2003
Travailler
Dossier
Légèreté d’être et estime de soi
Lise Gaignard
Psychanalyste
Pour questionner la pertinence de la convocation de la sphère du travail dans la cure psychothérapique, l’auteur part du récit de celle d’un patient hypocondriaque.
Elle examine ce qui dans la sphère du travail peut étayer une structure psychique en utilisant l’articulation que donne Jean Oury des registres « Réel », « Symbolique » et « Imaginaire » à partir de la notion de « corps vécu » de Gisela Pankow. Les sentiments vitaux : malaises, fatigue ou, au contraire, légèreté d’être, dépendraient étroitement de la qualité du jugement que l’on porte sur soi-même.
L’auteur soutiendrait que ce jugement s’effectuerait préférentiellement dans la sphère du travail.Mots-clés :
centralité du travail, psychothérapie institutionnelle, corps érogène, psychologie phénoménologique.
In order to question the relevance of invoking the occupational sphere during psycho-therapeutic cure, the author starts from the testimony of a hypochondriac patient.
She examines that which can, within the occupational sphere, support a psychic structure by using the articulation set forth by Jean Oury of the Real, Symbolic and Imaginary registers issued from Gisela Pankow’s notion of « lived body ». Vital feelings such as uneasiness, fatigue or, on the contrary, lightness of being would be closely linked to the quality of judgement that one makes upon oneself.
The author would support the idea that this judgement would preferably take place within the occupational sphere.Keywords :
labour centrality, institutional psychotherapy, erogenous body, phenomenological psychology.
Para cuestionar la pertinencia de la convocación de la esfera del trabajo en la cura psicoterapeutica, el autor parte del relato de un paciente hipocondríaco.
La autora examina lo que en la esfera del trabajo podría sustentar una estructura psíquica al utilizar la articulación que proporciona Jean Oury de los registros Real, Simbólico e Imaginario a partir de la noción de « cuerpo vivido » de Gisela Pankow. Los sentimientos vitales: malestar, fatiga o, por el contrario, levedad al ser estrechamente dependientes de la calidad del juicio que tenemos sobre nosotros mismos.
La autora sostiene que dicho juicio se efectuaría de preferencia en la esfera del trabajo.Palabras claves :
centralidad del trabajo, psicoterapia institucional, cuerpo erógeno, psicología fenomenológica.
« Il en avait assez de se poser des réponses. Je ne sais pas si vous en êtes là, mais il me semble qu’il était au cÅ“ur même de la question. Car se poser des réponses, c’est un peu ce que l’on fait ; c’est en tout cas ce que moi je fais. Et j’aimerais mieux en fin de compte, mais c’est souvent bien plus difficile qu’on ne le croit, poser des questions. »
Jean Oury,
« À propos des symptômes primaires de la schizophrénie »,
Cours à l’université Paris vii – (1984-85).
La centralité du travail dans la psyché postulée par Christophe Dejours suppose que les questions éthiques sont au centre de la dynamique psychique.
C’est ce que nous essaierons de soutenir en utilisant le concept de Jean Oury des trois identifications : « corps vécu », « corps ressenti » et « corps reconnu », articulation de termes issus de l’Å“uvre de Gisela Pankow.
Nous poursuivons ainsi notre recherche sur la place du travail dans la technique psychanalytique, questionnant, dans le même temps, la pratique de la psychodynamique du travail.
Nous n’envisagerons pas de cas de décompensations directement liées aux situations de travail, que les causes s’en présentent sous des formes explicites comme le harcèlement moral
[1], les pathologies du surmenage ou sous des formes latentes
[2]. Nous partirons de l’histoire d’une personne que nous appellerons monsieur Loisirs (dont la décompensation n’est pas liée à son travail) et du dénouement inattendu de sa cure.
Le rapprochement entre la psychodynamique du travail et la technique psychanalytique nous semble logique dans la mesure où la psychopathologie du travail s’enracine dans le même courant que celui de la psychothérapie institutionnelle dont la pratique inaugurale se situe à l’hôpital de Saint-Alban, en Lozère, sous la direction de François Tosquelles pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Les références théoriques et pratiques de psychopathologie du travail sont les mêmes que celles qui développeront ce que l’on appelle la psychothérapie institutionnelle. La différence entre les deux courants est la distance prise par certains des plus grands psychiatres de la psychopathologie du travail (dont Louis Le Guillant est l’exemple même), dans le cadre de leur engagement au parti communiste
[3], avec l’outil théorique de la psychanalyse, ce qui les séparera des psychanalystes qui élaborent la psychothérapie institutionnelle (dont les textes de Jean Oury nous donnent les soubassements théoriques).
