Accueil Discipline (Psychologie) Revue Numéro Article

La psychiatrie de l'enfant

2004/1 (Vol. 47)

  • Pages : 314
  • ISBN : 213054763X
  • DOI : 10.3917/psye.471.0005
  • Éditeur : P.U.F.


Pages 5 - 5 Article suivant
1

Pourquoi vouloir parler de pulsion d’attachement ? Le concept de pulsion renvoie, en effet, à la théorie des pulsions (S. Freud) tandis que le concept d’attachement renvoie, bien sûr, à la théorie de l’attachement (J. Bowlby), et l’on sait à quel point ces deux théories sont habituellement décrites comme incompatibles. J. Bowlby ayant longtemps été attaqué et condamné par les psychanalystes, même s’il est resté jusqu’à la fin de sa vie membre de la Société britannique de Psychanalyse, le concept de “ pulsion d’attachement ” peut ainsi sembler hérétique, cherchant à concilier l’inconciliable dans une perspective œcuménique illusoire et fallacieuse...

2

Personnellement, nous avons découvert ce concept de pulsion d’attachement chez D. Anzieu qui l’a, en fait, peu approfondi alors qu’il s’agit en réalité d’un concept extrêmement stimulant et qui ouvre sur deux perspectives :

3

— Faire tout d’abord de l’attachement un pont possible entre la théorie des pulsions et la théorie des relations d’objet. On notera à ce sujet que J. Bowlby est mort en 1990, quelques mois avant le premier colloque conjoint de la Tavistock Clinic et du Centre Anna-Freud qui devait se tenir, à Londres, sous sa présidence. Ce colloque a eu lieu comme prévu, mais sous sa présidence in memoriam, et symboliquement il y avait là, nous semble-t-il, un indice de rapprochement possible entre la théorie des relations d’objet (au cœur des réflexions des auteurs post-kleiniens de la Tavistock Clinic) et la théorie des pulsions (à laquelle était restée fidèle la mouvance du Centre Anna-Freud).

4

— Réintégrer ensuite l’attachement au sein de la théorie de l’étayage et, ce faisant, aider à faire comprendre qu’on peut s’occuper du bébé tout en restant psychanalyste. Le bébé ne nous impose, en effet, aucun renoncement à nos repères métapsychologiques classiques, c’est-à-dire ni à la théorie des pulsions, ni à la théorie de l’étayage, ni même à celle de l’après-coup, ce qu’il est important de rappeler à l’époque qui est la nôtre... Il ne nous impose, probablement, que de repenser le point de vue topique de la perspective psychanalytique, afin de pouvoir prendre efficacement en compte le fonctionnement dyadique et triadique dans lequel vient s’inscrire l’ « unité originaire » formée par le bébé et ses deux parents (M. Perez-Sanchez et N. Abello, 1981).

5

Un auteur comme D. Widlöcher (1984) insiste souvent sur le fait qu’il nous faut faire attention à ne pas « coincer » le bébé entre son corps et l’autre (autrui), tout en soulignant la formidable attraction qui pousse, ou tire, l’enfant vers l’adulte qui prend soin de lui et il y a là également, selon nous, une manière de conjoindre, dans un même mouvement, la source pulsionnelle et l’objet, c’est-à-dire l’enfant et l’adulte, c’est-à-dire encore la théorie des pulsions et la théorie des relations d’objet qui ne sont, et ne peuvent être que les deux facettes d’un seul et même processus.

6

Dans la même perspective, nous rappellerons ici la publication récente du livre de P. Fonagy intitulé Attachment theory and Psychoanalysis, ainsi que la position d’A. Green qui a toujours dénoncé les véritables « boursouflures de la pensée » visant à opposer, de manière bien trop radicale selon lui, la psychanalyse qui ne serait pour certains qu’une stricte métapsychologie de l’absence et la théorie de l’attachement qui ne serait qu’une simple modélisation de la présence de l’objet. Bien évidemment, les choses ne sont pas aussi tranchées et le concept de pulsion d’attachement a peut-être le mérite de réduire l’écart apparent sans chercher, pour autant, à masquer les divergences conceptuelles.

7

Après avoir rappelé la vision de l’attachement selon D. Anzieu, nous tenterons ensuite de montrer en quoi la théorie de l’attachement peut jouer comme pont conceptuel entre la théorie des pulsions et la théories des relations d’objet, avant de conclure sur les références pulsionnelles qui imprègnent en réalité, très profondément, le phénomène de l’attachement.

L’ATTACHEMENT SELON DIDIER ANZIEU

8

C’est sous la plume de D. Anzieu que nous avons, en effet, rencontré pour la première fois le concept de « pulsion d’attachement ». Plus exactement, nous l’avions entendu y faire allusion lors de la 1re Conférence internationale de psychiatrie de l’adolescent qui s’était tenue à Paris en 1985, conférence au cours de laquelle il avait exposé son concept de « signifiants formels » dont il disait alors qu’ils se trouvaient facilement investis par la « pulsion d’attachement », à la différence du fantasme classique dont « l’investissement pulsionnel est composé de sexualité et d’agressivité », ce qu’il avait repris ensuite en 1987 dans son article sur « Les signifiants formels et le Moi-peau ». Après quoi, nous avons retrouvé la pulsion d’attachement dans son livre paru en 1990 L’épiderme nomade et la peau psychique. Nous le citons ici :

9

« Bowlby a mis en évidence cinq critères qu’il me paraît nécessaire de compléter par un sixième. Leur réunion conditionne la réussite de l’attachement mutuel entre la mère (ou l’environnement maternant) et le tout-petit, c’est-à-dire qu’elle apporte à celui-ci l’expérience structurante d’un échange de tendresse. Il s’agit d’un accomplissement pulsionnel non libidinalisé, indépendant de l’investissement des zones érogènes (c’est nous qui soulignons) et qui a conduit Bowlby à l’hypothèse d’une pulsion spécifique d’attachement, intermédiaire entre la pulsion d’autoconservation et la pulsion sexuelle (également souligné par nous). En effet, les patients à qui a manqué cette expérience complète de l’attachement présentent une grande diversité dans leur vie sexuelle : active, modérée ou nulle. »

10

D. Anzieu énumère alors les cinq critères de Bowlby (l’échange des sourires, la solidité du portage, la chaleur de l’étreinte, la douceur du toucher et l’interaction des signaux sensoriels et moteurs lors de l’allaitement) auxquels il adjoint la concordance des rythmes. Après quoi, il développe sa vision personnelle d’une métapsychologie de « l’attachement (au) négatif » en précisant que « du point de vue dynamique, l’attachement négatif résulte de l’alliance de la pulsion d’attachement à la pulsion d’autodestruction plutôt qu’à celle d’autoconservation ». Et plus loin : « L’expérience négative de l’attachement obère l’accès à l’organisation œdipienne et suscite une résistance à cet accès », ce qui revient à dire que les processus de transmission intergénérationnelle d’un attachement négatif peuvent entraver l’acceptation de la « relation d’inconnu » décrite par G. Rosolato (1978) et donc l’entrée dans un fonctionnement fondé sur la triangulation intrapsychique.

