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Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle

2001/1 (n° 19)



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Georges Sorel n’a pas pu, à la fin de sa vie, élever à Proudhon le monument que son admiration espérait produire sous la forme d’un ouvrage. Il n’a pu que tenter d’attirer l’attention sur l’actualité de la pensée de Proudhon, tant en ce qui concerne son socialisme que ses analyses sur la guerre, objet du manuscrit ici publié. La partie visible des publications de Sorel ne donne qu’un aperçu incomplet de son travail. Si la référence à Proudhon est permanente dès 1889, il faut attendre les dix dernières années de la vie de Sorel pour le voir s’y consacrer presque exclusivement [1]  Cf. Patrice Rolland « La référence proudhonienne chez... [1] . De ce travail en profondeur entrepris par Sorel au moment de la guerre et qui n’aboutit pas aux publications projetées, il tirera au gré des occasions des « exégèses » (c’est le titre qu’il donne à l’appendice ajouté en 1920 à la réédition des Matériaux d’une théorie du prolétariat, mais aussi au présent manuscrit) et la matière d’articles publiés en Italie en partie pour des raisons alimentaires, et dont deux manuscrits français ont déjà été republiés [2]  « Proudhon », la Ronda, I, 5, septembre 1919, p. 5-17,... [2] .

Un manuscrit inachevé

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On peut reconstituer assez précisément les conditions de rédaction de ce manuscrit. Probablement après avoir fini la préface à La réforme intellectuelle et morale de Renan, Sorel s’est remis à la lecture de Proudhon et en particulier de La guerre et la paix. En 1916, contacté par le directeur littéraire des Éditions Nelson, il renonce à préparer une préface pour une réimpression du livre de Proudhon : « J’ai trop présumé de mes forces. Je me suis mis au travail et je m’aperçois que le plan auquel j’avais songé présente des difficultés dont je ne viendrai pas à bout [3]  Lettre à Alphonse Séché, s.d., in A. Séché, Dans la... [3] . » Il propose, pour le remplacer, les noms de Daniel Halévy ou d’Édouard Berth. Il confie à Jean Bourdeau : « Je n’ai pas fait la préface pour La guerre et la paix de Proudhon. Je me suis aperçu que cela m’aurait donné beaucoup de peine [4]  Lettre du 29 septembre 1916, in Mil neuf cent, 15,... [4] . » Il préfère rédiger son livre sur le pragmatisme. C’est à la fin de l’hiver 1916-1917, l’ouvrage terminé, qu’il se remet à travailler sur Proudhon [5]  « J’ai essayé de me remettre à Proudhon, mais j’ai... [5] . Il propose à la mi-avril à Croce de faire traduire en italien La guerre et la paix [6]  « Je me permets de soumettre à votre appréciation une... [6] . En juin, il écrit à Agostino Lanzillo : « Je ne sais si je vous ai dit que Laterza compte publier une traduction du livre de Proudhon, La guerre et la paix ; cela servira peut-être à introduire Proudhon en Italie ; je crois qu’il y est très peu connu. (L’est-il même beaucoup ici ?) Je fais, pour m’occuper, un petit mémoire sur Proudhon ; mais je n’ai aucun espoir de le publier ; les temps ne sont pas favorables à des études de ce genre [7]  Lettre du 26 juin 1917, in « Cher camarade »… Georges... [7] . » Il confirme peu après : « Je n’ai pas l’intention de publier ce que j’écris en ce moment sur Proudhon. D’ailleurs la censure italienne ne le laisserait pas plus facilement passer que ne le ferait la censure française [8]  Lettre à A. Lanzillo du 3 juillet 1917, ibid., p. ... [8] . » Une première maladie en août, puis une très grave crise d’emphysème en décembre le contraignent à abandonner son travail. Il s’en explique ainsi à Delesalle le 29 mai 1918 : « Vous savez que j’avais commencé un travail sur La guerre et la paix de Proudhon ; je l’ai interrompu à cause de ma maladie et aussi parce que cet opuscule n’eût pas trouvé d’éditeur : les citations de Proudhon, qui en formaient la partie essentielle, auraient paru défaitistes à la censure [9]  G. Sorel, Lettres à Paul Delesalle, Paris, Grasset,... [9] . » Cet « essai d’exégèse proudhonienne » est donc écrit entre avril et juillet 1917 et il est clairement inachevé.

