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Poétique

2006/2 (n° 146)

  • Pages : 120
  • ISBN : 9782020840309
  • DOI : 10.3917/poeti.146.0217
  • Éditeur : Le Seuil

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Le discours narratif dans La Route des Flandres (1960) repose sur une série de transgressions syntaxiques très visibles, portant à la fois sur la ponctuation, le « découpage » phrastique du texte, l’agencement syntagmatique des différents constituants, etc. Ces transgressions découlent d’une rupture délibérée avec les canons d’écriture du roman « traditionnel » ou « conventionnel » de type « réaliste [1][1] Voir par exemple Claude Simon, « Réponses de Claude... »; elles constituent donc autant de variations par rapport à une norme identifiée comme telle par les Nouveaux Romanciers eux-mêmes. Dès lors, la question qui se pose est simple : comment interpréter ces variations ? Quoiqu’elles apparaissent comme le point culminant d’une démarche scripturale somme toute assez formaliste [2][2] De toute évidence, les particularités syntaxiques de..., on verra qu’elles confèrent paradoxalement au texte une profondeur ontologique insoupçonnée : nous tenterons de montrer que, dans La Route des Flandres, un grand nombre de transgressions syntaxiques sont utilisées pour esquisser l’image d’un univers narratif aux structures indéterministes. Les outils d’analyse sans cesse plus sophistiqués élaborés par la linguistique textuelle ont permis ces dernières années de modéliser peu à peu la phrase simonienne : nous sommes donc en mesure, désormais, de cerner un par un les invariants syntaxiques qui sont la marque stylisée d’une poétique de l’indétermination. Pour ce faire, nous montrerons que le travail d’écriture patiemment mis en place par Claude Simon passe par une métaphorisation généralisée des structures textuelles [3][3] Avec une lucidité tout à fait remarquable, Simon lui-même..., qui acquièrent une dimension exemplificatrice [4][4] Sur le concept d’« exemplification », voir Nelson Goodman,... : la configuration phrastique du récit simonien ne fait que reproduire par « échantillonnage » son contenu dénotatif, indétermination structurale et indétermination « thématisée » apparaissant comme les deux faces d’une même pièce. C’est cette unité proprement organique de l’écriture simonienne que notre étude s’attachera en tout premier lieu à mettre au jour.

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En quoi consiste le projet conceptuel de Simon au moment où il procède (1958-1960) à la rédaction définitive de La Route des Flandres ? Il s’agit de restituer un univers – celui de la guerre – qui a subi un « effondement universel [5][5] Gilles Deleuze, Différence et répétition, Paris, PUF,... », autrement dit un monde où toute vérité transcendante a disparu, où il ne subsiste plus aucun système de références stable et univoque. La guerre a notamment détruit tous les repères cognitifs hérités du rationalisme des Lumières [6][6] D’où par exemple les railleries sur la naïveté du Conventionnel,... : comme nous l’avons montré ailleurs, le « réel » fictionnel n’est plus seulement « innommable » (RF, p. 173), il est également impensable en fonction du dualisme cartésien sujet / objet et des catégories kantiennes de l’unité, de la pluralité, de la causalité et de la substance [7][7] Voir I. Yocaris, op. cit., 2002, p. 254-264.. Or, Simon avait signalé dès Le Vent que les formes syntaxiques et phrastiques héritées du roman « traditionnel » ne sont qu’une émanation de la philosophie des Lumières, dans la mesure où elles contribuent de manière décisive à la mise en place d’un univers narratif déterministe :

3

Car, me dit-il [Montès], ce fut ainsi que cela se passa, en tout cas ce fut cela qu’il vécut, lui : cette incohérence, cette juxtaposition brutale, apparemment absurde, de sensations, de visages, de paroles, d’actes. Comme un récit, des phrases, dont la syntaxe, l’agencement ordonné – substantif, verbe, complément – seraient absents. Comme ce que devient n’importe quel article de journal […] lorsque le regard tombe par hasard sur la feuille déchirée qui a servi à envelopper la botte de poireaux […], les mots éclatant d’être de nouveau séparés, libérés de la syntaxe, de cette fade ordonnance, ce ciment bouche-trou indifféremment apte à tous usages et que le rédacteur de service verse comme une sauce, une gluante béchamelle [sic] pour relier, coller tant bien que mal ensemble, de façon à les rendre comestibles, les fragments éphémères et disparates de quelque chose d’aussi indigeste qu’une cartouche de dynamite ou une poignée de verre pilé : grâce à quoi (au grammairien, au rédacteur de service et à la philosophie rationaliste) chacun de nous peut avaler tous les matins, en même temps que les tartines de son petit déjeuner, sa lénifiante ration de meurtres, de violences et de folie ordonnés de cause à effet […].

(V, p. 174-175 ; nous soulignons.)
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Dès lors, l’enjeu conceptuel et stylistique du récit de la débâcle commence à apparaître : comme l’a montré David Zemmour dans une étude très perspicace [8][8] Voir David Zemmour, L’Ecriture de la perception dans..., il s’agit tout simplement d’inventer une syntaxe nouvelle. On attend de cette syntaxe qu’elle puisse rendre compte d’un univers non réductible à un « ordre » déterministe quel qu’il soit parce qu’il est proprement informe, indéterminé :

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[…] plus tard, quand il essaya de raconter ces choses [l’expérience de la débâcle de mai 1940], il se rendit compte qu’il avait fabriqué au lieu de l’informe, de l’invertébré, une relation d’événements telle qu’un esprit normal […] pouvait la constituer après coup, à froid, conformément à un usage établi de sons et de signes convenus, c’est-à-dire suscitant des images à peu près nettes, ordonnées, distinctes les unes des autres, tandis qu’à la vérité cela n’avait ni formes définies, ni noms, ni adjectifs, ni sujets, ni compléments, ni ponctuation (en tout cas pas de points), ni exacte temporalité, ni sens, ni consistance sinon celle, visqueuse, trouble, molle, indécise, de ce qui lui parvenait à travers cette cloche de verre plus ou moins transparente sous laquelle il se trouvait enfermé […].

(A, p. 286-287.)
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La syntaxe simonienne dans La Route des Flandres se présente donc comme une « syntaxe de l’indétermination référentielle [9][9] Ibid., p. 154. », et à ce titre elle ne fait que réfléchir (sur le mode de l’« échantillonnage ») l’indétermination qui se manifeste à tous les niveaux du récit :

  • au niveau thématique, bien entendu, (non-recognition des « objets » qui se présentent à Georges, non-recognition de Georges lui-même dans le miroir [10][10] Voir RF, p. 25, 41, 106, 292.) ;

  • au niveau énonciatif (énallages irréductibles entre P1 et P3 dans le texte, incertitude pesant en permanence sur le statut et la portée de la « voix » énonciative…) ;

  • au niveau narratif (mise en place d’un système extrêmement complexe de « variantes » narratives qui se contaminent et / ou se contredisent mutuellement), etc.

