur de la firme".
30 La conception statique du capital humain, qui est privilégiée dans la théorie des coûts de transaction, est contraire à sa nature fondamentalement dynamique. Elle se heurte à l’exigence d’apprentissage collectif comme garantie du développement des compétences (Foss, 1996 ; Loasby, 1998a, 1998b). Cette dernière optique trouve ses fondements dans l'approche évolutionniste de la firme (Nelson et Winter, 1982). La théorie des compétences offre alors des solutions organisationnelles par lesquelles le potentiel d’apprentissage porté par le capital humain disponible dans la firme se confond avec le potentiel d’apprentissage de cette dernière. Ainsi, la firme ne se construit pas sur une conception pessimiste de la nature humaine – celle de l’opportunisme des individus chère à O. Williamson – mais sur une conception optimiste, celle du potentiel d’apprentissage des individus.
31 La compétence de la firme est le résultat d’un processus d’apprentissage qui implique plusieurs connaissances et qualifications. C’est une ressource partiellement tacite, qui ne peut être échangée, elle est partagée entre les individus de la firme. Les compétences dites de base permettent à la firme d’acquérir un avantage compétitif par rapport à ses concurrents. Une distinction utile est faite entre compétences reproductives et compétences dynamiques (Christensen, 1994). Pour reprendre les termes de Cohendet et alii (1999,230), "les compétences reproductives correspondent au concept de routine statique de la théorie évolutionniste et consiste en l’exploitation de ressources données ; de telles routines sont reproduites de manière répétée et développées de façon incrémentale. Les compétences dynamiques impliquent davantage de routines transformatrices et fournissent une base pour l’avantage compétitif à travers la promotion de l’innovation et la création de nouvelles capacités. Les compétences reproductives sont routinières, décentralisées et procèdent par la distribution de l’information. La tâche associée est de réduire le coût de l’appropriation de l’information. Cependant, le principal défi dans une économie moderne dynamique n’est plus de réduire le coût de l’information mais de mettre en œuvre des modes efficaces d’apprentissage".
32 Sous l’angle de la théorie des compétences de la firme, aucune firme ne peut détenir des compétences sur toutes les étapes de la production (Langlois et Robertson, 1995,30). Dans la plupart des cas, la production d’un bien final nécessite un ensemble de compétences qui dépasse les compétences de base des firmes individuelles. Les compétences d’une firme englobent aussi des compétences indirectes par lesquelles elle sait obtenir des actifs relevant des compétences d’autres firmes (Loasby, 1998b, 149). Les tenants de la théorie des compétences de la firme soutiennent que beaucoup de savoirs dont une firme a besoin pour réussir se trouvent en dehors de cette firme et insistent, en conséquence, sur le rôle des marchés qui sont des moyens pour que ce savoir nécessaire soit rendu accessible, en particulier en identifiant les partenaires potentiels qui sont capables de le fournir (Loasby, 1996,50).
3.2 Le niveau inter-organisationnel
33 L’analyse de la firme sous l’angle des compétences souligne l’importance du processus d’apprentissage pour l’acquisition d’un avantage compétitif. Ce processus d’apprentissage ne peut pas être envisagé en dehors des relations de proximité (Fujita et Thisse, 1997 ; Torre et Gilly, 2000) entre la firme locale et son environnement économique et social immédiat.
34 L’intérêt accordé à la localisation industrielle consacre la non-neutralité de l’espace dans le processus concurrentiel. L’asymétrie des performances entre firmes d’une même industrie peut être imputée à des différences dans les espaces d’appartenance respectifs de ces firmes. Ainsi, "l’espace conduit presque inévitablement à la concurrence imparfaite" (Scotchmer et Thisse, 1993,654). Son statut n’est pas exogène, mais endogène dans le sens où une localisation industrielle génère d’elle-même des avantages internes.
35 Le district industriel[4] [4] Les notions de district technologique, cluster technologique,...
suite (Marshall, 1890 et 1919) est justement le concept général qui retrace l’impact favorable que peut exercer la concentration des activités économiques en un lieu donné. Selon Becattini (1992,36-37), "le district industriel est une entité socio-territoriale caractérisée par la présence active d’une communauté de personnes et d’une population d’entreprises dans un espace géographique et historique donné. Dans le district, à l’inverse de ce qui se passe dans d’autres types d’environnements, comme par exemple les villes manufacturières, il tend à y avoir osmose parfaite entre communauté locale et entreprises". Cette osmose se manifeste au travers de deux avantages, à savoir "ceux attachés aux ressources humaines rassemblées et ceux qui viennent de l’interdépendance technique des activités créées. (…) Il n’y a pas lieu de les dissocier et, d’ailleurs, Marshall les présente dans un seul et même mouvement" (Gaffard et Romani, 1990,173).
