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Tumultes

2005/1 (n° 24)

  • Pages : 224
  • ISBN : 9782841743674
  • DOI : 10.3917/tumu.024.0027
  • Éditeur : Editions Kimé


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Proposer un bref recueil de textes d’Anacharsis Clootz [1]  Il ne fut pas le seul à aborder le sujet. Paine dans... [1] (1755-1794) présente l’intérêt de montrer comment le cosmopolitisme pouvait se concevoir durant le moment particulier de la Révolution. Pour autant, la notion de cosmopolitisme s’inscrit dans une longue histoire qui lui confère des sens et des formes très variables et ainsi une grande ambivalence.

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Dans l’histoire du mot « cosmopolite », Paul Hazard [2]  Paul Hazard, « Cosmopolite » in Mélanges Baldensperger... [2] note que le terme apparaît précocement. Mais c’est à partir du XVIIIe siècle qu’il se développe. On le repère dans les titres d’ouvrages et « il semble bien que le mot veuille leur conférer un caractère paradoxal ou effronté [3]  Paul Hazard, « Cosmopolite », op. cit., p. 357. [3] ». Si Rousseau fait l’éloge du cosmopolite dans le second discours, il le condamne dans l’Emile. Dans le premier écrit, évoquant l’absorption de la loi de nature par le droit des gens, Rousseau estime qu’« elle ne réside plus que dans quelques grandes âmes cosmopolites, qui franchissent les barrières imaginaires qui séparent les peuples, et qui, à l’exemple de l’être souverain qui les a créés, embrassent tout le genre humain dans leur bienveillance [4]  Rousseau, Discours sur l’origine de l’inégalité [1755],... [4] ». Dans le deuxième texte, Rousseau invite à se défier de « ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux [5]  Rousseau, Emile [1762], Paris, Garnier Flammarion,... [5] ».

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Diderot consacre un article au cosmopolite dans l’Encyclopédie tandis que Kaunitz en fait le titre de sa revue.

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Le terme est mentionné dans les dictionnaires de Trévoux et de l’Académie. Dans l’édition de 1762 de ce dernier, le cosmopolite est celui qui, n’adoptant point de patrie, n’est pas un bon citoyen. Dans celle de 1798, le cosmopolite est devenu citoyen du monde. « Il se dit de celui qui n’adopte point de patrie. Un cosmopolite regarde l’univers comme sa patrie [6]  Ces définitions ne sont pas propres à la France, on... [6] ». On ne peut que souligner l’évolution du sens du terme, et partant le relâchement de la tension entre l’« ici » et l’« ailleurs » sans pour autant en supprimer l’ambivalence.

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Si l’on s’arrête brièvement sur le terme « cosmopolitisme », on repère là encore un caractère ambivalent, mais surtout on ne peut qu’être frappé par l’association du cosmopolitisme et d’une quête de la paix. A titre d’exemple, l’on pourrait, d’un côté, associer le cosmopolitisme à l’émergence de l’esprit laïc constitutif d’une cité terrestre des hommes et Marsile de Padoue en serait la figure, pour qui « l’université des citoyens » dont la nature est « pacifique et tranquille », s’inscrit en opposition à l’Eglise [7]  Marsile de Padoue, Defensor Pacis, 1324, I, C, XVII... [7] . D’un autre côté, Erasme, qui affirmait qu’il n’avait « pas beaucoup plus d’inclination pour un pays plutôt que pour un autre, mais l’univers tout entier me [lui] tenait lieu personnellement de patrie [8]  Lettre à Francesco Vergara, citée par Jean-Claude Margolin,... [8] » —, semble envisager une république, à venir, constitutive de l’unité et de la paix chrétiennes.

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A l’écart d’une référence explicite à la cité des hommes ou à celle de Dieu, le cosmopolitisme se réfère aussi à un genre particulier de co-citoyenneté, celui de la République des lettres [9]  Il ne convient pas ici de prendre en compte « l’aristocratie... [9] où, là encore, le souci de la paix est présent. Cette « République » qui, de la Renaissance à la fin du XVIIIe siècle, constitue un ensemble dénué de frontières politiques et religieuses, est ainsi présentée par Bayle, dans son Dictionnaire historique et critique : « Cette République est un Etat extrêmement libre. On n’y reconnaît que l’empire de la vérité et de la raison, et sous leurs auspices, on fait la guerre innocemment à qui que ce soit ». Quoique les conflits surgissent au sein de cette république, plusieurs de ses membres souhaitent la paix des Etats afin de faciliter la poursuite de leurs travaux. La recherche de la paix et de la concorde occupe bon nombre de républicains des lettres. Et l’on ne peut qu’être frappé par les plans de paix dont les approches sont fort différentes, mais qui semblent dessiner les contours d’une préoccupation largement partagée. L’un des plus précoces projets, plus marqués par l’européanisme que par le cosmopolitisme, serait, en 1670, le « plan d’union européenne » de Leibniz, mais l’on songe aussi à Towards the Present and Future Peace of Europe publié en 1692 par William Penn, poursuivi par le Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe de l’abbé de Saint-Pierre en 1713, au Jugement sur la paix perpétuelle de Rousseau en 1760, ou bien encore au Plan pour une paix universelle et perpétuelle qui figure dans Les principes de droit international, ouvrage publié par Jeremy Bentham en 1789.

