2005
Santé publique
Études
Coûts de fonctionnement d’un centre de santé au Sénégal : modalités de calculs
Models for calculating the cost of operational expenditure for a health centre in Senegal
A.S. Gueye
[1]
[2]
A.T. Dia
[1]
[2]
Institut de Santé et développement BP 16390 Dakar-Fann
I. Seck
[1]
F.L. Sall
[3]
B. Cissé
[4]
La transformation d’un poste de santé en centre de santé fait naître de nouvelles prestations mobilisant des ressources différentes. L’objectif de ce travail est de proposer un modèle de prévision budgétaire pour ce cas de figure fréquent, mais rarement documenté. Dans une première partie nous avons déterminé les coûts des trois mois de fonctionnement. Pour cette détermination, la méthode des coûts complets (ou méthode des sections homogènes) a été utilisée. En seconde partie, nous avons utilisé la méthode des coûts pré-établis pour la prévision budgétaire. Le coût global à recouvrer par le comité de santé, pour les trois mois de fonctionnement, est de 1 574 967 F CFA ou 2400,86 €
[5] soit 42,1 % du coût global. Tandis que l’État assure le recouvrement de 54,2 %. La commune de Kanel se charge de 3,8 % du coût global, uniquement sous forme de ressources matérielles. Le budget prévisionnel global de 2004 est de 14 835 425 F CFA ou 22 614,97 € dont 57,6 % sont attendus de l’état.Mots-clés :
budget, centre de santé, financement de la santé, Sénégal, Kanel, district sanitaire.
The transformation of a health post into a health centre generates new services which mobilise different resources. The objective of this work is to propose a budgetary forecasting model for this specific type of case, one which is recurrent although seldom documented. As a preliminary step, the quarterly operational costs were determined, and the “complete costs method” (or the homogeneous sections method) was utilised for this purpose. In the second phase, the “pre-established costs method” was used to set the budget forecasts. The amount to be recovered by the health committee for a three month period of operation is estimated at 1, 574,967 F CFA (equivalent to approximately 2,400 Euros), representing 42% of the total cost. The states assures the contribution of public funds to cover 54.2% of the cost, and the commune of Kanel furnishes 3.8% of the total cost, however only in the form of in-kind contributions or other material resources. The overall estimated budget for the year 2004 is estimated at 14,835,425 F CFA (about 22, 615 Euros) of which 57.6% is expected to be received from the state.Keywords :
budget, health centre, health financing, Senegal, Kanel, health district.
En février 2002, Matam a été érigée au rang de 11e région du Sénégal et de ce fait, le département de Kanel a vu le jour [3]. Il est situé à 25 km au nord de la capitale régionale de Matam et à 757 km au nord-est de Dakar, la capitale du Sénégal. Le département de Kanel comprend 3 communes (Kanel, Sémé et Waoundé) et 5 communautés rurales (Sinthiou Bamambé, Ouro Sidy, Orkadiéré, Aouré et Bokiladji). Il couvre une population totale de 180 965 habitants.
Le district sanitaire du département, avec son centre de santé au niveau de la commune de Kanel, a été également créé en avril 2003 pour respecter la cohérence du système de santé au Sénégal [8]. La transformation d’un poste de santé en centre de santé a entraîné la création de nouvelles prestations mobilisant des ressources différentes. L’objectif de ce travail est de proposer un modèle de prévision budgétaire pour ce type d’évolution fréquente mais rarement documenté.
Le centre de santé de Kanel comprend un service de consultation externe, un pavillon d’hospitalisation en Médecine avec 17 lits, une maternité avec 6 lits, une pharmacie, un laboratoire et un bloc administratif. Le personnel qualifié est constitué de 1 médecin, 2 infirmiers diplômés d’Etat, 1 Sage-femme diplômée d’Etat. Le personnel formé est constitué de 3 matrones, 2 agents de santé communautaires, 1 vendeur de tickets et 2 vendeurs de médicaments. Il existe 2 chauffeurs qui sont mis à disposition du centre de santé et 1 comptable. Les différentes prestations fournies sont les suivantes :
- la consultation primaire curative ;
- la consultation prénatale ;
- la consultation gynécologique ;
- les accouchements ;
- la consultation du nourrisson sain ;
- la prise en charge des malades hospitalisés ;
- les examens de laboratoire.
