Sociétés & Représentations 2006/2
Sociétés & Représentations
2006/2 (n° 22)
222 pages
Editeur
Revue précédemment éditée par Nouveau monde Editions

DOI 10.3917/sr.022.0171
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Vous consultez« Cet homme si multiple et si divers » : Orfila et la chimie du crime au xixe siècle

AuteurFrédéric Chauvaud du même auteur



Mathieu Orfila, entré dans la légende comme l’inventeur de la toxicologie moderne et comme le grand maître de la médecine en France sous la monarchie de Juillet, est l’une des figures centrales de l’Europe médicale au xixe siècle. La réception d’Orfila en France est précoce[1] [1] Le présent article, est une version remaniée et complétée...
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. Dès le Premier Empire, il sait trouver le ton qu’il faut pour s’adresser au monde savant et séduire les pouvoirs. Son influence sur la médecine légale est essentielle entre la fin de la Restauration et les débuts du Second Empire. En 1819, il devient professeur de médecine légale à la faculté de médecine de Paris, avant d’occuper par la suite d’autres fonctions. La monarchie de Juillet consacre son triomphe. Il est à la fois le porte-parole du pouvoir, la première personnalité du monde médical, un administrateur infatigable, un créateur de musée anatomique admiré, un chirurgien recherché, un chimiste renommé, un expert judiciaire sollicité. Il règne sans partage, « enivré d’encens », sur un petit monde[2] [2] Charles Simond (dir. ), La...
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. Toutefois, ce sont ses travaux sur la toxicologie légale – il fait figure d’inventeur d’une discipline – et sur la médecine légale qui assurent dans les milieux scientifiques un succès flamboyant et une autorité incontestée[3] [3] Notamment le Traité des poisons, ou Toxicologie générale,...
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. Régulièrement, il est sollicité pour réaliser des expertises et La Gazette des tribunaux, le plus célèbre périodique judiciaire du siècle, fait de très nombreux comptes rendus des procès d’assises, restituant pour son lectorat, la parole de Mathieu Orfila[4] [4] Mathéo-José-Bonaventure Orfila – selon l’orthographe...
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. Cependant, pour saisir toute l’importance de son médico-légale, il convient aussi de s’attacher à son impact auprès des « médecins judiciaires » de sa génération. Comme lui, ils étaient désignés par la Justice pour remplir des missions ; comme lui, ils ont écrit des essais, des manuels ou des traités, à l’instar d’Alphonse Devergie, dont la troisième édition de son livre Médecine légale, théorique et pratique, fut publiée en 1852, un an avant la mort d’Orfila survenu à Paris le 12 mars 1853, à la suite d’un « refroidissement » provoqué par une pluie battante qui se métamorphose en « péripneumonie aiguë ». Sans doute, importe-t-il également de se placer à la fin du grand xixe siècle et au début du xxe pour saisir la place qu’occupèrent ses recherches et cerner son influence. Mais Orfila était un monde. Lorsqu’il meurt, en 1853, nombre d’observateurs, amis, collègues, chroniqueurs, adversaires soulignent qu’il serait impossible de faire sa biographie et qu’il serait plus que téméraire encore de « reconstruire cet homme si multiple et si divers[5] [5] Gazette médicale de Paris, n° 13, 26 mars 1853. ...
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 ».

Le grand maître de la médecine légale

2 Orfila charme presque immédiatement les contemporains par sa personnalité. Son talent musical impressionne, car il a, d’une certaine manière, des allures de scandale. En effet, il semble injuste qu’une seule et même personne puisse disposer de dons aussi divers et exceller à la fois dans le domaine de la chimie, dans la sphère de la médecine et dans l’univers de la musique. Dès les années 1820, certains almanachs colportent l’idée fausse, mais tenue pour vraie, qu’il écrit sur la musique. Dans le salon de la comtesse Merlin, l’un des plus prisés du « tout Paris », des concerts privés résonnent. Des professionnels, mais aussi des amateurs doués, jouent pour un auditoire exigeant. Pour se faire un nom et pour que l’habileté ou le génie soit consacrés, il faut y être convié et faire la démonstration de sa virtuosité. La reconnaissance passe par là. Dans les années 1840, selon Jules Janin, la maison Orfila est la meilleure de Paris pour la musique[6] [6] Anne-Martin Fugier, La Vie élégante ou la formation du...
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. La Duchesse de Maillé en parle également dans ses souvenirs[7] [7] Duchesse de Maillé, Souvenirs des deux Restaurations, Paris,...
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.

3 Reçu partout avec empressement, Mathieu Orfila sait donc « allier le goût du monde et des plaisirs à une facilité extraordinaire pour le travail[8] [8] Jules Guérin, Gazette médicale de Paris, n° 13,...
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. » Le cours de chimie qu’il ouvre, en 1811, année où il soutient sa thèse à Paris – qui établit la présence de la bile dans l’urine des ictériques – l’atteste. Le soin qu’il met à le préparer et surtout sa « parole élégante » lui garantissent le succès et le soutien de Vauquelin ou de Fourcoy[9] [9] Alain Quéruel, Vauquelin et son temps (1763-1829), Paris,...
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. Mais il donne aussi des cours particuliers sur la physique, la botanique et la médecine légale. À l’époque, il n’est pas le seul. Ceux qui veulent se faire un nom, qui briguent un poste honorifique et surtout qui entendent construire une branche neuve du savoir procèdent de même. Philippe Pinel avait donné des cours payants à la Salpêtrière, François-Joseph Gall donnera aussi des conférences devant le monde élégant[10] [10] Anne-Martin Fugier, La Vie élégante…, op. cit. , p.  245. ...
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. Orfila contribue également au rayonnement de l’Athénée, premier cours public créé en 1803 pour intéresser les « gens du monde ». À la fin de la Restauration ce sont les conférences scientifiques qui assurent le succès de l’établissement qui est par ailleurs un foyer de libéralisme et d’anticléricalisme.

4 Sa trajectoire intellectuelle et scientifique a des allures d’épopée. Dès 1824, un dictionnaire précise qu’il a lu, en 1812 à l’Institut, un mémoire dans lequel il démontre la présence du picromel dans certains calculs biliaires[11] [11] Dictionnaire des Sciences médicales. Biographie médicale,...
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. L’année suivante, en 1813, il fait paraître la première version de son Traité de toxicologie générale, ouvrage « approuvé par l’Institut ». Le livre est important pour au moins deux raisons : il fonde la « science des poisons » qui assure ses lettres de noblesse à la médecine légale ; il fera considérer son auteur « comme écrivain ». D’emblée en effet, les médecins, les chimistes et les lexicographes lui prêtent un talent de plume. Le lectorat ne s’y trompe pas et voit en lui un maître pédagogue. En 1824, le Dictionnaire des Sciences médicales propose une notice biographique qui donne le ton :

5

Naturalisé français en 1818, il a publié des ouvrages qui l’ont fait honorablement connaître, soit en France, soit à l’étranger, et qui sont entre les mains de tous les élèves, de tous les praticiens jaloux de se tenir au courant des progrès journaliers de la science médicale[12] [12] Id. ...
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.