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L’irruption du moment révolutionnaire complique la notion de cosmopolitisme. En effet, « les représentants du peuple français » consacrent, à la fois, dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, l’universalisme du genre humain, mais aussi l’appartenance citoyenne à une nation. En rapprochant ainsi l’« ailleurs » et l’« ici », le monde et la France, il semblerait qu’ils contribuent au relâchement de la tension précédemment mentionnée, mais sans en gommer l’ambivalence. N’est-on pas fondé à se demander si, de cette déclaration inaugurale, ne découlent pas les décisions ultérieures de l’assemblée telles celles de renoncer à la guerre contre la liberté des peuples [10]  Cf.décret du 2 mai1790 : « La Nation française renonce... [10] , d’accorder la citoyenneté française à des étrangers [11]  Cf.décret du 26 août 1792 dont le 2e alinéa dispose... [11] et d’accorder fraternité et secours aux peuples étrangers [12]  Dans sa séance du 19 novembre 1792, à la suite d’une... [12] ? Ce rapprochement entre la Nation ou la patrie et l’universalisme du genre humain, eu égard aux circonstances, finira par être insupportable pour bon nombre d’acteurs révolutionnaires dont Robespierre.

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Et c’est précisément ce dernier qui accusa Clootz de préférer le genre humain au peuple français. Peut-on être patriote et étranger demanda, en substance, Robespierre [13]  Robespierre se prononce ainsi dans son discours à la... [13] ?

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Il faut attendre plusieurs décennies pour que l’émergence de l’internationalisme opère un déplacement qui transforme la relation entre nation et universalisme du genre humain, et tende à incarner différemment ce dernier selon le chant d’Eugène Pottier, ce qui ouvre de nouvelles formes aux perspectives cosmopolitiques.

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Revenons au moment révolutionnaire. C’est dans ce contexte qui rapproche à l’extrême le genre humain et la nation que Clootz, qui vivait depuis longtemps en France, mais n’était pas encore citoyen français, procède véritablement à la figuration de ce rapprochement. Il accompagne, en effet, ce qu’il nomme une députation du genre humain [14]  Michelet, Histoire de la Révolution française, Paris,... [14] au sein de l’Assemblée nationale le 19 juin 1790 au milieu des acclamations. Le Moniteur, dans son édition du 21 juin, note que la députation [15]  Cette députation fait l’objet d’une présentation détaillée... [15] était composée « d’Anglais, de Prussiens, de Siciliens, de Hollandais, de Russes, de Polonais, d’Allemands, de Suédois, d’Italiens, d’Espagnols, de Brabançons, de Liégeois, d’Avignonnais, de Suisses, de Genevois, d’Indiens, d’Arabes, de Chaldéens » demandant à participer à la fête de la Fédération, ce qui leur fut accordé.

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Quelques courts extraits ont été puisés dans les nombreux écrits de Clootz (articles, discours, brochures, brefs ouvrages), ils tendent à rendre compte de ses conceptions du cosmopolitisme durant le moment révolutionnaire. Les extraits proposés sont répartis selon trois approches : la constitution du genre humain, l’établissement de la République universelle et la quête de la paix.

La constitution du genre humain

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Texte 1 – Lettre à Stanhope qui dirige en Angleterre la Société de la Révolution

«Votre Société de la Révolution rend un service inappréciable à l’humanité, en apprenant aux Anglais à sympathiser avec les Français. La perversité des ministres a divisé ces deux peuples au moral comme le trident de Neptune les a divisés au physique. C’est à la philosophie de réparer les fautes des hommes et des dieux. Prêchons la constitution française sur les toits, et nos prosélytes nombreux attesteront à la terre que le règne du mensonge est passé. Les apôtres du bonheur public lutteront avec succès contre les apôtres du malheur public. La France par son étendue et sa position et le caractère de ses habitants et l’universalité de sa langue, délivrera incessamment le continent du joug politique. On nous menace d’une coalition infernale. Menace absurde. La guerre serait plus nuisible aux tyrans qu’à la paix. Nous distribuerions à nos soldats autant de brochures que de cartouches ; et la Déclaration des droits de l’homme serait un des principaux articles de nos munitions de guerre. Les prisonniers que nous ferons et les prisonniers qu’on nous fera, serviront également à la propagation de notre doctrine. Nos provinces allemandes convertiront les Allemands ; nos provinces flamandes, italiennes, suisses, espagnoles, feront tomber le bandeau aristocratique aux peuples voisins. Le Roussillon, la Navarre, la Corse, la Provence, le Dauphiné, la Franche-Comté, l’Alsace, les Ardennes et le département du Nord, sont désignés par le doigt de Dieu, pour le châtiment des magistratures usurpées. [16]  Anacharsis Clootz, Ecrits révolutionnaires, Paris,... [16] »

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Texte 2 – L’Orateur du genre humain, mars 1791

« Toutes les nations peuvent dire : nous ne sommes rien par nous-mêmes, nous brouterions l’herbe sans les étrangers. Nos impertinents raisonneurs blâmeraient-ils la fameuse ambassade des Romains qui demanda au peuple d’Athènes la communication des lois de Solon ? Ignorent-ils que les Grecs n’éclairèrent Rome qu’après avoir été à l’école des Egyptiens, et que les Indiens furent les instituteurs de l’Egypte ? Que ne devons-nous pas aux savants Arabes et aux émigrants du bas Empire ? [17]  Ibid., p. 143. [17] »

[...]

