Santé Publique
S.F.S.P.

I.S.B.N.sans
200 pages

p. 497 à 507
doi: 10.3917/spub.053.0497

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Lectures

Vol. 17 2005/3

2005 Santé publique Lectures

Analyses de livres

Stratégie pour une vieillesse réussie. Un concept de santé communautaire pour les personnes âgées qui va des problèmes aux solutions et de la théorie à la pratique, C.H. Rapin & collaborateurs. Sous la direction de J.J. Guilbert, Éditions Médecine et Hygiène, Genève, 2004 : 288 p., ISBN : Z-88049-208-4

Le concept de soins communautaires pour les personnes âgées est défini par les auteurs comme un « ensemble homogène de 4 éléments coordonnés et en équilibre » : services de soins à domicile, accueil de courte durée dans des lits de répit, d’observation et de soins, activités de jour conduites par une équipe de soins et collaboration avec d’autres organisations concernées par le bien-être des personnes âgées (p. 7). Il a comme objectif de « promouvoir, maintenir ou améliorer la qualité de vie et l’autonomie des personnes âgées fragiles ou souffrant d’incapacité tout en leur permettant de demeurer dans leur milieu de vie naturel, dans le respect de leur dignité, de leurs valeurs et de leurs préférences » (p. 241).
Cet ouvrage a le très grand mérite de présenter ce concept de façon très concrète, à travers l’expérience de l’équipe genevoise de service de soins communautaires pour personnes âgées, et la réflexion coordonnée de nombreux collaborateurs.
Les auteurs illustrent leur réflexion dans le champ de la gérontologie autour de situations fréquentes et pertinentes quant aux objectifs cités plus haut : sont ainsi abordés des thèmes classiques pour les équipes gériatriques comme la dénutrition, les chutes, la maltraitance, la douleur, les fins de vie…
D’autres thèmes sont plus originaux comme les conflits éthiques dans les équipes de soins ou les « abonnés absents » (les personnes âgées que l’on n’atteint pas dans les campagnes de prévention), la protection des droits et libertés des personnes.
Chaque thème est développé sous les deux aspects du constat et des réponses concrètes que l’on peut y apporter, de façon documentée et très didactique, en utilisant des cas cliniques et en présentant les outils disponibles pour l’évaluation des personnes.
L’analyse et l’évaluation des services n’est pas oubliée.
Cet ouvrage est très intéressant pour la formation initiale des gériatres et des acteurs de santé publique, car sa présentation permet de s’en servir comme référence.
Pour les professionnels, il a le grand intérêt de présenter une synthèse entre vision gériatrique et santé publique, permettant ce que les auteurs préconisent, à savoir l’abord pluriprofessionnel où chacun s’enrichit des connaissances de l’autre.
Il représente une lecture indispensable à tous les promoteurs de réseaux gérontologiques.
Marie-Agnès Manciaux

Les drogues : approche sociologique, économique et politique, Sous la direction de M.-J. Roustide, Collection Les études de la documentation française, La Documentation française, Paris, 2004 : 156 p., ISBN : 0029-4004

Cet ouvrage structuré en quatre chapitres apporte un éclairage actualisé sur la question des produits illicites : un état des lieux de la consommation, les aspects législatifs et réglementaires, les formes de marché au niveau local et les logiques qui les sous-tendent, les politiques publiques en matière de lutte contre la toxicomanie. Cette dernière partie retrace l’évolution des différents courants qui ont contribué à transformer les représentations sociales de l’usager de drogues et les référentiels de prise en charge, de l’enfermement en milieu psychiatrique à la politique de réduction des risques avec la mise en place de programmes d’échanges de seringues et la prescription des traitements de substitution.
Françoise Jabot

La construction de la médecine de famille dans les pays en voie de développement, S. Dugas, M. Van Dormaël, Studies in Health Services Organisations & Policy, Anvers, 2004 : 352 p., ISBN : 90-76070-27-X