En termes épistémologiques, la mise en place d’un univers fictionnel indéterministe dans le roman de 1960 se manifeste essentiellement par le biais de trois phénomènes: (a) la perte de tout repère épistémique fixe et univoque (on n’arrive plus à décrire l’« objet » dans l’absolu, il se modifie en fonction de la perspective observationnelle qu’on projette sur lui) ; (b) la perte des notions de causalité et de « trajectoire » linéaires (on n’arrive pas à déterminer comment l’« objet » évolue dans l’espace-temps, ni d’où lui vient son « impulsion [11][11] Que l’on pense par exemple à l’incertitude qui entoure... ») ; (c) la perte des représentations « claires et distinctes » qui avaient fait la gloire du rationalisme cartésien (on n’arrive plus ni à identifier la substance de l’« objet » ni à dégager ses contours de manière précise). Or, en vertu des préceptes holistiques qui régissent la poétique simonienne dans son ensemble [12][12] La dimension holistique des textes simoniens découle..., cette triple perte se répercute directement au niveau de la syntaxe : la perte de tout repère fixe se traduit par la mise en place d’un ordre syntaxique fluctuant, reposant sur une série d’agencements phrastiques « à géométrie variable » ; la perte de la notion de trajectoire linéaire est figurée par le développement entre les différents constituants textuels de plusieurs connexions syntaxiques qui se superposent, ce qui crée des « embranchements » syntaxiques de toutes sortes ; enfin, la perte des représentations « claires et distinctes » héritées du cartésianisme et de la théorie kantienne de la connaissance trouve un équivalent stylisé dans la disparition du découpage phrastique traditionnel, puisque la phrase simonienne ne se présente plus, contrairement à la phrase classique, comme un « objet » fixe aux contours clairement délimités.

Fluctuations de l’ordre syntaxique et phrases « à géométrie variable »

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La première chose qui frappe le lecteur dans la construction syntaxique de La Route des Flandres, c’est que celle-ci se présente comme un paysage en mutation perpétuelle. En effet, il n’est pas toujours possible de dégager du texte un ordre phrastique à la fois stable et univoque, dans la mesure où l’on est systématiquement confronté à deux types de phénomènes : (a) des constructions irréductiblement ambivalentes (un agencement phrastique x coexiste avec un agencement phrastique y, les deux étant à la fois incompatibles et indissociables) ; (b) des « effets de leurre » syntaxiques que l’on découvre en général après coup (un agencement phrastique x est délibérément mis en avant dans le texte, puis se trouve brutalement supplanté par l’agencement y, ce qui oblige le lecteur de reconsidérer a posteriori le statut syntaxique de tous les constituants phrastiques concernés par cette « nouvelle donne »). Le résultat cumulatif de (a) et de (b) est que le texte est gagné par une sorte de « perspectivisme syntaxique », puisque sa configuration dépend en grande partie du point de vue observationnel du lecteur, de son choix (libre ou forcé) de privilégier tel ensemble de connexions syntaxiques au détriment de tel autre : comme le cheval mort que Georges entreprend de contourner (RF, 27), la phrase simonienne est un « objet » indéterminé dans la mesure où elle subit une « espèce de destruction et de reconstruction simultanées des lignes et des volumes […] au fur et à mesure que l’angle de vue se déplace » (ibid.). Cette labilité syntaxique découle notamment d’un recours systématique à trois procédés : l’emploi ambigu des formes en –ANT, les effets d’« illusion anaphorique [13][13] D. Zemmour, op. cit., p. 106-107. » et l’utilisation des connecteurs logiques comme un leurre syntaxique.

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1. L’emploi ambigu des formes en –ANT. Cet emploi a été analysé in extenso par Gérard Berthomieu dans son cours de stylistique de 1997-1998 sur La Route des Flandres, qui a profondément renouvelé les études simoniennes [14][14] Gérard Berthomieu, « La Route des Flandres », cours.... Berthomieu a signalé entre autres que les formes en –ANT, quand elles supplantent des formes verbales à part entière, ne peuvent subordonner à elles le reste de la phrase : elles doivent nécessairement être subordonnées à un autre constituant phrastique (normalement un support nominal), dont elles reçoivent leur fonction syntaxique (ainsi que leur rattachement actantiel à un contrôleur). Dès lors, la syntaxe de la phrase devient ipso facto instable et ambiguë, dans la mesure où sa configuration peut se modifier du tout au tout en fonction du dispositif syntaxique dans lequel le lecteur choisit d’intégrer la forme en –ANT qui fait (tant bien que mal) office de « nœud » phrastique. Le mécanisme apparaît fort bien dans un extrait décrivant (?) Georges et Iglésia perdus dans l’univers dévasté de la guerre [15][15] Nous suivons ici l’analyse de G. Berthomieu. :

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[…] et maintenant de nouveau rien que Georges et Iglésia juchés sur leurs chevaux, au milieu de la route ensoleillée, inégalement bordée de maisons et absolument déserte sauf les bêtes crevées, les morts, les tas énigmatiques et immobiles de loin en loin, en train de commencer à pourrir lentement sous le soleil, et Georges regardant le coin de la maison de briques, puis celle où vient de disparaître le type, puis de nouveau l’angle mystérieux de la maison […].

(RF, p. 104-105; nous soulignons.)
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Dans cet extrait, le choix de la forme en –ANT « regardant » permet à Simon d’obtenir un effet d’ambivalence syntaxique que n’eût pas rendu possible l’utilisation d’un imparfait, par exemple (« et Georges regardait »). Cette forme est-elle ici prédicative ou adjectivale ? La réponse que l’on donnera à cette question conditionne l’ensemble du « découpage » phrastique opéré par le lecteur. On peut toujours considérer que le segment phrastique auquel elle appartient (« et Georges regardant le coin de la maison de briques ») est coordonné par polysyndète à « et maintenant de nouveau rien que Georges et Iglésia » : la forme en – ANT apparaît dans ce cas de figure comme le « nœud » verbal d’une proposition non dépendante de statut purement nominal, le texte se présentant comme une « narration » (on narre les mouvements et l’attitude de Georges). Si l’on adopte une telle perspective, les syntagmes qui précèdent le segment considéré (« les bêtes crevées » [1], « les morts » [2], « les tas énigmatiques et immobiles de loin en loin, en train de commencer à pourrir lentement sous le soleil » [3]) semblent faire partie d’une énumération ouverte. Or, il existe aussi une deuxième possibilité : on peut reconfigurer le texte sur le plan syntaxique, en choisissant de considérer « et Georges regardant le coin de la maison de briques » non plus comme un SV, mais comme un SN rattaché aux trois syntagmes qui le précèdent : on a dans ce cas une énumération non plus ouverte mais fermée (« les bêtes crevées » [1], « les morts » [2], « les tas énigmatiques et immobiles de loin en loin, en train de commencer à pourrir lentement sous le soleil » [3], « et Georges regardant le coin de la maison de briques » [4]), et le segment « et Georges regardant » apparaît alors comme la dernière composante d’un syntagme prépositionnel. Autrement dit, la construction syntaxique de la phrase est parfaitement ambivalente, d’autant que, si l’on adopte l’hypothèse d’une énumération fermée, le texte se transforme du même coup de narration en description, Georges faisant littéralement dans ce cas partie du paysage…

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2. Les effets d’« illusion anaphorique ». Ces effets visent à désorienter le lecteur, en l’enfermant dans un labyrinthe de renvois référentiels contradictoires. Ils se manifestent notamment par une série de phénomènes de « décliticisation [16][16] Sur les phénomènes de « décliticisation » dans La Route... »: un pronom personnel, normalement clitique, est dissocié du verbe auquel il se rattache par un segment parenthétique qui en modifie brutalement la portée référentielle. C’est ce qui se passe par exemple dans le texte suivant, où l’on décrit le portrait du Conventionnel :

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[…] ce portrait que pendant toute son enfance il [Georges] avait contemplé avec une sorte de malaise, de frayeur, parce qu’il (ce lointain géniteur) portait au front un trou rouge dont le sang dégoulinait […].

