2003
Annales. Histoire, Sciences Sociales
Sacralité et formes du pouvoir (Ve_XIIe siècle)
Sacrum palatium et ecclesia
L’autorité religieuse royale sous les Carolingiens (790-840 )
Mayke de Jong
Université d’Utrecht
Une longue tradition occidentale, qui perçoit le clérical et le séculier en termes de dualisme
antagonique entre l’Église et l’État, influence aujourd’hui encore notre interprétation de
l’autorité religieuse pendant les règnes de Charlemagne et de son fils, Louis le Pieux. Dans
les deux cas, cette autorité était considérée comme un processus de transgression dans
lequel la « théocratie royale » de Charlemagne, qui fut suivie de la soumission humiliante
de Louis, donna ainsi naissance à une « théocratie épiscopale », ce qui aboutit à sa pénitence
publique de 833. En prenant le terme de sacrum palatium comme point de départ, cet article
démontre comment le palais fut, déjà sous le règne de Charlemagne – et peut-être même
avant – un centre religieux où les évêques se faisaient conseiller dans les affaires concernant
la liturgie et la doctrine chrétienne. Le « palais de Charlemagne » comprenait en réalité
tout un réseau de palais et de monastères royaux dont Aix-la-Chapelle constituait le noyau.
S’y déroulèrent des actes collectifs de contrition, d’où résulta un discours régalien d’humilité, ce qui ne signifie pas pour autant soumission royale aux évêques. Finalement, ces gestes
de pénitence étaient basés sur les mêmes principes qui ont soutenu l’autorité religieuse
carolingienne : la conviction que le roi et les évêques étaient ensemble responsables devant
Dieu du salut du peuple chrétien.
Sacrum palatium et ecclesia
On Carolingian royal religious authority (790-840)
A long Western tradition of perceiving the clerical and secular domain in terms of an antagonistic
dualism between Church and State obscures modern perspectives on royal religious authority during
the reigns of Charlemagne and his son Louis the Pious. In both cases, such authority supposedly
represented a transgression: Charlemagne’s “royal theocracy” was followed by Louis’humiliating
subservience to an “episcopal theocracy”, culminating in the latter’s infamous public penance in 833.
With the expression sacrum palatium as its point of departure, this article argues that already under
Charlemagne – and probably earlier – the palace was a religious centre to which bishops looked for
guidance in matters of liturgy and doctrine. “Charlemagne’s palace” – that is, Aachen within a
network of other palaces and royal monasteries – took the lead in collective acts of repentance. A
vocabulary of royal humility was developed, which was not the same as royal subservience to bishops.
Ultimately, such gestures of repentance were based on the same notion that underpinned Carolingian
religious authority: the conviction that, together with his bishops, the ruler was accountable to God
for the salvation of his people.
Sacrum palatium, comme notion employée pour désigner le palais carolingien,
apparut pour la première fois dans le contexte du synode de Francfort (794), où le
futur empereur Charlemagne présida une assemblée d’évêques réunie pour traiter
de l’hérésie de l’adoptionisme, jugée dangereuse. Par la suite, l’évêque Paulin
d’Aquilée évoqua en détail ces discussions en présence du souverain, alors que
tous étaient assis dans la grande salle du palais sacré
(aula sacri palatii), les prêtres,
les diacres et l’ensemble du clergé se tenant debout en cercle autour d’eux
[1]. Vers
la fin du règne de Charlemagne, l’expression
sacrum palatium s’était répandue. En
813, l’archevêque Hildebald de Cologne était mentionné sous le nom d’
archiepiscopus sacri palatii, et son successeur Hilduin, abbé de Saint-Denis et homme le plus
puissant à la cour de Louis le Pieux, portait le titre d’
archicapelleanus sacri palatii
[2].
Lorsque, en 813, un synode réuni à Tours eut à délibérer sur le choix du pénitentiel
à utiliser, les évêques décidèrent d’attendre les directives qui leur seraient données
une fois « réunis avec tous les évêques dans le palais sacré
[3] ». La même année,
l’archevêque Leidrade de Lyon fit avec fierté à Charlemagne, son « empereur
fidèle et sacré », un récit du succès de la réforme dans son diocèse, le remerciant
de lui avoir envoyé des livres et de lui avoir adressé un chantre; à la suite de ses
efforts et grâce au soutien de l’empereur, les chants de l’office divin de Lyon
furent alors exécutés selon « l’usage du palais sacré »
(ritus sacri palatii)
[4].
On a attribué l’apparition d’un
sacrum palatium carolingien à l’influence
byzantine
[5], et pourtant, à l’époque de Charlemagne, la notion de palais sacré était
bien plus qu’un simple emprunt à la terminologie byzantine ou à celle de la fin
de l’époque romaine, permettant de prêter un éclat impérial aux Grands de la cour
franque, de plus en plus consciente de gouverner un empire. Même si les modèles
romains et byzantins contribuèrent fortement à forger le concept occidental de
sacralité du palais, de telles notions étaient, ailleurs, en usage dans un contexte
culturel différent, lui conférant ainsi un sens nouveau et spécifique. Lorsque
Leidrade de Lyon parlait de « l’usage du palais sacré »
(ritus sacri palatii), c’est AixlaChapelle et non Constantinople qu’il avait à l’esprit. Le palais de Charlemagne
était qualifié de « sacré » parce qu’il était devenu le siège de l’autorité religieuse
royale, le lieu où elle s’illustrait et se définissait. Pour Leidrade comme pour ses
collègues réunis à Tours, le
sacrum palatium était une source d’autorité en matière
de liturgie et de doctrine, un centre religieux vers lequel se tournaient les évêques
pour y trouver la référence de ce qui, à leurs yeux, représentait la véritable
orthodoxie
[6].
Comme le suggèrent les explications fondées sur l’« influence byzantine »,
la notion d’un palais sacré carolingien correspond à la transgression d’un schéma
occidental encore répandu qui définissait les sphères de la politique et de la religion
comme fondamentalement opposées. Cette tradition qui, de longue date, consiste
à concevoir les domaines ecclésiastique et séculier en termes de dualisme antagoniste entre l’Église et l’État – l’un menaçant fatalement l’autonomie de l’autre – a
fait considérer l’autorité religieuse des empereurs byzantins comme une anomalie,
qualifiée de « césaro-papisme »
[7]. Mais ce même héritage intellectuel a profondément influencé l’historiographie politique et religieuse en Occident au début
du Moyen  ge, en particulier celle des deux premiers empereurs carolingiens.
Charlemagne aurait exercé une autorité religieuse trop considérable, faisant de lui
un « césaro-papiste », voire aurait aspiré à une « théocratie royale »; ce souverain
puissant contrôlait parfaitement ses évêques
[8]. En revanche, sous le règne de son fils
Louis le Pieux, on aurait assisté à une transgression inverse, les clercs ayant envahi
de façon illégitime le domaine du pouvoir séculier. Au lieu de se limiter à ses
fonctions sacerdotales et pastorales, l’Église transforma de plus en plus son autorité
religieuse en une autorité politique fondée sur la supériorité de l’
auctoritas épiscopale
sur la
potestas royale
[9]. Ce que l’on a qualifié d’« augustinisme politique » aurait
dominé le règne de Louis, qui, depuis une dizaine d’années, a fait l’objet d’une
réévaluation de plus en plus positive
[10]. Pourtant, l’idée persiste que les évêques
affaiblirent son pouvoir en tant que souverain et, en fin de compte, qu’il en est allé
de même de l’empire carolingien. Plus particulièrement, la pénitence publique de
l’empereur en 833, récemment qualifiée de « premier procès stalinien » de l’histoire,
constitue encore une preuve évidente de la tentative de « théocratie épiscopale »
qui a préparé le terrain à la désintégration de l’empire carolingien après sa mort
[11].
L’État carolingien a fait l’objet de nombreux travaux et débats
[12], mais ce
n’est guère le cas de l’Église qui tend encore à être perçue comme une entité
échappant au temps et au changement. Le terme
ecclesia, qui revient si souvent
dans la législation royale carolingienne, évoque deux notions fondamentales : il
renvoie soit à une hiérarchie ecclésiastique clairement définie et séparée poursuivant ses propres intérêts, soit à une « Église réelle » à vocation universelle, c’est-à-dire une société d’élus détachée de la politique terrestre. Des écarts par rapport
à cette conception moderne d’Église, tels que la coopération et le gouvernement
commun des rois et des évêques – ce qui était courant au début du Moyen  ge – ou
l’emploi du terme
ecclesia pour désigner l’État, tendent à être ignorés ou considérés
comme des anomalies. Malgré des études de plus en plus nombreuses à ne pas
soutenir ce point de vue
[13], on estime que le règne de Charlemagne fut une « théocratie royale », suivie de la « théocratie épiscopale » qui finit par dominer sous le
règne de son fils Louis
[14]. Nous souhaitons ici montrer que le contraste entre ces
deux souverains est à la fois artificiel et fallacieux. Sous le règne de Charlemagne
comme sous celui de son fils, le palais symbolisait l’autorité religieuse du roi,
surtout parce que celui-ci était considéré comme le chef d’un empire qui était
aussi une
ecclesia. Avec ses évêques, il était garant du salut de son
populus christianus
et responsable de ses péchés devant Dieu. Après 814, cet aspect du pouvoir
royal et épiscopal fut défini avec davantage de précision. À plusieurs reprises,
Charlemagne avait initié des actes d’expiation collectifs et publics sans y prendre
lui-même une part importante, mais Louis, avec une humilité véritablement impériale rappelant celle de l’empereur Théodose, joua un rôle capital dans les efforts
collectifs visant à apaiser un Dieu offensé. C’est dans le cadre de cet « État de
repentance » en formation qu’eut lieu, en 833, la pénitence publique de Louis,
créant le contexte dans lequel le conflit politique pouvait désormais être perçu en
termes de péché et de repentir.