6 Lorsque les trois Glorieuses chassent du trône Charles X et le remplacent par Louis- Philippe, le roi citoyen, elles assurent aussi le renouvellement du personnel et la promotion d’hommes nouveaux. Tandis que la magistrature est épurée, la hiérarchie du corps médical connaît également d’importantes transformations. Après avoir pris la tête des cortèges médicaux lors des journées révolutionnaires de Juillet 1830, Antoine Dubois (Dubois père) est nommé doyen[13] [13] Dr Paul Delaunay, Les Médecins, la Restauration et la Révolution...
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. Il succède à Landré-Beauvais (1823-1830). Mais âgé et sans doute conscient de l’énergie que demande la situation nouvelle, il décide en 1831 de s’effacer et désigne son successeur. Orfila devient ainsi le doyen de la Faculté de Paris, et le restera jusqu’en 1848. Autrement dit, il est alors le « chef de l’enseignement médical en France, tuteur des élèves et gardien des prérogatives de la profession[14] [14] Gazette médicale de Paris, n° 13, 26 mars 1853,...
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. » Médecin du roi sous la monarchie de Juillet, ce titre, avec le différend public qui l’oppose, dans le cadre des affaires Mercier et Lafarge, à Raspail, porte-parole du camp républicain, lui vaut d’être sanctionné au lendemain de la Révolution de février 1848[15] [15] Cf. Mme Xavier Raspail, La Vie et l’œuvre...
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. En effet, le 1er mars, moins d’une semaine après la formation du Gouvernement provisoire, tandis que l’Académie nationale de médecine se rallie à la République, Orfila cesse d’être doyen. Déclaré incompatible avec la République, il n’occupe plus de fonctions officielles, mais une sorte de magister. Il conserve pourtant son enseignement, et sait « traverser des périodes difficiles sans succomber aux attaques violentes dont il a été l’objet[16] [16] Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus...
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 » et donne sa dernière leçon le 5 mars 1853.

7 Orfila est également un homme de réseaux et de pouvoir qu’il met au service de la médecine légale, lui donnant de la sorte une assise et une légitimité. En 1823, avec l’accord de son éditeur, il exhibe un certain nombre de titres, comme autant d’oriflammes enluminées : professeur de chimie médicale, professeur de médecine légale, « médecin par quartier de S.M. », membre titulaire de l’Académie royale de Médecine, correspondant de l’Institut de France, de l’Université de Dublin, de Philadelphie, des Académies de Madrid, de Barcelone, de Murcie, des îles Baléares, de Livourne, d’Amiens, d’Évreux…[17] [17] Mathieu Orfila, Leçons de médecine légale, Paris, Béchet...
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. Il est aussi le fondateur, en 1833, de l’Association des médecins de Paris. Nul doute qu’il faudrait consacrer un travail de longue haleine, sorte d’investigation policière, pour restituer les réseaux mis en place qui s’apparentent à une forme de clientélisme méritocratique. Entre Orfila et les étudiants ou jeunes médecins, élèves, protégés ou disciples, des liens divers sont étroitement liés[18] [18] En 1825, dans la troisième édition des Secours à donner...
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. Un seul exemple minuscule, pris sous la monarchie de Juillet, renseigne sur les liens créés entre le maître et de jeunes médecins : celui de l’école de Limoges. Trois médecins sont, en effet, à un titre ou à un autre, directement redevables à Orfila. Tout d’abord Jean-Baptiste Astaix, le premier lauréat de l’école de Pharmacie, licencié ès sciences physiques, chargé de cours (1844). Il occupe quarante-cinq ans durant la chair de chimie et de pharmacie et sera notamment le directeur de l’école de Limoges jusqu’à sa retraite en 1884. Barnyest, lui, « protégé d’Orfila », et devient en 1842 professeur « d’histoire naturelle et matière médicale » à Limoges. Enfin, Jean Bouteilloux, lauréat des hôpitaux, premier au concours de l’internat, est « désigné par Orfila » pour la chaire d’anatomie à Limoges. On écrit aussi qu’il est l’organisateur d’un laboratoire, qu’il attire un auditoire nombreux et qu’il est un « hardi praticien[19] [19] Boissonade (dir. ), Histoire de l’Université de Poitiers,...
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 ». Si tous les témoignages insistent sur le dévouement d’Orfila, l’extrême attention qu’il porte aux élèves, sa place au sein de l’institution médicale explique aussi les raisons de son influence. Il est une période où, écrivent ses détracteurs, aucun médecin ne peut être « placé » sans son approbation. Au sein du Conseil royal de l’Instruction publique, il pousse à la décentralisation de l’enseignement. Pour cela, il prône l’établissement d’écoles secondaires de médecine, et contribue à la mise en place de véritables carrières médicales en renforçant les exigences de l’enseignement.

8 L’image de la médecine légale qui se forge alors, sa réception auprès des médecins et des juristes, son affirmation comme discipline autonome doivent beaucoup à ses contributions publiées, mais aussi aux liens qu’il a su patiemment tisser. Les relations personnelles nouées s’avèrent essentielles pour « asseoir » les expertises judiciaires[20] [20] Frédéric Chauvaud, Les Experts...
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. Dans ce domaine, il étend et « anoblit », selon la formule un peu pompeuse de Jules Guérin, l’intervention de la médecine. Avant Orfila, écrit-on encore, dont l’autorité vient de la construction d’une discipline : « on interrogeait l’opinion du médecin : à l’opinion Orfila substitue l’expérience ; à la place du fait, il met la règle : et muni de cette double autorité, il ne dépose plus dans la cause, mais il dicte l’arrêt ». De Salvandy écrira, et ses mots seront largement colportés, qu’« il paraît devant le magistrat comme un magistrat, devant le jury comme un oracle, devant le coupable comme le destin. »

9 Tandis que le domaine de définition de la médecine légale reste flottant. Le prédécesseur le plus prestigieux d’Orfila, François-Emmanuel Fodéré, qui assure la transition des savoirs entre l’Ancien Régime et l’époque contemporaine, écrit que la médecine légale est « l’art d’appliquer les connaissances et les préceptes des diverses branches principales et accessoires de la médecine à la composition des lois[21] [21] François-Emmanuel Fodéré, Traité de médecine légale...
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. » Mathieu Orfila parle de « médecine légale judiciale ». Il est le seul à proposer cette expression qui ne passera pas à la postérité. Mais il précise bien que cette branche de la science médicale « s’occupe des causes portées devant les tribunaux et les cours de justice[22] [22] Mathieu Orfila, Leçons de médecine légale, op. cit. ,...
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. » On ne peut se contenter de l’appeler « l’art de faire des rapports en justice ». Le plus souvent consensuel, rarement polémiste, Orfila va pourtant, tel un bretteur, porter le fer : « Est-il indifférent de désigner la médecine légale, avec quelques auteurs, sous la dénomination de médecine du barreau, de médecine des tribunaux, et de jurisprudence médicale[23] [23] Id. , p.  2. ...
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. » Selon lui, ces dénominations sont erronées, voire « vicieuses », car elles sont soit trop restrictives, soit trop générales. Il récuse également les dénominations de médecin légiste et d’expert. Pour Orfila la médecine légale n’est pas un art, mais une activité réglée mathématiquement. Dans ce domaine il est moins un théoricien qu’un pragmatique. Il s’inscrit dans la lignée des adeptes de la science pratique. C’est sur l’expérimentation qu’il entend s’appuyer[24] [24] En effet, « pour affirmer qu’il y a eu empoisonnement,...
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.