36 La concentration des ressources humaines facilite la transmission et l’enrichissement des compétences : "les secrets de l’industrie cessent d’être des secrets ; ils sont pour ainsi dire dans l’air et les enfants apprennent inconsciemment beaucoup d’entre eux" (Marshall 1890,225) ; il existe une "atmosphère industrielle" (Marshall, 1919,287) qui favorise la maîtrise et le développement des compétences et est l’expression d’un véritable processus culturel (Gaffard et Romani, 1990,174). L’avantage interne que confère l’interdépendance technique des activités se situe au niveau de l’accumulation de machines hautement spécialisées et au niveau de la standardisation et des spécialisations que permet la communication constante entre les constructeurs et les utilisateurs de machines (Gaffard et Romani, 1990,174-175). En d’autres termes, "l’ensemble des activités productives d’un district industriel forme-t-il un seul et unique processus de production complexe dont la dimension essentielle est celle du temps, en l’occurrence le temps de l’apprentissage, de l’élaboration et de la mise en œuvre d’une capacité de production spécifique ?" (Gaffard et Romani, 1990,175). Enfin, le district industriel constitue un marché efficient du travail. Il offre une grande variété d’activités professionnelles. La spécialisation du travailleur n’est pas totalement perdue lorsque ce dernier passe d’une entreprise à une autre, puisqu’elle continue de faire partie de ce bien public que Marshall qualifie d’atmosphère industrielle (Becattini, 1992,36).
37 Ainsi, le concept de district industriel est très explicite sur le rôle de l’apprentissage collectif dans la compétitivité des firmes. Il est complémentaire de l’apprentissage qui se déroule à l’intérieur de la firme et qui donne naissance à des compétences. C’est à ce double apprentissage existant dans un territoire qu’est confrontée la firme multinationale étrangère qui souhaite accéder à la dotation en capital humain d’une firme locale. A-t-elle les moyens de soutenir efficacement l’apprentissage interne en internalisant ? Le changement de structure de gouvernance ne risque-t-il pas d’altérer la qualité de l’apprentissage externe ? La question de l’efficacité d’une structure de gouvernance unifiée est ainsi posée à double titre.
38 Le district industriel, comme tout autre type d'environnement économique et social immédiat, exerce des effets d'entraînement qui transitent par des externalités pécuniaires et technologiques (Scitovsky, 1954). Suivant la définition de Fujita et Thisse (1997,43), "les externalités pécuniaires renvoient aux bénéfices des interactions économiques qui se concrétisent au travers des mécanismes habituels de marché, alors que les externalités technologiques traitent des effets d'interactions en dehors des marchés, affectant directement les utilités des consommateurs ou les fonctions de production des entreprises". C'est l'intensité des externalités technologiques, des externalités qui ne transitent pas par le marché, qui exprime le degré d'insertion d'une firme locale dans son environnement économique immédiat.
39 Lorsque cette intensité est forte, la firme multinationale étrangère se trouve confrontée à une réalité économique déjà avantageuse pour la firme locale, par laquelle elle est contrainte. Dans un tel schéma, la préservation de la dynamique d’apprentissage est de nature à pousser la firme multinationale étrangère à une contractualisation par le marché. Il y a donc une sorte de tension entre la stratégie d’internalisation que les firmes multinationales étrangères considèrent comme incontournable pour protéger leurs avantages spécifiques et l’intention de tirer pleinement profit des apprentissages disponibles au niveau local. Cette tension peut être résolue par des relations de marché, dans une optique où ce dernier est un fournisseur de compétences performantes et non dans une optique négative où il est considéré comme une source de comportements opportunistes et d’incertitudes. C’est "paradoxalement" par des relations de marché que la firme multinationale étrangère devient une composante à part entière de l’environnement économique et social immédiat de la firme locale lorsque les externalités technologiques sont fortes.