11

Ces quelques fragments contiennent les éléments principaux sur lesquels se fonde notre réflexion actuelle, mais il importe cependant de dire qu’à certains endroits de son œuvre, J. Bowlby s’oppose en fait au concept de pulsion (d’attachement) et notamment quand il dit, à propos de sa théorie de l’attachement, que ce « nouveau paradigme est en mesure de se dispenser d’utiliser nombre de concepts abstraits, y compris ceux de l’énergie psychique et de la pulsion et d’établir (ainsi) des liens avec la psychologie cognitive ». D. Anzieu fait donc, en quelque sorte, une autre lecture de la théorie de l’attachement que celle de J. Bowlby lui-même.

L’ATTACHEMENT COMME PONT ENTRE THÉORIE DES PULSIONS ET THÉORIE DES RELATIONS D’OBJET

12

À partir de ce qui vient d’être dit ou rappelé, on peut en effet se demander si l’attachement ne serait pas seulement le processus dynamique qui relie la pulsion à l’objet, qui oriente l’un vers l’autre, qui permet leurs trouvailles et leurs retrouvailles. On rejoindrait ainsi ici le délicat concept de motion pulsionnelle, élément inhérent à toute pulsion, selon S. Freud, à côté de la source, du but et de l’objet pulsionnels, et qui pour certains auteurs représenterait en quelque sorte la pulsion de la pulsion ou, pour dire les choses encore autrement, sa pulsionalité.

13

D’où une approche métapsychologique possible, à notre sens, de la théorie de l’attachement dans la mesure où, personnellement, nous ne pensons pas que cette théorie nous impose des révisions aussi déchirantes qu’on a pu le dire de nos repères métapsychologiques classiques. C’est en tout cas ce que nous avions essayé de montrer dans un article paru en 1998, sous le titre : « Attachement, modèles internes opérants et métapsychologie ou comment ne pas jeter l’eau du bain avec le bébé ? »

Apport de Ch. Bollas

14

Il nous faut dire ici un mot du travail de Ch. Bollas (1996) qui, dans son livre Les forces de la destinée, pose, selon nous, différemment la question des rapports entre la théorie des pulsions et la théorie des relations d’objet. On sait qu’il y a là le terreau de toutes les polémiques entre la psychanalyse européenne et la psychanalyse anglo-saxonne, pour radicaliser les choses de manière un peu trop schématique.

15

Entre théorie des pulsions et théorie des relations d’objet, l’écart apparaît en effet comme à la fois minuscule et crucial. Minuscule, car les pulsions sont les « grandes quêteuses d’objet » que l’on sait (S. Freud) et parce qu’il n’y a pas d’objet qui puisse s’inscrire psychiquement sans un double investissement pulsionnel (d’amour et de haine). Mais crucial aussi, et c’est là le point qui nous interpelle à travers le livre de Ch. Bollas.

16

La théorie des pulsions délimite en effet, en quelque sorte, un en-deçà de l’objet, registre freudien par excellence qui ouvre la porte sur toute la question de la métapsychologie de l’absence. La théorie des relations d’objet, en revanche, qui décale le regard vers l’objet, ouvre quant à elle sur toutes les dérives – si souvent dénoncées – de la métapsychologie de la présence. Le changement de vertex, comme aurait dit W. R. Bion (1962), est donc d’importance.

17

La position de Ch. Bollas apparaît alors comme une sorte d’entre-deux (on n’ose pas dire de compromis !) puisqu’elle essaie de contenir dans le même regard et le vrai Self (et ses pulsions) et l’objet, en soutenant l’idée que le vrai Self de l’individu ne peut se construire, s’élaborer et se révéler qu’à travers ses manipulations et ses expérimentations de l’objet. L’intérêt du travail de Ch. Bollas tient alors au thème qui se perçoit facilement en filigrane : la pulsion sans objet est un mythe, l’objet sans pulsion est un leurre et le vrai Self s’enracine, très précisément, en leur point de rencontre. L’approche est donc séduisante mais elle est surtout pragmatique : c’est dans la manière dont le sujet utilise ses objets qu’il édifie et dévoile son Self (vrai ou faux, selon les cas).

18

Malgré tout – et telle est en tout cas notre lecture de ce livre – la balance y penche, malheureusement, plutôt du côté de la théorie des relations d’objet et, de ce fait, la question de la sexualité infantile, au sens freudien du terme, se voit quelque peu marginalisée ; cette désexualisation de fait allant, comme toujours, de pair avec une évacuation pure et simple du principe de plaisir/déplaisir dès lors que la recherche de l’objet l’emporte sur la problématique de la source pulsionnelle des processus en jeu.

19

Quoi qu’il en soit, en matière d’attachement, cette perspective s’avère tout de même assez heuristique si l’on prend garde, précisément, à ce risque de désexualisation. En effet, comme le fait D. Anzieu – nous l’avons vu – rien n’interdit de voir les choses en termes de « pulsion d’attachement » à but initial autoconservatoire mais avec – nous y reviendrons – une libidinalisation secondaire de l’objet d’attachement au sein d’un étayage rapide du sexuel sur le besoin, selon les modalités habituelles. Même la pulsion se construit à deux et cela est sans doute parfaitement compatible avec les positions de J. Laplanche (1984) quant aux « objets-sources » de la pulsion dans le cadre de sa « théorie de la séduction généralisée ».

