Le Moyen Age 2004/1
Le Moyen Age
2004/1 (Tome CX)
244 pages
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I.S.B.N. 2-8041-4460-7
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Vous consultezHugues de Lannoy , auteur de l’Enseignement de vraie noblesse, de l’Instruction d’un jeune prince et des Enseignements paternels

AuteurBernhard STERCHI du même auteur



Le principal dessein de notre étude est d’attribuer l’Enseignement de vraie noblesse à Hugues de Lannoy[1] [1] La biographie la plus complète est celle de B. DE LANNOY,...
suite
. Toutefois, compte tenu des ressemblances majeures entre cette œuvre et l’Instruction d’un jeune prince, jusqu’à présent concédée à Guillebert de Lannoy, la recherche se doit de prendre également en considération cette dernière attribution. En outre, les Enseignements paternels ayant été également attribués à Guillebert, là encore sur la base de similitudes textuelles, cette paternité devra pareillement être remise en question. Ainsi, l’identité de l’auteur de l’Instruction d’un jeune prince et des Enseignements paternels s’éclaire au travers de celle, réexaminée, de l’Ensei~gnement de vraie noblesse. La démonstration comportera sept étapes : la liste des manuscrits de l’Enseignement de vraie noblesse, l’analyse des hypothèses émises à propos de l’auteur de ce texte, l’affirmation selon laquelle l’auteur de l’Enseignement de vraie noblesse, de l’Instruction d’un jeune prince et d’un avis politique de 1439 est une seule et même personne, l’exposé de l’argumenta~tion avancée par Ch. Potvin en faveur de Guillebert de Lannoy comme auteur de l’Instruction d’un jeune prince, la contestation de cette argumentation, la présentation des indices favorables à une paternité d’Hugues de Lannoy à l’égard de l’Enseignement de vraie noblesse et enfin la discussion des arguments relatifs aux Enseignements paternels.

1. Manuscrits de l’Enseignement de vraie noblesse

2 Voici la liste des dix manuscrits existants de l’Enseignement de vraie noblesse, également connu sous le titre d’Imaginacion de vraie noblesse, d’Imaginacion de Notre dame de Hals, de Pèlerinage d’un chevalier à Nostre-Dame de Hal ou même de Livre de l’estat de noblesse et chevalerie.

3

  • BRUXELLES, Bibliothèque Royale Albert Ier, ms. 10 314[2] [2] M. DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche. ...
    suite
    ;
  • BRUXELLES, Bibliothèque Royale Albert Ier, ms. 11 047[3] [3] La Librairie des ducs de Bourgogne. Manuscrits conservés...
    suite
    ;
  • BRUXELLES, Bibliothèque Royale Albert Ier, ms. 11 049[4] [4] DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche,...
    suite
    ;
  • CHANTILLY, Musée Condé, ms. 1 445[5] [5] L. DELISLE, G. MACON, H. D’ORLÉANS, Chantilly. Le...
    suite
    ;
  • GENÈVE, Bibliothèque publique et universitaire, ms. français 166[6] [6] H. AUBERT, Notices sur les manuscrits Petau conservés...
    suite
    ;
  • LONDRES, British Library, Royal ms. 19 C VIII[7] [7] G. F. WARNER, J. S. GILSON, Catalogue...
    suite
    ;
  • LONDRES, British Library, ms. Harley 4 397[8] [8] Voir infra, n. 77. ...
    suite
    ;
  • LONDRES, British Library, Additional ms. 15 469[9] [9] Catalogue of Additions to the Manuscripts in the British...
    suite
    ;
  • PARIS, Bibliothèque de l’Arsenal, ms. 2 329[10] [10] H. MARTIN, Catalogue des Manuscrits de la Bibliothèque...
    suite
    ;
  • PARIS, Bibliothèque Nationale de France, ms. français 1 227[11] [11] L DELISLE, Bibliothèque Nationale, Département des...
    suite
    .

2. Hypothèses émises à propos de l’auteur de l’Enseignement de vraie noblesse

4 Jusqu’à ce jour, personne n’a tenté d’identifier avec précision l’auteur de l’Enseignement de vraie noblesse. Quelques suggestions ont été faites, mais elles sont toujours entachées de doutes. F. Hachez, dans sa description détaillée du ms. 10 314 de la Bibliothèque Royale de Bruxelles, n’ose pas proposer une hypothèse, mais il constate une ressemblance entre l’Instruction d’un jeune prince et l’œuvre dont il parle. Par ailleurs, il estime que l’auteur est proche de Guillebert de Lannoy[12] [12] F. HACHEZ, Un manuscrit de l’Enseignement...
suite
. C’est là le point de départ du raisonnement de G. Doutrepont. Outre l’article de F. Hachez, il connaît le ms. K.B.R. 11 047 et les entrées de Barrois[13] [13] G. DOUTREPONT, La Littérature française à la cour...
suite
. Comme il sait également que le ms. B.L. Harley 4 397 s’intitule Livre de l’imagination au pèlerin de Haulx, fait par Mr de Sante[14] [14] Il se réfère à E. VAN BRUYSSEL, Liste des documents manuscrits...
suite
, il suppose que son auteur est soit Guillebert soit Hugues de Lannoy, mais il met l’accent sur la fragilité des conclusions fondées sur de simples analogies textuelles[15] [15] DOUTREPONT, La Littérature française, p. 317 : «...
suite
.

5 Peu d’auteurs se sont aventurés plus loin. C.G. van Leeuwen se réfère à Hachez, en comparant pour la première fois des passages plus longs de l’Enseignement de vraie noblesse et de l’Instruction d’un jeune prince ; il tient pour probable qu’un même auteur a composé les deux œuvres[16] [16] GUILLEBERT DE LANNOY, Denkbeelden van een vliesridder. ...
suite
. Mais il ne met pas en doute l’attribution de l’Instruction à Guillebert. M. Vale perçoit d’autres ressemblances entre les deux textes, surtout entre le quatrième chapitre de l’Enseignement et l’Instruction, mais il n’ose pas tenir ce dernier pour autre chose qu’une œuvre anonyme[17] [17] VALE, War and Chivalry, p. 25. ...
suite
. Fr. Lyna attribue le ms. K.B.R. 11 049 à Guillebert, mais il ajoute un point d’interrogation[18] [18] GASPARD, LYNA, VAN DEN BERGEN-PANTENS, Les principaux...
suite
. Dans un article biogra~phique sur Guillebert, J. Paviot se montre très prudent sur cette question – « on lui attribue aussi l’Enseignement de la vraie noblesse» ; il se réfère proba~blement à Lyna[19] [19]Les Chevaliers de l’Ordre...
suite
. M. Debae parle d’un texte anonyme, mais elle suit Hachez en ajoutant – avec les mots de Doutrepont : « Par son cadre et ses idées, l’Enseignement de vraie noblesse se rapproche singulièrement de l’Instruction d’un jeune prince (c. 1450) attribuée à Guillebert de Lannoy[20] [20] DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche,...
suite
. » B. Schnerb adopte la prudence de Doutrepont[21] [21] B. SCHNERB, L’Éducation d’un jeune noble à la Cour...
suite
. Ph. Contamine, qui est l’un des rares auteurs à avoir cité des passages entiers de l’œuvre, ne tente aucune attribu~tion[22] [22] Ph. CONTAMINE, La Noblesse au royaume de France de Philippe...
suite
. Cl. Lemaire, en revanche, parle du haut degré de certitude avec lequel on peut attribuer l’Enseignement à Guillebert[23] [23] La Librairie des ducs de Bourgogne, t. 2, p. 223. ...
suite
. Seule L. Visser-Fuchs estime aujourd’hui que l’Enseignement a été écrit par Hugues de Lannoy[24] [24] Voir supra, n. 1. ...
suite
. Donc, dans l’ensemble, jusqu’à présent, la recherche s’est prononcée en faveur d’une paternité de Guillebert ou d’Hugues de Lannoy, avec peut-être une légère préférence pour Guillebert, parce que Enseignement et Instruction se rassemblent.

3. L’Enseignement de vraie noblesse, l’Instruction d’un jeune prince et un avis de 1439 ont été écrits par un même auteur

6 À dire vrai, l’Enseignement de vraie noblesse est proche de divers textes attribués à Guillebert de Lannoy par Ch. Potvin. Il s’agit tout d’abord de l’Instruction d’un jeune prince et d’un avis politique, auquel Potvin assigne la date de 1439[25] [25] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
suite
. Les ressemblances entre ces deux derniers textes, telles qu’énoncées par Potvin, permettent de conclure à une rédaction des deux œuvres par la même personne. Il y a et des passages où les textes sont identiques, et une même pensée exprimée sous des formes différentes[26] [26] POTVIN dans GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
suite
. Les extraits qui suivent sont destinés à montrer les ressemblances existant entre les trois textes (l’Instruction et l’avis utilisés par Potvin et l’Enseignement de vraie noblesse), avec une proximité au moins égale à celle perçue par Potvin.

7 L’on trouve en grand nombre de véritables décalques entre l’Instruction et l’Enseignement. En voici quelques exemples :

8

Instruction d’un jeune prince, p. 354 :
Et pour parler de ces vertus, prudence est la
première nommée et est la fontaine dont
sourdent toutes bonnes meurs.
Elle a en soy, qui bien la considère, les vertues
de l’âme. C’est assavoir foy, espérance et
charité. Et, selon nostre langue, prudence
vault autant à dire que sens parfait ou cler
entendement, par le moyen de quoy, avec la
grâce divine, nos prédicesseurs ont eu par ci
devant congnoissance que Jhésucrist est vray
Dieu, tout puissant et parfait, et en qui l’en
doit croire et obéir à ses sans commandemens,
doctrines et église cristienne.
Prudence est le miroir cler et luisant où toute
créature se poeut vëoir, et qui bien s’i mire il
congnoist toutes ses defaultes et voit ce que
lui messiet et dont il poeut estre blasmé et
reprins, la povre et vile matère dont il est crée,
le lignage dont il est issu, ses vices et
deffaultes, souvent pense à la mort, à la gloire
de paradis et aux horribles paines d’enfer.
Elle aime science et diligence, et jamais ne
dist ne entreprent chose que par avant n’ait
empensé et estudié quelle fin il en poeut
venir.
Enseignement de vraie noblesse, K.B.R., ms.
11047, f° 9 v° s. :
Prucende est la premiere nommee. Et aussi
c’est la souveraine de toutes vertus, c’est la
fontaine et russeau dont sourdent toutes [f°
10 r°] sciences.
Elle a en soy les quatre vertus de l’ame,
humilité, carité, patience et chasteté, et pour
en parler selon nostre langue franchoise :
Prudence vault autant a dire que sens parfait
ou cler entendement, par le moien de quoy et
de la grace Divine noz predecesseurs par cy
devant ont eu congnoissance que Jhesucrist
estoit et est Dieu tout puissant et parfait, en
qui l’en doit croire fermement et obeir dili-
gemment a ses sains commandemens, doc-
trine et Eglise chrestienne.
Prudence est le mirouer cler et luisant ou
toute creature se peut veoir. Et qui bien se y
mire, il congnoist son estat, la povre et vile
matiere dont il est cree, le linaige dont il est
yssus, ses vices et faultes. Souvent pense a la
mort, aux gloires de paradis et pareillement
aux crueles paines d’enfer. Elle ayme dili-
gence, honneur, experience.
Jamais ne dist ne fait chose que par avant
n’ait estudié et pensé a quel fin il en peut
advenir.

Instruction d’un jeune prince, p. 411 :
Chevalier à droit eslëu doit estre de très noble
et france condition. Laquelle francise est de
grant excellence et recommandation, qui
bien la scet conduire, comme dessus est
touchié. Et à en parler selon nostre langue, la
personne france en soy ne poeult souffrir ne
endurer servage. Et selon la parole de
pluseurs philosophes, ilz sont deux manières
de serfz. C’est assavoir les uns par nature et
les aultres par la loy […]
Enseignement de vraie noblesse, K.B.R., ms.
11047, f° 33 :
Chevalier a droit esleu doit estre de noble et
franche condition, laquelle franchise est de
moult grant recommandition, qui bien y
veult regarder. Car elle procede d’entre vertu
et verité.
Et a parler proprement selon nostre langue
franchoise, la personne franche en soy ne
peut souffrir servage.
Et selon la parlole des philozophes ilz est deux
manieres de serfz, c’est assavoir les ungs par
nature et les autres par la loy […].
Enseignement de vraie noblesse, K.B.R., ms.
11047, f° 11 :
Instruction d’un jeune prince, p. 357 :
l’effusion du sang, de lui ne d’aultres, ne le
poeut esbahir ne doubter ; la mort luy samble
petite paine à endurer, pour acquérir hon-
neur et bonne renommée. Que en diroie je
plus ? elle est comme invaincable tant qu’elle
ait raison et justice en sa compaignie.
l’effusion du sang, de lui ne d’aultres, ne le
poeut esbahir ne doubter ; la mort luy samble
petite paine à endurer, pour acqérir honneur
et bonne renommée. Que en diroy je plus, elle
est comme invariable puis qu’elle a prudence
et justice en sa compagnie.

9 Évidemment ce type de copie textuelle ne se retrouve pas dans l’avis. Cette absence s’explique par le fait que ce texte se concentre sur la situation de Philippe le Bon, sur son gouvernement et sur ses voisins.

10 À elles seules, les citations littérales ne permettent pas de présumer une identité d’auteur, parce que l’on peut très bien conclure que l’un a copié l’autre. Cette possibilité s’avère déjà beaucoup moins probable dès lors qu’une même pensée est exprimée sous des formes différentes. Ainsi, dans de longs passages, l’Instruction et l’Enseignement transmettent une même idée sous une forme et dans un cadre narratif différents. Les similitudes textuelles sont combinées avec des identités de motifs, de principes, et des variations dans la poursuite d’un argument. L’établissement de ces parallè~les doit faire l’objet d’une édition critique. L’on devra se contenter ici de quelques exemples :