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On peut s’étonner de ce travail qui, dans l’esprit de Sorel, semble dès l’origine voué à rester inédit. Plusieurs motifs peuvent entrer en ligne de compte : prudence des éditeurs en temps de guerre, sentiment personnel de ne pas parvenir à un résultat satisfaisant, etc. Mais c’est à Daniel Halévy qu’il confie ce qui paraît être le véritable motif, la peur d’affronter les opinions démocratiques : « J’ai peur de me lancer dans des hypothèses trop hardies ; j’ai beaucoup réfléchi sur le problème de la guerre ; mais je n’ai jamais osé donner des opinions fermes, parce qu’elles paraîtraient scandaleuses. J’attends l’heure où il pourra être utile de parler : aurai-je encore les forces physiques nécessaires [10]  Lettre du 16 décembre 1917, in Mil neuf cent, 12, 1994,... [10] ? » Ce travail de Sorel pendant la guerre constitue donc des pierres d’attente en vue d’interventions commandées par l’opportunité [11]  Sorel tient à ce travail, dont il utilisera les analyses... [11] .

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Le projet de Sorel, pour autant qu’on puisse en juger, est assez clair. Il adopte une présentation méthodique et même didactique ce qui est assez rare chez lui. Ceci peut indiquer la volonté de toucher un public large sur ce sujet de la guerre, mais plus généralement sur l’actualité de Proudhon et sa qualité de philosophe de l’avenir. Les trois premiers paragraphes, qui représentent la moitié du manuscrit, sont consacrés à une réflexion générale sur la façon d’écrire de Proudhon et sur la position de l’écrivain ou de « l’intellectuel » dans la société. Le quatrième paragraphe présente les trois périodes de la pensée de Proudhon, tripartition qui doit en faciliter la compréhension et surtout permet de privilégier la dernière comme la meilleure. Dans le cinquième paragraphe, Sorel rappelle les circonstances politiques et internationales dans lesquelles Proudhon écrit La guerre et la paix. Le dernier, incomplet et inachevé, devait dégager les idées directrices du livre. Sorel voulait montrer comment Proudhon fit entendre la voix du socialisme sur les problèmes de la politique européenne et notamment sur les menaces récurrentes de guerre entre les principales puissances. C’est dans cette partie que se seraient situées ces fameuses citations « défaitistes » inadmissibles en pleine guerre.

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Tout inachevé qu’il soit, ce manuscrit présente plusieurs intérêts. Il constitue un des très rares textes de Sorel représentatif de sa pensée pendant la Grande Guerre. En dehors de sa correspondance qui reste parfois prudente dans son expression par crainte, soit de la censure, soit de l’opinion dominante, on ne connaît que la préface de 1915 à la traduction italienne de La réforme intellectuelle et morale écrite précisément pour comprendre le cataclysme de la guerre [12]  Cf. Patrice Rolland, « Peut-on réformer la démocratie... [12] . Non destiné à la publication immédiate, ce manuscrit est peut-être d’une écriture plus directe et moins prudente. Deux grands thèmes sont particulièrement intéressants car on y retrouve certaines des préoccupations les plus fortes de Sorel et chaque fois Proudhon est un moyen privilégié de les faire ressortir : la question des rapports de l’écrivain et de la société ; les rapports du socialisme avec la guerre et la paix.

L’écrivain dans la société

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En termes contemporains, on pourrait parler ici du rôle de l’intellectuel dans la société. Mais Sorel n’emploie jamais ce terme en ce qui concerne Proudhon puisqu’il est, pour lui, systématiquement péjoratif. Et pourtant, c’est bien sur ce terrain qu’il se positionne lorsqu’il reprend à Proudhon l’idée de « littérateur sans emploi ». Pour ce dernier, il n’est pas possible de considérer la littérature comme une « industrie de luxe » ou comme une pure recherche de style. Le grand homme est celui qui répond à la mission de l’écrivain : proposer de « sérieux enseignements » à ses contemporains, « tenir à la vie de l’époque et au mouvement de l’histoire ». Sorel partage de tels jugements puisqu’il pense que les auteurs à la mode ne sont même pas des « littérateurs sans emploi » en raison de leur médiocrité. La littérature contemporaine présente tous les signes de la décadence.