20

Dès lors, notre potentialité d’attachement représenterait une part de notre « pulsion de destinée », tandis que notre rencontre avec tel ou tel objet d’attachement serait notre destin. Dans cette optique, l’attachement n’exclut pas le plaisir qui, tout au contraire, le conditionne tout autant que le déplaisir peut venir le fausser.

21

Précisons cependant que Ch. Bollas situe la « pulsion de destinée » du côté de la pulsion de vie, soit d’une pulsion d’Amour et de liaison au sens large. Or, comme le fait justement remarquer A. Green, dès que S. Freud, après 1920, ne parle plus de sexuel mais d’Amour, il y a, ipso facto, mise au rebut de la notion d’objet partiel car l’Amour, c’est-à-dire Éros, implique irréductiblement l’objet total. Et c’est là que nous quittons Ch. Bollas à propos de l’attachement, car celui-ci peut parfaitement se jouer à l’égard d’aspects très partiels de l’objet avec alors, selon nous, tout un pan de recherches qui nous attend encore.

Processus d’attachement et représentations mentales

22

C’est ensuite la question des liens entre les processus d’attachement et la notion de représentations mentales qui permet de réfléchir à cette place particulière de la théorie de l’attachement entre théorie des pulsions et théorie des relations d’objet.

23

Il est clair tout d’abord qu’en matière d’attachement, il s’est produit deux grands tournants conceptuels quant à la place de la représentation mentale au sein de la théorie de J. Bowlby. Le premier est lié aux travaux de Mary Main (1985) sur l’analyse rétrospective, chez l’adulte, des représentations que l’adulte se donne, dans l’après-coup, de ses propres liens d’attachement précoce. Le deuxième, dont nous avons beaucoup discuté avec Blaise Pierrehumbert (Lausanne) quand il était venu à Paris à l’occasion d’une journée du groupe Waimh-Francophone, est lié aux études actuelles sur la narrativité chez l’enfant, narrativité qui semble étroitement corrélée (à travers les plus ou moins grandes fludité et cohérence de son discours) à la qualité de ses « modèles internes opérants » (Working Internal Models de I. Bretherton, 1990), c’est-à-dire, là aussi, à la nature des représentations que l’enfant s’est forgées quant à ses processus d’attachement précoces. Ces deux tournants sont essentiels et désormais, nous ne pourrons plus jamais concevoir l’attachement comme une sorte de mécanisme automatique et non mentalisé.

24

La construction des schémas d’attachement par le bébé se joue donc par la mise en place de ce que D. N. Stern (1985) appelle des « représentations d’interaction généralisées » au sein desquelles l’absence, la différence et l’écart occupent une place essentielle. L’enfant extrait, en effet, de ses différentes expériences interactives une sorte de moyenne, de résultante fictive jamais réalisée en tant que telle, mais inscrite dans la psyché de l’enfant comme une abstraction du style interactif de ses partenaires relationnels principaux, si l’on veut bien entendre, sous le terme d’abstraction, une telle activité d’extraction d’invariants. Lors de chaque rencontre interactive effective dans la réalité événementielle, l’enfant va alors, en quelque sorte, mesurer l’écart qui existe entre ce qu’il vit dans l’instant et cette représentation dynamique et prototypique qu’il s’est construite de l’adulte, écart qui le renseigne sur l’état émotionnel de celui-ci (par le biais du style interactif lié à l’accordage affectif ou harmonisation des affects). Les choses peuvent probablement être décrites de manière analogue à propos des procédures d’attachement, l’enfant mesurant, là aussi, l’écart entre la manière habituelle de sa mère de répondre à ses comportements de signalisation de présence et d’appel, et sa réponse actuelle, écart lui permettant d’éprouver si elle est aussi fiable et disponible ou, au contraire, aussi préoccupée et lointaine que d’habitude.

25

Finalement, on le sent bien, qu’il s’agisse des « représentations d’action généralisées » de D. N. Stern ou des « modèles internes opérants » de I. Bretherton, c’est toujours l’écart entre ce qui est attendu et ce qui est vécu qui est informatif pour l’enfant et, surtout, les représentations en question reflètent conjointement quelque chose du sujet (le bébé), de l’objet (l’adulte qui en prend soin) et du type de lien qui les unit. Autrement dit encore, on a bien là quelque chose qui tient compte à la fois de la source pulsionnelle (du côté du bébé) et de l’objet (le caregiver), ce qui confère, nous semble-t-il, à l’attachement (et éventuellement à l’accordage affectif) un statut plausible de candidat au rôle de pont entre ces deux théories, si souvent présentées comme incompatibles, que sont la théorie des pulsions et la théorie de l’attachement.

Clivage entre théorie des pulsions et théorie de l’attachement ?

26

Une critique pourrait cependant nous être faite quant au clivage que nous dénonçons ici, avec vigueur, entre théorie des pulsions et théorie de l’attachement : n’y a-t-il pas dans cette vision des choses un accrochage à des positions freudiennes précoces largement dépassées par S. Freud lui-même dans la suite de son œuvre ? Quand on se réfère en effet à la deuxième théorie des pulsions ( « Pulsions de vie et pulsions de mort » ), on s’aperçoit alors que dès 1920, voire dès 1915, S. Freud fonde en fait son raisonnement sur des représentations mentales qui articulent irréductiblement des représentations du sujet, des représentations de l’objet et des représentations du lien qui les unit (qu’il s’agisse de liens d’actions, de situations ou d’éprouvés émotionnels). À l’inverse, les auteurs kleiniens et post-kleiniens ne coupent pas de manière aussi radicale qu’on a pu le dire, ou vouloir le faire croire, leur concept de relation d’objet de sa source subjectale.

27

Dès lors, y a-t-il véritablement clivage ? Selon nous oui, tout de même, car même si les modèles freudiens et kleiniens ne sont pas, sur ce point, fondamentalement incompatibles mais s’avèrent plutôt complémentaires, il n’en demeure pas moins qu’à l’heure actuelle, l’écoute clinique se trouve être encore centrée soit sur le sujet, soit sur la recherche de l’objet, et cette différence d’angle d’approche induit aujourd’hui encore, à n’en pas douter, des divergences théorico-cliniques qu’il serait sans conteste utopique de vouloir par trop gommer ou dénier.

