Revue économique 2004/3
Revue économique
2004/3 (Vol. 55)
272 pages
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Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

I.S.B.N. 2724629795
DOI 10.3917/reco.553.0591
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Revue économique 2004/3 (Vol. 55) 21.5 €

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Travail et mobilité

Vous consultezLe rôle des allocations chômage en présence de différentes méthodes de recherche d’emploi

AuteursPierre Cahuc[*][*] crest, iza, cepr et Institut Universitaire de France. ...
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du même auteur

François Fontaine[**][**] eurequa-cnrs-Université Paris 1. Courriel : francois. ...
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du même auteur


Introduction

L’analyse économique considère traditionnellement que l’effort de recherche des demandeurs d’emploi est insuffisant. Dans cette perspective, un système d’assurance chômage optimal doit proposer des allocations dégressives dans le temps et taxer les individus ayant retrouvé un emploi en fonction de leur durée de chômage passée (Shavell et Weiss [1979], Hopenhayn et Nicolini [1997]). Cependant, ces résultats sont obtenus dans un cadre où la recherche d’emploi est vue comme une activité unidimensionnelle. Or, les individus ont à leur disposition un large éventail de méthodes de recherche. Les données fournies par l’Enquête Emploi permettent, dans une certaine mesure, de donner une image statistique de ce phénomène pour le cas français, les résultats étant conformes avec ce qui est généralement trouvé pour d’autres pays (Addison et Portugal [2001]). Si les individus utilisent simultanément plusieurs méthodes durant leur recherche d’emploi, l’utilisation des réseaux de relations semble très largement répandue (tableau 1), juste derrière l’agence publique pour l’emploi qui bénéficie du fait qu’il est nécessaire de s’y inscrire pour toucher les allocations chômage.

Tableau 1 - Méthode de recherche utilisée par les individus déclarant chercher un emploi et ayant fait des démarches en ce sens.

Méthodes utilisées
Pourcentage d’individus ayant utilisé cette méthode
Démarche directe auprès d’un employeur
59,26
Relations personnelles et famille
78,36
Journaux
44,52
Agence de placement privée
32,20
anpe
84,24
Plusieurs méthodes peuvent être utilisées simultanément. Échantillon de 10 976 individus.
Source: Enquête emploi insee 1998.

2 La prise en compte de l’existence de plusieurs méthodes de recherche est susceptible de remettre en question les résultats traditionnels concernant l’optimalité d’un système d’assurance chômage. En effet, il s’agit désormais d’inciter les individus à utiliser les méthodes efficaces plutôt que de les contraindre à fournir un effort plus important. La nécessité de cette prise en compte est reconnue depuis longtemps par les sociologues. Ainsi Granovetter [1995], dans la postface de la seconde édition de son livre Getting a Job, souligne « qu’une pleine compréhension des processus d’appariement nécessite de savoir dans quels cas les méthodes formelles[1][1] Agences publiques ou privées pour l’emploi, candidatures...
suite
ont un avantage sur les réseaux de relations, et dans quels cas elles sont utilisées. C’est un sujet important sur lequel nous savons peu de choses ».

3 Certes, il existe quelques articles qui prennent en compte l’existence de plusieurs méthodes de recherche d’emploi (Boorman [1975], Calvo-Armengol et Zenou [2001], Calvo-Armengol et Jackson [2003], Fontaine [2003]). Néanmoins, il n’existe, à notre connaissance, aucun article où le choix des travailleurs et des firmes entre différentes méthodes de recherche est endogène. À plus forte raison, le lien entre ce choix et l’efficacité du marché du travail n’a jamais été analysé. Ainsi, notre article cherche à répondre à deux questions. Les travailleurs et les firmes choisissent-ils les méthodes de recherche les plus efficaces ? Comment les agences publiques pour l’emploi peuvent-elles influer sur ce choix et coordonner, le cas échéant, les agents sur un équilibre efficace ?

Un modèle d’équilibre du marché du travail

4 Le modèle proposé s’inspire des travaux de Mortensen et Pissarides [1994, 1999] et Pissarides [2000]. Dans ce contexte, les chômeurs recherchent un emploi, les firmes cherchent à pourvoir leurs postes vacants et l’existence de frictions sur le marché du travail entraîne un taux de chômage positif à l’équilibre.

Les différentes méthodes de recherche

5 Nous considérons une économie dotée d’un continuum de travailleurs à durée de vie infinie qui escomptent le futur au taux ρ. Les firmes produisent un bien qui sert de numéraire. Chaque firme n’a qu’un emploi qui peut être soit pourvu, soit vacant. Chaque poste occupé a une productivité y et est détruit selon une probabilité exogène q. Le nombre d’emplois est endogène et le nombre de travailleurs est normalisé à 1.

