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S'inscrire Alertes e-mail - Archives Juives Cairn.info respecte votre vie privéeRetracer en quelques pages l’histoire de l’éducation juive chez les Éclaireurs israélites de France (EIF), c’est se placer d’abord et avant tout dans la perspective de l’évolution idéologique de ce mouvement[1] [1] Cette étude se base pour l’essentiel sur notre doctorat...
suite. En effet, la place de l’éducation juive comme son contenu ont évolué au fur et à mesure que se développait la compréhension interne du rôle de ce mouvement scout au sein de la communauté et de sa place dans les grands débats qui agitaient alors le monde juif. L’éducation juive telle qu’elle y est vécue, appliquée, transmise, est avant tout le reflet des préoccupations de ses meneurs, et est donc intrinsèquement liée à l’évolution des différentes équipes qui se succèdent à sa tête.
2 Dans les limites de cet article, il ne saurait être question de faire une revue exhaustive tant de cette évolution idéologique que de son reflet dans les activités pédagogiques proprement dites. C’est pourquoi, nous nous contenterons de brosser quelques-unes des étapes principales de cette mutation, que nous illustrerons par des exemples choisis dans la documentation[2] [2] Les références des dossiers que nous avons citées dans...
suite. Dans ce cadre, nous privilégierons essentiellement l’éducation juive telle qu’elle est perçue et vécue par les cadres du mouvement. De même, nous nous concentrerons essentiellement sur l’évolution des EI en France métropolitaine, l’aventure éducative des troupes d’Afrique du Nord méritant un article en soi.
3 Enfin, signalons d’ores et déjà que nous ne pourrons séparer totalement l’éducation juive de l’éducation scoute, tant les liens entre les deux aspects sont étroitement imbriqués dans le mouvement.
4 La naissance des Éclaireurs israélites de France s’inscrit dans le cadre du judaïsme français d’après la Grande Guerre, et, plus précisément, dans le cadre du judaïsme consistorial. Nombre de signes en témoignent, tels que l’influence du grand rabbin Liber au cours des premières années d’existence du mouvement, ou encore le fait que son fondateur, Robert Gamzon, est lui-même issu de ce milieu consistorial[3] [3] Rappelons en effet que Robert Gamzon était le petit-fils...
suite. Ce judaïsme est fortement imprégné d’un patriotisme[4] [4] Voir le livre de Philippe Landau, Les Juifs de France et...
suite dont les premiers pas des jeunes scouts juifs sont fortement teintés. La description de la cérémonie de la première Promesse[5] [5] Promesse : engagement solennel de respecter la Loi...
suite, symbole fort de l’éducation scoute, effectuée alors que la première patrouille[6] [6] Patrouille : équipe de base du groupe scout dans la...
suite fait encore partie du patronage de Liber, le BLE[7] [7] Abréviation de « Bousiers Lauréats des Écoles ». ...
suite, contient un certain nombre d’éléments qui méritent d’être soulignés :
Ce franco-judaïsme est parfaitement symbolisé par le drapeau français au centre de la synagogue, qui exprime la continuité entre les orientations idéologiques de la communauté juive en ce début du XXe siècle et le mouvement naissant des Éclaireurs israélites. Le texte de la promesse, également, exprime ce choix confessionnel fait par les premiers responsables du scoutisme juif. Il est frappant de constater comme sa formule « Servir Dieu, le Judaïsme et la France » est parallèle à celle des Scouts de France (SDF) qui s’engagent « à servir Dieu, l’Église et la patrie ». À la différence d’autres mouvements du scoutisme, ou même du modèle proposé par Baden-Powell[12] [12] Général anglais, surnommé BP (prononcer Bipi), fondateur...
suite, les EIF comme les SDF font donc intervenir un élément tiers, en dehors de Dieu et la patrie, ici « le Judaïsme »[13] [13] Voir le texte de ces différentes Promesses dans P. Laneyrie,...
suite. Il faut cependant signaler une différence fondamentale : le judaïsme ne comporte pas d’Église, c’est-à-dire un organisme centralisateur chargé de définir la théologie officielle. En s’éloignant peu à peu du giron consistorial, et alors que le besoin de préciser le contenu juif se fait sentir, les réponses vont prendre des directions moins classiques que celles des premières années, dont la cérémonie tenue à Versailles nous a donné un aperçu caractéristique.
5 Deux éléments d’éducation originaux apparaissent au début de cette deuxième période. L’un est véritablement révolutionnaire dans l’univers scout, et bien que nous ne puissions nous étendre plus avant sur ce sujet, il mérite d’être souligné. Il s’agit des premières activités mixtes, en l’occurrence entre cadres masculins et féminins du mouvement[14] [14] Sur ce sujet, qui fait des EIF des pionniers de l’éducation...
suite. L’autre concerne le principe éducatif le plus caractéristique de l’éducation juive des EIF, le principe du pluralisme, souvent connu sous le nom de son principe d’application, le « minimum commun ».
6 Si le groupe des jeunes boys-scouts israélites, issu de la petite et moyenne bourgeoisie juive parisienne, évolue dans ce sens, c’est tant sous l’influence de certaines personnalités comme le poète Edmond Fleg, qui deviendra plus tard le président du jeune mouvement, qu’en raison même de son succès. Les groupes locaux se développent et se multiplient ; le mouvement des EIF se trouve contraint, s’il veut conserver ce rythme d’expansion, d’intégrer en son sein des populations juives différentes : provinciaux, Juifs d’Afrique du Nord, Juifs immigrés, sionistes, non-religieux, etc. Retraçant les positions d’Edmond Fleg, Robert Gamzon écrit plus tard :
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8 Après bien des débats, des échanges et des expériences sur le terrain, et alors que l’association s’est transformée en Fédération de groupes scouts fin 1927, le Conseil national (CN) du mouvement adopte en 1932 un texte qui permet aux différentes identités juives représentées aux EI de se côtoyer et de vivre ensemble des expériences scoutes. Ce texte du « minimum commun » est à la fois célèbre, puisqu’il est censé aujourd’hui encore, soixante-dix ans plus tard, servir de texte de référence pour délimiter le pluralisme du mouvement, mais il reste également mal connu, chacun pensant y trouver ce qu’il désire y voir sans le connaître précisément. Aussi n’est-il pas inutile de le citer ici :
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10 Ce texte passionnant recèle un certain nombre de clés de compréhension des EIF du début des années trente et nous voudrions ici en expliciter deux. La première touche aux questions que se pose le mouvement au bout de dix ans d’existence et alors qu’il compte environ 1 500 membres. Au centre de ses interrogations se trouvent un idéal identitaire, une volonté de faire en sorte qu’un jeune scout juif reçoive une véritable éducation juive, bref que l’appartenance au judaïsme ne soit pas le prétexte pour faire du scoutisme, mais que la pratique du scoutisme permette une prise de conscience du fait d’être juif. Sur ce point, les débats puis les décisions du conseil national de Moosch[21] [21] Petite ville du Haut-Rhin, aux environs de Mulhouse, où...