Leidrade et ses collègues de Tours n’avaient pas en tête le moindre des
palatia
– nombreux – de Charlemagne, mais bien la résidence royale qui fut appelée par
la suite le « palais premier » : Aix-la-Chapelle
[15]. À partir de l’hiver 774-775, ce
nouveau palais devint la résidence d’hiver préférée du souverain qui, à compter de
l’hiver 801-802, y résida pratiquement en permanence, ne s’en absentant que durant
les campagnes d’été et les chasses en hiver. Les contemporains étaient très impressionnés par ses magnifiques bâtiments, en particulier son
opus mirabile, l’église,
consacrée à la Vierge et ornée de piliers provenant de Rome et de Ravenne. Lorsque Charlemagne s’y installa de façon plus définitive, Aix-la-Chapelle devint un
centre actif doté d’un
vicus florissant, d’un marché et d’un hôtel de la monnaie.
Le caractère sacré du lieu découlait de divers arguments. Son église dédiée à la
Vierge fut comparée au temple de Salomon, et ce à juste titre, car elle comportait,
comme dans le modèle biblique, un centre cultuel relié à une résidence royale.
D’autres sources d’inspiration y transparaissaient également : Byzance, la Rome
impériale de la fin de l’Antiquité et, surtout, la Rome du christianisme originel et
authentique, celui des Actes des Apôtres et des martyrs. Aucun modèle unique
dicté par le passé ne domina l’architecture du palais d’Aix-la-Chapelle ni les multiples significations qu’y associèrent les contemporains et les générations suivantes
[16]. En s’inspirant de références symboliques empruntées à un passé puissant,
le palais d’Aix-la-Chapelle reflétait l’ensemble de la culture carolingienne.
Les écrits contemporains attestent que, à la mort de Charlemagne et à l’accession de Louis le Pieux au trône, le palais ne perdit nullement de son importance
comme siège de l’autorité royale. En succédant à son père à la tête de l’empire
en 814, Louis prenait tout d’abord possession d’Aix-la-Chapelle
[17]. De même, lorsque
l’impératrice Judith fut accusée d’adultère en 830 et envoyée au monastère de
Sainte-Croix à Poitiers pour expier ses fautes, la réhabilitation qui s’ensuivit fut
décrite en termes de réintromission à Aix-la-Chapelle. Par un véritable
adventus
royal qui vit son fils et les Grands de la cour chevaucher à sa rencontre, l’impératrice
fut accueillie sur son trône légitime
[18]. Pourtant, sans se soucier de l’importance
évidente du palais, l’autorité royale carolingienne conservait de multiples foyers.
Aix-la-Chapelle devint le centre d’un réseau et d’une hiérarchie de
palatia qui
créèrent des paysages royaux spécifiques. La présence royale se faisait sentir jusque
dans les palais les plus éloignés, même s’ils n’étaient que rarement visités par les
rois, car ceux qui y résidaient restaient marqués par leurs visites des grands
palatia,
tel celui d’Aix-la-Chapelle. Celui-ci était, comme l’a écrit Stuart Airlie, un « palais
de mémoire » durable, investi d’une autorité royale qui ne dépendait pas uniquement de la présence occasionnelle du souverain et de sa cour, mais surtout des
souvenirs et des expériences de ceux qui s’étaient rendus dans les sièges les plus
en vue du pouvoir royal, jouissant de la gloire qui s’attachait à la proximité du
souverain. Des palais centraux de ce genre représentaient un idéal commun qui
pouvait ensuite être transmis aux demeures royales plus éloignées
[19]. Étant donné
les configurations politiques changeantes, l’emplacement géographique de ces
palais varia avec le temps, mais l’autorité royale fut plutôt associée à des lieux
spécifiques qu’à la seule présence du roi dans celui des palais où il se trouvait
résider – et même dans ceux qu’il ne visitait que rarement.
Le réseau de pouvoir dont Aix-la-Chapelle était le centre ne comportait pas
uniquement des
palatia au sens strict du terme, mais aussi des monastères royaux.
Au cours du VII
e siècle, les reines et rois mérovingiens avaient accordé à certaines
communautés religieuses des privilèges et des immunités qui fondèrent un lien
direct entre le souverain et le lieu sacré, mais leurs successeurs carolingiens dépendirent plus étroitement encore de leur accès aux ressources monastiques. Ces ressources n’étaient pas uniquement constituées des vastes terres que les rois avaient
à leur disposition pour récompenser leurs fidèles sujets, mais comportaient aussi
la prière, essentielle à la stabilité du royaume
(stabilitas regni) et à la victoire des
armées – bref, la « juste adoration » qui garantirait la faveur de Dieu. La
tuitio
carolingienne faisait de ces
monasteria une partie distincte mais intégrante de
l’espace régalien
[20]. Comme c’était le cas pour les palais, la hiérarchie à l’intérieur
de ce réseau de monastères était déterminée par la faveur et la présence royales.
Les plus importants étaient confiés aux abbés et aux abbesses proches de la lignée
royale. Ces
loci sancti, communautés d’hommes comme de femmes, étaient de véritables palais parallèles qui faisaient surtout fonction de dépendances de la cour
[21]
et renforçaient le caractère sacré du palais. À sa s
œur Gisela, abbesse du couvent
royal de Chelles, Charlemagne confia une précieuse collection de reliques
[22], et,
pour remercier Louis le Pieux de sa générosité, l’abbesse de Remiremont assura à
l’empereur que, l’année précédente, sa communauté avait chanté mille psaumes
et célébré huit cents messes pour son salut, celui de la reine et de leurs enfants
[23].
Les plus privilégiés parmi ces monastères servaient de résidences temporaires à la maison royale qui y séjournait régulièrement afin d’y recruter de jeunes
moines et futurs clercs d’Église que leurs abbés envoyaient à la cour pour y faire
leur apprentissage avant d’entrer au service du roi. Ces lieux sacrés servaient aussi
de refuges aux principaux adversaires du roi, aristocrates laïques ou clercs de haut
rang, qui expiaient leurs péchés politiques jusqu’à ce que le vent ait tourné et
qu’ils puissent bénéficier à nouveau de la faveur royale
[24]. Comme s’en rendirent
compte les moines de Fulda en 816, lorsqu’ils durent élire un nouvel abbé, il était
essentiel qu’ils entretinssent de bonnes relations avec le palais. Certains étaient
donc partisans d’élire un abbé issu de l’aristocratie. « Vous savez pourquoi ? Parce
qu’il bénéficiera de la générosité du palais
[25]. » Un équilibre était certes à trouver
entre une trop grande proximité du monde de la cour, principal objet de la réforme
monastique carolingienne, et une trop grande distance par rapport au palais, qui
équivalait fatalement à perdre la
generositas in palatii indispensable à la survie de
la communauté. C’était, de plus, le souverain qui servait de garant en dernier
recours de la conformité du monastère aux règles et d’instance d’appel ultime en
cas de conflit. Les moines mécontents de Fulda firent d’abord appel à Charlemagne
(812), puis à Louis le Pieux (816-817) pour demander que soit rétablie la
regularitas
[26]. Considérant cette époque turbulente, Bruno Candidus, vingt ans après, attribua à Louis le Pieux un long sermon dans lequel il soulignait les principes
fondamentaux de la discipline monastique. Pour cette communauté tentant de
surmonter un passé troublé, l’empereur représentait l’ultime source d’autorité
religieuse
[27].
À la différence des palais, constamment animés par les visiteurs de passage,
les monastères surveillaient de près les limites du
claustrum, l’espace intérieur
retiré auquel seuls avaient accès les membres de la communauté religieuse et
quelques étrangers privilégiés
[28]. Pourtant, la vie monastique faisait partie de l’expérience des « hommes du palais »
(palatini), proches de la maison royale, pour
la simple raison que certains membres de ce cercle béni
[29] avaient vécu auparavant dans un monastère. Témoin Éginhard, dont la célèbre
Vie de Charlemagne a si
souvent été qualifiée de « séculière » et même d’« anticléricale »
[30]. Le premier de
ces qualificatifs est en grande partie dû à ses modèles classiques – Suétone et
Cicéron en particulier –, mais aussi à l’hypothèse antérieure erronée qu’il avait
écrit sa
Vita Caroli pour faire une critique implicite du « moine » Louis le Pieux.