ATTACHEMENT ET PULSION

Le concept d’attachement à la lumière de la métapsychologie

28

Il existe un certain nombre de composantes qui imprègnent, de fait, le concept d’attachement et qui permettent de l’appréhender à la lumière de la métapsychologie.

29

Si l’attachement correspond à un besoin primaire de l’enfant, pourquoi ne pas imaginer qu’il puisse alors être libidinalisé, au même titre que tous les autres besoins de l’autoconservation, au sein de la théorie freudienne de l’étayage ?

30

L’attachement ne nous semble pas, par ailleurs, pouvoir être conceptualisé en termes purement cognitifs. Même à la Strange situation de Mary Ainsworth (1982), les différents types d’attachement du bébé se trouvent décrits en termes d’affect (attachement sécure, insécure ou évitant...) et les schémas d’attachement doivent donc être considérés comme des mixtes de cognitif et d’affectif. Autrement dit, l’objet ou figure d’attachement se trouve être, dans le même temps, un objet à découvrir cognitivement et un objet à investir affectivement (pulsionnellement).

31

Les modèles internes opérants évoqués ci-dessus revêtent, en fait, un statut de représentation mentale et l’on s’aperçoit ainsi de plus en plus, notamment depuis la mort de J. Bowlby en 1990, que les représentations mentales ne sont pas, de sa théorie, les grandes absentes qu’on a pu dire. Les travaux de M. Main (1985) sur l’Adult Attachment Interview (AAI), pris en compte par l’équipe de B. Pierrehumbert à Lausanne (1996), montrent bien que la transmission transgénérationnelle des schémas d’attachement suit les mécanismes de la transmission fantasmatique tout autant que ceux d’une transmission cognitive à héritabilité supposée d’ordre plus ou moins génétique. Actuellement, chez l’enfant, les recherches sur les liens entre attachement et narrativité concourent également à accorder aux schémas d’attachement un statut authentique de représentations mentales.

32

Ces recherches sur l’attachement laissent en outre, indéniablement, une place à la notion d’après-coup puisque, par exemple, P. Fonagy (au Centre Anna-Freud de Londres) (1993) a bien montré qu’il existe des corrélations très fortes, d’environ 80 %, entre le type de réponses de la mère à l’AAI et la nature des schémas d’attachement du bébé évalués à la Strange situation. Autrement dit, une mère qui, à tort ou à raison, se fait une idée rétrospective sécure ou insécure de ses propres liens d’attachement précoces va, dans près de 80 % des cas, induire chez son enfant des schémas d’attachement respectivement sécures ou insécures. Or l’AAI donne en fait accès aux représentations actuelles que l’adulte se forge de ses procédures d’attachement anciennes, et ces représentations se trouvent bien évidemment remaniées et reconstruites par toute une série de distorsions et de refoulements secondaires (liés à toute son histoire, à celle de sa névrose infantile ainsi qu’à sa propre conflictualité œdipienne). Tout se passe donc comme si la naissance et la présence interactive du bébé de chair et d’os réactivait, par un effet d’après-coup, les expériences passées de l’histoire infantile précoce de la mère, et cela notamment dans le champ de l’attachement, expériences passées qui – même déformées – vont dès lors infiltrer la nature qualitative du système relationnel que la mère va inconsciemment proposer à son enfant. Et cela, sans compter qu’il est tout à fait plausible, également, d’imaginer que le bébé puisse activer, chez sa mère (voire chez son père ?) des représentations de schémas d’attachement plutôt sécures ou plutôt insécures, sans corrélation étroite effective avec ce qu’ont été, en réalité, ces schémas d’attachement précoces pour elle (ou pour lui ?)

33

Il existe par ailleurs une dialectique importante entre le désir d’attachement et le désir d’exploration qui comporte une certaine dimension conflictuelle intrinsèque et qui peut fort bien se comprendre en termes de narcissisme, ainsi que « d’objet ou de présence d’identification primaire d’arrière-plan » (J. Grotstein, 1981). Pour dire les choses autrement, l’enfant explorera d’autant plus efficacement son monde environnant qu’il aura pu, ou su, se forger une « base de sécurité », comme s’il lui fallait en quelque sorte assurer ses arrières avant d’aller de l’avant. Comme on le voit, la théorie de l’attachement fait également une place, et non des moindres, au conflit intrapsychique.

34

Quant au temps « auto », enfin, ou quant à la possibilité de retournement sur soi, propre à toute dynamique pulsionnelle (qu’on pense ici à l’auto-érotisme et au masochisme originaires), on peut sans doute les voir à l’œuvre dans les fameuses manœuvres d’auto-contention, d’auto-attachement, d’auto-holding ou de jonction sur la ligne médiane si bien décrites par G. Haag (1985).

35

Tout cela fait que prendre en compte la théorie de l’attachement ne veut pas dire, nous semble-t-il, qu’il faille renoncer le moins du monde à l’ensemble de nos acquis métapsychologiques, et ce d’autant que la question de l’écart, évoquée ci-dessus, fait en quelque sorte le lit du tiers, c’est-à-dire donne accès au bébé à la question de l’ « autre de l’objet » (A. Green) qui préfigure l’emplacement de la fonction paternelle ultérieure.

Une « pulsion d’attachement » ?

36

Est-on en droit, pour autant, de parler de « pulsion d’attachement » ? Sans doute pas au sens d’une pulsion sexuelle partielle classique et enracinée dans une zone érogène qui lui soit spécifique. Mais, après tout, on serait bien en peine également de définir les zones érogènes des pulsions de vie, des pulsions de mort et, même, de la pulsion dite scopique (C. Chiland, 1990).

37

Sans doute est-il possible, en revanche, de parler d’une pulsion d’attachement, mais au sens d’une pulsion globale d’autoconservation secondairement libidinalisée au sein du système interactif précoce, ce qui permet alors de continuer à se référer à la théorie de l’étayage. Aussi précoce et prégénitale soit-elle, la pulsion d’attachement nous paraît en effet fondamentalement globale, et d’abord ancrée dans le registre de l’autoconservation.

