2005
Santé publique
Pratiques
Santé mentale des jeunes : perception et prise en charge par les adultes des établissements scolaires
Adolescent mental health: perception and support from adults in the school setting
F. Baudier
[1]
P. Pallais-Baudier
[2]
Objectif : comparer la perception des jeunes et des adultes sur certains sujets de santé mentale afin de pouvoir proposer des solutions visant à améliorer la situation actuelle.
Méthode : une infirmière de santé scolaire, un Conseiller principal d’éducation et un professeur principal (3 personnes par établissement) de 15 collèges ou lycées du département du Doubs ont été interrogés (entretiens semi directifs). Ces données ont été comparées à celles du Baromètre Santé (échantillon représentatif de jeunes scolarisés en France). Résultats : les adultes ont une perception différente par rapport aux jeunes, de la santé en général et de la santé mentale en particulier. Il existe un décalage perceptible entre, d’une part, la motivation, l’investissement et le souhait de venir en aide de la part de certains adultes de la communauté scolaire, et d’autre part, la perception qu’en ont les jeunes. Il apparaît pour tous que l’infirmière est une interlocutrice privilégiée. Elle est en position d’écoute particulièrement favorable pour traiter de questions dont l’expression spontanée par les élèves n’est pas évidente : idées suicidaires, dépression, problèmes liés à la sexualité ou à la contraception…Mots-clés :
jeune, santé mentale, école, perception.
Objective: To compare young people’s and adult’s perceptions of certain mental health issues in order to be able to propose solutions targeting the improvement of the current situation.
Method: A school nurse, a chief education counselor and homeroom teacher (3 people per establishment) from 15 schools in the Doubs county were questioned using semi-directed interviews. The schools were all junior high schools or preparatory schools for students aged between 15 and 18 who were studying to take the baccalaureat examination. The data were compared with those of the Health Barameter (a national representative sample of young people attending school in France).
Results: Adults have a different perception of health in general and mental health in particular compared to that of young people. There is a perceptible gap between certain adults on the one hand, given their motivation, investment and wish be of help to young people, and on the other hand, young people’s perception of it. It seems that for everyone questioned, the school nurse is a uniquely, important contact person. She is in a considerably favourable position for listening and providing assistance on difficult questions like suicidal thoughts, depression, and problems linked to sexuality or contraception.Keywords :
young person, mental health, school, perception.
La santé des jeunes en général et la santé mentale en particulier sont l’objet d’une grande attention de la part des adultes. Récemment, plusieurs rapports ont traité de ces questions. Ils ont été souvent réalisés à la demande de personnes ou d’institutions en charge de ces questions sur le plan politique, Président de la République [6], Ministre [28] ou plus récemment Sénat [20]. Le Haut Comité de la Santé publique [14], l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) [17], l’Académie de Médecine [31] sont quelques-unes des instances qui ont été amenées à participer activement à ces travaux. En 2004, le thème de la Conférence de la Famille était l’adolescence [19].
Les principales difficultés pour toutes ces contributions sont :
- d’aller au-delà des simples constats et de faire une distinction entre, d’une part, les représentations d’une jeunesse décrite comme souvent en difficulté, et d’autre part, une réalité plus objective [4] ; « l’adolescence en crise » est d’ailleurs le titre évocateur du rapport publié récemment par le Sénat [20] ;
- de ne pas se limiter à une analyse et à des solutions qui correspondent plus à la maladie mentale qu’à la santé mentale ;
- d’apporter des solutions qui relèvent d’une démarche éducative [30] ; les rares contributions dans ce domaine, en dehors des circulaires officielles, sont deux expertises collectives réalisées par l’INSERM en 2001 et 2003 [16, 18].
La notion de santé mentale telle qu’elle est envisagée aujourd’hui, permet d’approcher de façon globale un certain nombre de problématiques se posant dans la population des adolescents, à l’intérieur ou à l’extérieur du milieu scolaire. « Il s’agit d’un état de bien-être dans lequel la personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et fructueux, et contribuer à la vie de sa communauté » (OMS) [24].