(RF, 53-54 ; nous soulignons.)
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Dans ce passage, l’anaphorisant « il » se trouve « décliticisé », autrement dit, il est dissocié du verbe auquel normalement il se rattache (« portait ») par un segment parenthétique (« [ce lointain géniteur] »). Or, il se trouve que la « décliticisation » de l’anaphorisant implique également une modification de son statut référentiel : en fonction du cotexte gauche, on aurait pu croire que « il » renvoie à Georges ; or, la parenthèse signale au lecteur qu’il s’est fourvoyé et que c’est du Conventionnel qu’il est question, d’où un effet d’« illusion anaphorique » assez visible. Cet effet met au jour toute une stratégie d’écriture visant à créer une série de fausses pistes, à induire le lecteur en erreur, à l’égarer dans un labyrinthe de connexions sémantico-logiques qui se font et se défont sans cesse. On ne saurait suffisamment insister sur l’importance référentielle et stylistique d’une telle démarche : la structure grammaticale et syntaxique de la phrase devient ainsi en tout point conforme à la structure du réel tel qu’il est perçu et décrit par Georges, qui se retrouve justement perdu dans l’univers chaotique de la guerre.

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3. L’utilisation des connecteurs logiques pour créer des effets de leurre. La mise en place d’un labyrinthe syntaxique passe nécessairement par un emploi pernicieux des connecteurs logiques : ces derniers sont souvent utilisés pour créer une illusion de continuité thématique, logique, énonciative et / ou chronologique entre des fragments narratifs en réalité hétérogènes. L’exemple type d’un tel procédé est fourni par l’incipit du roman:

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Il tenait une lettre à la main, il leva les yeux me regarda puis de nouveau la lettre puis de nouveau moi, derrière lui je pouvais voir aller et venir passer les taches rouges acajou ocre des chevaux qu’on menait à l’abreuvoir, la boue était si profonde qu’on enfonçait dedans jusqu’aux chevilles mais je me rappelle que pendant la nuit il avait brusquement gelé et Wack entra dans la pièce en portant le café disant Les chiens ont mangé la boue, je n’avais jamais entendu l’expression, il me semblait voir les chiens, des sortes de créatures infernales mythiques leurs gueules bordées de rose leurs dents froides et blanches de loups mâchant la boue noire dans les ténèbres de la nuit, peut-être un souvenir, les chiens dévorant nettoyant faisant place nette : maintenant elle était grise et nous nous tordions les pieds en courant, en retard comme toujours pour l’appel du matin, manquant de nous fouler les chevilles dans les profondes empreintes laissées par les sabots et devenues aussi dures que de la pierre, et au bout d’un moment il dit Votre mère m’a écrit.

(RF, p. 9 ; nous soulignons.)
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L’emploi du coordonnant « et » dans le segment phrastique final de cet incipit (« et au bout d’un moment il dit Votre mère m’a écrit ») est un leurre syntaxique. Pourquoi ? La coordination donne une impression de continuité entre le fragment narratif situé dans le cotexte gauche du coordonnant (description de la course des soldats) et celui qui se trouve dans son cotexte droit (évocation du dialogue entre Georges et de Reixach) ; toutefois, cette impression masque en fait une discontinuité chronotopique : le moment où les soldats sont en train de courir pour l’appel du matin ne précède pas immédiatement le dialogue entre de Reixach et Georges. Le lecteur comprend donc après coup qu’il doit rattacher « et au bout d’un moment il dit Votre mère m’a écrit » à « il leva les yeux me regarda puis de nouveau la lettre puis de nouveau moi », une dizaine de lignes plus haut. Le texte subit de ce fait une reconfiguration syntaxique des plus significatives, dans la mesure où elle ne produit pas moins de trois effets stylistiques qui se superposent :

  • * L’utilisation du coordonnant « et » comme un « leurre » crée une sensation d’indétermination spatio-temporelle, puisque le lecteur se trouve à partir de ce point précis égaré dans le labyrinthe de la narration.

  • * La double possibilité de raccord du coordonnant (en fonction de la construction syntaxique du passage / en fonction du sens) crée une sorte d’« embranchement » narratif et syntaxique qui brise la linéarité déterministe du récit traditionnel (cf. infra), comme on peut le voir dans la fig. 1 :

Figure 1 - Effet de leurre syntaxique (rf, p. 9)Figure 1
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  • * Enfin, le choix de coordonner deux segments phrastiques distants de plus de dix lignes suggère au lecteur que tout ce qui intervient au niveau du récit entre ces deux segments apparaît simultanément, en un seul instant, le temps de passer du premier au deuxième. De la sorte Simon parvient à abolir momentanément la linéarité du langage, en donnant au lecteur l’impression que tous les constituants du récit lui sont présentés en même temps, comme s’il était en train de contempler un tableau.

« Syntagmatisation du paradigmatique » et dépassement de la linéarité textuelle

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L’indétermination syntaxique qui caractérise le récit simonien se manifeste donc également par une remise en cause assez visible des schémas de construction phrastique linéaires qui caractérisent le roman « traditionnel ». En effet, utiliser ces schémas revient aux yeux de Simon à imposer aux « événements » que l’on entend narrer un ordre déterministe et univoque. D’où par exemple, dans Les Géorgiques, les railleries du narrateur à l’égard de O., personnage dont la démarche scripturale rappelle furieusement celle d’Orwell dans Homage to Catalonia :

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Peut-être espère-t-il [O.] qu’en écrivant son aventure il s’en dégagera un sens cohérent. Tout d’abord le fait qu’il va énumérer dans leur ordre chronologique des événements qui se bousculent pêle-mêle dans sa mémoire ou se présentent selon des priorités d’ordre affectif devrait, dans une certaine mesure, les expliquer. Il pense aussi peut-être qu’à l’intérieur de cet ordre premier les obligations de la construction syntaxique feront ressortir des rapports de cause à effet.