CONCLUSION
40 L’expansion de l’activité des firmes multinationales étrangères résulte de la reconnaissance largement partagée, quoique nécessairement nuancée, de ce que les investissements directs étrangers entrants exercent des effets favorables sur les économies des pays d’accueil, en termes de croissance, de productivité et de compétitivité. Cependant, la disparité récurrente, en ce début du 21ème siècle, entre pays développés et pays en développement dans la répartition des IDE entrants d’une part, celle relevée entre pays de l’Est asiatique et du Pacifique et les pays de l’Afrique subsaharienne d’autre part, incitent à valoriser la problématique de la capacité d’absorption des pays d’accueil. Nous nous sommes attachés à montrer les aspects économiques de cette notion en utilisant la théorie de la croissance endogène, la théorie des compétences et la théorie des agglomérations. Ainsi, la capacité d’absorption comporte deux dimensions : une dimension individuelle, représentée par le capital humain, et une dimension organisationnelle à deux étages, celui de la firme d’une part, celui de son environnement d’autre part.
41 Les solutions organisationnelles doivent être évaluées à leur propension à libérer le potentiel d’apprentissage du capital humain et des firmes. Cette libération passe par l’abandon de l’hypothèse de l’opportunisme des individus, conception négative de la nature humaine solidement ancrée chez les théoriciens des organisations, et nécessite que lui soit substituée une conception optimiste, celle selon laquelle les individus, par leur apprentissage personnel, améliorent la capacité d’apprentissage des organisations qui les emploient, facilitant ainsi la diffusion de la connaissance.
42 Du point de vue de la problématique du rattrapage technologique qui est encore d’actualité pour de nombreux pays en développement, la capacité d’absorption est à la fois un instrument et un objectif de politique économique en général, de politique de compétitivité, en particulier. La trappe au sous-développement dans laquelle se trouvent certains pays peut s’expliquer par une impossibilité d’atteindre le seuil de capacité d’absorption nécessaire pour attirer un certain volume d’investissements directs étrangers. Bien que notre propos se soit focalisé sur l’importance de la capacité d’absorption pour la problématique du développement, nous gardons à l’esprit la complexité de cette dernière. À ce titre, il nous apparaît que deux autres facteurs au moins devraient faire l’objet d’une particulière attention dans la mise en place d’une stratégie de développement.
43 Le premier concerne la libéralisation financière. S’il est vrai que, sur la question du lien entre développement financier et croissance des pays en développement, des débats contradictoires subsistent, il n’en reste pas moins qu’un large consensus s’est dégagé pour reconnaître les retombées positives du développement du système financier local et sa libéralisation. L’amélioration de la collecte de l’épargne, la diminution des coûts de transaction dans le financement de l’investissement, la hausse des fonds disponibles pour les investissements de long terme et un saut qualitatif dans la gestion des entreprises, comptent parmi les nombreux effets attendus du développement financier qui doivent se conjuguer pour consolider la croissance.
44 Le second facteur concerne l’amélioration de la gouvernance des pays, notamment la lutte contre la corruption des autorités publiques. Une réflexion approfondie devrait être conduite au niveau des institutions internationales pour définir comment imposer aux États la mise en œuvre de principes efficaces de gouvernance tout en préservant leur souveraineté. C’est une piste qui mérite d’être approfondie, d’autant plus que les pays riches sont sollicités d’une manière récurrente au titre de l’aide au développement, et ce, parfois, sur un ton accusateur…
Annexe
Annexe
Distribution des IDE entrants entre pays développés et PED
Tableau 1 -
Tendances dans les performances d’éducation (population âgée de 15 ans et plus)
Tableau 2 -
Bibliographie
BIBLIOGRAPHIE
BARRIOS S., DIMELIS S., LOURI H., STROBL E. (2002) Efficiency spillovers from Foreign direct investment in the EU periphery : a comparative study of Greece, Ireland and Spain, FEDEA, Document de travail, 19 p.
BARRO R. J., LEE J.-W. (2000) International data on educational attainment : updates and implications, CID Working Paper, n°42, April, 33 p.
BECATTINI G. (1992) Le district marshallien : une notion socio-économique, in Benko G., Lipietz A., Les régions qui gagnent, Paris, PUF, 35-55.
BECKER G. S. (1962) Investment in human capital : a theoretical analysis, Journal of Political Economy, 70,9-49.
BECKER G. S. (1975) Human capital, 2nd ed., Columbia University Press.