Dans ce contexte, il était intéressant de faire référence à une des rares enquêtes récente réalisée auprès d’un échantillon représentatif de jeunes scolarisés en France (Baromètre Santé) dont le questionnaire explore de façon détaillée, la dimension santé mentale à travers des investigations se basant sur [12, 13] :
- un indicateur de bien-être (Duke)
[3] qui étudie grâce à différents scores la santé en général, physique, mentale, sociale, l’anxiété et la dépression ;
- les pensées suicidaires et le suicide ;
- la consommation de médicaments psychotropes ;
- l’anorexie et la boulimie.
D’autres thèmes peuvent être rattachés à la santé mentale : les addictions (tabac, alcool, drogues illicites), la violence et plus particulièrement les rapports sexuels forcés.
Par ailleurs, le Baromètre Santé donne des informations sur les interlocuteurs privilégiés des adolescents, lorsque ces derniers rencontrent des difficultés ou ont des préoccupations particulières.
La spécificité de ce travail est donc de partir d’une étude réalisée, sur les opinions, attitudes et comportements de santé déclarés par des jeunes, pour explorer de façon approfondie la perception qu’en ont certains adultes des établissements scolaires. L’hypothèse générale est qu’il existe un décalage entre, d’une part, ce que disent et vivent les jeunes, et d’autre part, ce que pensent et font les adultes. Cette différence est sans doute peu propice au dialogue ainsi qu’à des propositions d’aides adaptées.
L’objectif général de ce travail, est donc d’explorer certains thèmes du Baromètre Santé (santé mentale), du point de vue de professionnels (les infirmières d’établissement), qui sont citées de façon privilégiée par les jeunes, comme étant en situation d’écoute et d’aide en cas de difficulté. Cette étude a été complétée par une investigation comparative en direction de deux autres populations : les Conseillers Principaux d’Éducation (CPE) et les professeurs principaux [7, 8, 10, 11].
Les objectifs spécifiques sont :
- apporter des informations sur la perception que certains éducateurs ont sur le thème de la santé mentale des jeunes, et de les comparer, avec celles recueillies auprès des adolescents dans le Baromètre Santé ;
- analyser d’éventuelles différences dans les réponses apportées suivant la fonction de l’adulte dans l’établissement (infirmière, CPE, professeur principal) et le contexte scolaire (collège, lycée général et professionnel) ;
- ébaucher des pistes d’actions, pour répondre à certains besoins de santé qui ne seraient pas satisfaits, dans le système éducatif actuel.
Le champ d’investigation sur la santé des jeunes scolarisés a été volontairement limité à certaines composantes de la santé mentale qui concernent :
- les notions de bien-être, de perception des relations avec les autres (amis, parents, enseignants, autres adultes) ;
- mais aussi, l’idéation suicidaire, la consommation de produits psychotropes (dont certains médicaments), des troubles alimentaires spécifiques (anorexie, boulimie)…
Ce choix résulte du souhait de mettre en correspondance la vision des jeunes et des adultes (approche « miroir ») sur certains de ces sujets.
L’enquête a été réalisée à partir d’entretiens semi-directifs, auprès :
- de 14 infirmières volontaires du département du Doubs ;
- de 14 CPE et 14 professeurs principaux choisis dans les mêmes établissements que les infirmières.
Au total, 42 personnes ont été interviewées et les entretiens ont duré environ 30 à 45 mn chacun. Le taux de participation a été de 100 % : accord de tous les chefs d’établissement, CPE et enseignants contactés dans les établissements où les infirmières étaient volontaires. Parmi les personnes interviewées, 28,6 % (12) exercent leur fonction dans un collège, 35,7 % (15) dans un lycée général et 35,7 % (15) dans un lycée professionnel
[4].
La grille d’entretien a repris les grands axes d’investigation retenus sur la santé mentale dans l’enquête nationale et les a complétés. Au début du questionnaire, les définitions de la santé et de la santé mentale (de l’OMS) étaient rappelées de façon systématique.
Quatre grandes parties constituaient le questionnaire :
- Une approche globale de la santé des jeunes.
- Un « balayage » de certains thèmes de santé.
- Le réseau d’aide spontanée (en cas de difficulté) avec relances sur des champs sociaux spécifiques (famille, pairs, adultes), dans l’école et en dehors.