Durant les trois mois d’activités (septembre, octobre et novembre 2003), 3122 malades ont été vus en consultation curative primaire. Parmi les principales affections les plus couramment rencontrées, le paludisme occupait la première cause de morbidité (43 %), suivi des infections respiratoires aiguës (15 %), l’hypertension artérielle (14 %) et les maladies diarrhéiques arrivaient en 4e position avec 11 %.
Au niveau du pavillon de l’hospitalisation, 115 malades y avaient séjourné. Parmi eux, 82 % ont été hospitalisés pour paludisme grave, 13 % pour gastro-entérite fébrile, 3 % pour accident vasculaire ischémique et 2 % pour coma non fébrile. Au niveau de la maternité, 130 accouchements ont été recensés dont 24 faits à domicile et 106 à la maternité. On dénombre 98 % des accouchements faits dans la structure et assistés par des matrones formées. Par ailleurs, nous avons recensé 2 évacuations sanitaires vers l’hôpital régional de Ourossogui, situé à 20 km de Kanel : l’une pour rupture utérine chez une grande multipare et l’autre pour avortement spontané chez une femme avec 4 gestes et trois parités.
Grâce à cette étude, nous comptons assurer une meilleure maîtrise et recouvrement des coûts, afin de faciliter l’accès aux prestations et de garantir qualité et pérennité des soins.
Le district sanitaire de Kanel fonctionne depuis seulement trois mois : septembre octobre et novembre 2003.
Dans une première partie, nous avons déterminé les coûts durant ces trois premiers mois de fonctionnement. Pour cette détermination, la méthode des coûts complets (ou méthode des sections homogènes) a été utilisée [7]. Les différentes prestations fournies par le service et les ressources mobilisées pour leur réalisation ont été identifiées. L’identification et la valorisation des ressources mobilisées pour la réalisation des prestations ont été faites en distinguant deux types de charges. La charge est dite directe lorsque la ressource est affectée à 100 % à une prestation et indirecte lorsque la ressource est commune à plusieurs prestations. La répartition s’est faite grâce à une clé de répartition qui a été sélectionnée selon le type de ressource. Pour les ressources humaines, la clé repose sur le temps ou le volume de travail consacré à la réalisation de la prestation par rapport au salaire mensuel pour le personnel étatique et par rapport à la motivation mensuelle pour le personnel communautaire. Tandis que pour les ressources matérielles, elle dépend du temps d’utilisation ou de la quantité de ressources utilisées pour réaliser la prestation. La valorisation tient compte également de la nature de la ressource. Par exemple, s’il s’agit d’un bien de fonctionnement, la valorisation ne tient compte que de sa valeur monétaire, en revanche s’il s’agit d’un bien d’investissement, sa durée de vie étant supérieure à un exercice budgétaire, le calcul des amortissements est effectué selon le schéma des amortissements linéaires. On postule que si une immobilisation a une durée de vie normale de n années, elle est supposée perdre 1/n de sa valeur chaque année [4]. Toutes les valeurs amorties de cette étude sont obtenues sur la base de ce calcul. À l’amortissement, nous avons ajouté les charges liées à la maintenance de ces biens. La valeur annuelle trouvée est ensuite répartie aux prestations selon une clé de répartition tenant compte de l’utilisation. Le volume des activités a été déterminé à partir des registres de consultations et des rapports d’activités mensuelles du service. Ainsi le coût moyen est le rapport entre les charges totales nécessaires à la réalisation d’une activité et le volume d’activités. Le coût à recouvrer représente le besoin en financement non couvert par l’État et que l’hôpital doit satisfaire par la vente des prestations pour assurer le fonctionnement de la structure.
