2003
Revue du Mauss
Dossier: Libre revue
Pour une télévision participative
Pierre Bitoun
Raphaël Serrail
[1]
Chaque soir de la semaine, à 19h55, sur Canal +, la marionnette PPDA
s’adresse aux téléspectateurs des « Guignols de l’info » selon un rituel si
bien huilé qu’on ne le remarque déjà plus. Elle fixe la caméra et, de sa voix
pincée et nasillarde, déclare : « Nous sommes en 2003 et vous croyez toujours
à ce qu’on vous dit à la télé ! »
Message ironique, un tantinet cynique, mais, quoi qu’il en soit, capital sur
ce qu’est la télévision : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il
existe une machine à produire en continu des représentations, une machine à
faire croire. Mêlant les formes les plus frustes de la propagande héritée des
annéestrente etquarante aux libertés-simulacres de l’univers moderne de la
communication, elle exerce un pouvoir d’influence et de persuasion énorme,
quasi religieux, face auquel le citoyen demeure pour l’instant sans réponse
concrète. Il peut pester seul ou en famille devant le téléviseur, s’engager
dans le débat critique, désormais largement ouvert, sur les médias, décider un
beau matin de se passer de télé, il n’en reste pas moins sous « perfusion »
constante et, par-dessus tout, impuissant à transformer le médium. Comme
si, au fond, il n’existait pas d’autre télé possible…
Mais dressons d’abord un rapide état des lieux : quel est ce faire croire
télévisuel que, spectateur naïf ou, à l’inverse, observateur lucide, nous subissons
de toute façon ?
Il s’agit, en premier lieu, de répandre l’idée selon laquelle la télévision,
en tant qu’institution, serait indépendante et démocratique. Vaste supercherie ! Indépendante ? Contrairement à l’affirmation, aussi éculée que mensongère, qui voudrait que la fin de l’ORTF et la libéralisation du PAF aient fait
disparaître toute censure, on a assisté depuis une vingtaine d’années à l’émergence d’une double tutelle de l’État et des grands groupes capitalistes sur la
télévision. Les exemples d’entorse à la neutralité de l’information et à la déontologie journalistique sont légion. De TF1-Bouygues ouvrant son 20-Heures
sur le marché du sarcophage de Tchernobyl au matraquage du printemps 2003 sur la réforme des retraites, toute une panoplie d’interventions
directes ou indirectes, d’interviews orientées ou complaisantes, de formatages
volontaires ou inconscients de l’information se déploie pour faire de la télé
l’instrument du pouvoir de l’État et des grands groupes privés dans le façonnage quotidien des esprits. Démocratique ? Là encore, le malaise est patent,
ainsi qu’en atteste la défiance croissante des Français à l’égard, hélas, de l’ensemble des journalistes. Si nombre d’entre eux, pour diverses raisons tenant
au caractère stéréotypé de leur formation ou à la précarité croissante de leur
condition, ont de plus en plus tendance à confondre information et communication, la responsabilité du malaise incombe surtout à la petite caste (PDG
des chaînes, directeurs des programmes, journalistes-stars, etc.) qui les dirige.
Ultraminoritaire mais puissante, celle-ci « veille au grain ». Elle occupe les
positions stratégiques hors antenne et à l’antenne, décide de la grille des programmes comme des sujets à traiter ou à ne pas traiter, possède ses propres
sociétés de production, étend son hégémonie dans les autres médias (presse
écrite, radio, édition). Grassement rémunérée, issue des mêmes écoles ou fréquentant les mêmes cénacles que les stars de la politique, cette oligarchie joue,
par-delà quelques chamailleries, de concert avec eux :elle organise et confisque
la parole du plus grand nombre. Tout particulièrement aux heures de grande
écoute…
« Le service public est pour le public, pas pour les politiques. Je ne peux
pas regarder un JT qui répond aux pressions politiques. À s’approcher trop
près d’eux, les journalistes télé risquent de subir une désaffection de la part
des Français. On constate d’ailleurs la coupure totale entre les téléspectateurs
et leur télévision. Nous sommes de simples récepteurs qui n’avons pas notre
mot à dire. L’Audimat est à la télé ce que le vote est à la politique. Juste des
chiffres. À part ça, personne ne sait qu’on existe », pouvait-on lire en
juillet 2001 dans un courrier de téléspectateur signé, comme souvent, du seul
prénom de l’auteur
[2].