La carrière d’Éginhard ne diffère pas de celle de nombreux courtisans qui passaient
constamment leur vie entre le cloître et le palais. Élevé à Fulda avant de venir à
Aix-la-Chapelle juste après 794, lorsqu’il était adolescent ou jeune adulte, il fut
d’abord
nutritus de Charlemagne, puis courtisan fidèle de Louis le Pieux. Quand
son épouse, Imma, mourut en 836, il se retira dans la communauté religieuse de
Seligenstadt qu’ils avaient fondée tous les deux sur une terre que lui avait donnée
Louis
[31]. Comme on pouvait s’y attendre, il n’y a guère de contradictions entre la
culture classique impressionnante d’Éginhard et les vertus impériales marquées
de valeurs monastiques. Le Charlemagne de la
Vita Caroli était un guerrier victorieux, mais aussi l’incarnation d’une autorité royale religieuse caractérisée par l’humilité. Ceci explique non seulement sa réticence à être couronné empereur
[32], mais
aussi l’assiduité avec laquelle il assistait aux offices dans la chapelle du palais, où
il corrigeait avec soin la manière de chanter les psaumes; il s’attachait pourtant à
ne jamais chanter ou lire en public d’une voix forte. L’empereur supervisait lui-même la liturgie dans ses moindres détails, vérifiant qu’aucun élément impur
ne vînt souiller ces enceintes sacrées
[33]. Le parallèle que fait Éginhard entre la
construction de la chapelle par Charlemagne et son souci de pureté et d’exactitude
des services religieux rappelle l’histoire de Salomon, cet autre grand souverain à
qui Dieu avait donné des directives, après la construction du Temple, à propos de
la fidélité de l’observation des rites
[34]; le roi et son peuple devaient observer les
mandata et caeremonia de Dieu, de crainte qu’Israël ne fût « coupé de la terre que
je leur ai donnée et [qu’]ainsi, cette maison que j’ai bénie » soit exclue de la
présence divine
[35]. Éginhard décrivait un ensemble de règles typiquement royales,
fondées à la fois sur des modèles monastiques et antiques
[36], où figuraient la modération alimentaire, mais seulement dans la mesure convenant à un empereur, une
lectio quotidienne à la table du roi, qui comprenait des passages du
De civitate Dei,
mais aussi les « histoires et hauts faits des Anciens »
(historiae et antiquorum res
gestae). Comme les moines, l’empereur interrompait régulièrement son sommeil,
jusqu’à quatre ou cinq fois par nuit, afin de rendre la justice. Éginhard mentionnait
la
vita interior et domestica de Charlemagne, expression difficile à traduire mais qui
désignait « la vie ordonnée du roi dans le palais
[37] ».
Ecclesiastici et ecclesia
Dans sa
Gesta Caroli, écrite vers 885 dans le monastère royal de Saint-Gall, Notker
ridiculisait certains évêques vaniteux ou carrément stupides qu’il prenait pour
cible privilégiée. À la différence des rois, des abbés et des moines, les évêques
n’appartenaient pas vraiment à l’espace sacré que constituaient les monastères et
les palais
[38]. Cet auteur nous rappelle Alcuin qui, en 801, écrivait à l’archevêque
de Canterbury à propos de sa visite imminente au palais : « Si vous rendez visite
à monseigneur le roi, prévenez vos compagnons et le clergé en particulier de respecter tous les rites et usages religieux concernant la tenue et l’ordre à l’église, de
façon à toujours donner le bon exemple où que vous alliez. Ne les laissez pas porter
des ornements dorés ou des habits de soie en présence du roi; ils doivent se vêtir
humblement comme il sied aux serviteurs de Dieu
[39]. »
Les évêques n’étaient pas la cible des plaisanteries du seul Notker. Les
historiens contemporains tendent également à les critiquer. Ainsi pensent-ils qu’en
définissant la royauté comme un « ministère »
(ministerium) de droit divin, dont le
souverain serait tenu responsable devant le jugement de Dieu, les évêques de la
fin des années 820 et des années 830 reléguaient le roi dans la position d’un
pécheur ordinaire. La royauté devint une fonction conditionnelle, confiée par Dieu
aux bons gouvernants, mais refusée aux mauvais. En vertu du pouvoir que leur
conféraient les clés de saint Pierre, les évêques s’étaient constitués les juges ultimes
à ce sujet : ils étaient donc en mesure d’ébranler le pouvoir royal
[40]. Puisqu’il n’y
avait pas de nette distinction entre fonction et exercice, le souverain était un « fils
de l’Église » dont la conduite morale était soumise au jugement de l’évêque, non
pas en tant que roi, mais « seulement en tant qu’individu, père ou seigneur
[41] ».
Tel est le « dualisme » carolingien qui serait apparu sous le règne de Louis le Pieux,
les évêques assumant la responsabilité morale du royaume en dernier ressort.
Il faut cependant se garder d’oublier que le gouvernement commun des rois
et des évêques faisait partie intégrante de l’histoire de l’Antiquité tardive et du
début de l’époque médiévale
[42]. Dans la Gaule mérovingienne et dans l’Espagne
des Wisigoths, les nouveaux souverains se reposaient sur l’infrastructure préexistante
de l’autorité épiscopale locale et sur une tradition, datant de la fin de l’Antiquité,
qui considérait l’empereur chrétien comme le « vrai chef des évêques ». Ceci ne
signifie pas qu’il n’y eut point de conflits entre souverains et évêques, mais, d’après
les textes synodaux, la tendance dominante qui se développa peu à peu fut celle
d’une « structure synergique-binaire
[43] » selon laquelle roi et évêques partageaient
la responsabilité du salut du
populus christianus. Cette double autorité fut clairement affirmée lors du concile neustro-bourguignon de Mâcon (585), réuni par le roi
Gontran. Les évêques étaient conscients de faire partie d’une
ecclesia transcendant
les limites des
regna, mais ils y exprimèrent aussi le besoin d’une nouvelle unité
politique sous l’autorité d’un seul souverain qui incarnerait et renforcerait cette
Église
[44]. Lorsque, en 614, Clotaire II convoqua un synode auquel assistèrent également de nombreuses personnalités laïques, cette nouvelle unité politique s’était
réalisée, conçue comme un
corpus ecclesiae rassemblant le peuple chrétien, le clergé
(ordo ecclesiasticus) et le souverain
(princeps). Cette
ecclesia était dirigée par un roi
qui bénéficiait du soutien des évêques et de ses hauts dignitaires
(proceres). Le
synode avait pour objet de débattre « ce qui est le plus utile
[utilis] pour le roi et
pour le salut du peuple, et les règles que le clergé devait observer pour son propre
intérêt
[45] ». Lors d’une réunion ultérieure à Clichy (626-627), également sous l’autorité de Clotaire II, on salua ce roi du nom de David parce qu’il gouvernait son
royaume avec l’aide de la providence divine et occupait un ministère prophétique
[46].
C’est dans ce contexte qu’apparaît pour la première fois le concept de royauté
franque comme ministère de droit divin, notion qui fut précisée dans les années
820, mais qui se profilait déjà à l’époque mérovingienne. Au moins dès le début
du VII
e siècle, les rois comme les évêques étaient perçus comme responsables du
salut du
populus christianus et du culte divin. Quand les évêques comparèrent
Clotaire II à David et attribuèrent au roi une
ministratio prophetica, c’est à cette
double responsabilité qu’ils faisaient allusion. S’appuyant sur des structures et des
traditions plus anciennes, les nouveaux souverains profitèrent des synodes pour y
ouvrir des débats publics où traiter les affaires du royaume, au sens le plus large
du terme, dont la réforme du culte et du clergé. Carloman convoqua le
Concilium
Germanicum (742), réunissant les « évêques et magnats »
(episcopi et optimates) pour
exiger le « rétablissement de la Loi de Dieu
[lex dei] et de la discipline ecclésiastique
[aecclesiastica religio], qui s’était effondrée sous le règne des souverains de jadis »,
et chercher « comment le peuple chrétien
[populus christianus] pouvait trouver son
salut et ne pas périr à cause des faux prêtres
[47] ».
Assumer l’autorité royale, comme le firent ces maires du palais, signifiait être
redevable devant Dieu du salut du peuple et, par conséquent, du culte divin, qui
devait être célébré de façon « correcte » et régulière, car c’était de la bienveillance
divine et de l’obéissance aux préceptes divins que dépendait la bonne fortune du
royaume et de l’empire franc. La responsabilité ultime du souverain en ce qui
concerne le « culte du vrai Dieu » (cultus veri dei) fut formulée par Charlemagne
de façon explicite dans le célèbre prologue de l’Admonitio generalis, promulguée à
Aix-la-Chapelle en 789 :
Car nous lisons dans les Livres des Rois les efforts que déploya saint Josué, par ses visites,
corrections et admonestations, pour ramener le royaume que Dieu lui avait donné au
culte du vrai Dieu. Je dis ceci non pas pour me comparer à sa sainteté, mais parce qu’il
est de notre devoir, en tout temps et en tout lieu, de suivre l’exemple des saints et de
rassembler tous ceux que nous pouvons pour s’attacher à mener une vie juste, pour la
louange et pour la gloire de notre Seigneur Jésus-Christ [48].
La responsabilité du souverain quant au
cultus veri dei et au salut de son peuple
est précisée dans le texte biblique lui-même : en découvrant la loi de Dieu dans
le Temple qu’il était occupé à reconstruire, Josué déchira ses vêtements en signe
de pénitence quand il réalisa à quel point la conduite du peuple de Dieu s’était
éloignée de ce qu’exigeait la
lex dei (II Rois 22,11-13). La désobéissance à la loi
de Dieu – la sainte Écriture – nécessitait tout d’abord l’expiation de la part du
souverain qui avait manqué à son devoir de visite, de correction et d’admonition.
Charles se présenta comme «
rector du royaume des Francs et pieux défenseur et
auxiliaire de la sainte Église
(sancta ecclesia)
[49] ». Le
regnum et l’
ecclesia n’apparaissaient pas tout à fait identiques, mais le rôle dirigeant du roi dans ces deux sphères
les rapprochait.