En seconde partie, nous avons utilisé la méthode des coûts pré-établis pour la prévision budgétaire [6]. Les ressources et les volumes de travail ont été estimés à partir des résultats du trimestre de travail mais aussi à partir du cycle épidémiologique annuel de la zone. Le principe consiste ici à anticiper sur la demande de soins en faisant une projection du volume d’activités attendu en matière de recettes et de charges attendues pour le fonctionnement du centre de santé de Kanel. Les recettes sont calculées par le produit du tarif unitaire par le volume d’activités attendues que multiplie le taux de paiement. Le taux de paiement tient compte de la gratuité moyenne. Il se calcule par le rapport entre le nombre d’activités payantes sur le nombre total d’activités. Les charges fixes, qui ne changent pas en fonction des trimestres, sont les ressources humaines, les charges administratives, les charges liées à l’entretien, le matériel médical, vont être multipliées par 4. Les charges qui varient de façon proportionnelle au volume d’activités sont l’eau, l’électricité, le téléphone, l’alcool, le coton, les doigtiers, les gants, le savon, l’eau de javel, les ordonnanciers, les bics, la blouse blanche et le carburant.
L’exploitation des outils de gestion de la structure nous a permis de trouver les volumes d’activités et les ressources mobilisées pour leur réalisation.
Détermination des coûts de fonctionnement du trimestre septembre octobre et novembre 2003
Valorisation des coûts des ressources mobilisées au niveau du pavillon de Médecine
Nous avons déterminé les coûts sans préjuger de l’origine des financements. Pour les prévisions budgétaires nous tiendrons compte seulement de la part supportée par l’État.
Valorisation des coûts des ressources mobilisées au niveau de la maternité
Nous avons déterminé les coûts sans préjuger de l’origine des financements. Pour les prévisions budgétaires nous tiendrons compte seulement de la part supportée par l’Etat.
Valorisation des coûts des ressources mobilisées au niveau des services annexes
Nous avons déterminé les coûts sans préjuger de l’origine des financements. Pour les prévisions budgétaires nous tiendrons compte seulement de la part supportée par l’État.
Le coût global à recouvrer c’est-à-dire les coûts supportés par le comité de santé, est de 1 574 967 F CFA soit 42,1 % du coût global. Tandis que l’Etat assure le recouvrement de 54,2 %. La commune de Kanel se charge de 3,8 % du coût global, uniquement sous forme de ressources matérielles.
Prévision budgétaire pour l’année 2004
Pavillon de médecine
Consultation du médecin
Durant le trimestre étudié, le nombre de malades vus par le médecin est de 158 en septembre, 325 en octobre et 235 en novembre soit un cumul trimestriel à 718. Le mois de novembre reflète probablement la situation réelle d’autant plus que le mois de septembre est le mois du début du fonctionnement du centre de santé. Si la tendance du mois de novembre se poursuit, on peut prévoir 235 malades par mois pendant 10 mois soit 2 350 malades et environ 325 malades pour les mois de septembre et d’octobre soit 650 malades. Au total, le volume d’activités attendu pour la consultation du médecin est 3 000 consultations soit 4,17 fois le trimestre étudié. Si toujours les tendances du mois de novembre se poursuivent, la gratuité est de 15,3 % pour 10 mois et 8,3 % pour les mois de septembre et d’octobre soit une gratuité moyenne de 9,2 % pour l’année. Le nombre de malades ayant honoré le ticket de consultation du médecin est de 2 760 soit 4,51 fois le trimestre étudié. La recette attendue est la somme du nombre de malades consultés durant l’année en tenant compte des gratuités par le tarif en vigueur qui est de 500 F CFA. Les recettes attendues sont de 3 000 × 100 – 9,2) / 100 × 500 F CFA = 1 362 000 F CFA. Le facteur multiplicateur des charges est variable. Les charges fixes sont multipliées par 4 et les charges proportionnelles par 4,51. Au total les charges attendues font 1 042 347 F CFA.