Mais les deux courants sont restés fidèles à leurs « racines » : analyser, en même temps que la personne dans sa famille, son environnement social et culturel, et travailler dans le sens d’une émancipation. Tandis que le courant de la psychothérapie institutionnelle imprègne toujours les pratiques psychiatriques, la psychiatrie du travail
[4] sans l’outil conceptuel ni la pratique de la psychanalyse s’est progressivement appauvrie. Christophe Dejours nous a permis de restaurer le lien entre soin psychanalytique et travail. Après les travaux remarquables et féconds des médecins du travail sur les effets des conditions de travail sur la santé, nous devons nous poser la question de la place du travail dans la pratique du psychanalyste.
Le plus souvent, l’analyse de l’organisation du travail du psychanalyste est soigneusement éludée dans la littérature. Nous ne prendrons pas non plus cette direction aujourd’hui, quoiqu’elle se fasse actuellement cruciale dans cette période d’instrumentalisation des « psy » dans les pratiques managériales
[5], je veux dire le coaching, les formations à la gestion du stress, au management par la performance ou la victimologie en entreprise qui installe le « traumatisme » comme un des « risques du métier ».
Nous aurions beaucoup à dire sur le dévoiement de la psychanalyse dans ces pratiques, mais nous nous en tiendrons aujourd’hui à la manière dont la psychodynamique du travail a modifié notre pratique d’analyste dans son mode même d’interprétation de la parole des patients.
L’histoire de monsieur Loisirs
Ce monsieur m’est adressé par son médecin généraliste le 28 novembre, je le verrai de nouveau le 3 décembre, il reviendra inopinément le 7 janvier pour dire un soulagement complet de ses symptômes « depuis que vous avez parlé du travail ». C’est pourquoi nous étudierons le mouvement de cette cure alors qu’il ne souffrait pas, comme nous le verrons, d’une pathologie liée à son travail.
Son médecin a l’habitude de m’envoyer des patients souffrant de pathologies psychosomatiques récalcitrantes aux traitements médicamenteux et à sa prise en charge de « médecin de famille ». Ce médecin a pris la suite du cabinet de son père et a un recul personnel de vingt ou trente ans d’accompagnement des patients et de leurs familles. C’est un clinicien attentif, il me confie les personnes âgées et les personnes souffrant de syndromes anxiodépressifs qui nécessitent une psychothérapie de soutien, sans grande possibilité de mentalisation. Je les reçois habituellement une fois par mois, de manière bienveillante, dans un cadre de double prise en charge.
Monsieur Loisirs arrive donc dans une adresse que je connais bien et que je suis prête à traiter comme les autres patients de ce médecin, ce qui ne se fera pas.
C’est un homme âgé d’une cinquantaine d’années qui souffre de crises d’angoisse massives depuis la mort de son père qui s’est produite deux mois auparavant, surtout la nuit, entre 23 h 30 et minuit, mais parfois aussi dans la journée, quand son travail est fastidieux (saisie informatique) ou dans les périodes d’attente (embouteillages dans ses parcours automobiles ou moments inoccupés). Il prend depuis un antidépresseur, associé à un anxiolytique si nécessaire. Le traitement est sans effet.
Je retranscrirai une grande partie des entretiens :
Il se présente : « J’ai toujours été comme ça, mais maintenant je ne peux plus dormir. » Il explique qu’il est comme son père : « hypocondriaque ». Qu’il souffre de « spasmes cardiaques », qu’il a un pouls à 140 lors de tests effectués dans une unité de cardiologie parce que l’examen lui-même l’angoisse. Il décrit aussi des douleurs brutales incoercibles « dans les parties ». Avec des questions précises, nous obtenons la description d’une aggravation nette de ses symptômes depuis quelques années, qu’il relie spontanément aux morts successives de ses proches, grands-parents, mère, ami. Son père avait vécu un accident vasculaire cérébral six mois avant sa mort, il note qu’à ce moment lui-même avait souffert d’acouphènes.
Il raconte spontanément sa petite enfance en disant « mes frères partaient en colo, moi je restais avec ma mère ». Il dit qu’il sentait l’angoisse de sa mère quand son père rentrait tard, qu’il dormait souvent avec sa grand-mère parce qu’il avait peur, qu’il avait peur tout le temps, pour traverser un pont, pour monter en hauteur, qu’il est « un trouillard ». Enfant, il se balançait pour s’endormir, cela lui arrive encore quand cela ne va pas. Mais qu’il ne voulait pas dormir avec son arrière-grand-mère, qu’il aurait inventé n’importe quoi pour ne pas dormir avec elle, des maux de dents par exemple. Il dit qu’une fois sa mère avait voulu l’envoyer en colonie malgré sa peur, et qu’il avait eu un furoncle qui l’avait « sauvé » de toute idée de départ. « Tout a commencé » quand il était enfant par une grave crise d’angoisse qui l’a terrassé au moment d’une grosse averse dans la cour de chez ses parents, il ne pouvait plus bouger, « j’ai appelé ma mère »…
C’est machinalement que je pose la question du travail. Il est employé municipal, et « ça va très bien ». Sa formation initiale est celle de mécanicien automobile. Son apprentissage l’a « forcé à quitter ses parents pour vivre chez ses grands-parents », il est resté quinze ans dans le secteur de l’automobile. Depuis, il travaille comme responsable d’entretien « à la station d’épuration » et cela se passe très bien. Il « se met à l’informatique » pour la gestion, fait beaucoup de courses en voiture, ça le distrait. Il est calme quand il en parle. Par ailleurs, il pratique beaucoup de sport, du vélo tout terrain, avant il jouait au football. Le vélo est « bon pour le cÅ“ur », il y est même très « casse-cou ».