Orfila et la médecine légale de son temps

10 Si Orfila est le maître de la médecine légale, il le doit d’abord à ses travaux et aux échos qu’ils rencontrent. Son livre le plus important et le plus cité, du moins dans le domaine de la médecine légale, est assurément ses Leçons de médecine légale (1821-1823), régulièrement étoffées (Leçons de médecine légale, Planches, 1825), puis éditées sous la forme d’un Traité de médecine légale (1847) en quatre volumes qui impressionne le monde médical et judiciaire par son approche et son découpage. L’ouvrage reprend notamment le Traité des poisons tirés des règnes minéral, végétal et animal (1814), le Traité de toxicologie générale (1815) et intègre certains aspects du Traité des exhumations juridiques (1830). Pour comprendre la place prise par cette « somme », il convient à la fois de s’attacher à son analyse interne sans ignorer les appréciations portées dans les dictionnaires, notamment le « Dechambre », monument lexicographique édifié à la gloire de la médecine. Ce dernier consacre de longs développements admiratifs à Orfila :

11

Il visait à la clarté du langage et non à arrondir une phrase ; il savait à propos sacrifier les superfluités, les choses accessoires, pour développer les parties fondamentales d’une question, mais il ne tombait pas dans l’excès des divisions et subdivisions scolastiques[25] [25] Amédée Dechambre, Dictionnaire encyclopédique des Sciences...
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.

12 Le Traité de médecine légale est à la fois une synthèse et une leçon de méthode. Peutêtre suffit-il, hasarde Orfila « de réfléchir un instant sur la variété des questions qui sont du ressort de la médecine légale, pour s’apercevoir combien il est difficile d’établir une classification réellement utile. » En effet, complète-t-il, prolongeant les réflexions de Fodéré, « les faits dont se compose cette science sont tellement disparates, qu’il n’est guère possible de les rapprocher pour chercher à former des sections, et encore moins des classes. » Comment faire alors ? Orfila rejette l’historiographie de la médecine légale qui ne présente guère d’intérêt, dit-il, affirmant que les « progrès » de la médecine légale sont en fait le résultat « des découvertes qui ont enrichi toutes les sciences physiques et médicales[26] [26] Mathieu Orfila, Leçons de médecine légale, op. cit. ,...
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. » Il refuse aussi de passer au crible de la critique les démarches et les plans des ouvrages des spécialistes de la médecine légale qui l’ont devancé. Il se veut pragmatique, voire empirique, adoptant le parti pris de Mahon qui entendait décrire « les objets sans les classer[27] [27] Paul Mahon, Médecine légale, Rouen, Impr. Robert, An X,...
suite
. » Finalement, c’est la méthode et non l’exposition qui doit prévaloir. Aussi, martèle-t-il, « tous nos efforts seront dirigés vers la solution complète des diverses questions. » Et pourtant, même si le découpage retenu ne fait l’objet d’aucun commentaire, des choix président bien à l’exposition des grandes questions de médecine légale. Il commence tout d’abord par s’attacher à la marche à suivre au moment de la rédaction des rapports demandés par la Justice. Ensuite, il présente une sorte d’inventaire :

13

Nous traiterons successivement des âges dans les diverses périodes de la vie, de l’identité, de la défloration, du viol, du mariage, de la grossesse, de l’accouchement, des naissances tardives et précoces, de la superfétation, de l’infanticide, de l’avortement…

14 Mais Orfila n’est pas seulement professeur et auteur, il est aussi expert judiciaire de causes célèbres : Castaing, la veuve Boursier, Mercier, Madame Lafarge. À ce titre, il contribue à métamorphoser le procès pénal et le système des preuves[28] [28] Cf. Bruno Lemesle (dir. ), La Preuve en justice, de l’Antiquité...
suite
. Ainsi lorsqu’Orfila, accompagné d’Olivier d’Angers et de Bussy, se présente en 1840 devant la cour d’assises de Corrèze, les propos de l’avocat général sont édifiants :

15

Nous ne voulons poser aucune limite à l’expérience des experts. La science seule leur doit imposer ses règles. Quant au mode de procéder la Cour entend bien s’en remettre aussi d’une manière absolue et sans modification à ce que MM. les experts jugeront convenable […][29] [29] Gazette des tribunaux, 16 sept. 1840. ...
suite
.

16 Le procès de Marie Lafarge, à Tulle, a suscité de multiples controverses, provoqué une intense curiosité, éveillé les passions romantiques et scientifiques. Pour la première fois, une question « technique » ne reste pas cantonnée aux Palais de Justice. Les magistrats instructeurs veulent des précisions, les jurys des renseignements, le public des informations[30] [30] Gazette des tribunaux, 17 sept. 1840. ...
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. Les autorités s’alarment, se demandant si l’arsenic ne va pas devenir le meilleur moyen de se débarrasser des inopportuns. Une directive ministérielle songe même à interdire la vente de l’arsenic et institue une commission spéciale[31] [31] Le Moniteur, 30 mai 1844. ...
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. L’affaire Lafarge est bien de toutes les « causes célèbres » celle qui popularise l’expertise judiciaire. La Gazette des tribunaux donne la parole aux experts – Orfila, d’Olivier d’Angers et de Bussy – et cite les propos du premier :

17

1° Je démontrerai qu’il existe de l’arsenic dans le corps de Lafarge (Mouvement général).
2° Que cet arsenic ne provient pas des réactifs avec lesquels nous avons opéré, ni de la terre qui entourait le cercueil[32] [32] Gazette des tribunaux, 17 sept. 1840. ...
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.