11

Instruction d’un jeune prince, p. 407 s :
Et, par dessus toutes ces ordonnances,
ancores, par les princes du temps de lors fu
avisé par grant déliberation que, entre le
nombre des chevaliers ainsi eslëuz, en y
auroit qui, par grant excellence de vertu, sens
et vaillance, esquelz l’en se pouroit confier en
ung grant affaire, lèveront ensengnes que de
présent l’en nomme banières soubz lesquelles
enseignes auroit certain nombre de cheva-
liers et combatans pour acompaignier
lesdictes banières. Et ceste chose sambla aux
princes et à la chevalerie du temps de lors
chose très prouffitable pour ce qu’il est de
néccessité aucunes fois en l’exercite de guerre
de se départir en pluseurs parties, et d’aultre
part sambla que les chevaliers et jennes
compaignons, esleuz pour la guerre, seroient
par ce moyen mieulx tenus en ordonnance et
discipline soubz les capitaines ordonnez à
porter lesdittes banières et enseignes que
aultrement. Mais il fu deffendu que nulz ne
fust si hardy de lever banières ne enseignes se
ce n’estoit par l’ordonnance des princes. Et
ancores se devroit ainssi faire, se les choses se
conduisoient par raison. Et en ce temps,
ceulx qui furent ordonnez à porter enseignes,
les firent paindre et figurer chascun à son
plaisir de diverses couleurs, et pareillement
firent les chevaliers en leurs escus, car en ce
temps l’armure et deffense le plus estoit
d’escu. Et la cause pour quoy les banières et
escus, que de présent selon l’usage commun
sont nommez armes ou blasons, y ot deux
raisons, l’une générale et l’autre espéciale. La
générale fu que belle chose est à vëoir, après la
resplendisseur du fer et de l’achier, la richesse
et beaulté des couleurs dont les enseignes,
banières, escus ou cottes d’armes sont faittes
et pointurées, et beau parement en bataille
pour paour et espoentement aux ennemis. La
seconde, en particuler, fut afin que l’en pëust
avoir congnoissance de ceulx qui faisoient en
armes aulcune vaillance digne de recomman-
dation. Car anciennement, quant ilz
faisoient aulcune excellente vaillance en ar-
mes, ilz en estoient très honnourés et en
recepvoient riche guerdon, comme l’en peut
vëoir es histoires, pour quoy les chevaliers
désiroient d’avoir enseignes, adfin d’estre
vëus et congnëus entre les aultres.
Et en se temps, les princes donnerent et
départirent aux chevaliers terres et
tenemens, à chascun selon sa valeur, que de
présent l’en nomme fiefz, desquelz fiefz et de
la manière comment ilz ont esté donnés
poeurt l’en vëoir es livres des loix.
Mais les causes principales pour quoy les
terres, fiefz et seignouries furent données aux
banières et chevaliers, en y a deux. L’une
pour les guerdonner des bons et notables
services qu’ilz avoient fais et faisoient jour-
nellement en armes, si que en leur viellesse ils
peussent avoir de quoy vivre et soustenir
leurs estas, car durant leur jennesse
n’avoient aprins science ne aultre mestier si
non de poursévir l’exercite d’armes, qui est
chose périlleuse comme chascun scet. Et
l’autre, adfin que les jennes et puissans de
corps eussent povoir d’eulx entretenir prestz
et garnis de chevaulx et d’armes quant
mestier seroit. Et selon les ténemens départis
et donnés pour les causes dessusdittes, par
continuation de longueur de temps, les armes
et blasons espécialement es grans tènemens
sont demourés aux seignouries dont ancores
de présent ceulx qui en sont seigneurs ou
détenteurs en portens les noms, armes et
enseignes. Et ou temps que chevalerie
flourissoit en vertu, ceulx qui lors portoient
armes ou enseignes, à toutes lesquelles eulx
ou leurs prédecesseurs avoient conquesté et
acquis, par vertu de corps, renommée digne
de mémoire, quant ilz vouloient affermer
pour vérité aulcunes grans choses, le
promettoient sur la foy qu’ilz devoient à
Dieu, et, en témoignage de ce, mettoient en
emprainture de cire la fachon de leurs armes
et leur nom, que de présent l’en nome séel.
Laquelle leur foy et séellé, ilz souloient tenir
et garder francement et autant doubter l’in-
fraction de ce, que le péril de leurs ames,
perdition de corps, de honneur et de biens,
ayans regard au péril du parjure ou
tesmoignage de leur nom et armes soubz
lesquelles ils attendoient journelement, aux
commandemens de leur princes, victoire ou
la mort.
Enseignement de vraie noblesse, K.B.R., ms.
11 047, f° 31 v° s. :
Encoires oultre ce que dit est par les princes
et souverains des loix, fut encoires advisé par
grant deliberation que entre le nombre des
chevaliers en y avoit qui par grant excellence
de vertu, sens, vaillance et conduite esquels
l’en se pourroit confier et attendre en ung
grant affaire en armes, leveront ensengnes
que presentement l’en nomme bannieres,
soubz laquelle enseigne auroit certain nom-
bre de chevaliers et combatans lesquelz
acompaigneroient et sieurroient lesdictes
banieres ou enseignes. ¶ Et ceste chose
sambla aux princes et capitaines estre mouls
expedient et de grant prouffit, pour ce que
aucunefois il est de necessité es guerres et
batailles que l’en se departe en diverses par-
ties, mais il fu deffendu que nul ne
s’avanchast de mettre sus ne eslever lesdites
banieres ou enseignes sinon par l’ordon-
nance des princes, et encoires se devoit ainsi
faire.
Verité est que en ce temps selon leur
ymaginacion et en exsperance de victoire
chacun y mist diverses enseignes et figures de
[f° 32 r°] pluseurs couleurs. ¶ Et pareille-
ment les chevaliers prindrent diverses ensei-
gnes qu’ilz firent paindre et figurer en leurs
escus, car lors l’armeure et deffense de cheva-
lier le plus estoit d’escu.
Et la cause pour quoy tant les banieres escus
que de present selon l’usaige commun de
parler sont nommez armes ou blazons furent
faites en y ot deux raisons, l’une generale et
l’autre especiale. ¶ La generale fu qui belle
chose est a veoir, aprés la resplendisseur du
fer et de l’achier, la richesse et beaulté des
couleurs dont les ensaignes, banieres et escuz
ou cottes d’armes sont faites et pointurees, est
beau parement en batailes pour donner
espantement aux ennemis. ¶ La seconde rai-
son de ceulx qui faisoient aucuns fais
especiaulx de vaillance dignes de grant
recommandacion, car l’en treuve ou temps
ancien que ceulx qui faisoient aucuns fais
d’excellente vaillance en armes en
rechevoient le riche gueredon d’onneur,
comme l’en peut veoir par les histoires.
Si desiroient les chevaliers et seigneurs
d’avoir enseignes par quoy ilz peussent estre
veuz et recongneuz entre les autres. Et en
cellui temps les princes donnerent et
departirent aux chevaliers terres et
tenemens, chacun selon sa [f° 32 v°] valeur,
estat et auctorité, que presentement l’en
nomme fiefs, et de la maniere comment ilz
furent donnez peut l’en veoir es livres des
loix.
Et les causes principales et generales pour
quoy lesdictes terres, fiefz et seignouries fu-
rent donnees aux bannerés et chevaliers en y
ot deux, l’une fu pour les gueredonner des
bons et notables services qu’ilz avoient fais en
armes, et l’autre afin qu’ilz eussent mieulx
puissance d’eulx tenir prestz et garnis de
chevaulx et d’armeures quant mestier seroit.
Et selon les tenemens departis et donnez par
les princes, par continuacion et longueur de
temps les enseignes nommees armes ou
blazons, especialement es grans tenemens,
sont demourez aux contrees, pais et
seignouries, dont encoires ceulx qui en sont
seigneurs ou detenteurs en portent les armes.
Et ou temps que chevalerie flourissoit en
vertu, ceulx qui portoient, ou leurs succes-
seurs, les armes et enseignes, atout lesquelles
ilz ou leurs predecesseurs avoient conquesté
et acquis par victoire et vertu renommee
digne de memoire, quant ilz vouloient
certiffier pour verité aucunes grans choses, le
prommetoient sur la foy qu’ilz devoient a
Dieu, et en tesmoignage de ce mettoient en
emprainture de cire la façon de leurs armes et
leur nom, que de puis l’en nomme seel, [f° 33
r°] la quelle leur foy, nom, armes et seellé ilz
souloient tenir et garder franchement, et
autant doubter l’infraction de ce, que le peril
de leurs ames, perdition de corps ou de biens,
aians regard au peril du parjure de la foy de
Dieu, et d’autrepart au reproche de defallir
ou tesmoinage de leurs armes, ¶ soubz les-
quelles ilz attendoient journelement, en
obeissant aux commandemens de leur
prince, victoire ou la mort.

12 Pour que l’on puisse continuer à parler de similitude avec l’avis, il est indispensable d’avoir recours à un argument différent[27] [27] Voir la comparaison systématique des trois textes par VAN...
suite
. Le passage qui suit n’est pas seulement similaire dans chacune des trois œuvres : à notre con~naissance, on ne le trouve dans aucun autre texte et il présente une certaine originalité au sein de la littérature normative concernant la noblesse. L’auteur y explique au prince comment établir son budget annuel :

13

Avis de 1439, dans Guillebert de Lannoy, Œuvres, p. 308 s. : Et, à correction, qui se vouldroit conduire selon ce que l’en a de revenue, qui seroit chose raisonnable, ceste somme de VIIIxx mille escuz se devroit départir en six parties : la première, en la despense ordinaire de mondit seigneur et gages de ses officiers domestiques ; la seconde, en la despense de madame la duchesse, monsei~gneur et madame de Charlois ; la tierche, en l’extraordinaire de mondit seigneur, tant pour ses vestemens, habillemens de corps, harnas, chevaulx, chiens et oiseaux, dons libéraux et aumosnes ; la quarte, en l’extraordinaire de madame la duchesse, monseigneur et madame de Charolois ; la quinte, en ambassades et messageries pour la conduite de ses affaires, la VIe, es pencions et retenues des seigneurs de son sanc et de ceulx de qui il est serviz. L’Instruction d’un jeune prince, p. 398 s. : Et pour venir à bon gouvernement, je fay mon compte par manière d’exemple que ung prince ait, chascun an, de nette revenue, rabatu tout ce que selon raison fait à déduire, cent mile escus, frans deniers. De ceste somme, pour pourvëoir aux affaires qui aux princes peuvent hastivement survenir, il en doit réserver et mettre à part la Ve partie, par manière de trésor, et du résidu que monteront ses receptes, ordonner son estat. Car c’est tout gasté quant on met l’estat devant la recepte ; mais l’en doit, selon la grandeur des finances, ordonner l’estat, et faire les retenues, et regarder que toutes choses soyent si raisonnablement proportion~nées et départies, et par si bon conseil de gens en ce congnoissans, que les choses se puissent conduire à l’avenant des finances : c’est à entendre la despence ordinaire, les habillemens, chevaulx et harnas, appartenans au corps, dons de charité et d’aumosnes et dons libéraulx qui appartiennent à la haultesse de son estat et à l’entretènement des nobles hommes de ses royaumes, et ce qu’il fault en ambassades et messages, dont l’en ne se poeult passer pour conduite des seignouries, réfections de fortresses et d’ostelz, et ce qui appartient pour avoir le déduit de chiens et d’oiseaulx. L’Enseignement de vraie noblesse, K.B.R., ms. 11 047, f° 65 v° s. : Mais princes ou puissans hommes rentez qui en temps de paix vouldroient assambler tresors et finances par bonne maniere et sagesse doivent de prime face enquerir a la verité combien les revenues droiturieres de leurs pays et seignouries peuent valoir chacun an. Et de la somme generale d’icelles rabatre et deduire les dons et amoisnes faites par leurs predecesseurs aux eglises et hospitaulx, et les gaiges de leurs officiers, sans l’aide desquelx ne peuent maintenir ne gouverner leurs seignouries. Et pour sagement conduire, prince et tout homme puissant doit veoir premiers ce qu’il lui demeure de rente et nette revenue, avant qu’il ordonne de la despence. Car tout est gasté et perdu au regard de finances, quant l’en met la despence devant la recepte, car l’en va avant comme ung aveugle, etc. Prince ne homme sage ne doit riens entreprendre s’il ne scet avant la main ou la finance se doit trouver. Desirer pluseurs choses et cerquier nouvelletez est consummacion et destruction de finances a toutes personnes, pourquoy prince doit avoir regard que les choses qu’ilz desirent ne empeschent a ce qui sert a son honneur, c’estassavoir a la deffence de son peuple, pais et subgies. Il doit considerer quants mois il y a en l’an, et quantes sermaines ou mois. Et pour plus clerement entendre ceste matiere, et en parler par example, je presuppose que un prince euist de nette revenue six vings mille francs ou escus par an, ou de plus ou de mains. Il doit ceste somme de deniers de prime fache departir en trois pars. La premiere partie, montant a quarante mille, doit estre employee en la despense de lui, sa femme et serviteurs domesticques. La seconde partie, montans aussi a quarante mile, se doit partir en quatre parties, c’estassavoir dix mille pour ses vestemens et habillemens de corps, armes et chevaulx, dix mille es refections de ses fortesses et hostelz, aultres dix mille pour emploier en messaiges et ambassades, sans lesquelles l’en ne peut bonnement gouverner seignouries, et les autres dix mille qui parfont les quarante mille dessudites, pour donner aucune partie en aumoisne et dons liberaulx a ceulx qui les servent ou aieurs, la ou il appartendra, pour leur honneur et estaz. Et la tierche et derreniere partie desdis vjxx mile, qui monte quarante mille, mettre en tresor et les garder, pareillement qu’il feroit artillerie ou habillemens de guerre pour la deffence de la chose publicque.

14 Des ressemblances du même type apparaissent dans la description du groupe des conseillers les plus proches du prince. Dans l’avis, ce paragraphe est suivi de l’esquisse d’un serment qui devait être prononcé par les con~seillers.

15

Et pour deuement trouver la manière de vivre en justice et bonne ordonnance, ung prince devroit fonder ung conseil ce VIII, X ou XII personnes, gens notables, de bonne renommée et conscience, et les choisir par bonne délibéracion et advis, par le conseil desquelz il démenroit et conduiroit tous ses affaires[28] [28] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
suite
.

16 Par contraste, l’Instruction met l’accent sur la nécessité de choisir les person~nes les plus aptes, et le texte se poursuit avec les meurs, estas et conditions des conseillers.

17

Or y a bien manière à prince de se gouverner droiturièrement par justice si que n’y soit trop lasche, ne piteux, ne corrumpu par prières ne par dons, ne d’aultre part trop dur ne rigoreux. Et pour entre ces deux extrémités user sagement, princes qui désirent d’acquérir la grâce de Nostre Seigneur, bonne renommée et l’amour de leurs subgetz, doivent mettre paine et faire diligence de trouver par tous leurs royaumes et pays sept ou huit preudommes de bonne vie, sages et plains de vertus, tant clercs, chevaliers ou aultres gens notables, pour les conseillier en telz matères et en toutes aultres choses touchant la monarchie et gouvernement de leurs seignouries ; car plus cler voient en justice et en toutes choses, pluseurs, à droit eslëuz, que ung seul en particulier[29] [29] Id. , p. 367 s. ...
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.

18 L’Enseignement fait état de ce dernier élément et poursuit en expliquant comment il faut rassembler des avis sur les candidats.

19

Et pour deuement pourveoir a leur fait, ilz ne commeteroient es notables offices principaulx, ne prochains de leur personnes, nuls qui n’eust quarante ans passez, car quant l’en vient a cest aage, se ung prince vouloit prendre la paine d’enquerir ou faire enquerir des vies, meurs et condicions des personnes et comment ilz ont vescu, c’estassavoir depuis xxv ans jusques a quarante, et quelle renommee ilz ont es lieux ou ilz ont demouré et hanté, comment ilz se sont gouvernez, soit en armes, en justice ou de leurs sens et conscience, il n’y a si malicieux, ne qui tant fache couvrir ses vices, que en ces xv ans l’en ne treuve la verité de leurs estat, meurs, vie et condicions[30] [30] BRUXELLES, K. B. R. , ms. 11 047, f° 54 s. ...
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.

20 L’analyse détaillée d’un passage des Preceptes d’Aristote dans l’Enseignement et dans l’Instruction prouve que, les deux fois, l’auteur a dû avoir sous les yeux le texte original des Preceptes[31] [31] Cet exemple fait l’objet d’une analyse dans STERCHI,...
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. Compte tenu des citations plus longues qu’il contient, l’Enseignement ne peut pas avoir été copié sur l’Instruction. D’un autre côté, il est peu probable que l’auteur ait réécrit l’Instruction d’après l’Enseignement en omettant la deuxième partie de l’argumentation qui y est développée.

21

L’Instruction d’un jeune prince, p. 370 s. Et, à ce propos, l’en treuve entre les enseignemens que Aristotle bailla au jeune roy Alixandre, quant il emprist à conquester le monde, luy conseilla entre aultre choses que ne surhaulchast jà ceulx qui par nature doivent estre bas. Et pour exemple luy remoustra que le ruissel qui court par l’abondance de la pluye va plus orgueilleusement que celluy qui vient de la fontaine et court tousjours. Et pour ensiévir la parole de Nostre Seigneur, le conseil de Jetro et la doctrine d’Aristotle, c’est grant folie aux princes et grans seigneurs de avancier et édifier ung homme vicieux de basse condicion, car a l’homme nouvel faut trop de choses avant ce qu’il soit pareil ne samblable à ceulx des anciens lignages, desquelz princes et grans seigneurs pevent assez trouver en leurs royaumes et pays pour eulx en faire servir s’ilz en vouloiet faire diligence. Hélas ! ancores n’est ce pas le fort de trouver conseilliers et officiers, puissans et riches et de bon lignage. Maiz c’est la maistrie de trouver conseilliers et officiers preudommes, sages, eslevés en entendement ou en science, véritables, crémans Dieu et héans avarice, car gens de teles condicions, selon le temps qui rengne, sont clersemés et difficilles à trouver, veu la puissance et auctorité que a de présent convoitise, rapine et corruption, qui ont tel povoir que à paines au jour d’uy n’y a si vaillant chevalier ne clerc, tant sace de science, qu’ilz ne se voeullent aider de leurs malices et engins, qui est pitié. Si vous devés sur toutes choses garder de faire chiefz de vostre conseil, voz principaulx officiers ne prouchains de voz personnes, gens convoiteux, corrumpus ne flateurs. L’Enseignement de vraie noblesse, K.B.R., ms. 11 047, f° 55 s. Et a ce propos Aristotle, entre les enseignemens et remonstrances qu’il fist au roy Alixandre, lui enseigna qu’il ne eslevast ne sourhauchast ceulx qui par nature doivent estre bas. Et pour garder l’ordre [f° 55 v°] de son parler, il dist que le pouvre homme sourhaucié et eslevé par coustume est orguilleux et ne veult oyr prieres ne soy incliner a debonnaireté. Et ceste chose proeuve par l’example du ruissel qui est enflé par l’abondance de la pluye et queurt plus orguilleusement que la fontaine qui queurt tousjours. Mais il met ensieuvant que raison ne deffend pas que se princes voient aucun bas homme de bonne vie et prouffitable, qu’ilz ne le puissent bien sourhaucier et eslever, car ceulx qui sont de bonnes meurs, jassoit ce qu’ilz ne soient riches ou de noble lignaige, ilz ont qui mieulx vault or ne argent. Car cilz qui est povres de chatel et riche de bonnes meurs, a chose de quoy il peut acquerir linaige et saulver son pays. Et conclud qu’il n’est noblesse sinon en ceulx qui ont le cuer net et de bonnes meurs. Et ainsi appert par la premiere partie de son parler que princes et grans seigneurs se doivent faire servir de ceulx qui sont de noble lignie et bonne generacion devant tous autres, mais en la seconde partie il samble que se princes treuvent defaulte en ceulx de noble lignie, et que vertu et bonnes meurs defaillent en eulx, en ce cas ilz pevent par raison eslever ceulx [fol. 56] de petis linaiges qui ont vertu et sont garnis de bonnes meurs.