Il s’est marié, jeune, avec une femme très gentille, avec qui il s’entend bien, ils ont trois enfants, mais le cadet (il est lui-même cadet) souffre de la même maladie que son père et, lui, « il se fait des films », il lui conseille pourtant de faire du sport, ce qui ne le calme pas. Il est « trouillard » aussi. Il raconte aussi les trois années pendant lesquelles sa femme a été obligée de travailler dans une autre ville et comment il a eu alors des préoccupations hypocondriaques majeures qui ont entraîné des investigations répétées de ses intestins. (Sa mère était morte d’un cancer du côlon.)
Le premier entretien se termine là. Il demande et obtient un rendez-vous quelques jours plus tard. Je suis très embarrassée par l’ampleur des crises et l’attitude extrêmement anxieuse, fébrile, qu’il montre pendant tout l’entretien.
La question que je me pose entre les deux séances est une inversion de la présentation : qu’est-ce qui l’avait fait tenir – tant bien que mal, mais tenir – entre son apprentissage de mécanicien et la mort de ses proches, ce qui est assez récent ?
Je pense à une structure limite, peu mentalisée, avec un impact somatique au moment des angoisses de séparation qui ne se révèlent pas structurantes. Je lui demande donc comment il vivait, comment il occupait ses temps de répit, dès le début de la deuxième séance. Je ne le lâche pas et pose des questions sur sa manière de vivre pour saisir ce que sa vie avait d’étayant et qui n’y est plus, en dehors des personnes mêmes de ses parents. Sa femme est toujours là, et d’ailleurs « ça va très bien avec elle ». Je cherche alors ce qui manque. Pour cela, je dois poser des questions, il ne parle pas spontanément de ce qui va bien. Mais il se prend au jeu et raconte.
Quand il était mécanicien, pendant quinze ans, son métier lui plaisait beaucoup, mais « c’était très dur », il a monté une section syndicale dans un grand garage, et ça n’était pas facile non plus. Il a beaucoup milité, et a dû changer de garage où il a monté une deuxième section syndicale. Il est très fier de raconter cela. Il dit aussi qu’il animait le club de foot de son village. Il « n’arrêtait pas ». Il décrit une surcharge d’activités collectives qu’il animait vigoureusement. Il continue tout cela quand il « se fait embaucher à la ville ». Mais il décrit aussi l’effondrement de son syndicat, comment il s’est estimé « lâché », et comment il est toujours syndiqué, mais « j’ai ralenti, je ne suis plus leader ». Il a laissé progressivement le club de foot, il n’avait plus « la pêche »… Maintenant, il fait du vélo, tout seul ou avec sa femme, et ça remplace. Il fait beaucoup de sport, avec sa femme, « ils ont des loisirs » qu’il aime.
Je lui dis à ce moment-là que, pour un « trouillard », cela fait beaucoup d’activités reconnues socialement comme « courageuses »… Il sourit et dit que, au travail, il a toujours été réputé pour son courage tant physique que moral, qu’il n’a pas le vertige au travail, et raconte le « sauvetage » héroïque d’un collègue lors d’un grave accident.
Il parle alors plus longuement de sa désertion syndicale. Il est réellement triste, il a les larmes aux yeux. Mais il est l’heure de terminer l’entretien, et je lui fais remarquer que ce sont les élections prud’homales la semaine suivante, que je sais bien que les fonctionnaires ne participent pas, mais que le privé a peut-être besoin d’un coup de main…
Il ne veut pas d’un nouveau rendez-vous, il rappellera après les fêtes. « Ça me retourne trop de parler de tout ça », dit-il amèrement en partant. Il me laisse encore une fois embarrassée. Il ne rappelle pas après Noël, il arrive sans rendez-vous le 7 janvier, je le trouve dans la salle d’attente. Il est tout joyeux, pétillant, et dit « ce n’est pas grave que vous n’ayez pas le temps de me voir aujourd’hui, j’en ai pour cinq minutes ». Il entre, ne s’assoit pas, et dit « tout va bien depuis qu’on a parlé du travail, c’est fini, et même mon cÅ“ur ! Le médecin n’en revient pas, je bats à 60 ! ».