suite viennent couronner une évolution déjà entamée depuis plusieurs années comme en témoigne par exemple le constat présenté lors de la première réunion du comité central qui suit le deuxième conseil national[22] [22] Réunion du 20 novembre 1930. Le comité central était...
suite, tenu fin 1930 :
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12 Deuxième point d’analyse, le contenu de ce « minimum commun » qui doit formaliser l’évolution vers le pluralisme. On constate qu’il est formé de deux strates. La première, idéologique, consiste à définir l’idéal juif du mouvement. Le judaïsme y apparaît sous deux facettes : l’une est celle de la religion, l’autre celle du sionisme, deux éléments présentés comme opposés l’un à l’autre. En effet, comme nous l’avons constaté plus haut, la religion est avant tout patriote, et cette époque est sans doute l’apogée du franco-judaïsme. Quant au sionisme de ce temps, c’est son courant socialiste laïque, alors dominant, qui en représente l’image essentielle.
13 L’autre partie des décisions du conseil national est opérationnelle. Comment, concrètement, permettre à ces deux visages de l’identité juive de voisiner dans les activités ? Sur ce plan, seule la question du niveau de pratique religieuse est posée. Elle est la seule, effectivement, à exiger des réponses très concrètes, le judaïsme religieux étant avant tout, pour reprendre l’expression d’André Neher, une orthopraxie. La pratique sioniste n’exige pas, quant à elle, de définir ainsi un compromis d’action, car il n’y a pas de Shoulhan Arouh[24] [24] Textuellement « La table dressée », nom du...
suite du sionisme.
14 Ce déséquilibre entre un idéal double et une définition pratique pour un unique domaine va avoir des conséquences particulièrement importantes : on retiendra du « minimum commun » son aspect religieux, puisqu’il est le seul à avoir été défini concrètement ; on oubliera peu à peu que le sionisme faisait partie du minimum commun éducatif des EIF.
15 Remarquons cependant qu’en choisissant de mettre l’accent sur le respect du Shabbat (et des fêtes) et sur les lois alimentaires, le « minimum commun » établi à Moosch formait la base indispensable permettant à des Juifs religieux de participer au mouvement. Dans le même temps, le niveau d’exigence auprès des non-religieux restait supportable dans la mesure où ces deux domaines touchent à l’organisation matérielle et non pas au vécu spirituel. Il n’est pas question de prière par exemple, et de ce point de vue, la compréhension du « minimum commun » était très différente alors de ce qu’elle est devenue aujourd’hui.
16 Les années qui suivent le congrès de Moosch sont dominées par la montée du nazisme, puis par la guerre, l’Occupation et la Shoah. Pour les EIF, cette période est marquée par nombre d’événements, de transformations, de réactions aux événements, qui touchent tous, d’une manière ou d’une autre, à l’éducation, et notamment à l’éducation juive. Cependant, dans le cadre de cet article, nous avons choisi de nous concentrer sur l’action d’un personnage-clé de cette époque, qui a fortement influencé ses compagnons et l’ensemble du mouvement scout juif.
17 Mais abordons d’abord la question de l’application, dans les années trente, du programme de « pratique religieuse » inclus dans le « minimum commun ». Les changements affectent principalement les groupes de la région parisienne, puisque les Alsaciens sont en général plus pratiquants que le minimum exigé, et que les groupes d’Afrique du Nord, comme l’ensemble des communautés juives de cette région, ont toujours vécu le judaïsme de manière « naturelle », une pratique religieuse ouverte et vivante faisant partie du mode de vie de la quasi-totalité des Juifs. Cependant, quels que soient les groupes, cette pratique reste avant tout ce qu’elle est, à savoir une application plus ou moins mécanique de certaines règles religieuses, dépourvue de beaucoup de contenu et de compréhension. Dès l’été 1933, on peut annoncer fièrement qu’« au camp du Bourget la nourriture était bonne et très cacher (la viande venait d’Évian) », et qu’au camp des éclaireuses « on n’a pas mangé de viande pendant toute la durée du camp mais plusieurs fois du poisson « venant de Paris »[25] [25] Séance du 21 novembre 1933, CR. 2. ...
suite. »
18 Mais cet été 1933, c’est dans un autre camp, au Pradly en Haute-Savoie, que se déroule un événement qui va transformer l’appréhension du judaïsme par les EI, les Parisiens d’abord, avant l’ensemble du mouvement. À ce camp, où se retrouvent les troupes David et Hillel, l’un des deux chefs de camp, Jean-Maurice Muslak[26] [26] Totémisé Faucon, J. -M. Muslak, garçon extrêmement brillant,...
suite, a décidé de faire venir des jeunes gens non-scouts pour leur faire découvrir le mouvement. Muslak a eu la main heureuse puisqu’il ramène dans ses filets trois personnalités destinées à marquer les EI : l’un de ses condisciples du lycée, Robert Munnich[27] [27] Ingénieur-général de l’armement, Robert Munnich est...
suite, et deux jeunes étudiants immigrés récemment d’Allemagne, Max Aron[28] [28] Né en Allemagne, réfugié en France en 1933, il sera l’un...
suite et Léo Cohn[29] [29] Né en 1913 à Hambourg, Léo Cohn arrive en France en mars...