38

Notre réflexion en est là pour l’instant, et cette conceptualisation des choses repose alors la question de la nature sexuelle de toutes les pulsions, nature sexuelle sur laquelle insiste depuis longtemps un auteur comme J. Laplanche (1986). De manière un peu schématique, voire provocante, nous proposerions volontiers l’idée que la pulsion d’attachement, si on en accepte l’hypothèse, représente au fond la pulsion de vie non encore sexualisée par l’étayage, ce qui paraît dès lors compatible avec la proposition de D. Anzieu « d’un accomplissement pulsionnel non libidinalisé, indépendant des zones érogènes, [...], intermédiaire entre la pulsion d’autoconservation et la pulsion sexuelle » (voir plus haut).

39

Une discussion récente avec J. Laplanche nous incite à penser que l’introduction du concept de pulsion d’attachement amène, en fait, à reposer la question de l’instinct par rapport à celle de pulsion proprement dite. On pourrait en effet proposer de recourir au concept d’instinct pour la lignée de l’attachement et à celle de pulsion pour les pulsions sexuelles freudiennes habituelles.

40

En réalité, il ne nous semble pas que cette proposition convienne parfaitement car toute la métapsychologie a eu précisément pour but de différencier les deux notions en s’appuyant notamment sur la contingence relative de l’objet pulsionnel, alors que le montage instinctuel supporte très peu de marge de variation quant à l’objet de résolution de la tension instinctuelle. Or les figures d’attachement sont éminemment variables d’où, précisément, la notion d’objet d’attachement primaire (la mère, le plus souvent mais pas toujours), la notion d’objet d’attachement secondaire (le père le plus souvent, mais pas toujours) et celle, enfin, d’attachement aux pairs par essence imprévisibles. L’objet (ou les objets) de l’attachement se trouve(nt) donc être aussi variable(s) que l’objet de la pulsion et la distinction évoquée ci-dessus entre instinct et pulsion ne suffit donc pas, nous semble-t-il, à clarifier le débat.

41

Il reste pour l’instant que l’attachement a tout intérêt, selon nous, à être pensé du côté de l’autoconservation, ce qui situe alors la réflexion principalement dans le registre de la première théorie freudienne des pulsions.

L’attachement, le circuit de la pulsion et le débat sur l’existence de la pulsion

42

À l’heure actuelle, cette réflexion sur l’existence ou non d’une pulsion d’attachement renvoie, nous semble-t-il, à deux problématiques apparemment opposées : la première concerne le fait de savoir si la problématique de l’attachement est incluse ou non dans le corpus métapsychologique classique ; la deuxième concerne le débat qui a eu lieu sur la nécessité de postuler l’existence de la pulsion et, donc, sur la place que l’attachement peut occuper au sein de cette polémique.

43

— À propos du dépistage précoce de l’autisme et des enseignements de l’emploi du CHAT (Check-list for Autistic Toddlers) à ce sujet, à la suite des travaux de S. Baron-Cohen et coll. (1992), M.-Ch. Laznik-Penot (1992), en France, a utilement attiré l’attention sur le circuit de la pulsion dans la théorie freudienne et en particulier sur l’oubli ou, plutôt, sur la négligence si fréquente du troisième temps de ce circuit pulsionnel.

44

Rappelons, en effet, que le premier temps du montage pulsionnel serait, selon S. Freud, consacré à la recherche de l’objet pulsionnel dans la réalité externe (le sein ou le biberon, par exemple), temps sur lequel s’accordent parfaitement les pédiatres et les soignants de la psyché. Ce premier temps renvoie à l’idée freudienne des pulsions « quêteuses d’objet », déjà évoquée ci-dessus. Le deuxième temps du circuit de la pulsion serait lié, quant à lui, à l’absence de l’objet de satisfaction ou de gratification pulsionnelle dans l’environnement du bébé et donc, dans ces conditions, au retournement sur le corps propre de la pulsion, retournement commandant l’accès aux auto-érotismes compensatoires (succion du pouce, en particulier). Le troisième temps, présent dans la conception freudienne mais souvent passé sous silence, aurait été pris en compte par J. Lacan, et c’est sur ce troisième temps qu’insiste M.-Ch. Laznik-Penot. Il s’agit du moment où, ayant accédé à l’intersubjectivité, l’enfant devient désormais capable de s’offrir lui-même comme objet de la pulsion de l’autre. Le bébé met, par exemple, ses doigts dans la bouche de sa mère, celle-ci fait semblant de le manger et d’en tirer une satisfaction orale, en riant, et le bébé rit alors aux éclats du rire de sa mère, ce que le bébé à orientation autistique s’avère, bien évidemment, incapable de faire compte tenu des entraves qui sont les siennes quant à l’accès à l’intersubjectivité d’une part, et aux activités de faire-semblant d’autre part.

45

C’est ce troisième temps de la pulsion qu’explore en fait le CHAT par l’item : « Votre enfant a-t-il déjà joué à faire semblant de préparer du thé (ou du café) ? », item où, on le voit, les inventeurs de cet outil de dépistage, quoique cognitivistes et non psychanalystes, ont néanmoins choisi une boisson d’adulte (le thé ou le café) – et non une boisson d’enfant – pour explorer l’existence de cette conduite.

46

Quoi qu’il en soit, l’idée que nous proposerions volontiers est de dire que la théorie de l’attachement est tout entière comprise dans ce troisième temps du montage du circuit pulsionnel et qu’il est désormais temps que les psychanalystes acceptent de prendre en compte la théorie de l’attachement sans la taxer d’hérétique ou d’anti-psychanalytique.

47

Il ne s’agit en rien de confondre les genres, mais seulement d’admettre qu’une métapsychologie de l’absence et une métapsychologie de la présence s’avèrent absolument indissociables dans la mesure où l’absence et la présence (de l’objet) sont également étroitement intriquées, telles la concavité et la convexité d’une même courbe : l’objet d’attachement serait ainsi, après la découverte par l’enfant de son rôle autoconservatoire pour lui (premier temps de la pulsion) et de ses absences intermittentes (deuxième temps de la pulsion), celui que l’enfant pourrait séduire en cherchant à s’offrir à lui comme objet de ses propres pulsions (troisième temps de la pulsion).

48

Cela amène à concevoir l’objet ou la figure d’attachement comme un objet particulier qui pourvoit à la survie de l’enfant et dont l’enfant doit apprendre, à certains moments, à se passer, mais comme un objet disposant déjà de sa propre pulsionnalité et que l’enfant doit animer en cherchant activement à se mettre en position passive d’objet pulsionnel partiel de celui-ci.