18 Le grand public se passionne. Il veut savoir si la quantité de poison retrouvé suffit à provoquer le trépas. Plus tard, Jules Barse, dont le manuel fut très célèbre à la fin de la monarchie de Juillet, donne des réponses très précises. Il se présente comme « expert chimiste près les tribunaux de Paris, en matière civile et criminelle ». Il est l’un des auteurs du Manuel de l’appareil de Marsh, contenant des Travaux inédits sur plusieurs points de la science par M. Orfila[33] [33] Jules Barse, Manuel de la cour d’assises dans les questions...
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. Il consacre plusieurs pages soulignant toute l’importance prise par la première question qui hante les prétoires. Elle consiste à déterminer si « la quantité de poison recueillie représente une proportion de substance vénéneuse suffisante pour occasionner la mort[34] [34] Id. , p.  287. ...
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. » Mais le lectorat des journaux judiciaires et le public des cours d’assises veulent tout savoir sur l’arsenic découvert à l’intérieur d’un corps humain. L’affaire de l’empoisonnement des époux Noble, baptisée l’affaire d’Épinal, est à ce titre révélatrice. La terre du cimetière était « arsenicale ». On retire de l’arsenic des organes de l’homme, mais pas de ceux de la femme. Alors on inhume à nouveau les corps, l’un à côté de l’autre dans la même terre, puis on les exhume au bout de six mois « et chacun d’eux redonne les mêmes résultats inverses ». Presque en même temps, des expériences faites par « MM. Orfila et Barsez » laissant séjourner pendant trois mois le corps d’un enfant nouveau-né, ainsi que divers organes, « au milieu de cette terre d’Épinal », ont donné des résultats analogues, et cependant « le corps de l’enfant et les organes étaient réduits en putrilage[35] [35] Alphonse Devergie, Médecine légale, théorique et pratique,...
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 ». La grande énigme du moment est bien celle des « terrains arsénieux ». En effet, on découvre en France, dans « diverses contrées », des terrains qui contiennent de l’arsenic, alors même que le « minerai arsenical » y est absent. Un tel constat a été établi lors de « recherches d’exploration » faites dans ce but[36] [36] Mathieu Orfila, « Mémoire sur les terrains des cimetières...
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, et à l’occasion de « diverses expertises judiciaires ». La question posée est de savoir comment l’arsenic passe de la terre au cadavre. Toutes une série d’hypothèses a été proposée : l’ensemencement du blé chaulé, l’eau de pluie d’orage entraînant l’acide azotique qui à son tour dissoudrait l’arsénite de chaux, ou encore l’« action dissolvante du temps », notamment la putréfaction ammoniacale des cadavres… En la matière, pas de grandes théories, mais des expériences sans cesse répétées. Celles conduites sur le foie par Orfila l’attestent. Elles servent de modèles aux experts diligentés par la justice. Le procédé s’apparente à une recette de cuisine :

19

On creuse la terre à trois pieds de profondeur ; on verse au fond 90 grammes d’eau tenant en dissolution un centigramme d’acide arsénieux. On y place un foie d’adulte ; on recouvre le viscère d’une couche de terre de six centimètres d’épaisseur, arrosée d’une dissolution arsenicale dans la même proportion. On comble la fosse, on arrose la terre avec une nouvelle quantité d’eau arsenicale pareille aux précédentes. Cinq jours après, on arrose la partie supérieure de cette terre avec huit litres d’eau ; on y ajoute quatre grammes d’acide arsénieux dissous dans deux litres d’eau. Au neuvième jour de l’expérience, l’analyse démontre que la terre dans toutes ses couches […] est arsenicale ; mais que le foie, quoique ramolli et putréfié, ne contient pas un atome d’arsenic[37] [37] Alphonse Devergie, Médecine légale, op. cit. , t. III,...
suite
.

20 À partir de cette expérience, deux conclusions principales sont tirées par Orfila. Elles sont reprises par les médecins légistes les plus exigeants. Lorsqu’un organe, et en l’occurrence le foie, est gorgé de liquide, il « se laisse très difficilement pénétrer par un autre liquide ». Si l’on trouve de l’arsenic uniquement dans « la couche supérieure » du foie, et pas dans la « couche inférieure », cela suppose bien que l’arsenic provient du terrain[38] [38] Mathieu Orfila, « Mémoire sur les moyens de s’assurer...
suite
. De la sorte, une solution pertinente est proposée à l’énigme de l’arsenic. Les expériences faites par Orfila donnent ainsi des certitudes : ce sont les « preuves chimiques du poison » ou « les preuves de l’empoisonnement ». La démonstration médico-légale apparaît sans appel. Quelques disciples enthousiastes écriront que partout la toxicologie et la médecine légale voyaient « leur sphère et leurs attributions s’agrandir », en même temps que « le créateur de ces deux sciences faisait rejaillir sur la profession entière le lustre de sa personne[39] [39] Gazette médicale de Paris, n° 13, 26 mars 1853,...
suite
. » Les observateurs de la société judiciaire sont persuadés que le procès pénal est en train de changer de nature, et que tout se joue désormais autour de l’expertise devenue preuve expertale.

21 Si Orfila est adulé, il est aussi l’objet de critiques acerbes de la part de plusieurs de ses confrères. Certains n’hésitent pas à transformer leurs manuels ou leurs traités en tribunes, prenant leurs lecteurs à témoin du bien-fondé de leurs assertions. Ils exposent sur un ton virulent leurs différends. La vive polémique entre Mathieu Orfila et Alphonse Devergie l’illustre. Ce dernier est professeur agrégé à la faculté de médecine de Paris, membre du Conseil de salubrité, médecin de l’hôpital Saint-Louis, et expert judiciaire. Dans son livre en trois volumes, Médecine légale, théorique et pratique, qui est au milieu du xixe siècle une référence, il critique Orfila, dès le deuxième paragraphe de son introduction, en soulignant fortement que la définition de médecine légale qu’il a adoptée « manque d’exactitude ». Le texte paraît en 1852. L’édition est revue et annotée par Jean-Baptiste-Firmin Dehaussy de Robecourt, Conseiller à la Cour de Cassation. Si l’on se contente de prendre quelques passages, parmi une multitude, relatifs à l’empoisonnement, ils suffisent à restituer une atmosphère. Ce qui importe ici, ce n’est pas le contenu, mais la forme. Devergie écrit que « M. Orfila ne partage pas notre opinion à cet égard… », ajoutant que les objections présentées sont soit dénuées de valeur soit infondées[40] [40] Alphonse Devergie, Médecine légale, théorique et pratique,...
suite
. Orfila il est vrai a écrit dans son Traité de médecine légale que :

22

Indépendamment des deux opinions bien tranchées dont je viens de parler, il en est une troisième qui, à la vérité, jusqu’à présent, n’a été mise en avant que par M. Devergie. On pourra juger avec quelle légèreté procède mon confrère, en lisant les citations suivantes…[41] [41] Mathieu Orfila, Traité de médecine légale, op. cit. ,...
suite
.