- La situation à l’intérieur de l’établissement et les perspectives souhaitées.
En raison de la taille de l’échantillon, il n’a pas été possible de faire un traitement statistique des résultats. Il faut donc interpréter avec prudence certaines tendances qui se dégagent, en particulier au niveau du type d’établissements.
Évolution de la santé au cours des 10 dernières années
Près des trois quarts (73,2 %) des personnes interrogées (30) estiment qu’au cours des 10 dernières années, la santé des jeunes a évolué de façon globalement négative, 17,1 % (7) déclarent que ces changements ont été plutôt positifs et 9,8% (4) pensent qu’il n’y a pas eu de variation notable. Dans les lycées professionnels, les répondants ont une vision plus positive que dans les collèges et lycées généraux (mais l’effectif est faible).
Principaux domaines où l’évolution a été jugée positive
Ils sont variés (96 réponses) (figure 1) et concernent dans plus d’un tiers des cas (37,5 %) les relations avec les adultes :
- meilleure communication entre les adultes des établissements et les élèves (24,0 %) ;
- meilleure écoute des adultes (7,3 %) ;
- identification des référents adultes (6,3 %).
Figure 1
Répartition thématique de la perception des évolutions positives de la santé des élèves par les adultes interviewés (n = 96)
L’amélioration des relations avec les adultes est plus souvent citée par le personnel des lycées professionnels.
Le deuxième item est la plus grande maturité des élèves, pour près d’1/4 des réponses (24,0 %). Ce facteur est retrouvé plus fréquemment parmi le personnel travaillant dans les lycées.
Viennent ensuite des thèmes ayant un rapport direct avec la santé (22,9 %) :
- meilleure santé (11,5 %) ;
- meilleure information sur la contraception et la sexualité (11,5 %).
- 5,2 % des sujets identifiés concernent le constat d’une diminution de la violence dans les établissements scolaires. Violence et santé sont plus souvent évoquées par les personnes exerçant leur activité en collège.
Enfin, les relations avec les pairs représentent 6,2 % des thématiques :
- formation des délégués des élèves (5,2 %) ;
- plus grande solidarité entre pairs (1 %).
Principaux domaines où l’évolution a été jugée négative
Le nombre de réponses a été de 124 (figure 2). Deux sujets prédominent :
- l’importance des troubles psychiques (dépression, anxiété, tentative de suicide, prise de médicaments psychotropes) dans un quart des cas (25,0 %) ;
- la consommation de produits addictifs (tabac, alcool, drogues) pour 24,1 % des réponses.
Figure 2
Répartition thématique de la perception des évolutions négatives de la santé des élèves par les adultes interviewés (n = 124)
Ces deux thèmes de préoccupation sont particulièrement identifiés dans les lycées généraux.
Ensuite viennent les difficultés familiales (20,1 %), avec des problèmes du type :
- séparations, familles monoparentales, familles recomposées (11,3 %) ;
- dimensions économiques et sociales des foyers (chômage, précarité ; 8,9 %).
Elles sont plus évoquées et ressenties dans les collèges et les lycées professionnels.
Dans 13,0 % des cas, la violence est citée. Elle est soit :
- verbale (7,3 %) ;
- physique (5,7 %).
C’est dans les collèges que ce thème est le plus régulièrement abordé comme un facteur d’évolution négative. Par ailleurs, il était aussi identifié plus souvent comme un phénomène de changement positif, ce qui témoigne d’une préoccupation forte des personnels de collège concernant ce domaine.
Les deux derniers sujets évoqués ont un pourcentage de citations équivalent (8,9 %) :
- les troubles alimentaires (anorexie, boulimie) avec une prédominance dans les lycées généraux ;
- l’échec scolaire, plus souvent évoqué en collège et lycée professionnel.
Principaux interlocuteurs en cas de difficulté et qualités requises
Sur 137 réponses (figure 3), l’infirmière est citée comme une personne référente dans plus d’un quart des cas (27,0 %). Ce sont ensuite les CPE (19,7 %), puis dans un pourcentage quasiment équivalent, les professeurs (11,4 %), les pairs (11,7 %), les surveillants/aide-éducateurs (10,2 %) et l’assistante sociale (9,5 %). Les deux interlocuteurs les plus rarement évoqués sont la famille (5,6 %) et les proviseurs/principaux (2,9 %). Toutefois, il est important de spécifier que l’infirmière se cite elle-même comme interlocuteur privilégié 14 fois (sur 14), le CPE 13 fois (sur 14) et le professeur principal 8 fois (sur 14). Cette gradation permet d’apprécier le niveau de perception personnel de chaque profession par rapport à ses propres potentialités d’aide.