Un autre point essentiel est de faire croire à l’opposant qu’il est écouté.
S’il est devenu trivial d’évoquer la force de récupération du système capitaliste, on n’a peut-être pas suffisamment souligné le rôle central que joue depuis
deux décennies la télévision dans ce travail. Au fur et à mesure de la libéralisation du PAF et de l’expansion du nombre de chaînes, on a en effet vu se
renforcer la capacité du système à absorber toute parole et action contestataires. Les mécanismes, pour être connus, n’en restent pas moins très efficaces. Ici, dans le « VraiFaux Journal » de KarlZéro par exemple, on jouera
de la dérision, de l’impertinence pour recycler la critique et éviter ainsi le
débat de fond qu’il faudrait avoir. Ailleurs, on starisera le contestataire, espérant que son narcissisme lui fera commettre un jour ou l’autre quelque erreur
ou que ses passages répétés finiront bien par lasser le public. Et partout, on
utilisera « ces débats médiatiquement corrects
[3] », ces conversations de « bonne
fréquentation » entre « personnalités reconnues » destinées à lisser les oppositions et à favoriser la croyance en la compétence des experts et contre-experts.
Bref, alors que la télévision pourrait constituer un formidable instrument de
participation adapté aux sociétés de masse, les élites de la démocratie libérale ont construit une pseudo-agora à la mesure de leurs intérêts et de leur
vision ouatée de la société et des conflits.
Il s’agit, enfin, de faire croire à tous que nous vivons dans le meilleur des
mondes possibles. Ou, plutôt, le moins mauvais ! Si la télévision est un espace
de distraction, elle est aussi, et peut-être davantage, une école de la peur.
Chaque jour, les faits divers, les actes de violence, les images de catastrophes naturelles, technologiques ou sociales se succèdent sur les écrans à
un rythme frénétique, désordonné, et distillent dans les consciences la
crainte du monde, de l’Autre, de soi-même. Transformant la télé en une machine
anxiogène, ce flux contribue à instituer le « malheur comme représentation »
et à faire de la peur un instrument de gouvernement des sociétés démocratiques
[4]. Au moins autant qu’un vecteur de connaissance et d’enrichissement
personnel, la télé est également une école de l’impuissance à construire un
autre avenir politique, économique ou social. Images de salariés licenciés s’effondrant en larmes aux portes de l’entreprise, commentaires incessants sur
les syndicats « gréviculteurs » ou les usagers en colère, jeux et « lofts » télévisés où il faut, pour gagner, faire disparaître le « maillon faible », c’est toute
une culture que la télévision déverse, en direction des plus âgés comme à
l’adresse des jeunes générations. Une culture de la démobilisation et de la
désunion, de la concurrence et du chacun pour soi, ces valeurs clefs de la « fin
de l’Histoire ».
Fascinante machine dont il faut bien reconnaître qu’elle remplit largement
sa fonction et accompagne l’expansion de la société néolibérale… Mais aussi
machine qui a de plus en plus de « ratés », ainsi qu’en témoignent le sentiment populaire et universel qu’on nous « bourre le mou », le développement
d’une réflexion critique, la création de contre-pouvoirs associatifs ou la multiplication de ces télés citoyennes qui, à l’échelle d’un quartier, d’un village,
cherchent à se réapproprier la représentation de leur identité et du monde.
Ainsi, de même que la démocratie libérale, pseudo-représentative, s’essouffle
et que monte l’exigence universelle d’une démocratie participative, la télé
existante apparaît de moins en moins légitime.
Est-il possible de dépasser cette « crise de légitimité »? Une grande chaîne
participative, traduction médiatique de l’aspiration à la démocratie de même
nom, ne serait-elle pas dès à présent concevable ? Mieux : en libérant les esprits
des représentations dominantes quotidiennement inoculées, l’invention d’une
autre télévision ne constitue-t-elle pas l’une des conditions sine qua non de
cette nouvelle démocratie ?
En fait, tant les principes fondateurs que le fonctionnement concret de
cette télévision participative (TVP) ne sont pas si difficiles à imaginer et font
d’ores et déjà l’objet de nombreuses réflexions émanant de citoyens ou de
professionnels de l’audiovisuel. On les trouvera résumés autour des septpoints
suivants, destinés à faire avancer le débat au-delà du simple constat critique.
