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S'inscrire Alertes e-mail - Retraite et société Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezDes méthodes au service de l’intergénération
AuteursMohammed Malki du même auteur
directeur d’Accordages[1] [1] Accordages : 8 rue du Faubourg Poissonnière – 75010...suite
1 Vous êtes fondateur et directeur d’Accordages. Pouvez-vous nous présenter brièvement votre association ? Quels sont ses objectifs et ses moyens ?
2 Mohammed Malki – Dans une société confrontée à la longévité et aux risques de rupture entre les âges, l’intergénération est devenue un nouveau défi. Partout en France, des habitants, des bénévoles, des associations, des professionnels et des élus œuvrent au quotidien pour tisser des liens entre les générations. De plus en plus, les pouvoirs publics, notamment les collectivités territoriales, perçoivent positivement l’impact de ces initiatives sur le développement économique, social et culturel. Partageant l’esprit et le dynamisme qui les animent, Accordages, association loi 1901 créée en 2000, a pour objectif de développer, de valoriser et de diffuser les meilleures initiatives.
3 Accordages intervient sur deux niveaux. D’abord en matière d’accompagnement méthodologique aux acteurs locaux. Les porteurs de projets agissent empiriquement et mettent en avant trop souvent le simple « charme de la rencontre » des âges. Leurs projets souffrent d’une insuffisance dans l’identification de leur objet (besoin social) et de leurs objectifs. Faute d’ancrage dans une dynamique pérennisée et d’une démarche qualité appuyée sur l’évaluation des pratiques, les actions menées sont souvent ponctuelles et sans effets structurants tangibles sur les relations entre les âges, les cloisonnements des acteurs et, partant, sur le développement local. À la demande de porteurs de projets (villes, CCAS, offices de retraités, centres sociaux, associations, etc.), nous leur apportons notre expérience, notre savoir-faire et nos outils méthodologiques dans la réflexion stratégique, la conception et la conduite de projets.
4 Souvent locales et faute de moyens de communication, les initiatives sont peu connues au-delà de leurs lieux de réalisation. Les acteurs de l’intergénération, issus de différents milieux associatifs, institutionnels et professionnels, ne se connaissent pas. Or, il nous paraît nécessaire de mieux valoriser les initiatives pertinentes afin de réussir une « culturalisation » de l’intergénération en tant que manière de vivre naturelle dans notre société. Dès lors, le recensement des actions, l’évaluation des pratiques et le partage des expériences deviennent une nécessité pour dessiner les contours de cette démarche, affirmer ses valeurs et faire épanouir ses potentiels. Telle est l’ambition du site Internet : un site entièrement dédié à l’intergénération, une première en France.
5 Lancé en janvier 2004, grâce au soutien de la délégation interministérielle à la Ville, du Conseil régional d’Île-de-France et de la fondation Porticus France, le site collecte et diffuse de l’information : actualités, répertoire des expériences, dossiers thématiques, outils méthodologiques, appels à projets, espace artistique, forum, etc. Depuis sa création, le site est visité de plus en plus souvent. En juin dernier, nous avons mis en ligne une nouvelle version (meilleures visibilité, ergonomie et interactivité) et surtout, nous avons rendu l’accès au site entièrement gratuit.
6 Vous situez vos interventions entre l’action publique et l’exercice des solidarités familiales. Quelles sont les raisons de ce choix ?
7 Mohammed Malki – La solidarité entre générations est devenue un sujet d’importance croissante dans notre pays comme ailleurs. Elle ne se limite pas aux seuls aspects financiers (transferts); d’autres dimensions et niveaux, indispensables à l’équilibre de notre société, doivent être pris en compte dans le débat public. Si le pacte social reste le socle fort de la solidarité entre les générations dans la tradition française, contrairement à ce qu’affirme le discours sur la montée de l’individualisme, la famille reste le lieu privilégié où se joue la solidarité entre générations. Ces liens se sont transformés plus qu’ils ne se sont affaiblis, parallèlement aux évolutions de la famille et des interventions publiques. Ces solidarités familiales ont été largement étudiées et médiatisées ces dernières années.
8 Ce n’est pas le cas des nouvelles formes d’échange et de solidarité qui se sont développées à l’enseigne de l’intergénération. Portées d’abord par les réseaux associatifs des retraités et de la gérontologie, de nouveaux acteurs issus de différents milieux institutionnels et professionnels se sont investis dans cette démarche. Des collectivités territoriales, en particulier les communes, se sont révélées les plus actives et les plus innovantes dans ce domaine. L’intergénération est en passe de devenir un véritable projet politique local. Ces actions sont facteurs de dynamismes individuels et de reconstruction des liens sociaux de proximité. Les aînés, en particulier, y trouvent des opportunités de rencontre, de valorisation de leur savoir-faire et de leur rôle social dans la cité. Cette démarche mérite d’être mieux connue, reconnue et soutenue tant elle est en synergie avec les deux piliers de la solidarité entre les générations : protection sociale et famille.