Figure 3
Principaux interlocuteurs en cas de difficulté (n = 137)
Si les pairs et les professeurs sont cités de façon équivalente quelque soit le type d’établissement, en revanche, il apparaît que :
- le CPE et la famille sont plus mentionnés dans les lycées généraux ;
- l’assistante sociale dans les collèges et les lycées professionnels (à mettre en rapport avec les difficultés familiales évoquées précédemment) ;
- les surveillants dans les lycées professionnels (ces derniers ont plus d’internats).
Suivant le type et la qualité des interlocuteurs, un certain nombre d’informations ont été recueillies concernant les facteurs favorisant le dialogue avec les élèves. Pour les trois types d’interlocuteurs du milieu scolaire interrogés, le choix s’effectue prioritairement en raison de qualités « d’écoute », « de disponibilité » et « de confiance ». Les infirmières, les CPE et les professeurs principaux identifient pour chacune des trois professions citées, les mêmes facteurs facilitant le dialogue avec les élèves. Pourtant, l’infirmière insiste plus sur son statut médical, sa neutralité et le secret professionnel. Le CPE, dit plus souvent que ses collègues, qu’il représente l’Institution tout en n’ayant pas le même rôle qu’un enseignant. Il se perçoit comme un relais essentiel au sein de l’établissement. Dans l’ensemble, les adultes ont une perception positive de leur propre rôle.
Les autres interlocuteurs qui interviendront en cas de difficulté, sont cités plus rarement : les pairs, les surveillants, l’assistante sociale, les parents et le personnel de direction (proviseurs, principaux).
Dernier problème de santé auquel les adultes interrogés ont eu à faire face
Sur les 42 situations décrites, le thème prédominant est celui du suicide, de l’idéation suicidaire, du mal être et de la dépression. Il est cité dans près de la moitié des cas (42,9 %). L’autre sujet important (un tiers des cas : 33,3 %) correspond à des problèmes de « mauvaise adaptation » au monde scolaire : absentéisme, échec, phobie, comportement difficile, mise à l’écart et exclusion. Viennent ensuite la violence agie ou subie (4 cas), la sexualité (3 cas), les addictions (2 cas), l’anorexie (2 cas) et les problèmes familiaux majeurs (2 cas).
La contribution pour résoudre ce problème se traduit principalement par une écoute attentive, une aide « rapprochée » des élèves et une coordination avec les autres membres de la communauté éducative. Des conseils sont dispensés aux jeunes mais aussi à leurs familles. En fonction de la gravité de la situation, les professeurs principaux et les CPE vont faire le plus souvent appel à l’infirmière, l’assistant(e) social(e) ou le chef d’établissement.
Les réponses apparaissent donc comme graduées :
- Dans bon nombre de cas (17), l’institution scolaire va, dans un premier temps, essayer de répondre elle-même aux attentes des élèves en difficulté.
- Elle aura parfois recours au médecin scolaire (4 cas).
- Elle ne fera appel à d’autres services que lorsqu’elle jugera l’élève en danger ou ayant besoin d’un suivi médical, c’est le cas pour :
- les consultations vers des spécialistes comme les psychologues (7 cas) ;
- une hospitalisation (4 cas) ;
- une intervention d’un médecin pour une interruption volontaire de grossesse (1 cas).
- Elle fera appel à des services extérieurs pour le placement en foyer de certains élèves (3 cas).
Parfois les adultes se sentent investis d’une responsabilité d’informer les autres membres de la communauté éducative pour mener une intervention commune. D’autres se disent en capacité de trouver un relais auprès de personnes qu’ils estiment compétentes et « de passer la main ». Souvent l’élève manifeste un signe d’appel (ou « avoue » son geste) vis-à-vis d’un adulte. D’autres jeunes font la démarche d’aller directement à l’infirmerie.