1. Du récepteur à l’acteur. De l’histoire de la télévision, la TVP conservera le dessein originel : être un média populaire, s’adressant à tous les publics
et disposant de tous les genres d’émission. C’est cette diversité, ce caractère
généraliste, associés à la diffusion sur le réseau hertzien, qui ont fait et font
encore le succès de la télévision, et c’est donc cette configuration que la TVP
doit viser. Il ne s’agira donc pas de s’enfermer dans un énième ghetto contestataire mais, bien au contraire, de bâtir une chaîne généraliste et nationale, de
type France 2, démocratisée et ouverte sur le monde.
Pour le reste, la TVP reposera sur un changement radical de valeurs, une
culture et des méthodes de travail très différentes de celles de la télé existante.
Là où celle-ci considère généralement le spectateur comme un pur récepteur,
un simple consommateur d’images, la TVP se donnera pour tâche d’en faire
un acteur à part entière de la représentation télévisuelle. Là où fonctionne une
conception nomenklaturiste avec les mêmes animateurs, presque toujours
les mêmes invités, elle affichera un réel pluralisme, notamment aux heures
de grande écoute. Enfin, à une culture journalistique trop souvent prédatrice,
à une technique filmique qui tend à instrumentaliser l’individu, la TVP
opposera une éthique humaniste de l’image télévisée, respectueuse du citoyen
comme de la personne humaine. Bien entendu, la télévision ne cessera pas
d’être une machine à produire de la croyance. Mais seulement, cette croyance
sera plurielle, c’est-à-dire à la hauteur de l’aspiration politique des citoyens,
de leur niveau d’éducation et de leur intelligence de l’homme et du monde.
2. Une co-fabrication par des professionnels et des membres de la société
civile. Parce que l’information n’est pas un produit comme les autres et tire
toujours sa substance de la réalité sociale, parce que l’image, quelle qu’elle
soit, est toujours productrice d’effets sur cette même réalité, parce que la représentation du monde ne saurait être la propriété de quiconque, la fabrication
des programmes de la TVP ne sera pas réservée à un corps de spécialistes mais,
au contraire, très largement socialisée. Pure utopie ? Rien n’est moins sûr.
Il existe aujourd’hui, au sein des chaînes publiques ou privées, de très
nombreux professionnels (techniciens, journalistes, documentaristes, réalisateurs de fictions, comédiens, etc.) pour lesquels la télé libérale constitue
une insulte quotidienne à leur conception du travail et du monde. Parmi tous
ces « déviants », beaucoup seraient prêts à faire l’effort de changer leurs habitudes afin de développer une collaboration directe avec les téléspectateurs :
élaboration concertée de la grille des programmes, conception d’émissions
en commun, co-animation de débats. Pour partager leur savoir technique ou
autre avec le plus grand nombre, qu’il s’agisse de citoyens associés ou isolés, et dépasser ainsi enfin les diktats ou les œillères de leurs hiérarchies. À
l’extérieur des chaînes, on ne compte pas non plus les talents gâchés, les compétences inemployées, les expériences acquises mais demeurées sans lendemain, qui ne demanderaient pas mieux qu’à s’investir dans une télé d’un
nouveau type. Animateurs des télévisions locales, responsables de petites
sociétés de production « mal en cour », intermittents du spectacle, journalistes connus ou méconnus de la radio et de la presse écrite, mais aussi membres
du tiers secteur associatif, citoyens de tous milieux passionnés par l’image ou
habitués du courrier des téléspectateurs… En réalité, on n’en finirait pas d’énu-mérer la liste de ces forces vives, professionnelles ou citoyennes, sur lesquelles la TVP pourrait s’appuyer et dont son existence même favoriserait
l’épanouissement. En ce sens, elle serait une véritable télé de service public
et du public, permettant de sortir (enfin !) de l’interminable débat sur « quel
service public à la télévision ?» derrière lequel progresse, en fait, le mimétisme
concurrentiel.