9 Vous aidez à la réalisation de projets. Quels sont ceux auxquels vous donnez la priorité ? Selon quels critères ?
10 Mohammed Malki – À ce jour, nous n’avons pas lancé nous-mêmes des projets ; nous avons fait le choix de travailler avec des acteurs locaux en fonction de leurs préoccupations. Cependant, par ce biais, nous influons assez bien sur leurs choix en privilégiant des projets mieux inscrits dans une demande sociale locale fondée sur un véritable diagnostic partagé avec les partenaires opérationnels concernés, gage de pérennité du projet. Nous veillons à ce que chacun trouve sa place dans le projet en faisant jouer les synergies grâce à la mutualisation des ressources matérielles et humaines. Ensuite, nous favorisons le développement des capacités d’initiative et d’action collective des bénévoles et des participants sur lesquels nous nous appuyons. L’objectif est qu’ils s’approprient la démarche initiée et la fassent vivre. Enfin, nous nous assurons que les actions menées soient mieux connues par l’ensemble des habitants, une sorte de communication pédagogique pour les inciter à partager leurs valeurs et à y participer.
11 Certains champs sont-ils plus favorables que d’autres à ce type d’actions ?
12 Mohammed Malki – Il n’existe pas de domaines d’activité qui seraient par nature favorables à la démarche intergénérationnelle, et a contrario, d’autres qui ne le seraient pas. Il n’y a rien de « naturel » dans les liens entre les âges, tout est construction sociale ou culturelle, comme, du reste, toutes les formes du lien social. La réussite ou l’échec d’un projet dépend essentiellement des conditions de sa mise en œuvre : montage, partenariat, animation, participation des publics, évaluation, communication, etc. C’est notre optimisme méthodologique ! Cela étant dit, il existe des domaines forts où l’intergénération s’est développée plus que dans d’autres : le soutien scolaire, l’accompagnement de jeunes en difficulté, la transmission des mémoires, la convivialité et la solidarité de proximité en sont des exemples.
13 Cette tendance trouve son explication plutôt dans les origines de l’intergénération : ses acteurs pionniers (associations de retraités et acteurs de la gérontologie) et ses problématiques initiales (utilité sociale des retraités et valorisation des personnes âgées). La multiplication de ce type de projets par imitation et diffusion dans les réseaux a renforcé cette tendance. Mais, d’une part, nous constatons que dans ces domaines traditionnels, les nouveaux projets sont plus innovants et leur qualité est meilleure. D’autre part, de nouveaux domaines s’ouvrent à cette démarche : pratiques artistiques et culturelles, activités physiques et loisirs, par exemple. L’habitat et les services, un domaine très récent, est actuellement fort en vogue. Enfin, les TIC connaissent un frémissement prometteur.
14 S’agissant de la prise en charge du grand âge (et particulièrement de la dépendance), comment peut-on articuler les solidarités publique, familiale et associative ?
15 Mohammed Malki – Notre système de santé se trouve aujourd’hui confronté à la montée des affections chroniques et multiples qui nécessitent non seulement des soins, mais aussi un accompagnement multidimensionnel et de longue durée. L’objectif n’est pas tant la guérison de la maladie, mais plus celui de la gestion des effets handicapants pour les individus dans leur vie quotidienne et leur interaction avec l’environnement social. Même si cette évolution n’est en rien spécifique à une tranche d’âges, les personnes âgées se trouvent au premier plan. C’est ce que l’on nomme le risque « dépendance ». Les soins et l’aide à domicile sont un levier d’action fort apprécié. Il n’en reste pas moins vrai que la tâche s’avère au-dessus des moyens mis en œuvre, tant leur succès fait émerger « des besoins infinis dans un système fini »! La collectivité se tourne vers le rôle « naturel » de l’entourage familial qui est bien réel dans la majorité des cas. Mais il n’est pas suffisant et, de plus, il y a des situations où cet entourage familial protecteur n’existe pas ou, s’il existe, n’est pas forcément opérationnel (éloignement géographique).
16 D’autres voies ont été explorées ces dernières années, privilégiant la solidarité de proximité et appuyées notamment sur le bénévolat, le voisinage, les réseaux de sociabilité : accueil de jour, visite à domicile, rencontres, événements festifs, activités culturelles, sorties, etc. En effet, tous les acteurs de terrain et les études attestent de l’interactivité entre santé et lien social en mettant en évidence une série de relations entre santé, modes de vie, nutrition, activité, mobilité, image de soi et environnement social. L’isolement et la solitude apparaissent comme deux facteurs majeurs d’exclusion, de problèmes de santé et de « mal vieillir » pour les personnes âgées.
