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S'inscrire Alertes e-mail - Archives Juives Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezMichel Lévy, médecin-général
(Strasbourg, 28 septembre 1809 – Paris, 19 mars 1872)AuteursGeorgette Elgey du même auteur
Françoise Job du même auteur
Françoise Job, docteur en histoire, est l’auteur, entre autres ouvrages, de Gustave Nordon (1877-1944), Presses universitaires de Nancy, 1992, et de Racisme et répression sous Vichy. Le camp d’internement d’Écrouves, Éditions Messene/CDJC, 1996.Michel Lévy
Si la médecine militaire jouit aujourd’hui en France et au-delà de nos frontières d’un prestige incontesté, le mérite en revient à Napoléon III et au personnage exceptionnel que fut son médecin consultant et surtout le responsable des services de Santé sous le Second Empire, le docteur Michel Lévy.
2 En 1851, avant l’avènement de Louis-Napoléon Bonaparte, Michel Lévy, à 41 ans, a atteint le sommet de la hiérarchie du service de santé militaire, officier général, médecin inspecteur des Armées, membre du Conseil de santé, directeur de l’École d’application du Val-de-Grâce, fonction qu’il assume jusqu’à sa mort en 1872.
3 Durant la guerre de Crimée (1854-1855), médecin chef de l’armée d’Orient, il crée l’hôpital sous toile. La comparaison de la mortalité dans les grands hôpitaux avec celle de ces petits centres de soins sous tente démontre la supériorité de ces derniers. Le 10 août 1860, l’Anglaise Florence Nightingale, qui consacra sa vie à l’amélioration des conditions sanitaires dans le Royaume-Uni, lui écrit son admiration pour son action en Crimée ; elle lui demande son avis sur différents points : « Le gouvernement anglais, dit-elle, attache une haute importance à vos lumières ».
4 Comblé d’honneurs, couvert de décorations étrangères, même pontificale, et françaises, Grand officier de la Légion d’honneur, Michel Lévy est en mesure d’imposer la réforme fondamentale qu’il réclame sans relâche depuis plus de vingt ans. Dès que ses fonctions le lui ont permis, à moins de trente ans, il a commencé à se battre pour que la médecine militaire acquière son autonomie, que les médecins militaires soient des officiers à part entière, et surtout qu’ils puissent bénéficier d’une formation et d’un enseignement continu, comme leurs collègues civils.
5 En 1864, il obtient gain de cause, devenant ainsi avec son ami Hippolyte Larrey, le fils du célèbre chirurgien de l’armée sous Napoléon, le fondateur de la médecine militaire telle qu’elle fonctionne aujourd’hui. Sa joie est profonde, lorsque, en novembre 1864, est créée l’École du service de santé de Strasbourg qui, après l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine, reprendra vie à Lyon en 1888. « …Pour mon amour-propre, disons mieux pour mon cœur alsacien, ce jour a été le plus beau de ma vie ».
6 La destinée exceptionnelle du docteur Michel Lévy n’est pas seulement exemplaire, elle est aussi importante historiquement. Elle atteste que l’armée du XIXe siècle offrit aux israélites, comme à tous les Français, les meilleures possibilités de promotion sociale et professionnelle.
7 Michel Lévy est le septième d’une fratrie de onze enfants. Son grand-père maternel, rabbin, lui a appris à lire l’hébreu dans la Bible. Ses parents, Isaac Lévy (ca.1771-1831) de Guebwiller, et Anne Lévy (1775-1830) d’Obernai, ont un commerce qui est tout sauf prospère. L’éducation de leur progéniture constitue leur préoccupation principale. Faute de disposer chacun d’une paire de sabots, les jeunes Lévy se rendent à tour de rôle au Collège royal de Strasbourg. Dès l’âge de quatorze ans, Michel Lévy paye lui-même sa scolarité, en donnant des répétitions à des camarades plus fortunés et moins doués que lui. Reçu au baccalauréat de rhétorique en 1827, sa composition de philosophie est jugée si remarquable que le proviseur du Collège royal et l’inspecteur d’Académie de Strasbourg la transmettent au Ministre et demandent une bourse pour que Michel Lévy puisse préparer l’École normale. Leur lettre reste sans réponse. Est-ce en raison de la religion du postulant ? Ce n’est pas exclu.
8 N’écoutant pas les suggestions de son grand-père qui aurait voulu le voir rabbin, Michel Lévy, profondément croyant mais dépourvu de vocation religieuse, décide de choisir la médecine militaire. Reçu chirurgien élève surnuméraire à l’hôpital de Strasbourg, qui partageait depuis l’Ancien régime avec ceux de Metz et Lille, puis depuis 1795 avec le Val-de-Grâce à Paris, le soin de former les jeunes médecins militaires, il est promu aide major en 1832. En 1834, il soutient devant la faculté de médecine de Montpellier, une thèse de doctorat révolutionnaire sur l’opération de l’empyème, forme de pleurésie, jugeant, contrairement à Laënnec, que l’intervention ne devait pas être retardée jusqu’à l’invasion de pus dans les espaces intercostaux. En 1837, Michel Lévy passe brillamment le concours de professeur de médecine ; il est nommé professeur d’hygiène et de médecine légale à l’hôpital du Val-de-Grâce, devenu École de perfectionnement du service de santé. Il a 28 ans. Outre ses travaux scientifiques, il a participé à la campagne de Morée qui a pour but de délivrer la Grèce de l’oppression turque, ainsi qu’au siège d’Anvers (1831).