Afin de garantir la conformité aux règles de la célébration du culte divin, les
synodes et assemblées successives – convoqués pour la plupart par le souverain –
insistèrent sur des distinctions de plus en plus strictes à l’intérieur de l’
ordo ecclesiasticus qui servait d’intermédiaire entre Dieu et les hommes. Les distinctions
apparaissent déjà dans l’
Admonitio generalis adressée à l’ensemble plus vaste des
sacerdotes, qui comprenait les prêtres et les évêques, mais c’est à ces derniers
qu’elles s’appliquaient en particulier; puis, les moines et les chanoines furent
considérés comme des personnes apparentées, mais distinctes, ainsi que les religieuses et les vierges consacrées à Dieu mais ne menant pas une vie régulière au
sein d’une communauté; derniers visés, et non des moindres, l’
Admonitio s’adressait à « tous », c’est-à-dire au
populus Dei visité, corrigé et admonesté par son souverain. Ces distinctions entre les divers « ordres » devinrent de plus en plus
complexes. En vertu de leur fonction sacerdotale, les
ecclesiastici – les hommes
d’Église – formaient une catégorie à part, sans que cela permette de qualifier
d’« ecclésiastique » la réforme carolingienne
[50]. Ce fut Charlemagne qui, en 809,
lança une enquête sur l’exactitude du rituel du baptême, sollicitant de ses évêques
des réponses, dont soixante subsistent encore
[51]. En 811, au cours d’un interrogatoire approfondi de ses hommes les plus importants (les
optimitates), les invitant à
se livrer à un examen de conscience collectif et individuel, l’empereur posa la
question essentielle : « Sommes-nous réellement chrétiens
[52] ? » À cette occasion,
les évêques et les comtes durent siéger séparément, reconnaissables par là même
en tant qu’ordres différents chargés de ministères distincts, mais le programme de
la réunion était commun, ainsi que la révélation des manquements personnels
devant l’assemblée tout entière.
L’
ecclesia du IX
e siècle n’était pas, comme elle le sera plus tard, considérée
comme un domaine séparé, et elle ne peut guère non plus être qualifiée d’Église
universelle transcendant les frontières politiques. Dès l’origine, le terme
ecclesia
servit à désigner et à définir l’État carolingien. Selon les
Annales franques royales
de 791, Charles, après avoir consulté les Francs, les Saxons et les Frisons, entreprit de se venger du « mal intolérable » commis par les Avars « contre la sainte
Église, c’est-à-dire le peuple chrétien »
(sancta ecclesia vel populus christianus)
[53]. Il
ne s’agit pas d’une référence à « l’Église en tant qu’institution séparée, ni non
plus d’une appellation pré-moderne du corps politique en l’absence de termes plus
abstraits
[54] »; c’était l’expression de l’identité d’un État franc en expansion qui
provenait du « culte du vrai Dieu » mentionné dans l’
Admonitio generalis. À la chute
du khanat avar, en 796, les évêques carolingiens se réunirent à la nouvelle frontière
non pas, simplement, pour convertir les païens, mais pour éliminer aussi les rites
baptismaux observés par les « clercs illettrés », c’est-à-dire par les prêtres avars qui
prononçaient des formules incorrectes aux yeux des évêques qui suivaient les
armées carolingiennes. Cette
sancta ecclesia était un concept chargé à la fois d’inclusion et d’exclusion. Elle définissait les limites de l’État en ce qu’elle incluait le
« peuple de Dieu » tout entier qui respectait la doctrine et le culte religieux « corrects » et excluait les autres
[55].
En raison de l’autorité religieuse du souverain, le palais lui-même transcendait de telles divisions. Le synode de Francfort (794), qui fut à l’origine de l’expression
sacrum palatium pour désigner le palais de Charlemagne, décréta que tous les
archevêques devaient résider dans leurs diocèses respectifs avec cependant une
exception notable. Avec le consentement formel du pape Adrien, il avait été décidé
que l’archevêque Hildebald de Cologne – plus tard appelé
archiepiscopus sacri palatii – devait résider dans le palais
[56]. Il occupa donc – en principe « en vue des affaires
ecclésiastiques », expression signifiant qu’il était « chargé du culte divin » – un
palais sacré destiné à être le centre d’une
ecclesia. Comme le dit Janet L. Nelson,
Aix-la-Chapelle devint « un nouveau type de centre religieux, le théâtre des rites
de la souveraineté », et l’on peut se demander avec elle si l’absence d’un évêque
local susceptible de faire de l’ombre au roi faisait grande différence
[57]. Le palais fit
respecter la hiérarchie et les distinctions ecclésiastiques entre les
ordines, mais
ceux-ci ne s’appliquaient pas à la communauté du palais, qui était le centre de
l’
ecclesia. Et c’était vers le palais que se tournaient les évêques tels que Leidrade
de Lyon pour y trouver les modèles du culte divin.
Cette conception du corps politique franc en tant qu’
ecclesia fut, dans l’ensemble, élaborée dans les textes liturgiques, et surtout dans les commentaires
bibliques dédiés aux souverains ou commandés par eux. Il existe peu d’ouvrages
historiques commandités par les rois carolingiens, et nous ignorons si ceux-ci lurent
jamais les
Annales franques royales, mais nous savons qu’ils en appréciaient l’exégèse. Charlemagne s’entoura d’éminents théologiens, tels Théodulf et Alcuin, et
passa commande au clerc Wigbod, par ailleurs inconnu, d’un commentaire de la
Genèse
[58]. S’inscrivant dans la lignée de l’exégèse spirituelle fondée par Augustin,
Jérôme, Ambroise, Grégoire le Grand et Bède, ces théologiens érudits créèrent
une tradition exégétique carolingienne vivace qui perdura au moins trois générations. Rois et reines faisaient partie des principaux destinataires de ce commentaire
qui portait en particulier sur les livres de l’Ancien Testament
[59]. Il ne s’agissait pas
d’une comparaison simpliste entre les Francs et le « Nouvel Israël
[60] ». En revanche,
la signification allégorique et spirituelle de l’exégèse était soulignée, transformant
ainsi l’histoire du « peuple antérieur » – la Synagogue, qui avait perdu son statut
d’élue de Dieu faute d’avoir reconnu le Christ en tant que Sauveur – en une vérité
plus profonde, la victoire d’une
ecclesia qui avait alors succédé à Israël en tant
qu’Élue. Seule une lecture spirituelle permettait de saisir le sens profond de
l’Ancien Testament. Une connaissance parfaite des Écritures et de ses multiples
niveaux d’interprétation était essentielle pour des souverains chargés de corriger
leur
ecclesia – point de vue exprimé par le biographe de Louis le Pieux, Thégan,
qui décrivit Charlemagne corrigeant les Évangiles sur son lit de mort et Louis le
Pieux en véritable expert de la signification allégorique des Écritures
[61].
Seul le
rex sapientissimus, capable de saisir les multiples niveaux de sens des
Écritures, pouvait en effet être le véritable
rector de son peuple chrétien. Ceci fit
dorénavant partie intégrante de la définition d’un bon roi, et nous avons bien des
preuves du vif intérêt manifesté par les souverains aux travaux d’exégèse. Quant
à l’orthodoxie de ces textes, les auteurs attendaient le jugement royal avec impatience. Raban Maur, abbé de Fulda et archevêque de Main († 856), fournit l’essentiel de l’Ancien Testament à Louis le Pieux, ses fils Lothaire et Louis le Germanique
ainsi qu’aux impératrices Judith et Ermengarde. Ses lettres dédicatoires donnent
une image vivante des souverains s’appliquant à mettre à jour leur bibliothèque
de textes exégétiques fondamentaux et aimant se réunir à la cour avec les lecteurs
les plus instruits
(sapientissimi lectores) afin d’en assimiler et de juger le contenu.
Pour Raban, l’
historia de l’Ancien Testament était sacrée, mais sa véritable signification apparaissait au niveau spirituel, où le « peuple antérieur » était devenu une
ecclesia gentium victorieuse. Dans le contexte d’un empire carolingien en expansion,
les thèmes traditionnels de l’exégèse des Pères de l’Église prenaient un sens nouveau
[62]. Dans les commentaires bibliques de Raban Maur à l’usage des rois et des
reines, l’
ecclesia gentium qui, par opposition à la Synagogue, incluait tous les peuples
prêts à reconnaître le Christ, représentait une image puissante de l’empire contemporain. En 830, lorsque l’impératrice Judith fut accusée d’adultère, Raban lui dédia
deux commentaires des Livres de Judith et d’Esther dans lesquels il comparait
l’impératrice en détresse aux deux héroïnes de la Bible qui représentaient des
« types » de l’
ecclesia; l’auteur se qualifiait lui-même de « petite part du peuple
que vous gouvernez
[63] ». Ce lien étroit de l’impératrice Judith avec l’
ecclesia et un
populus christianus qu’elle était habilitée à « gouverner » était, certes, une arme
puissante; il fournit, de plus, un exemple de la façon dont l’État carolingien pouvait
être défini en termes d’exégèse. Mais tel était aussi le langage des textes pseudo-politiques comme l’
Ordinatio Imperii de 817, par lequel Louis le Pieux tenta, avec
ses
fideles, de préserver à la fois l’unité du royaume et les aspirations de ses fils :
l’unité de l’empire, protégée par Dieu, ne devait pas être détruite par l’esprit de
division humain, « de crainte que ceci ne cause un scandale dans la
sancta ecclesia
et que nous ne subissions la colère de Celui en qui reposent tous les droits des
royaumes
[64] ». C’est cette crainte de la colère de Dieu qu’il convient maintenant
d’aborder.