(G, p. 310-311.)
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Or, ce qui est tout à fait remarquable dans La Route des Flandres, c’est que Simon conteste l’ordre phrastique linéaire non point – comme on aurait pu s’y attendre – en éliminant les connexions syntaxiques, mais au contraire en les multipliant et en les superposant. Le texte se présente en effet non pas comme un agrégat de constituants syntaxiques isolés (comme les textes surréalistes fondés sur le procédé de l’écriture automatique), mais comme un réseau d’associations se reconfigurant sans cesse. Cette dimension « rhizomatique » est donnée à voir par une mise en abyme des plus parlantes :

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Un lacis de rigoles emmêlées courait sur le sable blond du chemin le bord du talus s’effritait peu à peu se dépiautait glissait en de minuscules et successifs éboulements qui obstruaient un moment un des bras du réseau puis disparaissaient attaqués rongés emportés […]

(RF, p. 258-259.)
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Il est clair en l’occurrence que les images du « lacis de rigoles emmêlées » et du « réseau » se divisant en plusieurs « bras » figurent entre autres les procédés d’« entrelacement » syntaxique qui caractérisent l’écriture simonienne, le texte de La Route des Flandres ne pouvant en aucun cas être réduit à une « trajectoire » syntaxique linéaire et univoque. On notera qu’une telle démarche s’oppose aux procédés de l’écriture automatique, qui tendent à éliminer toute forme de cohérence syntaxico-logique :

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Je m’étais attardé ce matin-là à brosser les dents d’un joli animal que, patiemment, j’apprivoise. C’est un caméléon. Cette aimable bête fuma, comme à l’ordinaire, quelques cigarettes, puis je partis. Dans l’escalier je la rencontrai. « Je mauve », me dit-elle et tandis que moi-même je cristal à pleine ciel-je à son regard qui fleuve vers moi. Or il serrure et, maîtresse ! Tu pitchpin qu’à joli vase je me chaise si les chemins tombeaux [17][17] Robert Desnos, « Idéal maîtresse », in Corps et biens,....

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En effet, si Simon répudie l’ordre déterministe que la syntaxe traditionnelle impose aux récits « ordinaires », ce n’est pas pour retomber (comme les surréalistes) dans une forme de désordre plus ou moins irrationnel, mais pour accéder à un ordre syntaxique indéterministe, reposant non plus sur un défaut mais sur un excès de connexions sémantico-logiques. La mise en place de cet ordre supérieur passe par une série de procédés relevant d’une « syntagmatisation du paradigmatique [18][18] D. Zemmour, op. cit., p. 176. ». Qu’est-ce à dire ? La stratégie d’écriture qui se fait jour dans La Route des Flandres consiste à faire coexister dans l’axe syntagmatique des constituants qui en réalité se superposent sur l’axe paradigmatique, selon le schéma suivant (fig. 2) :

Figure 2 - Effet de « syntagmatisation du paradigmatique »Figure 2
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Comme on le voit dans la figure 2, les phénomènes de « syntagmatisation du paradigmatique » confèrent au texte simonien une dimension non plus linéaire mais systémique : en effet, un schéma de construction phrastique de ce genre crée une sorte d’« embranchement » textuel, puisque le constituant C cumule avec son cotexte gauche deux connexions syntagmatiques distinctes qui se superposent. Or, du fait de cette superposition, C se trouve au cœur de deux dispositifs syntaxiques distincts qu’il permet justement d’imbriquer. Dès lors, il appert qu’un tel phénomène est un cas particulier de la célèbre définition du fonctionnement systémique proposée par Ludwig von Bertalanffy : « Un système peut être défini comme un complexe d’éléments en interaction. Par “interaction”, nous entendons des éléments p liés par des relations R, en sorte que le comportement d’un élément p dans R diffère de son comportement dans une autre relation R’ [19][19] Ludwig von Bertalanffy, Théorie générale des systèmes,.... » En l’occurrence, le constituant C se trouve lié à son cotexte gauche par deux relations distinctes, R (le lien syntagmatique A ? C) et R’ (le lien syntagmatique B ? C), et son comportement syntaxique peut être modifié en fonction de l’agencement dans lequel on choisira de l’intégrer. Dans La Route des Flandres, un tel dispositif peut être utilisé (tel quel ou avec des variantes) pour décrire en gros trois types de procédés : les surfonctionnalisations, l’enchaînement deux-points / parenthèse fermante et les effets de « mise en facteur ».

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1. Les surfonctionnalisations. Dans La Route des Flandres, on trouve fréquemment des tournures syntaxiques comme celle-ci :

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[…] moule humide d’où sortaient où j’avais appris à estamper en pressant l’argile du pouce les soldats […].

(RF, 244 ; nous soulignons.)
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En l’occurrence, le SN « soldats » est « surfonctionnalisé », autrement dit il cumule avec son cotexte deux connexions syntaxiques différentes, puisqu’il est à la fois sujet de « sortaient » et complément d’objet direct de « estamper [20][20] Nous partons là encore d’une analyse de G. Berthomieu,... ». Une surfonctionnalisation de ce genre relève d’une « syntagmatisation du paradigmatique », puisque les deux relatives « d’où sortaient » et « où j’avais appris à estamper » se trouvent juxtaposées dans le texte, alors qu’elles entretiennent normalement un rapport de substituabilité mutuelle (voir fig. 3). Dès lors, on voit apparaître une interaction systémique entre le SN « les soldats » et son cotexte gauche, puisque ce SN se trouve relié à deux constituants phrastiques différents et change de comportement syntaxique selon qu’on choisit de le rattacher à l’un ou à l’autre : la linéarité du texte est dépassée, mais au profit d’un « ordre » indéterministe qui implique non pas une destruction mais une complexification des structures syntaxiques.

Figure 3 - Effet de « surfonctionnalisation » (rf, p. 244)Figure 3
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2. L’enchaînement deux-points /parenthèse fermante. La juxtaposition de deux points et d’une parenthèse fermante donne à voir par excellence un effet de « syn-tagmatisation du paradigmatique », puisque les deux-points appellent obligatoirement une conjonction syntagmatique, alors que la parenthèse appelle au contraire une substitution paradigmatique. Dès lors, ce procédé vise clairement à créer « l’illusion d’un dépassement de la linéarité textuelle [21][21] Catherine Rannoux, L’Ecriture du labyrinthe : Claude... », comme on peut le constater dans l’extrait suivant :

[…] et elle [Corinne] : Mais là-bas tu m’avais sous la main (et faisant entendre dans le noir comme un rire, quelque chose qui la secoue faiblement, les secoue tous les deux […], qui résonne en même temps dans leurs deux corps puis s’arrête quand elle parle de nouveau:) ou plutôt vous puisque vous étiez trois […].

(RF, p. 91; nous soulignons.)

Ici, l’emploi du « signe complexe [22][22] Ibid., p. 155. » ‹ :) ‹ permet de connecter le fragment de discours direct « ou plutôt vous puisque vous étiez trois » à deux segments phrastiques différents en même temps (voir fig. 4) : (a) au segment parenthétique, qui semble l’introduire par le biais des deux points et du verbe de diction qui les précède ; (b) au fragment de discours direct qui précède ce segment, comme en témoigne la parfaite continuité syntaxique et sémantique du texte si l’on efface la parenthèse : « Mais là-bas tu m’avais sous la main // ou plutôt vous puisque vous étiez trois. »

Figure 4 - Enchaînement deux points/parenthèse fermante et « syntagmatisation du paradigmatique » (rf, p. 91)Figure 4
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3. Les effets de « mise en facteur ». Simon utilise également de manière systématique un procédé syntaxique proche de l’attelage, qui consiste à « mettre en facteur » un lexème simultanément relié à deux ou plusieurs syntagmes, prépositions, conjonctions ou locutions. Exemple :

[…] l’un [le paysan boiteux] prêt à (ou plutôt brûlant dévoré par l’envie ou plutôt le besoin ou plutôt par la nécessité de) commettre un crime et l’autre [son rival présumé] prêt aussi à en être la victime […].