Tableau I
Répartition des coûts des ressources mobilisées au niveau du pavillon de Médecine, du Centre de santé de Kanel, Sénégal, en 2003
Consultation médecin (F cfa) Consultation (F cfa) Soins externes (F cfa) Hospitalisation (F cfa) Total (F cfa) Ressources Humaines 195 750 369 000 176 400 294 900 1 036 050 Ressources Matérielles 59 473 87658 72 068 154 540 373 739 Total 255 223 456658 248 468 449 440 1409 789
Tableau II
Répartition des coûts des ressources au niveau du Centre de santé de Kanel, Sénégal, en 2003
CNP (F cfa) Consult. Gynéco (F cfa) Planification Familiale (F cfa) Accouchement (F cfa) PEV (F cfa) Total (F cfa) Ressources Humaines 111600 104400 37250 225000 104850 583100 Ressources Matérielles 35403 38698 21623 136168 17296 249188 Total 147003 143098 58873 361168 122146 832288
Tableau III
Répartition des coûts des ressources au niveau des prestations annexes du Centre de santé de Kanel, Sénégal, en 2003
Laboratoire (F cfa) Pharmacie (F cfa) Activités Avancées (F cfa) Supervision (F cfa) Administration (F cfa) Total (F cfa) Ressources Humaines 98400 88500 318600 326250 283750 1115500 Ressources Matérielles 72952 37734 64950 49459 160886 385981 Total 171352 126 234 383550 375709 444636 1501481
Tableau IV
Coûts globaux supportés par les différents intervenants du centre de Santé de Kanel, Sénégal, en 2003
État (F cfa) Comité de santé (F cfa) Commune de Kanel (F cfa) Total (F cfa) Ressources Humaines 1594 750 (58,4%) 1139900 (41,6 %) 00 (0 %) 2734 650 (100 %) Ressources Matérielles 433 250 435 067 140 591 1 008908 (42,9%) (43,2 %) (13,9%) (100 %) Total 2028 000 1574967 140 591 3743 558 (54,2 %) (42,1%) (3,8%) (100 %)
Consultation du tri (effectuée par des infirmiers)
Le mois de novembre semble refléter la situation réelle de la consultation du tri pour les mêmes raisons évoquées pour la consultation du médecin. Nous avons donc en moyenne 550 malades par mois pendant 10 mois puis 651 malades pour 2 mois, ce qui fait un total de 6 802 malades soit 2,9 fois le trimestre étudié. Le taux de gratuité moyenne étant de 34,9 %, le tarif unitaire à 200 F CFA, les recettes attendues sont de : 6 802 × 200 × (100 – 34,9) / 100 = 885 620 F CFA. Les charges fixes sont toujours multipliées par 4 et les charges proportionnelles par 2,9. Au total les charges attendues font 1 770 182 F CFA.
Soins externes
Nous avons 98 malades en moyenne pendant 10 mois puis 112 malades pendant 2 mois, ce qui donne un total de 1 204 malades soit 3,4 fois le trimestre étudié. Beaucoup de malades bénéficient de soins sans payer le ticket de soins. Il s’agit des injections et des pansements qui nécessitent surtout des utilisations itératives du service. La gratuité moyenne est de 62,3 %. Les recettes attendues au tarif forfaitaire de 50 F CFA est de 22 695 F CFA. Les charges attendues s’élèvent à 958 794 F CFA en considérant le facteur multiplicateur des charges proportionnelles qui est de 3.4.
Hospitalisation
Nous avons 15 malades en moyenne pendant 10 mois puis 55 malades pendant 2 mois, ce qui donne un total de 260 malades soit 2,3 fois le trimestre étudié. La gratuité des prestations de l’hospitalisation est de 10 %. Les recettes attendues au tarif forfaitaire de 2 000 F CFA est de 260 × 2 000 × (100 – 10) / 100 soit 468.000 F CFA. Les charges attendues en considérant un facteur multiplicateur de 2.3 sont de 1 076 400 F CFA.