49

Telle pourrait être alors la reformulation en termes métapsychologiques des fonctions d’appel et de signalisation des conduites que l’enfant déploie à l’égard de l’adulte dans le cadre de ses procédures dites d’attachement. Dans ces conditions, la théorie de l’attachement ferait intrinsèquement partie de la théorie psychanalytique en ce qu’elle modélise, finalement, le type de lien qui s’instaure entre l’enfant et l’adulte et qui leur permet de sexualiser, de pulsionnaliser progressivement une relation à vocation initiale autoconservatoire et centrée sur la thématique du contact et de la distance.

50

— Mais l’attachement peut se trouver également concerné par le débat sur l’existence de la pulsion. Nous pensons ici en particulier au débat qui a eu lieu, il y a une vingtaine d’années aux États-Unis, entre deux auteurs comme R. D. Stolorow et L. Friedman. Sans entrer dans le détail des discussions, disons seulement qu’il éclaire sous un nouvel angle les réflexions sur la genèse du Soi, de l’objet et de la relation d’objet.

51

R. D. Stolorow (1978) plaide en effet pour une vision atomistique du monde représentationnel qui serait fait de représentations de soi et de représentations d’objets relativement indépendantes et à double connotation, cognitive et affective. Cette perspective est évidemment très différente de celle de M. Bouvet (1985) qui, en France, envisageait la relation d’objet sur un mode global et holistique.

52

L. Friedman (1980) s’inscrit en faux contre la théorie de R. D. Stolorow qu’il critique pas à pas, en soutenant notamment l’idée qu’il n’y a pas d’objets psychanalytiques élémentaires (type représentations de soi ou représentations d’objets) et que la seule ambition possible de la clinique psychanalytique est de construire une représentation globale de la psyché.

53

En réalité, ce débat débouche sur une mise en cause radicale de la métapsychologie classique jugée trop à distance de l’expérience, mais R. D. Stolorow s’oppose en même temps à la phénoménologie pure et simple en maintenant l’idée d’une théorie de l’appareil psychique (et de la cure). Notons au passage que si les conceptions de R. D. Stolorow rencontrèrent un certain succès, c’est parce qu’elles s’avèrent assez maniables aussi bien dans le registre névrotique que dans le cadre des pathologies limites ou archa ïques.

54

En tout état de cause, reste en suspens la question de l’origine du désir et de la dynamique de ce monde représentationnel : les représentations sont-elles en elles-mêmes porteuses ou non d’une tendance à l’actualisation dans la pensée ou dans l’action ? Peut-on faire ou non l’économie de la théorie pulsionnelle traditionnelle ? Questionnement largement repris en France, comme on le sait, par D. Widlöcher (1984) au sein de l’Association psychanalytique de France.

55

Telles sont les questions de fond qui se trouvent ainsi posées par ce débat qui concerne également, et de manière centrale, la délimitation respective du sujet et de l’objet puisqu’en dernier ressort, nous l’avons déjà dit, il n’y a pas de représentations de soi qui ne soient des représentations de soi en relation avec des objets et, réciproquement dit, pas de représentations d’objets qui ne soient des représentations d’objets en relation avec soi.

56

Tout cela pour souligner, finalement, qu’en matière d’attachement, la question demeure ouverte, et de manière très incisive, de savoir s’il faut en référer à une pulsion d’attachement globale qui viendrait investir les représentations de soi et de l’objet ou si, au contraire, sans passer par le concept de pulsion, on peut envisager que chaque représentation d’attachement entre soi et l’objet possède sa propre tendance à l’actualisation au sein de procédures de rapprochement désormais bien décrites à la suite des travaux de J. Bowlby.

57

Pour notre part, nous pencherions actuellement plutôt pour une vision globale de la psyché et non pas pour une vision par trop atomisée mais, même en acceptant l’hypothèse d’une « pulsion d’attachement », il nous reste à savoir si cette pulsion d’attachement représente une lignée pulsionnelle distincte des pulsions sexuelles classiques ou si, au contraire, elle pourrait faire figure de précurseur non encore sexualisé de celles-ci, comme la position de D. Anzieu aurait tendance à le suggérer. Mais cela ouvre la porte à l’hypothèse de pulsions de nature non (encore) sexuelle et cela, on le sait, est loin d’être simple...

58

— Finalement, en ce qui nous concerne, l’hypothèse d’une pulsion d’attachement nous paraît globalement recevable. Sans doute faut-il concevoir cette pulsion d’attachement, non pas comme une pulsion partielle de type « Freud première manière », mais bien plutôt comme une pulsion relativement globale d’abord inscrite dans le champ de l’autoconservation et de la liaison, mais très rapidement sexualisée par le biais des habituels processus de l’étayage. Deux questions subsistent néanmoins :

59

• la lignée pulsionnelle de l’attachement doit-elle être considérée comme un précurseur des lignées pulsionnelles classiques (pulsions de vie et pulsions de mort), ou s’agit-il, au contraire, de deux lignées pulsionnelles relativement indépendantes qui vont ensuite reconnaître chacune leur destin particulier ? ;

60

• si la pulsion d’attachement peut être considérée comme une sorte de pulsion de vie non encore libidinalisée, comme la dynamique de la pulsion en quelque sorte, doit-on alors admettre un stade présexuel des processus pulsionnels, ce qui nous ramènerait subrepticement à la dialectique de la première théorie pulsionnelle freudienne (pulsions d’autoconservation et pulsions sexuelles,) alors même que la thématique de l’attachement ouvre de fait sur toute la question de la sécurité narcissique. Mais sans doute, peut-on observer une fois de plus, ici, que chaque fois qu’il est question, même indirectement, de narcissisme, c’est toujours la dimension sexuelle des besoins qui se retrouve alors posée, et l’attachement, on le sait, s’inscrit incontestablement au rang des besoins primaires de l’individu.

CONCLUSION

61

À l’issue de ces quelques réflexions, la question est au fond de savoir ce que l’on gagne à parler de pulsion d’attachement. Il nous semble, en tout cas, qu’on y gagne plus qu’on y perd.

62

— Parler de pulsion d’attachement permet, à notre sens, de conjoindre dans le même regard la théorie freudienne de l’étayage et la théorie bowlbienne de l’attachement.