« Peuples morcelés et subjugués, mettez votre confiance dans la France, et armez-vous de la défiance contre les monarques ; vous éprouverez les effets salutaires de l’attraction d’un nouveau soleil qui se lève pour ne se coucher jamais. Aucune comète malfaisante ne brisera son disque, mais son disque engloutira toutes les comètes. Peuples tyrannisés, ne perdez pas de vue les principales époques de la régénération française ; portez vos regards sur le 19 juin, et que la harangue de l’Orateur du genre humain [18]  C’est le qualificatif que s’est donné Clootz. [18] soit toujours présente à votre mémoire. [19]  Anacharsis Clootz, Ecrits révolutionnaires, op. cit.,... [19] »

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Texte 3 – Adresse aux Français, 22 mai 1792

« Lorsque les colons de la France ne connaissaient que leur lieu natal, ils criaient “Vive Pontoise, vive Paris !”. Lorsqu’ils étaient parqués en trois ordres, ils criaient “Vive le Tiers-Etat !”. Nous sommes hommes maintenant, crions donc “Vive le genre humain !”. On conviendra que toute autre formule est étroite, mesquine, inconséquente, injurieuse aux nations qui vont s’unir avec nous pour briser le joug de la tyrannie universelle. Français vous êtes les déclarateurs des droits de l’homme, soyez conséquents ; tous les sceptres tomberont par terre, si, à l’appui de puissance, nous faisons retentir le ciel du cri tyrannifuge de “Vive le genre humain”. [20]  Ibid., p. 349. [20] »

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Texte 4 – La République universelle ou Adresse aux tyrannicides [1793]

« Je recueille avec soin toutes les objections contre mon système philanthropique, et aucune, jusqu’à présent, ne saurait en ébranler la moindre colonne. On a voulu m’objecter la différence des climats, comme un obstacle à la liberté du globe ; mais l’expérience de Boston et de Charleston, mais le patriotisme des Indiens de Pondichéry, des Africains de Bourbon, des Américains de Saint-Domingue ; mais l’indépendance des Noirs dans les montagnes bleues de la Jamaïque et dans les forêts épaisses de la Guyane ; mais la voix de la nature qui prêche la liberté à l’Iroquois et au Samoyède, tous les faits historiques, tous les voyages philosophiques déposent en faveur de notre instinct pour la liberté. [21]  Ibid., p. 247. [21] »

[...]

« Hommes de tous les climats, une vérité-mère doit vous être continuellement présente à l’esprit, c’est que la Révolution de France est le commencement de la révolution du monde. Tant que nous aurons des voisins, et des armées, et des forteresses, notre existence sera précaire et incertaine, nous éprouverons de violents orages. Enfants généreux et braves de la nature libérale, songez que le but de notre association se réduit simplement à la conservation individuelle et commune de la liberté, de la propriété, de la sûreté. Brisez donc les moules de la tyrannie, rendez au souverain unique sa dignité première, et vous assurerez à jamais le bonheur de la France et de l’Univers. [22]  Ibid., p. 266. [22] »

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Texte 5 – Bases constitutionnelles de la République du genre humain, 26 avril 1793

« Les attributs d’une divinité fantastique appartiennent réellement à la divinité politique. J’ai dit, et je le répète, que le genre humain est Dieu, les aristocrates sont des athées. C’est le genre humain régénéré que j’avais en vue, lorsque j’ai parlé du Peuple-Dieu dont la France est le berceau et le point de ralliement. La souveraineté réside essentiellement dans le genre humain entier ; elle est une, indivisible, imprescriptible, immuable, inaliénable, impérissable, illimitée, absolue, sans bornes et toute-puissante ; par conséquent deux peuples ne sauraient être souverains, car, en se réunissant, il ne reste plus qu’un seul souverain indivisible. [23]  Anacharsis Clootz, op. cit., p. 476. Devenu député... [23] »

[...]

« Les dénominations de français et d’universel vont devenir synonymes. [24]  Ibid., p. 481. [24] »

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Selon Clootz, pour qui « l’Etranger [est] une expression barbare », l’union des êtres humains « de tous les climats » prend une nouvelle orientation grâce à la Déclaration des droits, elle donne force au genre humain, qualifié de divin, pour désormais vivre autrement : en conservant la liberté, mais en se séparant du joug politique. Dans cette perspective, il lance un appel.