suite. C’est principalement la personnalité de ce dernier qui laisse son empreinte pour plusieurs années sur les scouts juifs qui découvrent avec Léo Cohn un vécu juif intense, profond et joyeux, qui n’a rien à voir avec le judaïsme austère et dépourvu d’attrait qu’ils ont entr’aperçu chez les rares familles pratiquantes de Paris. Ce judaïsme vivant est de plus proposé par un garçon à la nature envoûtante :
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20 Cette rencontre permet très certainement aux EI, notamment parisiens, de donner enfin un contenu positif à un minimum commun religieux qui aurait pu s’enliser dans le formalisme. En l’espace d’un an, Léo Cohn prend sa place au sein des dirigeants du Mouvement[31] [31] Bien qu’il n’ait jamais fait partie du CD, vraisemblablement...
suite, devenant d’une certaine façon l’exact complément dont avait besoin Robert Gamzon, auquel manquait cette expérience personnelle d’un vécu enthousiaste du judaïsme dont il rêvait pourtant pour ses éclaireurs. Le camp de chefs de l’été 1934 est le premier acte de ce renouveau spirituel que certains ont baptisé par la suite « Néo-Hassidisme », ou encore « Léo-Hassidisme »[32] [32] Rappelons que le hassidisme est un courant mystique qui...
suite :
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22 C’est sans doute cette alchimie particulière associant les qualités complémentaires de Gamzon et de Léo Cohn, épaulés par toute une équipe dynamique[35] [35] Parmi lesquels il faut citer Shatta et Édouard Simon (Bouli)...
suite, qui explique le foisonnement créatif auquel nous avons fait allusion plus haut : formation juive, retour à la terre, travail manuel, travail social, Cité des jeunes, etc. L’Occupation va conférer à ces activités une dimension que les responsables EI n’avaient sans doute pas imaginée, mais dont la potentialité était contenue dans ces lignes prémonitoires écrites fin 1938 par le commissaire national Castor :
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24 Parmi les nombreux domaines d’activité des EI pendant l’Occupation liés à l’éducation juive, nous nous concentrerons sur l’une des expériences les plus originales de cette période, celle du chantier rural de Lautrec. Cette activité s’inscrit dans le cadre du plan de retour à la terre que propose, dès septembre 1940, le mouvement à ses cadres à travers un certain nombre de fermes-écoles[36] [36] Sur les activités des EIF pendant cette période, voir...
suite. Conjugaison de l’idéologie de l’époque et d’éléments repris de la pensée et de l’action sionistes, l’expérience de Lautrec s’inscrit également dans le cadre des efforts du mouvement pour récupérer et rejudaïser les jeunes « statufiés », éléments intellectuels souvent brillants que le statut du 3 octobre 1940 a chassé de leur activité professionnelle, notamment de l’Éducation nationale[37] [37] Voir notamment Claude Singer, Vichy, l’Université et...
suite, tout en leur révélant, à leur corps défendant, leur identité juive. La symbiose entre « statufiés », nouveaux et anciens EI eut lieu au cours d’un camp de cadres organisé du 28 avril au 14 mai 1941 tout près de la propriété de Fleg à Beauvallon (Var), Le Vieux Moulin. Réunissant 25 personnes, il marqua les différents participants d’une façon inoubliable, notamment du fait des personnalités qui y intervinrent, de Léo Cohn à Samy Klein[38] [38] Le rabbin Samy Klein était à la fois l’aumônier des...
suite, en passant par Isaac Pougatch[39] [39] Isaac Pougatch, éducateur, écrivain et spécialiste de...
suite, Robert Gamzon et bien entendu Edmond Fleg lui-même :
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26 Pour compléter Beauvallon et accueillir d’autres cadres potentiels, un autre camp pour « statufiés » est organisé en août 1941 à Lautrec même. Sur les participants, Castor a laissé ce témoignage :
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28 Ce chantier rural de Lautrec est une école de formation ; il fonctionne sous la direction de Robert Gamzon (Castor), de plus en plus souvent relayé par son épouse Denise[44] [44] Denise Gamzon, totémisée Pivert, vit aujourd’hui à...
suite du fait de ses lourdes responsabilités nationales. À leur côté, on trouve notamment Léo Cohn, aumônier du chantier et animateur culturel, ainsi que Jacques Pulver, qui assume l’ensemble du fonctionnement matériel. On retrouve également Ben et Rose Lifschitz, qui avaient dirigé la ferme de Saumur avant la guerre, première expérience agricole des EI. Nous connaissons particulièrement bien la vie du chantier grâce à une initiative de Léo Cohn, qui créa un journal mural pour permettre aux membres du chantier de s’exprimer. À partir de l’automne 1941 Sois-Chic devient une publication quasi-mensuelle, tapée à la machine et circulant entre les différents groupes EIF. Jusqu’en juin 1944, Sois-Chic constitue donc de fait le journal des cadres du mouvement et représente une source extrêmement précieuse pour notre connaissance des mentalités de l’époque.
29 Ce journal se fait l’écho, entre autres, des problèmes rencontrés à Lautrec en raison de la discontinuité qui existe parfois chez les « paysans juifs » entre leur intérêt pour le judaïsme et la pratique des commandements, différence d’attitude dénoncée par Léo Cohn à plusieurs reprises dans une série d’articles sur « Le judaïsme au chantier » qu’il signe par provocation « Léo de Hurlevent, curé »[45] [45] Sois-chic n°12, février 1942, p. 5, Archives privées...
suite ! :
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31 Sois-Chic est un témoin tout à fait intéressant des débats idéologiques qui traversent le mouvement. Retour à la terre, question du sionisme, débats sur le judaïsme, l’éducation, voire la chasteté, tous les articles et les échanges contenus dans les quelques centaines de pages qui ont paru alors témoignent de la vie intellectuelle très riche qui régnait parmi les défricheurs[47] [47] Nom donné aux membres du chantier rural de Lautrec. ...
suite. Il nous est bien sûr impossible ici d’en rapporter le contenu global, mais nous voudrions au moins en transmettre au lecteur une impression fugitive à travers la conclusion de ce compte-rendu d’une soirée consacrée « à la recherche du bonheur », paru en février 1942[48] [48] Sois-Chic n°12, pp. 18-19. Il est signé de Charles...