BORENSZTEIN E., DE GREGORIO J., LEE J.-W. (1998) How does foreign direct investment affect economic growth ?, Journal of International Economics, 45,115-135.
BOUDHIAF M., SIROËN J.-M. (2001) Ouverture et développement économique, Paris, Economica, 385 p.
BUCKLEY P. J. (1995) L’État de l’art des théories de la firme multinationale, in Rainelli M., La négociation commerciale et financière internationale, Paris, Economica, 261-280.
CASSON M. (1996) The organisation and evolution of the multinational enterprise : an information cost approach, Discussion Paper in International Investment and Business Studies, n°222, Series B, vol.9, University of Reading, Department of Economics, November.
CAUCUTT E. M., KUMAR K. B. (2007) Education for all. A welfare-improving course for Africa ?, Review of Economic Dynamics, vol.10, n°2,294-326.
CAVES R. E. (1996) Multinational enterprise and economic analysis, 2nd ed., Cambridge University Press.
CHRISTENSEN J. F. (1994) Analysing the technology base of the firm : a multi-dimensional resource and capability perspective, EUNETIC Conference on Evolutionary and technological change, European Parliament, Strasbourg, October.
COHEN W. M., LEVINTHAL D. A. (1989) Innovation and learning : the two faces of R&D, Economic Journal, 99,569-596.
COHEN W. M., LEVINTHAL D. A. (1990) Absorptive capacity : a new perspective on learning and innovation, Administrative Quartely Science, 35(1), 128-152.
COHENDET P., KERN F., MEHMANPAZIR B., MUNIER F. (1999) Knowledge coordination, competence creation and integrated networks in globalised firms, Cambridge Journal of Economics, 23,225-241.
CRESPO N., FONTOURA M. P. (2007) Determinant factors of FDI Spillovers – What do we really know ?, World Development, vol.35, n°3,410-425.
CRISCUOLO P., NARULA R. (2002) A novel approach to national technological accumulation and absorptive capacity : aggregating Cohen and Levinthal, MERIT, 2002-016,25 p.
DELAPIERRE M., MOATI P., MOUHOUD E. M. (2000) Connaissance et mondialisation, Paris, Economica, 85-96.
DUNNING J. H. (1981) International Production and multinational enterprise, George Allen and Unwin.
DUNNING J. H. (1993) Multinational enterprise and the global economy, Addison-Wesley, Reading.
DUNNING J. H., MUCCHIELLI J.-L. (2001) The multinational firm : the global-local dilemma, London, Routledge, 240 p.
ETHIER W. J. (1986) The multinational firms, Quartely Journal of Economics, 102,805-833.
FOSS N. (1994) Why transaction cost economies needs evolutionary economics ?, Revue d’Economie Industrielle, n°68,7-27.
FOSS N. (1996) Capabilities and the theory of the firm, Revue d’Economie Industrielle, n°77, pp. 7-27.
FUJITA, M., THISSE J.-F. (1997) Economie géographique, problèmes anciens et nouvelles perspectives, Annales d’Economie et de Statistiques, n°45,37-87.
GAFFARD, J.-L., ROMANI P.-M. (1990) À propos de la localisation des activités industrielles : le district marshallien, Revue Française d’Economie, vol. V, n°3,171-185.
GIRMA S. (2003) Absorptive capacity and productivity spillovers from FDI : a threshold regression analysis, European Economy Group, Working Paper n°25/2003, 32 p.
GROSSMAN G., HELPMAN E. (1995) Innovation and growth in the global economy, MIT Press.
GUILLAUMONT P. (1971) L’absorption du capital, Paris, Cujas.
GUILLAUMONT P. (1985) Economie du développement, 1/ Le sous-développement, 464 p., 2/ Dynamique interne du développement, 605p., 3/ Dynamique internationale du développement, Paris, PUF, THEMIS, 367p.
HABIYAREMYE A., ZIESEMER T. (2006) Absorptive capacity and export diversification in sub-Saharan African countries, UNU-MERIT Working Papers, 2006-030,33 p.
HEAD K., RIES J., SWENSON D. L. (1999) Attracting foreign manufacturing : Investment promotion and agglomeration, Regional Science and Urban Economics, 29, 197-218.
HORSTMANN I. J., MARKUSEN J. R. (1992) Endogenous market structures in international trade, Journal of International Economics, 32,109-129.