23 Piqué au vif, Devergie rétorque vertement :

24

La critique de M. Orfila est souverainement injuste. D’abord, M. Dehaussy et moi avons donné les premiers l’interprétation saine du texte de la loi ; et M. Orfila, qui dans ses trois éditions précédentes, ne s’était pas livré à cette interprétation, n’a fait que copier nos doctrines dans sa quatrième édition[42] [42] Alphonse Devergie, Médecine légale, théorique et pratique,...
suite
.

25 La controverse n’est pas focalisée sur un point. Elle court à travers tout le livre. Pour autant, les mentions incessantes à Orfila montrent bien qu’il s’agit du maître de la médecine légale. Si on s’attache à un domaine, en apparence marginal, celui de la noyade, Orfila apparaît encore comme une des références obligées. Or, sur la question de la mort par submersion, c’est bien Devergie qui est l’autorité incontestable et qui le restera à la Belle Époque dans les ouvrages de Brouardel, de Thoinot ou de Coutagne[43] [43] Paul Brouardel, Les Empoisonnements criminels et accidentels,...
suite
. Pour autant, Alphonse Devergie se sent obligé de suivre pas à pas les expériences réalisées entre 1820 et 1827 par Orfila, qualifié de « savant médecin légiste ». Il écrit : « ainsi que paraissent le démontrer les expériences de M. Orfila ». De la sorte, Orfila apparaît bien comme l’homme qui attire une foule considérable prête à se bousculer pour l’entendre et comme celui qui a mis au cœur de ses activités la « démonstration expérimentale[44] [44] Amédée Dechambre, Dictionnaire encyclopédique des Sciences...
suite
 ».

Le legs d’Orfila

26 Les médecins judiciaires n’ont pas tous écrit des traités, des livres ou des articles, mais tous ont été sollicités par la justice pour donner un avis. En effet, les rapports qui leur sont demandés, soit au moment de l’instruction, soit lors du procès, doivent comporter une conclusion qui indique très précisément ce qui s’est passé. Et s’il n’y a pas de certitude, la justice demande la part de probabilité. L’art de conclure apparaît ainsi essentiel. Toutefois, lorsqu’il n’existe pas de fait tangible, mais seulement un faisceau d’indices, que faut-il faire ? L’homme de l’art doit-il sortir de sa réserve, être catégorique alors que les éléments rassemblés ne permettent pas de l’être ? Orfila prône alors la prudence : « que les autres signes indiqués par les auteurs sont insuffisants s’ils sont pris isolément, et qu’il est en tout au plus permis d’établir quelque probabilité d’après leur ensemble[45] [45] Mathieu Orfila, Traité de médecine légale, op. cit. ,...
suite
. » Si sous le Second Empire, Ambroise Tardieu est impérieux, voire cassant, Paul Brouardel, le plus célèbre médecin judiciaire de la Belle Époque, adopte le point de vue d’Orfila, n’hésitant pas au besoin à faire part de ses doutes. Pour eux, l’expertise judiciaire ne répond pas toujours à une logique très sévère à laquelle on ne peut attribuer que deux couleurs le noir et le blanc. Entre les deux existent parfois, affirment-ils, de multiples nuances.

27 Lorsque la parole d’Orfila se fait entendre dans les prétoires, elle semble dotée d’une autorité incontestable, reposant sur le savoir, l’éloquence et les gestes maintes fois répétés. Aussi Orfila affirmait-il, dans le cadre de certaines autopsies, en particulier pour les cas d’ouverture d’un cadavre inhumé depuis un certain temps, que : « Je ne crains pas de le dire, je suis sans contredit celui des médecins qui a fait le plus de recherches dans ce genre[46] [46] Gazette des tribunaux, Orfila, 8 et 9 juin 1840. ...
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. » Alexandre Lacassagne, le maître lyonnais de la médecine légale, le fondateur des Archives d’Anthropologie criminelle, fait souvent référence à son expérience personnelle ou à celle de ses collaborateurs pour donner une légitimité plus grande encore à ses expertises. Il se manifeste bien une sorte de posture ou de modèle de l’expert judiciaire, à michemin du savant et du praticien. En 1872, Ortolan, cite quelques personnalités qui sont à l’origine de la médecine légale en Europe au xixe siècle : Fodéré, Adelon, Orfila, Tardieu, Tourdes[47] [47] Gazette des tribunaux, 9 juin 1840 ; cf. aussi Mathieu...
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.

28 La mort d’Orfila, survenue en 1853, pendant les « belles années » du Second Empire, apparaît comme un moment central. En effet, écrivains et biographes ont souligné depuis longtemps que « la mort arrête enfin les contours », un peu comme si le « personnage » se détache alors de ses possibles et qu’en le voyant « de dos », on peut porter un jugement d’ensemble. Assurément le deuil et la cérémonie d’enterrement représentent un instant particulier pour saisir l’impact de l’homme et de l’œuvre. Les enterrements, on le sait, sont progressivement devenus au xixe siècle des enjeux. La qualité de ceux qui sont présents dans le cortège funéraire, la longueur et l’ampleur des cérémonies sont autant de témoignages d’une profession, d’une société et d’une époque. Le Moniteur, organe officiel du régime, ancêtre du Journal officiel lui consacre un article élogieux[48] [48] Le Moniteur, Universel, 1853, p.  300. ...
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. De son côté, l’Académie de médecine publie en 1854 un très long éloge – une trentaine de pages – d’Orfila, devenue gloire nationale et « monstre sacré » de l’univers médical[49] [49] Frédéric Dubois, « Éloge de M. Orfila »,...
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. L’enterrement peut être une manière d’affirmer un idéal scientifique ou politique, mais aussi une façon de jauger de la popularité de celui que l’on accompagne une ultime fois. Des témoins de la scène funèbre rapportèrent que « le peuple médical étouffait ses sanglots ». Poème, conférences, discours, projets d’édification de monuments à la mémoire d’Orfila se succèdent. Pour restituer la trajectoire d’une vie et d’une œuvre, la veine lyrique est très présente :

29

Muse, couve ton front d’un long voile de deuil ;
La science aujourd’hui pleure sur le cercueil
Du savant dont le nom fut sa plus belle gloire,
Dont le nom tout entier reste acquis à l’histoire
Car lorsqu’un grand génie a suffisamment lui,
Il s’éclipse en jetant un rayon près de lui.