Appel à l’établissement de la République universelle [25]  Cette formulation avait été utilisée par le Suisse... [25] ou « République des individus-unis [26]  Anacharsis Clootz, op. cit., p. 422. [26] »

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Texte 6 – Défi aux académies royale, impériale et gothique, 8 août 1792

« L’invention de la boussole a poussé les Européens sur toutes les mers, elle nous fait régner sur les deux Indes. Le trône de Montezuma et le sceptre des Incas sont transportés dans la Bétique. Les descendants des Bataves et des Bretons, après avoir secoué le joug du vaste Empire romain et de la vaste Eglise romaine, ont actuellement des forces navales, des troupes de ligne, des places à la Vauban, aux extrémités du monde. Amsterdam et Londres font la guerre sur le Gange et dans la Cochinchine. Le siège de Calais ou de Bergen-op-Zoom est plus difficile que la prise de Delhi ou de Seringapatam. Et ces merveilles lointaines s’opèrent malgré nos rivalités intestines, malgré l’anarchie féodale qui nous énerve, malgré les vexations qui nous font détester par-delà les tropiques. L’influence de l’Europe sur le reste du monde sera irrésistible lorsque l’étendard de la paix et de la liberté flottera depuis Pétersbourg jusqu’à Lisbonne. Accordez-moi la république européenne et j’aurai bientôt la république de l’univers. J.-J. Rousseau écrivait à un peuple du Nord : “Ne soyez ni Russes ni Allemands, soyez Polonais.” Cette maxime de Moïse et de Lycurge pouvait se répéter avant l’indépendance de l’Amérique et de la France ; mais le pacifique Rousseau désapprouverait maintenant ceux qui regimbent contre une maxime mieux fondée et plus humaine : “Ni Français, ni Anglais, ni Européens, ni Américains, soyons hommes et citoyens du monde.” [27]  Ibid., p. 381. [27] »

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Texte 7 – Aux habitants des Bouches-du-Rhin, 10 décembre 1792

« Aucun peuple ne veut appartenir à un autre peuple ; mais tous les hommes, depuis le cap Horn jusqu’au Kamchatka, depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu’au Spitzberg, voudront appartenir à une loi commune. Les Français ne veulent pas être Bourguignons, les Européens ne veulent pas être Français, les cosmopolites ne veulent pas être Européens. Eh bien, la République universelle mettra tout le monde d’accord ! Aussi les déclarateurs des droits de l’homme sont-ils en contradiction avec eux-mêmes, en se servant de la fausse et préjudiciable dénomination de République française. [28]  Ibid., p. 443. [28] »

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Texte 8 – La République universelle ou Adresse aux tyrannicides [1793]

« Je défie de me montrer un seul article de notre Déclaration des droits qui ne soit pas applicable à tous les hommes à tous les climats. [...] C’est sur les débris de tous les trônes que nous bâtirons l’édifice de la République universelle. [...] Nombre d’écrivains politiques ont présenté des projets de paix perpétuelle, de confédérations d’Etats, de nations ; mais aucun homme ne s’est élevé au véritable principe de l’unité souveraine de la confédération individuelle. Combien de faux raisonnements ne s’épargnerait-on pas dans l’Assemblée nationale, si l’on posait pour base de toutes les délibérations diplomatiques que le souverain est unique comme le genre humain ? Nos conquêtes rapides seraient chaque jour une nouvelle application à la Déclaration des droits de l’homme : conquêtes où il n’y aurait de vaincus que les tyrans, et de victorieux que la liberté. Des auteurs anglais ont proposé à l’Europe une organisation américaine ; mais cette mesure est un monstre à côté de mon système, fondé sur la nature humaine, sur le jeu et le choc de nos passions. L’union des masses, des êtres moraux, est aussi fragile en politique que l’union des individus, des êtres physiques, est solide en politique. La loi est toute-puissante avec mon régime, elle est très précaire sous tout autre régime. Voulez-vous un indice de la bonté de mes principes ? Voyez tous les citoyens du monde les adopter avec respect, et tous les aristocrates du monde les rejeter avec dédain. C’est du lait pour les amants de la liberté, c’est du poison pour les fauteurs de la tyrannie. Ou la liberté constitutionnelle est une chimère, ou chaque individu est aussi libre à l’extrême frontière que dans le centre de l’empire. [29]  Ibid., pp. 258-259. [29] »

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Texte 9 – Adresse aux sans-culottes bataves, 5 octobre 1793

« Nous apprendrons à nos voisins qu’une vaste République est comme une société d’assurance contre les incendies, les inondations, les invasions, les ouragans physiques et politiques. Plus cette République s’agrandit, et plus les citoyens malheureux sont assurés d’une indemnité qui ne coûte presque rien à personne. Il y aura beaucoup de contribuables et peu de contributions. [30]  Ibid., p. 613. [30] »

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On observe, tout d’abord, que dans l’élaboration de son projet de République universelle, Clootz perçoit dans le rapprochement effectué par la Déclaration des droits entre l’« ailleurs » et l’« ici », non pas une simple ambivalence, mais une contradiction qui le conduit à accorder un statut supérieur à l’« ailleurs ». L’union des individus dans une République universelle signifie, selon Clootz, la victoire, irrésistible, de la liberté et est en mesure de réaliser ce que les projets de paix perpétuelle ne pouvaient atteindre.

Vers la paix sociale

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Clootz critique ceux qui considèrent « que la guerre est nécessaire de temps en temps ; qu’il faut des saignées au genre humain comme au corps humain [31]  Ibid., p. 426. [31] ». La guerre ne peut être envisagée que pour atteindre la paix : « C’est parce que je veux la paix que je demande la guerre [32]  Anacharsis Clootz, Discours à la Société des Amis de... [32] » affirme Clootz qui, en quelque sorte, opère une distinction entre la guerre de libération et celle de conquête.