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Puisqu’il y a une mission fondamentale de l’écrivain, deux questions essentielles sont posées par Sorel à propos de Proudhon : comment celui-ci doit-il s’adresser à la société ? La réception de l’œuvre est-elle juste et définitive ? L’histoire peut-elle revenir sur le jugement des contemporains de l’écrivain ?

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En s’attachant à justifier le style de Proudhon contre les critiques de Renouvier, Sorel cherche à déterminer la meilleure façon de s’adresser à ses contemporains. Il ne croit pas que le recours à l’art oratoire nuise à l’exposé d’idées philosophiques. Pour Proudhon l’art oratoire n’existe que lorsque « le style n’est plus que la réalisation de l’idée ». L’attachement sorélien aux classiques ne fait que manifester la défense de la probité intellectuelle et morale de l’écrivain : n’écrire que pour transmettre des choses sérieuses et dans un style qui ne masque pas la pensée.

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Sorel pense que Proudhon n’a pas eu sur ses contemporains l’influence qu’il méritait. Peut-on revenir sur une réception médiocre ou mauvaise de l’œuvre ? Sorel sait qu’il tente la résurrection d’une œuvre tombée dans l’oubli après avoir été incomprise. Une telle gageure l’interroge depuis longtemps. En 1912, il se montre perplexe sur la tentative de résurrection d’Oriani en Italie car « il faut toujours beaucoup se défier des résurrections ; un auteur n’a jamais été mis de côté par ses contemporains sans raisons très sérieuses [13]  Lettre à A. Lanzillo du 19 mars 1912, loc. cit., p.... [13] . » Il évoque le jugement de l’histoire que tout hégélien connaît. Il poursuit sur la question en s’interrogeant longuement sur le cas de Proudhon :

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La même difficulté existe à peu près pour Proudhon : celui-ci a été renié par l’immense majorité des socialistes ; l’histoire ne peut revenir en arrière et le réintégrer dans un mouvement social qui a suivi d’autres directions que la sienne ; le philosophe (qui est un homme solitaire) peut méditer sur cette œuvre pour y chercher des idées pour sa propre instruction. Nous ne savons pas encore, à l’heure actuelle, quelles thèses proudhoniennes seraient regardées comme étant essentielles par les historiens de la pensée ; nous pouvons seulement supposer avec une grande vraisemblance que ce serait les thèses ayant peu d’affinités avec celles qui ont acquis le plus de popularité dans le socialisme ; la critique achèvera sans doute l’œuvre du mouvement historique qui a séparé Proudhon du parti socialiste ; il semble à beaucoup de personnes que Proudhon aura une place parmi les moralistes du xixe siècle et que tout ce qui n’est pas morale dans son œuvre, passera au second plan ou sera même supprimé ! Mais nous n’en sommes pas encore là [14]  Ibid., p. 182. [14] !

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Sorel montre donc en 1912 une grande prudence devant le jugement de l’histoire qui est présumé exact. Une résurrection de Proudhon semble fort improbable et ne peut que porter sur certaines parties de l’œuvre. Le manuscrit de 1917 apporte sur ce point d’importantes modifications et Sorel paraît devenir plus optimiste sur la possibilité de cette résurrection. Il rappelle au début ses prudences anciennes sur le jugement des contemporains et de l’histoire à propos d’une œuvre. Mais il avoue le sens de son travail : « Pour justifier ma tentative de résurrection de ses doctrines […] ». Ainsi tous les oublis de l’histoire ne sont pas nécessairement justifiés et il est possible d’en faire appel devant les générations suivantes. Et, même si une œuvre fait l’objet d’une réhabilitation comme celle de Cournot, ceci ne veut pas dire pour autant qu’elle entre à nouveau dans la culture contemporaine. Pour Sorel, seuls ont chance de survivre « les précurseurs assez rares desquels on peut dire qu’ils ont reconnu avec une certaine sûreté des repères importants des terres promises ». Si Sorel parle des « facultés de divinateur » de Proudhon, il ne faut pas se méprendre : il désigne les qualités du prophète. Certes, Sorel a considéré dans les Réflexions sur la violence que la terre promise n’était pas un objectif atteignable pour les hommes. Mais ils ont besoin de ce mythe pour continuer à avancer. La pensée antinomique de Proudhon présente, aux yeux de Sorel, un avantage plus grand que la pensée bergsonienne de l’élan vital pour rendre compte des transformations des sociétés : c’est le caractère antinomique de notre entendement qui explique que nous soyons capables de construire des « futurs idéaux qui, une fois enrichis de formes dramatiques par l’imagination et adoptés par nos passions, deviennent les mythes directeurs de l’histoire ».