suite :
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33 La lecture de Sois-Chic nous renseigne également sur l’une des questions éducatives les plus complexes que les EIF ont eu à affronter pendant la Shoah. En effet, le mouvement scout juif oscille en permanence entre la volonté de continuer « quand même » à fonctionner de la manière la plus authentique, et les obligations de la survie clandestine[49] [49] Ces hésitations sont caractéristiques, nous semble-t-il,...
suite. L’un des aspects les plus problématiques de cette situation est engendré par le glissement éducatif qui s’est produit depuis l’été 1942. Si l’on voulait résumer la question, on pourrait dire que jusqu’à cette date la volonté des EI est d’apprendre aux jeunes (et aux moins jeunes parfois) à être des Juifs fiers de leur identité particulière, et des hommes droits, suivant la définition de la loi scoute qui affirme que l’Éclaireur est loyal et fidèle à sa parole.
34 À partir du moment où commence, du fait des grandes rafles, l’action de sauvetage[50] [50] Les EIF créent à l’automne 1942 leur propre organisme...
suite, il faut apprendre à se comporter exactement à l’inverse : cacher son identité juive et apprendre à mentir. Ces changements provoquent au sein du mouvement un certain débat, dont les échos se font sentir dans le numéro de février 1944 de Sois-Chic. Deux manières de réagir s’y font jour. La première s’exprime dans un témoignage de Paul Herbier, intitulé : « Hanoukka de Marranes[51] [51] La fête de Hanouka, qui se déroule aux environs du mois...
suite » et reproduit après la Libération dans le journal du mouvement, précédé du chapeau explicatif suivant :
35
36 Après avoir décrit la manière dont le groupe se procure le matériel pour construire une Menora[52] [52] Lampe traditionnelle qui sert à allumer les lumières de...
suite sous prétexte de préparatifs de Noël, l’article de Sois-Chic poursuit :
37
38 L’article se poursuit en mettant en valeur les deux « pratiques » parallèles, la publique, chrétienne, et la secrète, juive, et ses difficultés :
39
40 Dans le même numéro s’exprime une position radicalement différente. Présentée par Léo Cohn dans sa « Lettre à un jeune Juif » du 20 janvier 1944, elle se veut la continuation des principes d’avant 1942, malgré les circonstances. Pour bien la comprendre, il convient de citer de larges extraits de cet article qui eut apparemment un assez grand retentissement :
41
42 Cette position très tranchée de Léo Cohn est a priori extrêmement belle moralement. Léo pose d’ailleurs, de manière très claire, le problème sur le plan de la conscience. Et il s’oppose ainsi à toutes les tentatives de « marranisme ». Les arguments employés sont en plein accord avec les principes éducatifs juifs et scouts que les EIF ont développé. Cependant cet article est, en même temps, extrêmement problématique. En effet, il fait passer en quelque sorte la survie « morale » du peuple juif avant la survie « physique ». Homme profondément religieux et sincère, Léo était en accord avec la conception centrale de la tradition juive justifiant le kidouch hachem, la sanctification du nom : il vaut mieux disparaître physiquement plutôt que d’abjurer le judaïsme. Ce faisant, Léo Cohn, comme tous ceux qui ont prôné cette position pendant la guerre, ne prenait pas du tout en compte la spécificité de « destruction absolue » de la Shoah. Mais l’on sait que la plupart des Juifs d’Europe n’ont pas compris la dimension de la solution finale. Léo Cohn, arrêté en mai 1944, est mort en déportation, et nous ne saurons jamais si la prise de conscience de l’ampleur du phénomène lui aurait fait modifier son approche.
43 Il semble cependant que l’énorme majorité des EI ne l’ait pas suivi, et que le phénomène de marranisme ait été un trait caractéristique des conditions du sauvetage mis en place par le mouvement EIF et son service social clandestin. Cette position est proche de celle de certaines autorités spirituelles, tel le rabbin Nussembaum de Varsovie, qui au kidouch hachem avaient substitué la formule du kidouch hah’ayim, sanctification de la vie[54] [54] Cf. le livre d’Eliezer Berkovits, With God in Hell, New...
suite.
44 Pour les Éclaireurs israélites de France, les années 1933-1944 représentent un âge d’or sur de nombreux plans, y compris celui de l’éducation juive. Les réflexions menées dans les années trente et prolongées par les actions entreprises pendant l’Occupation ont été complétées par les nombreux débats menés dans les derniers mois de cette période, aussi bien sur la redéfinition des buts du mouvement que sur les projets à conduire au lendemain de la guerre pour assurer aux EIF le rôle qu’ils croient leur revenir dans une communauté juive en pleine reconstruction[55] [55] Sur la conception du « Haloutzisme de la diaspora »...
suite. Ces perspectives sont fort bien exprimées par Robert Gamzon dans le premier numéro du journal l’EIF paru après la Libération :
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46 Le premier point sur lequel nous voudrions insister est celui de la redéfinition du « minimum commun ». Forte de l’approfondissement idéologique qui s’est produit, l’équipe dirigeante du mouvement organise une journée des délégations provinciales, afin de préparer le futur conseil national. Les 11 et 12 novembre 1945 se réunissent ainsi les représentants de 16 groupes locaux parisiens, ceux des différentes réalisations du mouvement[57] [57] Y compris les Éclaireurs malgré tout, branche scoute destinée...
suite et même deux délégués d’Afrique du Nord, Robert Schapiro et Georges Solal, un EI tunisien. L’essentiel de la discussion se fait autour de deux textes qui avaient été adressés le 19 octobre aux chefs, et que nous reproduisons ici in extenso[58] [58] Extrait de la circulaire nationale n°6 (en préparation),...