Interloquée, je lui en demande un peu plus, il ajoute que j’avais dit (ce qui est faux) qu’il ne travaillait pas assez, alors il se surcharge un peu et a repris son engagement syndical. Il part en disant « le problème, c’est que j’ai moins de temps pour faire du vélo… ». Il ne souhaite pas de nouveau rendez-vous, on convient qu’il rappellera si nécessaire, ce qu’il n’a pas fait.
J’ai choisi de travailler sur cette histoire parce qu’elle me semblait inverser ce que j’avais pu rencontrer auparavant. Monsieur Loisirs n’a donné aucune indication sur le fait que son travail ait pu être délétère pour sa santé. Ni d’ailleurs structurant. Il fait ce qu’il a à faire, il se forme à de nouvelles techniques, cela ne pose pas de problème. Étant donné les antécédents familiaux anxieux et hypocondriaques, la présentation de symptômes psychosomatiques à chaque séparation, la manière de présenter comme une fatalité, sans possibilité d’élaboration, ses répercussions somatiques, je ne pensais pas avoir à approfondir la situation de travail. Les dates nous indiquaient la voie : il ne pouvait pas sans dommages perdre ses proches, même âgés. La symbolisation présence absence ne se faisait pas, le souvenir ne pouvait pas remplacer la présence. On pouvait s’en tenir là.
C’est l’inversion de la question du « qu’est-ce qui l’a rendu malade ? » en « qu’est-ce qui l’a fait tenir ? » qui nous a amenés du côté du travail. Cette inversion a déjà montré sa fécondité lors de la transformation de la question de la psychopathologie du travail qui était « qu’est-ce qui du travail rend malade ? » en « comment fait-on pour tenir au travail ? », inversion qui a fondé la psychodynamique.
Et là nous avons découvert deux choses : l’investissement syndical, probablement entre hommes dans l’automobile, qui permet de « sortir des jupes de la mère », qui permet de passer pour quelqu’un d’autre qu’un « trouillard ». On entend bien qu’à cet investissement s’est surajoutée l’animation d’un club de football, ambiance non-mixte encore une fois. On imagine qu’avec de telles responsabilités la surcharge devait être patente. Pas de temps pour sentir les sollicitations à penser, pas de symptômes. Mais sans doute l’estime de soi, la reconnaissance d’autrui, la « bagarre » avec les semblables ont-elles suffi à métaboliser les questions pourtant intactes de non-élaboration de la présence-absence. Nous y reviendrons.
Nous devons aussi remarquer que dès ce qu’il a appelé « l’effondrement syndical », (l’effondrement devait être celui de son étayage à ce groupe d’hommes, engagés socialement), il cesse aussi d’animer le club de foot. Il ne s’adonnera plus qu’à des sports non-collectifs, dont il ne sera pas l’animateur. Sans le travail de l’engagement social, il ne tient plus très bien, toute séparation devient dramatique et très anxiogène.
Monsieur Loisirs (que j’ai nommé ainsi pour pointer le seul investissement « social » qui lui restait) portait haut et fort son investissement cycliste, mais cela ne faisait pas étayage et ne servait qu’à masquer le vide de son désengagement syndical et de son abandon progressif de l’animation du club de football.
Pour tenter de comprendre comment le réengagement syndical a pu pour cet homme refonder son mode d’investissement au monde et rééquilibrer, de ce fait, l’ensemble de sa personnalité, nous évoquerons un texte de Jean Oury : « Les symptômes primaires de la schizophrénie
[6]. » Dans la deuxième partie de ce texte dont nous résumerons plusieurs pages, il articule trois identifications. À partir de trois moments d’incarnation, il indique la possibilité ou non d’un nouage « Réel – Symbolique – Imaginaire », indispensable à l’équilibre instable qui permet de vivre au milieu des autres. Il développe trois notions que Gisela Pankow nous indique dans son livre
L’Homme et sa psychose
[7] : « Le corps vécu », « le corps ressenti », « le corps reconnu ». Gisela Pankow ne distingue pas toujours ces trois notions, Oury en fait des moments topologiques d’incarnation différents mais liés : « S’il y a un défaut dans l’un d’eux, il y a une sorte de compensation des autres registres. » (
ii, p. 6.)
Le « corps vécu », identification primordiale
L’identification primordiale, celle qu’il rapproche de la notion de « vécu » de Pankow, est le moment d’incarnation même, « l’appartenance à l’être homme », c’est « le corps en apparition
[8] ». Les troubles de cette incarnation se présentent sous la forme de l’altération des « sentiments pathiques
[9] » au sens d’Erwin Straus : bien-être, malaise, fraîcheur, fièvre, légèreté, lourdeur.
Ce vécu basal dont dépend la légèreté de l’être peut selon cette théorie se rattacher au registre du Réel. Lacan entend par Réel la catégorie de ce qui arrive sans avoir pu être anticipé, l’accident, ce qui n’est pas (encore) habillé de nos installations compréhensives. Ce qui est donné, « parce que c’est comme ça et pas autrement », ce qui arrive malgré tout, la panne par exemple. Ce qu’il appelle « l’impossible », au sens que l’on met dans l’expression « Ça ne se peut pas, des choses comme ça… » Le corps vécu est le « corps pathique » (ii, p. 8), point primordial de rassemblement, « précession logique à la formation de l’image du corps » (ii, p. 7).