17 L’intergénération, sans être une panacée, répond à ce défi.
18 Vous venez de publier un guide intitulé L’intergénération, une démarche de proximité au service des liens entre les âges. Pourquoi ce guide, et à qui est-il destiné ?
19 Mohammed Malki – Avant de répondre à votre question, je voudrais tout d’abord rappeler que j’ai réalisé ce guide à la demande de deux ministères, celui de la Santé, des Solidarités et de la Famille, et le secrétariat d’État aux Personnes âgées[2] [2] Ministère de la Santé et des Solidarités, ministère...
suite. J’ai mené ce projet avec l’aide bienveillante d’un comité de suivi présidé par Drr Aquino et composé d’une dizaine de membres issus des domaines de la recherche, de la formation, de l’action sociale et sanitaire (dont la Cnav).
20 Pourquoi ce guide ? Pour toutes les raisons indiquées au cours de cet entretien. À qui est-il destiné ? L’intergénération n’est plus uniquement l’affaire des acteurs gérontologiques et des associations de retraités. Elle est d’abord un esprit et une démarche qui privilégient la transversalité et le travail en réseau. De ce fait, ce guide s’adresse à tous les acteurs intervenant de manière directe ou indirecte dans les domaines où se joue le « vivre ensemble » des âges, quels que soient leurs statuts (publics, privés ou associatifs) et niveaux de responsabilité, aussi bien les décideurs nationaux, les partenaires sociaux, les élus et cadres territoriaux, les professionnels de l’action sanitaire, sociale et culturelle, les responsables, animateurs et bénévoles des associations, les enseignants, les entreprises, etc.
21 Ce guide fait un état des lieux de l’intergénération, de ses problématiques, de ses publics et de ses acteurs. Il propose des pistes de réflexion et d’action porteuses de dynamismes, des outils méthodologiques d’aide aux porteurs de projets allant du montage à l’évaluation en passant par toutes les étapes. En outre, j’ai fait un repérage de très nombreux circuits administratifs et financiers, aux niveaux local, national et européen, publics et privés, afin de montrer la diversité des financements des projets intergénérationnels. Enfin, ce travail est le fruit de plus de cinq ans d’expériences menées au sein de l’association Accordages. De plus, je me suis appuyé sur l’étude de trente initiatives repérées dont la moitié a fait l’objet d’une analyse sur le terrain où j’ai pu observer les réalisations, m’entretenir avec les porteurs, les équipes, les bénévoles, les bénéficiaires mais aussi les élus, les partenaires les plus forts.
22 Le guide qui s’appelle L’intergénération, une démarche de proximité, est sorti en septembre à La Documentation française. J’espère qu’il pourra répondre aux besoins des acteurs, les nouveaux qui souhaitent s’engager dans cette démarche comme les plus expérimentés, afin de renforcer et de développer leurs initiatives. Pour moi, ce guide a été une étape importante dans ma réflexion et dans mon action sur le terrain au sein d’Accordages. Je suis conscient qu’il ne pose pas toutes les questions, ni ne fournit des réponses à tous les problèmes rencontrés tant les problématiques, les domaines, les acteurs sont nombreux et hétérogènes, mais surtout parce nous sommes en présence d’une démarche en évolution. C’est à nous tous, pouvoirs publics, décisionnels institutionnels, partenaires, acteurs de terrain, consultants, de continuer cette dynamique.
23 Nous arrivons au terme de cet entretien… Quels sont actuellement vos projets ?
24 Mohammed Malki – Cette année, nous lançons de nouveaux projets : un module de formation « développeur de l’intergénération », une fonction bien plus stratégique que l’animation. Notre site Internet a été refondu et devient entièrement gratuit, nous comblons un besoin de créer et d’animer un lieu de réflexion, d’échange d’expériences et une banque de ressources. Enfin, l’intergénération dans le multimédia et l’Internet sera au cœur de notre préoccupation afin de permettre à tous les publics éloignés (personnes âgées, personnes handicapées, jeunes et familles défavorisées) de pouvoir y accéder, partager cette culture, en faire un levier de solidarité et d’échange entre les âges.
Notes
[ 1] Accordages : 8 rue du Faubourg Poissonnière – 75010 Paris Tél. :01 47 70 79 67 – Fax : 01 47 70 79 70 Site : w www.accordages.com– Email :contact@accordages.com.
[ 2] Ministère de la Santé et des Solidarités, ministère délégué à la Sécurité sociale, aux Personnes âgées, aux Personnes handicapées et à la Famille depuis le 1er juin 2005.
POUR CITER CET ARTICLE
Mohammed Malki et al. « Des méthodes au service de l'intergénération », Retraite et société 3/2005 (no 46), p. 198-203.
URL : www.cairn.info/revue-retraite-et-societe-2005-3-page-198.htm.