La politique des soins de santé primaires repose dans les pays en développement sur une organisation pyramidale dont le premier niveau, « la première ligne », est en charge de fournir un ensemble de prestations et de soins polyvalents, adéquats aux besoins prioritaires des populations. Après des décennies de mise en Å“uvre, il faut admettre que les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances. Le bilan de cette politique est souvent décevant : l’offre de soins est, d’une part, inégalement distribuée et d’autre part, peu utilisée faute d’être crédible. En réponse aux carences du système public et à la moindre participation des États en matière de financement des soins, un secteur privé se développe à l’intention des plus solvables, majorant de fait les inégalités d’accès aux soins. La recherche présentée dans cet ouvrage explore la piste de la médecine de famille comme stratégie de renforcement du premier niveau de recours aux soins. En effet, des initiatives ont fleuri ici et là, et cette pratique est prise en compte dans les réformes sanitaires de plusieurs pays. Que signifie exactement le concept de médecine de famille ? Quelle est sa capacité à répondre aux exigences d’un système de santé en charge de garantir l’accessibilité à une gamme de services globaux ? Ce sont les questions majeures auxquelles les auteurs s’efforcent de répondre à partir d’une analyse comparative d’études de cas approfondies menées sur quatre pays (Afrique du Sud, Cuba, Mali, Thaïlande).
Enracinée dans les pratiques des pays du Nord, la médecine de famille recouvre des réalités assez diverses dans les pays du Sud même si les promoteurs du modèle, regroupés dans une association d’envergure mondiale, s’efforcent d’en clarifier les principes : une prise en charge inscrite dans la durée, centrée sur le patient dans son environnement, fondée sur une relation de confiance et la recherche de solutions adaptées et négociées. Ainsi décrite, cette approche se démarque du modèle de soins curatifs de première ligne, caractérisé par une standardisation de la réponse et un déficit patent de la relation soignant soigné. Bien que différentes catégories de personnel de santé (infirmiers, assistants de santé) se soient vues confier des responsabilités importantes dans la délivrance de soins, notamment dans les pays marqués par une pénurie de médecins, le professionnel identifié à ce mode d’exercice est majoritairement le médecin. Plusieurs pays (dont Afrique du Sud, Cuba, Thaïlande) se sont efforcés de faire de la médecine de famille, une spécialité à part entière, objet d’un enseignement spécifique, la reconnaissance académique ayant vocation à donner une légitimité plus grande à la pratique. Les auteurs décrivent le processus de construction de la médecine de famille, en différence ou en complémentarité avec la médecine de première ligne, sous l’influence de plusieurs facteurs (état des réformes du système de santé, politiques antérieures conduites, ressources humaines disponibles, notamment). Les deux courants distincts à l’origine, tant par leur approche (biomédicale pour le premier, santé publique pour le second) que par les objectifs poursuivis (structuration professionnelle versus organisation de système) se sont progressivement rapprochés au point de se confondre dans l’expérience cubaine. Excellence technique dans des spécialités reconnues incontournables, démarche relationnelle spécifique avec le patient, fonction de coordination dans le système, les interprétations de la médecine de famille ne sont pas unanimes. Ainsi, la nature des prestations fournies varie considérablement d’un pays à l’autre. Les expériences analysées sont assez contrastées. Le modèle cubain de médecine de famille, exclusivement public, témoigne d’une politique volontariste de plusieurs années (formation massive de médecins, affectation des jeunes médecins dans des zones nécessiteuses, spécialisation dans la discipline, perspectives évolutives de carrière…) pour assurer une couverture médicale équitable sur l’ensemble du pays. Les médecins sont responsables des soins curatifs mais aussi d’activités de prévention, de gestion de programmes, de formation et d’encadrement. La médecine de famille en Afrique du Sud s’apparente davantage à l’exercice libéral des pays du Nord dont elle est issue, même si ce pays est parmi les pionniers en matière de développement du concept et de la discipline (création de départements de médecine de famille dans toutes les Facultés de médecine). Le modèle malien est encore en devenir. Les services de première ligne relèvent principalement de la prise en charge communautaire ou privée. Le concept de médecine de famille évolue, s’enrichit et se structure grâce aux échanges établis avec des médecins de pays du Nord. En Thaïlande, le concept ne fait pas encore consensus. La médecine de famille est partagée entre médecins et infirmières et un clivage demeure entre une pratique plus clinique confiée aux premiers et une dimension plus collective aux seconds. Le niveau central accompagne l’expérimentation dans le cadre d’une réforme plus large. Ces quatre études de cas sont intégralement restituées dans la seconde partie de l’ouvrage.
Les qualités de ce travail sont multiples : richesse des données recueillies, rigueur de l’analyse, et surtout, prudence dans les conclusions. En effet, les auteurs se gardent de toute idéalisation excessive d’un modèle et démontrent constamment le jeu d’interactions entre les formes diversifiées de la médecine de famille et les éléments contextuels. Des pistes de réflexion et des propositions de recommandations jalonnent le récit sans occulter les dérives possibles des différentes situations. Une lecture à conseiller sans aucun doute à tous les artisans des systèmes de santé des pays du Sud mais aussi à ceux des pays du Nord car le détour par la médecine de famille nous invite à une série de réflexions sur les conditions de l’accès aux soins, les déterminants de l’identité professionnelle, la répartition des rôles entre les différentes catégories professionnelles, la plus value du médecin dans la médecine de proximité, les complémentarités public/privé, l’équilibre entre les composantes des systèmes de santé. Autant de thèmes qui questionnent aussi nos systèmes de santé !
Françoise Jabot