Il était de la responsabilité du souverain de rétablir l’ordre dans le royaume en
apaisant la colère de Dieu. Un capitulaire de 806, adressé « à tous » et traitant des
mesures à prendre en cas de famine, de mortalité, de peste, de mauvais temps ou
de toute autre tribulation, déclarait que « les hommes ne doivent pas attendre
notre décret, mais prier aussitôt pour implorer la pitié de Dieu
[65] ». Apparemment,
le « tous », à qui s’adressait cet avis, renvoyait à un souverain et à une cour qui
identifiaient les « tribulations », puis prenaient l’initiative de recommander dans
tout l’empire une intensification de la prière. Pouvait-on prescrire des jeûnes et
des litanies sans avoir reçu les instructions spécifiques du palais ? La question se
posait. À partir de 790, les textes mentionnent des épisodes d’expiation collective
par ces trois méthodes
[66]. Durant la campagne contre les Avars, on implora Dieu
pour qu’il accordât la victoire, non seulement avant la traversée de la frontière,
mais aussi à Ratisbonne où, à la demande de Charlemagne, la reine Fastrade dut
organiser semblables récitations de litanies avec son entourage de
fideles
[67]. Durant
l’année 805 où la famine fit rage, le roi lança un appel général au jeûne et à la
prière auprès des évêques et peut-être aussi des comtes – il subsiste encore une
lettre qu’il écrivit à ce sujet à l’évêque Gerbald de Liège. Après avoir dûment
consulté ses
fideles, religieux comme laïcs, Charlemagne pria Gerbald d’organiser
trois jeûnes de trois jours, « qui devaient être observés par tous sans exception
[68] ».
Ces actes d’expiation initiés par le palais étaient de type collectif. Il était
important que tous fussent impliqués, selon le rang qu’ils occupaient dans la hiérarchie des ordines complémentaires. Ceux qui ne pouvaient y participer pour raisons
d’infirmité devaient trouver une autre forme d’expiation appropriée; tous étaient
tenus de se réunir à la neuvième heure dans leur paroisse et, si les conditions de
lumière et d’espace le permettaient, de marcher en procession en chantant des
litanies avant de retourner à l’église pour y psalmodier et entendre la messe. Tous
les prêtres devaient célébrer un office divin, et tous les clercs, moines et femmes
consacrées à Dieu qui pouvaient le faire, chanter cinquante psaumes; quant à la
prière, chacun avait une obligation personnelle, mais c’était le peuple de Dieu tout
entier, défini dans cette lettre comme les « membres du corps de la sainte Église »,
à qui on demandait d’apaiser la colère de Dieu par la pénitence; c’est pour cette
raison que la lettre devait être lue dans tous les monastères et églises baptismales.
La vengeance divine se manifestait par des phénomènes anormaux et exceptionnels : on rapporta qu’il y eut dans tout l’empire des sécheresses entraînant la
famine, un climat déréglé, cause de destructions des récoltes, des cas de peste et
des incursions d’armées ennemies à une échelle sans précédent. Le peuple de
Dieu avait péché. Il devait donc expier ses fautes collectivement :
Et nous pouvons sûrement déduire de ces signes manifestes que nous, qui sommes obligés
de souffrir en public de tels maux, avons offensé intérieurement le Seigneur. C’est pourquoi
il nous semble entièrement juste que chacun d’entre nous doive s’efforcer humblement en
son cÅ“ur de découvrir en quoi il a offensé Dieu, par action ou par pensée, expier ses fautes
en faisant pénitence, se lamenter en versant des larmes et se garder à l’avenir de ces
fautes au mieux de ses capacités [69].
De tels actes de repentance collectifs caractérisèrent aussi le règne de Louis le
Pieux, mais, en assumant le poids du péché et la responsabilité de l’expiation,
le souverain et le palais jouèrent un rôle plus central encore, dans la mesure où le
capitulaire issu de l’assemblée d’Attigny (822), au cours de laquelle Louis se réconcilia avec ses ennemis, décrivit l’empereur prenant l’initiative d’une confession
publique de ses péchés, donnant à ses évêques un « exemple des plus recommandables
[70] ». Suivant son exemple, ces derniers se confessèrent publiquement, à leur
tour, avouant leurs manquements dans l’accomplissement de leur ministère. Ainsi
se précisait la notion suivant laquelle le souverain était responsable du salut du
« peuple que Dieu nous a confié », avec l’aide des évêques
(adiutores). L’un des
biographes de Louis, que l’on appelle l’Astronome, soulignait la nature spontanée et
volontaire de l’expiation du souverain carolingien qu’il comparait à son prédécesseur
romain Théodose : il s’agissait rien moins que d’une humilité vraiment impériale
[71].
En 811, Charlemagne avait examiné avec ses évêques et les principaux laïcs
la question essentielle : « Sommes-nous réellement chrétiens ? » L’hiver 828-829,
lorsque les proches de Louis le Pieux se réunirent à Aix-la-Chapelle, la question
était alors de savoir « en quoi avons-nous offensé Dieu ? » Une série de défaites
militaires, des famines et de sinistres présages – minutieusement rapportés dans
les Annales franques royales – donnèrent lieu à un appel concerté à la prière et à la
réforme ainsi qu’à l’expulsion du palais de boucs émissaires à qui l’on reprochait
ces maux considérés comme punitions divines. En février 828, les comtes Matfrid
d’Orléans et Hugues de Tours furent privés de leurs honores sous prétexte qu’ils
n’avaient pas bien mené une campagne contre les Sarrasins, mesure controversée
qui allait par la suite coûter cher à Louis. Les deux crises politique et religieuse qui
suivirent – l’accusation d’adultère commis par l’impératrice Judith avec Bernard
de Septimanie, en 830, et l’imposition à l’empereur d’une expiation publique
en 833 – ont dominé les interprétations des années précédentes. Chaque texte
exprimant des craintes quant au manque de pureté du populus christianus et un
sens du danger imminent de la rétribution divine fut considéré par les historiens
comme une critique voilée d’un empereur faible au nom de la religion.
La
Translatio Marcelli et Petri d’Éginhard en fournit un bon exemple. Le récit
de la translation, audacieuse mais réussie, des restes de ces martyrs romains relate
l’histoire du démon Wiggo qui dresse la liste des péchés de ceux qui, dans le
passé, causèrent les pestes et fléaux du royaume. Éginhard mentionne aussi une
communication écrite de l’archange Gabriel sur des faits qui doivent être impérativement connus à propos des martyrs; il présenta cet ouvrage à l’empereur Louis
qui le lut en entier, sans en appliquer tous les préceptes. Éginhard, qui était
visiblement très préoccupé par les désastres qui avaient frappé le royaume, attribuait toute adversité au non-respect des préceptes divins; il en rendait particulièrement responsable le souverain, qui devait rendre compte à Dieu de tous les péchés
de son peuple
[72]. Ce texte n’est pas, comme on l’a pourtant prétendu, une mise en
accusation de l’empereur, et la célèbre
Vita Caroli d’Éginhard ne peut guère non
plus être considérée comme une « contre-image » et une critique implicite de
Louis, qui devrait donc être datée des années 828-829
[73]. De telles interprétations
sont basées sur l’hypothèse que l’appel urgent à la réforme religieuse était en fait
une attaque unilatérale du clergé contre l’autorité royale, excluant la possibilité
que l’empereur lui-même ait pu jouer un rôle important dans sa quête anxieuse
menée pour apaiser Dieu : la confession et l’auto-accusation. On oublie trop facilement que, six ans auparavant seulement, Louis avait entraîné ses évêques dans
une confession publique à l’assemblée d’Attigny.
Autre exemple de la tendance consistant à confondre l’anxiété collective
avec une critique du souverain par le clergé : la lecture actuelle de la missive royale
qui suivit l’assemblée de l’hiver 828-829
[74]. Il existe deux versions de cette lettre.
Dans la plus courte, l’empereur Louis prescrivait un nouveau jeûne de trois jours,
après l’octave de la Pentecôte, « à observer par tous avec une extrême dévotion »;
pour combattre les ennemis qui s’attaquaient à la
sancta ecclesia et infestaient « le
royaume que Dieu nous a confié », tous les hommes soumis aux obligations militaires devaient se préparer au combat. De plus, après consultation auprès des
sacerdotes et autres
fideles, il fut décidé que quatre synodes se réuniraient au printemps 829 à Mayence, Paris, Lyon et Toulouse. La version la plus longue de cette
lettre, publiée conjointement par les empereurs Louis et Lothaire, contient une
longue digression sur la colère divine, les tribulations infligées au peuple de Dieu
et leurs causes : « Des scandales causés par les tyrans avaient eu lieu dans ce
royaume »
(scandala per tyrannos in hoc regno exsurgunt). On perçoit ici l’influence
d’un traité irlandais, « Les douze abominations du monde », du Pseudo-Cyprien,
et plus précisément de sa neuvième abomination, le « roi sans justice »
(rex iniquus),
qui entraînerait des calamités de dimensions cosmiques, semblables à celles mentionnées dans la lettre de Charlemagne à Gerbald de Liège
[75]. L’évêque Jonas
d’Orléans, qui assura la rédaction des actes du concile de Paris (829), y cita ce passage
qu’il inclut également dans sa
Vita regia, écrite en 831 pour Pépin d’Aquitaine
[76].
On a beaucoup parlé du
rex iniquus comme instrument de critique épiscopale
de l’empereur Louis. La référence aux « scandales causés par des tyrans » a mené
à la conclusion que cette version plus longue de la lettre impériale appelant à
l’expiation avait été forgée par les évêques
[77]. D’autres ont affirmé que le roi sans
justice du Pseudo-Cyprien était devenu une référence pour bâtir de nouveaux
« modèles épiscopaux » de royauté chrétienne
[78]. Cette vision particulière d’une
royauté injuste et de ses conséquences à l’échelle cosmique pour le peuple et le
royaume s’inspirait surtout de textes bibliques disponibles et très lus également
en dehors du monde insulaire. C’est une des raisons pour lesquelles cet argument
tomba dans un terrain fertile : le souverain dont les iniquités entraînaient la ruine
de son peuple était un thème familier de l’Ancien Testament. Au lieu de supposer
d’emblée que toute référence au
rex iniquus ou toute variation sur ce thème est un
exemple de critique épiscopale des rois tombés dans l’erreur, l’éventualité d’une
autocritique doit être prise en compte, à l’instar du roi David, dont l’humilité et
l’esprit de pénitence renforcèrent l’autorité. Mais la version plus longue de la lettre
impériale présente surtout deux souverains pénitents déclarant avoir « d’autant
plus péché que nous aurions dû incarner le salut pour tous et nous soucier de tous
et corriger les actes des méchants par notre autorité impériale, afin qu’elles ne
croissent plus
[79] ». S’il s’agissait d’un faux conçu par un évêque, ce qui semble
douteux en raison du mode de transmission du manuscrit, il constituait également
une affirmation éloquente de l’autorité religieuse royale.