Maternité
En ce qui concerne la maternité, après le début timide des activités durant le mois de septembre et un pic pour le mois d’octobre, le mois de novembre semble plus se rapprocher de la réalité. Il nous permet de calculer le volume d’activités annuelles pour anticiper la demande à venir.
La consultation prénatale
Pour le volume d’activités attendu nous avons 113 patientes en moyenne pour anticiper la demande annuelle, ce qui donne un total de 1 356 patientes soit 3,31 fois le trimestre étudié. La gratuité des prestations de la consultation prénatale est de 2 %. Les recettes attendues au tarif forfaitaire de 200 F CFA est de 1 356 × 200 × (100 – 2) / 100 soit 265 776 F CFA. Le facteur multiplicateur des charges proportionnelles est de 3,31. Ainsi les charges attendues sont de : 574 952 F CFA.
La consultation gynécologique
Le volume d’activités attendu est 67 × 12. Ce qui donne un total de 804 patientes soit 4,76 fois le trimestre étudié. La gratuité des prestations de la consultation gynécologique est de 30 %. Les consultations d’urgence constituant la partie la plus importante. Les recettes attendues au tarif forfaitaire de 200 F CFA est 804 × 200 × (100 – 30) / 100 soit 112.560 F CFA. Les charges attendues sont de 587 286. Le facteur multiplicateur des charges proportionnelles est de 4,76.
La consultation de la planification familiale
Le volume d’activités attendu est 20 × 12. Ce qui donne un total de 240 patientes soit 5,33 fois le trimestre étudié. Il n y a pas eu de gratuité. Ainsi les recettes attendues au tarif forfaitaire de 200 F CFA est 240 × 200 × (100 – 0) / 100 = 48.000 F CFA. Les charges attendues sont alors de 254 410 F CFA.
Les accouchements
Le volume d’activités attendu est 30 × 12 = 360 patientes soit 2,77 fois le trimestre étudié. La gratuité des prestations des accouchements est de 50 % du fait des accouchements à domicile. En effet la consultation du post-partum est gratuite. Les recettes attendues au tarif forfaitaire de 2.000 F CFA est 240 × 2.000 × (100 – 50) / 100 = 240 000 F CFA. Nous avons pu évaluer les charges à 1 311 645 F CFA.
La consultation du nourrisson sain et la vaccination
Le volume d’activités attendu est de 133 × 12 = 1 596 patientes soit 4,1 fois le trimestre étudié. La gratuité des prestations de la vaccination de routine est nulle. Le programme élargi de vaccination bénéficie d’une mobilisation sociale et les jours de vaccination sont connus de tous. Les recettes attendues au tarif forfaitaire de 200 F CFA est 1 596 × 200 × (100 – 0) / 100 = 319 200 F CFA. Les charges attendues sont 489 514 F CFA.
Les activités avancées
Le volume d’activités attendu pour toutes prestations fournies lors des activités avancées est de 112 × 12 = 1 344 patientes soit 5,77 fois le trimestre étudié. La gratuité des prestations des activités avancées est de 10 %. Les recettes attendues au tarif forfaitaire de 200 F CFA est 1 344 × 200 × (100 – 10) / 100 = 241 920 F CFA. Les charges attendues sont égales à 1 624 576 F CFA.
Le laboratoire
Le volume d’activités attendu par le laboratoire est de 48 × 12 = 576 patientes soit 5,9 fois le trimestre étudié. Les gratuités des prestations du laboratoire sont de 10 % pour les urgences médicales surtout. Les recettes attendues au tarif forfaitaire de 2 000 F CFA est 576 × 2 000 × (100 – 10) / 100 = 1 036 800 F CFA. Les charges attendues sont de 775 603 F CFA.