63

— Parler de pulsion d’attachement nous garantit sans doute d’une trop grande linéarité de nos modèles psychopathologiques, nous évite le risque d’une ambition prédictive fallacieuse et nous permet de maintenir, dans le champ de la psychiatrie du bébé, les références à la théorie de l’étayage, à la théorie des pulsions et à la théorie de l’après-coup.

64

— Parler de pulsion d’attachement nous permet de maintenir le registre du sexuel dans le champ de l’attachement et de considérer l’attachement humain comme un mécanisme plus complexe qu’un simple instinct sélectionné par l’évolution.

65

— Parler de pulsion d’attachement, enfin, nous permet d’envisager les effets de rencontre à la fois du côté du sujet et du côté de l’objet, et cela n’est sans doute pas le moindre des avantages pour qui souhaite faire une place à la liberté dans le champ de la croissance et de la maturation psychiques de l’enfant.

66

Automne 2002


RÉFÉRENCES

  • Ainsworth M. (1982), Attachment : Retrospect and prospect, 3-30, in The Place of Attachment in Human Behaviour (C. M. Parkes et J. Stevenson-Hinde, eds), New York, Basic Books.
  • Anzieu D. (1987), Les signifiants formels et le Moi-peau, 1-22, in Les enveloppes psychiques (ouvrage collectif), Paris, Dunod, coll. « Inconscient et culture », 1987.
  • Anzieu D. (1990), L’attachement au négatif, 115-129, in L’épiderme nomade et la peau psychique (D. Anzieu), Paris, Éditions Apsygée, 1990.
  • Baron-Cohen S. (1987), Autism and symbolic play, British Journal of Developmental Psychology, 5, 139-148.
  • Baron-Cohen S., Allen J. et Gillberg Ch. (1992), Can autism be detected at 18 months ? The needle, the haystack and the CHAT, British Journal of Psychiatry, 161, 839-843. Traduction française : L’autisme peut-il être détecté à l’âge de 18 mois ? L’aiguille, la meule de foin et le CHAT, ANAE, 1997, numéro hors série, « Textes fondamentaux sur l’autisme », 33-37.
  • Bion W. R. (1962), Aux sources de l’expérience, Paris, PUF, coll. « Bibliothèque de psychanalyse », 1979 (1re éd.).
  • Bollas Ch. (1996), Les forces de la destinée. La psychanalyse et l’idiome humain, Paris, Calmann-Lévy.
  • Bouvet M. (1985), La relation d’objet (névrose obsessionnelle, dépersonnalisation), Paris, Payot, Bibliothèque scientifique, coll. « Science de l’homme ».
  • Bowlby J. (1969), Attachement et perte (3 vol.), tr. fr., Paris, PUF, coll. « Le Fil rouge », 1978 et 1984.
  • Bretherton I. (1990), Communication patterns – Internal working models and the intergenerational transmission of attachment relationships, Infant Mental Health Journal, 11, 3, 237-252.
  • Chiland C. (1990), Homo psychanalyticus, Paris, PUF, coll. « Psychologie d’aujourd’hui », 1990.
  • Fonagy P. (1993), Measuring the ghost in the nursery : An empirical study of the relation between parents’ mental representations of childhood experiences and their infants’ security of attachment, Journal of the American Psychoanalytic Association, 41, 957-989. Traduction française : « Fantômes dans la chambre d’enfants » : étude de la répercussion des représentations mentales des parents sur la sécurité de l’attachement, La psychiatrie de l’enfant, 1996, XXXIX, 1, 63-83.
  • Fonagy P. (1999), La compréhension des états psychiques, l’interaction mère/enfant et le développement du Self, Devenir, 11, 4, 7-22.
  • Fonagy P. (2001), Attachment Theory and Psychoanalysis, New York, Other Press.
  • Freud S. (1915), Pulsions et destins des pulsions, 11-44, in Métapsychologie (S. Freud), Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1976.
  • Friedman L. (1976), Cognitive and therapeutic tasks of a theory of the mind, Rev. Psycho-Anal., 3, 259-275.
  • Friedman L. (1980), The barren prospect of a representational world, Psychoanalytic Quaterly, XLIX, 1, 215-233.
  • Friedman L. (1980), Basal prospect of representational world, Psychoanalytic Quarterly, XLIX, 2, 215-243.
  • Golse B. (1998), Attachement, modèles opérants internes et métapsychologie ou comment ne pas jeter l’eau du bain avec le bébé ?, in Le bébé et les interactions précoces (sous la dir. de A. Braconnier et J. Sipos), Paris, PUF, coll. « Monographies de psychopathologie ».
  • Green A. (1983), Le langage dans la psychanalyse, 19-250, in Langages (IIes Rencontres psychanalytiques d’Aix-en-Provence, 1983), Paris, Les Belles Lettres, coll. « Confluents psychanalytiques », 1984.
  • Green A. (1996), La sexualité a-t-elle un quelconque rapport avec la psychanalyse ?, Revue française de Psychanalyse, LX, 3, 829-848.
  • Grotstein J. (1981), Splitting and projective identification, New York, Jason Aronson.
  • Haag G. (1985), La mère et le bébé dans les deux moitiés du corps, Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 33, 2-3, 107-114.
  • Laplanche J. (1984), La pulsion et son objet-source ; son destin dans le transfert, 9-24, in La pulsion pour quoi faire ? (ouvrage collectif), Débats, documents, recherches de l’Association psychanalytique de France, Paris.
  • Laplanche J. (1986), De la théorie de la séduction restreinte à la théorie de la séduction généralisée, Études freudiennes, 27, 7-25.
  • Laplanche J. (1987), Nouveaux fondements pour la psychanalyse, Paris, PUF, coll. « Bibliothèque de psychanalyse ».
  • Laznik-Penot M.-Ch. (1992), Du ratage de l’instauration de l’image du corps au ratage de l’installation du circuit pulsionnel ; quand l’aliénation fait défaut, 107-125, in La clinique de l’autisme, son enseignement psychanalytique (ouvrage collectif), Actes de la Fondation européenne pour la psychanalyse, Paris, Point hors ligne, Paris.
  • Laznik-Penot M.-Ch. (1996), Pourrait-on penser à une prévention du syndrome autistique ?, Contraste, 5, 69-85.
  • Laznik-Penot M.-Ch. (1999), Discussion critique du CHAT (Test pour le dépistage de l’autisme chez les enfants de moins de 18 mois), Bulletin du groupe WAIMH-Francophone, 6, 1, 14-15.
  • Main M., Kaplan K. et Cassidy J. (1985), Security in infancy, childhood and adulthood : A move to the level of representations, in Growing Points of Attachment Theory and Research (I. Bretherton et E. Waters, eds), Monographs of the Society for research in child development, 49, serial no 209, 66-104.
  • Main M. (1998), Discours, prédiction et études récentes sur l’attachement : implications pour la psychanalyse, in Le bébé et les interactions précoces (sous la dir. de A. Braconnier et J. Sipos), Paris, PUF, coll. « Monographies de psychopathologie ».
  • Perez-Sanchez M. et Abello N. (1981), Unité originaire : narcissisme et homosexualité dans les ébauches de l’Œdipe, Revue française de Psychanalyse, XLV, 4, 777-786.
  • Pierrehumbert B. (1992), La situation étrange, Devenir, 4, 4, 69-93.
  • Pierrehumbert B. et coll. (1996), Les modèles de relation ; développement d’un autoquestionnaire d’attachement pour adultes, La psychiatrie de l’enfant, XXXIX, 1, 161-206.
  • Rosolato G. (1978), La relation d’inconnu, Paris, Gallimard, coll. « Connaissance de l’inconscient ».
  • Stern D. N. (1985), Le monde interpersonnel du nourrisson. Une perspective psychanalytique et développementale, Paris, PUF, coll. « Le Fil rouge », 1989.
  • Stolorow R. D., Atwood G. E. et Munder-Ross J. (1978), The representational world in psychoanalytic therapy, Rev. Psycho-Anal., 5, 247-256.
  • Stolorow R. D. (1978), The concept of psychic structure : Its metapsychological and clinical psychoanalytic meanings, Rev. psycho-anal., 5, 313-320.
  • Widlöcher D. (1984), Quel usage faisons-nous du concept de pulsion ?, 29-42, in La pulsion pour quoi faire ? (ouvrage collectif), Débats, documents, recherches de l’Association psychanalytique de France, Paris.