(RF, p. 117 ; nous soulignons.)

Comme on le voit dans la fig. 5, la préposition « de » et le syntagme « commettre un crime » sont « mis en facteur », d’où un effet de « syntagmatisation du paradigmatique » ostensiblement mis en avant par le texte : ce dernier ne se développe plus par concaténation linéaire, mais par une série d’embranchements successifs, le flottement indéterministe de la syntaxe découlant là encore non pas d’un défaut mais d’un excès de connexions sémantico-logiques.

Figure 5 - Effet de « mise en facteur » (rf, p. 117)Figure 5

« Synthèse disjonctive » et brouillage des contours phrastiques

31

L’indétermination syntaxique qui caractérise le texte simonien se manifeste enfin par un dernier phénomène : les procédés de la « synthèse disjonctive [23][23] Sur le concept de « synthèse disjonctive », voir Gilles... ». Quelle est la finalité de ces procédés sur le plan organisationnel ? Il s’agit de brouiller en quelque sorte les contours de la phrase, afin que celle-ci n’apparaisse plus comme un « objet » dur, clairement délimité, mais comme une « entité » incertaine aux limites fluctuantes [24][24] David Zemmour souligne ainsi que la syntaxe simonienne.... La « synthèse disjonctive » consiste justement à utiliser un « découpage » phrastique paradoxal, qui connecte les différents segments textuels tout en les délimitant. De ce fait, la phrase simonienne apparaît comme une entité qui n’est plus représentable en fonction des catégories kantiennes de la quantité : elle n’est ni unitaire ni multiple, puisqu’elle est délimitée par des marques de rupture qui sont en même temps des marques de continuité [25][25] Cf. D. Zemmour, op. cit., p. 60, C. Rannoux op. cit.,.... Elle doit donc être pensée comme un « objet » d’un type nouveau, qui n’est pas réductible à la formalisation rationaliste habituelle puisqu’il se situe dans une sorte d’entre-deux catégorial, un espace interstitiel entre unité et pluralité. Or, un « objet » de ce genre apparaît bien dans La Route des Flandres, au moment précis où Georges commence à se demander si la scène de la mort du capitaine s’est bien déroulée sous ses yeux :

32

Mais l’ai-je vraiment vu [de Reixach] ou cru le voir ou tout simplement imaginé après coup ou encore rêvé, peut-être dormais-je n’avais-je jamais cessé de dormir les yeux grands ouverts en plein jour bercé par le martèlement monotone des sabots des cinq chevaux piétinant leurs ombres ne marchant pas exactement à la même cadence de sorte que c’était comme un crépitement alternant se rattrapant se superposant se confondant par moments comme s’il n’y avait plus qu’un seul cheval, puis se dissociant de nouveau se désagrégeant recommençant semblait-il à se courir après et cela ainsi de suite […].

(RF, p. 296.)
33

Le martèlement des sabots est présenté comme une « entité » paradoxale qui n’est ni unitaire ni multiple, ou plutôt qui fluctue sans cesse entre unité et pluralité, comme le suggère plus que tout l’oxymore « recommençant […] à se courir après [26][26] La description de cet étrange « objet » apparaît donc... ». Or, le découpage phrastique du roman de 1960 vise justement à créer des « entités » hybrides de ce genre, comme le montre – entre autres – l’utilisation de trois procédés a priori sans aucun rapport entre eux : l’emploi « déviant » de la virgule, l’utilisation d’hyperbates et les effets de « segmentation floue ».

34

1. L’emploi de la virgule. Stéphane Bikialo, qui a consacré tout un article à l’utilisation de la virgule par Simon, remarque justement que celle-ci apparaît dans certains cas de figure comme le « signe idéal d’une écriture faisant jouer en permanence continuité et discontinuité [27][27] Stéphane Bikialo, « Les virgules de Claude Simon »,... ». Nous allons essayer d’expliquer brièvement pourquoi, en revenant à l’incipit de La Route des Flandres. Dans cet incipit, le lecteur est effectivement frappé par le choix de délimiter certains segments phrastiques par une virgule, alors que l’on attendait normalement un point, voire, à la rigueur, deux-points. Ainsi par exemple, dans « Il tenait une lettre à la main, il leva les yeux me regarda », on attendait normalement entre le premier SV et les deux autres un « séparateur fort [28][28] Pierre Le Goffic, Grammaire de la phrase française,... », point ou double point, et non point un « séparateur faible [29][29] Ibid., p. 66. » comme la virgule. En effet, selon Pierre Le Goffic, on utilise une virgule pour relier des phrases non dépendantes « entre lesquelles existe un lien sémantique fort et qui constituent un tout [30][30] Ibid. », ce qui est loin d’être le cas ici : le choix de la virgule constitue un écart par rapport à la norme grammaticale, et cet écart est d’autant plus significatif que Simon avait utilisé un point dans la première version de l’incipit[31][31] Cette version a été publiée par Lucien Dällenbach :.... Ce type de procédé vise vraisemblablement à créer un effet de « synthèse disjonctive », puisque la virgule délimite en l’occurrence deux « blocs » syntaxiques distincts tout en les connectant entre eux. Du reste, les quatre virgules qui suivent semblent relever de la même logique stylistique. Ainsi, dans « je n’avais jamais entendu l’expression, il me semblait voir les chiens », on aurait normalement attendu entre les deux SV un « séparateur fort » (deux-points). Le choix de la virgule, là encore au mépris de toute logique grammaticale, permet à Simon de brouiller les contours de la phrase, en suggérant au lecteur qu’il y a en même temps continuité et rupture entre les deux SV.

35

2. Les hyperbates. La figure de style nommée hyperbate (du verbe grec hyper-bainô, « dépasser », « transgresser ») découle d’une poursuite de la phrase après une clôture syntaxique qui en marque normalement la fin [32][32] Voir Georges Molinié et Jean Mazaleyrat, Vocabulaire.... Ce n’est pas un hasard si le procédé est fréquent dans La Route des Flandres :

36

[…] je me penchai glissai ma main mon bras serpent sous son ventre atteignant le nid la toison bouclée que mon doigt démêlait jusqu’à ce que je le trouve rose mouillé comme la langue d’un petit chien frétillant jappant de plaisir sous laquelle l’arbre sortant de moi était enfoncé […].

(RF, p. 275 ; nous soulignons.)
37

Sur le plan syntaxique, ce segment est constitué de deux propositions non dépendantes, P1 (« je me penchai ») et P2 (« glissai ma main mon bras serpent sous son ventre atteignant le nid la toison bouclée »). P2 est expansée par une subordonnée relative Q1 (« que mon doigt démêlait »), à son tour suivie d’une circonstancielle Q2 (« jusqu’à ce que je le trouve rose mouillé comme la langue d’un petit chien frétillant jappant de plaisir ») : P2 semble de ce fait clôturée sur le plan syntaxique. Or, elle est malgré tout poursuivie par une rallonge hyperbatique, la relative Q3 (« sous laquelle l’arbre sortant de moi était enfoncé »). Comme on le voit dans la fig. 6, cette relative se rattache en l’occurrence au SN « la toison bouclée » (« la toison bouclée // sous laquelle l’arbre sortant de moi était enfoncé »), ce qui crée une sorte de « bifurcation » syntaxique [33][33] Le choix de l’hyperbate relève donc en même temps d’une.... Dès lors, l’ensemble [P2 + Q3] apparaît comme un « objet » verbal à la fois unitaire et pluriel, puisque l’hyperbate souligne précisément la discontinuité entre les deux segments phrastiques qu’elle permet de relier « à distance ».