Le synode qui se réunit à Paris en 829, à la suite de l’appel impérial à
l’expiation collective, est bien connu dans l’histoire des idées politiques, après que
Jonas eut cité un court passage de la célèbre lettre du pape Gélase à l’empereur
Anastase. À la fin du XI
e siècle, cette lettre devint l’un des textes clefs invoqués
pour soutenir la supériorité de l’autorité pontificale sur la
potestas impériale, ce qui
explique pourquoi le synode de Paris est devenu le
locus classicus d’un dualisme
émergeant du pouvoir séculier et de l’autorité épiscopale, chacun étant le chef
suprême dans sa propre sphère de compétence, les évêques étant simplement un
peu plus « suprêmes » que le souverain
[80]. Ce synode fut réputé être le premier
effort concerté visant à « établir le gouvernement ecclésiastique comme une entité
politique intangible et à part entière, séparée des institutions séculières
[81] ». L’affirmation selon laquelle l’objectif central de cette réunion était la séparation
(Abgrenzung) du
regnum et du
sacerdotium provient de l’importance excessive accordée à
ce qui est en fait une citation altérée de la lettre de Gélase, qui mentionnait
« deux augustes impératrices gouvernant le monde
[82] ». Ceci dénote également une
ignorance totale du reste de ce long texte et l’oubli du contexte d’où il est extrait.
Le synode de Paris fut réuni pour identifier les péchés des Grands et du
peuple afin d’apaiser un Dieu offensé. Selon la tradition de la
correctio carolingienne, ce synode visait à combattre la
confusio, c’est-à-dire à rétablir l’ordre en
clarifiant et en ré-imposant les distinctions entre les
ordines. Les sphères ecclésiastique et royale devaient donc être définies avec plus de précision, mais ces deux
« personnes », la personne sacerdotale et la personne royale, faisaient partie d’une
ecclesia rassemblant tous les sujets du roi, c’est-à-dire un « peuple chrétien » non
pas universel, mais Franc. Contrairement à la lettre originale de Gélase et à ses
interprétations ultérieures, le souverain et les évêques étaient considérés à Paris
comme faisant partie de l’
ecclesia et directement responsables de leurs actes devant
Dieu. On pourrait certainement qualifier ce point de « dualiste », mais d’une nature
réciproque et complémentaire. Évêques et souverains sont dépeints comme responsables de leur bien-être et de leur salut réciproques, le souverain ayant, en
vertu de son ministère, le droit de corriger ses évêques. Plutôt qu’une vision hiérocratique de la souveraineté épiscopale suggérée par une lecture superficielle de la
citation de Jonas figurant dans la lettre de Gélase, les actes du synode de Paris
reflètent l’anxiété des évêques face au pouvoir impérial, redoutable, et qui essayaient
de défendre leurs droits vis-à-vis d’un souverain qui avait librement puisé dans les
biens du clergé pour récompenser son entourage. Mais il importait surtout que
les « ministères » complémentaires du souverain et des évêques, qui avaient
dépassé les limites de leurs sphères de compétence respectives, soient séparés et
plus clairement définis, car cette confusion était perçue comme l’unique source
de tous les maux qui avaient assailli le
populus christianus
[83]. Ceci, nous l’avons vu,
provenait de l’ancienne tradition franque, de même que la conception de la royauté
formulée en termes de « ministère ». Dans l’
Admonitio generalis, Charlemagne était
présenté comme l’
adiutor sanctae ecclesiae, et toutes les autorités modernes sont
d’accord pour dire qu’il ne s’agit nullement là d’une soumission royale; mais,
lorsque Jonas présenta Louis de la même manière, ceci apparut comme un exemple
de son infériorité par rapport aux évêques, typique de cette époque et de cet
empereur
[84]. Pourtant, un
ministerium de droit divin n’impliquait pas nécessairement
un affaiblissement du pouvoir royal. L’idée de ministère provenait au contraire
d’une longue tradition de réflexion sur les fonctions sacerdotales; appliquer systématiquement cette notion à la royauté revenait à reconnaître et à définir l’autorité
religieuse du roi.
La question la plus importante, en 828-829, était que les deux « personnes »
estimaient avoir manqué aux devoirs de leur
ministerium de droit divin et devaient
être corrigées
[85]. Les souverains n’étaient pas les seuls coupables, les évêques
l’étaient également; en fait, la première partie, et la plus importante, des actes
synodaux traite des nombreux points où les évêques estimaient avoir failli. Elle
contient une longue litanie de leurs péchés : simonie, avarice, cupidité, vanité,
manque d’hospitalité, emploi des biens de l’Église pour leur propre gloire, oppression des fidèles, grands manquements en matière de chasteté; bref, mieux valait
se passer d’évêques que d’en avoir qui fussent fautifs. La seconde partie est consacrée aux « rois et aux princes et, plus généralement, à tous les fidèles », pour
reprendre les termes de Jonas. Elle mentionne le « roi injuste » du Pseudo-Cyprien,
mais cette allusion semble insignifiante en comparaison de bien d’autres textes
cités faisant autorité, la Bible en particulier, qui contenaient tout ce que les rois
devaient savoir sur l’accomplissement de leur ministère
[86]. Les actes du synode de
Paris sont avant tout une déclaration du besoin commun de ces deux « personnes »
d’identifier leurs péchés et de faire pénitence pour le
scandalum qu’ils avaient
causé dans la
sancta ecclesia. Cette expression fait allusion aux péchés publics et
scandaleux censés troubler un ordre social d’inspiration divine et qui devaient donc
être expiés par une pénitence tout aussi publique. Un scandale de ce type attirant
le châtiment divin est souvent mentionné dans les actes du synode de Paris : rien
de surprenant à cela, étant donné que cette réunion avait pour principal objectif de
déterminer en quoi Dieu avait été offensé. Pourtant, puisque l’on a si souvent
interprété ce synode en affirmant que les évêques y avaient imposé leur autorité
supérieure au souverain, il importe de souligner que le terme
scandalum apparaît
le plus fréquemment dans la section « ecclésiastique » de ce texte, dans laquelle
les évêques exposaient leurs propres péchés
[87], nombreux. Ce n’est que tout à la
fin d’un résumé de leurs délibérations, présenté par les évêques à leur souverain,
que fut mentionné le « palais sacré » comme source potentielle de
scandalum. « Il
convient que votre maison sacrée apparaisse admirable, respectable et imitable, et
que sa bonne réputation rejaillisse sur tous les sujets de votre gouvernement aussi
bien que sur les nations étrangères
[88]. » Ici, le danger virtuel susceptible de menacer
la réputation
(fama) du palais – et, par la suite, celle du royaume – est souvent
attribué à la dissension et à la discorde, mais le palais allait bientôt devenir le centre
d’un scandale de nature plus dangereuse : une impératrice accusée d’adultère, donc
de déshonorer l’État.
Les années précédentes, faites d’introspections, de reproches mutuels et d’autoaccusations contribuent à expliquer comment Judith a pu devenir un bouc émissaire des peurs d’une cour gouvernée par l’angoisse. L’impératrice fut non seulement obligée d’expier ses propres péchés, mais aussi la souillure du royaume entier
dont elle était accusée. Là résidait le c
Å“ur du « scandale » : les souverains carolingiens, en charge d’un « ministère », étant les plus à même d’offenser Dieu et
l’
ecclesia, c’était donc l’expiation publique des rois, des reines, des évêques et des
« personnalités marquantes » que l’on estimait être la plus susceptible d’apaiser
une divinité en colère
[89]. Judith fut accusée d’adultère parce qu’on pensait qu’elle
jouait un rôle primordial pour le bon ordre politique et le salut du peuple chrétien
en tant que gardienne de l’honneur et de la pureté du palais, et en tant que reine
chargée elle aussi d’un « ministère », car, avec son époux, elle gouvernait l’empire/
ecclesia. Comme le nota l’archevêque de Lyon, Agobard : « Si la reine est incapable
de se gouverner, comment peut-elle préserver l’honneur
[honestas] du palais, ou
bien tenir convenablement les rênes du royaume ?
[90] » Dans les années 820 et 830,
ceux qui avaient la charge d’un
ministerium encouraient le risque de jouer le rôle
de bouc émissaire; mais, plutôt que de considérer un ministère de droit divin
comme une restriction ecclésiastique au pouvoir royal, il faut se rappeler que les
clercs définissaient aussi leur propre charge comme un ministère – le
ministerium
sacerdotale –, qu’ils ne considéraient vraisemblablement pas en termes d’asservissement déshonorant. L’humilité, après tout, élevait les évêques tout autant que les
souverains.
