Les Tribunes de la santé 2007/3
Les Tribunes de la santé
2007/3 (n° 16)
120 pages
Editeur
Revue co-éditée par les Éditions de Santé

DOI 10.3917/seve.016.0007
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Médecine

Sida : transmission mère-enfant

1 Le Conseil national du sida (CNS), dans son avis du 21 juin 2007, s’interroge à nouveau sur les programmes de transmission mère enfant dans les pays en développement. Les taux de transmission du VIH entre la mère et l’enfant sont, en l’absence de traitement, de l’ordre de 15 à 30% sans allaitement maternel, et de 30 à 45% avec allaitement maternel. Dans les pays développés, l’utilisation de traitements prophylactiques (les mêmes combinaisons de médicaments que les traitements thérapeutiques) a permis de ramener le taux de transmission du virus à moins de 1%. Au niveau mondial, 9% des femmes enceintes séropositives reçoivent une prophylaxie antirétrovirale. Le CNS souligne la nécessité de profonds changements dans les orientations des programmes de protection de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) mis en œuvre dans les pays en développement. Ces programmes ont été construits sur la distinction de la prévention et du traitement dans un contexte de contraintes économiques et de limites structurelles. Le CNS recommande en particulier : d’intégrer les programmes de PTME aux programmes d’accès universel aux traitements et d’assurer une prise en charge des femmes pour elles-mêmes plutôt que de leur administrer des traitements courts à visée prophylactique dont l’efficacité est moindre (www.cns.sante.fr).

Sida : regain de prise de risque

2 La presse gay, l’Institut de veille sanitaire et l’Agence nationale de recherche sur le sida ont récemment publié les résultats de la treizième enquête effectuée en 2004 par questionnaires à travers seize titres de la presse homosexuelle et dix sites Internet « communautaires ». Plus de six mille questionnaires ont été remplis par des hommes d’âge moyen 35 ans, de niveau scolaire assez élevé et avec une situation socioprofessionnelle favorisée. Les répondants ont déclaré à 66% avoir un partenaire stable, mais la proportion de pacsés est peu élevée (17%). Les rapports anaux non protégés sont en augmentation. 33% des personnes interrogées auraient eu au moins un rapport sans préservatif avec un partenaire occasionnel dans l’année précédente contre 26% en 2000 et 19% en 1997. La même tendance est observée chez les homosexuels séropositifs : 49% en 2007 contre 41% en 2000 et 26% en 1997. Ces résultats sont en concordance avec la proportion croissante d’homosexuels parmi les nouvelles infections par le VIH et la recrudescence observée d’infections sexuellement transmissibles.

Institutions établissements

Permanence des soins : la dérive

3 Le conseiller général des établissements de santé, Jean-Yves Grall, vient de remettre à Roselyne Bachelot un rapport très sévère sur la gestion du dispositif de permanence des soins en ville, qualifié d’« aléatoire, instable, fragile et coûteux ». De nombreux acteurs avaient dénoncé les failles du système en vigueur et la multiplication des recours infondés aux urgences hospitalières. Afin de remédier à cette dérive financière croissante depuis 2004 (370 millions d’euros l’an dernier) et à l’abandon de l’obligation au profit du volontariat, il suggère de sortir ce dispositif du cadre conventionnel et d’en confier le pilotage aux futures agences régionales de santé. En revanche, le rapport préconise le maintien d’une logique de volontariat. Le paiement par forfait deviendrait la règle, et les secteurs de garde seraient supprimés et remplacés par des lieux fixes de garde à proximité des hôpitaux.

Recherche en santé publique

4 L’Institut de recherche en santé publique s’est structuré en 2007 sous forme de groupement d’intérêt scientifique (GIS). Ses missions sont : la définition d’une politique scientifique de recherche en santé publique, la mise en place d’une politique de gestion des outils collectifs, la mise en œuvre d’activités d’aide à la décision et d’expertise et le développement d’une politique de communication et de valorisation. Le GIS est composé de vingt et un partenaires répartis en quatre catégories : les ministères, les opérateurs de recherche en santé publique, les agences et opérateurs de la sécurité sanitaire, les organismes de protection sociale.

Professionnels usagers

Mesures non médicamenteuses pour les diabétiques

5 L’Institut de recherche en médecine générale (IRMG), la faculté de médecine de Tours et le centre de recherche médecine, sciences, santé et société (CERMES) viennent de mener une étude auprès de deux mille généralistes afin de décrire leurs pratiques dans la prise en charge du diabète. Les auteurs soulignent la bonne connaissance des pratiques cliniques des médecins généralistes, des variations importantes dans les pratiques, notamment les dosages de l’hémoglobine A1C (marqueur du taux de glycémie) et le dépistage des complications. Les médecins généralistes ont des difficultés à promouvoir les mesures non médicamenteuses : exercice physique, régime alimentaire. Lorsque le médecin généraliste constate que ses conseils ne sont pas respectés, il se reporte sur le médicament (souvent mieux observé et plus efficace). Les principes de base de l’éducation thérapeutique sont très mal connus des médecins généralistes. Les auteurs suggèrent en conclusion de développer une culture de coopération avec les paramédicaux et de développer des campagnes d’information en direction des patients (J. Cogneau et al., Presse médicale, 36, n˚ 5, 764-770, 2007).