suite :
47
48 Deux conceptions opposées du pluralisme apparaissent. Dans une certaine mesure, Fleg reprend les idées des années vingt, d’un mouvement où tout jeune qui se dit Juif est accepté, même sans pratique religieuse. Le pluralisme de Chameau découle d’une exigence d’engagement dans une certaine direction, celle d’un « type idéal », le pluralisme apparaissant seulement comme l’une des voies possibles pour atteindre ce type idéal. Il est clair que la définition proposée par Fleg est beaucoup plus libérale et moins exigeante que celle de Chameau. Lorsque l’on regarde les résumés des débats qu’ont suscités ces textes, il se dégage une quasi-unanimité en faveur de celui de Chameau :
49
50 C’est, en fin de compte, cette ligne qui domine au conseil national organisé à La Chapelle-en-Serval en août 1946. Réunissant près de 300 personnes, il marque vraiment l’apogée de ces rencontres nationales qui ressoudent le mouvement, ce d’autant plus que pour la première fois on note une forte participation des EI d’Afrique du Nord. Le mot d’ordre de ce CN est « Nous les responsables », l’accent étant mis spécialement sur l’engagement des chefs. L’orientation idéologique du mouvement est définie ainsi dans la motion finale :
51
52 Dans le texte, approuvé par le conseil national, des « Doctrines et bases éducatives » du mouvement, le « minimum commun » est complété. À la définition traditionnelle de 1932 qui comprenait le Shabbat, les fêtes et la cacherout, sont rajoutés les deux points suivants :
53
54 Le choix effectué par les EI est donc clair. Il se définit pour la première fois comme un mouvement religieux et le pluralisme se trouve réduit à une confrontation pacifique de courants à l’intérieur d’un axe idéologique défini. Comme le précise l’équipe nationale (EN)[62] [62] L’équipe nationale du mouvement comprend les chefs qui...
suite quelques mois plus tard : «Un chef athée n’a pas sa place dans le mouvement[63] [63] EN du 23 janvier 1947. Dans la même réunion il est précisé :...
suite.»
55 Ce choix d’ancrage idéologique s’explique par ce double besoin d’absolu et de concrétisation attisé par la clandestinité et par l’influence des fortes personnalités de Léo Cohn et de Samy Klein, encore renforcée par leur disparition tragique. On peut cependant se demander s’il correspond véritablement au désir des chefs sur le terrain. Dès novembre, Chameau se plaint de ne pas avoir reçu encore suffisamment d’engagements de chefs, notamment parce qu’une partie des cadres présents au CN n’ont plus de responsabilités, tandis que les nouveaux chefs ont l’impression qu’on leur demande de suivre une voie trop difficile pour eux :
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57 Cette prudence est due également au constat qu’une partie, au moins, des motions du CN a été adoptée à une majorité toute relative[65] [65] « Certaines motions, en effet, ont été votées par...
suite.
58 Si le nom de Chameau (Frédéric Hammel) revient plusieurs fois à propos de l’application des motions d’engagement, c’est que l’une des décisions importantes du conseil national a été d’élire celui-ci au poste de commissaire général en remplacement de Castor, devenu aussitôt vice-président du mouvement[66] [66] Castor avait décidé d’abandonner son poste de CG pour...
suite. Élu contre sa volonté, Chameau avait accepté, sous la pression unanime des chefs, de reporter d’une année son alyah. Représentant, on l’a vu, du courant le plus intransigeant, il ne parvient cependant pas à faire appliquer les motions du CN, comme il le reconnaît dans le message d’adieu qu’il adresse au mouvement lorsque, fidèle à sa décision, il part en Israël en automne 1947 avec sa famille :
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60 À l’impossible, nul n’est tenu. Les résolutions de 1946 visaient sans doute un public qui finalement n’existait pas. La crise des cadres qui s’accentue en métropole va contribuer, au contraire, à mettre l’accent sur le scoutisme beaucoup plus que sur la « religion ». Cela correspond sans doute à un certain repli de la communauté juive sur elle-même pendant les années cinquante. Quant aux cadres d’Afrique du Nord, ils appartiennent à une communauté où le fait d’être religieux se vit encore d’une manière traditionnelle, le pluralisme des différentes manières de se vivre Juif étant une donnée naturelle. Les définitions de 1946 ne pouvaient donc pas vraiment s’appliquer à leur cas.
61 Les faits ont finalement donné raison à l’approche « pragmatique » de Fleg. C’est ce pragmatisme, lié aux difficultés économiques de la période de la Quatrième République, peu favorable au développement d’activités originales, qui explique également la disparition, peu à peu, des réalisations particulières des EIF après la guerre, ou leur détachement du mouvement. Disparition, ainsi, des éditions EIF, les éditions du Chant nouveau, qui avaient publié dans les premières années d’après-guerre plusieurs livres sur le judaïsme. Autre exemple : l’éloignement du Service social des jeunes, qui devient un organisme social indépendant, coiffé par le Fonds social juif unifié (FSJU). Le départ pour Israël en 1949 du fondateur du mouvement, Robert Gamzon, est également à ranger au nombre des causes de ce repliement sur soi et sur les activités scoutes proprement dites.
62 Le conseil national de La Napoule a lieu en été 1948, quelques semaines après la proclamation de l’indépendance d’Israël. Logique donc que l’une des résolutions appelle à la constitution d’un nouveau garine (noyau) qui partirait renforcer la présence EI en Israël, déjà marquée par celle de quelques dizaines de chefs. Dès l’équipe nationale du 8 novembre suivant, on annonce « la création prochaine d’une harchara[67] [67] Ferme de préparation pour les futurs pionniers sionistes. ...
suite autonome EI, en accord avec le Misrahi[68] [68] Courant religieux de l’organisation sioniste, transformé...
suite ».
63 À cette date cependant, personne n’imagine le nom de celui qui prendra la direction de ce groupe, et c’est seulement en mars 1949 que Castor prend cette décision, surprenant une équipe nationale qui « regrette la décision de CASTOR de quitter la France estimant que sa place se trouve encore actuellement en France à la tête de l’École de Cadres[69] [69] EN du 15 mars 1949. L’école de cadres est l’école...
suite. » C’est que la résolution de Robert Gamzon de monter en Israël peut laisser perplexes ceux qui n’ont pas oublié ce qu’il écrivait dans Tivliout en 1945[70] [70] pp. 87-88. Tivliout est un opuscule écrit par Gamzon...
suite :
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65 Quelles que soient les circonstances qui amènent Castor à renoncer à ce « rôle » dans la Diaspora, le projet se fait principalement autour d’un noyau d’élèves de l’école d’Orsay, et le garine (35 personnes) prend le nom de Léo Cohn. Après une préparation de quelques mois, le groupe arrive en été 1949 à Haïfa. Au cours d’un voyage éclair en mai, Castor avait pris contact avec le kibboutz Yavné, et il avait été entendu que le groupe s’installerait là-bas. En fin de compte le projet échoue. Après avoir enquêté dans différents endroits et écouté plusieurs conseils[71] [71] Dont ceux du professeur Ishaia Leibovitch, le fameux philosophe...
suite, le groupe cède aux propositions du kibboutz religieux Sdé Elyaou, et y commence à se préparer pour fonder par la suite un kibboutz indépendant.