3. Des heures de grande écoute libérées. Prenons l’exemple du JT de
20 heures dont chacun connaît la redoutable efficacité en termes de manipulation de l’opinion. Pourquoi ne lui appliquerait-on pas, tant dans sa conception que dans sa présentation, le principe de rotation des charges ? Une bonne
formule pourrait être un journaliste-star une semaine (ne faisons pas d’exclusion à rebours !), un journaliste pas connu la semaine suivante, un téléspectateur la semaine d’après, etc. Bien sûr, ces JT seraient critiquables. Mais
les JT actuels ne le sont-ils pas ? Et au moins n’aurait-on plus constamment
affaire au même formatage de l’information, aux mêmes interviews complaisantes, et sans doute échapperait-on aussi, de temps à autre, à cette litanie des catastrophes qui ne correspond que partiellement à la réalité et mine
le moral des Français. Mais surtout, grâce à ce dispositif, on aurait quelque
chance de faire du JT non plus un centre de conditionnement des esprits, mais,
au contraire, un espace de liberté dans la prise de parole et l’interprétation des
événements ou des faits sociaux. Là encore, cela permettrait d’en finir avec
l’alignement systématique des 20-Heures du service public sur ceux de la
concurrence et attirerait, à n’en pas douter, de nombreux téléspectateurs en
quête d’originalité.
4.
Des émissions participatives en tout genre. Pour renforcer ce souffle
d’air frais, les idées, en effet, ne manquent pas : duels inédits entre élus et
citoyens, forums avec interpellation directe des institutions dites représentatives, « Rendez-vous de l’économie » non plus seulement organisés par un
Jean-Marc Sylvestre mais aussi confiés à un artisan, un salarié ou un chômeur, émissions littéraires animées par des libraires ou des lecteurs plutôt que
Franz-OlivierGiesbert et ses amis, cafés de philosophie en direct
[5], programmes
de variétés du type « Les enfants de la télé » mais sans Arthur,
talk-shows
pour ados débattant des jeux vidéo, des marques ou de politique, etc. De même
que le JT nouvelle formule, ces émissions ne seraient naturellement pas toujours bonnes. Mais elles constitueraient, assurément, une source inépuisable
de surprise, de culture et de divertissement, et pourraient même, si l’on y réfléchit, avoir un impact positif sur la réconciliation tant recherchée des Français
avec la politique.
5. Une télévision de proximité, axée sur la vie quotidienne. Accompagnant
le développement des médias de proximité, la TVP ouvrira largement son
antenne à des programmes construits localement afin de leur donner une diffusion nationale. Dans cet esprit, des œuvres de fiction, des documentaires
ou des débats consacrés à la démocratie locale, au monde du travail, à la vie
associative et culturelle – qui existent déjà mais sont généralement diffusés
à des heures confidentielles – bénéficieront de prime time réguliers. D’ailleurs,
quand certains de ces programmes ont été diffusés en début de soirée, ils ont
connu d’excellents taux d’audience. De plus, au travers de coproductions entre
la TVP et les télévisions citoyennes mais aussi les petites entreprises et associations du secteur de l’audiovisuel ou de la presse écrite, il sera également
possible d’offrir les moyens à ces structures de réaliser des projets plus
ambitieux que ceux qu’ils produisent actuellement. Ainsi, grâce à l’ensemble de ces programmes, la TVP pourra contribuer non seulement à une
image plus fidèle du monde social mais favoriser aussi de nouvelles formes
de sociabilité, bien réelles, et concourir à la revitalisation des zones rurales.