« Pour que ce corps vécu puisse se faire, il faut qu’il y ait du “laisser-faire”, que cela puisse se déposer » (
ii, p. 20). Ce qu’Erwin Straus
[10] appelait « les évidences de la quotidienneté » (et que l’on pourrait mettre en lien avec les « techniques du corps » de Marcel Mauss) sont inscrites au plus profond du corps. Elles demandent un effacement des distinctions, un peu d’oubli, on n’explique pas comment on nage, on le montre. Il n’y a pas de manuel pour apprendre que l’on enfile son pantalon à partir du bas de son corps, la veste sur le torse, on ne précise jamais qu’un chapeau se pose sur la tête. Si l’on est au Japon ou en Océanie, on pourra poser la question s’il est bien visible qu’on est étranger, sinon, on passera pour un fou. Dans les psychoses dissociatives, on peut remarquer immédiatement des troubles de cette incarnation : géométrisme des mouvements, corps guindés, rigidités, gestes de poupées, etc.
Chez le danseur, on assistera, à l’inverse, à une grâce inexplicable des gestes et des rythmes, qui écartera de la conscience du spectateur toute notion d’effort, d’attraction terrestre, de fatigue. Le « corps en apparition » du danseur, celui du « masque » qui est un personnage clé de nombreuses cérémonies africaines, Jean Oury va même jusqu’à citer celui de la strip-teaseuse, sont des manifestations fascinantes du « corps vécu ».
Ce socle primordial d’installation des sentiments corporels est pour Jean Oury en étroite relation avec les deux autres identifications, le « corps ressenti » et le « corps reconnu ».
Le « corps ressenti » et l’estime de soi
La deuxième identification, celle qu’Oury après Pankow nomme « le corps ressenti », s’inscrit dans le registre du Symbolique. Pour Lacan, l’homme est un « parlêtre », il baigne dans l’agencement des mots, il devra trouver une place entre ce qu’il attendait de la vie et ce que l’on attendait de lui, se faire un nom avec et malgré le nom de sa lignée, renoncer à tous les possibles et être dans le mouvement des générations. C’est de ce registre que dépendra l’estime de soi.
L’estime de soi « est une instance de jugement sur soi-même » (
ii, p. 13). La qualité de l’estime de soi dépendra du jugement porté par l’Idéal du moi sur le Moi idéal (qui participe du registre imaginaire que nous verrons plus loin). Freud n’avait pas bien différencié ces deux instances, Daniel Lagache y procédera en distinguant le Moi idéal ou « l’identification héroïque
[11] » (à la mère toute puissante, magique, celle qui peut tout, dont le monde dépend), de l’Idéal du moi : « La façon dont le sujet doit se comporter pour répondre à l’attente de l’autorité » qui, lui, participe du registre Symbolique. C’est là, dans cet écart entre les v
Å“ux infantiles de puissance (le Moi idéal) et les modalités d’action autorisées, risquées ou téméraires (Idéal du moi) que se met en place l’estime de soi. C’est ce qui permet de s’adresser aux autres, ceux dont on dépend, ceux qui dépendent de nous. On comprend la différence et parfois la lutte entre, d’une part, une ambition fondée sur l’envie et la volonté de puissance et, d’autre part, le désir de ne pas céder sur ce que l’on pense devoir défendre ou accepter sans perdre la face. L’Idéal du moi (inscrit pour Jacques Lacan au c
Å“ur du registre symbolique) est une instance exigeante, l’autorité dont parle Daniel Lagache est complexe, elle est aussi bien l’autorité des ancêtres que l’autorité du groupe d’appartenance, que l’autorité des maîtres, que le renversement en « autorisation à », que l’on attend des autres, mais aussi que l’on se donne – ou pas.
Le « corps reconnu », au milieu des semblables
Le « corps vécu » nous donnait la légèreté d’être ou la fatigue (à distinguer chez Erwin Straus de l’épuisement), le « corps ressenti » nous donne la rage ou le sourire, le découragement ou la patience. La troisième identification, « Le corps reconnu » nous donne la hâte ou la tranquillité au milieu de nos semblables.
Oury situe la dimension du « corps reconnu » dans le registre « Imaginaire », c’est-à-dire de l’image. Il ne s’agit pas de virtuel, l’Imaginaire existe bel et bien, puisque c’est avec lui que nous appréhendons la réalité, c’est avec ce registre que nous projetons, que nous comprenons. Un exemple de l’importance de l’Imaginaire dans l’interprétation du monde est celui de l’évolution des représentations du rôle des femmes dans la préhistoire. Suivant les époques où vivent les historiens, elles restaient dans la caverne, en sortaient, faisaient la cueillette, et beaucoup plus récemment chassaient… On ne comprend le monde qu’avec les catégories surdéterminées que l’on a en tête, ces préjugés font partie du registre que Lacan appelle « l’Imaginaire », elles n’ont rien de virtuel et agissent sur notre vie au quotidien.