30

Qui dicte de nos jours leur verdict aux jurys
Dans le doute que laisse un cadavre en débris ?[50] [50] Dr A. -L. Roux, Gazette médicale de Paris, n° 14,...
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31 L’héritage d’Orfila semble un instant encombrant. Il met en lumière des différences générationnelles, des règlements de compte et des jugements politiques portés sur l’homme de science. Dix ans après la mort d’Orfila, la Nouvelle biographie générale souligne que plusieurs de ses livres n’ont rien de remarquable, qu’il s’agit d’ouvrages didactiques faits par un « vulgarisateur intelligent » à destination d’un public d’étudiants. Mais, ajoute Murray Nicolini, les travaux qui font encore le plus honneur à sa mémoire furent « ceux de médecine légale […] dans lesquels il fit preuve d’une sagacité, d’un esprit d’expérimentation et d’analyse qui lui valurent la confiance publique en ces matières, autrefois si épineuses et si obscures. » Mais il ne s’agit pas seulement de son Traité des exhumations juridiques et ses divers ouvrages sur l’empoisonnement et les poisons. En effet, « il traita avec succès les autres parties de la médecine légale, dégageant toujours le fait fondamental avec une merveilleuse lucidité, et fournissant à la justice une exacte appréciation des conditions matérielles[51] [51] Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus...
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. »

32 Le Grand Dictionnaire universel du xixe siècle de Pierre Larousse, est une œuvre militante qui fait l’apologie de la République et entend combattre toutes les formes de despotisme[52] [52] Un exemple emblématique est le traitement réservé par...
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. La vie d’Orfila met en porte-à-faux à plusieurs reprises les auteurs d’articles qui condamnent à travers sa personne le régime de la monarchie de Juillet, mais sont obligés de reconnaître l’apport de l’œuvre. Cet exercice d’équilibristes est parfois réalisé avec une mauvaise foi à peine dissimulée :

33

Orfila dut sa grande réputation à ses travaux sur la toxicologie et la médecine légale. Cependant, ce n’était point un savant du premier ordre, et il n’a attaché son nom à aucune découverte. Orfila était bien moins un investigateur cherchant à ouvrir des voies nouvelles qu’un très habile vulgarisateur. C’est ce qui explique le succès considérable de ses ouvrages. Son Traité de médecine légale, son œuvre capitale, est surtout remarquable en ce sens qu’il ouvrit la voie expérimentale pour l’étude d’une matière que les écrits alors existants avait laissée bien au-dessous d’une civilisation avancée[53] [53] Pierre Larousse, Grand Dictionnaire...
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.

34 Un autre dictionnaire, médical cette fois, donne une toute autre image, soulignant que lorsque Orfila occupa la chaire de médecine légale jamais une nomination ne fut mieux justifiée : « Quel succès égala jamais ce succès inouï ? » Et puis d’ajouter qu’il est « presque inutile de rappeler les grandes causes criminelles dans lesquelles – un peu comme le destin – il apporta les fécondes lumières de la toxicologie, cherchant et trouvant les poisons dans des débris de cadavres, mélangés à des liquides de toutes sortes »[54] [54] Amédée Dechambre, Dictionnaire encyclopédique des Sciences...
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.

35 En 1880, Charles Desmaze dans son Histoire de la médecine légale en France cite à de nombreuses reprises Orfila. Il se montre très pondéré au sujet de l’affaire Lafarge, il cite le procès Pralet, sur lequel revient également Legrand du Saulle, l’expert de la folie le plus célèbre sous le Second Empire[55] [55] Dr Henri Legrand du Saulle, Traité de Médecine...
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. Or dans cette affaire, dont le rayonnement déborde très largement les prétoires, Orfila eut « la gloire de sauver un innocent en démontrant que l’empoisonnement supposé par l’acide prussique n’était autre chose qu’une apoplexie foudroyante[56] [56] Charles Desmaze, Histoire de la médecine légale en France,...
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. » Orfila apparaît comme une sorte de blanc chevalier, héros des temps modernes. Charles Desmaze revient également sur une affaire rapportée par Orfila dans son ouvrage relatif à la toxicologie[57] [57] Mathieu Orfila, Toxicologie, Paris, 1852, t. II, p.  499. ...
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, jugée par la cour d’assises du Gers en 1851. Cette fois, il endosse à nouveau les habits de l’expert et contredit sans appel possible la défense. Le procès est celui d’un fermier accusé d’avoir empoisonné sa femme, à l’aide de diverses substances devant, en principe, guérir les vaches. Son épouse décède à 38 ans des suites d’une « étrange maladie ». Orfila démontre que l’avocat avait « torturé la science et lui avait fait dire les plus grosses monstruosités, en faveur de son client[58] [58] Charles Desmaze, Histoire de la médecine légale en France,...
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. » Plus tard encore, en 1896, dans le précis de Charles Vibert, expert près le tribunal de la Seine, chef des travaux d’anatomie pathologique au laboratoire de médecine légale de la faculté de Médecine, Orfila est mentionné à plusieurs reprises. Parfois là où on ne l’attend pas : notamment dans une division consacrée à l’identité qui s’attache plus particulièrement à la détermination de la taille à partir d’un squelette. Même s’il peut manquer plusieurs os, il demeure, en effet, possible de déterminer la longueur d’un squelette. Vibert précise, à la suite d’Etienne Rollet, qu’il existe bien une relation entre la longueur des membres et celle du corps entier. Le « Tableau d’Orfila » reproduit est le résultat de multiples mensurations effectuées sur vingt squelettes. Elles concernent aussi bien la longueur du vertex à la plante des pieds, la longueur des extrémités supérieures depuis l’acromien que la longueur du Fémur, du tibia, du péroné ou du radius[59] [59] Charles Vibert, Précis de médecine légale, Paris, Librairie...
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. À peu près au même moment, l’ouvrage intitulé Le Premier siècle de l’Institut de France, 25 octobre 1795 - 25 octobre 1895 est offert aux lecteurs. Les notices sont, en règle générale, assez sèches, dépouillées de tout développement et considérations. Elles ressemblent plus à des annonces nécrologiques, proposant quelques faits lapidaires. Une fois le temps passé, l’éblouissement estompé, les haines retombées, il reste quatre décennies après la mort du grand maître de la toxicologie, quatre références qui passent à la postérité : Éléments de chimie, Des Exhumations juridiques, Traité de toxicologie et Traité de médecine légale[60] [60] Le Premier siècle de l’Institut de France, 25 oct. 1795...
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.

36 Beaucoup plus tardivement, Camille Simonin souligne encore, dans la troisième édition de son Précis pratique de médecine légale judiciaire, dont la première édition date de 1941 et qui s’adressait alors aux avocats, aux magistrats, aux officiers de gendarmerie, aux commissaires de police, que « c’est Orfila qui a créé en 1828, la science toxicologique, en démontrant la pénétration des poisons dans les viscères, alors qu’on les croyait localisés dans le tube digestif[61] [61] Camille Simonin, Médecine légale judiciaire, Paris, Maloine,...
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. » Quant à Edmond Locard, qui se fait connaître à la veille de la Première Guerre mondiale pour un livre sur les récidivistes, l’un des « inventeurs » de la criminalistique, il évoque Orfila à plusieurs reprises. À la fois dans son Traité des années Trente, comme dans ses Mémoires. Publiées, en 1957, ces dernières prennent une forme libre et Locard à la plume alerte dresse un portrait vivant : « Alors Orfila entra en scène, le plus grand chimiste de l’époque, une autorité internationale ! Son expertise fut foudroyante, sa démonstration sans faille, ses conclusions sans appel. » Et Edmond Locard d’ajouter :

37

Ce fut le vrai créateur de la toxicologie, un très grand chimiste, un parfait honnête homme. Orfila s’était attiré des haines terribles (beaucoup de gens ne pardonnent pas au succès), et puis il était étranger. À la tête de la meute se trouvait Raspail, et, bien entendu, les experts qui avaient conclu à la non-culpabilité, puis l’énorme cohorte des amoureux de Marie Capelle.