KAUFMANN D., KRAAY A., ZOIDO-LOBATON P. (1999) Governance matters, World Bank Policy Research Working Paper, n°2196,64 p.
KAUFMANN D., KRAAY A., ZOIDO-LOBATON P. (2002) Governance matters II. Updated indicators for 2000/01, World Bank Policy Research Working Paper, n°2272, 47 p.
LANGLOIS R.N., ROBERTSON P.L. (1995) Firms markets and economic change, Routledge.
LANZI D. (2007) Capabilities, human capital and education, The Journal of Socio-Economics, vol.36,424-435.
LIPSEY R. E., MUCCHIELLI J.-L. (2001) Multinational firms and impacts on employment, trade and technology. New perspectives for a new century, London, Routledge, p. 288 .
LOASBY B. (1996) The organisation of industry, in Foss N., Knudsen C., Toward a competence theory of the firm, London, Routledge.
LOASBY B. (1998a) The concept of capabilities, in Foss N., Loasby B., Economic organization, capabilities and co-ordination : Essays in honour of G.B. Richardson, London, Routledge, 163-182.
LOASBY B. (1998b) The organisation of capabilities, Journal of Economic Behaviour and Organization, vol.35, n°2,139-160.
LUCAS R. (1988) On the mechanism of economic development, Journal of Monetary Economics, n°22,3-42.
MAHMOOD I. P., SINGH J. (2003) Technological dynamism in Asia, Research Policy, 32,1031-1054.
MARSHALL A. (1890) Principles of economics, London, Macmillan.
MARSHALL A. (1919) Industry and Trade, London, Macmillan.
MASKELL P., MALMBERG A. (1999) Localised learning and industrial competitiveness, Cambridge Journal of Economics, 23,167-185.
MINOR M. (1994) The demise of expropriation as an instrument of LDC policy, 1980-1992, Journal of International Business Studies, 25(1), 177-188.
MOUHOUD E.M. (2006) Mondialisation et délocalisation des entreprises, Paris, Repères La Découverte, 122 p.
MUCCHIELLI J.-L. (1998a) Multinationales et mondialisation, Paris, Seuil, 365 p.
MUCCHIELLI J.-L. (1998b) Multinational location strategy, Greenwitch, JAI Press, 237 p.
MUCCHIELLI J.-L., BUCKLEY P., CORDELL V. (1998) Globalization and regionalism, Hartworth Press, 347 p.
NEGREPONTI-DELIVANIS M. (2002) Mondialisation conspiratrice, Paris, L’Harmattan, 402 p.
NELSON R. R., WINTER S. G. (1982) An evolutionary theory of economic change, Harvard University Press.
NOORBAKHSHS F., PALONI A., YOUSSEF A. (2001) Human capital and FDI inflows to developing countries, World Development, vol.29, n°9,1593-1610.
OHZAWA K., ROSOVSKY H. (1973) Japanese Economic Growth, Stanford University Press.
OLOFSDOTTER K. (1998) Foreign direct investment, country capabilities and economic growth, Weltwirtschaftliches Arch, 134(3), 534-547.
OTTAVIANO G. I. P., PUGA D. (1998) Agglomeration in the global economy : a survey of the “new economy geography”, World Economy, vol.21, n°6,707-731.
PETRAKIS P. E., STAMATAKIS D. (2002) Growth and educational levels : a comparative analysis, Economics of Education Review, 21,513-521.
RAINELLI M. (2004) L’organisation mondiale du commerce, Paris, La Découverte, 7e édition, 122 p.
RALLET A. (1993) Choix de proximité et processus d’innovation technologique, Revue d’Economie Régionale et Urbaine, n°3,365-386.
ROMER P. (1990) Endogenous technological change, Journal of Political Economy, 71-102.
SCITOVSKY T. (1954) Two concepts of external economies, Journal of Political Economy, 62,142-151.
SCOTCHMER S., THISSE J.-F. (1993) Les implications de l’espace pour la concurrence, Revue Economique, vol.44, n°4,653-669.
SELF S., GRABOWSKI R. (2004) Does education at all levels cause growth ? India, a case study, Economics of Education Review, 23,47-55.
TORRE A., GILLY J.-P. (2000) On the analytical dimension of proximity dynamics, Regional Studies, vol.34.2,169-180.