Lors de difficultés relationnelles d’un adolescent par rapport à ses pairs au sein d’une classe, certains adultes disent intervenir de deux manières complémentaires :
- au niveau individuel auprès du jeune lui-même ;
- par une démarche collective, pour faire prendre conscience à la classe de la gravité de la situation, d’une part, et de les mettre, d’autre part face à leurs responsabilités.
La demande d’aide relève ou non directement du champ de la santé, mais dans pratiquement tous les cas, elle correspond à des situations décrites comme douloureuses, demandant une implication personnelle, débordant très largement les relations habituelles adultes/élèves. Certains adultes décrivent même un vécu perçu comme extrême : « cette situation a été traumatisante, la pire situation que j’ai connue et j’espère la dernière ». D’autres, malgré toute leur bonne volonté, ont des difficultés à établir un dialogue avec l’élève qui va mal « depuis sa tentative de suicide, je l’ai revu, il essaie de discuter, mais je ne sais vraiment pas quoi lui dire ». Enfin, quelques-uns se disent démunis et parfois découragés par rapport à la personne aidée : « il faut sans cesse la porter, l’intéresser, la valoriser en lui redonnant confiance ». Parfois une remise en cause personnelle prédomine, comme cette CPE qui se sent trop impliquée par le cas d’un élève en difficulté qu’elle dit protéger : « cet élève est capable du meilleur comme du pire, le meilleur il me l’a souvent donné dans mon bureau, mais à l’extérieur, c’est la catastrophe ». Son principal souci est de savoir qu’elle n’a pas beaucoup d’arguments pour défendre cet élève, et elle ressent donc un malaise vis-à-vis des autres membres de la communauté éducative : « j’ai envie de continuer à défendre ce gamin, mais cela m’empêche d’être professionnelle, je suis trop impliquée dans une relation affective… ».
Un facteur explicatif et/ou causal identifié par les adultes interrogés est fréquemment retrouvé : un manque de repères donnés par les parents. Le développement actuel des familles monoparentales au sein desquelles le père est souvent absent, est, selon les personnes interrogées, comme un élément de risque potentiel. En effet, d’après elles, ces nouvelles structures familiales peuvent rendre plus difficile à l’adolescent la recherche de sa place au sein même de la famille. Dans la dernière situation d’aide à laquelle ils ont eu à faire face, une fois sur deux un problème familial était sous-jacent :
- difficultés familiales, parents séparés ou divorcés (19 cas) ;
- famille « étrangère/traditionaliste » (1 cas) ;
- famille adoptive (1 cas).
Actions et mesures prises ou à prendre dans l’établissement concernant les problèmes de santé
Les initiatives passées ou actuelles concernent les thèmes suivants (103 réponses) :
- l’usage de produits licites ou illicites (28,2 %) (plus dans les lycées professionnels) ;
- l’éducation à la sexualité et à la contraception (21,4 %) ;
- le mal être chez l’adolescent (9,7 %) ;
- le rôle de la justice (8,7 %) (plus dans les collèges et les lycées professionnels) ;
- la prévention routière (8,7 %) (plus dans les lycées professionnels) ;
- l’alimentation (7,8 %) ;
- la violence/le racket (5,8 %) (plus dans les collèges) ;
- la prévention du sida (4,8 %) ;
- « le satanisme, les manipulations mentales » (1,9 %) ;
- les conduites suicidaires (1,9 %) ;
- l’anorexie (1,0 %).
Les initiatives prises sont de plusieurs types :
- très ponctuelles avec par exemple des conférences débats destinées aux élèves et/ou aux adultes ;
- ou qui s’appuient sur des dispositifs mis en Å“uvre dans la continuité ; ils concernent spécifiquement la santé (clubs santé, atelier théâtre, expositions, affichages dans l’infirmerie…) ou plus généralement la vie de l’établissement (Conseil de la Vie Lycéenne, voyages scolaires, contrat de suivi…).
Dans 4 établissements sur 15, le Comité d’Éducation à la Santé et à la Citoyenneté (CESC) est cité comme un dispositif structurant pour les actions relevant du champ de la santé. Un plus grand nombre d’actions est constaté dans les lycées professionnels et les collèges que dans les lycées généraux. Les dispositifs d’intervention peuvent prendre la forme de réunions régulières entre adultes visant la formation ou la mise en Å“uvre d’interventions.