Policy tools for allocative efficiency of health services, X. Liu, Geneva, World Health Organization, 2003 : 155 p., ISBN : 92-4-156252-8

Ceux qui ne sont pas familiers avec la littérature de l’Organisation Mondiale de la Santé découvriront avec intérêt une présentation très technique des outils politiques de la santé. Dans cet ouvrage de 155 pages claires, bien présentées sur papier lisse, on trouve plus de 400 références, un chapitre de tableaux récapitulatifs et de nombreux schémas explicatifs. Publié en anglais en 2003, il est peut-être bientôt disponible en français.
Le fil directeur est celui de la recherche de la répartition optimale des ressources pour un meilleur rendement des services de santé. En faisant l’inventaire des systèmes de santé existants, l’auteur propose un assortiment d’outils destinés à améliorer les politiques en faveur de la santé. Le choix des technologies en fonction des ressources d’un pays, l’avantage financier des prestataires, le choix du moindre coût pour les usagers, l’évaluation de la qualité des soins et la gestion des prises en charge sont les composantes premières de ces politiques qui peuvent être segmentées en une trentaine d’objectifs visant au contrôle des coûts. L’auteur prône quelques mécanismes de régulation tels que les autorisations préalables, la nécessité d’un deuxième avis, les références médicales et la formation continue des prestataires. La boîte à outils politiques, selon lui, présente l’inconvénient majeur, d’être plus fondée sur des croyances que sur des preuves. Aussi fournit-il en annexe quelques conseils classiques reposant sur la faisabilité des interventions, la bonne gouvernance qui exclue la corruption et la redistribution pour éviter les conflits d’intérêts.
Cette démonstration conceptuelle pour rigoureuse qu’elle soit ne convainc pas forcément le lecteur rompu à l’étude de la diversité des pratiques de santé. L’absence de critères de comparaison ne facilite pas le choix du bon outil et le système par essai-erreur conserve une place enviable dans cette présentation très organisée. On regrette vivement que selon les bons principes technocratiques, les questions éthiques ne soient qu’indirectement abordées, par le biais de référence à l’équité ou à la solidarité.
Virginie Halley des Fontaines

Guide ressource pour une éducation à la santé à l’école élémentaire, C. Mérini, D. Jourdan, P. Victor, D. Berger, C. de Peretti, Rennes, ENSP, 2004 : 203 p., ISBN : 2-85952-875-X

Très attendu, voici le fruit du travail d’une équipe d’enseignants-chercheurs réunis pendant un temps sous l’égide de l’Institut National de Recherche Pédagogique, soutenus par un intérêt commun pour les conduites addictives et ayant pour champ d’application quatre dynamiques Instituts de formation des maîtres.
Parce que depuis 2002, l’éducation à la santé est intégrée dans les programmes de l’école primaire, il était utile de procéder à une typologie des projets de formation tels qu’ils ont été conduits depuis les circulaires de la fin des années 1990. Le premier constat est sur la diversité des actions et de leurs axes thématiques. Dix neuf actions présentées sous forme de fiche ressource, avec ses points forts, sa caractérisation, son synopsis, la parole des acteurs et des références. Un index récapitulatif figure en fin d’ouvrage. Les auteurs disent avoir voulu dans cette présentation très visuelle donner des idées, favoriser les confrontations et dynamiser la réflexion autour de l’éducation de la personne et du citoyen.
Virginie Halley des Fontaines

La prévention en milieu scolaire, Revue Toxibase, N°9 mars 2003 : 41 p., Les conduites à risque des jeunes, Revue Toxibase, N°11 septembre 2003 : 45 p., ISSN : 1240-2494

Durant l’année 2003, deux numéros de cette revue attractive et pratique ont été consacrés à la prévention des toxicomanies dans les milieux de la jeunesse. Auteurs princeps, revue de la littérature, couleurs, schémas, dessins, lectures courtes, nombreuses références – particulièrement aux multimédias, facilité du stockage des fiches et de la revue, tout est mis en Å“uvre pour faciliter l’utilisation de ces documents. La multiplicité des fiches pratiques et des explications techniques les désignent comme des documents précieux pour les acteurs de terrain. Ceux-ci se voient rappeler toutefois que « Informer, n’est pas prévenir » : la Revue Toxibase justifie ainsi son existence en une demi-page qui pourrait être lue comme une charte de bonnes pratiques (N°9, p 40).
Virginie Halley des Fontaines

Un guide pour les représentants des usagers du système de santé, C. Lothon-Demerliac, Nancy, Société française de santé publique, 2004 : 128 p.

Il faut saluer l’initiative et la réalisation de ce guide qui marque la transformation introduite dans notre système de soins par la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades, légitimant ainsi la représentation des usagers dans l’administration des établissements de santé. En 128 pages faciles d’accès et extrêmement didactiques sont définies les notions d’usager (par opposition à d’autres termes tels que patient, assuré, client, consommateur), de leurs représentants, leur désignation et leur mission spécifique et les compétences nécessaires à leur engagement. Aussi, après quelques exemples de leurs interventions dans différents établissements de soins, un chapitre est consacré aux éléments pour comprendre le système de santé français et un autre pour présenter les lois les plus récentes (mars 2002, août 2004). Ce guide à la fois explicatif et analytique, descriptif et interrogatif est un ouvrage très pratique dont l’usage ne doit pas être réservé aux seuls non-professionnels de santé.
Virginie Halley des Fontaines

Santé et territoire. Carnet de santé de la France 2004, Sous la direction de J. de Kervasdoué et H. Picheral. Mutualité française, Éditions Dunod, Paris, 2004 : 211 p., ISBN : 2-10-048586-5

Le rendez-vous annuel de la santé avec le mouvement mutualiste français donne la parole en 2004 aux économistes et aux géographes de la santé. Le premier chapitre rappelle le chiffre de quarante-deux rapports commandés en 2003 par le ministre de la Santé. En dénonçant la paralysie politique consécutive à cet inventaire, le premier auteur donne le ton du reste de l’ouvrage qui se lit comme une amère critique de nos politiques de santé. Le déficit de l’assurance-maladie, les 35 heures à l’hôpital, la T2A, le déremboursement des médicaments et leur surconsommation, le tableau d’ensemble est sévère. Comment les inégalités géographiques viennent-elles invalider la notion de besoins de santé ? Telle est la question des géographes qui déclinent sous tous ses angles la notion de territoire de santé : espace légal, aménagement sanitaire, desserte des petits « pays », inégalités de peuplement médical et pouvoir d’attraction. Cette enquête sur les inégalités géographiques mène naturellement à la question d’aménagement sanitaire du territoire. Les auteurs prennent partie pour la discrimination positive territoriale. Le paysage sanitaire se transforme en fonction de la médicalisation de la société et de la valeur ajoutée par la santé. Le livre est clos par une réflexion sur la santé des sans-territoires et le rôle essentiel de l’assurance-maladie de l’État.
L’ouvrage comprend 211 pages, bien documentées, faciles à lire avec des schémas nombreux et bien évidemment, des cartes de géographie. Des résultats relatifs à la répartition des ressources et les niveaux de santé montrent que l’adage « riche et en bonne santé » n’est pas partout vérifié.
Face à ce travail aux références nombreuses et pédagogiques, on mesure le chemin parcouru par les principaux hérauts de la géographie de la santé depuis leurs manifestations timides parmi les hautes instances françaises [1].
Virginie Halley des Fontaines

Suède. Notes sanitaires et sociales, Service santé et affaires sociales, Pour les pays nordiques. M. Biese, A. Kasprzak, A. Lefèbvre, Stockholm, Ambassade de France en Suède, décembre 2004 : 177 p.

Ces notes sans prétention et peu complaisantes dans leur forme retiennent pourtant l’attention du lecteur. Elles balaient en 175 pages, la majeure partie des sujets fondamentaux du système sanitaire et social suédois : les réformes hospitalières, le handicap, l’isolement social, l’égalité sur le lieu de travail, les jeunes en formation, au total 27 chapitres, autant de sujets. En général, le ton est simple, informatif, sans jugement de valeur. Cela n’empêche pas les auteurs d’alimenter les points qu’ils souhaitent comparer au système de santé français, pourtant à l’opposé du système suédois, décentralisé et moins coûteux, en dépit de l’emploi d’un personnel en grande majorité salarié. La part consacrée à la prévention en milieu scolaire, l’attention aux personnes handicapées et aux personnes démunies, la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants, autant d’exemples remarquables de l’action sociale en Suède. Les auteurs prennent le parti de l’éloge de cette culture de consensus qui a contribué aux politiques sociales les plus avancées du monde : haut niveau de redistribution et couverture sociale généreuse. Et ce, en dépit des réformes politiques majeures dans les années 1990 qui ont su, malgré tout, faire disparaître les déficits publics et réformer le système de retraite. Selon les auteurs, le fait que la Suède soit un pays pacifique peut expliquer cet apaisement des relations sociales dans lesquelles sont recherchées des solutions pragmatiques et efficaces pour tous.
Virginie Halley des Fontaines

Coopérations, conflits et concurrences dans le système de santé, Sous la direction de G. Cresson, M. Drulhe, F.X. Schweyer, Collection Recherche, santé, social, Rennes, ENSP, 2003 : 287 p., ISBN : 2-85952-853-9

Cet ouvrage collectif, rédigé par 20 auteurs, est ambitieux. Les concepts, l’articulation des raisonnements, la problématique même de l’ouvrage appartiennent au champ des sciences sociales. Les chercheurs exposent leurs réflexions à partir de différents terrains d’étude : l’itinéraire de soins en Amazonie brésilienne, le dépistage du cancer du sein en France, la relation malade-médecin, sont autant de prétextes à élaborer des modèles explicatifs des situations de conflits ou au contraire de coopérations. Le raisonnement est profond, souvent brillant. Les chapitres sont denses et chacun renvoyant à une vingtaine d’ouvrages de références. Malgré leur hétérogénéité, les contributions ont été regroupées en trois parties où sont successivement évoqués les systèmes de soins, les relations entre professionnels et les relations entre professionnels et patients. Si la pensée est souvent séduisante, il n’est pas évident que l’exposé analytique de ces situations suffise à fournir des instruments d’analyse et d’aide à l’intervention pour des professionnels de santé publique. Pour régler des tensions dans ce champ d’activité, le seul point de vue des sciences sociales ne saurait suffire ; plus que jamais s’impose la recherche de solutions multidisciplinaires.
Virginie Halley des Fontaines

Comprendre et utiliser les statistiques dans les sciences de la vie (3e édition), B. Falissard, Masson, Paris, 2005 : 372 p., ISBN : 2-294-01850-8