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Texte 10 – L’Orateur du genre humain, mars 1791

« La métropole du monde libre, le point de ralliement du cosmopolite, veillera, ainsi que le moindre hameau, sur le maintien de l’universalité, sans laquelle point de paix permanente parmi les hommes. [...] Rome fut la métropole du monde par la guerre ; Paris sera la métropole du monde par la paix. [...] Une constitution inébranlable par sa base, et qui ne connaît ni sujets, ni alliés, ni provinces, ni colonies, ni Blancs, ni Noirs, ni blonds, ni bruns, ni bourgeois ni paysans, ni catholiques ni non catholiques, ni ennemis ni étrangers, doit durer éternellement. [33]  Anacharsis Clootz, op. cit., pp. 156-157. [33] »

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Texte 11 – Discours prononcé à l’Assemblée nationale, 21 avril 1792

« Les tyrans apprendront, avec effroi, que les citoyens de la France et les citoyens du monde se disposent aux plus grands sacrifices pour le succès d’une cause qui intéresse vivement tous les hommes. Oui, nous saurons nous réduire à une nourriture grossière, à la sauce noire des Spartiates, pour soutenir une guerre qui sera suivie de la paix perpétuelle. [34]  Ibid., p. 338. [34] »

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Texte 12 – Discours prononcé à l’Assemblée nationale, 9 septembre 1792

« Déclarez authentiquement que la souveraineté est le patrimoine commun et solidaire de la totalité des hommes, de la NATION UNIQUE. Cette latitude est d’autant plus naturelle qu’aucun de nos articles de la Déclaration des droits ne s’adapte à la France exclusivement. Les principes éternels ne se mesurent pas sur des noms fugitifs, sur des localités éphémères, sur des rivalités homicides. Les Français, les Anglais, les Allemands et tous les membres du souverain perdront leur étiquette gothique, leur isolement barbare, leur indépendance respective, contentieuse, belligérante, ruineuse ; ils perdront, dis-je, le souvenir de tous les maux politiques, dans la fraternité universelle, dans l’immense cité de Philadelphie. La nature, plus puissante que les hommes dénaturés, nous ramène impérieusement à l’arbitrage de la famille humaine ; et cette famille est unique comme la nature.

Le premier peuple voisin qui s’amalgamera avec nous donnera le signal de la confédération universelle. La fallacieuse bascule des tyrans sera rompue brusquement. Les circonstances nous pressent : occupons-nous de la solution d’un grand problème. Nous trouverons dans la nation unique le plus grand gouvernement possible, avec le moins de dépense possible. Les humains, débarrassés de leurs fers, nous demanderons conseil ; nous les détournerons de la fédération précaire des masses, en les invitant à la fédération salutaire des individus. Il n’y a qu’un océan, il n’y aura qu’une NATION. Législateurs, décrétez le principe ; les conséquences en découleront comme des fleuves de lait et de miel. Ce principe est si fécond, si heureux ; il est si conforme aux espérances, aux intérêts de la majorité humaine, que nous risquerions d’allumer une guerre sociale, en refusant l’affiliation des communes soi-disant étrangères. L’univers a voulu être romain malgré sa tyrannie : l’univers voudra être libre avec la France et sa Déclaration des droits. Au lieu d’une guerre sociale, nous aurons une paix sociale. La République universelle des Français fera des progrès plus rapides et plus heureux que l’Eglise universelle des chrétiens. La catholicité d’un principe éternel l’emportera sur la catholicité d’un catéchisme sacerdotal. [35]  Ibid., pp. 392-393. [35] »

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Texte 13 – Bases constitutionnelles de la République du genre humain, 26 avril 1793

« Les peuples sont nécessairement méchants : le genre humain est essentiellement bon. [...] La République du genre humain n’aura jamais de dispute avec personne. [36]  Ibid., p. 481-482. [36] »

[...]

« Nivelez la république sans aucune exception, subordonnez les hommes aux choses, les fonctionnaires à la fonction, les individus à la masse, la société à la loi. Notre édifice constitutionnel sera d’autant plus accessible et solide, qu’il n’aura qu’un rez-de-chaussée ; personne ne sera tenté de monter en haut. [37]  Ibid., p. 491. [37] »

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C’est du « point de ralliement du cosmopolite » — Paris — que, selon Clootz, pourra être donnée l’impulsion à l’établissement de la République universelle, égalitaire et pacifique qui, incarnant la véritable catholicité, l’emportera sur l’Eglise, permettra d’oublier les maux politiques et éclairera la bonté du genre humain.

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Les propos de Clootz sont à la mesure de l’enthousiasme suscité par le moment révolutionnaire [38]  Son attachement à la Commune de Paris et à « la sainte... [38] . A les lire, l’expérience de la liberté doit conduire à l’embrasement du genre humain qui permet d’associer l’universalité de la liberté à l’universalité de la République et de garantir ainsi la fin, non seulement de la guerre, mais aussi de toute discorde. Cet « instinct » pour la liberté prime et le mène à reléguer, voire à négliger, la multitude de traits particuliers qui distinguent les « individus ». Le cosmopolitisme de Clootz est en quelque sorte absorbé par un universalisme qui gomme toute référence politique et est principalement fondé sur la « déclaration des droits de l’homme » — et il convient d’ajouter qu’il ne mentionne pas le terme de « citoyen ».