Notes

[1]

Texte rédigé pour la revue La psychiatrie de l’enfant à partir d’une conférence faite à la Société de psychanalyse de Rio de Janeiro, le 9 octobre 2001.

[2]

Pédopsychiatre-psychanalyste. Chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker - Enfants malades (Paris). Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université René-Descartes (Paris 5).

Résumé

Français

Le concept de “ pulsion d’attachement ” a été proposé par D. Anzieu dans le cadre de son étude des “ signifiants formels ”. À partir de là, l’auteur s’attache à montrer que l’attachement peut servir de pont conceptuel entre la théorie des pulsions et la théorie des relations d’objet, et cela notamment en référence aux travaux de Ch. Bollas. L’attachement peut-il être approché en termes de pulsion ? Un certain nombre d’arguments plaident actuellement en ce sens et cela surtout si l’on considère, comme D. Anzieu, que l’attachement se joue entre autoconservation et pulsions sexuelles, indépendamment des zones érogènes partielles. L’attachement apparaît alors comme la motion d’une pulsion de vie non encore libidinalisée au sein des mécanismes d’étayage, et la question demeure ouverte de savoir s’il s’agit d’une lignée pulsionnelle indépendante des pulsions sexuelles habituelles ou qui joue véritablement comme précurseur de celles-ci.

Mots cles

  • Attachement
  • Autoconservation
  • Pulsion d’attachement
  • Théorie des pulsions
  • Théorie des relations d’objet

English

attachment drive The concept of “ attachment drive ” was proposed by D. Anzieu in the framework of his study of “ formal signifiers ”. Proceeding from there, the author strives to show that attachment can serve as a conceptual bridge between the drive theory and object relations theory, particularly in reference to the works of Ch. Bollas. Can attachment be studied in terms of drive ? A certain number of arguments currently tend in this direction, especially if one considers, as does D. Anzieu, that attachment oscillates in a place between self-conservation and sexuel drives, independantly from partial erogenous zones. Attachment thus appears as the movement of a life drive not yet libidinalized which is found among the supporting mechanisms, and the question remains open as to whether it concerns a drive direction independant from the usual sexuel drives or whether it acts as a veritable precursor of these drives.

Español

la pulsión de apego El concepto de pulsión de apego fue propuesto por D. Anzieu en su estudio sobre los “ significados formales ”. Partiendo de ahí el autor intenta demostrar que el apego puede servir de punto conceptual entre la teoría de las pulsiones y la teoría de las relaciones de objeto, particularmente en referencia a los trabajos de Ch. Bollas. ¿ Se puede abordar el apego en términos de pulsión ? Distintos argumentos hablan a favor de ello especialmente si consideramos como D. Anzieu que el apego oscila entre la autoconservación y las pulsiones sexuales, independientemente de las zonas erógenas parciales. El apego aparece entonces como la moción de una pulsión de vida que todavía no está libidinalizada y que se incluye en los mecanismos de apuntalamiento ; la cuestión sigue abierta en cuanto a saber si se trata de una filiación pulsional independiente de las pulsiones sexuales habituales o si juega el papel de un verdadero precursor de éstas.

Plan de l'article

  1. L’ATTACHEMENT SELON DIDIER ANZIEU
  2. L’ATTACHEMENT COMME PONT ENTRE THÉORIE DES PULSIONS ET THÉORIE DES RELATIONS D’OBJET
    1. Apport de Ch. Bollas
    2. Processus d’attachement et représentations mentales
    3. Clivage entre théorie des pulsions et théorie de l’attachement ?
  3. ATTACHEMENT ET PULSION
    1. Le concept d’attachement à la lumière de la métapsychologie
    2. Une « pulsion d’attachement » ?
    3. L’attachement, le circuit de la pulsion et le débat sur l’existence de la pulsion
  4. CONCLUSION

Pour citer cet article

Golse Bernard, « La pulsion d'attachement », La psychiatrie de l'enfant 1/ 2004 (Vol. 47), p. 5-5
URL : www.cairn.info/revue-la-psychiatrie-de-l-enfant-2004-1-page-5.htm.
DOI : 10.3917/psye.471.0005

© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback