Santé Publique
S.F.S.P.

I.S.B.N.sans
200 pages

p. 523 à 532
doi: 10.3917/spub.064.0523

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Études

Vol. 18 2006/4

2006 Santé publique Études

Épidémiologie des chutes accidentelles de grande hauteur chez les enfants en Île-de-France entre mai et septembre 2005

B. Thélot  [1] A. Rigou  [1] C. Bonaldi  [1] C. Ricard  [1] P. Meyer  [2]
Une enquête menée entre mai et septembre 2005 en Île-de-France, a recensé 67 « chutes accidentelles de grande hauteur », souvent appelées par simplification « défenestrations », chez les moins de 15 ans. Il s’agissait surtout d’enfants de moins de 6 ans (72 %), majoritairement des garçons (72 %). Plus de la moitié des familles de ces enfants était d’origine extra-européenne, en particulier d’Afrique Noire. Dans 32 % des cas, la chute a eu lieu alors que l’ouverture disposait d’une protection. Un meuble était situé sous l’ouvrant ou a été déplacé par l’enfant dans 55 % des cas ; 33 % des enfants ont escaladé le garde-corps ou l’ouverture. Dans un tiers des cas, l’enfant est tombé alors qu’une personne était dans la même pièce. Sept enfants (10 %) sont décédés, 8 enfants (12 %) ont gardé des séquelles. Le risque de chute par défaut de surveillance, méconnu par les adultes, doit faire l’objet de campagnes de prévention. Pour empêcher les chutes, il faut entreprendre la révision des textes réglementant la construction des garde-corps ou l’ouverture des fenêtres.Mots-clés : surveillance épidémiologique, défenestrations, chute de grande hauteur, enfants. A survey conducted between May and September 2005 in the Paris Region collected 67 cases of accidental “falls from heights” among the children under the age of 15. Most of the injured children were under the age of 6 (72%), the majority were boys (72%). More than halve of the children’s families were from extra European origin, mostly from Subsaharian Africa. In 32% of the cases, the fall occurred as the opening had a protection. A piece of furniture was in place beneath the window or was disposed by the child in 55% of the cases; 33% of the children climbed the parapet or the opening. In third of the falls, there was an adult present with the child in the room. Seven children died (10%) and eight (12%) had sequalea. The risk of fall due to the lack of surveillance is not enough known by adults. It is therefore recommended to organise prevention campaigns. To prevent falls, one should revise the regulations for building the parapets and the mechanisms for opening the windows.Keywords : epidemiological surveillance, defenestration, fall from height, children.
 
Introduction
 
 
Les « chutes accidentelles de grande hauteur », souvent appelées par simplification « défenestrations », constituent un problème de santé publique ancien commun aux pays développés, principalement lié à l’habitat de grande hauteur. Suite aux campagnes médiatisées du printemps 2004-2005 [2, 8, 9], évoquant un nombre important de chutes accidentelles de grande hauteur chez les jeunes enfants en France (de l’ordre de 250 par an), l’Institut de veille sanitaire (InVS) a mis en place une enquête en collaboration avec l’hôpital Necker - Enfants Malades afin de fournir un descriptif détaillé et exhaustif des défenestrations accidentelles d’enfants en Île-de-France.
 
Méthode
 
 
L’enquête « Défenestrations » a été menée entre le 1er mai et le 30 septembre 2005 en Île-de-France. L’objectif de l’enquête était de mesurer le nombre et les circonstances des défenestrations accidentelles d’enfants en Île-de-France. Cette enquête descriptive exhaustive a été réalisée par l’envoi de trois fiches. La fiche « intervention » était destinée à renseigner sur les circonstances de survenue et l’environnement de la défenestration. Elle devait être remplie le jour même de l’accident par l’équipe d’intervention des secours organisés auprès de l’enfant défenestré. La fiche « clinique », a permis de recueillir les données concernant le devenir immédiat de l’enfant accidenté, en particulier en cas d’hospitalisation, et son devenir à la sortie de l’hôpital ou 30 jours après l’accident (séquelles, durée de séjour hospitalier, décès à l’hôpital, etc.). Elle a été renseignée par les médecins et personnels soignants impliqués dans la prise en charge et le suivi des accidentés. La fiche « sociale », complétée dans la mesure du possible par les assistantes sociales et les psychologues impliqués dans la prise en charge de la victime ou de ses proches à l’hôpital, a fourni des données sur l’environnement sociodémographique de l’enfant et de sa famille.
Toute chute d’une hauteur environ égale à 3 mètres (conventionnellement assimilée à un étage), ou davantage, a été incluse. Les chutes de moins de 3 mètres ont été incluses lorsqu’elles ont entraîné un recours au système de soins. L’étude a été réalisée chez les enfants de moins de 16 ans, quelle que soit la prise en charge, qu’ils aient été hospitalisés ou non, y compris les enfants décédés sur place, pendant le transport ou à l’hôpital. N’ont été retenues pour l’analyse que les « défenestrations accidentelles », plus habituellement nommées « chutes accidentelles de grande hauteur » (en anglais : “Falls from Heights”). En pratique, il s’agit de toutes les chutes accidentelles par un ouvrant (fenêtres, velux, balcon, etc.) ainsi que des chutes de « grande » hauteur à partir de tout support (toit, verrière, dôme, grange, etc.). Les chutes dans les escaliers, les chutes d’arbres et les chutes intentionnelles (fuite ou tentative de suicide) ont été exclues de cette enquête.
Les questionnaires ont été largement diffusés aux Samu-Smur, aux pompiers, aux services hospitaliers d’urgence, de réanimation, de chirurgie traumatologique pédiatrique et adulte et ils ont ensuite été centralisés par l’InVS. La validité du recueil et la recherche d’exhaustivité ont été recherchées par de nombreuses relances auprès des soignants et des secours d’intervention, par la consultation de la presse et par des contacts institutionnels.
L’analyse des résultats a consisté en statistiques descriptives et lorsque les effectifs le permettaient en analyses multivariées. Pour des raisons de cohérence avec les bases de données en population, l’analyse est fournie pour les moins de 15 ans. Les taux d’incidence ont été calculés sur la période de recueil en rapportant les accidents enregistrés sur 5 mois à la population correspondante.
 
Résultats
 
 
Caractéristiques socio-démographiques
Entre le 1er mai et le 30 septembre 2005, 67 enfants de moins de 15 ans ont été victimes d’une chute accidentelle de grande hauteur en Île-de-France, soit un taux d’incidence de 2,8 / 100 000 sur la période d’enquête. Les enfants étaient âgés de 12 mois à 15 ans avec une médiane à 4 ans. Il s’agissait donc en grande majorité de très jeunes enfants, avec 72 % de moins de 6 ans. Les garçons étaient beaucoup plus nombreux que les filles, 72 % contre 28 %, soit un sex ratio de 2,5. Entre 2 et 7 ans, parmi 51 accidentés, il y a eu 80 % de garçons (sex ratio 4,1) (figure 1).
Figure 1
Répartition des enfants accidentés selon l’âge en années
Agrandir l'image Répartition des enfants accidentés selon l’âge en ...
C’est en Seine-Saint-Denis que le nombre de chutes observé a été le plus élevé avec 23 chutes (34,0 %). Seulement 3 chutes (4,5 %) ont été enregistrées dans les Yvelines (carte). Les taux d’incidence pour 100 000 résidents de moins de quinze ans variaient entre 1 dans les Yvelines et les Hauts-de-Seine et 6,7 en Seine-Saint-Denis (carte). Si 24 familles étaient d’origine européenne, la majorité, 33 sur 57 (58 %), était d’origine extra-européenne. Dans ce groupe, les familles les plus représentées venaient d’Afrique Noire (22 familles, 39 % du total et les deux tiers des non européens) puis d’Afrique du Nord et du Moyen Orient (5 familles, 9 %), d’Asie (3 familles, 5 %), du Mexique (2 familles, 3 %), et d’Océanie (1 famille, 2 %). Pour chacun des huit départements de l’Île-de-France, il est indiqué sur la carte la proportion de familles d’enfants accidentés qui sont d’origine extra-européenne. Dans tous les départements, ces proportions sont très supérieures à celles constatées en population générale, par exemple 29 % contre 18 % à Paris, 78 % contre 22 % en Seine-Saint-Denis, 25 % contre 10 % en Seine-et-Marne [1].
Circonstances de la chute
Les chutes ont davantage eu lieu en juin (23 chutes, 34 % du total). Si la répartition des chutes selon le jour de la semaine a été homogène, elle ne l’a pas été selon l’heure de survenue. La moitié des chutes (50 %) a eu lieu pendant les heures de repas : 19 % entre 12 h et 14 h et 31 % entre 18 h et 20 h. Il est à noter que 10 chutes ont eu lieu entre 15 h et 16 h, soit 16 % de l’ensemble des chutes.
Trente-trois enfants (51 %) sont tombés depuis une fenêtre haute et 13 enfants (20 %) depuis un balcon. Les chutes depuis une fenêtre basse (14 %), un velux (1 %) ainsi que depuis d’autres types d’ouvertures (dôme, toit, verrière, grange…14 %) ont été moins fréquentes. Les moins de 6 ans ont plus souvent chuté depuis une fenêtre haute (53 % contre 45 %) ou une fenêtre basse (18 % contre 5 %). Les plus de 6 ans ont plus souvent chuté depuis les autres types d’ouvertures (30 % contre 7 %). Dans 68 % des cas, l’ouvrant ne disposait pas de protection. Il est donc remarquable que 32 % des chutes aient eu lieu alors même que l’ouverture disposait d’une protection. Un meuble était situé sous l’ouvrant ou a été déplacé par l’enfant (lit, chaise, table ou jouet) dans 23 cas (55 %), 14 enfants (33 %) ont escaladé le garde-corps ou l’ouverture elle-même, 3 enfants (7 %) se sont penchés et 2 enfants (5 %) sont passés au travers de barreaux cassés d’un balcon.
Concernant le mode de garde, dans 46 cas (79 %) au moins une personne était présente. Il s’agissait en grande majorité des parents (74 %). Six enfants étaient gardés par un autre enfant de moins de 16 ans. Douze enfants (21 %) étaient seuls dans le logement au moment de la chute, soit 15 % des moins de 6 ans mais 40 % des plus de 6 ans. Si dans 79 % des cas l’enfant n’était pas seul dans le logement, dans un tiers des cas (31 %) l’enfant est tombé alors qu’une personne était dans la même pièce. Dans les deux tiers des cas renseignés (69 %), l’autre personne se trouvait dans une autre pièce au moment de la chute (figure 2).
Figure 2
Témoins lors de la chute en fonction du groupe d’âge de l’enfant
Agrandir l'image Témoins lors de la chute en fonction du groupe d’â...
Les hauteurs des 67 chutes ont varié de moins de un étage (minimum 1,3 mètre chez un petit enfant) à 10 étages (30 mètres) (figure 3). La hauteur médiane a été de 6 mètres, soit deux étages. Les chutes entre le 1er et le 3e étage ont représenté 80 % de l’ensemble des chutes. Les enfants sont plus souvent tombés sur du béton (35 enfants ; 57 %). Dix-sept enfants (28 %) sont tombés sur de la pelouse (n = 16) ou un arbre (n = 1). Neuf enfants (15 %) sont tombés sur d’autres surfaces de dureté moins précisément définie (sol carrelé, terre sèche, voiture, pot de fleur, gravas, fumier, meuble de jardin).
Figure 3
Répartition des chutes selon la hauteur en étages (3 mètres = 1 étage)
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Mortalité et morbidité
Sept enfants (10 %) sont décédés de leurs blessures, 3 sur place, 2 pendant le transport et 2 le jour même à l’hôpital. Il s’agissait de 5 garçons et de 2 filles, âgés entre 16 et 62 mois (moyenne 42 mois). La hauteur de leur chute (moyenne 15,9 mètres) était plus élevée que celle de l’ensemble (hauteur médiane de 4 étages versus 2 étages, p < 0,05). Six enfants ont chuté sur une surface dure (béton et terre sèche) et un enfant a chuté sur de la pelouse. Les 7 chutes sont survenues à domicile, depuis un immeuble d’habitation pour 6 enfants et depuis un centre maternel pour 1 enfant. Trois enfants sont tombés depuis une fenêtre haute, 2 depuis un balcon et 2 depuis une fenêtre basse. Dans les 30 jours suivant la chute, 8 enfants (12 %) présentaient des séquelles, dont 3 enfants des séquelles graves (« handicap sévère »). Cinquante-deux enfants (78 %) n’avaient pas de séquelles.
Le Glasgow médian était égal à 15 (moyenne 12) avec des extrêmes allant de 3 à 15. Dix-neuf enfants (30 %) avaient un score de Glasgow inférieur à 9, équivalent à un état de coma. Le Pediatric Trauma Score (PTS) médian à l’arrivée était égal à 9 (moyenne 7) et variait entre – 3 et 12. La très grande majorité des enfants (62 sur 67) a présenté au moins une lésion et les valeurs prises par l’Injury Severity Score (ISS) ont varié entre 1 et 75 donnant une médiane égale à 9 ce qui correspond à une gravité sérieuse. Un total de 146 lésions a été observé pour les 62 enfants présentant au moins une lésion : 44 enfants avaient des lésions neurologiques (30 % de l’ensemble des lésions), 27 des lésions thoraciques (18 %), 24 des lésions orthopédiques (16 %), 20 des lésions au niveau de la face (14 %), 18 des lésions abdominales (12 %) et 8 des lésions rachidienne (5 %). Cinq enfants ont présenté d’autres types de lésions (3 %, non renseignées). Parmi les 60 enfants non décédés, 47 ont été hospitalisés (78 %) et la durée médiane de séjour hospitalier a été de 6 jours.
Les facteurs de risque liés à la gravité des lésions
Il n’a pas été retrouvé dans cette enquête de lien significatif entre le type de sol et la gravité des lésions mesurées par les trois scores utilisés (Glasgow, PTS, ISS). Les trois scores de gravité ajustés sur le type de sol sont apparus significativement liés avec la hauteur de la chute (Mantel Haenszel p < 0,05). De plus, une hiérarchie a été clairement mise en évidence : à une hauteur de chute plus élevée correspondent des scores plus graves (test de tendance p < 0,05).
Ajustées sur l’âge et le type de sol, les atteintes abdominales et thoraciques étaient plus souvent associées aux chutes de plus de 2 étages (régression logistique, p < 0,05). Pour les atteintes abdominales (resp. thoraciques), l’odds ratio ajusté des enfants tombés de plus de 2 étages par rapport aux enfants tombés de moins de 2 étages était égal à 7,8 (resp. 5,1) avec un intervalle de confiance à 95 %, IC = [1,4 ; 43] (resp. IC = [1,6 ; 17]).
Le lien entre l’âge de l’enfant et la gravité des traumatismes a pu être mis en évidence pour les scores Glasgow et PTS. Un état neurologique plus grave était plus souvent observé chez les enfants de moins de 4 ans (test de tendance, p < 0,05). À l’inverse, les atteintes orthopédiques ont plus souvent été associées aux enfants âgés de plus de 4 ans (55 % contre 12 % ; test de Fisher, p < 0,05). Ce lien reste significatif ajusté sur le type de sol et le nombre d’étages. L’âge médian des enfants ayant des atteintes orthopédiques était égal à 6,5 ans alors que celui des enfants n’ayant pas d’atteinte orthopédique était égal à 3,3 ans.
 
Discussion
 
 
Cette enquête a fourni pour la première fois un descriptif exhaustif du nombre et des caractéristiques des défenestrations accidentelles d’enfants en Île-de-France entre mai et septembre 2005. On ne peut certes pas exclure qu’une chute ait échappé à l’enquête, mais les très nombreuses relances auprès des soignants et des équipes d’intervention, la consultation de la presse et la publicité faite autour des défenestrations, laissent peu de doute quant à l’exhaustivité de la collecte.
Les résultats établis sur ces 67 accidents confirment largement les résultats établis ces dernières années à partir des enfants défenestrés pris en charge à l’hôpital Necker – Enfants Malades [4]. Ils paraissent aussi dans l’ensemble très cohérents avec ceux de la littérature. On retrouve des chutes plus fréquentes et/ou plus graves chez les petits enfants, de moins de 4 ou de 5 ans, chez les garçons, en zone urbaine, depuis des fenêtres ou des balcons équipés ou non de système de protection et depuis une hauteur située entre deux et trois étages [15, 18, 23, 24]. La hauteur est le principal déterminant de la gravité des lésions, comme dans la majorité des études, même si les chutes de hauteur faible sont reconnues aussi comme potentiellement graves [26]. Certaines études suggèrent que la hauteur de la chute n’est pas le seul critère de gravité pour la prise en charge et le pronostic des accidentés [6, 10, 19]. En effet, la dureté du sol (béton versus autre type de sol, pelouse ou arbre) a été trouvée liée avec la gravité [4, 14], comme l’atteinte du crâne, plus fréquente chez le tout petit [14, 22]. Les liens entre âge jeune et gravité élevée peuvent ou non être retrouvés, ainsi qu’entre âge et hauteur de chute [3, 7, 13, 17, 23].
La proportion d’enfants décédés, égale à 10 % dans la présente enquête (7 décès sur 67, dont 3 sur place, 2 pendant le transport, 2 à l’hôpital), est supérieure à celle de la série de l’hôpital Necker (2 décès sur 102, soit 2 %) [4]. Il a parfois été évoqué des proportions plus élevées, allant jusqu’à 20 % de décès [2, 8, 9], notamment dans une étude qui a été réalisée à New York en 1983 dans laquelle parmi 61 enfants de moins de 16 ans victimes d’une chute de grande hauteur, 14 étaient décédés (23 %) [3]. Il est possible aussi que certains décès surviennent plus tard après la sortie de l’hôpital, notamment parmi les enfants présentant des séquelles (12 % dans la présente enquête). Toutefois d’autres études font état de proportions de décédés moins élevées : dans une série hospitalière établie aux Etats-Unis d’Amérique entre 1995 et 2000, on a relevé 3 décès sur 90 chutes (soit 3 % de décès) [25]. À Londres, entre 1992 et 1995 dans une série de 91 chutes d’enfants [12], 6 décès sont survenus (soit 7 % de décès), à l’hôpital (n = 5) ou sur place (n = 1). Une étude menée entre 1991 et 1999 à Montréal portant sur plusieurs milliers de chutes d’enfants, a retrouvé une mortalité de 3,9 %, tous les enfants décédés étant âgés de moins de 4 ans [5].
L’enquête ayant été limitée à la période mai – septembre 2005, elle n’a pu mettre en évidence la saisonnalité très marquée des chutes constamment retrouvée en période printanière ou estivale [3, 5, 11, 13, 16, 17, 21, 23]. Les résultats de cette enquête ont mis en évidence un grand nombre de chutes pendant les heures de repas, au moment où la vigilance des adultes est sans doute plus faible [3, 5, 11, 17, 21, 23].
Dans 21 % des cas, l’enfant était laissé sans surveillance (12 sur 58 renseignés) au moment de sa chute. Dans 46 cas (79 %) une personne était présente, il s’agissait surtout d’adultes (n = 40) mais aussi d’enfants de moins de 16 ans (n = 6). Le fait que l’enfant ait chuté permet de conclure que cette présence ne correspondait pas à une surveillance suffisante, ce qui est aussi noté dans d’autres travaux [6, 11].
La répartition géographique des enfants accidentés est très hétérogène, et ne peut être séparée de l’origine culturelle des familles : dans 60 % des cas, les familles d’accidentés n’étaient pas d’origine européenne, et singulièrement parmi ces dernières les deux tiers étaient originaires d’Afrique noire. Tous les travaux sur ce sujet, notamment aux États-Unis, retrouvent que les chutes accidentelles de grande hauteur sont plus fréquentes dans les populations issues de l’immigration, par exemple noires ou hispaniques [7, 16, 23].
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Conclusion
 
 
Cette enquête avait l’ambition d’être exhaustive sur la région Île-de-France et a permis de fournir un descriptif détaillé des défenestrations accidentelles d’enfants en Île-de-France. La grande diversité des circonstances et des situations ayant conduit à la chute ne doit pas masquer que des possibilités de prévention existent. Tout enfant non ou mal surveillé risque de faire une chute accidentelle de grande hauteur. Il faut informer les adultes pour qu’ils en prennent conscience et s’organisent pour surveiller les enfants dont ils ont la responsabilité. Ce risque de chute par défaut de surveillance est largement méconnu ou sous-estimé, et comme dans d’autres pays depuis plusieurs années, il y a là matière à prévention par des campagnes d’information. Le fait que les chutes de grande hauteur soient plus fréquentes parmi les familles ayant récemment migré, ou se trouvant dans des conditions de vie relativement difficiles, doit orienter la mise en place de ces campagnes. Par ailleurs, le fait que la chute est rendue possible parce que les enfants ne sont pas empêchés matériellement d’ouvrir les fenêtres ou de franchir un garde-corps constitue une seconde voie pour la prévention : indépendamment de la surveillance rapprochée que les adultes doivent assurer vis-à-vis de leurs enfants, il faut entreprendre la révision et l’amélioration de la réglementation sur les éléments matériels, barrières, garde-corps, systèmes de fermeture, etc. pour qu’ils protègent effectivement de la chute. Les succès obtenus à l’étranger ces dernières années à la suite de la mise en place de campagnes de prévention ou du renforcement de la réglementation encouragent fortement à mener des actions de ce type en France. L’avis que le Conseil supérieur d’hygiène publique de France a pris en 2006 sur la prévention de ces accidents est une contribution dans ce sens [20]. Plusieurs dizaines de vies d’enfants de moins de 15 ans pourraient probablement être ainsi sauvées chaque année en France.
Le renouvellement de l’enquête « Défenestrations » en 2006 en Île-de-France permettra de confirmer les valeurs d’incidence, les circonstances et les déterminants de survenue des chutes accidentelles de grande hauteur chez les enfants. Des analyses plus robustes pourront être effectuées sur l’ensemble des cas collectés sur les deux années. Une extension à d’autres régions à forte densité urbaine devrait permettre de rendre compte de ce type d’accidents ailleurs en France.
 
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NOTES
 
[1]Département maladies chroniques et traumatismes, Institut de veille sanitaire, 12, rue du Val d’Osne, 94415 Saint Maurice, France.
[2]Hôpital Necker – Enfants Malades, Paris, France.
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[1]
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[2]
Hôpital Necker – Enfants Malades, Paris, France. Suite de la note...
Répartition des enfants accidentés selon l’âge en années
Témoins lors de la chute en fonction du groupe d’âge de l’enfant
Répartition des chutes selon la hauteur en étages (3 mètres = 1 étage)