38 Il donne raison à Orfila et conclut que si le mémoire de Raspail a jeté une ombre sur le rapport d’Orfila, Marie Lafarge était bien coupable[62] [62] Edmond Locard, Mémoires d’un criminologiste, Paris, Fayard,...
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.

39 Au siècle des Lumières, des « hommes de l’art » prophétisèrent qu’il existe, à côté de l’aveu et de la preuve testimoniale, une autre preuve, amenée dans l’avenir à jouer un rôle central dans la recherche de la vérité judiciaire. Pour la médecine légale française, Orfila apparaît comme le personnage attendu, celui à qui il est dévolu de réaliser la prophétie. La mort n’est plus une énigme, elle est, au contraire, élargissement de l’horizon. La dépouille mortelle n’est plus un simple cadavre, mais un livre ouvert racontant une histoire. L’examen de l’expert, loin des supputations et des conciliabules, devient une preuve éclatante. Certains faits révélés jouant un rôle déterminant dans le procès. Pour le grand public, lectorat avide de procès judiciaires, comme pour les magistrats, les experts judiciaires semblent détenir la clé des choses cachées. Orfila, qui a incarné pendant près de trente ans le « type » du médecin légiste[63] [63] À la manière de l’Encyclopédie...
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est assurément celui qui a contribué à donner une légitimité et à asseoir la « nécessité sociale » de l’expertise judiciaire. Il y a bien eu un « moment » Orfila, qui a jeté « un éclat sans égal » en France et en Europe.

 

Notes

[ 1] Le présent article, est une version remaniée et complétée d’un précédent travail intitulé : « Orfila y la medicina legal francesa en el siglo xix », in José Ramón Berthomeu Sánchez et Agustí Nieto Galan (dir.), Entre la ciencia y el crimen : Mateu Orfila y la toxicología en el siglo xix, Barcelona, Fundation Dr Antonio Esteve/Prous Science, 2006, pp. 1-13.Retour

[ 2] Charles Simond (dir.), La Vie parisienne au xixe siècle, Paris de 1800 à 1900, t. II, Paris, Plon, 1900, p. 56.Retour

[ 3] Notamment le Traité des poisons, ou Toxicologie générale, Paris, Crochard, 1814-1815, 2 vol.Retour

[ 4] Mathéo-José-Bonaventure Orfila – selon l’orthographe du xixe siècle – né le 24 avril 1787 à Mahon, fit ses études à Valence et vint à Paris en 1807. José Ramón Bertomeu-Sánchez et Agustí Nieto Galan (dir.), Chemistry, Medicine and Crime. Mateu J.B. Orfila (1787-1853) and his Times, Sagamore Beach/USA, Watson Publishing International/Science History publications, 2006, XXV, 306 p.Retour

[ 5] Gazette médicale de Paris, n° 13, 26 mars 1853.Retour

[ 6] Anne-Martin Fugier, La Vie élégante ou la formation du Tout-Paris, 1815-1848, Paris, Fayard, 1990, p. 317.Retour

[ 7] Duchesse de Maillé, Souvenirs des deux Restaurations, Paris, Perrin, 1984, 435 p.Retour

[ 8] Jules Guérin, Gazette médicale de Paris, n° 13, 26 mars 1853, p. 193.Retour

[ 9] Alain Quéruel, Vauquelin et son temps (1763-1829), Paris, L’Harmattan, 1994, pp. 187-211.Retour

[ 10] Anne-Martin Fugier, La Vie élégante…, op. cit., p. 245.Retour

[ 11] Dictionnaire des Sciences médicales. Biographie médicale, t. VI, Paris, Panckouke éditeur, 1824, p. 339.Retour

[ 12] Id.Retour

[ 13] Dr Paul Delaunay, Les Médecins, la Restauration et la Révolution de 1830, Tours, Impr. Mame, 1932, 119 p.Retour

[ 14] Gazette médicale de Paris, n° 13, 26 mars 1853, p. 194.Retour

[ 15] Cf. Mme Xavier Raspail, La Vie et l’œuvre scientifique de F.V. Raspail, Paris, Vigot frères, 1926, p. 62 ; Pierre Lenoël et Yves Lemoine, Les Avenues de la République. Souvenirs de F.-V. Raspail, Paris, Hachette, 1984, 378 p.Retour

[ 16] Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, t. XXXVII, Paris, Firmin Didot frères, 1863, p. 782.Retour

[ 17] Mathieu Orfila, Leçons de médecine légale, Paris, Béchet jeune, 1823, 2 vol.Retour

[ 18] En 1825, dans la troisième édition des Secours à donner aux personnes empoisonnées et asphyxiées, [Paris, Béchet jeune], Orfila souligne bien qu’il est président des jurys médicaux, p. I.Retour

[ 19] Boissonade (dir.), Histoire de l’Université de Poitiers, passé et présent (1432-1932), Poitiers, Imprimerie moderne, 1932, pp. 355-356.Retour

[ 20] Frédéric Chauvaud, Les Experts du crime. La médecine légale en France au xixe siècle, Paris, Aubier, 2000, 301 p. et avec la collaboration de Laurence Dumoulin, Experts et expertise judiciaire en France. xixe-xxe siècles, Rennes, PuR, 2003, 284 p.Retour

[ 21] François-Emmanuel Fodéré, Traité de médecine légale et d’hygiène publique, ou de police de santé, Paris, Impr. Mame, 1813, p. XXVII.Retour

[ 22] Mathieu Orfila, Leçons de médecine légale, op. cit., vol. 1, p. 1.Retour

[ 23] Id., p. 2.Retour

[ 24] En effet, « pour affirmer qu’il y a eu empoisonnement, l’homme de l’art doit démontrer l’existence du poison à l’aide d’expériences chimiques rigoureuses, ou de certains caractères botaniques ou zoologiques » S’il est dans l’impossibilité d’y parvenir, il lui faut se contenter d’établir la « probabilité » de l’empoisonnement. Orfila ajoute également qu’il faut apporter la preuve et la contre-preuve, Comme pour le cuivre et l’arsenic, voir la totalité des « sels vénéneux », Mathieu Orfila, Traité de médecine légale, t. III, 1847 (3e éd.), p. 1.Retour

[ 25] Amédée Dechambre, Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, Paris, Masson, vol. 52, p. 372.Retour