Ce « corps reconnu » « est reconnu par les autres, les semblables » (ii, p. 13). Le complexe d’intrusion, la rivalité primordiale, se subvertissent en tendresse, civilité, capacité d’accueil et d’échange ou bien, si cela tourne mal, en agressivité, hostilité, cloisonnements en clans. Le « corps reconnu » s’élabore sur les échanges agressifs avec mon semblable : l’intrus, que je dois endurer, apprivoiser comme le Petit Prince doit apprivoiser le renard – dans le meilleur des cas. C’est l’identification au désir de l’autre, aux « traits » de l’autre. Les manières de parler, de s’habiller, de se tenir, vont dépendre aussi de cette identification, « fuite éperdue », « précipitation » vers des semblables malheureusement le plus souvent distraits et qu’il faudra combattre ou séduire. Le Moi idéal, identification héroïque participe du registre « Imaginaire ».
C’est le nouage de ces trois identifications « corps vécu » basal, « corps ressenti » digne ou indigne, « corps reconnu » de la hâte
[12], de la bagarre avec ses semblables, qui fera l’équilibre ou non. Si l’un des registres défaille, les autres sont là pour compenser, pour tenir.
La « fonction psychothérapique » du travail ?
Le texte de Jean Oury se termine par une définition de la « fonction psychothérapique » comme « une fonction harmonique entre le Symbolique et l’Imaginaire », c’est-à-dire entre la place dans sa lignée et dans son groupe d’une part et la précipitation vers son semblable d’autre part. L’estime de soi qui exige la subversion des rivalités n’est pas donnée. Il définit cette fonction comme une « fonction castrative » c’est-à-dire qui s’articule autour d’un manque.
Je poserais la question qui soutiendrait de ne pas être une réponse, de savoir si le travail, au sens que lui donnait Claude Veil c’est-à-dire « une activité qui produit soit des objets, soit des services, qui dans tous les cas implique des liens sociaux (échanges économiques psychologiques entre personnes et groupes) qu’elle utilise et crée
[13] », ne serait pas l’opérateur par excellence de cette fonction ?
La partie du travail qui nous intéresse plus précisément est la confrontation subjective à l’organisation du travail, au fait que le réel résiste à l’intention de transformation prévue dans la tâche, c’est-à-dire le travailler. Cette butée nécessite une dynamique adaptative, créative individuellement et collectivement. En effet, il faudra souvent restreindre ses prétentions, modifier les plans, contourner des obstacles, tenir compte d’un retard, d’une panne… La dimension castrative inscrite au cÅ“ur de ce mouvement, ressentie de manière tout à fait intime, est aussi régulée par le collectif de travail qui indique par la délibération et par l’exemple jusqu’où l’on peut aller, sans aller trop loin, pour « s’arranger » de ce manque inscrit au cÅ“ur du travail, comment subvertir la souffrance de l’empêchement en ruse, finesse de métier, « ficelles » astucieuses.
Ce mouvement autour du manque est un mouvement singulier, c’est-à-dire qui signe l’articulation de l’individu au collectif, il donne la possibilité d’effectuer soit du « bon travail » ou de conclure « ce n’est pas du boulot », ou pis de faire du « sale boulot ». La situation de travail (dans sa dimension la plus invisible) pourrait donc se révéler l’instance par excellence du jugement de l’Idéal du moi sur le Moi idéal, qui conditionne la qualité de l’estime de soi. Le « corps ressenti » est le lieu de la souffrance, de l’embarras, du suspens, de l’incertitude, de la retenue, des questions et pas des réponses. Il a besoin d’autrui et du réel pour se soutenir en équilibre toujours instable
[14].
L’aisance du « corps vécu », les « sentiments vitaux », sont subordonnés à l’articulation entre ce « corps ressenti » des exigences éthiques et le « corps reconnu » de la performance.
Le nouage de ces trois registres est le lieu de tensions au compte desquelles on pourra porter certains sentiments d’infériorité et de culpabilité. Il est aussi le lieu de l’élaboration de la conscience morale.