UNCTAD (1992) World Investment Report. Transnational Corporations as Engines of Growth, United Nations, New York, 367 p.
UNCTAD (2003) World Investment Report. FDI Policies for Development. National and International Perspectives, United Nations, New York and Geneva, 322 p.
UNCTAD (2006) World Investment Report. FDI from Developing and Transition Economies : Implications for Development, United Nations, New York and Geneva, 366 p.
WILLIAMSON J. (1990) What Washington means by policy reform in Latin American adjustment : how much has happened ?, Washington, Institute for International Economics.
WILLIAMSON O. E. (1985) The economic institutions of capitalism, N-Y, Free Press.
XU B. (2000) Multinational enterprises, technology diffusion, and host country productivity growth, Journal of Development Economics, vol.62,477-493.
Notes
[ 1] CERESUR (Université de La Réunion) et CEDIMES-Réunion : nn nurbel@univ-reunion. fr
[ 2] EUREQUA, Université de Paris I : Ibrahim. AA Ahamada@univ-paris1. fr
[ a] Les auteurs remercient deux rapporteurs anonymes pour leurs commentaires et suggestions et précisent que les éventuelles erreurs ou omissions persistantes restent à leur charge. 
[ 3] Ce Consensus, dont la paternité revient à l’économiste John Williamson (1990), regroupe les dix recommandations formulées en direction des pays en développement (dont ceux de l’Amérique latine) pour que leurs économies respectives échappent à la pauvreté et captent les effets bénéfiques de la mondialisation. Ainsi, leurs gouvernements doivent faire preuve de discipline budgétaire, réorienter la dépense publique, conduire des réformes fiscales et entamer une libéralisation financière. Ils doivent aussi adopter un taux de change unique et compétitif, favoriser l’entrée des investissements directs étrangers, privatiser les entreprises publiques, déréguler les marchés et sécuriser les droits de propriété. 
[ 4] Les notions de district technologique, cluster technologique, système local de production ou d’innovation, ou de milieu innovateur, territoire en sont des variantes plus ou moins spécialisées qui s’inscrivent dans des problématiques analogues. 
Résumé
Cet article analyse la notion de capacité d’absorption et montre son importance pour l’analyse des retombées, sur les pays d’accueil, des investissements directs étrangers entrants. À l’aide des théories de la croissance endogène, des compétences et des agglomérations, nous mettons en évidence deux dimensions de la capacité d’absorption : une dimension individuelle, représentée par le capital humain, et une dimension organisationnelle, qui englobe le niveau de la firme et celui de son environnement. Les solutions organisationnelles doivent être évaluées suivant leurs capacités respectives à libérer le potentiel d’apprentissage du capital humain et des firmes. Mots clés
mondialisation, investissements directs étrangers, développement, capacité d’absorption, apprentissage, capital humain, compétences, agglomérations, clusters, croissance endogène
In world foreign direct investment and development:how much does absorptive capacity matter? This paper deals with the concept of absorptive capacity and shows how much it matters for analysing the inward foreign direct investment spillovers on host countries. By leaning on the endogenous, competences and agglomerations theories, two aspects of the absorptive capacity are brought forth: an individual one, represented by human capital, and an organisational one, which comprises the level of the firm and the level of its environment. The possible governance structures should be appraised in accordance with their respective ability to release the learning potential of human capital and firms. Keywords
globalisation, foreign direct investment, development, absorptive capacity, learning, human capital, competences, agglomerations, clusters, endogenous growth
PLAN DE L'ARTICLE
- 1. LES INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS ENTRANTS : DISPARITÉS ENTRE PAYS ET DIVERSITÉ DE L’ANALYSE THÉORIQUE DES RETOMBÉES POUR LES ÉCONOMIES D’ACCUEIL
- 2. LE CONCEPT DE CAPACITE D’ABSORPTION
- 3. LA PROBLÉMATIQUE ORGANISATIONNELLE DANS LA CAPACITÉ D’ABSORPTION
- CONCLUSION
- Annexe
POUR CITER CET ARTICLE
Alain Nurbel et Ibrahim Ahamada « Investissements directs étrangers entrants et développement : l'enjeu de la capacité d'absorption », Mondes en développement 3/2008 (n° 143), p. 79-96.
URL : www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2008-3-page-79.htm.
DOI : 10.3917/med.143.0079.