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A cet égard, les propos de Clootz ne font que très faiblement écho à ceux de Kant qui, pourtant, partage avec lui l’intérêt pour la liberté. Lisant notamment l’ouvrage de Kant publié en 1784 — Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique, Françoise Proust [39]  Françoise Proust dans l’introduction à Kant, Vers la... [39] écrit que « le cosmopolitisme ne consiste plus, depuis et grâce à Kant, à n’être citoyen d’aucun Etat à la manière stoïcienne sous prétexte que les préjugés et les coutumes de son pays empêcheraient de penser rationnellement et librement. Cela ne signifie plus, non plus, comme le pense encore le XVIIIe siècle, à être habitant du monde et philanthrope, à goûter le commerce des mœurs et des coutumes étrangères et à se sentir chez soi en n’importe quel point du vaste théâtre du monde. [...] Le cosmopolitisme n’est pas le commerce des idées et des biens. [...] Le cosmopolitisme exige d’être sensible à tout ce qui arrive dans le monde et au monde, à l’apparition de la liberté du et dans le monde. [...] Le cosmopolitisme est un principe politique qui détermine l’intérêt pris, voire la participation au sort de la liberté des peuples et des Etats. Il ne se confond [...] pas avec l’exigence d’entrer dans une confédération d’Etats républicains. Il est un principe latéral et transversal qui noue les citoyens de chaque Etat autour de l’expérience de la liberté et qui en fait les citoyens d’un monde possible, d’un monde virtuellement présent. »

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Si l’intérêt pour la liberté est manifeste chez Clootz, en revanche le dépassement du cosmopolitisme par un universalisme et l’appel à l’établissement d’une République universelle l’éloigne des conceptions kantiennes. Aussi, le portrait que dresse Françoise Proust du citoyen du monde correspond partiellement à celui de Clootz : « Ce n’est pas l’homme apatride ou acosmique, le voyageur universel qui se moque des frontières comme de la possession (ou de la privation) des droits garantis par un Etat. Il n’est pas non plus, le citoyen d’un Etat mondial fût-il républicain, le sujet des droits dits de l’homme universel. Il est un être public, attentif aux expériences publiques de liberté dans le monde, et sa conscience cosmopolite s’intensifie et s’élargit lorsqu’elle prend part, voire prend parti, aux expériences républicaines dans le monde [40]  Ibid., p. 38. [40] ». On le voit, l’importance accordée par Clootz à la République universelle, le statut fondamental accordé aux droits de l’homme, le distinguent du citoyen du monde kantien lu par Françoise Proust. De surcroît, la quête de la paix si présente chez Clootz l’éloigne encore de la « paix armée » propre à l’état de liberté kantien qui fait aussi place à l’insociable sociabilité de l’être humain.

32

Opérer ces distinctions ne constitue pas une simple confrontation intellectuelle susceptible de souligner les limites de la République universelle promue par Clootz, elles annoncent d’une certaine manière, les raisons des violentes critiques, des accusations même, qui lui sont adressées par des acteurs révolutionnaires et non des moindres. Il est probable que la familiarité de Clootz avec le cosmopolitisme de l’Ancien Régime ne lui permet pas de saisir pleinement les effets de l’événement révolutionnaire sur le cosmopolitisme lui-même. Clootz aspirait à être « le citoyen d’un Etat mondial » et c’est ce qui lui valu sa condamnation par Robespierre [41]  Depuis longtemps déjà Robespierre ne partageait pas... [41] . Clootz était accusé de ne pouvoir être le défenseur du peuple français puisqu’il défendait le genre humain. Si la lutte contre les factions de l’étranger anime Robespierre quand il affirme : « Citoyens, mettons-nous en garde contre les étrangers qui veulent paraître plus patriotes que les Français eux-mêmes. Clootz, tu passes ta vie avec nos ennemis, avec les agents et les puissances étrangères. Comme eux, tu es un traître qu’il faut surveiller [42]  Voir Michelet, Histoire de la Révolution française,... [42] », c’est aussi la tension entre l’« ici » et l’« ailleurs » qui réapparaît.

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Sans souscrire aux pratiques d’épuration auxquelles se livre alors Robespierre, on peut réfléchir avec Quinet à l’opposition entre l’« ici » et l’« ailleurs », entre la nation et le genre humain. Quelques décennies plus tard, en 1840, le futur auteur de La Révolution, écrit : « Quelques-uns, mettant d’un côté la France et de l’autre le monde, se font je ne sais quel devoir d’immoler leur pays à un fantôme qu’ils appellent humanité, comme si cette distinction existait ailleurs que dans leur esprit, comme si leur pays ne faisait pas aussi bien que toutes les autres parties vivantes du genre humain. Je suppose qu’en vertu de ce principe, chaque nation voulût ainsi s’atténuer, s’effacer, s’humilier, au lieu de se développer selon toute l’énergie de ses forces naturelles, que deviendrait la véritable humanité, qui n’est rien autre chose que le résultat de l’émulation de tous ?