22 À côté de ce qui précède, l’on constate également des ressemblances sur le plan des motifs topiques. Il s’agit essentiellement de mots clefs comme raison et justice, lesquels structurent chacun de ces trois textes[32] [32] Pour le rôle des motifs topiques dans la littérature ...
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. Dans l’avis, les deux mots génèrent une formule[33] [33] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
suite
. Dans l’Instruction, la paire constitue le fonde~ment du gouvernement du prince :

23

Cy parle du bien et du prouffit qui vient aux princes et grans seigneurs terriens quant ils gouvernent eulx et leurs subgetz par raison et par justice. Icy commence le IIIe chapitre[34] [34] Id. , p. 363. Les deux expressions sont expliquées dans...
suite
.

24 Dans l’Enseignement de vraie noblesse, les allégories de Raison et de Justice apparaissent au troisième chapitre, dans le but d’expliquer le bon gouverne~ment aux princes de ce monde[35] [35] BRUXELLES, K. B. R. , ms. 11 047, f° 1 s. (Table des matières)...
suite
. De plus, ce texte utilise les expressions comme formules[36] [36] Id. , f° 89 : se ces choses n’ont esté faites duement...
suite
. Ainsi l’expression amer justice, et la faire aussi bien sur luy que sur autruy devient, dans un deuxième passage, aimer raison et justice, et la faire aussi bien sur lui et sur son plusprouchain amy, que sur autruy[37] [37] Le premier passage id. ,...
suite
.

25 Ainsi, les similarités entre les textes tiennent à des passages copiés mot pour mot, à des réécritures d’une même idée et à l’utilisation de mots clefs identiques comme principe de construction du texte. Vu ce mélange de copie docile et de remaniement indépendant pourtant dans un même but, il paraît difficile d’admettre qu’un auteur a trouvé son inspiration chez un autre. L’adaptation assez complète, assez proche de la paraphrase, d’un texte écrit par quelqu’un autre, à côté de sa réécriture dans un cadre légèrement différent, plus littéraire dans le cas de l’Enseignement, serait des plus éton~nants. Par ailleurs, compte tenu de la vogue de la citation chez les écrivains de l’époque, de leur faible sentiment d’individualisme et de la part impor~tante du travail de traduction et de mise en prose, l’on doit bien constater que ces trois textes présentent des exposés assez originaux au sein de la littérature nobiliaire de ce temps[38] [38] Pour l’originalité des idées et les raisonnements dans...
suite
. Un auteur qui aurait reçu l’ordre de réécrire un de ces textes aurait soit suivi son original avec davantage de fidélité, soit, à l’inverse, affiché plus d’indépendance à l’égard dudit original, mais se serait montré aussi plus conforme aux courants de la littérature de son temps. L’on doit donc supposer que c’est un seul et même auteur qui a rédigé les trois textes – du moins cette supposition s’impose-t-elle si l’on est prêt à accepter l’attribution de l’Instruction d’un jeune prince opérée par Ch. Potvin, où le parallèle textuel entre l’avis et l’Instruction constitue un élément clef. Mais de qui s’agit-il ? Pourrait-il s’agir de Guillebert de Lannoy, identifié comme l’auteur de l’Instruction d’un jeune prince par Ch. Potvin ?

4. L’attribution de l’Instruction d’un jeune prince à Guillebert de Lannoy par Ch. Potvin

26 Une grande partie de la préface à l’édition des Œuvres de Guillebert de Lannoy est consacrée à l’attribution de l’Instruction à Guillebert[39] [39] POTVIN dans GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
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. Il convient de noter que ce raisonnement détaillé va à l’encontre de l’opinion assez répandue à son époque, selon laquelle l’Instruction était une œuvre de Georges Chastellain[40] [40] Id. , p. XXXV s. KERVYN DE LETTENHOVE fonde son raisonnement...
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. Une partie des arguments de Potvin sert donc à enrayer ce qu’il considère comme une erreur. L’éditeur compare le style des auteurs (1)[41] [41] Id. , p. XXXVI s. ...
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, et, compte tenu du cadre narratif, il se prononce en faveur d’une attribution à un conseiller de Philippe le Bon (2)[42] [42] Id. , p. XL s. ...
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. Peu d’indices, en revanche, conduisent à Guillebert de Lannoy. Le narrateur de l’Instruction, qui, dans l’œuvre, est le conseiller du roi Ollerich, s’appelle Foliant de Ional ou Yonnal[43] [43] Id. , p. XXXVIII. La mention id. , p. 304. ...
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. Yonnal est l’exact inverse de Lannoy (3), et Foliant fait référence à quelqu’un qui voyage (folier) à travers le monde (4)[44] [44] Id. , p. XXXVIII s. ...
suite
. En outre, la miniature de dédicace dans l’exemplaire de l’Instruction détenu par Philippe le Bon nous montre un auteur portant le collier de l’ordre de la Toison d’Or (5)[45] [45] BRUXELLES, K. B. R. , ms. 10 976 ; GUILLEBERT DE LANNOY, ...
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. Dans la narration, celui qui introduit le « manuscrit » en France a fait un voyage en Prusse et en Livonie (6), ce qui, selon l’éditeur, renvoie à l’auteur réel, et, précisément, à Guillebert qui a entrepris un tel voyage[46] [46] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
suite
. Au vu de ce raisonnement, Ch. Potvin en arrive à une conclusion « indiscutable » :

27

« Depuis que j’ai exposé ces idées dans la Revue de Belgique, aucune objection ne m’a été présentée et la commission de l’Académie qui dirige la publication de nos écrivains, en votant l’impression des œuvres de Ghillebert de Lannoy, y compris l’Instruction, s’est rangée de cet avis. Je puis donc considérer mes conclusions comme admises. Ainsi tout concourt à l’évidence : ce livre n’est pas du verbeux Chastel~lain ; on ne peut en lire le prologue ni en voir les miniatures ni en apprécier le style sans l’attribuer au plus foliant des de Lannoy[47] [47] Id. , p. XL s. ...
suite
. »

28 Recourir à des autorités pour renforcer ses arguments, une procédure assez répandue en d’autres temps[48] [48] Voir le chapitre sur l’utilisation de titres nobiliaires...
suite
, peut étonner. Mais le raisonnement ne s’achève pas là. En analysant un manuscrit utilisé pour une édition, assez imprécise, réalisée par J.B.M.C. Kervyn de Lettenhove sous le titre de Programme d’un gouvernement constitutionnel en Belgique[49] [49] PARIS, B. N. F. , ms. fr. 1 278 ; KERVYN DE LETTENHOVE, ...
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, Ch. Potvin a décou~vert un groupe d’écrits politiques et de fragments divers provenant de l’entourage de la famille de Lannoy, parmi lesquels l’avis de 1439, que nous avons mentionné plus haut[50] [50] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
suite
. Ch. Potvin affirme qu’une grande partie de ces textes proviennent de l’entourage d’Hugues de Lannoy, et que quelquefois ils ont même été dictés par lui ou signés de sa main[51] [51] Id. , p. XLVII s. ...
suite
. Quelques-unes de ces pièces, en revanche, doivent, selon l’éditeur, être attribuées à Guillebert. Il s’agit entre autres de l’avis déjà signalé, « car l’auteur recommande au duc de “en son conseil appeler, à ce : monseigneur Croy… et le seigneur de Santes” (mentionné à la troisième personne [7]) ; dans une première rédaction, qui a été corrigée, le seigneur de Santes n’était pas même placé le dernier dans la liste, comme il conviendrait à un conseiller qui oserait se désigner au choix de son souverain, comme il convenait même à son frère ». Cela signifie que c’est seulement au cours du processus de réécriture qu’il s’est placé – par modestie – à la fin de l’énumération (8)[52] [52] Id. , p. L. ...
suite
. (L’avis de 1439 a en effet été rédigé en quatre étapes, certaines étant même autographes (9)[53] [53] Id. , p. LIII s. : « Il suffit de feuilleter le manuscrit...
suite
.) Ensuite, Potvin compare le contenu de l’avis à « l’Instruction, que j’ai pu sans conteste attribuer à Ghillebert de Lannoy[54] [54] Id. , p. LIII-LXII, la citation p. LVIII. ...
suite
». Ce n’est donc pas l’attribution de l’avis qui sert à corroborer celle de l’Instruction, mais l’inverse.

29 Parmi les textes contenus dans le manuscrit en question, il y a, selon son éditeur, deux autres pièces de Guillebert ; elles traitent de la guerre contre les Hussites. La première est un rapport d’ambassade, qui est nécessairement de la main de Guillebert, car il a précisément effectué semblable voyage (10)[55] [55] Ibid. , p. LI s. POTVIN cite le rapport d’ambassade,...
suite
. Le deuxième texte est, comme l’avis de 1439, le fruit de diverses rédactions et corrections[56] [56] Id. , p. LV (1er fragment) : « On y voit...
suite
. Comme l’écriture est identique à une partie des esquisses de l’avis de 1439, l’éditeur considère comme prouvé le fait que Guillebert est bien également l’auteur de ce deuxième texte (11)[57] [57] Ibid. , p. LXIII s. : « Ce travail de rédaction ressemble...
suite
.

30 À suivre ce raisonnement, l’attribution de l’avis de 1439 est devenue, durant l’argumentation, tellement indiscutable qu’elle en arrive à servir elle-même de base à d’autres attributions[58] [58] Id. , p. LXIV : « Si Ghillebert, comme je crois l’avoir...
suite
. Pourquoi alors ce vocabulaire du doute : « comme je crois l’avoir prouvé », « vraisemblable », « probabili~tés » ? Sans doute, en soulignant avec une insistance croissante le caractère indiscutable de son attribution à Guillebert, Potvin avait-il ses raisons. Ainsi, au milieu de son raisonnement, il continue à répéter que les textes doivent forcément être de Guillebert[59] [59] Id. , p. LXII : « Est-il à présumer que l’auteur...
suite
. Mais, alors que nous constatons que beaucoup des arguments de Potvin sont dirigés contre Hugues de Lannoy, l’éditeur n’a-t-il pas considéré celui-ci comme un second auteur possible pour ces œuvres ?

5. Contestation du raisonnement de Ch. Potvin

31 Les doutes éventuels de Potvin se matérialisent dans quelques textes plus récents. Il n’est pas étonnant qu’aucune incertitude ne soit encore exprimée dans les éditions de l’Instruction dues à C. van Leeuwen et à J. Conell : ils suivent le raisonnement de Potvin et n’y ajoutent rien[60] [60] VAN LEEUWEN, Denkbeelden van een vliesridder, p. XVI...
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. G. Doutrepont, qui remarque des ressemblances entre l’Enseignement de vraie noblesse et l’Instruction, ne reconnaît pas avec certitude Guillebert comme l’auteur de ce dernier[61] [61] Voir ibid. ...
suite
. D’autres chercheurs ne s’occupent même pas de la question de l’auteur[62] [62] J. H. HEXTER, The Education of the Aristocracy in the ...
suite
. En revanche, R. Vaughan attribue l’avis de 1439, sans aucun commentaire, à Hugues de Lannoy[63] [63] R. VAUGHAN, Philip the Good. The Apogee of Burgundy,...
suite
, ce que van Leeuwen considère immédiatement comme faux et attribue à une lecture superficielle de l’introduction de Potvin[64] [64] VAN LEEUWEN, Denkbeelden van een vliesridder, p. 136. ...
suite
. Plus tard, en 1987, R. Vaughan semble s’être rendu compte de toute cette problé~matique, mais il ne se laisse pas convaincre par Potvin. Il présente l’attribu~tion proposée par Potvin comme l’opinion propre de ce dernier, tandis que lui-même évite toute attribution explicite à l’un des deux frères : avec élégance il mentionne toujours l’auteur sous l’appellation « de Lannoy » – sans prénom[65] [65] R. VAUGHAN, Hue de Lannoy and the question of the Burgundian...
suite
. Fr. Lyna présente Guillebert comme l’auteur présumé de l’Instruction[66] [66] Voir supra, n. 18. ...
suite
. B. Schnerb, en revanche, considère les raisonnements de Potvin comme « sinon péremptoires du moins relativement convaincants[67] [67] SCHNERB, L’Éducation d’un jeune noble, p. 115. Il se...
suite
».

32 Avant de partir à la recherche d’autres indices susceptibles de permettre l’identification de l’auteur de l’Enseignement de vraie noblesse, il importe de vérifier si les arguments de Potvin ne s’appliquent pas aussi bien à Hugues de Lannoy qu’à son frère Guillebert. Les premiers éléments ne nous posent aucun problème, car la différence de style entre l’Instruction et les œuvres de Georges Chastellain (1) de même que cette supposition qui veut que l’auteur soit un conseiller de Philippe le Bon (2) s’appliquent à un assez grand nombre de personnes, en ce compris Guillebert mais aussi Hugues de Lannoy. L’indice Yonnal (3), très concret, est applicable à Hugues, tout comme l’adhésion à l’ordre de la Toison d’Or (5) – une adhésion qu’évoque d’ailleurs aussi le narrateur de l’Enseignement de vraie noblesse[68] [68] H. BRAND, Art. Hue (Hugues) de Lannoy, Les Chevaliers...
suite
. En ce qui concerne la signification du terme Foliant (4) il y a quelque danger à trop vouloir interpréter un mot qui n’est pas nécessairement destiné à l’être. Au lieu de folier, on peut voir dans ce terme une forme dialectale du verbe foloier, lequel, selon Tobler-Lommatsch, a une signification proche de celle de huer, ce qui peut être considéré comme une allusion à Hue, à Hugues en d’autres termes[69] [69] Lui-même écrit son nom de cette manière. Voir infra,...
suite
. Mais il ne faut pas aller trop loin dans ces conjectures. Il en va de même pour l’hypothèse selon laquelle le retour du narrateur de Prusse serait une allusion au voyage de l’auteur dans ce même pays (6). Hugues, lui aussi, s’est rendu en Prusse et en Livonie ; il y a combattu aux côtés de l’ordre teutonique[70] [70] Selon son épitaphe, publié dans DE LANNOY, Hugues...
suite
.

33 L’argument de Potvin selon lequel l’auteur de l’avis de 1439 ne peut pas être Hugues parce que le seigneur de Santes y est mentionné à la troisième personne, sous une forme majestative (7), n’est pas nécessairement péremp-toire : un autre avis de 1437 dicté – selon Potvin – par Hugues lui donne l’occasion de parler de lui-même à la troisième personne comme à la première[71] [71] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
suite
. Et le fait même que le seigneur de Santes soit, dans une rédaction ultérieure, mentionné en dernière position, au sein d’une énumération (8), ne répond-il pas à un souci de modestie – typique de l’auteur[72] [72] Id. , p. 323 : commettre monseigneur le conte d’Estampes,...
suite
? Restent la comparaison des écritures, le rapport d’ambassade et l’avis sur les Hussites (9-11). Il semble admissible que le rapport d’ambassade soit attribué à Guillebert, car ce déplacement est décrit dans les Voyages (10)[73] [73] Voir supra, n. 55. ...
suite
. Mais il ne peut rien être déduit de cela – ainsi Potvin omet-il de nous expliquer en détail le rapport entre ce texte et les autres pièces contenues dans le manuscrit, et donc sa capacité à nous apprendre quelque chose sur ces textes. On a à dire vrai l’impression que cette attribution convaincante est évoquée simplement pour accroître la probabilité du fait que Guillebert est aussi l’auteur de l’avis sur les Hussites – la proximité matérielle dans le paragraphe tient lieu de la connexion logique du raisonnement. Immédiatement à la suite est implicite~ment soutenue l’idée voulant que Guillebert, auteur de l’avis sur les Hussi~tes, a aussi composé l’avis de 1439 et par conséquent l’Instruction. Cette affirmation implicite va à contre-courant du syllogisme proposé explicite~ment par Potvin : il présuppose l’attribution « indubitable » de l’avis de 1439 à Guillebert et il utilise la similarité des écritures pour conclure que l’avis sur les Hussites est aussi de la main de Guillebert. Pourtant, la conclusion explicite n’ajoute rien à l’argumentation principale, qui ne vise pas à identi~fier l’auteur de l’avis contre les Hussites, mais celui de l’Instruction. Certes, il est vrai que le rapport d’ambassade est écrit d’une main régulière assez semblable à celle qui rédigea la copie définitive de l’avis de 1439, mais l’on ne peut affirmer une identité indubitable[74] [74] Voici ce que nous écrit sur ce point, en date du 14 février...
suite
. Mais quand bien même ce serait le cas, la main peut toujours être celle d’un secrétaire. Il convient de préciser en outre que ce n’est pas la main régulière du texte principal de l’avis de 1439, mais celle des corrections que Potvin juge autographe (9). Une identité des mains ayant opéré ces corrections et celles de l’avis sur la guerre contre les Hussites (11) est pour le moins douteuse[75] [75] Voir n. 74. ...
suite
. Par conséquent, la qualité d’auteur de l’avis sur les Hussites, pour Guillebert, est incertaine non seulement parce que l’auteur de l’avis de 1439 n’est pas identifié avec certitude (7-8), mais en plus parce qu’il n’y a pas de relation indubitable entre les deux avis.