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Ce portrait de l’écrivain que dresse Sorel à partir de Proudhon et par comparaison avec d’autres grands noms de la littérature française n’est pas sans révéler certains éléments d’un autoportrait intellectuel de Sorel, qu’il soit conscient ou non. Sorel relève chez Proudhon des éléments évocateurs comme « la douleur de l’isolement intellectuel » qui, s’il est normal chez le philosophe, pèse à l’écrivain qui s’adresse à ses contemporains. Le portrait qu’il dresse de Proudhon ressemble étrangement à la vision qu’il se fait de lui-même à la fin de sa vie et à la façon dont il voudrait être lui-même compris : Proudhon n’a jamais été chef d’une école mais il a voulu donner à des « lecteurs d’élite un enseignement formé de ses propres expériences » [15]  Voir une définition identique de son rôle dans la lettre... [15] ; l’homme n’est compris qu’à la fin de sa carrière et lui-même ne se connaît pas toujours avant d’avoir épuisé sa propre vie. Sorel pense qu’on ne peut juger l’œuvre entière qu’en partant des réflexions faites dans les dernières années de l’activité intellectuelle de l’écrivain. Il admet de surcroît que toute œuvre comporte un important déchet.

Le socialisme, la guerre et la paix

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Nous ne connaîtrons pas les analyses que Sorel espérait produire à partir de Proudhon puisque le manuscrit s’arrête à peu près au moment où il aborde ce sujet [16]  On peut trouver un exemple de ce que Sorel tirait de... [16] . Mais il est facile de deviner les thèmes qu’il aurait développés. Le procédé même qu’il voulait mettre en œuvre, celui d’une anthologie [17]  Il recommande, par exemple, à Lanzillo, le 27 mai 1917,... [17] , est révélateur. Comme il l’a indiqué à Delesalle, le projet était de citer abondamment Proudhon afin de lui faire dire ce que Sorel ne pensait pas pouvoir dire directement sur la guerre, l’Allemagne, le chauvinisme, etc. Il craignait certes la censure, mais au fond de lui-même il préférait affronter l’opinion publique démocratique masqué derrière Proudhon [18]  Dans « Le guerre di brigantaggio » (art. cit.), Sorel... [18] . On peut retrouver là le procédé utilisé par Camille Desmoulins qui fit paraître dans le Vieux Cordelier un montage de citation de Tacite sur la terreur sous les empereurs romains [19]  Cf. Patrice Rolland, « Politique de l’Indulgence »,... [19] . Tout lecteur contemporain faisait sans peine le rapprochement avec la situation en 1794 et en tirait les conclusions « indulgentes » où voulait le mener Desmoulins. Sorel devait espérer faire de même avec Proudhon [20]  Il écrit encore à Lanzillo, le 3 juillet 1917, en lui... [20] .