6 Dans ce modèle, une fonction d’appariement définit le taux de rencontre entre les offres d’emplois et les travailleurs. Elle dépend de la méthode de recherche utilisée par les agents, du taux d’emplois vacants v et du taux de chômage u. D’une manière générale, le taux de contact entre un demandeur d’emploi et une offre d’emploi est égal à M i (u,v) avec i la méthode de recherche.

7 Nous supposons que les travailleurs et les firmes peuvent utiliser deux méthodes de recherche différentes. L’une est qualifiée de « formelle ». Elle correspond à l’utilisation d’agences de placement publiques ou privées, aux candidatures spontanées ou aux annonces dans la presse spécialisée. On note  son coût d’utilisation par emploi vacant pour une firme et  le coût pour un travailleur. Les chômeurs opérant une recherche formelle payent un coût pour signaler aux firmes qu’ils recherchent activement un emploi. De même, les firmes utilisant les méthodes formelles payent un coût pour repérer sur le marché les individus envoyant le signal qu’ils cherchent activement.
L’autre méthode repose sur les réseaux de relations des travailleurs. Son coût pour les firmes est noté c (avec  ) et est supposé nul pour les travailleurs[2][2] Les rares évidences empiriques sur le coût d’utilisation...
suite
 . Avec cette méthode, les firmes transmettent leurs offres aux employés qui se chargent de contacter un chômeur pour pourvoir le poste. Il est important de noter que la réduction des coûts de recrutement qui en résulte (puisque  ) est très largement confirmée par les travaux empiriques[3][3] Outre les coûts de publicité, les firmes limitent les...
suite
(Fernandez et al. [2000], Holzer [1987]). En outre, il est possible de montrer (cf. Annexe) que, toutes choses égales par ailleurs, le taux d’appariement d’une économie qui utilise les méthodes formelles est plus important que celui d’une économie où les réseaux sont le vecteur principal des offress d’emplois.
Les agents choisissent l’une ou l’autre des méthodes en évaluant les gains et les coûts associés à chacune d’elles. En effet, le rendement d’une méthode se définit comme son gain espéré rapporté à son coût. Nous nous contenterons d’étudier les équilibres symétriques où tous les agents utilisent la même méthode. On note M r (.) le taux d’appariement d’une économie où tous les agents utilisent les réseaux de relations et M f (.) la probabilité de contact lorsque les agents utilisent les méthodes formelles (nous fournissons en annexe une dérivation de la fonction d’appariement à partir d’un scénario microéconomique explicite). Si un individu peut évaluer les gains individuels de ses actions, celles-
ci sont généralement entreprises sans prendre en compte leur impact sur les autres agents (leurs stratégies de recherche étant considérées données) et plus largement sur le bien-être social.

L’équilibre du marché du travail

8 On peut obtenir simplement l’équilibre du marché du travail pour chaque type d’équilibre symétrique en définissant les fonctions valeurs des travailleurs et des emplois dans leurs divers états.

9 La fonction valeur d’un chômeur,  , dans une situation où la méthode de recherche i ∈{r, f} prévaut, a pour expression :

z désigne le flux de gains d’un chômeur,  le coût de recherche, et  représente la fonction valeur d’un employé qui vérifie :

avec wi le salaire.
Comme les emplois sont pourvus au taux M i /vi , la valeur d’un emploi vacant,  , dans une situation où la méthode de recherche i ∈{r, f} prévaut, vérifie :

 désigne le coût de recherche et  la valeur d’un emploi pourvu, qui satisfait :

avec y la productivité d’un emploi.
La condition de libre entrée implique  , ce qui donne en utilisant les relations (3) et (4) :

Les salaires sont négociés selon une règle de Nash qui donne une part β∈[0,1] du surplus des emplois aux travailleurs, soit :

Ceci implique, conjointement avec la condition de libre entrée, les équations (1), (2) et (5), et l’équation d’équilibre des flux :

On peut vérifier aisément, en utilisant l’expression de la fonction d’appariement définie dans l’annexe, que les équations (6) définissent un unique couple taux de chômage, taux d’emplois vacants pour chaque type d’équilibre.

Le choix de la méthode de recherche

10 Il est nécessaire de savoir dans quel cas chacun des deux types d’équilibre est compatible avec le choix endogène que font les agents de leur méthode de recherche. D’un point de vue formel, dans quel cas chacun de ces deux équilibres est un équilibre de Nash ?