34 En conclusion, la plupart des arguments de Potvin conduisent aussi bien à Hugues de Lannoy qu’à son frère Guillebert. Seul le rapport d’ambassade est sans doute à attribuer à Guillebert, mais il ne permet pas de tirer des conclusions sur le reste du corpus.

6. Attribution de l’Enseignement de vraie noblesse à Hugues de Lannoy

35 Les recherches menées sur l’Enseignement de vraie noblesse aident à éclairer les activités littéraires des deux frères. Il est évident que, pour Potvin déjà, Hugues de Lannoy eût été, après Guillebert, un excellent candidat pour la paternité de l’Instruction et de l’avis de 1439. S’il s’est prononcé en faveur de Guillebert, c’est parce que, malgré sa connaissance assez vaste des sources permettant d’élaborer la biographie d’Hugues[76] [76] Voir le registre des sources de J. POTVIN, Hugues de Lannoy,...
suite
, il a ignoré, tout au moins partiellement, l’Enseignement de vraie noblesse et quelques autres pièces qui vont être évoquées plus loin. Chaque argument relatif à l’un des trois textes s’appliquant aussi, avec force, aux deux autres, ce seront les liens assez évidents entre l’Enseignement de vraie noblesse et Hugues de Lannoy qui permettent d’emporter la décision quant à son statut d’auteur des trois textes.

36 Un premier indice est constitué par la désignation de l’auteur de l’Ensei~gnement de vraie noblesse, dans le ms. B.L. Harley 4 397 sous l’appellation de Seigneur de Santes :

37

Le livre de l’Imagination au Pelerin de Haulx fait par monseigneur de Santes[77] [77] LONDRES, B. L. , ms. Harley 4 397, f° 1. Monsr. et ...
suite
.

38 Cette expression apparaît également deux fois dans l’inventaire de la biblio~thèque de Charles de Lalaing (env. 1506-1558). Le titre de l’œuvre se réfère au cadre narratif :

39

Le Pelerinage de Haulx composé par Monseigneur de Sante à l’enseignement des princes escript à la main. L’Imagination au pelerin de Haulx fait par monseigneur de Sante, compillé par reverend pere en Dieu Ghillame evesque de Tournay[78] [78] M. MESTAYER, La bibliothèque de Charles II, comte de Lalaing,...
suite
.

40 L’éditrice de l’inventaire n’a pas identifié les deux textes. En fait, on peut même identifier le manuscrit de la deuxième entrée. Il s’agit du ms B.L. Harley 4 397 déjà évoqué, qui se retrouve entre les mains de l’arrière-neveu de Charles, qui porte le même nom que lui (1569-1626)[79] [79] FILLASTRE, Le Traittié de conseil, p. 83 s. ...
suite
. L’entrée fautive dans l’inventaire est composée de l’incipit du premier et de l’explicit du dernier texte du recueil, lequel s’intitule :

41

Cy fine ung brief et utile traittiet de conseil Compile par Reuerend pere en dieu Guillaume euesque de Tournay[80] [80] Id. , p. 255 n. ...
suite
.

42 Il est utile de préciser que cette deuxième entrée dans l’inventaire de Charles de Lalaing est suivie de celle-ci : Instruction d’un josne prinche pour se bien governer envers Dieu et le monde contenant huict chappitres escript de Jossequin[81] [81] MESTAYER, op. cit. , p. 206. ...
suite
. Le dénommé Jossequin n’est probablement pas l’auteur de l’œuvre, mais Jossequin de Lattre, receveur du château de Lalaing autour de 1518, lequel a copié l’œuvre. Il est d’ailleurs aussi connu pour avoir été le copiste du Livre des faits de Jacques de Lalaing[82] [82] A. M. LEGARÉ, Le Livre des Faits de Jacques de Lalaing...
suite
. Le nombre de chapitres indiqué dans l'inven~taire est identique à celui de notre Instruction d’un jeune prince.

43 Ainsi, manuscrits et entrées d’inventaire de bibliothèque signalent un auteur connu sous le titre de seigneur de Santes. Mais qui a reçu ce titre ? Hugues de Lannoy a acheté la seigneurie de Santes en 1422[83] [83] LILLE, Archives Départementales du Nord, B 1081, n° 15...
suite
. Après sa mort, en 1456, le titre est passé à son frère Guillebert[84] [84] J. PAVIOT, Art. Ghillebert de Lannoy, Les Chevaliers...
suite
. Malheureusement, aucun des manuscrits n’est daté avec précision. En revanche, le cadre narratif nous indique que le narrateur de l’Enseignement a eu une vision non loin de l’église Notre-Dame de Hal, précisément le 5 mai 1440, date à laquelle le seigneur de Santes était Hugues[85] [85] HACHEZ, Un Manuscrit de l’Enseignement...
suite
. À ce stade, chacun des deux frères peut avoir été l’auteur de l’œuvre qui nous intéresse, même si Hugues possède un léger avantage.

44 Sur un autre plan, un inventaire des manuscrits d’Antoine de Lalaing (env. 1480-1540) attribue au moins un livre à Hugues de Lannoy (s’agit-il de son auteur ou seulement du possesseur antérieur ?), mais nous en ignorons le titre :

45

ung petit livret, escript à la main, de Messire Hugues de Lannoy[86] [86] H. A. E. VAN GELDER, Gegevens...
suite
.

46 Un élément plus concret se trouve dans l’Add. Ms. 15 469 de la British Library, dont nous ignorons le propriétaire. À la suite de l’Enseignement, qui est présenté sous le titre d’Imaginacion de la vraye Noblesse, le manuscrit propose l’épitaphe d’Hugues de Lannoy[87] [87] Catalogue of Additions to the Manuscripts in the British...
suite
. Qui plus est, sur les fermoirs de ce manuscrit, l’on trouve des armes, qui peuvent être identifiées comme étant celles d’Hugues, et non de Guillebert de Lannoy[88] [88] VISSER-FUCHS, voir supra,...
suite
.

47 Peut-on tirer des conclusions de la transmission des manuscrits, eu égard au fait que très souvent les manuscrits sont cédés à parents et amis ? Le lecteur répondra lui-même à cette question. Il convient toutefois de noter qu’un exemplaire de l’Enseignement a appartenu à Richard Neville, comte de Warwick, au père et au grand-père duquel Hugues de Lannoy a rendu visite pendant sa mission en Angleterre, en 1433[89] [89] Letters from Hue de Lannoy and the Treasurer of the Boulennois,...
suite
. Parmi les détenteurs de l’Ensei~gnement figure aussi Philippe de Croÿ, qui a été apparenté à Hugues de Lannoy – et non à son frère Guillebert[90] [90] Il s’agit du ms. 10 314 de BRUXELLES, K. B. R. Pour ...
suite
. Les manuscrits de Warwick et de Philippe de Croÿ portent tous deux la devise de Warwick[91] [91] Pour les devises voir id. ...
suite
. De plus, Philippe de Croÿ figure parmi les exécuteurs testamentaires de l’épouse d’Hugues, Marguerite de Bécourt, décédée le 21 août 1461[92] [92] Publié dans DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 281-295. ...
suite
. Le testament est daté du 14 juin 1460.

48 Ce testament nous apporte des informations beaucoup plus importantes quant à l’identité de l’auteur de l’Enseignement. Parmi les différents legs, l’on trouve vingt-et-un livres qui seront présentés ici en détail et si possible identifiés. L’on ajoutera par ailleurs les éléments fournis par l’Enseignement de vraie noblesse, l’Instruction d’un jeune prince et les Enseignements paternels[93] [93] Nous sommes convaincu qu’une comparaison systématique,...
suite
. – le livre des xij. signes, pour Antoine de Croÿ[94] [94] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 284. ...
suite
: probablement Les Douze signes du firmament[95] [95] DOUTREPONT, La Littérature française, p. 205. Les...
suite
.

49 ung livre de Valère, pour Jean de Croÿ[96] [96] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 285. ...
suite
: Valère Maxime, Facta et dicta memorabilia, dans la traduction de Simon de Hesdin et de Nicolas de Gonesse. Il s’agit du K.B.R. ms. 9 078. M. Debae estime que Philippe de Croÿ a acquis son exemplaire après 1475, parce que, cette année-là, il a obtenu la permission d’ajouter à son blason les armes de Ferdinand d’Aragon[97] [97] DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche,...
suite
. L’on peut quand même penser que Philippe a hérité ce manuscrit de son père. Dans les Enseignements paternels on trouve le passage suivant :

Regarde Vallerianus Maximus, Tulle, Lucain, Orose, Saluste, Justin et autres hystoriographes, et tu trouveras merveilles de telz exemples honnourables et sans nombre et comment nos devanciers amèrent honneur et le bien publicque[98] [98] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
suite
.

50 Dans l’Enseignement de vraie noblesse se trouvent deux passages :

>Il doit eslongier et fuyr gloutonnie et oiseuse, car ceulx qui hantent les armes ne doivent pas vivre mignotement ne delicieusement, ainsi que l’en peut veoir clerement ou livre de Valere ou chappitre de discipline de chevalerie[99] [99] BRUXELLES, K. B. R. , ms. 11 047, f° 78. ...
suite
. Et a ce propoz on treuve es livres de Politiques d’un roy de Lachedomone nommé Theopompus qui moult puissaument regna, et estoit marié a tresnoble dame, de laquelle avoit moult belle generacion. Un jour assambla ses prochains de linaige et estat de son royaume. Et illec, sans requeste de nulz, fit edis et ordonnances par lesquelles il diminua et amenry en moult de parties son auctorité royal, et osta pluseurs chairges et usances que lui ou ses predecesseurs avoient mises sur le peuple. Et quant la roynne sa femme entendi ceste chose, elle fust moult troublee et lui dist : « Tresnoble roy, que faites vous ? Qui vous meult a voloir amendrir vostre seignourie et auctorité royal ? Pourquoy ne la laissies vous a voz enfans en tele valeur, haultesse et prouffis que jusques en cy l’avez maintenue ? » A quoy le roy respondi : « Se je ne delesse a mes enfans si grans prouffis que jusques en cy ay euz sur mes subgietz, je leur laisseray seignourie de plus longue duree[100] [100] Id. , f° 18 s. Correspond à VAL. MAX. IV, 1, ext. 8. ...
suite
».

51 mon grant psaultier, pour Marie de la Bare[101] [101] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 287. ...
suite
: non identifié.

52 le livre du jeu d’eschez moralisé, pour Philippe de Croÿ, seigneur de Sempy (le fils d’Antoine)[102] [102] Id. , p. 288. ...
suite
: Jacques de Cessoles, Liber de moribus hominum et officiis nobilium ac popularium super ludo scaccorum, traduit par Jean de Vignay ou par Jean Ferron, Le Jeu des échecs moralisés. Il s’agit très probablement du ms. K.B.R., 11 136 avec le blason et la devise du cousin du seigneur de Sempy, Philippe, comte de Chimay[103] [103] DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche,...
suite
.

53 ung livre de l’arbre des batailles, pour Jean de Lannoy[104] [104] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 288. ...
suite
: Honoré Bouvet, L’Arbre des batailles[105] [105] HONORÉ BONET (en réalité : BOUVET), L’Arbre des...
suite
. On retrouve quelques ressemblances avec cette œuvre dans l’Enseignement de vraie noblesse, mais ce dernier ne remonte pas nécessai~rement à cette source. Dans la Lettre à Loys de Jean de Lannoy, on ne trouve aucune trace de l’Arbre des batailles[106] [106] JEAN DE LANNOY, Lettre à Loys son filz, Jean de Lannoy,...
suite
.

54

L’Enseignement de vraie noblesse
Et jassoit ce qu’il peut sambler aux jones
princes, chevaliers ou escuiers, que ceulx qui
en telz matieres parlent et se maintiennent
fierement, usans de haultaine langaiges, se y
portent grandement ou gardent leur hon-
neur, ¶ a la verité ung deffendeur, selon les
droiz en tel cas acoustumez, a trop
d’avantaiges en maintes manieres. Et com-
ment qu’il voise, le jugement de camp est trop
dangereux et perilleux, car l’en y met en
aventure, comme il peut sambler, ame, hon-
neur, corps et chevance. Et si est chose
deffendue selon nostre foy et Eglise
chrestienne, et comme dient les clers, c’est
tempter Dieu et sa divine puissance[107] [107] BRUXELLES, K. B. R. , ms. 11 047, f° 87. ...
suite
.
L’Arbre des batailles
Et sur ce propos il y a une decretale qui
raconte une histoire et dist que une fois en la
cité d’Espolete furent deux freres accusez de
larrecin pourquoy selon la coustume d’icelui
pays les en convint defendre en champ clos.
Et jasoit ce que de ce mefait à la pure verité ils
fussent innocens du cas toutefois ils furent
desconffis. Si ne tarda guaires aprés ce que
celui qui avoit commis le larrecin fut trouvé
en la cité mesme. Et pour ceste cause les drois
canons ont reprouvé ceste maniere de ba-
taille. La seconde raison si est car quant ung
homme si veult par telle maniere prouver son
droit il veult Dieu tempter et esprouver se
Dieu en telle bataille monstrera justice, et
comme vous pouvez sçavoir ce n’est pas deue
chose ne licite de tempter Dieu[108] [108] HONORÉ BOUVET, L’Arbre des Batailles, p. 70 s. ...
suite
.
Car quant gentil homme trespasse les
commandemens et ordonnances de son capi-
taine ou qu’il se depart sans licence, ou lieve
commocion en une armee entre les
compaignons et gens de guerre, mesmement
quant c’est pour la deffence du lieu dont il
tient sa terre.
Car il doit bien savoir et jugier en lui mesmes
qu’il ne se acquitte pas loyaument envers son
prince, et qu’il en doit estre pugnis. Si s’en
doit garder sur tant qu’il ayme sa vie, hon-
neur et chevance. Et de telz gens doivent les
princes prendre grant pugnicion. Car c’est
espece de trahison. Et font plus a blasmer et
reprendre sans comparoison, que une
communaulté de peuple qui aucuneffois
s’eslievent par simplece ou faulce de jus-
tice[109] [109] BRUXELLES, K. B. R. , ms. 11 047, f° 86 s. ...
suite
.
Aprés le (le chief) doibt perdre celui qui
procure comment en l’ost ait dissension et
rumeur mortelle les ungs contre les
aultres[110] [110] HONORÉ BOUVET, L’Arbre des Batailles, p. 98. ...
suite
.
Et paravant long temps, le poeuple de envi-
ron Romme esleurent a seigneur ung nommé
Saturnus ou Saturne, qui par un sien fil avoit
esté dechaciés, comme l’en treuve es histoires.
La cause de son election fu qu’ilz le virent
sage et de grant discretion, et fu le premier es
parties d’Italie qui trouva la maniere de
labeurer la terre et y semer du froument, car
paravant son temps l’en n’avoit pas semé blé,
mais croissoit en divers lieux, ci un espicq, la
un autre, comme l’en voit venir de la terre
pluseurs autres choses.
Et quant le peuple ot congnoissance que par
son sens et moien ilz vindrent a la
substentation de avoir pain pour eulx vivre,
ilz le prindrent en si grant amour et chiere
qu’ilz l’eslurent a seigneur, non pas a sei-
gneur seulement, mais comme gens abusez
l’aurerent comme Dieu[111] [111] BRUXELLES, K. B. R. , ms. 11 047, f° 17. ...
suite
.
Si devez sçavoir que avant la fondation de
Romme en celui pays estoit seigneur ung qui
se nommoit Saturne lequel eut ung fils qui
eut si grande haine à son pere qu’il le contrai-
gnit tellement que Saturne s’enfuit et se
mucha es bois qui estoient pres du lieu où se
siet à present la noble cité de Romme. Et pour
celle cause ces parties furent appelées au
temps ancien Lombardie l’escondite. Celui
Saturne apprist aux gens de celle contrée à
faire mansions, à labourer les terres, à semer
les blez, à planter les vignes et à vivre comme
creatures ont accoustumé de faire, car
paravant leur façon de vivre n’estoit que de
anger glans, pommes et poires sauvages,
chastaignes et autres fruits et herbes comme
font les bestes. Et pour les vertus dont les
gens du pays le trouverent garny ils le firent
leur seigneur et plusieurs d’entre eulx le
appelerent dieu[112] [112] HONORÉ BOUVET, L’Arbre des Batailles, p. 35 s. ...
suite
.