Figure 6 - Schema de bifurcation syntaxique par rallonge hyperbatiqueFigure 6
38

3. Les effets de « segmentation floue ». Reste enfin à décrire un dernier phénomène, qui contribue plus que tous les autres à brouiller les contours de la phrase simonienne. Il s’agit de ce que l’on peut appeler les effets de « segmentation floue [34][34] Sur le concept de « segmentation floue », voir Claire... ». L’idée consiste à articuler deux phrases ou deux syntagmes autour d’un constituant qui leur est commun, et qui permet de les imbriquer :

[…] tout ce que nous avions trouvé pour bouffer depuis huit jours c’étaient des compotes de fruits seules choses à manger qu’ils avaient négligées, buvant avalant à même les bocaux le jus sucré et poisseux dégoulinant des deux côtés de la bouche […].

(RF, p. 292 ; nous soulignons.)

Ici le SN « le jus sucré et poisseux » est surfonctionnalisé, puisqu’il est à la fois COD de « buvant » et « avalant » (si on le rattache à son cotexte gauche) et sujet de « dégoulinant » (si on le rattache à son cotexte droit). De ce fait, il permet d’imbriquer deux phrases non dépendantes distinctes : « avalant à même les bocaux le jus sucré et poisseux »/ « le jus sucré et poisseux dégoulinant des deux côtés de la bouche » (voir fig. 7). Il se crée dès lors un effet de « segmentation floue » qui brouille les contours des deux phrases : ces dernières apparaissent comme une sorte d’« hybride » syntaxique, une « entité » incertaine qui flotte entre unité et pluralité.

Figure 7 - Effet de « segmentation floue » (rf, p. 292)Figure 7
39

Les transgressions syntaxiques qui jalonnent La Route des Flandres contribuent donc de manière décisive à la création d’un univers narratif indéterministe. A ce titre, elles « entrent en résonance » avec une série de transgressions structurales extrêmement diverses, qui apparaissent dès lors comme des manifestations convergentes d’un projet conceptuel et stylistique profondément unitaire. Ainsi, par exemple, la mise en place d’un ordre syntaxique sans cesse remis en question trouve un équivalent inattendu dans la reconfiguration permanente du récit, du fait des interactions qui se développent entre les différents épisodes narratifs (d’où les parallélismes établis peu à peu entre la mort du Capitaine et celle du Conventionnel, les déboires présumés de leurs épouses respectives, etc.). Les embranchements syntaxiques qui découlent des effets de « syntagmatisation du paradigmatique » renvoient aux « embranchements » diégétiques créés par la présence dans le texte de variantes narratives concurrentes, par exemple les deux descriptions antagonistes de la mort du Conventionnel (fig. 8).

Figure 8 - Schema d’embranchement narratif : la double « trajectoire » du conventionnelFigure 8
40

Enfin, les procédés syntaxiques de la « segmentation floue » peuvent être rapprochés entre autres d’un phénomène qui fait fureur dans La Route des Flandres, à savoir l’imbrication systématique de fragments narratifs distincts à partir d’une « zone amphibologique [35][35] Jean Ricardou, Nouveaux Problèmes du roman, Paris,... », qui fait office de « charnière ». Un exemple de ce type de procédé est fourni par le texte suivant :

41

[…] poussant sans trêve en elle fondant maintenant ouverte comme un fruit une pêche jusqu’à ce que ma nuque éclate le bourgeon éclatant tout au fond d’elle l’inondant encore et encore l’inondant, inondant sa blancheur jaillissant l’inondant, […] le cri jaillissant sans fin de sa bouche jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien sourds tous les deux tombés inanimés sur le côté […] puis peu à peu je commençai à voir de nouveau, distinguer le rectangle de la fenêtre ouverte et le ciel plus clair et une étoile puis une autre et une autre encore, diamantines froides immobiles tandis que respirant péniblement j’essayais de dégager une de mes jambes prise sous le poids de nos membres emmêlés nous étions comme une bête apocalyptique à plusieurs têtes plusieurs membres gisant dans le noir, je dis Quelle heure peut-il être ? et lui Qu’est-ce que ça peut faire qu’est-ce que tu attends Le jour ? qu’est-ce que ça changera Tu as tellement envie de voir nos sales gueules ? […].

(RF, p. 275-276 ; nous soulignons.)
42

Dans ce passage, le segment souligné appartient simultanément à deux épisodes narratifs différents : l’épisode du coït entre Corinne et Georges (si on le rattache à son cotexte gauche), l’épisode du dialogue entre Georges et Blum dans le wagon de prisonniers (si on le rattache à son cotexte droit). Il va de soi que l’imbrication de ces deux fragments narratifs crée un effet d’exemplification métaphorique très puissant: elle figure l’étreinte même de Georges et de Corinne, gisant encastrés dans le noir.

43

L’idée que La Route des Flandres fonctionne à tous les niveaux comme un univers fictionnel indéterministe jette quand même un doute sur la validité (ou plutôt la portée interprétative) réelle des approches « standard » de l’œuvre simonienne. En effet, pour expliquer les écarts observables dans le texte, ces approches recourent en général à deux schémas interprétatifs, issus respectivement du formalisme ricardolien des années 1970 et de la critique d’inspiration phénoménologique : soit on analyse les transgressions syntaxiques comme des marques d’ostension formelle, ce qui revient à ignorer la dimension profondément cognitive de l’expérience simonienne en l’enfermant dans un carcan autoréflexif ; soit on interprète ces transgressions comme l’expression stylistique d’une série de processus psychomémoriels, ce qui empêche de penser réellement l’indétermination en elle-même, puisqu’on la subordonne par définition au fonctionnement arbitraire d’une conscience subjective [36][36] Il semble tout de même assez réducteur de considérer.... Dans les deux cas, l’erreur est la même : que l’on considère le texte comme un système fermé sur lui-même et autarcique ou comme l’expression de l’activité mémorielle d’un Sujet narrant, on reste cantonné dans une conception anhistorique de l’écriture.