Revenons à monsieur Loisirs, on comprend qu’ici les loisirs ne sont pas le travail. Je parle du seul loisir qui lui reste : le sport cycliste. L’animation du club de football, en revanche, pouvait sans doute être considérée comme un travail à part entière. Mais après son désengagement syndical, il « n’avait plus la pêche », selon son expression, et avait abandonné cette activité. Son activité cycliste intensive n’a pas pu avoir la fonction d’étayage qu’il trouvait dans son activité syndicale. Une partie, sans doute ce que la psychodynamique du travail a nommé jugement d’utilité, n’y est pas convoquée, il ne reste que la compétition avec les semblables, les records. Pour lui, le dépassement de soi y était vécu dans un objectif certes socialement valorisé (registre du « corps reconnu »), mais pas pour un but socialement utile, ou du moins qui répondait aux exigences de son Idéal du moi (registre du « corps ressenti »). L’estime de soi n’était plus soutenue dans un rapport symbolique, il ne reste que le soutènement imaginaire.
Le registre du « corps vécu » était alors mis à mal, les sentiments vitaux se sont altérés, les préoccupations hypocondriaques sont réapparues. L’angoisse surgit quand les trois registres sont mal noués, quand le travail ne tient plus sa fonction « psychothérapique », c’est-à-dire d’harmonique entre le Symbolique et l’Imaginaire.
Dans le cas des structures limites comme celles de monsieur Loisirs, il n’est pas facile de tenir une quelconque fonction thérapeutique par la parole, on se heurte souvent au « blanc », à la difficulté de mentalisation des situations
[15]. C’est pourquoi la convocation dans la cure de l’analyse du mouvement du travailler en vue d’un remaniement est particulièrement utile. Monsieur Loisirs est l’exemple même des souffrances liées aux impasses d’un travail qui n’était plus symboligène pour lui, s’il devait abandonner la question de la solidarité entre les travailleurs, (nous n’avons pas su comment dans son histoire singulière le sens du travail et la solidarité s’étaient trouvés liés à ce point).
La convocation de l’analyse du travail peut être utile dans de nombreuses cures, sinon dans toutes. Encore faut-il connaître les arcanes de la psychodynamique du travail, car le risque serait grand de s’en tenir à une analyse des rapports intersubjectifs au travail. La psychodynamique du travail a retourné encore une fois la proposition : ce n’est pas la qualité des rapports intersubjectifs qui produit ou non du « bon travail », c’est le travail lui-même qui ordonne les rapports intersubjectifs.
Corps anatomique, corps érogène
Christophe Dejours comme Jean Oury distinguent les deux dimensions du corps, corps anatomique et corps érogène, que l’on différencie en langue allemande comme
Leib et Körper : « C’est-à-dire (et certains le soutiennent, même Husserl) que Leib c’est le corps que je suis, tandis que
Körper c’est le corps que j’ai. »(
i, p. 26.) Nous étudions donc ici le corps au sens de
Leib, celui dont Christophe Dejours dit qu’il est « l’incarnation de l’inconscient » ou encore « origine de la pensée
[16] ». Le « corps anatomique » de monsieur Loisirs « se portait bien ». Il n’était pas malade et le savait bien, il souffrait « d’angoisses hypocondriaques », comme il le disait, signalant le domaine du « corps érogène ».
Si nous séparons en trois « corps » distincts (« vécu », « ressenti » et « reconnu ») ce corps érogène, cela nous permet de penser les trois registres « Réel », « Symbolique » et « Imaginaire ». Jean Oury nous apprend que « l’on n’analyse pas l’Imaginaire », le chatoiement, la richesse de ce registre échappe à l’interprétant, la bagarre, la séduction, les rivalités, les effets de groupe, les effets de manche en général nous capturent, mais l’analyste réservera son travail à l’analyse du registre symbolique et de la juste mesure de ses rapports avec « l’Imaginaire ». « L’Imaginaire » est « le tissu même de notre existence, il permet la communication, la manifestation, l’expressivité de la parole […]. Mais il ne peut s’articuler, se réaliser, que par le Symbolique
[17] », nous dit-il.
Avec l’exemple du harcèlement moral, nous avons tous remarqué combien une réorganisation du travail sollicitant la concurrence entre les travailleurs, remplaçant l’évaluation du faire par l’évaluation de l’être, augmente la charge du registre imaginaire et va remplacer l’action par des relations de prestance et de rivalités, bloquant toute coopération. Cette « imaginarisation du symbolique
[18] » sera d’autant plus délétère que le sens même du travail aura disparu, ce qui laisse le Moi idéal aux commandes, écartant l’Idéal du moi. On pourra toujours offrir des stages fortifiant l’Ego, des coaches, des victimologues à domicile, si la juste mesure entre Moi idéal (toute puissance imaginaire) et Idéal du moi (émergence du singulier à partir du Symbolique) n’est plus tenue collectivement, autrement dit, si l’on ne peut plus être fier de son travail, mais seulement fier de sa force ou de son pouvoir de séduction, c’est le registre des rivalités agressives qui prend toute la place, dont la violence énigmatique pourra nous laisser sidérés.
Quand Jean Oury nous apprend que l’on n’analyse pas l’Imaginaire, il nous apprend la même chose que la psychodynamique du travail, quand elle enseigne l’analyse de la parole sur les butées du travail réel, plutôt que de se perdre dans la question du bien-fondé de l’organigramme ou dans le diagnostic de la structure psychique des cadres, ou encore quand elle demande d’examiner ce qui ordonne les rapports intersubjectifs, c’est-à-dire l’organisation du travail.