66 Le départ de Castor en Israël clôt cette époque de la reconstruction. Une nouvelle équipe, en place depuis le CN de 1948, commence à engager le mouvement dans une voie différente de celles, nombreuses, lancées à la Libération. Il n’y a pas rupture, mais déjà l’ordre des priorités semble bien changé. Un signe marquant de cette transformation est la manière ambivalente dont l’équipe nationale accueille la volonté de Castor d’adresser une circulaire à l’ensemble des cadres pour leur annoncer la création du garine[72] [72] EN du 22 mars 1949. ...
suite :
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68 Dans une certaine mesure, on peut avancer l’hypothèse suivante : ceux qui restent à la tête du mouvement le voient avant tout comme un mouvement de jeunesse. Les utopistes se sont peu à peu marginalisés : certains en partant en direction d’Israël, et il faut rappeler que de nombreux chefs partent à titre individuel en plus des groupes organisés dont nous avons parlé. D’autres, à travers Orsay ou des lieux d’études plus orthodoxes (yeshivot), en s’impliquant dans le domaine de l’éducation religieuse en Diaspora. Finalement l’aboutissement EI se fait en dehors du mouvement EI lui-même, incapable de se transformer en cette contre-société juive à laquelle certains avaient songé dans les années trente et pendant la guerre. Bien sûr, les choses se font progressivement, mais une page est désormais tournée. Ce ne sont pas seulement les EIF qui sont touchés, mais bien l’ensemble de la communauté qui entre ainsi dans une période de morosité et d’atonie.
69 En novembre 1950, la revue Évidences[75] [75] Publiée de 1949 à 1962 avec l’aide de l’American Jewish...
suite se lance dans « une enquête sur la situation du Judaïsme français » en ouvrant ses colonnes à certaines personnalités marquantes du monde juif francophone. Le philosophe Emmanuel Levinas s’y montre pessimiste :
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71 Prenant des exemples concrets, le juriste et écrivain Wladimir Rabbi confirme cette analyse:
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73 Cette léthargie, la communauté juive de France comme les EIF n’en sortent que dans les années soixante, sous l’influence de trois événements majeurs : l’arrivée des Juifs d’Algérie en 1962, la guerre des Six Jours en 1967, et les évènements de mai 1968. Est-ce à dire que cette évolution des conceptions et de l’éducation juive chez les Éclaireurs israélites de France, telle que nous avons tentée de la décrire ici, n’a donné aucun fruit ? Au contraire. Si le réveil des années soixante a été possible, c’est parce qu’il a germé sur un terreau que les Éclaireurs avaient largement contribué à construire. Cela se sent tout d’abord au niveau des hommes, une bonne partie des cadres de la communauté des années 1960-1990 étant issus du mouvement ou d’une expérience lancée par le mouvement, comme par exemple l’école d’Orsay. Cela se voit également dans les méthodes éducatives, nombre de techniques d’animation juive ayant connue leur banc d’essai aux EIF. Cela se constate surtout sur le plan idéologique, puisque jusque dans les années 1980, c’est l’idéal pluraliste des EIF qui sert de cadre de référence et de fonctionnement à la quasi-totalité des organismes communautaires, à commencer par le FSJU. C’est sans doute là la contribution essentielle de Robert Gamzon, Léo Cohn et de tous ceux qui ont œuvré avec eux pour que cette utopie, contraire aux divisions typiques du judaïsme ashkénaze depuis le début du XIXe siècle, se réalise effectivement. Sa remise en cause à la fin des années 1980 est liée à celle du franco-judaïsme, et ceci confirme à quel point les idées éducatives juives des Éclaireurs israélites de France ont été, et restent spécifiques des particularités de la judaïcité française.
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[ 1] Cette étude se base pour l’essentiel sur notre doctorat non encore publié : Scouts, Juifs et Français, les EEIF de leur création aux années 80.
[ 2] Les références des dossiers que nous avons citées dans notre travail de doctorat reposaient sur une première approche de classification que nous avions effectuée alors dans les très riches archives de ce mouvement. Depuis, une partie de ces dernières a été versée au Centre de documentation juive contemporaine, et nos références précédentes sont devenues sans objet. C’est pourquoi les sources ne pourront être indiquées précisément dans cet article, qui repose essentiellement sur les copies de documents que nous avions réalisées alors.
[ 3] Rappelons en effet que Robert Gamzon était le petit-fils du grand rabbin de France Alfred Lévy.
[ 4] Voir le livre de Philippe Landau, Les Juifs de France et la Grande Guerre, Paris, CNRS Éditions, 1999.
[ 5] Promesse : engagement solennel de respecter la Loi scoute, y compris dans la vie de tous les jours.
[ 6] Patrouille : équipe de base du groupe scout dans la méthode Baden Powell, comportant en général 6 à 8 enfants de 11 à 16 ans.
[ 7] Abréviation de « Bousiers Lauréats des Écoles ». C’est dans le cadre de ce patronage qu’ont lieu les premières activités.
[ 8] Lumière, 6e année, n°29, juillet-août 1952, « Les EIF ont 30 ans », par André Kisler, p. 3. En janvier 1930, le même Kisler donnait la date du (mardi) 1er mai.
[ 9] Nom d’origine espagnole de l’estrade (bima en hébreu) sur laquelle se tient le chantre et où l’on lit la Tora.
[ 10] Littéralement « l’arche », qui désigne le pupitre de l’officiant.
[ 11] Littéralement « armoire de sainteté ».