Autres services annexes
Dans ce chapitre nous avons considéré la pharmacie, la supervision et l’administration. Pour ces trois services nous avons estimé seulement les charges. Le facteur multiplicateur est ici fixé à 4. Ainsi les charges attendues sont égales à 504 936 F CFA pour la pharmacie, 1 502 836 F CFA pour la supervision et 1 778 544 F CFA pour l’administration. La marge bénéficiaire de la pharmacie est de 322 166 F CFA pour le trimestre de fonctionnement. Nous attendons pour l’année 322 166 × 4 = 1 288 664 F CFA.
Budget global de fonctionnement
L’ensemble des charges attendues pour l’année est de 10 938 600 F CFA pour les ressources humaines et de 3 896 945 F CFA pour les ressources matérielles soit au total 14 835 425 F CFA. La somme des recettes attendues des différentes prestations et de la marge bénéficiaire de la vente des médicaments est de (5.002.571 + 322 166 × 4) = 6 291 235 F CFA. La somme que l’état a à compléter est alors de 8 544 190 F CFA.
Le département de Matam a été érigé en région pour rendre les autorités déconcentrées et décentralisées plus efficaces. En effet c’était une aberration pour des populations de parcourir 500 km avant d’atteindre leur capitale régionale, dans un pays où les axes Nord Sud ou Est Ouest ne dépassent guère cette distance [12]. Cette réforme entre parfaitement dans les objectifs prioritaires du gouvernement qui affirme la volonté d’éradiquer toutes les formes d’exclusion au sein de la Nation [5]. Cependant il y a eu de la précipitation et un manque de planification effective qui font que les coûts de fonctionnement de certains services vitaux tels que la santé n’ont pas été analysés avant la réforme. Dans cette étude, nous sommes partis des données des trois mois de fonctionnement pour faire une projection sur les douze mois de l’année. Le nombre important de malades au mois d’octobre s’explique d’une part par la nouveauté des prestations d’un médecin à Kanel et d’autre part par le pic de paludisme que le Sénégal connaît régulièrement à cette période de l’année [2]. Les ressources humaines constituent le chapitre le plus important avec 73,7 % des dépenses. Les dépenses de personnel sont généralement le poste de dépenses le plus lourd parmi les dépenses de santé récurrentes [1]. Elles se situent généralement entre 60 % et 80 % dans les pays de l’Afrique subsaharienne [11]. La réduction des dépenses en ressources humaines est généralement accompagnée de tensions sociales. Ainsi la solution est de veiller à l’équilibre des dépenses au cours du développement de la structure. La part attendue de l’état est aussi raisonnable. Elle est de 57,6 % alors que dans le pays la part de l’état est en moyenne de 77 à 92 % des dépenses des centres de santé [10]. Des auteurs comme M. Segall soutiennent que les soins de santé peuvent et doivent être supportés en grande partie par les fonds publics [10]. Nous avons également retrouvé un taux trop important de gratuité ; elle est de 62 % pour les consultations tri. Ce taux donne une marge de manÅ“uvre aux responsables de la structure pour améliorer son recouvrement des coûts en le réduisant. En effet, l’objectif des soins de santé primaires est aussi la participation des communautés au financement de la santé [9].
Il était nécessaire que le découpage administratif soit suivi. Aussi, c’est dans cette perspective que le centre de santé de Kanel a vu le jour. Par cette étude nous apportons un éclairage scientifique à cet acte hautement politique. À partir des besoins, nous avons estimé le budget prévisionnel de fonctionnement. Ces résultats seront utiles au gouvernement du Sénégal et feront office de références pour les pays dont le système de santé est proche du nôtre.
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[1]
Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie : service de médecine préventive et de santé publique. BP 16390 Dakar Fann Sénégal.
[2]
Institut de Santé et Développement BP 16390 Dakar-Fann Sénégal.
[3]
Organisation Mondiale de la santé – Sénégal email sallf@oms. sn
[4]
District sanitaire de Kanel
[5]
1 € (euro) = 656 F CFA