[ 26] Mathieu Orfila, Leçons de médecine légale, op. cit., vol. 1, p. 6.Retour

[ 27] Paul Mahon, Médecine légale, Rouen, Impr. Robert, An X, t. I, p. 8.Retour

[ 28] Cf. Bruno Lemesle (dir.), La Preuve en justice, de l’Antiquité à nos jours, Rennes, PuR, 2003, 271 p.Retour

[ 29] Gazette des tribunaux, 16 sept. 1840.Retour

[ 30] Gazette des tribunaux, 17 sept. 1840.Retour

[ 31] Le Moniteur, 30 mai 1844.Retour

[ 32] Gazette des tribunaux, 17 sept. 1840.Retour

[ 33] Jules Barse, Manuel de la cour d’assises dans les questions d’empoisonnement, à l’usage des magistrats, des avocats, des experts, des jurés et des témoins, ou recueil de principes de la toxicologie ramenés à des fonctions judiciaires, constantes et invariables, depuis le commencement de l’instruction d’une affaire, jusqu’à la décision de la cour d’assises, Paris, Labé, 1845, XX-404 p.Retour

[ 34] Id., p. 287.Retour

[ 35] Alphonse Devergie, Médecine légale, théorique et pratique, Paris, Baillière, 1852, t. III, p. 481 ;Mathieu Orfila, Traité de médecine légale, op. cit., t. II, p. 152.Retour

[ 36] Mathieu Orfila, « Mémoire sur les terrains des cimetières sur l’arsenic qu’ils peuvent fournir, et les conséquences médico-légales que l’on doit tirer de l’existence possible d’un composé arsenical dans ces terrains », Mémoires de l’Académie de médecine, 1840, t. VIII, pp. 488-508.Retour

[ 37] Alphonse Devergie, Médecine légale, op. cit., t. III, p. 481 ; Mathieu Orfila, Traité de médecine légale, op. cit., p. 387.Retour

[ 38] Mathieu Orfila, « Mémoire sur les moyens de s’assurer que l’arsenic obtenu des organes où il a été porté par absorption ne provient pas des réactifs, ni des vases employés à la recherche médico-légale de ce poison », Mémoires de l’Académie de médecine, t. VIII, 1840, pp. 423-448.Retour

[ 39] Gazette médicale de Paris, n° 13, 26 mars 1853, p. 196.Retour

[ 40] Alphonse Devergie, Médecine légale, théorique et pratique, op. cit., t. III, note 1, p. 3.Retour

[ 41] Mathieu Orfila, Traité de médecine légale, op. cit., t. III, p. 3, de la 4e éd.Retour

[ 42] Alphonse Devergie, Médecine légale, théorique et pratique, op. cit., t. III, p. 5.Retour

[ 43] Paul Brouardel, Les Empoisonnements criminels et accidentels, Paris, Baillière, 1902, 538 p. ; Léon Thoinot, L’Autopsie médico-légale, Paris, Baillière, 1910, 102 p. ; Henry Coutagne, Précis de médecine légale, Lyon, A.-H. Storck, 1896, XXI-527 p.Retour

[ 44] Amédée Dechambre, Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, op. cit., vol. 52, p. 372.Retour

[ 45] Mathieu Orfila, Traité de médecine légale, op. cit., t. II, p. 397 de la 3e éd.Retour

[ 46] Gazette des tribunaux, Orfila, 8 et 9 juin 1840.Retour

[ 47] Gazette des tribunaux, 9 juin 1840 ; cf. aussi Mathieu Orfila, « Arsenic retrouvé dans les débris d’un cadavre après sept ans d’inhumation », Archives de médecine, t. XXI, 1829, pp. 613-614.Retour

[ 48] Le Moniteur, Universel, 1853, p. 300.Retour

[ 49] Frédéric Dubois, « Éloge de M. Orfila », Publications de l’Académie impériale de médecine, t. XVIII (1854), pp. I-XXXIV. Voir aussi Recueil de discours prononcés aux funérailles de M. Orfila, Paris, Labbé, 1853, 122 p. ; Dorinda Outram, « The Language of natural Power : The Funeral Eloges of Georges Cuvier », History of Science, n° 18, 1978, pp. 153-178.Retour

[ 50] Dr A.-L. Roux, Gazette médicale de Paris, n° 14, 2 avril 1853, pp. 207-209.Retour

[ 51] Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, t. XXXVII, Paris, Firmin Didot frères, 1863, p. 781.Retour

[ 52] Un exemple emblématique est le traitement réservé par le dictionnaire de Pierre Larousse à la Révolution française, cf. Société d’histoire de la Révolution de 1848, Le xixe siècle et la Révolution française, Paris, Créaphis, 1992, 429 p.Retour

[ 53] Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du xixe siècle, Paris, 1874, p. 1445.Retour

[ 54] Amédée Dechambre, Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, op. cit., vol. 52, p. 372.Retour

[ 55] Dr Henri Legrand du Saulle, Traité de Médecine légale, de jurisprudence médicale et de toxicologie, Paris, Adrien Delahaye et Émile Lecrosnier éd., 1886 (2e éd.), p. 151.Retour

[ 56] Charles Desmaze, Histoire de la médecine légale en France, Paris, G. Charpentier, 1880, p. 27.Retour

[ 57] Mathieu Orfila, Toxicologie, Paris, 1852, t. II, p. 499.Retour

[ 58] Charles Desmaze, Histoire de la médecine légale en France, op. cit., p. 29.Retour

[ 59] Charles Vibert, Précis de médecine légale, Paris, Librairie J.-B. Baillière et fils, 1896, p. 553.Retour

[ 60] Le Premier siècle de l’Institut de France, 25 oct. 1795 - 25 oct. 1895, t. II, Paris, J. Rothschild éd., 1896, p. 177.Retour

[ 61] Camille Simonin, Médecine légale judiciaire, Paris, Maloine, 1955 (3e éd.), p. 486.Retour

[ 62] Edmond Locard, Mémoires d’un criminologiste, Paris, Fayard, 1957, pp. 186-197., A-t-elle empoisonné son mari ? L’affaire Lafarge, Paris, éd. de la Flamme d’or, coll. « Les Causes célèbres », 1954, 127 p. Cf. aussi José R. Bartomeu Sanchez, « Sense and Sensivity : Mateu Orfila, the Marsh Test and the Lafarge Affair », Chemistry, Medicine and Crime, op. cit., pp. 207-242.Retour

[ 63] À la manière de l’Encyclopédie morale du xixe siècle publié pour la première fois en 1839, Léon Curmer (dir.), Les Français peints par eux-mêmes, Paris, Omnibus/La Découverte, 2003, 1173 p.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Frédéric Chauvaud « « Cet homme si multiple et si divers » : Orfila et la chimie du crime au xixe siècle », Sociétés & Représentations 2/2006 (n° 22), p. 171-187.
URL :
www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2006-2-page-171.htm.
DOI : 10.3917/sr.022.0171.