[ 12] Général anglais, surnommé BP (prononcer Bipi), fondateur du scoutisme en 1907. Son livre, Éclaireur, contient les principes de base du scoutisme classique.
[ 13] Voir le texte de ces différentes Promesses dans P. Laneyrie, Les Scouts de France, Paris, Le Cerf, 1985, p. 107 ou Gérard Cholvy, Mouvements de jeunesse chrétiens et juifs, Paris, Le Cerf, 1985, p. 61.
[ 14] Sur ce sujet, qui fait des EIF des pionniers de l’éducation scoute mixte, voir notre doctorat, cité n. 1. On comparera également avec un phénomène parallèle dans le cadre du mouvement des Tsofim (scouts juifs de la Palestine anglaise). Voir notre intervention au Colloque mondial de Montpellier sur l’histoire mondiale du scoutisme, en septembre 2000, organisé par le Professeur Cholvy, et dont les actes devraient paraître sous peu.
[ 15] « Edmond Fleg et les Éclaireurs israélites de France », in Revue de la Pensée Juive, n°2, janvier 1950, p. 19.
[ 16] Comité directeur du mouvement, composé des principaux chefs.
[ 17] Frédéric Shimon Hamel, qui sera commissaire général en 1946/47, puis fera son alyah au kibboutz Ein-Hanatsiv.
[ 18] Le texte établi en commission semble avoir été plus exigeant, mais son contenu n’a pas été conservé.
[ 19] « Totem » du fondateur du mouvement, Robert Gamzon. Le Totem est l’une des formes de l’indianisme qui avait pénétré les mouvements du scoutisme. Il s’agissait d’attribuer un surnom à un chef confirmé, en général un nom d’animal qui caractérisait les vertus ou les défauts du totémisé.
[ 20] Lumière, n°2, novembre-décembre 1932, p. 172.
[ 21] Petite ville du Haut-Rhin, aux environs de Mulhouse, où se tient le conseil national fin octobre 1932.
[ 22] Réunion du 20 novembre 1930. Le comité central était une sorte de comité de protection, présidé alors par le général Geismar.
[ 23] À notre connaissance, c’est la première fois que l’expression de « minimum commun » est utilisée.
[ 24] Textuellement « La table dressée », nom du code de lois sur lequel repose essentiellement la praxis religieuse.
[ 25] Séance du 21 novembre 1933, CR.2.
[ 26] Totémisé Faucon, J.-M. Muslak, garçon extrêmement brillant, un intellectuel et un philosophe, fut tué dans les Flandres lors de l’attaque allemande de mai 1940. Sa trace s’est conservée au mouvement, puisqu’il est l’auteur du « Chant du soir », une chanson pleine de spiritualité, qui est chantée encore aujourd’hui à la fin de chaque veillée EI.
[ 27] Ingénieur-général de l’armement, Robert Munnich est le délégué de la métropole à Constantine pendant la guerre, puis très actif dans les années qui suivent. Il habite aujourd’hui à Paris. Les renseignements sur le camp de Pradly proviennent de son témoignage.
[ 28] Né en Allemagne, réfugié en France en 1933, il sera l’un des piliers de la maison de Moissac pendant la guerre. Très musicien, il anime pendant cette période un centre de chants par correspondance. Il est décédé à Jérusalem en 1992.
[ 29] Né en 1913 à Hambourg, Léo Cohn arrive en France en mars 1933. Membre du mouvement Ezra en Allemagne, un mouvement de jeunesse sioniste religieux, il s’impose rapidement comme l’une des personnalités centrales des EI, avant et surtout pendant la guerre. Arrêté en mai 1944 et déporté à Auschwitz en juillet, il meurt quelques jours avant la libération du camp. Cf. Yehoudit Bar-Hen, Léo, Tel-Aviv, misrad habitahon, 1991.
[ 30] Témoignages de Robert Munnich et de Monique et Jacques Pulver.
[ 31] Bien qu’il n’ait jamais fait partie du CD, vraisemblablement du fait de sa nationalité allemande.
[ 32] Rappelons que le hassidisme est un courant mystique qui est né en Pologne à la fin du XVIIIe siècle, sous l’influence de Israël Baal Shem Tov (le Besht), et qui a eu une influence extrêmement importante en Europe orientale et centrale au XIXe siècle. Cf. M.A Ouaknin, Ouvertures hassidiques, Paris, ed. Jacques Grancher, 1990.
[ 33] Commentaires de la Bible basés sur des illustrations morales et des récits.
[ 34] Séance du comité central du 10 octobre 1934.
[ 35] Parmi lesquels il faut citer Shatta et Édouard Simon (Bouli) qui dirigent la maison d’enfants de Moissac pendant la guerre, puis celle de Laversine à partir de 1950.
[ 36] Sur les activités des EIF pendant cette période, voir notre ouvrage Les Éclaireurs Israélites de France pendant la seconde guerre mondiale, Paris, éditions EIF, 1984. Sur l’expérience de Lautrec, voir notre intervention au colloque de Vabres, Étrangers et Juifs dans le Tarn, 1940-1944, en septembre 2001, « Les Éclaireurs Israélites de France dans le Tarn », qui devrait être éditée avec les actes du Colloque en 2003, aux éditions Privat.
[ 37] Voir notamment Claude Singer, Vichy, l’Université et les Juifs, Paris, Les Belles Lettres, 1992.
[ 38] Le rabbin Samy Klein était à la fois l’aumônier des EIF et celui de la jeunesse auprès du Consistoire. Il est fusillé en juillet 1944 alors qu’il cherche à rejoindre un maquis de la résistance.
[ 39] Isaac Pougatch, éducateur, écrivain et spécialiste de yiddish, dirigeait l’une des fermes des EI, Charry, à laquelle il a consacré un livre qui relate l’expérience très originale, yiddisho-culturelle, qui y fut menée.
[ 40] Les deux fils de Fleg étaient morts en 1940.
[ 41] Edmond Fleg, Vers le monde qui vient, Paris, Albin Michel, 1960, p. 231.
[ 42] Sur l’illusion des Juifs français qui voyaient dans la politique antisémite de Vichy le simple résultat des pressions allemandes, voir l’ouvrage fondamental de Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton, Vichy et les Juifs, Paris, Calmann-Lévy, 1981, pp. 195-196.