La très grande majorité (92,9 %) des personnes interrogées ont exprimé des demandes d’actions complémentaires (52 propositions) (figure 4), par rapport à ce qui se pratique déjà dans leur établissement scolaire. En premier, apparaît un souhait de lieux de vie, d’échanges, de concertation, de réflexion (entre l’équipe éducative de l’établissement scolaire), pour améliorer le dialogue (34,6 % de l’ensemble des 52 propositions). En second (17,3 %), un apport d’interventions avec des personnes extérieures à l‘établissement, pour mieux appréhender des problématiques spécifiques. Certains expriment la nécessité d’une prise en charge de la part de psychologues (7,7 %) pour des élèves en grande difficulté et qui ont besoin d’un suivi individualisé. Quelques enseignants souhaitent l’existence de bureaux au sein même de l’établissement, où ils pourraient recevoir les élèves, assurer des heures de permanence (5,8 %). Un désir de formation complémentaire pour les enseignants (11,5 %) est exprimé afin que ces derniers puissent être en mesure de mieux répondre à leurs élèves en difficulté, se sentent moins démunis. Enfin, un certain nombre de répondants (7,7 %) proposent la mise en place d’espaces et/ou de bibliothèques santé.
Figure 4
Mesures suceptibles d’être prises afin de faciliter une ouverture au dialogue sur des thèmes de santé (n = 52)
La mise en Å“uvre de ce travail avec l’infirmière conseillère technique départementale du Doubs, s’est déroulée dans de très bonnes conditions. Les seules exigences concernaient la notion de volontariat et l’accord du chef d’établissement. Un tirage au sort des infirmières n’a donc pas été possible. Il y a là un biais de recrutement qui peut limiter la portée des conclusions. Le déroulement de l’enquête s’est effectué sans difficulté majeure. Au cours des entretiens, il a été souvent nécessaire de limiter le temps de dialogue en raison du souhait de nombreuses personnes de déborder sur des thématiques annexes. Deux autres spécificités de cette enquête pourraient aussi être sources de biais :
- les établissements en ZEP sont sous-représentés,
- l’enseignement privé sous contrat (ou non) n’était pas inclus.
L’analyse des résultats fait apparaître, que parmi les adultes interrogés, la perception de la santé en général et de la santé mentale en particulier n’est pas très éloignée de la définition de l’OMS [24]. En effet, même si cette dernière était rappelée au début de l’entretien, les champs couverts par les thématiques abordées touchent en grande partie les sujets délimités initialement. Ils débordent rarement sur des approches plus somatiques concernant la maladie et ses différentes formes d’expression [2]. En revanche, une extension se fait autour de la notion de mauvaise intégration scolaire, de difficultés liées à la discipline, de mal être et d’échecs.
À la question sur l’évolution positive ou négative de la santé des jeunes au cours des 10 dernières années, une nette majorité des répondants pense que les choses se sont aggravées. Or, à la différence des adultes, les perceptions que les jeunes ont de leur situation actuelle est le plus souvent très favorable. Entre 80 et 90 % d’entre eux (dans le Baromètre Santé 2000) se sentent en bonne santé, déclarent être bien en famille, avec leurs camarades et à l’école. Cette vision « quasi idyllique » doit être tempérée par des analyses plus fines des réponses apportées. De ce point de vue, le profil de santé de Duke est intéressant car il donne des informations précieuses sur les indicateurs de santé physique, mentale et sociale ainsi que des précisions sur certaines dimensions liées au bien être autour de la dépression, l’anxiété et l’estime de soi [12, 13]. Ces analyses permettent par exemple, d’identifier parmi les jeunes filles scolarisées, une phase plus délicate entre 15-19 ans. C’est à ce moment-là que le niveau d’anxiété est le plus élevé, tout âge confondu (12-75 ans), et donc à cette période qu’il faudra être particulièrement attentif, d’autant plus que l’expression de cette souffrance se fait rarement de façon très visible : isolement, repli sur soi, idées suicidaires [5, 22, 27, 29].