55 Il convient d’ajouter par ailleurs que l’auteur de l’Enseignement ne semble guère apprécier les manuels de guerre, un genre littéraire dont il stigmatise le caractère éphémère :

56

De la maniere de combatre, ne de la conduite et soubtileté des batailles es fais de guerre, d’assaillir, prendre villes ou chasteaulx ou les deffendre, ne des manieres que en tel cas appartient, me deporte d’en faire longues paroles. Car anchiennement en ont esté fais tant de livres qui en parlent en diverses manieres, par lesquelx on peut veoir moult de beaux enseignemens et bien prouffitables, qui regarder y veult. Mais pour les muances et soubtiletez qui journelement se treuvent es guerres, et de ce que y appartient, les princes s’en doivent conseillier, et en user selon la coustume des pays ou les guerres se font, par l’advis des saiges et vaillans qui journellement s’y employent, etc. Car l’en dist en commun parler, qu’il n’est prophete que le temps, car selon ce que les afferes changent, fault souvent muer conseil[113] [113] BRUXELLES, K. B. R. , ms. 11 047, f° 78 v°. ...
suite
.

57 ung livre qui est traictier des dix commandemens de la loy, pour Jacques de Jauche, seigneur de Mastaing[114] [114] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 288. ...
suite
: B. Schnerb émet l’hypothèse d’une traduc~tion française du De preceptis Dei de Jean Gerson[115] [115] SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 241 n. ...
suite
.

58 ung livre qui traite du gouvernement des roix, des princes et de toutes gens, pour Jean de Melun, seigneur d’Antoing[116] [116] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 289. ...
suite
. Étant donné le nombre important de miroirs de princes, il semble impossible d’identifier cette œuvre avec préci~sion. Diverses possibilités : le De regimine principum de Gilles de Rome, dans la traduction de Henry de Gauchy[117] [117] F. LAJARD, Gilles de Rome, religieux augustin, théologien,...
suite
, le Liber de informatione principum, anonyme, dans la traduction de Jean Golein[118] [118] L. DELISLE, Anonyme, auteur du Liber...
suite
, la traduction anonyme du De regimine principum de Thomas d’Aquin[119] [119] THOMAS D’AQUIN, De regimine principum, Selected Political...
suite
, peut-être même une traduction du Secretum secretorum[120] [120] Cette suggestion est faite par SCHNERB, Piété et culture...
suite
. L’imprécision de cette entrée se fait encore plus saillante si l’on considère le titre que donne précisément l’ex-libris de Charles de Croÿ à l’Enseignement de vraie noblesse d’Hugues de Lannoy. L’entrée originale – C’est ung livre qui traicte d’aucuns miracles fais par notre dame de Hals et de pluseurs aultres enseignements, lequel est à monseigneur Charles de Croy conte de Chimay [sign.] Charles – est partiellement rayée et remplacée par : C’est ung livre qui traicte d’aucuns einseignements des roys et princes, lequel est à [][121] [121] BRUXELLES, K. B. R. , ms. 10 314, f° 103 v°, reproduit de...
suite
mon livre de cronicques de France, pour Jean de Rubempré, seigneur de Biévène[122] [122] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 290. ...
suite
: il s’agit probablement des Grandes chroniques de France[123] [123] Comme le présume SCHNERB, Piété et culture d’une noble...
suite
ou des Chroniques de Jean Froissart, mais il existe aussi une collection de chroniques de Flandre connues sous ce titre[124] [124] LILLE, Bibliothèque municipale, ms. 538, correspond, sous...
suite
. Il est peu probable qu’il s’agisse de ce fragment des Chroniques d’Enguerrand de Monstrelet dont Hugues de Lannoy a été en possession[125] [125] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
suite
. Les éléments d’histoire de France que l’on découvre dans les œuvres d’Hugues ne proviennent pas nécessairement de sources écrites.

59 le livre de la chétiveté de la misérable condition humaine, pour Agnès de Craon, abbesse de Notre-Dame de Messines[126] [126] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 290. ...
suite
. En principe, deux possibilités doi~vent être envisagées. Le De contemptu mundi du pape Innocent III a souvent été copié sous le titre De miseria humanae conditionis, traduit par Le Livre de la misère humaine[127] [127] Cette attribution se trouve dans SCHNERB, Piété et culture...
suite
. Si la similarité des titres suggère une telle identification, l’on ne possède aucune trace de la réception de cette œuvre dans celles y comparées – l’explication pourrait être que Marguerite de Bécourt est la seule à l’avoir utilisé. L’idée qui semble prévaloir dans l’Enseignement est que, dans ce monde, la gloria Dei peut être obtenue grâce à la renommée ; elle se trouve en réelle contradiction avec le sens de l’œuvre d’Innocent[128] [128] Voir B. M. BOLTON, Via ascetica : A Papal Quandary, Studies...
suite
. Il est donc peu probable que l’auteur de l’Enseignement ait utilisé cette œuvre sans exprimer sa position de façon explicite, comme il l’a fait avec les Préceptes d’Aristote. C’est exactement le contraire avec le De casibus virorum illustrium de Boccace, dans la traduction de Laurent de Premierfait. Dans ce cas, c’est le titre qui ne serait pas très orthodoxe : l’œuvre figure souvent sous le titre de Le Cas des nobles hommes et femmes[129] [129] Ainsi en va-t-il de la plupart des manuscrits, selon C. ...
suite
, Le Livre des cas et ruysne des nobles hommes et femmes renversés par Fortune[130] [130] CHANTILLY, Musée Condé, ms. 859, p. 87. ...
suite
, Le Livre de Bocace des nobles malheureux[131] [131] DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche,...
suite
ou Malheu~reuses fortunes et fins des nobles hommes et femmes[132] [132] PARIS, B. N. F. , ms. fr. 132 ; BOZZOLO, Manuscrits des...
suite
. Mais si on regarde les mentions de seconde main, l’on peut constater une plus grande diversité dans la manière de le désigner. Le titre donné ultérieurement au manuscrit de Louis de Bruges est accompagné d’un ex-libris qui parle du Livre du dechiet des nobles hommes[133] [133] Id. , p. 61. ...
suite
. Le Petit traictyé de noblesse évoque Le Livre des tresbuchemens[134] [134] A. VANDERJAGT, Qui sa vertu anoblist:...
suite
. Dans l’Enseignement de vraie noblesse se trouve une référence explicite à cette œuvre de Boccace[135] [135] BRUXELLES, K. B. R. , ms. 11 047, f° 17 v° : Et grant...
suite
.

60 ung livre de Boece de consolation, pour Aleaume de Lompré[136] [136] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 291. ...
suite
: Boèce, De consolatio philosophiae, peut-être dans la traduction de Renaut de Louhans, La Consolation de la philosophie[137] [137] B. ATHERTON, Édition critique de la version longue...
suite
. On ne retrouve pas de référence explicite à ce livre dans les trois œuvres d’Hugues. Il y a beaucoup d’allusions topiques à Fortune, mais il est à remarquer qu’Hugues ne suit pas le raisonnement subtil de Boèce sur la gloire divine et la gloire terrestre[138] [138] Pour l’opinion spécifique d’Hugues de Lannoy sur la...
suite
.

61 le livre de Boece de consolation modus et ratio, pour Philippe Frémault[139] [139] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 291. ...
suite
, un autre Boèce, De consolatio philosophiae, en compagnie du Livre du roy Modus et de la royne Ratio, destiné à Henri de Ferrières[140] [140] Les Livres du Roy Modus et de la Royne Ratio, éd. G. ...
suite
.

62 le livre des exemples, pour Jeanne de Ligne, épouse de Jean de Lannoy[141] [141] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 291. L’entrée se...
suite
: non identifié[142] [142] SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 242 n. ...
suite
.

63 ung livre nommé tulle de vielesse, pour Georges Gherbode[143] [143] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 291. ...
suite
: Ciceron, De senectute, dans la traduction de Laurent de Premierfait[144] [144] P. PERDRIZET, Jean Miélot, l’un des traducteurs de Philippe...
suite
. Hormis une récep~tion très semblable de Cicéron chez Premierfait et dans l’Enseignement de vraie noblesse[145] [145] Voir le chapitre sur la gloire dans STERCHI, über den...
suite
, l’on trouve des mentions explicites de Cicéron dans les Enseigne~ments paternels[146] [146] Voir supra, n. 98. ...
suite
.

64 le livre d’Alexandre, pour Bertrand de la Bare[147] [147] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 292. ...
suite
. Parmi les différents textes d’Alexandre, il s’agit très probablement de la traduction par Jean Wauquelin du Roman d’Alexandre en ancien français[148] [148] SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 243 n. ...
suite
, ou, peut-être, d’un autre texte contenant les Préceptes d’Aristote. Comme nous l’avons vu dans la comparai~son des textes, l’Enseignement de vraie noblesse et l’Instruction d’un jeune prince contiennent des citations des Préceptes[149] [149] Un autre exemple : L’Enseignement de vraie noblesse,...
suite
.

65 le livre du Romant de la Rose, pour Jean de Bécourt[150] [150] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 292. ...
suite
: Guillaume de Lorris et Jean de Meun, Le Roman de la Rose[151] [151] GUILLAUME DE LORRIS, JEAN DE MEUN, Le Roman de la Rose,...
suite
.

66 ung livre que fist et composa mon dit feu seigneur mary, pour Jean Frémault[152] [152] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 292. ...
suite
. Voir la prochaine entrée.

67 ung livre couvert de noir, où sont escrips les deux livres que fist mon dit seigneur mary pour Hue de Carvin[153] [153] Ibid. ...
suite
. Apparemment, Hugues de Lannoy n’a pas composé un seul livre, comme il est indiqué dans l’inventaire d’Antoine de Lalaing, mais deux ou trois, si l’on se réfère aux deux dernières entrées du testament. Sur la base des indices récoltés et compte tenu du grand nombre de recueils où sont reliés ensemble l’Instruction d’un jeune prince et les Enseignements paternels, on peut penser que cette entrée se réfère à un recueil de ce type, tandis que la seconde renvoie à l’Enseignement[154] [154] Recueils dans GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. 329-334,...
suite
.

68 le livre de la Cité des Dames pour ma commère, femme de Jehan le Preudhomme[155] [155] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 292. ...
suite
: Christine de Pizan, La Cité des Dames[156] [156] Malheureusement, l’édition critique de M. CURNOW, Vanderbilt...
suite
. La Cité ne semble pas avoir été utilisée dans les trois œuvres. Il importe de noter que bon nombre de manuscrits de cette œuvre ont été possédés par des femmes.

69 ung livre nommé de Bonnes Mœurs pour maistre Lois Dommessent[157] [157] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 292. ...
suite
. Jacques Legrand, Le Livre des Bonnes Mœurs[158] [158] JACQUES LEGRAND, Archiloge Sophie, Livre de Bonnes Meurs,...
suite
. Il est difficile de constater des em~prunts explicites, parce que Legrand lui-même fait beaucoup de citations, par exemple de Valère Maxime.

70 ung livre de l’Esquillon d’Amours divine pour Isabeau de Verchocq[159] [159] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 293. ...
suite
. L’Aiguillon d’amour divine, attribué à Bonaventure, dans la traduction de Jean de Brixey[160] [160] SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 242 n. ...
suite
.

71 ung livre de la Passion de Notre Seigneur Jésus pour Isabeau de Verchocq[161] [161] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 293. ...
suite
. B. Schnerb propose Les très dévotes contemplations sur les VII heures de la Passion de Jean Miélot[162] [162] SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 242 n. ...
suite
, que l’on trouve dans les bibliothèques de Philippe le Bon et de Marguerite d’Autriche[163] [163] DOUTREPONT, La Littérature française à la cour des...
suite
.

72 le livre de Lanceloit du Lacq pour Philippe Gomer[164] [164] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 293. ...
suite
. Lancelot du Lac[165] [165] Lancelot du Lac. The Non-Cyclic Old French Prose Romance,...
suite
.

73 Tel est le dernier des livres mentionnés dans le testament de Marguerite de Bécourt. L’influence d’un grand nombre de ces textes sur l’Enseignement de vraie noblesse et sur l’Instruction d’un jeune prince est évidente. Dans le cadre d’une édition critique de l’Enseignement, ces influences pourront être étu~diées de façon systématique. Compte tenu de ces rapports, il est difficile d’imaginer que la bibliothèque ait été destinée principalement à l’usage de Marguerite de Bécourt[166] [166] Suggestion de SCHNERB, Piété et culture d’une noble...
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. On peut aussi exclure qu’elle l’ait reçue de Guillebert de Lannoy. Marguerite est décédée avant son beau-frère. Il est donc impossible qu’elle en ait hérité[167] [167] Voir supra, n. 92. Guillebert est décédé en 1462...
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. Reste la possibilité d’un don, tout de même beaucoup moins probable qu’une appartenance des livres à son époux Hugues, ou au moins un partage avec lui.

74 L’argument de loin le plus convaincant à propos d’Hugues reste les deux ou trois livres qu’il a écrits. Eu égard à tout cet ensemble d’arguments, il paraît clair que ce furent l’Enseignement de vraie noblesse, l’Instruction d’un jeune prince et, très probablement, les Enseignements paternels. On peut penser que Hugues a rédigé la version définitive de l’Enseignement en 1444 durant sa retraite à Saint-Pierre à Lille – une vie dont il loue l’indépendance dans l’Enseignement, qu’il considère comme l’emblème de l’homme noble de l’âge d’or qui est à venir[168] [168] Cette retraite est mentionnée dans son épitaphe, éd. ...
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.

75 Même si la présente attribution n’avance pas de preuves explicites et univoques, mais – comme d’ailleurs celles de Potvin en faveur de Guillebert – seulement une riche collection d’indices, la force des arguments favorables à Hugues est sensiblement plus importante que celle de l’argumentaire développé par Potvin en faveur de Guillebert, alors que les arguments en faveur d’un seul auteur pour l’Enseignement, l’Instruction et l’Avis sont impartiaux. Même si elle n’affaiblit en rien le raisonnement, une seule objection est possible : elle ne peut être passée sous silence. On sait que Guillebert a été en pèlerinage à Hal le 23 juin 1423 ; il y a institué une messe matinale qui fut ratifiée en 1433 par le pape Eugène IV[169] [169] N. N. , Gilbert de Lannoy et la fondation de la Messe matinale...
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. L’on pourrait donc établir un lien entre Guillebert et le lieu qui figure dans le cadre narratif de l’Enseignement. Toutefois, eu égard au testament de Marguerite de Bécourt et à la mention des œuvres écrites par Hugues, cet argument ne nous semble pas avoir une importance majeure.

7. Attribution des Enseignements paternels

76 L’attribution des Enseignements paternels se base également en grande partie sur les raisonnements de Ch. Potvin[170] [170] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
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. Une nouvelle fois, ses arguments sont dirigés contre une possible attribution à Chastellain, proposée par Kervyn de Lettenhove. Potvin réfute l’un des arguments principaux de Kervyn selon lequel une anecdote sur Hugues de Tiberias se trouverait et dans l’Instruction et dans les Enseignements paternels[171] [171] Id. , p. LXVII ; raisonnement de KERVYN DE LETTENHOVE,...
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. Potvin a raison : elle n‘est pas dans les Enseignements paternels. En revanche, on la trouve dans l’Enseignement de vraie noblesse – autre point commun entre les deux textes[172] [172] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
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. Non seulement le fait que, dans bien des copies, les Enseignements sont reliés avec l’Instruction, mais aussi que tous deux sont copiés d’un seul trait, par la même main, plaide en faveur d’un auteur identique pour les deux textes[173] [173] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
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. La datation et la diffusion des textes vont dans le même sens. Et puis, autre argument, il y a cet épisode relatif à Louis de Robersart, que l’on trouve dans les Enseigne~ments et dans la Chronique de Chastellain – ce qui pourrait d’ailleurs signifier que Chastellain a bien écrit les deux textes[174] [174] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
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. Cependant Chastellain parle d’un livre du père à son fils, qu’il a dédié à Charles de Bourgogne. Or, dans le texte des Enseignements, ce n’est pas un prince mais un courtisan qui enseigne à son fils, entre autres choses comment obtenir la faveur du prince[175] [175] Id. , p. LXVIII s. et p. 469 : Et, s’il plaist à Dieu...
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. Potvin ajoute que, dans l’une des miniatures des Enseignements, le père porte le collier de la Toison d’or ; il en déduit qu’il s’agit d’un chevalier parlant à son fils, pas d’un auteur offrant son livre au comte de Charolais. Mais cette analyse de la miniature n’est pas complète. L’on y voit les deux lettres E, l’une en face de l’autre, sur le baldaquin placé derrière le père, et elles sont aussi présentes dans la miniature de dédicace du manuscrit de l’Instruction d’un jeune prince que possédait Philippe le Bon. C’est l’emblème du duc Phi~lippe[176] [176] La miniature se trouve dans le manuscrit de PARIS, B. N. F. ,...
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. S’agit-il de Philippe enseignant à son fils ? Il est bien hasardeux de répondre par l’affirmative, car Charles devrait alors aussi arborer le collier de la Toison d’or, lui qui le portait dès son baptême. De deux choses l’une : soit il est question du narrateur, chevalier de la Toison d’or, qui enseigne à son fils, soit il s’agit du duc Philippe, destinateur-lecteur, faisant le même. En fin de compte, Potvin compare les styles des Enseignements et de l’Instruction, et il cite le narrateur qui conseille d’écouter les personnes qui ont beaucoup voyagé, pour y détecter un indice sur l’identité de l’auteur – ce qui, nous l’avons vu, vaut aussi bien pour Hugues que pour Guillebert, d’autant plus que le même conseil se retrouve dans l’Enseignement de vraie noblesse[177] [177] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres,...
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.