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Sorel retrouve sans peine les textes pessimistes de Proudhon sur la décadence de la société impériale. Mais ceci lui permet d’abord de dénoncer le chauvinisme démocratique. La correspondance du temps de guerre laissait apparaître cette dimension importante de la pensée de Sorel ; elle est ici confirmée. Il s’élève, par exemple, à l’avance contre cette forme d’anti-germanisme qui défend contre le socialisme marxiste allemand (« le mauvais socialisme boche de Marx ») le bon socialisme français représenté par Proudhon. Il critique l’idéalisme républicain et jacobin qui conduit à la guerre en soutenant le principe des nationalités. À la fin des Matériaux, Sorel insiste sur le rejet du nationalisme chez Proudhon et sa distance avec Michelet sur ce point. Le patriotisme de Proudhon est en même temps un internationalisme puisque, selon sa formule, ubi justitia, ibi patria : « En nous inspirant de Proudhon, efforçons-nous de défendre notre pays contre le chauvinisme qui fut toujours si odieux à notre grand socialiste [21]  Matériaux d’une théorie du prolétariat, Paris, Rivière,... [21] . »

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Contre cet idéal « démocratique », le socialisme constitue le recours à condition de ne pas le confondre avec « la vague littérature humanitaire que nous servent sous la rubrique socialiste les politiciens actuels de notre Extrême-gauche ». Le socialisme de Proudhon consiste à établir le nouveau droit économique qui provoquera la révolution intellectuelle et morale grâce à laquelle on en finira avec la guerre. Sorel rejette avec Proudhon les contradictions jacobines : maudire les guerres réactionnaires mais vanter les guerres démocratiques. Il résume ainsi le projet de Proudhon vers 1860 : « Les amis du prolétariat devraient donc s’unir pour empêcher la vieille démocratie chauvinique de créer une opinion publique belliqueuse ». Sans doute est-ce là aussi ce à quoi aspirait ou rêvait Sorel en pleine guerre.

Notes

[1]

Cf. Patrice Rolland « La référence proudhonienne chez Georges Sorel », Mil neuf cent, 7, 1989, p. 127 sq. ; Michel Prat, présentation de G. Sorel, « Proudhon et la renaissance du socialisme », Mil neuf cent, 10, 1992, p. 111 sq.

[2]

« Proudhon », la Ronda, I, 5, septembre 1919, p. 5-17, en français in Archives proudhoniennes, 2000, p. 27-42 (avec une présentation de M. Prat) ; « Proudhon e la rinascita del socialismo », la Ronda, III, 11-12, novembre 1921, p. 721-745, en français, loc. cit., p. 117-136.

[3]

Lettre à Alphonse Séché, s.d., in A. Séché, Dans la mêlée littéraire. Souvenirs et correspondance 1900-1930, Paris, Société française d’édition littéraire et technique, 1935, p. 48-49.

[4]

Lettre du 29 septembre 1916, in Mil neuf cent, 15, 1997, p. 182.

[5]

« J’ai essayé de me remettre à Proudhon, mais j’ai le sentiment que je n’irai pas loin. » (Lettre à J. Bourdeau du 27 avril 1917, ibid., p. 186.)

[6]

« Je me permets de soumettre à votre appréciation une idée qui m’est venue ces jours-ci. La maison Laterza ayant pris à cœur de faire connaître aux Italiens les auteurs modernes dont les théories peuvent éclairer l’histoire contemporaine, il me semble qu’elle devrait faire entrer une œuvre de Proudhon dans sa collection. De tous [sic] les œuvres de Proudhon, celle qui est la plus facile à comprendre aujourd’hui, sans faire des recherches sur les polémiques de son époque, est La guerre et la paix. Puisque toutes ses idées essentielles s’y trouvent, ce livre appartient à ce qu’on peut nommer sa 3e manière, que je fais dater de son exil à Bruxelles (la seconde allant de 1851 à cet exil). Je suis persuadé que le livre se vendrait bien ; ici il n’y a aucune chance qu’il soit réédité, parce que le courant actuel des idées françaises est antiproudhonien au plus haut degré. Proudhon est oublié comme beaucoup d’autres. » (Lettre du 16 avril 1917, la Critica, XXVII, 1929, p. 443.)

[7]

Lettre du 26 juin 1917, in « Cher camarade »… Georges Sorel ad Agostino Lanzillo, Francesco Germinario (ed.), Annali della Fondazione Micheletti, 7, 1993-1994, p. 240 ; Sorel avait déjà écrit à Lanzillo le 27 mai 1917 : « Benedetto Croce m’a écrit que Laterza va faire traduire La guerre et la paix de Proudhon. Je suis persuadé que si le public italien commence à connaître Proudhon, il en voudra lire d’autres livres. Cette lecture est devenue trop difficile pour notre jeunesse. » (Ibid., p. 238.)