Professeur des universités et praticien hospitalier en biostatistique, Bruno Falissard présente dans cet ouvrage l’ensemble des méthodes statistiques les plus utilisées dans le domaine des sciences de la vie. Ses objectifs sont multiples : former le lecteur à ces méthodes, les lui faire comprendre, mais également lui apprendre à les appliquer.
Ainsi, oubliant l’aspect mathématique du sujet, l’auteur recoure à de multiples exemples réels, les illustre par de nombreux schémas, présente des listings informatiques obtenus à partir de logiciels d’analyse statistique couramment utilisés (plus particulièrement le logiciel SAS®) et apporte une aide précieuse pour l’interprétation des résultats, ce qui rend cet ouvrage très pratique et accessible à tous et notamment aux « novices » de la statistique. Les plus curieux ne sont pas pour autant oubliés puisque cet abrégé contient de nombreux renvois à des ouvrages de références sur les méthodes présentées.
Cette troisième édition, mieux structurée que les précédentes, s’articule en trois parties : les méthodes univariées, les méthodes multivariées et les méthodes exploratoires multidimensionnelles. Une large introduction a été rajoutée abordant de manière très instructive la méthodologie en recherche médicale ainsi que des réflexions sur la gestion de données. Quelques méthodes viennent par ailleurs compléter les éditions antérieures : méthode de rééchantillonnage (le bootstrap) ou encore « modèles structuraux » sont présentés.
Ouvrage destiné aux chercheurs, aux étudiants dans les domaines de la recherche clinique, épidémiologique ou biologique, il se révèlera également très utile aux médecins et toutes personnes lisant la presse scientifique, presse qui devient de plus en plus consommatrice de méthodes statistiques pointues.
Arnaud Gautier

Baromètre santé. Médecins / pharmaciens – 2003, Sous la direction d’Arnaud Gautier, Editions INPES, Paris, 2005 : 271 p., ISBN : 2-908444-86-0

La collection « Baromètre » de l’INPES vient d’éditer sa dernière enquête « comportements, attitudes et opinions » en matière de santé chez des médecins généralistes et des pharmaciens d’officine. Ainsi, plus de 3 000 de ces professionnels ont été interrogés tant sur leurs propres comportements de santé que sur leurs rôles dans la prévention et l’éducation pour la santé auprès de leurs patients et clients. Différentes thématiques permettent de confronter ces rôles : la vaccination, la contraception et la prévention des comportements sexuels à risque, les dépendances tabac, alcool et drogues illicites, le dépistage de l’hépatite C, le dépistage des cancers gynécologiques et du cancer colorectal, la prescription et la délivrance de médicaments génériques.
La première partie du Baromètre développe la méthodologie utilisée (échantillonnage, recueil de données, analyse statistique) et nous renseigne sur les principales caractéristiques démographiques et de l’activité des professionnels interrogés, mais également sur l’évolution de celles-ci depuis 1992.
La deuxième partie nous informe sur les comportements personnels de santé des professionnels. Bien que cette description ne soit pas l’objet principal du Baromètre santé, elle permet de mieux connaître les comportements de santé de ces acteurs et de les mettre en relation avec leurs pratiques professionnelles à l’égard de leurs patients et clients, notamment en matière de prévention.
L’essentiel du corps de l’ouvrage est consacré aux rôles des médecins et pharmaciens dans la prévention et l’éducation pour la santé d’une manière générale et à travers les thématiques santé abordées précédemment. Ces rôles ne cessent d’évoluer et nécessitent une capacité d’adaptation importante qui semble effective en regard de cette enquête. L’implication des professionnels est plus aisée dans la lutte contre le tabagisme et dans les domaine fortement médicalisés (vaccination, lutte contre le cancer) que dans la lutte contre l’alcoolisme.
Enfin, les annexes comportent entre autres l’intégralité des questionnaires utilisés auprès des médecins et des pharmaciens ainsi que les résumés en anglais de chaque chapitre.
Dans chacune des parties très riches en informations, une synthèse présente l’essentiel de l’analyse des données ce qui permet à tous ceux qui veulent avoir un aperçu global des résultats de l’enquête. À chacun est offerte la possibilité d’aller plus loin, notamment à ceux qui développeront les axes stratégiques de formation et d’informations des professionnels de santé.
Alyne Gillard

Dictionnaire des sciences humaines, dirigé par J.-F. Dortier, Éditions Sciences Humaines, Paris, 2004 : 875 p., ISBN : 2-912601-25-8