Dans les constats que font les adultes interrogés sur les évolutions positives concernant la santé des jeunes, il est remarquable de constater que le sport n’apparaît jamais comme un facteur d’équilibre et de bien-être. Pourtant, il tient une place très significative dans la vie des adolescents (d’après le Baromètre Santé 2000). Les trois quarts des pratiquants font du sport par plaisir. Viennent ensuite comme motivations principales, la santé et la rencontre avec des amis. Il est possible que cet univers lié au sport soit occulté par les adultes car il est souvent rattaché à la notion de mode, d’argent voire de tricherie. Il n’apparaît pas alors en tant que valeur positive, facteur de santé.
Comme cela a été constaté, d’une part à travers les réponses faites au cours de cette enquête, et d’autre part dans l’analyse de certains indicateurs de bien-être du profil de santé de Duke, la relation à l’autre, est au cÅ“ur des déterminants qui ont une influence sur les habitudes de vie constatées au moment de l’adolescence. La question concernant le type de personnes sur lesquelles les élèves peuvent compter en cas de difficulté, fait apparaître immédiatement, des différences importantes dans les réponses que peuvent faire les jeunes par rapport à ce que déclarent les adultes. Les enseignants ou de façon plus générale les adultes du milieu scolaire, sont très rarement cités comme personnes ressources par les élèves scolarisés. Seule l’infirmière « émerge » en tant qu’adulte référent possible, et il y a là une forte convergence entre les réponses des adultes et des jeunes. En revanche, la famille (et principalement la mère) et les amis (et plus particulièrement le meilleur ami) sont les sujets désignés comme les plus « aidants » en cas de problème par les adolescents interrogés dans le Baromètre Santé 2000, alors que la famille et les pairs sont peu évoqués par les adultes questionnés au cours de la présente enquête.
La divergence constatée entre les réponses des jeunes du Baromètre Santé et celles des adultes de l’éducation nationale, ne porte pas sur l’importance de la famille mais sur l’expression de son rôle. Pour les adolescents, elle est une ressource en cas de difficulté, pour les adultes, elle est une explication possible des difficultés identifiées.
Dans la sphère scolaire, et d’après le Baromètre Santé 2000, le constat est clair. Les jeunes aiment l’école, mais en cas de problème, l’enseignant est rarement une personne à laquelle ils font appel. C’est d’abord à un camarade qu’ils vont se confier. Ce constat confirme d’autres travaux sur ce sujet [3]. Il permet d’insister sur le rôle prometteur que pourraient jouer les pairs en général et les délégués des élèves en particulier, pour aider les adolescents en difficulté, en relation étroite avec des adultes référents [21, 25]. Par ailleurs, afin de rétablir un dialogue « désiré », un certain nombre d’adultes interrogés dans cette étude souhaitent que très rapidement, leur collège ou leur lycée (re)deviennent des lieux où, physiquement, psychologiquement et pédagogiquement, les jeunes et les adultes puissent travailler, se rencontrer, vivre tout simplement ensemble.
Un autre point important de cette enquête est que la violence physique n’apparaît pas comme omniprésente dans les préoccupations exprimées par les adultes (avec tout de même une inquiétude plus marquée dans les collèges). Ce constat est à rapprocher des résultats de l’enquête Baromètre Santé qui relativise aussi ces problèmes largement médiatisés. Par ailleurs, une récente revue de littérature confirme la complexité des évolutions et d’une analyse circonstanciée du phénomène [26]. En revanche, les idées suicidaires ou un mal être plus intériorisé sont des questions souvent évoquées par les adultes mais aussi chez les adolescents, soit directement, soit à travers des indicateurs composés de santé comme le profil de Duke. Ce constat confirme toute l’importance et l’intérêt de prendre en compte ce problème de santé mentale [1, 9].
En conclusion, l’hypothèse générale qui était « qu’il existe un certain décalage entre, d’une part, ce que disent et vivent les jeunes, et d’autre part, ce que pensent et font les adultes » semble plutôt confirmée.