[ 43] Lettre de Castor à Sarah Racine, 25 août 1941.
[ 44] Denise Gamzon, totémisée Pivert, vit aujourd’hui à Jérusalem.
[ 45] Sois-chic n°12, février 1942, p. 5, Archives privées Alain Michel (nous avons reçu de Denise Gamzon la collection complète de cette publication et nous l’en remercions).
[ 46] Allusion au tampon obligatoire « Juif » apposée sur les cartes d’identité en zone nord.
[ 47] Nom donné aux membres du chantier rural de Lautrec.
[ 48] Sois-Chic n°12, pp. 18-19. Il est signé de Charles Weill, un non-EI originaire de Versailles, et qui avait rejoint le Chantier de Lautrec. Il semble avoir fait une carrière militaire après la guerre.
[ 49] Ces hésitations sont caractéristiques, nous semble-t-il, d’une partie des organisations juives françaises à cette époque. Voir par exemple celles du Consistoire et du rabbinat quant au maintien de l’ouverture des synagogues in Maurice Moch et Alain Michel, L’Étoile et la francisque, Paris, Le Cerf, 1990, pp. 200-202.
[ 50] Les EIF créent à l’automne 1942 leur propre organisme de sauvetage, la Sixième.
[ 51] La fête de Hanouka, qui se déroule aux environs du mois de décembre, commémore la victoire de Juda Maccabées sur les « Syro-grecs » du royaume des Séleucides en 165 avant l’ère chrétienne.
[ 52] Lampe traditionnelle qui sert à allumer les lumières de Hanouka.
[ 53] « L’espoir », hymne du mouvement sioniste, aujourd’hui de l’État d’Israël.
[ 54] Cf. le livre d’Eliezer Berkovits, With God in Hell, New York, Sanhedrin, 1979.
[ 55] Sur la conception du « Haloutzisme de la diaspora » et l’esprit de cette époque on consultera l’article de Catherine Nicault, « L’idéal du « nouveau Juif » dans l’après-guerre », in Survivre à la Shoah. Exemples français, Les Cahiers de la Shoah, n°5, Les Belles Lettres, 2001, pp. 105-170.
[ 56] Message du commissaire général R. Gamzon in L’E.I.F., nouvelle série n°1, janvier 1945.
[ 57] Y compris les Éclaireurs malgré tout, branche scoute destinée aux handicapés, qui fonctionne pendant quelques années.
[ 58] Extrait de la circulaire nationale n°6 (en préparation), CO.6. Ces textes se retrouvent dans Lumière, 2° année, n°1, janvier 1946, pp. 12-13.
[ 59] Ibid., p. 10.
[ 60] Lumière, 2e année, n°4-5, novembre-décembre 1946, p. 28.
[ 61] Ibid., p. 37.
[ 62] L’équipe nationale du mouvement comprend les chefs qui le dirigent.
[ 63] EN du 23 janvier 1947. Dans la même réunion il est précisé : « Un chef qui est à la recherche de sa position doit plutôt abandonner la direction de son unité et se plonger dans la Route ou les EA (éclaireuses ainées) ».
[ 64] Ibid.
[ 65] « Certaines motions, en effet, ont été votées par 30 voix contre 6, sur 250 présents. », ibid.
[ 66] Castor avait décidé d’abandonner son poste de CG pour mieux se consacrer au lancement de l’école de cadres d’Orsay. À noter que jusqu’au milieu des années 1960, le système des EI est apparemment très démocratique, puisque l’ensemble de l’équipe nationale scoute était élue par les participants au conseil national. Il est vrai qu’il n’y avait en général qu’un seul candidat par poste à pourvoir !
[ 67] Ferme de préparation pour les futurs pionniers sionistes.
[ 68] Courant religieux de l’organisation sioniste, transformé depuis en Parti national religieux (Mafdal).
[ 69] EN du 15 mars 1949. L’école de cadres est l’école d’Orsay, fondée par Gamzon en 1946, et qui est dirigée à partir de son départ par le rabbin Léon Ashkénazi, plus connu sous son nom scout de Manitou. Sur Orsay on consultera notamment les différents articles parus dans L’école de pensée juive de Paris, Pardès n°23, Paris, 1997.
[ 70] pp. 87-88. Tivliout est un opuscule écrit par Gamzon pendant la guerre et où il expose ses principales idées éducatives.
[ 71] Dont ceux du professeur Ishaia Leibovitch, le fameux philosophe israélien disparu en 1994, qui était à l’époque délégué syndical de la branche des travailleurs religieux (Haoved hadati).
[ 72] EN du 22 mars 1949.
[ 73] Il s’agit de délégués du garine dont le rôle est de recruter de nouveaux membres parmi les cadres du mouvement.
[ 74] Diplôme de chef délivré à la suite d’un premier cycle de formation.
[ 75] Publiée de 1949 à 1962 avec l’aide de l’American Jewish Committee, la revue Évidences sera le rendez-vous mensuel des intellectuels juifs des années 1950.
[ 76] Troupe de comédiens-routiers juifs qui s’était formée après la Libération.
Among israelite boy scouts of France, the importance and the contents of Jewish education have changed depending on the leading teams, of their awareness of the function of this organisation in the community and of the important discussions which perturbed the Jew world. Starting from the main texts which mark out that history, the paper points out some of the most important stages of the ideological evolution of the EIF and of its consequences upon the educational activities. EIF were born in the beginning of the twenties according to the spirit of the consistory. They put a distance between them and their original center, and referred to a newly thought pluralism around a « common minimum » religious as well as zionistic as defined in 1932. They followed the spiritual renewal during the war helped by the personality of Leo Cohn and the rural work of Lautrec. They were disillusioned after the war, the scout organisation falling, after a short period of fever, into a torpor which exists for the whole of the French Jewish community in the fifties, before the rebirth of the following decenny.
Alain Michel « Qu'est-ce qu'un scout juif ? », Archives Juives 2/2002 (Volume 35), p. 77-101.
URL : www.cairn.info/revue-archives-juives-2002-2-page-77.htm.