En 833, le fils aîné et co-empereur Lothaire accéda au pouvoir. En octobre,
une foule nombreuse rassemblée dans l’église Saint-Médard de Soissons vit Louis
le Pieux se prosterner devant le maître-autel, en larmes, confessant ses crimes et
implorant une pénitence publique, car il avait scandalisé l’
ecclesia. Après cette
confession publique, il tendit une liste écrite de ses péchés aux évêques, qui la
placèrent sur l’autel. Il y déposa ensuite son ceinturon militaire
(cingulum militiae),
symbole de son ministère royal, échangeant sa tenue de roi pour la robe du pénitent
[91]. Ce récit, qualifié d’« odieuse comédie
[92] » par Louis Halphen, est celui des
évêques eux-mêmes qui, dans une déclaration commune, défendirent la légitimité
de cette cérémonie, soulignant qu’il s’agissait là d’une pénitence entièrement
consentie. Mais les biographes de Louis le Pieux, revenant sur ce point après qu’il
eut repris le pouvoir, déclarèrent qu’on lui avait imposé une pénitence pour des
péchés déjà expiés à Attigny en 822; ils en soulignèrent la nature non délibérée,
ce qui l’invalidait. Cette révolte fut en fin de compte d’aussi courte durée que
celle de 830, car, le 1
er mars 834, Louis fut solennellement réhabilité à Saint-Denis.
Pourtant, l’opinion la plus courante parmi les historiographes modernes est que
cette honteuse humiliation de Soissons avait réduit l’empereur à l’impuissance
politique pour le restant de son règne
[93].
Il ne fait aucun doute que le souverain a agi sous la contrainte. Mais ceci ne
signifie pas pour autant que « les évêques » aient préparé sa déposition en faisant
de lui un simple pécheur soumis à la juridiction ecclésiastique, ou qu’ils aient
organisé le « premier procès stalinien » de l’histoire. Les évêques qui soutenaient
le parti de Lothaire, notamment Ebbon de Reims et Agobard de Lyon, avaient
imposé à l’empereur une pénitence publique; ceux qui se rallièrent à la cause de
Louis le réconcilièrent à Saint-Denis, lui rendant sa tenue et son armure royales.
Ils n’étaient donc pas tous unis pour saper l’autorité impériale ou l’État. Et la
pénitence publique de 833 n’était pas non plus une infâme humiliation, comme
on a pu le faire croire. À l’époque, la question controversée n’était pas de savoir si
un empereur pouvait ou devait expier publiquement des péchés qui avaient affecté
le salut du royaume – ce qu’avait fait Louis le Pieux en 822 au milieu des acclamations –, mais si celui-ci s’y était livré, volontairement ou non. De plus, qu’une telle
pénitence pût rendre l’empereur à jamais incapable de gouverner restait sujet à
débat, ce qui explique pourquoi ses adversaires tentèrent de faire pression sur lui
pour qu’il prononçât des v
Å“ux monastiques. L’épisode de 833 n’était donc pas un
simple acte de déposition au nom d’une discipline ecclésiastique par lequel « le
clergé réussit à imposer de nouveaux standards de conduite à des laïcs que la
pénitence touchait aux points sensibles, notamment dans les domaines de l’activité militaire et sexuelle
[94] ». La
paenitencia publica fut avant tout un instrument de
l’autorité royale.
La pénitence publique, distincte de la pénitence « occulte » imposée pour
des péchés n’ayant pas causé de
scandalum, apparaît pour la première fois vers l’an
800 dans des textes étroitement liés à la cour royale
[95]. Le mot clé est
scandalum,
qui dénotait une dissension, une lutte et une confusion dangereuses, risquant de
contaminer la communauté chrétienne tout entière
(ecclesia), offensant un ordre
social d’inspiration divine et, en fin de compte, Dieu lui-même. Ce fut l’une des
questions essentielles mises au programme des synodes de Charlemagne en 813,
et la raison pour laquelle les évêques réunis à Tours espéraient des directives supplémentaires du
sacrum palatium
[96]. À l’époque carolingienne, la pénitence publique fut
présentée par ses défenseurs les plus éloquents comme un retour à une discipline
canonique qui avait fleuri au début du christianisme, mais ce pseudo-rétablissement
d’une discipline ancienne représentait en fait un nouveau type d’expiation dirigée
principalement contre les crimes flagrants de nature violente ou sexuelle – rébellion, vol, viol, inceste – qui avaient troublé l’ordre de la société chrétienne. Les
chefs de l’
ecclesia étaient davantage susceptibles que les autres d’être la cause
d’offenses aussi dangereuses, si bien que la pénitence publique n’était pas imposée
aveuglément aux pécheurs, mais surtout aux membres de l’élite dont les péchés,
en vertu de l’importance de leur fonction et de leur ministère, étaient d’autant
mieux connus et objets de scandale.
Les hommes d’Église n’échappaient pas à ce régime, car il existait pour eux
une version de la
paenitentia publica appelée « pénitence canonique » : elle exigeait
également un retrait de toute fonction publique et une expiation qui, ainsi que
dans les autres cas, était exécutée dans l’enceinte d’une communauté religieuse.
Un ecclésiastique de haut rang, l’archevêque Ebbon de Reims, bouc émissaire de
la rébellion de 833, fut puni de cette façon. Après sept années d’expiation dans
le monastère de Fulda, il estima qu’il pouvait alors légitimement regagner son
archevêché. Défendant son cas, il observa : « L’autorité moderne du palais a visiblement obligé les laïcs, hommes et femmes, à revêtir l’habit monastique de pénitent
uniquement pour les laisser revenir à leur statut séculier antérieur une fois la paix
rétablie; il n’y a donc rien d’inconvenant à ce qu’un ecclésiastique déchu, après
avoir humblement donné satisfaction, recouvre ses fonctions antérieures
[97]. » La
pratique que cet évêque déchu qualifiait sans concession de
moderna auctoritas
palatii – soit le retrait dans un monastère pour une expiation temporaire qui pourrait
prendre fin « une fois la paix rétablie » – rappelait les nombreuses occasions où
Louis le Pieux avait utilisé la pénitence publique comme instrument essentiel de
la discipline royale. Après les rébellions de 818 et de 830, ses adversaires – religieux
ou laïcs – furent conduits dans des monastères pour expier leurs fautes politiques,
réapparaissant une fois que le vent eut tourné. La pénitence publique de ceux qui
étaient les plus portés au
scandalum, les principaux adversaires laïques et ecclésiastiques de l’autorité royale, était une expiation dont la durée dépendait de la « paix »
à rétablir – c’est-à-dire du souhait émis par le souverain de mettre fin à l’expiation
[98].
C’est cette
paenitentia publica administrée par les évêques que Lothaire utilisa
comme instrument de l’autorité royale contre son père en octobre 833. Au lieu de
considérer cet épisode comme une tentative de théocratie épiscopale ou comme
une simple déposition voilée par un rituel ecclésiastique profondément humiliant,
il faudrait prendre en compte son résultat. Avec du recul, l’Astronome a pu dépeindre
Louis le Pieux comme un empereur ayant un pied dans le monastère : seules ses
fonctions royales l’avaient empêché de suivre ses inclinations religieuses, et sa
confession publique de 822 avait fait de lui un nouveau Théodose. Cette présentation visait à accroître la réputation de l’empereur et non à diminuer sa stature.
Comme cela avait été le cas des rois wisigoths, devenus pénitents après que leurs
fils eurent fait une tentative réussie de prise du pouvoir, la pénitence de 833 a pu
être perçue par les adversaires de Louis le Pieux comme une issue honorable
donnée au vieux souverain pour qui l’humilité et l’expiation faisaient désormais
partie du discours impérial
[99]. Pour autant qu’on le sache, Louis le Pieux a peut-être
accepté sans sourciller le rituel de Soissons, sachant qu’une pénitence publique
était aussi éphémère que le souverain qui l’avait imposée. Il n’alla cependant pas
jusqu’à faire par la suite une profession de foi monastique, qui aurait été le signe
d’un réel adieu définitif au pouvoir impérial
[100].
En 885-886, le moine Notker Balbulus de Saint-Gall écrivit sur un empereur
qu’il n’avait pas personnellement connu et un palais qu’il n’avait jamais visité :
Charlemagne et Aix-la-Chapelle. Dans cette enceinte, l’empereur, omniscient,
pouvait toujours voir ce que les nobles résidents étaient en train de faire, expliquait
Notker, du haut de ses appartements privés
(solarium) qui dominaient la cour.
Même les domestiques ne pouvaient échapper à sa surveillance : les résidences
des Grands étaient toutes situées au niveau supérieur, si bien qu’à l’étage inférieur,
non seulement l’ensemble de leur suite et de leurs serviteurs, mais aussi tout autre
personne pouvait s’abriter de la pluie ou de la neige, du froid ou de la chaleur, sans
pouvoir se dérober au regard scrutateur de Charlemagne
[101]. Était-ce là seulement le
produit de l’imagination de Notker, soixante-dix ans après la mort de Charlemagne
– projection de ses idéaux de vie monastique sur une cour et un palais du passé,
ou, comme un historien l’a observé ironiquement, anticipation par un moine écrivain de la prison panoptique de Michel Foucault
[102] ? Ou bien cette vision du palais
en tant que lieu de discipline quasi monastique était-elle un héritage de Louis le
Pieux, l’empereur qui avait transformé le monastère en un « modèle pour l’Empire
[103] » ? Il apparaît que le texte de Notker nous livre une image devenue familière
aux petits-enfants de Charlemagne et à leurs contemporains : celle d’un souverain
qui surveillait de près son
sacrum palatium et son royaume, gardant un
œil sur ses
courtisans aussi bien que sur son
populus christianus. Comme l’écrivirent Hincmar
et ses confrères évêques à Louis le Germanique en 858 : « Votre palais devrait être
sacré, non sacrilège
[104]. » Les auteurs de cette lettre étaient des « hommes du palais »,
qui savaient parfaitement ce que devait être une demeure impériale. Le récipiendaire
royal de cet avertissement savait de son côté quel idéal il lui fallait viser. Pour les
évêques comme pour les rois, la question demeurait celle posée par Charlemagne :
« Sommes-nous de bons chrétiens ? » Trois générations plus tard, c’est encore au
palais que la réponse était à trouver.