77 Même si le raisonnement en faveur d’une identité d’auteur pour les Enseignements paternels, l’Instruction d’un jeune prince et l’Enseignement de vraie noblesse ne se fonde pas sur une collection d’indices aussi riche que celle montrant la connexion entre ces deux dernières œuvres, il contient au moins tous les arguments utilisés par Potvin, qui ont été considérés comme suffi~sants au cours du XXe siècle, et l’on y ajoutera la ressemblance textuelle avec l’Enseignement de vraie noblesse, mentionnée à la fin du paragraphe précédent. Ainsi, sur la base des choses connues à ce jour, tout notre argumentaire relatif à l’Enseignement de vraie noblesse est aussi celui qui permet d’identifier l’auteur des Enseignements paternels. Comme il est alors question de trois œuvres majeures écrites par Hugues de Lannoy, ce sont trois livres qu’évo~quent les deux entrées dans le testament de Marguerite de Bécourt, non pas deux différents et un doublon[178] [178] En revanche, L. VISSER-FUCHS (voir supra, n. 1) estime...
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. Selon l’habitude en matière de transmission des manuscrits, il s’agit d’une part d’un recueil contentant l’Instruction et les Enseignements, d’autre part d’une copie séparée de l’Enseignement.

78 À propos des Enseignement paternels aussi, l’on se doit de signaler une objection au raisonnement qui précède : Hugues de Lannoy n’a pas eu de fils, de sorte que l’élément biographique bien présent dans un texte comme la Lettre à son fils de Jean de Lannoy ne se retrouve évidemment pas dans les Enseignements paternels[179] [179] Voir Europäische Stammtafeln, éd. D. SCHWENNICKE,...
suite
. Laissons au lecteur le soin de juger s’il est à ce point improbable qu’un auteur sans fils ait écrit un texte où le narrateur instruit son fils. Il faut sur ce point se souvenir de la miniature des Enseignements où un père enseigne à son fils devant l’emblème du duc Philippe. Cette miniature, elle aussi, se refuse à être lue comme un miroir exact de la réalité : ou Charles a oublié de mettre son collier, ou un narrateur des plus prétentieux s’est placé devant l’emblème du bon duc.

79 Il nous reste à préciser, une dernière fois, que tous les arguments proposés dans le présent article ne créent pas une preuve irréfragable quant à la question de l’auteur des trois textes. De nouveaux indices apparaissent à propos de l’auteur de l’Enseignement de vraie noblesse. Et, en les mettant à coté de ce qui a été proposé par Ch. Potvin et accepté depuis plus de cent ans, il en résulte un surplus relatif d’indices. En conséquence, la seule prétention de notre étude est de rendre impossible, sur la base de nos connaissances du moment, de rejeter les présentes conclusions sans, en même temps, mettre en doute ce qui a été proposé par Ch. Potvin. Pour notre part, nous estimons que tant que de nouvelles preuves, plus convaincantes, n’auront pas été avan~cées, il conviendra de tenir Hugues de Lannoy pour l’auteur des Enseigne~ments paternels, tout comme pour l’Enseignement de vraie noblesse et pour l’Instruction d’un jeune prince.
Bâle

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Notes

[ 1] La biographie la plus complète est celle de B. DE LANNOY, Hugues de Lannoy, le bon seigneur de Santes, 1384-1456, Bruxelles, 1957. Pour la place de l’œuvre dans la littérature nobiliaire de la Bourgogne du XVe siècle, voir B. STERCHI, Über den Umgang mit Lob und Tadel. Normative Adelsliteratur und politische Kommunikation im burgundischen Hofadel, 1430-1506, Turnhout, Brepols, 2004 (sous presse dans la coll. Burgundica). Une attribution de l’Enseignement à Hugues de Lannoy a été avancée indépendamment du présent travail par L. VISSER-FUCHS, dans un article qui paraîtra sous le titre The Manuscript of the Enseignement de Vraie Noblesse made for Richard Neville, Earl of Warwick, in 1464 : an example of Anglo-Burgundian literary contact, dans Manuscripts in Transition. Recycling Manuscripts, Texts and Images, Mediaevalia Lovaniensia. Cet article traite du manuscrit de Genève et de son histoire plutôt que de son auteur et des autres œuvres de celui-ci. Nous tenons à remercier L. VISSER- FUCHS pour nos nombreuses conversations informelles et surtout pour nous avoir fait connaître le testament de Marguerite de Bécourt, ainsi qu’A. MARCHANDISSE pour la révision stylistique de notre article.Retour

[ 2] M. DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche. Essai de reconstitution d’après l’inventaire de 1523-1524, Louvain-Paris, 1995, p. 405. Bibliothèque Royale Albert Ier=K.B.R.Retour

[ 3] La Librairie des ducs de Bourgogne. Manuscrits conservés à la Bibliothèque royale de Belgique, t. 2, Textes didactiques, éd. B. BOUSMANNE, Fr. JOHAN et C. VAN HOOREBEECK, Turnhout, 2003, p. 222 s.Retour

[ 4] DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche, p. 484 ; C. GASPARD, F. LYNA, Chr. VAN DEN BERGEN-PANTENS, Les principaux manuscrits à peintures de la Bibliothèque royale de Belgique, t. 3, Bruxelles, 1989, p. 370.Retour

[ 5] L. DELISLE, G. MACON, H. D’ORLÉANS, Chantilly. Le cabinet des livres. Manuscrits, t. 1, Paris, 1900, p. 242-244.Retour

[ 6] H. AUBERT, Notices sur les manuscrits Petau conservés à la Bibliothèque de Genève, Paris, 1911, p. 126-129.Retour

[ 7] G.F. WARNER, J.S. GILSON, Catalogue of Western Manuscripts in the old Royal and King’s Collections, t. 2, Oxford, 1921, p. 336. British Library=B.L.Retour

[ 8] Voir infra, n. 77.Retour

[ 9] Catalogue of Additions to the Manuscripts in the British Museum in the Years 1841- 1845, Londres, 1964, p. 8 ; M. VALE, War and Chivalry, Londres, 1981, p. 24 n. 49.Retour

[ 10] H. MARTIN, Catalogue des Manuscrits de la Bibliothèque de l’Arsenal, t. 2, Paris, 1885, p. 478 s.Retour

[ 11] L DELISLE, Bibliothèque Nationale, Département des manuscrits. Catalogue des manuscrits français, ancien fonds (N° 1-6170), t. 1, Paris, 1868, p. 202. Bibliothèque nationale de France=B.N.F.Retour

[ 12] F. HACHEZ, Un manuscrit de l’Enseignement de la Vraie Noblesse provenant de la bibliothèque de Charles de Croÿ, comte de Chimay. Une notice, avec extraits sur le manuscrit n° 10314 de la Bibliothèque de Bruxelles, Annales du Cercle archéologique de Mons, t. 23, 1892, p. 103 s.Retour

[ 13] G. DOUTREPONT, La Littérature française à la cour des ducs de Bourgogne, Paris, 1909, p. 317-318.Retour

[ 14] Il se réfère à E. VAN BRUYSSEL, Liste des documents manuscrits relatifs à l’histoire de Belgique qui sont conservés au British Museum, Bulletin de la Commission royale d’Histoire de Belgique, 3e sér., t. 8, 1866, p. 208. Même si van Bruyssel se trompe dans l’ordre des textes contenus dans le recueil, le titre est juste. Voir infra, n. 77.Retour

[ 15] DOUTREPONT, La Littérature française, p. 317 : « Par son cadre et ses idées, l’Instruction d’un jeune prince se rapproche singulièrement de l’Enseignement de vraie noblesse (1440), texte qui s’est introduit en double copie dans la librairie de Philippe le Bon et qui, lui aussi, attend encore qu’on lui découvre un père. », p. 318 : « Si vraiment Ghillebert a composé l’Instruction, c’est à croire qu’il l’a faite en s’inspirant de l’Enseignement. Peut-être même faudrait-il dire plus et supposer qu’il est lui-même l’auteur de l’Enseignement et qu’il y a tracé une première esquisse de l’Instruction. […] Il est prudent de noter toutefois que nous avons dans la même famille Hugues de Lannoy, seigneur de Santes, auquel on serait en droit de penser également. C’est dire que le jeu des rapprochements, dans une littérature aussi peu originale que celle du XVe siècle, est assez dangereux et peut conduire loin. Tant d’analogies s’observent entre les œuvres d’alors qu’on finirait par attribuer à quatre ou cinq auteurs tous les textes qui nous sont arrivés sans signature. Ainsi, l’on constate encore que l’Advertissement au duc Charles de Chastellain est essentiellement dans le même ordre d’idées que l’Enseignement de vraie noblesse. » Il se réfère à GEORGES CHASTELLAIN, Advertissement au duc Charles soubs fiction de son propre entendement parlant à luy-mesme, dans ID., Œuvres complètes, éd. J.M.B.C. KERVYN DE LETTENHOVE, t. 7, Bruxelles, 1865, p. 285-333.Retour

[ 16] GUILLEBERT DE LANNOY, Denkbeelden van een vliesridder. De Instruction d’un jeune prince, éd. C.G. VAN LEEUWEN, Thèse, Amsterdam, 1975, p. 226-232 et XXIII s. : « Het is op grond van deze gelijkluidenheid verleidelijk te concluderen dat één auteur beide werken geschreven heeft. »Retour

[ 17] VALE, War and Chivalry, p. 25.Retour

[ 18] GASPARD, LYNA, VAN DEN BERGEN-PANTENS, Les principaux manuscrits à peintures, t. 3, 1, p. 370 : « Peut-on attribuer cet ouvrage à Ghillebert de Lannoy, l’auteur présumé de l’Instruction d’un jeune prince ? »Retour

[ 19] Les Chevaliers de l’Ordre de la Toison d’Or au XVe siècle. Notices bio-bibliographi- ques, sous la dir. de R. DE SMEDT, 2e éd., Francfort, 2000, p. 27.Retour

[ 20] DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche, p. 405. Elle connaît BRUXELLES, K.B.R., mss 10 314 et 11 049 (id., p. 484).Retour

[ 21] B. SCHNERB, L’Éducation d’un jeune noble à la Cour de Philippe le Bon d’après les Enseignements paternels de Ghillebert de Lannoy, Liber Amicorum Raphaël de Smedt, t. 3, Historia, éd. J. PAVIOT, Louvain, 2001, p. 116 n. 18 : « Ajoutons qu’on peut attribuer aussi à Ghillebert de Lannoy ou à son frère aîné Hugues un autre traité didactique intitulé L’Enseignement de vraie noblesse. »Retour

[ 22] Ph. CONTAMINE, La Noblesse au royaume de France de Philippe le Bel à Louis XII. Essai de synthèse, Paris, 1997.Retour

[ 23] La Librairie des ducs de Bourgogne, t. 2, p. 223.Retour

[ 24] Voir supra, n. 1.Retour

[ 25] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, éd. Ch. POTVIN, Louvain, 1878, p. LIIII-LV. Le texte avec variantes se trouve id., p. 293-326. Comme POTVIN le montre aux p. XLII et LVI, l’éd. de J.B.M.C. KERVYN DE LETTENHOVE, Programme d’un gouvernement consti- tutionnel en Belgique au XVe siècle, Bulletin de l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 2e sér., t. 14, 1862, p. 218-250, est inutilisable.Retour

[ 26] POTVIN dans GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. LIX-LXI.Retour

[ 27] Voir la comparaison systématique des trois textes par VAN LEEUWEN, Denkbeelden van een vliesridder, p. 233 s.Retour

[ 28] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. 299.Retour

[ 29] Id., p. 367 s.Retour

[ 30] BRUXELLES, K.B.R., ms. 11 047, f° 54 s.Retour

[ 31] Cet exemple fait l’objet d’une analyse dans STERCHI, Über den Umgang mit Lob und Tadel.Retour

[ 32] Pour le rôle des motifs topiques dans la littérature nobiliaire, voir id.Retour

[ 33] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. 295 : que de ce jour en avant il se voulsist gouverner par bonne ordonnance et droiturière justice, modérée par sagesse de clémence et pité, p. 300 : que de se jour en avant, justement et loiaument, selon raison, justice et bonne équité, vous conseillerez monseigneur le duc de Bourgogne en toutes ses besoignes et affaires; plus éclairant, p. 318 : et ung chacun cognoist mondit seigneur si bon et si sage que, luy bien adverty et informé [avant la main], ne feroit chose que, de raison et justice, pour son honneur et prouffit et le bien de son peuple, [bon prince] ne seroit tenu de faire, p. 321 : délibéré de ce jour en avant de se gouverner par [conseil eslëu], raison et justice, p. 324 : Quant à Dieu, c’est chose véritable que prince ne luy puet faire plus belle offrande ne oblacion que de gouverner le peuple qu’il a desoubz luy en raison et justice droiturière, sans fainte, p. 325 : la vraie sëureté et deffense de mondit seigneur est en ses subgès, desquelz il puet avoir les cuers en se gouvernant par raison et justice, comme dit est.Retour

[ 34] Id., p. 363. Les deux expressions sont expliquées dans le chapitre.Retour

[ 35] BRUXELLES, K.B.R., ms. 11 047, f° 1 s. (Table des matières) : La tierche, comment seignourie temporelle est venue en avant, les causes et moyens pourquoy, et qui plus est, ce que empereurs, roys et princes sont tenuz de faire selon la doctrine de Raison et [f° 1 v°] Justice, ainsi que cy aprés sera plusaplain dit et remoustré. Le chapitre se poursuit au f° 16, avec l’arrivé des allégories au f° 19 : Et nostre bon Createur Jhesucrist qui oncques ne failly a nul qui de bon cuer le requisist, oy leurs prieres, et bien y paru, car de son hault trosne celestiel fist descendre en terre Raison et Justice, et les envoya aux princes qui ainsi devotement l’avoient apellé et requis. Le cinquième chapitre revient aux allégories, f° 1 v° (Table de matières) : La chinquiesme, comment Ymaginacion par examples moustre et enseigne la providence et sagesse que doivent avoir princes et chevalerie, pour executer et faire deuement ce que Raison et Justice leur ont chairgié et ordonné, comme dessus est dit. Le chapitre commence au f° 37.Retour

[ 36] Id., f° 89 : se ces choses n’ont esté faites duement par raison et justice, f° 80 v° : sans avoir regart au salut de l’ame, a raison ne a justice.Retour

[ 37] Le premier passage id., f° 81, le deuxième id., f° 11 v°, comme l’une des trois parties composant la vraye noblesse.Retour

[ 38] Pour l’originalité des idées et les raisonnements dans les textes, voir le traitement du thème de la renommée dans STERCHI, Über den Umgang mit Lob und Tadel.Retour

[ 39] POTVIN dans GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. XXXV-LXXI.Retour

[ 40] Id., p. XXXV s. KERVYN DE LETTENHOVE fonde son raisonnement sur une attribution fautive, transmise par une édition de 1517.Retour

[ 41] Id., p. XXXVI s.Retour

[ 42] Id., p. XL s.Retour

[ 43] Id., p. XXXVIII. La mention id., p. 304.Retour

[ 44] Id., p. XXXVIII s.Retour

[ 45] BRUXELLES, K.B.R., ms. 10 976 ; GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. XXXVIII. Voir ill. 1.Retour

[ 46] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. XL.Retour

[ 47] Id., p. XL s.Retour

[ 48] Voir le chapitre sur l’utilisation de titres nobiliaires comme argument dans STERCHI, Über den Umgang mit Lob und Tadel.Retour

[ 49] PARIS, B.N.F., ms. fr. 1 278 ; KERVYN DE LETTENHOVE, Programme.Retour

[ 50] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. XLI-LXV. Sommaire détaillé id., p. 475-505.Retour

[ 51] Id., p. XLVII s.Retour

[ 52] Id., p. L.Retour

[ 53] Id., p. LIII s. : « Il suffit de feuilleter le manuscrit pour s’assurer qu’il s’y trouve, non pas deux, mais quatre copies de cet avis (fol. 16, 22, 26 et 44). L’écriture seule les désignerait aussitôt, elle est la même pour les quatre pièces et elle diffère sensiblement de celle des autres documents. Pour le brouillon comme pour la mise au net, pour la rédaction si différente des trois autres comme pour celles-ci, c’est la même main qui tient la plume. » Sur le passage autographe voir infra, n. 57.Retour