[8]

Lettre à A. Lanzillo du 3 juillet 1917, ibid., p. 241.

[9]

G. Sorel, Lettres à Paul Delesalle, Paris, Grasset, 1947, p. 146.

[10]

Lettre du 16 décembre 1917, in Mil neuf cent, 12, 1994, p. 221.

[11]

Sorel tient à ce travail, dont il utilisera les analyses à différentes reprises. En 1920, il envisagera de publier son « commentaire de La guerre et la paix » dans le livre sur Proudhon qu’il espérait pouvoir composer à partir de ses diverses études, cf. lettre à Éd. Berth du 3 juillet 1920, in Mil neuf cent, 6, 1988, p. 142.

[12]

Cf. Patrice Rolland, « Peut-on réformer la démocratie ? Une préface de Sorel à La réforme intellectuelle et morale », Revue française d’histoire des idées politiques, 11, 1er sem. 2000, p. 83-112 ; la préface de Sorel est republiée d’après le manuscrit français, p. 153-184.

[13]

Lettre à A. Lanzillo du 19 mars 1912, loc. cit., p. 181.

[14]

Ibid., p. 182.

[15]

Voir une définition identique de son rôle dans la lettre à Halévy qui ouvre les Réflexions (cf. P. Rolland, « Peut-on réformer la démocratie ? », art. cit., p. 95 sq.).

[16]

On peut trouver un exemple de ce que Sorel tirait de la pensée de Proudhon pour l’appliquer à la guerre contemporaine dans un article paru en Italie : « Le guerre di brigantaggio », il Resto del Carlino, 7 juin 1919, reproduit in G. Sorel, « Da Proudhon a Lenin » e « L’Europa sotto la tormenta », Gabriele De Rosa (ed.), Rome, Ed. di storia e letteratura, 1973, p. 97-102.

[17]

Il recommande, par exemple, à Lanzillo, le 27 mai 1917, de faire un montage à partir de la Correspondance de Proudhon et de ses observations sur la décadence morale et intellectuelle de son temps : « Ce tableau dans une brochure […] produirait un effet saisissant » (loc. cit., p. 237).

[18]

Dans « Le guerre di brigantaggio » (art. cit.), Sorel souligne que La guerre et la paix est précisément un livre facile à lire : « Très rarement Proudhon a osé écrire exactement ce qu’il avait dans l’esprit ; mais aucun de ses livres ne renferme moins de restrictions mentales » (cité d’après le manuscrit français conservé à la Bibliothèque publique et universitaire de Genève ; ce passage ne figure pas dans le texte publié).

[19]

Cf. Patrice Rolland, « Politique de l’Indulgence », Revue française de science politique, XXXVII, 5, octobre 1987, p. 616 sq.

[20]

Il écrit encore à Lanzillo, le 3 juillet 1917, en lui recommandant de faire un volume avec les lettres de Proudhon sur la décadence de l’Europe : « Ce qu’il avait vu s’est révélé trop exactement. Voici un passage qu’on pourrait bien appliquer à notre temps » (loc. cit., p. 241).

[21]

Matériaux d’une théorie du prolétariat, Paris, Rivière, 1921, p. 448-449. Cf. également les articles « Proudhon disfattista » (17 janvier 1920) ou encore « Antimarxismo francese » (14 novembre 1920), où Sorel dénonce une fois de plus le thème du socialisme français opposé au socialisme allemand et l’usage qu’on veut faire de Proudhon dans cette querelle, in « Da Proudhon a Lenin »…, op. cit., p. 229-232, 305-309.

Pour citer cet article

Prat Michel, Rolland Patrice, « La guerre et la paix. Essai d'exégèse proudhonienne », Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle 1/ 2001 (n° 19), p. 151-158
URL : www.cairn.info/revue-mil-neuf-cent-2001-1-page-151.htm.


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