11 Tout d’abord, peut-on dévier d’un équilibre avec réseau (la stratégie des autres agents étant donnée) ? Supposons qu’un chômeur dévie. Il paye un coût  et envoie sur le marché le signal qu’il cherche un emploi (par exemple, il s’inscrit à une agence publique ou privée pour l’emploi). Le problème est qu’aucune firme ne paie le coût nécessaire pour repérer les travailleurs se signalant (dans notre exemple, aucune firme ne poste d’annonces dans les agences pour l’emploi) puisque toutes utilisent les réseaux. De même, une firme qui dévierait et utiliserait les méthodes formelles (payant un coût  ) le ferait en pure perte puisqu’aucun demandeur d’emploi ne paie le coût nécessaire pour se signaler (la firme poste son offre dans une agence mais aucun travailleur ne regarde ces offres). Par conséquent, l’équilibre avec réseaux est un équilibre de Nash quelle que soit la valeur des paramètres structurels du marché du travail.
Par contre, il est possible de montrer que l’utilisation des méthodes formelles n’est un équilibre de Nash que pour certaines valeurs de ces paramètres. Le coût  d’utilisation pour les entreprises doit bien sûr être relativement faible, ainsi que β, le pouvoir de négociation des travailleurs. En effet, une augmentation de β accroît le salaire. L’augmentation du salaire diminue le nombre de postes vacants ouverts par les firmes provoquant une augmentation du chômage. Ceci diminue la probabilité pour un chômeur de trouver un emploi  et donc le rendement de la recherche d’emploi. Or, plus le rendement d’une méthode de recherche est faible et plus les individus ont intérêt à dévier et choisir la méthode alternative[4][4] Pour une analyse plus complète des conditions pour lesquelles...
suite
. À l’inverse, les méthodes formelles sont un équilibre de Nash pour des valeurs élevées de  (coût de l’utilisation de ces méthodes pour les travailleurs). En effet, une augmentation de  diminue le niveau des salaires car elle diminue l’utilité d’un individu au chômage. La baisse du salaire accroît le profit de firmes et donc le rendement des méthodes formelles.
La figure 1 montre dans le plan  la possibilité d’équilibres multiples. Pour certaines valeurs sur les paramètres structurels du marché du travail, les deux méthodes de recherche sont des équilibres de Nash[5][5] On notera que ce résultat subsisterait même si le coût...
suite
.

...
Figure 1 - La multiplicité des équilibres

Les allocations chômage : un instrument de coordination

L’efficacité de l’équilibre décentralisé

12 L’existence d’équilibres multiples soulève la question de l’efficacité de l’équilibre décentralisé. Du point de vue de la fonction d’appariement, l’efficacité d’une méthode fait référence au taux de rencontre travailleur-employeur qu’elle induit, toutes choses égales par ailleurs. Si un individu peut évaluer le gain individuel de ses actions, celles-ci sont généralement entreprises sans prendre en compte leur impact sur les autres agents (leurs stratégies de recherche sont considérées données) et plus largement sur le bien-être social. Dans ce domaine comme dans d’autres, l’équilibre décentralisé peut être socialement inefficace : les agents adoptent une méthode inefficace, étant donné les caractéristiques de l’économie.

13 En particulier, les agents peuvent choisir d’utiliser leurs réseaux malgré leur inefficacité sociale. La raison principale est que le faible coût de cette méthode incite les individus à l’utiliser sans regard pour son efficacité. Pourtant, il est possible de monter (cf. Annexe) que, toutes choses égales par ailleurs, le taux d’appariement est plus faible lorsque les individus utilisent leurs réseaux de relations. Bien entendu, cela n’implique pas que les réseaux soient systématiquement inefficaces. Dans le cadre de ce modèle, on définit une fonction de bien-être prenant en compte l’utilité des travailleurs et le profit des firmes. L’expression de cette fonction peut se simplifier : un planifacteur bienveillant maximise la somme actualisée des niveaux de bien-être instantanés sous contrainte de la loi régissant les flux d’emploi sur le marché (i.e. les destructions d’emplois et l’appariement). Il est donc possible, en comparant les niveaux d’utilité obtenus pour chaque méthode, de déterminer la méthode de recherche socialement efficace étant données les caractéristiques du marché.