Alcool : sensibilité à la publicité

6 Une récente étude américaine menée sur 1 786 enfants des écoles élémentaires du Dakota (âge moyen 11,8 ans) a permis de mettre en exergue leur sensibilité à la publicité sur l’alcool. Les élèves ont complété dans un premier temps un questionnaire sur l’exposition à la publicité (télévision, magazines, affiches, spots radio, objets promotionnels), puis un an plus tard un questionnaire évaluant les intentions de boire dans les six mois suivants et leur consommation de bière (la bière fait l’objet de publicité fréquente). L’exposition publicitaire est significativement associée à la consommation de bière et à l’intention de consommer (Coolins R.L. et al., J. Adolescent Health, 40, 483-584, 2007).

Alcool : les vertus des comparaisons

7 L’OMS a mis en place un indice de « politique alcool » pour permettre les comparaisons entre pays : la France est 26e sur 30. Cet indice explore cinq domaines : la réglementation, le contexte d’alcoolisation, les prix, la publicité pour les boissons alcoolisées, la conduite automobile. L’indice est ainsi corrélé avec le niveau de consommation d’alcool : plus la note est élevée, plus la consommation est basse. La Norvège est numéro 1 avec 67,3 points, la France 26e avec 26,9 points. Cet indice pourrait permettre aux décideurs de mieux évaluer leur politique de lutte contre la consommation d’alcool (Brand D. et al., Plos, 4, 752-759, 2007).

Surpoids des adolescents

8 Un cycle triennal d’enquête en milieu scolaire (DRESS, DGS, DESCO, DEPP, InVS) a été mis en place en 1999-2000 dont l’objectif était de suivre l’évolution de la prévalence de pathologies susceptibles de gêner l’enfant dans le bon déroulement de sa scolarité mais aussi d’enrichir les indicateurs de suivi de la loi de la santé publique de 2004. Les données produites soulignent l’importance des inégalités sociales en matière de surpoids. En France métropolitaine, en classe de 3e, la prévalence du surpoids est de 16,7% et celle de l’obésité de 4,3%. Cette prévalence du surpoids est particulièrement marquée chez les ouvriers par rapport aux cadres et professions intellectuelles supérieures, respectivement 15,5% et 8,4%. Il en est de même pour l’obésité : 7,9% et 1,4%. Les auteurs évoquent pour expliquer ces écarts « des différences de niveaux sociaux économiques et culturels » ( Guignon N. et al., Études et résultats, n˚ 573, mai 2007).

CMU et consommation médicale

9 Les bénéficiaires de la CMU C étaient fin 2005 4,5 millions, soit 8,5% de la population. La CNAMTS a réalisé une analyse comparative par pathologies classées affections de longue durée (ALD) entre ces bénéficiaires et le reste de la population. Il en ressort que : le rapport des prévalences est de 1,77 sur une même structure d’âge et de sexe ; ce rapport est de 4,6 pour la tuberculose, de 3,2 pour les cirrhoses et les maladies du foie, de 3 pour l’infection par le VIH et de 2,2 pour les diabètes. Les auteurs concluent que « les bénéficiaires de la CMU-C sont en plus mauvaise santé que le reste de la population ». Ils évoquent des raisons comportementales et culturelles (tabac, alcool, accès aux soins) mais aussi la précarité comme facteur de mauvaise santé (M. Païta et al., Points de repère, n˚ 8, août 2007).

Vient de paraître

10 M. Guillaume (dir.), Économie de la santé : une réforme ? Non, une révolution, PUF, 2007.

11 R. Holcman, La fin de l’hôpital public, Éd. Lamarre, 2007.

12 J. de Kervasdoué, Les prêcheurs de l’apocalypse, Plon, 2007.

13 P. Le Coz, Petit traité de la décision médicale, Seuil, 2007.

14 B. Winicki, Médecins, malades : du bon usage des médicaments, Éd. Cherche Midi, 2007.

 

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

« Vigie », Les Tribunes de la santé 3/2007 (n° 16), p. 7-10.
URL :
www.cairn.info/revue-les-tribunes-de-la-sante-2007-3-page-7.htm.
DOI : 10.3917/seve.016.0007.