[ 54] Id., p. LIII-LXII, la citation p. LVIII.Retour

[ 55] Ibid., p. LI s. POTVIN cite le rapport d’ambassade, id., p. 251 : Item, estoit l’entention du dit Roy, quant je me partis, d’aller à Rome sur ceste saint Remy, pour soy coronner et parler au pape desdites matières. Par comparaison les Voyages, id., p. 164 s., cité p. LIII : L’an vingt et huit, le deuxième jour de jenvier, partant de l’Escluse me envoya mondit seigneur le duc en ambaxade, pour le fait des Housses, en Hongrie, devers le roy des Rommains, roy de Béhaigne et de Hongrie, et devers le duc Aubert d’Ostrice et devers les esliseurs de l’Empire. Ouquel voiage demouray quatre mois.Retour

[ 56] Id., p. LV (1er fragment) : « On y voit quelques ratures, quelques surcharges et quelques corrections en marge, d’une autre écriture que le texte.», p. LVI (2e fragment) : « Sur la dernière page laissée en blanc, on lit, non sans difficulté, un essai de variantes, avec des ratures et des surcharges, d’une écriture toute autre, rapide et négligée, que nous retrouverons ailleurs. », p. LVII (3e fragment) : « Elle est corrigée et augmentée, soit entre les lignes, soit en marge, par une autre main, la même qui a corrigé les deux autres textes ; et elle est beaucoup plus développée que sa mise au net. »Retour

[ 57] Ibid., p. LXIII s. : « Ce travail de rédaction ressemble beaucoup à celui de l’Avis de 1439. Or, sur le verso d’un feuillet de cet avis (fol. 25), on lit avec peine un essai de variante qui ne peut pas non plus être ni d’un copiste ni d’un secrétaire, car ni l’un ni l’autre n’écrivent sur le dos d’une pièce, et qui doit être de l’auteur. Elle est de la même écriture que le long brouillon sur la guerre de Bohême. »Retour

[ 58] Id., p. LXIV : « Si Ghillebert, comme je crois l’avoir prouvé, est l’auteur de l’avis de 1439, la variante qu’il y a essayée devant être de sa main, on peut en inférer qu’il est aussi l’auteur du mémoire contre les Hussites. Rien n’est plus vraisemblable d’ailleurs et toutes les probabilités sont en faveur de Ghillebert. »Retour

[ 59] Id., p. LXII : « Est-il à présumer que l’auteur du livre [l’Instruction] eût pu avoir connaissance de ces pièces si ce n’était pas lui, ou du moins son frère, qui les avait rédigées. Nous avons vu pourquoi Hugues n’en peut être l’auteur. Il reste donc Ghillebert. Ghillebert est sûrement l’auteur de l’Instruction d’un jeune prince. Est-il acceptable aussi qu’un homme comme lui, un penseur, un écrivain, si par extraordi- naire il avait eu communication de ces brouillons, se serait servi à ce point des idées et des expressions d’autrui ? Non, si la ressemblance existe, ces pièces et ce livre sont d’un même écrivain ; on ne peut échapper à cette conclusion : que le conseiller qui mit tant de soins à rédiger l’Avis de 1439 et qui en a conservé les divers essais, les a mis en usage pour écrire l’Instruction et doit être Ghillebert de Lannoy. »Retour

[ 60] VAN LEEUWEN, Denkbeelden van een vliesridder, p. XVI s. : « Op grond van deze overweging is Potvin er terecht toe gekomen Guillebert als de opsteller van de memorie aan te wijzen zodat hij ook op grond van de overeenkomst tussen het Avis en de Instruction de auteur van het laatstgenoemde werk moet zijn. » ; J. CONELL dans GUILLEBERT DE LANNOY, L’Instruction d’un jeune prince : a Critical Edition and Analysis, Thèse publiée dans les Dissertation abstracts, Ann Arbor, 1984, p. XIII : « I agree, therefore, that Ghillebert de Lannoy is the author of L’instruction d’un jeune prince. » Les observations de Conell ajoutent au raisonnement de particularités stylistiques très répandues en ce temps-là. Voir supra, n. 15.Retour

[ 61] Voir ibid.Retour

[ 62] J.H. HEXTER, The Education of the Aristocracy in the Renaissance, Journal of modern History, t. 22, 1950, p. 15 ; VALE, War and Chivalry, p. 15.Retour

[ 63] R. VAUGHAN, Philip the Good. The Apogee of Burgundy, Londres, 1970, p. 170 et 259.Retour

[ 64] VAN LEEUWEN, Denkbeelden van een vliesridder, p. 136.Retour

[ 65] R. VAUGHAN, Hue de Lannoy and the question of the Burgundian state, Das spätmittelalterliche Königtum im europäischen Vergleich, éd. R. SCHNEIDER, Sigmaringen, 1987, p. 339 et 343 s.Retour

[ 66] Voir supra, n. 18.Retour

[ 67] SCHNERB, L’Éducation d’un jeune noble, p. 115. Il se réfère et aux Enseigne- ments paternels et à l’Instruction d’un jeune prince.Retour

[ 68] H. BRAND, Art. Hue (Hugues) de Lannoy, Les Chevaliers de l’Ordre de la Toison d’or, p. 14. Dans GENÈVE, Bibliothèque publique et universitaire, ms. fr. 166, f° 3, le narrateur de l’Enseignement de vraie noblesse est représenté avec le collier. Voir ill. 2.Retour

[ 69] Lui-même écrit son nom de cette manière. Voir infra, n. 71.Retour

[ 70] Selon son épitaphe, publié dans DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 167 : Premièrement, en l’âge de xx ans, receut l’ordre de chevalerie au très saint lieu de Jhérusalem, dont, au retour, avec le maistre de Liflant s’en alla en Prusse, frontière contre les Turcqz, ralla avec le duc Wiltolt encontre les Tatares, fist congnoître et eslever son nom en plusieurs haulx et valeureux faits, partout plus que home de sa nation piéçà. Voir l’importance des voyageurs dans les Enseignements paternels et dans l’Enseignement de vraie noblesse, infra, n. 177.Retour

[ 71] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. 491 : Premiers, leur dira comment le sire de Saintes, etc. etc. En revanche, dans le même document, plus bas : Quant à moi, Hue de Lannoy, je ne me puis assez esmerveiller des manières que l’en tient envers moy.Retour

[ 72] Id., p. 323 : commettre monseigneur le conte d’Estampes, et son conseil, appellé à ce monseigneur de Croy, [son premier chambellan,] aucuns des seigneurs de Brabant et de Flandres, monseigneur le bailli de Haynau, monseigneur de Habourdin, messire Baudet de Noyelle, [le souverain de Flandres, les gouverneurs d’Arras et de Lille] et le seigneur de Santes, pour […]. Dans la première rédaction, le passage se lisait : messire Baudet de Noyelle, le gouverneur d’Arras et de Lille, le sire de Santes et le souverain de Flandres.Retour

[ 73] Voir supra, n. 55.Retour

[ 74] Voici ce que nous écrit sur ce point, en date du 14 février 2001, M. Fr. AVRIL, que nous tenons à remercier ici : « Ce sont ces deux feuillets (146-147) qui présentent le plus de rapports, me semble-t il, avec les ff. de l’avis de 1439 (ff. 16, 22, 26 et 44), sans qu’il soit possible de se prononcer cependant en faveur d’une identité d’écriture. Les corrections ou insertions de ces feuillets (il se réfère aux f° 16, 22, 26 et 44, les f° 146- 147 ne contenant pas de corrections, voir GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. LI, 202, 250- 253) ne me semblent pas de la même main que celles des ff. 151-159. C’est tout ce que je puis dire sur ce problème bien difficile et sur lequel je préfère rester prudent. » PARIS, B.N.F., ms. fr. 1 278, contient le rapport d’ambassade aux f° 146-147, les rédactions de l’avis sur les Hussites aux f° 151-159.Retour

[ 75] Voir n. 74.Retour

[ 76] Voir le registre des sources de J. POTVIN, Hugues de Lannoy, 1384-1456, Bulletin de la Commission royale d’Histoire de Belgique, 4e sér., t. 6, 1879, p. 117-138.Retour

[ 77] LONDRES, B.L., ms. Harley 4 397, f° 1. Monsr. et Sante. sont abrégés. Les différents textes du recueil sont reproduits avec des titres imprécis, mais dans l’ordre exact, dans R. NARES et al., A Catalogue of the Harleian Manuscripts in the British Museum, t. 3, Londres, 1808-1812, p. 140 s. : « 1. Le Livre de l’imaginacion par Mr. de St Tomas, 1440. 2. Balade bien substancieuse. 3. Passe-temps de michault. 4. Le temps perdu de Pier-Chastellain, a Michault Faill-event. 5. A short Chronicle of the Kings of France. 6. La Complainte de Madame Ysabel de Bourbon. 7. Le Testament de Pierre de Nesson. 8. A ballad on death. 9. A tract in prose, entitled Ung brief et utile Traittée de Conseil compilé au commendement de mon tres redoubté Seigneur & Prince Charles le Duc de Bourgoyne, par Reverent pere en dieu Guillaume, evesque de Tournay. », et de façon erronée chez VAN BRUYSSEL, Liste des documents manuscrits relatifs à l’histoire de Belgique qui sont conservés au British Museum, p. 208 : « 1. Le livre de l’imagination au pèlerin de Haulx, fait par Mr. de Sante, commencant par ces mots : Comment imagination vestoue et attournée moult noblement s’apparut etc. 2. Balade bien substancieuse : Le temps perdu, etc. (de Pierre Chastelain). 3. Quelques notes et dates, extraites de la chronique de St-Denis. 4. La complainte de la mort de madame Ysabel de Bourbon, comtesse de Charolois. 5. Le testament de maître Pierre de Nesson. Ballade de la mort. » Curieusement, dans GUILLAUME FILLASTRE, Le Traittié du conseil, éd. H. HÄYRYNEN, Jyväskylä, 1994, p. 83, l’éditrice ne donne pas la table des matières du manuscrit, mais la translittération de H. Wanley : Le livre de l’Imagination au Pelerin de Haulz en Haynnau, par Monsr. de Santé.Retour

[ 78] M. MESTAYER, La bibliothèque de Charles II, comte de Lalaing, en 1541, Publication du Centre européen d’Études bourguignonnes (XIVe-XVIe s.), t. 31, Rencontres de Middlebourg-Bergen-op-Zoom (27 au 30 septembre 1990) : Les Sources littéraires et leurs publics dans l’espace bourguignon (XIVe-XVIe siècles), 1991, p. 206.Retour

[ 79] FILLASTRE, Le Traittié de conseil, p. 83 s.Retour

[ 80] Id., p. 255 n.Retour

[ 81] MESTAYER, op. cit., p. 206.Retour

[ 82] A.M. LEGARÉ, Le Livre des Faits de Jacques de Lalaing enluminé par le Maître d’Antoine Rolin, Mélanges à la mémoire du Prof. Maurits Smeyers, Louvain, 2004, sous presse.Retour

[ 83] LILLE, Archives Départementales du Nord, B 1081, n° 15 454, mentionné par DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 67 n. 55.Retour

[ 84] J. PAVIOT, Art. Ghillebert de Lannoy, Les Chevaliers de l’Ordre de la Toison d’or, p. 26.Retour

[ 85] HACHEZ, Un Manuscrit de l’Enseignement de la Vraie Noblesse, p. 104.Retour

[ 86] H.A.E. VAN GELDER, Gegevens betreffende roerend en onroerend bezit in de Nederlanden in de 16e eeuw, t. 1, La Haye, 1972, p. 21.Retour

[ 87] Catalogue of Additions to the Manuscripts in the British Museum in the Years 1841- 1845, p. 8 : Coppie de l’epitaphe de Messire Hue de Lannoy, Seigner de Santes, comme il est sur la sepulture à Saint Pierre à Lille, en la chapelle Saint Michiel par luy fondée. Le 20 août 1470, présenté dans le catalogue comme la date du décès est fautif. L’épitaphe est publiée dans DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 167 s., sans référence au manuscrit, mais à Saint-Pierre à Lille.Retour

[ 88] VISSER-FUCHS, voir supra, n. 1.Retour

[ 89] Letters from Hue de Lannoy and the Treasurer of the Boulennois, in which they give a history of their embassy into England, Letters and Papers illustrative of the wars of the English in France during the reign of Henry the sixth, éd. J. STEVENSON, t. 2, 1, Londres, 1864, p. 218-249. Il s’agit du manuscrit de Genève. Voir supra, n. 6.Retour

[ 90] Il s’agit du ms. 10 314 de BRUXELLES, K.B.R. Pour l’identification du détenteur, voir STERCHI, Über den Umgang mit Lob und Tadel.Retour

[ 91] Pour les devises voir id.Retour

[ 92] Publié dans DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 281-295. Les exécuteurs testa- mentaires, ibid., p. 294 : Philippe de Croÿ, seigneur de Sempy, Jean de Lannoy et Louis Dommessent, Jean de Bécourt, George Gherbode et Jean Hérenc. La date du décès dans BRAND, Art. Hue (Hugues) de Lannoy, p. 14.Retour

[ 93] Nous sommes convaincu qu’une comparaison systématique, dans le cadre d’une édition critique de l’Enseignement de vraie noblesse, établirait davantage de parallèles et ainsi d’indices sur la manière dont un auteur laïque du XVe siècle a utilisé ses sources. Une première identification des livres a été faite par B. SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame au milieu du XVe siècle : l’exemple de Marguerite de Bécourt, dame de Santes, Au cloître et dans le monde. Femmes, hommes et sociétés (IXe-XVe siècle). Mélanges en l’honneur de Paulette L’Hermite-Leclercq, éd. P. HENRIET et A.M. LEGRAS, Paris, 2000, p. 235-245.Retour

[ 94] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 284.Retour

[ 95] DOUTREPONT, La Littérature française, p. 205. Les douze signes du firmament sont proposés par SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 243.Retour

[ 96] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 285.Retour

[ 97] DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche, p. 48.Retour

[ 98] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. 457.Retour

[ 99] BRUXELLES, K.B.R., ms. 11 047, f° 78.Retour

[ 100] Id., f° 18 s. Correspond à VAL. MAX. IV, 1, ext. 8.Retour

[ 101] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 287.Retour

[ 102] Id., p. 288.Retour

[ 103] DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche, p. 290.Retour

[ 104] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 288.Retour

[ 105] HONORÉ BONET (en réalité : BOUVET), L’Arbre des Batailles, éd. E. NYS, Bruxelles- Paris, 1883.Retour

[ 106] JEAN DE LANNOY, Lettre à Loys son filz, Jean de Lannoy, le bâtisseur, 1410-1492, éd. B. DE LANNOY, G. DANSAERT, Paris-Bruxelles, 1937, p. 119-210.Retour

[ 107] BRUXELLES, K.B.R., ms. 11 047, f° 87.Retour

[ 108] HONORÉ BOUVET, L’Arbre des Batailles, p. 70 s.Retour

[ 109] BRUXELLES, K.B.R., ms. 11 047, f° 86 s.Retour

[ 110] HONORÉ BOUVET, L’Arbre des Batailles, p. 98.Retour

[ 111] BRUXELLES, K.B.R., ms. 11 047, f° 17.Retour

[ 112] HONORÉ BOUVET, L’Arbre des Batailles, p. 35 s.Retour

[ 113] BRUXELLES, K.B.R., ms. 11 047, f° 78 v°.Retour

[ 114] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 288.Retour

[ 115] SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 241 n. 37.Retour

[ 116] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 289.Retour

[ 117] F. LAJARD, Gilles de Rome, religieux augustin, théologien, Histoire littéraire de la France, t. 30, 1888, p. 421-566. PARIS, B.N.F., ms. fr. 1 728, a pour titre Le Livre du gouvernement des rois et des princes. J.K. ATKINSON, Manuscript context as a guide to generic shift : some Middle French Consolations, Medieval Codicology, Iconography, Literature and Translation. Studies for Keith Val Sinclair, éd. P.R. MONKS, D.D.R. OWEN, Leyde, 1994, p. 327.Retour

[ 118] L. DELISLE, Anonyme, auteur du Liber de informatione principum, Histoire littéraire de la France, t. 31, 1893, p. 35-47.Retour

[ 119] THOMAS D’AQUIN, De regimine principum, Selected Political Writings, éd. J.G. DAWSON, Oxford, 1978, p. 1-83.Retour

[ 120] Cette suggestion est faite par SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 243 n. 49.Retour

[ 121] BRUXELLES, K.B.R., ms. 10 314, f° 103 v°, reproduit de façon imprécise dans HACHEZ, Un Manuscrit de l’Enseignement de la Vraie Noblesse, p. 91.Retour

[ 122] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 290.Retour

[ 123] Comme le présume SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 243 n. 47. Voir BRUXELLES, K.B.R., ms. 11 047, f° 73 : Mais pourtant ne demeure pas que le noble Godefroy par sa vaillance ne conquist la sainte cité de Jherusalem, et en maintes diverses batailles desconfist les Sarrazins, comme l’en peut veoir en la cronicque.Retour