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Elle s’atténuerait de la même proportion, et le sublime de cette théorie serait atteint, lorsque tous les peuples se retirant, s’abaissant, fuyant l’un devant l’autre, cette humanité dont ils parlent ne serait plus qu’un grand néant, engendré par la peur et le sophisme [43]  Edgar Quinet, Avertissement au pays, 25 décembre 1840.... [43] ».

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La finesse d’analyse de Quinet sur cette question résulte vraisemblablement du fait, qu’à cette date, il travaillait déjà sur Les Révolutions d’Italie. Au XVe siècle, écrira-t-il, « l’esprit des Etats politiques, c’était la nationalité, l’esprit de la papauté, le cosmopolitisme. Dans l’antiquité, chaque Etat se faisant le centre unique de toute vie sociale, cette question n’existait pas. De nos jours, elle existe théoriquement ; mais la grandeur comme la ruine de l’Italie est d’avoir vécu sur ce problème, laissant en présence deux souverainetés, la cité et l’Eglise, qui représentent officiellement la patrie et le monde [44]  Edgar Quinet, Œuvres complètes, tome IV, Les Révolutions... [44] ».

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De cette opposition entre « la patrie et le monde », entre l’« ici » et l’« ailleurs », naissent, selon Quinet, le génie — notamment artistique — de l’humanité et l’ensevelissement de l’Italie. Ainsi, l’Italie « apprenait à cette école à s’occuper des affaires du genre humain en oubliant les siennes [45]  Ibid., p. 234. [45] ». Là encore, le cosmopolitisme est associé à la paix : « pendant que le reste de l’Europe ne vivait que de la guerre, l’Italie, comme on le dit aujourd’hui, désarme. Cette opinion que quelques esprits ont cherché à faire prévaloir de nos jours, que la guerre est un legs de la barbarie, que le temps en est fini, que la pensée toute seule doit désormais combattre, ce sentiment est embrassé prématurément par les Italiens [46]  Ibid. [46] ».

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L’abandon de la patrie du fait de la mainmise de l’Eglise fut, selon Quinet, particulièrement néfaste à l’Italie et il considère que l’expérience italienne vaut « avertissement à ceux qui seraient tentés d’engager leur pays dans un système purement cosmopolite. Tout peuple doit subir l’attraction de l’humanité, mais il doit aussi réagir sur elle ; et qui veut se soustraire à l’une de ces conditions, se condamne lui-même à périr [47]  Ibid., p. 237. [47] ». Il n’importe pas ici de s’arrêter sur le rôle de l’Eglise, mais plutôt de souligner, avec Quinet, la nécessité du maintien de la tension entre l’« ici » et l’« ailleurs ».

Notes

[1]

Il ne fut pas le seul à aborder le sujet. Paine dans Les Droits de l’homme ou Volney qui remit à la Constituante, en septembre 1791, un exemplaire de son ouvrage Les Ruines (voir notamment les chapitres XIII et XIX), s’y intéressèrent également.

[2]

Paul Hazard, « Cosmopolite » in Mélanges Baldensperger [1930], Genève, Slatkine, 1972. Le mot apparaît dans le titre d’un ouvrage de Guillaume Postel paru en 1560 De la République des Turcs et là où l’occasion s’offrira des mœurs et des lois de tout muamédiste par Guillaume Postel, cosmopolite. Première occurrence du terme cosmopolite associé dans l’ouvrage à la concorde et à la paix.

[3]

Paul Hazard, « Cosmopolite », op. cit., p. 357.

[4]

Rousseau, Discours sur l’origine de l’inégalité [1755], Paris, Garnier Flammarion, 1971, p. 220

[5]

Rousseau, Emile [1762], Paris, Garnier Flammarion, 1966, Livre I, p. 39.

[6]

Ces définitions ne sont pas propres à la France, on les retrouve dans d’autres dictionnaires européens.

[7]

Marsile de Padoue, Defensor Pacis, 1324, I, C, XVII et II, C, XXVIII.

[8]

Lettre à Francesco Vergara, citée par Jean-Claude Margolin, Erasme : une abeille laborieuse, Caen, Paradigme, 1993, p. 304. Voir aussi la lettre à Guillaume Budé du 28 octobre 1516 et celle adressée à Louis Ruzé le 19 mars 1519 ainsi que Querella pacis, ouvrage publié en 1517.

[9]

Il ne convient pas ici de prendre en compte « l’aristocratie cosmopolite » qui « n’a pas pu, ni même voulu infléchir le cours de l’histoire » selon les propos de René Pomeau, L’Europe des Lumières, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », p. 240.

[10]

Cf.décret du 2 mai1790 : « La Nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes et elle n’emploiera jamais ses forces contre la liberté d’aucun peuple. »

[11]

Cf.décret du 26 août 1792 dont le 2e alinéa dispose que « si cinq ans de domicile en France suffisent pour obtenir à un étranger le titre de citoyen français, ce titre est bien plus justement dû à ceux qui, quel que soit le sol qu’ils habitent, ont consacré leurs bras et leurs veilles à défendre la cause des peuples contre le despotisme des rois, à bannir les préjugés de la terre, et à reculer les bornes de la connaissance humaine ». Sont notamment concernés Priestley, Paine, Bentham, Pestalozzi, Washington, Hamilton, Madison, Clarkson, Klopstock, Schiller, Kosciusko et Clootz.