Concernant les quatre autres hypothèses spécifiques formulées au début du travail :
1. « Les adultes des établissements scolaires ont une perception très différente par rapport aux jeunes, de la santé en général et de la santé mentale en particulier »
Cette hypothèse est en partie validée. Elle permet d’insister sur la nécessité [21, 23] :
- de développer dans l’avenir, des recherches sur la santé des jeunes aussi bien qualitatives que quantitatives,
- d’appréhender ce type d’investigation en explorant le point de vue à la fois des jeunes et des adultes,
- de porter à la connaissance du plus grand nombre, ce type de travaux afin de faire évoluer les représentations et de mieux répondre aux besoins réels des adolescents.
2. « La perception de ces thèmes de santé par le personnel de l’éducation nationale, varie suivant leur fonction (infirmière, CPE, professeur principal) et le type d’établissement concerné »
Cette hypothèse est en partie validée. Il apparaît que l’infirmière est en position d’écoute plus favorable pour traiter de questions dont l’expression spontanée par les élèves est peu évidente : idées suicidaires, dépression, problèmes liés à la sexualité ou à la contraception… Par ailleurs, si les manifestations de violences physiques sont plus spécifiques aux collèges, la question de la consommation excessive d’alcool est particulièrement présente au sein des lycées professionnels et celle de cannabis dans les lycées classiques.
3. « Les adultes interrogés surestiment le rôle d’aide qu’ils peuvent jouer auprès des élèves en cas d’une difficulté liée directement ou indirectement à leur santé »
Cette hypothèse est en partie validée. En effet, il existe un grand contraste entre, d’une part ce que pensent et font réellement les adultes interrogés, et d’autre part, ce que pensent et font réellement les jeunes en cas de difficulté. Pour les adolescents, les pairs et la famille sont les « aidants » naturels, majeurs et réguliers [15]. Pour les adultes de l’éducation nationale, les pairs et la famille sont peu évoqués comme ressources possibles. En revanche, l’infirmière est citée par tous comme pouvant jouer un rôle majeur.
4. « Les réponses apportées par les établissements scolaires, pour développer cette aide, sont souvent mal adaptées aux besoins réels des jeunes ; elles utilisent rarement des démarches s’appuyant sur les réseaux habituels des adolescents (pairs, famille…) »
Cette hypothèse est en partie validée. Il existe un décalage « saisissant » entre, d’une part, la motivation, l’investissement et le souhait de venir en aide de la part des adultes de la communauté scolaire, et d’autre part, la perception qu’en ont les jeunes. Ces derniers se sentent relativement isolés, et sans ressources facilement accessibles en milieu scolaire. Une partie des adultes interrogés, exprime aussi ce manque. Ils font donc des propositions, pour faciliter le travail en équipe, et la mise en place de lieux d’échanges, ainsi qu’une demande d’appui de la part de personnes ressources extérieures à l’Education Nationale. En revanche, ces solutions et ces dispositifs envisagés évoquent rarement un rôle actif des jeunes eux-mêmes (rôle des délégués de classe par exemple) ou de leurs parents.
• à Mme Monique Hézard, infirmière conseillère technique départementale à l’Inspection Académique du Doubs, aux chefs d’établissement ainsi qu’aux infirmiers(ères), CPE et professeurs principaux interrogés.
• à l’Institut National de Prévention et d’Éducation pour la Santé (INPES) et en particulier à Philippe Guilbert, Arnaud Gautier et Hélène Perrin.
1
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Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (Anaes), Fédération Française de Psychiatrie (FFP), Direction Générale de la Santé (DGS). La crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge. Texte des recommandations. Conférence de consensus, 2000 : 31 p.
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[1]
Union Régionale des Caisses d’Assurance Maladie de Franche-Comté, 1 bis rue Delavelle, 25000 Besançon.
[2]
Université de Franche-Comté, Science du Langage, de l’Homme et de la Société.
[3]
Le profil de santé de Duke est un instrument générique de mesure de la qualité de vie qui comporte 17 questions pouvant être regroupées en plusieurs dimensions : physique, mentale, sociale, santé perçue et incapacité.
[4]
Les résultats sont exprimés en nombre de réponses par item ou en pourcentage par rapport au nombre de réponses et/ou de sujets concernés ; lorsque les effectifs sont faibles, le chiffre absolu est souvent utilisé.