« Grise est la théorie, vert est l’arbre de la vie » écrivait Goethe. Cet ouvrage, à la hauteur de la réputation des éditions « Sciences humaines » se veut humain : il parle du vivant. Il fait entrer la vie dans les définitions. Il y est donc question des êtres humains, de leur vie, de leurs mÅ“urs, de leurs croyances. C’est un régal pour l’esprit.
De l’anthropologie à la démographie, en passant par les sciences politiques, l’histoire, l’éducation, l’économie, la sociologie, l’épistémologie, les méthodes, toutes les sciences humaines et sociales sont là avec leurs auteurs, leurs problématiques et l’évolution des débats… À la manière d’une encyclopédie pratique, il propose 900 entrées où, sans cloisonnement de 22 disciplines, les concepts et recherches circulent d’un domaine à l’autre…
En quoi ce dictionnaire peut-il intéresser les lecteurs de « Santé publique » ?
Pédagogique et vivant, ce dictionnaire constitue bien sûr et d’abord, un outil de culture générale. Mais l’utiliser en santé publique c’est aborder les thématiques selon le principe d’intéraction : on ne peut comprendre un élément du social sans connaître le contexte dans lequel il intéragit… Ce dictionnaire donne du relief à l’analyse des situations de santé publique et du développement social : il apporte l’éclairage des notions et la description historique de leurs usages selon les disciplines. Un système de renvois et de liens permet d’utiliser les notions comme de véritables portes d’entrée, par exemple « espérance de vie » renvoie à Démographie, mortalité, natalité. La notion de « famille » développe l’histoire de la famille, le mythe de la famille étendue, la diversité des modèles, la famille affective, les changements sociaux, le nouvel art d’aimer, les solidarités intergénérationnelles, le brouillage dans les filiations, l’État accompagnateur. Ces mini articles se terminent par une bibliographie très pointue et renvoient à trois termes : femme, filiation, genre. Autre exemple, le terme « pauvreté ». Il fait découvrir aux lecteurs les différents travaux de sociologues et d’anthropologues américains depuis les années 20, les diverses formes de culture du pauvre des années 60 et les travaux français de Bourdieu et de Grignon qui distinguent cette culture populaire par ses « habitus », des valeurs et des styles de vie caractéristiques. À partir des années 80, il est question de formes nouvelles et inattendues de la classe « des nouveaux pauvres » : chômeurs et personnes en fin de droit, SDF, mères célibataires, jeunes sans emploi. La misère et l’exclusion refont leur apparition dans nos sociétés modernes et riches. Maintenant ce sont les termes d’« exclusion », de « disqualification sociale » qui prennent le relais de la notion de pauvreté.
Cet ouvrage n’est pas sans défaut : certains spécialistes peuvent trouver à redire et regretter qu’un terme recouvrant plusieurs significations ne soit pas traité de manière exhaustive, c’est le cas du mot « dépression » qui est abordé sous l’angle psychiatrique, neurologique et sociologique mais il n’y a aucun renvoi de ce même terme en économie… Rappelons qu’il y a 900 entrées et l’ouvrage compte 875 pages… N’en tenons donc pas rigueur aux auteurs puisque cet excellent dictionnaire facilite la communication entre les approches. Il n’enferme pas chaque science dans sa logique propre avec la tentation de croire en sa supériorité sans rien en apprendre des autres…
Laurence Fond-Harmant

Journal d’un sein, B. Maillard-Chaulin, Vaincre le cancer, Corsaire éditions, 1999 (4e édition 2003) : 190 p.

Voici un petit livre de témoignage pour tous ceux qui veulent comprendre l’histoire singulière d’une femme et de l’évolution de sa maladie. Ce petit ouvrage est sympathique, réaliste sur le monde de l’hôpital : il porte un regard plein d’humour et d’humanité sur la trajectoire d’une femme courageuse et intelligente. C’est un peu l’histoire de notre sÅ“ur, de notre mère, de notre collègue de travail… Cette histoire-là c’est aussi notre histoire sociale : aujourd’hui en France, en 2000 [2], 41 845 nouveaux cas de cancer du sein sont déclarés et 11 637 femmes en meurent.
Laurence Fond-Harmant
 
NOTES
 
[1]Épidémiologie, géographie et politiques de santé, 5e journée d’assurance-maladie de la Canam (mars 2002).
[2]Source : Rapport sur la commission d’orientation sur le cancer.
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[2]
Source : Rapport sur la commission d’orientation sur le can...
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