44

Or, la rupture du Nouveau Roman avec les formes narratives et syntaxiques « traditionnelles » a au contraire une dimension très profondément historique : des auteurs comme Robbe-Grillet expliquent que ces formes sont devenues datées parce qu’elles visaient à imposer « l’image d’un univers stable, cohérent, continu, univoque, entièrement déchiffrable [37][37] Alain Robbe-Grillet, Pour un Nouveau Roman, Paris,... », autrement dit la vision du monde « vernienne » qui nous a été léguée par le rationalisme positiviste du xixe siècle. C’est avant tout parce qu’une telle vision du monde est devenue périmée que le roman doit procéder à un aggiornamento conceptuel et stylistique, et La Route des Flandres ne fait que prendre acte de cette constatation. Les innovations formelles proposées par Simon ne sont donc pas gratuites, mais témoignent d’un vrai changement de paradigme, au sens kuhnien du terme. En effet, l’expérience vécue par Georges (et sans doute par Simon lui-même) correspond à un bouleversement total de son rapport avec le « réel », bouleversement qui n’épargne ni ses mécanismes perceptionnels, ni les codes culturels auxquels il se réfère pour donner un sens à ce qu’il observe, ni les procédures épistémologiques qu’il met en œuvre pour tâcher de construire un référent unitaire, ni par conséquent le langage qu’il utilise pour décrire ce référent. La déstructuration (ou plutôt la restructuration) de la syntaxe traditionnelle découle in fine d’un effort encore inédit d’adapter le langage romanesque à l’émergence d’une nouvelle Weltanschauung, d’« un ordre jusque-là inouï [38][38] D. Zemmour, op. cit., p. 497. » avec lequel le lecteur doit peu à peu se familiariser. Dans son long parcours depuis l’Antiquité hellénistique, le roman, considéré en l’occurrence comme un genre dont l’enjeu spécifique est « la représentation fictive des rapports entre l’individu et le monde [39][39] Thomas Pavel, La Pensée du roman, Paris, Gallimard,... », aura ainsi franchi une nouvelle étape [40][40] Nous remercions Geneviève Salvan, maître de conférences....

Abréviations utilisées

45

V: Le Vent (Paris, éd. de Minuit, 1957)

46

RF: La Route des Flandres (Paris, éd. de Minuit, « Double », 1984 [19601])

47

G: Les Géorgiques (Paris, éd. de Minuit, 1981)

48

A: L’Acacia (Paris, éd. de Minuit, 1989)

49

JP: Le Jardin des Plantes (Paris, éd. de Minuit, 1997)

Notes

[1]

Voir par exemple Claude Simon, « Réponses de Claude Simon à quelques questions écrites de Ludovic Janvier », Entretiens, n° 31, Claude Simon, 1972, p. 15-29 (p. 18) ; C. Simon, « Un homme traversé par le travail », entretien avec Alain Poirson et Jean-Paul Goux, La Nouvelle Critique, n° 105, juillet 1977, p. 32-44 (p. 41-42), et passim.

[2]

De toute évidence, les particularités syntaxiques de La Route des Flandres relèvent d’une conception formaliste de l’écriture dans la mesure où elles visent, entre autres, à « obscurcir la forme » du texte (cf. Tzvetan Todorov éd., Théorie de la littérature. Textes des Formalistes russes réunis, présentés et traduits par Tzvetan Todorov, Paris, éd. du Seuil, « Tel Quel », 1965, p. 83) : loin de s’effacer devant les yeux du lecteur pour lui offrir un sens immédiatement reconnaissable, ce dernier résiste, fait obstacle, se trouvant ainsi perçu « dans sa matérialité d’« objet verbal » » (Michel Aucouturier, Le Formalisme russe, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1994, p. 65).

[3]

Avec une lucidité tout à fait remarquable, Simon lui-même avait mis en avant une telle démarche dès la fin des années 1970: « […] toute mon œuvre est construite sur la nature métaphorique de la langue. Je m’étonne qu’aucune étude n’ait souligné ce genre de faits » (C. Simon, « Un homme traversé par le travail », p. 42).

[4]

Sur le concept d’« exemplification », voir Nelson Goodman, Langages de l’art, trad. de l’américain par Jacques Morizot, Nîmes, Chambon, « Rayon Art », 1990 [1re éd. 1968], p. 33-35, 84-88, 122 ; Paul Ricœur, La Métaphore vive, Paris, Seuil, « L’ordre philosophique », septième étude, « Métaphore et référence », p. 273-321 ; Gérard Genette, Fiction et diction, Paris, éd. du Seuil, « Poétique », 1991, p. 95-151. Sur la dimension exemplificatrice de l’écriture simonienne, voir Ilias Yocaris, L’Impossible Totalité. Une étude de la complexité dans l’œuvre de Claude Simon, Toronto, Paratexte, 2002, p. 10-14, 284-286.

[5]

Gilles Deleuze, Différence et répétition, Paris, PUF, « Epiméthée », 1968, p. 92.

[6]

D’où par exemple les railleries sur la naïveté du Conventionnel, qui croit encore à la « déesse Raison » (RF, p. 294).

[7]

Voir I. Yocaris, op. cit., 2002, p. 254-264.

[8]

Voir David Zemmour, L’Ecriture de la perception dans les romans de Claude Simon : une syntaxe du sensible, thèse de doctorat soutenue à l’Université Paris IV, 2003.

[9]

Ibid., p. 154.

[10]

Voir RF, p. 25, 41, 106, 292.

[11]

Que l’on pense par exemple à l’incertitude qui entoure les motivations du capitaine de Reixach : celui-ci a-t-il mis son cheval au pas sur la fatidique route des Flandres parce qu’il voulait le « laisser souffler » (RF, p. 294) ou bien parce qu’il voulait « se faire descendre » (RF, p. 13) ? Quoique ces deux options soient présentées comme exclusives l’une de l’autre, elles sont adoptées simultanément par le texte simonien, dans une démarche qui n’est pas sans rappeler la « complémentarité » bohrienne (voir I. Yocaris, « Esquisse d’une nouvelle approche de la référence », Ralph Sarkonak (éd.), Claude Simon 2: L’Ecriture du féminin / masculin, Paris, Minard/Les Lettres modernes, 1997, p. 153-181 [p. 170-177]).

[12]

La dimension holistique des textes simoniens découle du fait que ces derniers sont toujours construits en fonction d’un projet compositionnel d’ensemble, chaque constituant textuel ne pouvant être appréhendé que comme partie intégrante d’un vaste système architectonique dont on ne peut l’isoler : « Dans un tableau, le dessin des moindres détails participe à la composition. […] [D]ans un texte convenablement composé, il n’y a pas de phrase qui dans ses moindres détails n’ait été écrite en fonction de l’ensemble » (C. Simon, lettre du 8 avril 1979, citée in Stuart Sykes, Les Romans de Claude Simon, Paris, éd. de Minuit, « Critique », 1979, p. 189). Il se crée ainsi des effets de « méréomorphisme » (François Rastier, Arts et sciences du texte, Paris, PUF, « Formes sémiotiques », 2001, p. 46), autrement dit de solidarité d’échelle : « […] l’organisation de l’ensemble des éléments d’un roman ne diffère pas – sauf bien sûr par l’ampleur – de l’organisation des éléments à l’intérieur d’un détail, d’une page ou d’une phrase » (C. Simon, « La fiction mot à mot », in Jean Ricardou et Françoise Van Rossum-Guyon (éd.), Nouveau Roman: hier, aujourd’hui, Paris, Union fénérale d’éditeurs, t. II, 1971, p. 73-97 [p. 92]).

[13]

D. Zemmour, op. cit., p. 106-107.

[14]

Gérard Berthomieu, « La Route des Flandres », cours d’agrégation dispensé en 1997-1998 à l’Université Paris IV-Sorbonne.

[15]

Nous suivons ici l’analyse de G. Berthomieu.

[16]

Sur les phénomènes de « décliticisation » dans La Route des Flandres, voir Franck Neveu, « Macrosyntaxe. Le problème des niveaux de l’analyse syntaxique dans La Route des Flandres », L’Information grammaticale, n° 76, 1998, p. 38-41.

