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Psychothérapies

2006/3 (Vol. 26)


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Marcelle Spira (1910 – 2006)

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La psychanalyste genevoise Marcelle Spira vient de s’éteindre à l’âge de 96 ans dans sa maison de Giglio, en Italie, où elle s’était retirée en 1981. Originaire de la Chaux-de-Fonds, en Suisse, et psychologue de profession, elle émigra en Argentine au début de la seconde guerre mondiale. A Buenos Aires elle entra en contact avec les principaux représentants du courant psychanalytique kleinien, notamment avec Marie Langer, qui fut sa psychanalyste, ainsi qu’avec Enrique et Arminda Pichon-Rivière, Willy et Madeleine Baranger et Heinrich Racker. Marcelle Spira reçut ainsi une formation approfondie de psychanalyste d’enfants et d’adultes, profitant pleinement du développement florissant que la psychanalyse connut en Argentine à cette époque.

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En 1955, elle revint en Suisse, d’abord à Neuchâtel, puis elle s’installa à Genève où elle avait été appelée par Raymond de Saussure, rentré des États-Unis en 1952. Son appartenance à l’école de Mélanie Klein valut à Marcelle Spira d’être accueillie avec des sentiments partagés par un certain nombre de collègues, malgré le soutien que lui apportait Raymond de Saussure. En effet, il régnait une certaine méfiance à l’égard des conceptions novatrices de Mélanie Klein qui bousculaient les traditions d’une partie de l’establishment psychanalytique. Cet accueil réservé n’empêcha pas Marcelle Spira de s’imposer au fil des années grâce à une activité inlassable et à une passion pour la psychanalyse qu’elle a su communiquer magistralement. On peut vraiment dire aujourd’hui qu’elle a fait école, formant de nombreux psychanalystes dont une partie est restée en Suisse, tandis que d’autres ont regagné leur pays d’origine un peu partout dans le monde. La présence à Genève de Julian de Ajuriaguerra, patron charismatique des institutions psychiatriques, a été pour beaucoup dans l’attrait qu’exerçaient à l’époque la psychiatrie et la psychanalyse genevoises. De plus, j’ajoute que parmi les élèves de Marcelle Spira on ne compte pas seulement ses analysants, mais également de nombreux supervisés qui ont bénéficié de son talent et de sa grande intuition clinique. En 1981, elle décida de mettre un terme à sa carrière genevoise et se retira dans sa propriété de l’île de Giglio, où elle passa dorénavant la majeure partie de son temps. Mais Marcelle Spira ne resta pas inactive pour autant. En effet elle poursuivit son travail de superviseuse individuellement et en groupe auprès de nombreux psychanalystes et psychothérapeutes italiens, enseignement qu’elle prodiguait encore au début de l’année 2006.

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Marcelle Spira nous a laissé trois ouvrages. Dans le premier, intitulé « Créativité et liberté psychique » (Césura Lyon Edition, 1981), elle cherche à répondre à la question : « Comment l’interprétation vient-elle au psychanalyste ? » Elle y répond d’emblée elle-même, en déclarant qu’il ne s’agit pas pour elle d’inspiration, mais de liberté. Cette liberté, qui est à la source de toute créativité, non seulement a été au centre de ses préoccupations durant toute sa carrière mais elle a marquée toute sa personnalité de psychanalyste. Dans son second ouvrage, intitulé « Aux sources de l’interprétation » (Delachaux et Niestlé, 1993), Marcelle Spira poursuit les réflexions esquissées précédemment. Elle met ici aussi l’accent sur la dimension corporelle de l’expérience psychanalytique et sur la sensorialité à partir de laquelle le psychanalyste tire son inspiration à la manière d’un artiste. Son ultime ouvrage a paru l’an passé en langue italienne sous le titre « L’idealizzazione » (Franco Angeli, 2005). Elle conçoit l’idéalisation comme un système défensif rigide édifié pour lutter contre la conscience de l’angoisse de séparation. Pour Marcelle Spira, la connaissance ne saurait se passer de la sensorialité, des émotions et des affects, sans lesquels il n’existe pas d’authentique élan créateur.


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