14 Dans certains cas, le fait que le taux de contact soit plus important, toutes choses égales par ailleurs, avec les méthodes formelles ne suffit pas à compenser du point de vue du bien-être le surcoût qu’implique leur utilisation. Il se peut cependant que les agents soient coordonnés à l’équilibre décentralisé sur ces méthodes. Les ressources utilisées par les individus et par les firmes sont alors trop importantes. De ce point de vue, leurs intensités de recherche sont trop importantes. On notera que ce résultat contrastent fortement avec l’idée, généralement véhiculée par les modèles de recherche, que les demandeurs d’emploi ne fournissent pas un effort suffisant.

Le rôle des allocations chômage

15 Dans certains cas, les individus sont coordonnés sur l’équilibre avec réseau alors que celui-ci est inefficace[6][6] Nous renvoyons les lecteurs à Cahuc et Fontaine [ibid. ]...
suite
. La difficulté qu’il peut y avoir à concevoir une politique économique permettant de revenir à l’équilibre efficace (i.e. avec méthodes formelles) est que l’équilibre avec réseau est soutenable pour toutes les valeurs des paramètres. Dans ce cadre, la mise en place d’un système d’allocations conditionnelles à la méthode utilisée est nécessaire. En outre, ce système doit affecter les deux côtés du marché du travail car firmes comme travailleurs sont coordonnés sur le mauvais équilibre.

16 On remarquera que les méthodes formelles donnent généralement lieu à des actions observables par une agence de placement. Celle-ci peut, par exemple, conditionner l’obtention des allocations à l’acceptation par les chômeurs de rendez-vous d’embauche, ou encore à l’envoi régulier de candidature sur des offres proposées par l’agence. En outre, elle devra proposer des allocations suffisamment importantes pour couvrir le surcoût engendré par l’utilisation des méthodes formelles. Formellement il faut donc que  . De même, pour sortir d’un équilibre inefficace, il faut inciter les firmes à envoyer leurs offres aux agences publiques pour l’emploi. Des subventions, conditionnées à cet envoi et couvrant les coûts supplémentaires engendrés par l’utilisation de ce canal, permettent d’encourager les firmes à chercher de nouveaux employés grâce aux méthodes formelles.
L’agence pour l’emploi devient alors un instrument de coordination des demandeurs et des offreurs de travail sur le marché. Par rapport aux travaux sur l’assurance chômage déjà existants (par exemple, Boone et van Ours [2000]), c’est une manière fort différente de concevoir le rôle des agences pour l’emploi. Elles ne sont plus là seulement pour fournir les incitations nécessaires à une augmentation de l’effort de recherche par les individus, elles sont des instruments qui permettent de coordonner les agents sur la méthode de recherche efficace.

Conclusion

17 La prise en compte de l’existence de différentes méthodes de recherche, et tout particulièrement des réseaux de relations, est susceptible de remettre en cause nombre des résultats traditionnellement obtenus dans le cadre des modèles de recherche d’emploi. L’arbitrage traditionnel entre intensité de la recherche d’emploi et l’assurance des individus contre les risques du chômage disparaît au profit de la nécessité de coordonner firmes et travailleurs sur les méthodes de recherche les plus efficaces. Dans cette perspective, les allocations chômage doivent être suffisamment importantes, notamment dans le cas où il faut subventionner l’utilisation de méthodes coûteuses. Bien entendu, le modèle proposé est simple et, dans le cadre d’une analyse plus fine, il serait nécessaire de prendre en compte l’utilisation conjointe de plusieurs méthodes. Dans ce cas, les allocations chômage joueraient sur la part de l’effort de recherche que les demandeurs d’emploi attribue à chaque méthode. Par ailleurs, la description formelle des réseaux sociaux reste dans notre modèle relativement simple. Le caractère endogène des réseaux et leur hétérogénéité reste à prendre en compte.

Annexe

ANNEXE

18 Dans cette annexe, nous dérivons la fonction d’appariement d’un processus d’urne. Chaque poste vacant est une balle et chaque travailleur a une urne. Les balles sont lancées dans les urnes à un taux a. On considère un intervalle de temps suffisamment faible pour que la probabilité que plus d’une offre atteigne le marché durant la même période soit nulle.