9 En avril 1850, à 40 ans, il devient membre de l’Académie de médecine, dont il est élu en 1857, « anormalement jeune », président, sans même être passé par le stade de la vice-présidence comme le voulaient l’usage. Dans l’intervalle, il a publié, en 1845, un monumental Traité d’hygiène publique et privée. Pour lui, la médecine est un apostolat qui se doit aussi et surtout de protéger les pauvres.
10 Bien avant 1848, son traité d’hygiène en témoigne, Michel Lévy a lutté contre le travail des enfants. La tradition familiale veut qu’il ait fait la connaissance d’Adèle Dupont, qu’il épouse en 1840, alors qu’il est allé protester auprès de son père, un des plus riches maîtres de forges de Lorraine, contre l’emploi de garçons de huit ans dans ses hauts fourneaux d’Ars-sur-Moselle et de Pompey. Adèle Dupont, née à Metz le 20 avril 1818, descendait par son père Auguste Cahen, dit Dupont en 1808, d’une ancienne famille lorraine de marchands de chevaux, les Cahen, d’Augny, et par sa mère, Minette Samuel, des Worms, de Sarrelouis ; le clan Worms s’est considérablement enrichi dans la fourniture aux armées et les fonctions d’admodiateur (concessionnaire) de forges et fonderies depuis 1685.
11 Bien avant que Pasteur ait mis en évidence la contagion microbienne, Michel Lévy pratique sans le savoir les bases de l’antisepsie. Dès 1832, à Bourbonne-les-Bains puis en 1840, au Val-de-Grâce, il lutte contre le choléra avec des mesures strictes d’isolement, d’aération et de désinfection qui jugulent la contamination. Rien ne l’indigne plus que les vastes hôpitaux, “ une vanité municipale quand ils ne sont pas le résultat malsain de constructions successives agglomérées par économie ou par routine ” écrit-il en 1841. Et en 1871, parvenu au faîte des honneurs, chargé d’inspecter toutes les ambulances ouvertes durant le siège de Paris, il conclut son rapport par cette affirmation catégorique : « Je voudrais en finir avec le méphitisme séculaire des hôpitaux-mouroirs ; je voudrais que nos baraques puissent devenir les hôpitaux de l’avenir, avec une durée de dix ans et, au terme de cette période, être détruites et remplacées sur d’autres terrains par des constructions nouvelles, avec les corrections que l’expérience aura suggérées ».
12 En fait, Michel Lévy est un paradoxe vivant : ami de Littré, lié à Michelet qui lui demande de veiller à ce que l’œuvre de Lamennais agonisant ne soit pas détruite par les bien-pensants, il concilie l’inconciliable. Politiquement, il est profondément quarante-huitard, avant 1848 !, et le reste toute sa vie. Mais il est aussi pour le régime en place, car ce régime est celui de la France. Dans son agenda de 1851, les mois de novembre et décembre ont été arrachés, sans doute parce que le coup d’État du 2 décembre avait dû être pour lui un sujet de scandale. Mais à partir du moment où Napoléon III représente la France, il n’est plus question de le contester. La Commune, parce qu’elle remet en cause l’État est « scélérate », et suscite chez lui une douleur encore plus intolérable que l’annexion par la Prusse de ses « villes bien-aimées » que sont Strasbourg et Metz. Les communards d’ailleurs veulent le fusiller avec Mgr Darboy, l’archevêque de Paris. Il leur échappe grâce aux religieuses et aux malades de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce.
13 Sur le plan religieux, il est œcuménique avant l’heure. Dans une lettre à ses futurs beaux-parents, il les prévient qu’il ne supporte pas l’idée d’un mariage à la synagogue, car ses rites lui paraissent indignes de la religion juive à laquelle il est profondément attaché. Et un rabbin vint bénir son mariage avec Adèle Dupont dans la propriété des Dupont. Par son testament, il dispense son fils Auguste « des prières hébraïques et des observations rabbiniques que le culte israélite impose aux orphelins ». À plusieurs reprises, il refuse de se convertir au catholicisme, mais il apprend à sa petite-fille le « Notre Père qui êtes aux cieux », la plus belle prière qui soit, selon lui. Quelques mois avant sa mort, il écrit à un célèbre oratorien, le père Gratry, qui, sans doute, lui aussi, a essayé de lui faire abandonner la religion juive : « Tenons-nous donc sur le terrain d’une commune entente, à ce qui nous unit, non à ce qui peut nous diviser. Vous avez en moi un admirateur de votre talent, profondément sympathique à la civilisation chrétienne, à l’idéal Christ, mais sans oublier Moïse : les deux se continuent, se complètent. Au-dessus d’eux est notre Père qui est au ciel et dont j’implore tous les jours la miséricorde ».