Deux questions, qui n’en sont qu’une, pour conclure :
Si la confrontation à la réalité du travail est la condition des dynamiques inconscientes qui rythment la perception du monde et de son propre corps, la technique psychanalytique pourra-t-elle se passer des outils conceptuels de la psychodynamique du travail d’une part, et la psychologie du travail peut-elle se passer d’une théorie de l’inconscient qui ne soit pas celle du non-conscient, d’autre part ?
[1]
- « Souffrance au travail et harcèlement moral ». Actes de la journée de la Société de médecine du travail du Val-de-Loire : « Souffrance, stress, harcèlement », à Blois, 2001.
- « À propos du harcèlement moral, pour passer de la cruauté à la souffrance éthique », Communication à la conférence-débat « Harcèlement moral et citoyenneté au travail », organisé par la région Île-de-France, 2001.
[2]
« Résonance symbolique entre les idéologies managériales et la sphère privée »,
Travailler, n° 6, 2001.
[3]
Pour une histoire de la psychopathologie du travail et de sa séparation d’avec la psychanalyse, voir le livre d’Isabelle Billiard
Santé mentale et travail, L’émergence de la psychopathologie du travail, La Dispute, 2001.
[4]
Pour une histoire de la psychiatrie du travail, lire Claude Veil : « Entretien », Psychiatrie et milieu de travail,
Psychiatrie française, vol.
xxvii,
2/96, pp. 9-20.
[5]
Lise Gaignard : « Une question d’angle », Communication au 3
e Congrès international de psychologie et de psychodynamique du travail, 2001, Paris, Conservatoire national des arts et métiers.
[6]
Cours à Paris
vii, 1984-1985, polycopié, 47 pages. (Toutes les citations de cet article sont issues de ce texte de Jean Oury, nous en indiquerons les références à chaque citation en notant d’abord en chiffres romains la partie I ou II du texte et ensuite le numéro de la page).
[7]
Gisela Pankow,
L’homme et sa psychose, Préface de J. Laplanche, Aubier, Paris, 1973.
[8]
Jean Oury reprend cette notion de J. Zutt, phénoménologue du milieu du
xxe siècle. Pour Zutt, le « corps en apparition » est la manifestation de ce qu’il appelle « le corps porteur » (proche de la notion de corps anatomique), dans ce qu’il définit comme une « corporéïté vivante » (proche de la notion de corps vécu). Philippe Bichon nous introduit à la lecture de Zutt : « C’est à partir de ce corps porteur, par ce nécessaire commerce primordial avec le monde, que se manifeste le deuxième pôle de notre corporéïté vivante en tant que “corps en apparition”. » (
in Psychose, packs, institution, Une approche phénoménologie du corps, in Actes des Rencontres autour des packs, Abbaye de Seuilly, 1994).
[9]
La notion de pathique est une notion issue de la psychologie phénoménologique.
[10]
Erwin Straus, dont l’
œuvre majeure est
Le Sens des sens publié en 1935, est un phénoménologue qui s’est attaché à réhabiliter le sentir et à considérer la psychopathologie comme un phénomène vécu.
[11]
D. Lagache : « Psychanalyse et structure de personnalité »,
in La Psychanalyse,
n° 6, Perspectives structurales, Colloque international de Royaumont, Paris,
Puf, 1961, pp. 5-54.
[12]
Jean Oury a beaucoup écrit sur ce qu’il appelle « la fonction de la hâte », il reprend la phrase de Jacques Lacan, dans son « Séminaire sur l’identification », « J’ai hâte de me voir semblable à l’autre […] faute de quoi pourrais-je être ? »
[13]
Claude Veil :
opus cité.
[14]
Le « corps ressenti » est probablement au plus proche de ce que François Sigault nomme « Ego » dans son triangle des aliénations. « Folie réel et technologie »
in Technique et culture, n° 15, pp. 167-179. Mais le triangle de Sigault organise les différents registres de la reconnaissance par autrui, alors qu’ici, nous ne nous intéressons qu’au jugement sur soi-même, ces deux types de jugements sont évidemment étroitement comptables l’un de l’autre.
[15]
Nous renverrons ici à l’article de Christophe Dejours à ce sujet : « Le corps comme “exigence de travail pour la pensée” »,
in Psychopathologie de l’expérience du corps, Dunod, 2002, pp. 65-106.
[17]
« Lois d’agencement d’un collectif psychiatrique articulant Symbolique et Imaginaire »,
Revue Empan,
n° 4, février 1999, pp. 11-21.
[18]
On trouvera une analyse de ce type d’avatars dans le livre de Jean Oury :
Le collectif, Editions du Scarabée, 1986, ou dans l’article cité précédemment.