19 Soit V le nombre d’emplois vacants, u ∈ [0,1] le taux de chômage. Les chômeurs sont les seuls demandeurs d’emploi. Chaque individu a ℓ contacts répartis de manière homogène à chaque période sur le marché. Lorsqu’un chômeur utilise les méthodes formelles on suppose qu’il allume son urne à un coût  , signalant sa présence comme demandeur d’emploi sur le marché. Parallèlement, une firme qui recherche par l’intermédiaire de ces méthodes paie un coût  pour contrôler sur le marché si des urnes sont allumées. Si tel est le cas, elle envoie son offre au hasard dans l’une des urnes allumées. Dans le cas contraire, l’offre est envoyée au hasard parmi toutes les urnes (elle peut atteindre un chômeur comme un employé).
Si une firme utilise la méthode associée aux réseaux, elle paie un coût c pour envoyer son offre au hasard dans les urnes. Avec une probabilité u, cette offre atteint un chômeur et avec une probabilité 1 – u un employé. Celui-ci transmet alors cette offre à un de ses contacts au chômage. Il existe cependant une probabilité (1 – u) que cet employé n’ait aucun contact au chômage. Dans ce cas, l’offre est perdue. Par conséquent, la probabilité qu’une offre d’emploi envoyée au hasard dans les urnes atteigne un chômeur est égale à

On note x(cj ) et p(si ) des fonctions indicatrices telles que, pour tout travailleur i et toute firme j :

x(cj )=1 signifie que la firme j utilise les méthodes formelles. Par conséquent  représente la part des firmes utilisant les méthodes formelles. De même si p(si )=1 le travailleur i utilise une recherche formelle et  est égal au nombre de travailleurs utilisant les méthodes formelles. Il suffit qu’il y ait une urne allumée pour que l’employeur trouve un candidat à l’embauche. Par conséquent, la probabilité qu’une offre soit envoyée en utilisant les méthodes formelles et qu’elle atteigne un chômeur est égale à  .
Sachant que le taux d’arrivée des offres sur le marché est va, les offres d’emplois sont appariées avec les demandeurs d’emplois à un taux :

Dans le cas d’un équilibre symétrique où tous les agents utilisent les méthodes formelles, on obtient M(.)=M f =Va. Dans le cas d’un équilibre avec réseaux, le taux d’appariement est égal à M(.)=M r =va[1 (1 – u)ℓ + 1]. On remarque que, pour v et u donnés, on a M f   ≥ M r .

Bibliographie

Références bibliographiques

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Notes

[ * ] crest, iza, cepr et Institut Universitaire de France. Courriel : cahuc@ univ-paris1. fr. Retour

[ ** ] eurequa-cnrs-Université Paris 1. Courriel : francois. fontaine@ univ-paris1. fr. Retour

[1] Agences publiques ou privées pour l’emploi, candidatures spontanées ou annonces dans la presse spécialisée sont généralement qualifiées de méthodes formelles. Retour

[2] Les rares évidences empiriques sur le coût d’utilisation des réseaux par les travailleurs (par exemple, Hanson et Pratt [1991]) tendent à confirmer un coût très faible. En effet, les réseaux préexistent à la recherche d’emploi et leur utilisation par les chômeurs n’engendre pas de coûts supplémentaires. Supposer un coût nul simplifie l’analyse sans changer les résultats qualitatifs. Retour

[3] Outre les coûts de publicité, les firmes limitent les risques d’inadéquation entre le poste proposé et le candidat. Retour

[4] Pour une analyse plus complète des conditions pour lesquelles chacun des équilibres est un équilibre de Nash, nous invitons le lecteur à se reporter à Cahuc et Fontaine [2002]. Retour

[5] On notera que ce résultat subsisterait même si le coût d’utilisation s des réseaux par les travailleurs n’était pas nul, tant que  . Retour

[6] Nous renvoyons les lecteurs à Cahuc et Fontaine [ibid.] pour une étude du cas où les méthodes formelles sont utilisées par les agents alors qu’inefficaces. Retour

Résumé

Nous présentons un modèle d’appariement où firmes et travailleurs peuvent utiliser différentes méthodes pour pourvoir leurs postes ou trouver un emploi. Nous montrons dans ce cadre qu’ils peuvent choisir des méthodes de recherche inefficaces et que le système d’allocations chômage peut constituer un moyen de coordonner, le cas échéant, les agents sur la méthode efficace.



Abstract
In this paper, we provide a simple matching model with different search methods. We show that the individuals can choose the inefficient one. In the presence of different methods of search, unemployment benefits hikes can be used as a coordination device to improve welfare and decrease the unemployment rate. Classification JEL : E24, J64, J68.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Pierre Cahuc et François Fontaine « Le rôle des allocations chômage en présence de différentes méthodes de recherche d'emploi », Revue économique 3/2004 (Vol. 55), p. 591-600.
URL :
www.cairn.info/revue-economique-2004-3-page-591.htm.
DOI : 10.3917/reco.553.0591.