[ 124] LILLE, Bibliothèque municipale, ms. 538, correspond, sous ce titre, f° 1-98 v°, à une Istore et chroniques de Flandres, éd. J.M.B.C. KERVYN DE LETTENHOVE, t. 1, Bruxelles, 1879, p. 238-419, et t. 2, Bruxelles, 1880, p. 1-358, et, f° 99-228, au Livre des Trahisons de France, publié dans les Chroniques relatives à l’histoire de la Belgique sous la domination des ducs de Bourgogne, éd. J.B.M.C. KERVYN DE LETTENHOVE, t. 2, Bruxelles, 1873, p. 1-236. Le texte finit avec l'affaire Rubempré en 1464. Entre autres ex-libris, le manuscrit contient celui-ci au f° 229 v° : Je suis appartenant à Guilbert de Lannoy, seigneur de Courtembus, la Capelle, Sassignies etc. Pourtant, il ne s’agit pas du frère de Hugues. H. RIGAUX, Manuscrits de la Bibliothèque de Lille, Catalogue général des Manuscrits des Bibliothèques publiques de France. Départements, t. 26, Paris, 1897, p. 407 s.Retour

[ 125] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. 478. Il s’agit du PARIS, B.N.F., ms. fr. 1 278, f° 97 s ; il contient les chapitres 177 à 184.Retour

[ 126] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 290.Retour

[ 127] Cette attribution se trouve dans SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 242 n. 38. Sur le titre latin voir R.E. LEWIS, More new manuscripts of Pope Innocent III’s De miseria humanae conditionis, Manuscripta, t. 8, 1964, p. 172-175. Le titre des traductions françaises dans ATKINSON, Manuscript context as a guide to generic shift, p. 327 sur la base de BESANÇON, Bibliothèque municipale, ms. 434, exécuté pour le roi de France Charles V. La problématique de l’identification des titres est décrite ibid., p. 330 : parfois, l’on trouve le Testament de Jean de Meun sous le titre Liber de contemptu mundi.Retour

[ 128] Voir B.M. BOLTON, Via ascetica : A Papal Quandary, Studies in Church History, t. 22, 1985, p. 161-191 pour l’œuvre d’Innocent, STERCHI, Über den Umgang mit Lob und Tadel pour l’Enseignement de vraie noblesse.Retour

[ 129] Ainsi en va-t-il de la plupart des manuscrits, selon C. BOZZOLO, Manuscrits des traductions françaises d’œuvres de Boccace, Padoue, 1973, p. 16.Retour

[ 130] CHANTILLY, Musée Condé, ms. 859, p. 87.Retour

[ 131] DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche, p. 45. Le même titre apparaît dans MARTIN LE FRANC, L’Estrif de Fortune et Vertu, éd. P.F. DEMBOWSKI, Genève, 1999, p. 35.Retour

[ 132] PARIS, B.N.F., ms. fr. 132 ; BOZZOLO, Manuscrits des traductions françaises d’œuvres de Boccace, p. 60.Retour

[ 133] Id., p. 61.Retour

[ 134] A. VANDERJAGT, Qui sa vertu anoblist: The Concepts of noblesse and chose publique in Burgundian Political Thought (including French Translations of Giovanni Aurispa, Buanoccorso da Montemagno, and Diego de Valera), Groningue, 1981, p. 238.Retour

[ 135] BRUXELLES, K.B.R., ms. 11 047, f° 17 v° : Et grant quantité qui par princes d’estranges rigions furent deboutez et supplantez de leurs royaulmes, ainsi que l’en peut veoir et que l’en treuve es histoires et livres de Bocasse qui regarder y vouldra.Retour

[ 136] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 291.Retour

[ 137] B. ATHERTON, Édition critique de la version longue du Roman de Fortune et de Félicité de Boèce, Thèse, Université du Queensland, 1994. La traduction de Louhans est souvent intitulée Le Roman de Fortune et de Felicité. Pour les différentes versions du texte, voir ATKINSON, Manuscript context as a guide to generic shift.Retour

[ 138] Pour l’opinion spécifique d’Hugues de Lannoy sur la question de la gloire, voir STERCHI, Über den Umgang mit Lob und Tadel.Retour

[ 139] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 291.Retour

[ 140] Les Livres du Roy Modus et de la Royne Ratio, éd. G. TILANDER, 2 vol., Paris, 1932 ; G. TILANDER, Les Manuscrits des Livres du roi Modus et de la reine Ratio, Lund, 1932, ne nomme aucun recueil avec Boèce.Retour

[ 141] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 291. L’entrée se lit : ma commère femme Jehan de Lannoy. Le nouveau mari (1460) de Jeanne, Jean seigneur de Lannoy, est l’unique Jean de Lannoy vivant à ce temps.Retour

[ 142] SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 242 n. 42, suppose qu’il s’agit d’une collection d’exempla semblable au Miroir des bonnes femmes.Retour

[ 143] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 291.Retour

[ 144] P. PERDRIZET, Jean Miélot, l’un des traducteurs de Philippe le Bon, Revue d’Histoire littéraire de la France, t. 14, 1907, p. 481 ; É. PELLEGRIN, Note sur deux manuscrits enluminés contenant le De senectute de Cicéron avec la traduction fran- çaise de Premierfait, Scriptorium, t. 12, 1958, p. 276-280.Retour

[ 145] Voir le chapitre sur la gloire dans STERCHI, Über den Umgang mit Lob und Tadel.Retour

[ 146] Voir supra, n. 98.Retour

[ 147] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 292.Retour

[ 148] SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 243 n. 46. Ce texte était, à cette époque, le seul à pouvoir être appelé Livre d’Alexandre en français. La traduction de Quinte-Curce par Vasque de Lucène date de 1468 seulement. Parmi les autres textes contenant les préceptes: la Chronique de Baudouin d’Avesnes et le Trésor des histoires. Voir STERCHI, Über den Umgang mit Lob und Tadel.Retour

[ 149] Un autre exemple : L’Enseignement de vraie noblesse, K.B.R., ms. 11 047, f° 46 v° : Aristotle le grant philosophe, entre les enseignemens qu’il fist au fort roy Alixandre, le induisi a hardement et haultesse de cuer, comme l’en peut veoir en son hystoire ou il lui remoustra entre autres choses s’il advenoit que sa gent [f° 47] tournast en fuyte, qu’il se meist derriere pour soustenir la chairge des ennemis et ralier sa gent. Le passage correspond à R. DE CESARE, Volgarizzamenti antico-francesi dei Praecepta Aristotelis ad Alexandrum (Alexandreidos I, 72-183), Miscellanea del Centro di studi medievali, 2e sér., Publicazioni dell’Università cattolica del Sacro Cuore, nlle sér., t. 62, 1958, p. 100 : Et si te couvient (advient?) par aventure que ta gent s’enfuient, gardes que tu soies tousjours deriere, si que quant ti chevalier te verront deriere, il aront grant honte d’aler sans toi.Retour

[ 150] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 292.Retour

[ 151] GUILLAUME DE LORRIS, JEAN DE MEUN, Le Roman de la Rose, éd. F. LECOY, 3 vol., Paris, 1965-1970.Retour

[ 152] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 292.Retour

[ 153] Ibid.Retour

[ 154] Recueils dans GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. 329-334, 443-446, avec additions et corrections dans STERCHI, Über den Umgang mit Lob und Tadel.Retour

[ 155] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 292.Retour

[ 156] Malheureusement, l’édition critique de M. CURNOW, Vanderbilt University, 1975, n’est accessible que par des Dissertation Abstracts.Retour

[ 157] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 292.Retour

[ 158] JACQUES LEGRAND, Archiloge Sophie, Livre de Bonnes Meurs, éd. E. BELTRAN, Paris, 1986. Parmi les inventaires contemporains cités p. 297 s, la présente entrée est manquante.Retour

[ 159] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 293.Retour

[ 160] SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 242 n. 39.Retour

[ 161] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 293.Retour

[ 162] SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 242 n. 40.Retour

[ 163] DOUTREPONT, La Littérature française à la cour des ducs de Bourgogne, p. 204 s. ; DEBAE, La Bibliothèque de Marguerite d’Autriche, p. 460.Retour

[ 164] DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 293.Retour

[ 165] Lancelot du Lac. The Non-Cyclic Old French Prose Romance, éd. E. KENNEDY, 2 vol., Oxford, 1980. L’entrée n’est pas à confondre avec le Fragment de Lannoy du même roman. Celui-ci date du XVIe siècle et est désigné d’après le nom de son détenteur actuel : O. JODOGNE, Fragments d’un manuscrit inconnu du Conte du Graal. Les fragments de Lannoy, Mélanges offerts à Rita Lejeune, éd. F. DETHIER et al., t. 2, Gembloux, 1969, p. 1039-1052.Retour

[ 166] Suggestion de SCHNERB, Piété et culture d’une noble dame, p. 241, sur la base de l’usage répété de l’expression mon livre.Retour

[ 167] Voir supra, n. 92. Guillebert est décédé en 1462 (PAVIOT, Art. Ghillebert de Lannoy, p. 26).Retour

[ 168] Cette retraite est mentionnée dans son épitaphe, éd. DE LANNOY, Hugues de Lannoy, p. 168 : En ses lx ans, pour rendre celluy hault eage non serf fors que à Dieu, a délenquy offices et auctoritéz de court, renonchié aux pensions des princes et emprins à vivre du sien seulement, en très large et honorable estat ; est venu prendre demeure en cestuy tres noble collège de Saint-Pierre, où il at hanté le service divin et, en examinant sa conscience sur toutes choses passées, en œuvres et dévotions méritoires, pensé de son salut. L’année est établie en fonction de la date de naissance de Hugues, soit 1384. Voir BRAND, Art. Hue (Hugues) de Lannoy, p. 14. D’autre part, l’on trouve ibid. l’indice d’une poursuite des activités politiques d’Hugues, après cette date. Voir un passage dans BRUXELLES, K.B.R., ms. 11 047, f° 90 v°: Et si verroies les chevaliers et notables hommes demourrer aux champs en leurs terres et seignouries vivre du leur […].Retour

[ 169] N.N., Gilbert de Lannoy et la fondation de la Messe matinale au sanctuaire de Hal, Parochieblad van Onze Lieve Vrouw-Halle/Bulletin paroissial de Hal-Notre-Dame, 9 juin 1917, col. 116. De plus, l’article mentionne le tableau mémorial dans l’église : En ceste capelle de nostre-dame de hal a fondé mese guillebert de lannoy chevalier seigneur de willerval de ses propres biens et amortis par bulles du pape en lonneur de dieu et de la vierge marie une messe perpétuele pour les pelerins qui se doibt celebrer par prestre de bonne vie cescun jour sur le grand autel après le son de la cloke au point du jour. Et sont les mambours fabrique et tresor de leglise ensemble la loi de la ville de hal tenus et obligies a lui et a ses hoirs par lettre dottroy du prince et par leurs lettres de faire ledit service entretenir a tous jours as depens de laditte eglise. Et fu celebree la premiere messe le jour saint pierre en aoust l’an MIIIIC XXIII. Pour Cl. LEMAIRE, dans La Librairie des ducs de Bourgogne, t. 2, p. 223, cette relation de Guillebert avec Hal suffit pour lui attribuer les trois textes.Retour

[ 170] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. LXV-LXXI.Retour

[ 171] Id., p. LXVII ; raisonnement de KERVYN DE LETTENHOVE, id., p. LXVI.Retour

[ 172] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. 417-425 et BRUXELLES, K.B.R., ms. 11 047, f° 36 v° s. : Verité est que l’en treuve en la cronique et conqueste de la terre sainte que fist le vaillant chrestien Godefroy de Buillon, que entre les autres de sa compaignie y ot ung chevalier Franchois nommé Hue qui fu seigneur de Tabarie, lequel par fortune d’armes chey a estre prisonnier au Souldan de Surie nommé Salhadin, lequel soudain le fist venir devant lui. Et aprés pluseurs paroles et diverses interrogacions lui demanda, quel chose estoit chevalerie selon l’entendement des chrestiens, lequel prinst delay de y respondre. En briefz jours aprés, lui bailla par escript, selon son entendement, la maniere que ou temps de lors l’en tenoit a faire chevalier nouvel en la chrestienté. Es samble, selon la cronicque, que Salhadin y prinst moult grant plaisir, et en son cuer loa et prisa fort l’ordre et la maniere de faire chevalier. [f° 37] Et aprés pluseurs paroles requist audit Hue qu’il le voulsist faire chevalier, dont il s’excusa, s’il ne voloit delaissier sa creance. Et en l’instruction que ledit Hue bailla par escript audit Souldan peut l’en veoir par tresnobles et gracieuses paroles et exposicions touchans chevalerie. L’original est publié dans Raoul de Houdenc & anonymous, le Roman des Eles & Ordene de Chevalerie, éd. K. BUSBY, Amsterdam-Philadelphie, 1983, p. 73-119.Retour

[ 173] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. LXVII. Voir supra, n. 154.Retour

[ 174] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. LXVII.Retour

[ 175] Id., p. LXVIII s. et p. 469 : Et, s’il plaist à Dieu notre seigneur, saulveur et bénoit rédempteur, que tu puisses parvenir à avoir aulcunes bonnes et honnourables conditions par le moyen des choses dessusdittes, tellement que par telles et icelles tu puisses en l’amour et la grâce de ton prince, maistre ou seigneur, et aussy de tous aultres, parvenir, et par ce moyen estre avancié en quelque honnourable service, soyes diligent de servir léaulment et de complaire en toutes façons honnourables, et plaines de vertus.Retour

[ 176] La miniature se trouve dans le manuscrit de PARIS, B.N.F., ms. fr. 1 216, f° 76. Voir ill. 3. La miniature de dédicace de la copie de Philippe le Bon de l’Instruction se trouve en ill. 1. L’attribution de l'emblème au duc Philippe dans F. SALET, La fête de la Toison d’Or de 1468, Annales de la Société royale d’Archéologie de Bruxelles, t. 51, 1966, p. 22 s.Retour

[ 177] GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. LXXI. Pour comparaison BRUXELLES, K.B.R., ms. 11 047, f° 84 v° s. : Il est bien seant en temps de paix que jones gentilz hommes voisent serquier les estranges contrees et facent voyages, comme de Jherusalem, Sainte Katherine, Rome, Saint Jacques et les royaulmes chrestiens. Et qui plus est, qu’ilz s’employent en guerre contre les Sarrazins et meschans, car jone homme ne peut nulle part mieulx apprendre les affaires du monde que par voyagier et hanter le fait des armes en estranges contrees et pays ; GUILLEBERT DE LANNOY, Œuvres, p. 455 s. (Les Enseignements paternels) : et escoute ceulx lesquelz auront le plus voyagié soit en guerre ou aultrement, et illec tu apprendras et sçauras de l’estat des guerres et des batailles ou aultres samblables choses dont les comptes se feront.Retour

[ 178] En revanche, L. VISSER-FUCHS (voir supra, n. 1) estime qu’il est seulement question de deux œuvres dans le testament. Son argument tient à l’utilisation de l’article défini « les » dans l’expression les deux livres que fist mon dit seigneur mary. Pour notre part, nous préférons nous fonder sur le nombre des textes logiquement attribué à Hugues.Retour

[ 179] Voir Europäische Stammtafeln, éd. D. SCHWENNICKE, n. sér., t. 7, Marbourg, 1979, tabl. 117.Retour

Résumé

The paper argues that Hugues de Lannoy is the author of the Enseignement de vraie noblesse. It also questions the authorship of the Instruction d’un jeune prince and the Enseignements paternels hitherto attributed by Charles Potvin to Hugues’ brother Guillebert. Since neither Potvin nor the present paper can produce more than circumstantial evidence, the argumentation is comparative. If Potvin’s arguments are valid, they must according to their own logic include the Enseignement in the corpus of texts written by the same author. Once this is established, the reasons speaking in favour of Hugues clearly outnumber those in favour of Guillebert.

Mots-clés

littérature didactique française, Hugues de Lannoy, Enseignement de vraie noblesse, Instruction d’un jeune prince, Enseignements paternels



The paper argues that Hugues de Lannoy is the author of Enseignement de vraie noblesse. It also questions the authorship of Instruction d’un jeune prince and of Enseignements paternels hitherto attributed by Charles Potvin to Hugues’ brother Guillebert. Since neither Potvin nor the present paper can produce more than circumstantial evidence, the argumentation is comparative. However, if Potvin’s arguments are valid, they must according to their own logic include Enseignement de vraie noblesse in the corpus of texts written by the same author. Once this is established, arguments in favour of Hugues clearly outnumber those in favour of Guillebert.

Keywords

French didactic literature, Hugues de Lannoy, Enseignement de vraie noblesse, Instruction d’un jeune prince, Enseignements paternels

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Bernhard Sterchi « Hugues de Lannoy , auteur de l'Enseignement de vraie noblesse, de l'Instruction d'un jeune prince et des Enseignements paternels », Le Moyen Age 1/2004 (Tome CX), p. 79-117.
URL :
www.cairn.info/revue-le-moyen-age-2004-1-page-79.htm.
DOI : 10.3917/rma.101.0079.