Ce qui ne l’empêcherait pas, bien sûr, de financer aussi des enquêtes, reportages
ou débats à l’échelle mondiale…
6. Une éthique humaniste de l’image télévisée. Celle-ci devra être mise
en œuvre dans les trois domaines de la mise en en scène, de la prise de parole
et du filmage. De la TVP sera par exemple, banni ce dispositif spatial hautement significatif dans lequel les « vedettes » forment un cercle et tournent le
dos au public assis sur des gradins, au profit d’un agencement des plateaux
favorisant l’intégration et la participation des spectateurs. De même, aux
injonctions stupides et humiliantes des chauffeurs de salle, aux rires débiles
préenregistrés, aux applaudissements de commande seront préférées des
pratiques inspirées par des valeurs simples telles que le respect, le libre arbitre
ou la spontanéité ! Quant aux hausses automatiques du volume sonore au
moment des coupures publicitaires, physiquement douloureuses et commercialement inutiles, elles devraient être supprimées. En ce qui concerne la prise
de parole, la TVP veillera à ce qu’un certain nombre de règles essentielles du
débat démocratique, aujourd’hui couramment bafouées, soient soigneusement respectées : égalité de temps entre « personnalité » et « anonyme »,
temps minimal laissé au participant pour exprimer son opinion sans être interrompu, etc. De ce point de vue, lorsqu’il se trouvera face à un individu intimidé par les caméras, l’animateur de la TVP aura à cœur de lui donner confiance,
de l’aider à aller au bout de son argumentation au lieu de le stresser ou de lui
couper immédiatement la parole. Enfin, en matière de filmage, tous les professionnels savent bien que le cadrage, le montage ou le mixage d’un commentaire en voix off ont de fortes implications sur la valorisation ou la
dévalorisation du sujet filmé, sur les processus d’identification et de capture
émotionnelle du public, sur le sens du discours et ce que le téléspectateur
mémorisera. À titre d’exemple, la télévision actuelle ne filme pas avec le
même respect un SDF ou un homme politique et fait passer bien des choses
en montant ces fameux « micro-trottoirs ». Ces questions, mal connues du
grand public mais essentielles, devraient donc faire l’objet d’une réflexion
collective au sein de la TVP et conduire à l’adoption d’une charte de l’image
télévisée, incluant toute une série de règles déontologiques.
7. Un triple, voire quadruple financement. À la redevance et à la publicité, la TVP pourrait en effet ajouter le produit d’une taxe additionnelle – fixée
à un niveau raisonnable, de l’ordre de quelques euros par spot – sur les ressources publicitaires des chaînes privées. Si, toutefois, les pouvoirs publics
voulaient bien accéder à cette proposition émise depuis longtemps par diverses
associations et ne présentant pas le moindre risque pour les trésoreries des
annonceurs ou des chaînes concurrentes ! Et si, soudain mus par un désir de
réforme d’inspiration démocratique et non plus antisociale, il venait à l’idée
de ces mêmes pouvoirs publics d’autoriser les contribuables à distraire une
fraction minime de leur impôt au profit de l’institution de leur choix, la TVP
pourrait compter sur un quatrième poste budgétaire et réduire ainsi progressivement la publicité ! Bien sûr, tout cela n’empêcherait en rien de procéder
à de substantielles économies par rapport au budget actuel de France-Télévision :
sur les droits versés pour les retransmissions sportives dont le montant, proprement astronomique, grève lourdement les finances de toutes les chaînes
généralistes et devrait donc être renégocié et plafonné, sur les contrats passés
avec les sociétés de production dont le prix des émissions est notoirement
surévalué, sur les salaires excessifs des journalistes-stars.
Mais n’allons pas plus loin avant la tenue de ces « états généraux de l’audiovisuel » qu’exigerait la mise en œuvre de la TVP et que réclame d’ailleurs
depuis des années nombre de professionnels. La télévision participative, loin
d’être une utopie, est socialement faisable, techniquement réalisable et
financièrement possible. On peut même parier qu’elle remporterait un franc
succès tant elle correspond à un ras-le-bol politique de la télé existante et
incarne le désir d’un nouveau pluralisme. D’une certaine façon, elle existe
d’ailleurs déjà, mais à l’état épars, embryonnaire, au travers d’émissions disséminées dans la grille des programmes ou faisant un usage, non pas mercantile, mais démocratique de l’interactivité. Son seul problème, en fait, est
qu’elle n’est pas politiquement acceptable par les « stars » qui nous gouvernent et que nous nous sommes trop habitués à subir la loi des médias. Au lieu
de la transformer.
[1]
P. Bitoun et R. Serrail sont les co-fondateurs de l’Institut européen des téléspectateurs
(INSTET).
[2]
DNA-TV Magazine, 8-15 juillet 2001, p. 20.
[3]
Lire l’article de Serge Halimi,
Le Monde diplomatique, mars1999, p. 3.
[4]
Lire Alain Brossat,
L’Épreuve du désastre, Albin Michel, Paris, 1996, p. 439-456.
[5]
Cf. Raphaël Serrail, « Des communautés où les idées ont un visage »,
Philos, n° 66,
juillet 2002, p. 12-14.