14 Depuis le début des années 1830, l’hygiénisme a pénétré peu à peu le milieu consistorial par l’intermédiaire de deux médecins, membres du Consistoire central, Moïse Cahen, qui avait rédigé une thèse sur la circoncision, et Michel Lévy. Ce dernier a bataillé âprement pour une modernisation de l’acte chirurgical qu’il veut adapté aux règles élémentaires de l’hygiène et aux progrès de la médecine. En dépit de l’opposition des religieux, Michel Lévy obtient, par un ordonnance du Consistoire du 20 juillet 1843, l’abandon des pratiques de la déchirure par l’ongle et de la succion. Le grand rabbin Marchand Ennery se soumet mais l’abandon des anciennes coutumes sera lent.
15 Deux des frères de Michel Lévy ont embrassé la carrière militaire. Benoît, son cadet de neuf ans, est parvenu au sommet de la hiérarchie militaire. Sorti second de l’école de Saint-Cyr, où il est entré à 18 ans, capitaine d’état-major en 1846, à 33 ans, admis en 1851, à sa demande, dans l’intendance militaire, commandeur de la Légion d’honneur en 1871, il préside à sa retraite, en 1883, le Comité consultatif de l’intendance. Leur aîné, Abraham (1808-1882), engagé comme simple soldat en 1828 au 11e régiment de ligne, gravit rapidement tous les échelons de la hiérarchie jusqu’à devenir en 1850 chef de bataillon au 33e régiment de ligne. Il fait un richissime mariage avec la fille du baron de Hertz, banquier royal de la cour de Bavière. Lors de la bataille de Solférino, en juin 1859, il est colonel et commande le 2e régiment de ligne. Fortement commotionné au début des opérations, il est absent durant la bataille dans des circonstances mal élucidées. Le 20 février 1861, Napoléon III le met à la retraite d’office.
16 Michel Lévy aurait refusé le titre de baron proposé par Napoléon III mais accepte pour sa descendance le patronyme Michel-Lévy. Décédé à Paris à l’âge de 62 ans, il avait demandé qu’il n’y ait aucun discours sur sa tombe. De son mariage avec Adèle Dupont, il a eu trois enfants, deux filles et un fils, Auguste Michel-Lévy (1844-1911).
17 Pendant plus d’un demi-siècle, l’hôpital militaire de Marseille s’est intitulé « hôpital Michel Lévy », appellation qui resta la sienne sous l’Occupation. Il fut désaffecté en 1967 et ses services transférés. Au Val-de-Grâce, le souvenir de Michel Lévy est rappelé par une salle qui porte son nom et son buste se trouve à l’entrée du musée de la médecine.
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Bibliographie
ŒUVRES
L’œuvre principale de Michel Lévy est son Traité d’hygiène publique et privée, Paris, 1845, 2 t., 2e édition, revue, corrigée et augmentée, Paris, 1850, 2 t. (674 et 834 p.), chez J.-B. Baillière, libraire de l’Académie nationale de médecine, rue Hautefeuille, 19 ; Londres, chez H. Baillière, Regent Street, 219 ; Madrid, chez C. Bailly-Baillière, Calle del Principe, 11. La troisième édition est de 1857 ; la quatrième de 1862 (924 et 992 p.).
SOURCES
Cette notice biographique reproduit l’essentiel, avec l’assentiment de l’auteur, d’un article de Georgette Elgey : « Les officiers israélites dans l’armée française au XIXe siècle : le médecin-général Michel Lévy », Revue historique des armées, n°4, 1997, avec une documentation complémentaire de Françoise Job. Autres sources : Jules Bergeron, Éloge de M. Michel Lévy, prononcé dans la séance annuelle de l’Académie de médecine le 13 décembre 1892, Paris, G. Masson éditeur, 1893, 31 p. ; Pascal Faustini, La Communauté juive de Sarrelouis et environs entre 1680 et 1850, s.l., 1999 ; Philippe-E. Landau, « La circoncision au XIXe siècle : 50 années de conflit au consistoire de Paris », Archives juives, 28/2, 2e trimestre 1995, pp. 36-48 ; collections privées de la famille de Michel Lévy : documentation, lithographies, photographies.
POUR CITER CET ARTICLE
Georgette Elgey et Françoise Job « Michel Lévy, médecin-général », Archives Juives 1/2004 (Volume 37), p. 123-127.
URL : www.cairn.info/revue-archives-juives-2004-1-page-123.htm.