[12]

Dans sa séance du 19 novembre 1792, à la suite d’une demande de protection formulée par des habitants du duché de Luxembourg, de Darmstadt et de Mayence, la Convention nationale « déclare au nom de la nation française, qu’elle accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront retrouver leur liberté, et charge le pouvoir exécutif de donner aux généraux les ordres nécessaires pour porter secours à ces peuples et défendre les citoyens qui auraient été vexés ou qui pourraient l’être pour la cause de la liberté ».

[13]

Robespierre se prononce ainsi dans son discours à la Convention sur le gouvernement révolutionnaire le 5 nivôse an II (25 décembre 1793) : « Rien ne ressemble plus à l’apôtre du fédéralisme que le prédicateur intempestif de la République une et universelle. L’ami des rois et le procureur général du genre humain s’entendent assez bien. Le fanatique couvert de scapulaires, et le fanatique qui prêche l’athéisme, ont entre eux beaucoup de rapports. Les barons démocrates sont les frères des marquis de Coblence ; et quelquefois les bonnets rouges sont plus voisins des talons rouges qu’on ne pourrait le penser ».

[14]

Michelet, Histoire de la Révolution française, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1952, tome I, p. 421.

[15]

Cette députation fait l’objet d’une présentation détaillée dans l’ouvrage de Georges Avenel, Anacharsis Cloots [sic], Paris, Librairie internationale, 1865, tome I, pp. 179-182.

[16]

Anacharsis Clootz, Ecrits révolutionnaires, Paris, Champ libre, 1979, p. 59.

[17]

Ibid., p. 143.

[18]

C’est le qualificatif que s’est donné Clootz.

[19]

Anacharsis Clootz, Ecrits révolutionnaires, op. cit., p. 151.

[20]

Ibid., p. 349.

[21]

Ibid., p. 247.

[22]

Ibid., p. 266.

[23]

Anacharsis Clootz, op. cit., p. 476. Devenu député de l’Oise, Clootz fut chargé avec d’autres Conventionnels, de préparer un projet de constitution.

[24]

Ibid., p. 481.

[25]

Cette formulation avait été utilisée par le Suisse Reinser (1729-1811) qui publie La République universelle ou l’Humanité ailée, en1788. Selon Reinser qui rend hommage à Rousseau et aux droits de l’homme, les déplacements aériens permettront aux hommes de se réunir dans une république universelle qui aura supprimé les frontières.

[26]

Anacharsis Clootz, op. cit., p. 422.

[27]

Ibid., p. 381.

[28]

Ibid., p. 443.

[29]

Ibid., pp. 258-259.

[30]

Ibid., p. 613.

[31]

Ibid., p. 426.

[32]

Anacharsis Clootz, Discours à la Société des Amis de la Constitution, 1er janvier 1792, op. cit., p. 233. Il s’agit d’une reprise de la déclaration qu’il fit auprès de la Constituante le 13 décembre précédent.

[33]

Anacharsis Clootz, op. cit., pp. 156-157.

[34]

Ibid., p. 338.

[35]

Ibid., pp. 392-393.

[36]

Ibid., p. 481-482.

[37]

Ibid., p. 491.

[38]

Son attachement à la Commune de Paris et à « la sainte sans-culotterie » n’est guère perceptible dans ces extraits consacrés au cosmopolitisme. Georges Avenel en rend compte dans son ouvrage déjà cité.

[39]

Françoise Proust dans l’introduction à Kant, Vers la paix perpétuelle [1795] [et autres écrits], Paris, Garnier Flammarion, 1991, pp. 37-38.

[40]

Ibid., p. 38.

[41]

Depuis longtemps déjà Robespierre ne partageait pas les vues de Clootz. En réponse au discours que ce dernier avait tenu aux Jacobins en janvier 1792, Robespierre, un mois plus tard, dans la même enceinte lui reprochait son « effervescence philanthropique ».

[42]

Voir Michelet, Histoire de la Révolution française, op. cit., tome II, p. 1116, note 2, au sujet du discours prononcé par Robespierre à la Société des Jacobins le 12 décembre 1793. Clootz sera d’abord exclu de la Convention — ainsi que Thomas Paine, au motif qu’ils sont nés à l’étranger —, puis il sera incarcéré et guillotiné avec les hébertistes.

[43]

Edgar Quinet, Avertissement au pays, 25 décembre 1840. Cité par B. Pelloile, « L’Europe comme histoire, l’Europe comme roman » in Du cosmopolitique, sous la dir. de M. Delbraccio et B. Pelloile, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 179, note 50.

[44]

Edgar Quinet, Œuvres complètes, tome IV, Les Révolutions d’Italie [1848], 1857, Livre II, chapitre 1, p. 232.

[45]

Ibid., p. 234.

[46]

Ibid.

[47]

Ibid., p. 237.

Plan de l'article

  1. La constitution du genre humain
  2. Appel à l’établissement de la République universelle25 ou « République des individus-unis26 »
  3. Vers la paix sociale

Pour citer cet article

Kupiec Anne, « L'« ici » et l'« ailleurs » », Tumultes 1/ 2005 (n° 24), p. 27-45
URL : www.cairn.info/revue-tumultes-2005-1-page-27.htm.
DOI : 10.3917/tumu.024.0027

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