[17]

Robert Desnos, « Idéal maîtresse », in Corps et biens, Paris, Gallimard, « NRF poésie », 1953 [1re éd. 1930], p. 75.

[18]

D. Zemmour, op. cit., p. 176.

[19]

Ludwig von Bertalanffy, Théorie générale des systèmes, trad. de l’anglais par Jean-Benoît Chabrol, Paris, Dunod, « Systémique », 1993 [1re éd. 1973], p. 53.

[20]

Nous partons là encore d’une analyse de G. Berthomieu, qui a été (à notre connaissance) le premier à signaler ce phénomène dans son cours sur La Route des Flandres.

[21]

Catherine Rannoux, L’Ecriture du labyrinthe : Claude Simon, La Route des Flandres, Orléans, Paradigme, « Références », 1997, p. 161.

[22]

Ibid., p. 155.

[23]

Sur le concept de « synthèse disjonctive », voir Gilles Deleuze, Logique du sens, Paris, éd. de Minuit, « Critique », 1969, p. 61 et passim.

[24]

David Zemmour souligne ainsi que la syntaxe simonienne donne à voir la « primauté de l’interaction et de l’interdépendance sur le cloisonnement » (op. cit., p. 119) et repose sur « l’affirmation d’une perméabilité interphrastique » (op. cit., p. 60).

[25]

Cf. D. Zemmour, op. cit., p. 60, C. Rannoux op. cit., p. 121, 158, 182, etc.

[26]

La description de cet étrange « objet » apparaît donc ipso facto comme une mise en abyme, d’autant qu’elle émerge comme par hasard au moment même où Georges perd le dernier repère cognitif fixe auquel il pouvait encore se raccrocher, à savoir sa certitude d’avoir vu de Reixach abattu par un franc-tireur ennemi. Ce passage suggère plus précisément qu’indétermination ontologique (le « flottement » catégorial qui caractérise le martèlement des sabots en tant qu’« objet ») et indétermination épistémique (la perte de toute certitude absolue sur le « réel » fictionnel) vont de pair dans l’univers narratif de La Route des Flandres.

[27]

Stéphane Bikialo, « Les virgules de Claude Simon », La Licorne, n° 52, 2000, p. 217-229 (p. 223).

[28]

Pierre Le Goffic, Grammaire de la phrase française, Paris, Hachette, « Supérieur », 1993, p. 65.

[29]

Ibid., p. 66.

[30]

Ibid.

[31]

Cette version a été publiée par Lucien Dällenbach : voir L. Dällenbach, « Dans le noir. Claude Simon et la genèse de La Route des Flandres », in Genèses du roman contemporain. Incipit et entrée en écriture, Paris, CNRS éditions, « Textes et manuscrits », Bernhild Boie et Daniel Ferrer (éd.), 1993, p. 105-120 (p. 112).

[32]

Voir Georges Molinié et Jean Mazaleyrat, Vocabulaire de la stylistique, Paris, PUF, 1989, p. 170.

[33]

Le choix de l’hyperbate relève donc en même temps d’une « syntagmatisation du paradigmatique », puisque Q2 et Q3 ici se superposent.

[34]

Sur le concept de « segmentation floue », voir Claire Blanche-Benveniste, Le Français parlé : transcription et édition, Paris, Didier-INALF, 1987, p. 141. Sur les effets de « segmentation floue » dans les textes simoniens, voir D. Zemmour, op. cit., p. 119.

[35]

Jean Ricardou, Nouveaux Problèmes du roman, Paris, éd. du Seuil, « Poétique », 1978, p. 213.

[36]

Il semble tout de même assez réducteur de considérer l’indétermination généralisée qui prévaut dans La Route des Flandres comme une simple manifestation de la confusion qui règne dans la mémoire de Georges : d’une part ce dernier cesse d’exister en tant qu’entité consciente d’elle-même puisque son moi vole en éclats et disparaît au moment précis où il aperçoit pour la première fois le cheval mort (d’où le passage de la première à la troisième personne: cf. I. Yocaris, L’Impossible Totalité, p. 254-257) ; d’autre part, le texte insiste clairement sur une série d’« objets » qui sont en soi indéterminés, comme le cheval mort (RF, p. 25-27, 95, 99-100), la femme-centaure (RF, p. 52-53) ou même Corinne, « semblable à ces fleurs, ces choses marines à mi-chemin entre le végétal et l’animal » (RF, p. 222). Une lecture à la fois plus précise et plus synthétique du roman de 1960 montre donc (à notre avis) qu’il faudrait sans doute inverser l’orientation herméneutique adoptée par les approches psycho-mémorielles : c’est l’indétermination mnémonique qui figure l’indétermination ontologique, et non point l’inverse. Une telle prise de position semble paradoxalement confortée par certaines remarques dispensées dans Le Jardin des Plantes, roman qui se présente pourtant à n’en point douter comme le portrait d’une conscience et revendique une démarche scripturale intégralement subjectiviste. Voici ce qu’on y lit à propos des événements narrés dans La Route des Flandres : « […] et S. dit qu’encore une fois si on n’a pas vécu soi-même une chose du même genre [l’expérience de la guerre] on ne peut pas s’en faire une idée Parce que, dit-il, tout semblait se dérouler dans une sorte de brouillard d’irréalité Non ce n’est pas, comme le journaliste pourrait le penser, l’effet du temps plus de cinquante ans maintenant le brouillage de la mémoire, qu’au contraire il [S.] garde de toute cette affaire un souvenir très précis et que ce qui est précis c’est justement cette irréalité dans laquelle tout semblait se dérouler […]. » (JP, p. 262 ; nous soulignons.) Ici, S. insiste justement sur le fait qu’il s’est retrouvé plongé dans un monde objectivement indéterministe. En effet, l’indétermination qui caractérise l’univers de la guerre (le « brouillard d’irréalité » dans lequel tout se déroule) est intrinsèque, autrement dit fait partie intégrante de cet univers et ne se confond nullement avec « le brouillage de la mémoire »…

[37]

Alain Robbe-Grillet, Pour un Nouveau Roman, Paris, éd. de Minuit, « Critique », 1961, p. 31.

[38]

D. Zemmour, op. cit., p. 497.

[39]

Thomas Pavel, La Pensée du roman, Paris, Gallimard, « NRF essais », 2003, p. 38. En l’occurrence, Pavel reprend à son compte une des thèses mises en avant par Georg Lukács dans Théorie du roman.

[40]

Nous remercions Geneviève Salvan, maître de conférences en langue française à l’UNSA, pour sa précieuse contribution à cette étude.

Plan de l'article

  1. Fluctuations de l’ordre syntaxique et phrases « à géométrie variable »
  2. « Syntagmatisation du paradigmatique » et dépassement de la linéarité textuelle
  3. « Synthèse disjonctive » et brouillage des contours phrastiques
  4. Abréviations utilisées

Pour citer cet article

Yocaris Ilias, « Une poétique de l'indétermination. Style et syntaxe dans La Route des Flandres », Poétique, 2/2006 (n° 146), p. 217-235.

URL : http://www.cairn.info/revue-poetique-2006-2-page-217.htm
DOI : 10.3917/poeti.146.0217


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