Traduit par Pauline Baggio-Huerre
[1]
PAULIN D’AQUILÉE,
Libellus sacrosyllabus episcoporum Italiae, éd. par Albert Werminghoff,
MGH-Concilia [MGH-Conc.], II/2, p. 131. À propos de cette assemblée, voir RAINER
BERNDT (éd.),
Das Frankfurter Konzil von 794. Kristallisationspunkt karolingischer Kultur,
2 vols, Francfort-sur-le-Main, Selbstverlag der Gesellschaft für Mittelrheinische Kirchengeschichte, 1997. Sur la controverse relative à l’adoptionisme, voir JOHN C. CAVADINI,
The Last Christology in the West : Adoptionism in Spain and Gaul, 785-820, Philadelphie,
University of Pennsylvania Press, 1993.
[2]
THOMAS ZOTZ, «
Palatium et
curtis. Aspects de la terminologie palatiale au Moyen
 ge »,
in A. RENOUX (éd.),
Palais royaux et princiers au Moyen  ge, Le Mans, Centre
d’édition et de publication de l’université du Maine, 1996, pp. 7-15, ici p. 9.
[3]
Concile de Tours (813), c. 22,
MGH-Conc., II/1, p. 289 : « Ideo necessarium videbatur
nobis, cum omnes episcopi ad sacrum palatium congregati fuerint, ab eis edoceri, cuius
antiquorum liber poenitentialem potissimus sit sequendus. »
[4]
ALFRED COVILLE,
Recherches sur l’histoire de Lyon du Ve siècle au IXe siècle (450-800),
Paris, Picard, 1928, pp. 283-287, et ERNST DÜ MMLER (éd.),
MGH-Epistolae [MGH-Epp.],
IV, pp. 542-545. À propos de la biographie de Leidrade et de la date de la lettre, voir
A. COVILLE,
Recherches..., op. cit., pp. 294-296, qui penche pour une date située entre 809
et 812. En 816, Leidrade se retira dans le monastère de Saint-Médard à Soissons. Voir
aussi OTTO G. OEXLE,
Forschungen zu monastischen und geistlichen Gemeinschaften im westfränkischen Bereich, Munich, Fink, « MMS-31 », 1973, pp. 134-135.
[5]
JOSEPH FLECKENSTEIN,
Die Hofkapelle der deutschen Könige, vol. 1 :
Grundlegung. Die
karolingische Hofkapelle, Stuttgart, Hiersemann, 1959, p. 49. Voir aussi OTTO TREITINGER,
Die oströmische Kaiser- und Reichsidee nach ihrer Gestaltung im höfischen Zeremoniell. Vom
oströmischen Staats- und Reichsgedanken, Darmstadt, Gentner, 1956. Pour une perspective
plus large incluant également la période mérovingienne, voir JOSIANE BARBIER, « Le sacré
dans le palais franc »,
in M. KAPLAN,
Le sacré et son inscription dans l’espace à Byzance et en
Occident. Études comparées, Paris, Publications de la Sorbonne, « Byzantina Sorbonensia-18 »,
2001, pp. 27-41. Sur la cour et l’entourage de Louis le Pieux, lire l’étude de PHILIPPE
DEPREUX,
Prosopographie de l’entourage de Louis le Pieux (781-840), Sigmaringen, Jan
Thorbecke, 1997, pp. 9-64.
[6]
Sur l’autorité de la cour carolingienne en matière de liturgie, voir le récent livre de
YITZHAK HEN,
The Royal Patronage of Liturgy in Frankish Gaul. To the Death of Charles the
Bald (877), Londres, Henry Bradshaw Society, 2001.
[7]
GILBERT DAGRON,
Empereur et prêtre. Étude sur le « césaro-papisme byzantin », Paris,
Gallimard, 1996, pp. 290-322; voir la discussion critique de cette étude dans EVELYNE
PATLAGEAN, « Byzance et la question du roi-prêtre »,
Annales HSS, 55-4,2000, pp. 871-878, et ALAIN BOUREAU, « Des politiques tirées de l’Écriture. Byzance et l’Occident »,
Annales HSS, 55-4,2000, pp. 879-887.
[8]
A. BOUREAU, « Des politiques tirées de l’Écriture... », art. cit., ici p. 883.
[9]
Deux études classiques : HENRI-XAVIER ARQUILLIÈRE,
L’augustinisme politique, Paris,
Vrin, 1934; ÉTIENNE DELARUELLE, « En relisant le
De institutione regia de Jonas d’Orléans »,
in Mélanges d’histoire du Moyen  ge, dédiés à la mémoire de Louis Halphen, Paris, PUF, 1951,
pp. 185-193; le contexte intellectuel de la notion d’augustinisme politique est décrit dans
ses grandes lignes dans A. BOUREAU, « Des politiques tirées de l’Écriture... », art. cit.
[10]
Voir le recueil d’articles recueillis par PETER GODMAN et ROGER COLLINS (éds),
Charlemagne’s Heir. New Perspectives on the Reign of Louis the Pious, Oxford, Clarendon
Press, 1990, et l’excellente étude générale présentée par PHILIPPE DEPREUX, « Louis le
Pieux reconsidéré ? À propos des travaux récents consacrés à l’héritier de Charlemagne
et son règne »,
Francia, 20-1,1994, pp. 181-201.
[11]
ÉLISABETH MAGNOU-NORTIER, « La tentative de subversion de l’État sous Louis
le Pieux et l’
Å“uvre des falsificateurs »,
Le Moyen  ge, 105,1999, pp. 331-365 et 615-641,
ici p. 640. Selon une perspective semblable, lire MONIKA SUCHAN, « Kirchenpolitik des
Königs oder Königspolitik der Kirche ? Zum Verhältnis Ludwigs des Frommen und
des Episkopates während der Herrschaftskrisen um 830 »,
Zeitschrift für Kirchengeschichte,
111-4,2000, pp. 1-27.
[12]
JOHANNES FRIED, « Der karolingische Herrschaftsverband im 9. Jhdt. zwischen
Kirche und Königshaus »,
Historische Zeitschrift, 235,1982, pp. 1-43; on trouvera une
réaction critique dans HANS-WERNER GOETZ, «
Regnum: zum politischen Denken der
Karolingerzeit »,
Zeitschrift für Rechtsgeschichte, Germanische Abteilung, 104,1987, pp. 110-189; voir également JANET L. NELSON, « Kingship and Empire »,
in J. H. BURNS (éd.),
Cambridge History of Medieval Political Thought, Cambridge, Cambridge University Press,
1988, pp. 211-251.
[13]
ROSAMOND MC KITTERICK,
The Frankish Church and Carolingian Reforms, 789-895,
Londres, Royal Historical Society, 1977; NIKOLAUS STAUBACH, « “Cultus divinus” und
karolingischen Reform »,
Frühmittelalterliche Studien, 18,1984, pp. 546-581;
ID.,
Rex christianus. Hofkultur und Herrschaftspropaganda im Reich Karls des Kahlen, II,
Die Grundlegung
der « religion royale », Cologne-Weimar-Vienne, Böhlau Verlag, « Pictura et poesis-2 »,
1993; KARL-FERDINAND WERNER, « Hludovicus Augustus. Gouverner l’empire chrétien
– Idées et réalités »,
in P. GODMAN et R. COLLINS (éds),
Charlemagne’s Heir..., op. cit.;
MATTHEW INNES, « Charlemagne’s Will : Inheritance, Ideology and the Imperial Succession »,
English Historical Review, 112,1997, pp. 833-855. MAYKE DE JONG, « The Empire
as Ecclesia : Hrabanus Maurus and Biblical Historia for Rulers »,
in Y. HEN et M. INNES
(éds),
The Uses of the Past in the Early Middle Ages, Cambridge, Cambridge University
Press, 2000, pp. 191-226.
[14]
C’est l’opinion formulée dans les manuels actuels : voir GENEVIÈVE BÜ HRER -
THIERRY,
L’Europe carolingienne (714-888), Paris, Armand Colin, 2001, pp. 74-78.
[15]
Il existe de nombreuses études sur Aix-la-Chapelle; je ne signalerai que quelques
publications récentes particulièrement intéressantes : JANET L. NELSON, « Aachen as a
Place of Power »,
in M. DE JONG et F. THEUWS,
Topographies of Power in the Early Middle
Ages, Leyde-Boston-Cologne, E. J. Brill, 2001, pp. 217-242; JANET L. NELSON, « La cour
impériale de Charlemagne »,
in R. LE JAN (éd.),
La royauté et les élites dans l’Europe
carolingienne (du début du IXe aux environs de 920), Lille, Université Charles-de-Gaulle/
Lille 3,1998, pp. 181-182, repris dans J. L. NELSON,
Rulers and Ruling Families in Early
Medieval Europe, Aldershot, Brookfield, 1999, chap. XIV; et aussi LUDWIG FALKENSTEIN,
« Charlemagne et Aix-la-Chapelle »,
Byzantion, 61,1991, pp. 231-289; J. BARBIER, « Le
sacré dans le palais franc », art. cit.
[16]
Ce fait a été très justement souligné par J. L. NELSON, « Aachen as a Place of Power »,
art. cit. On trouvera une analyse brève, mais très pénétrante, du symbolisme éclectique
de l’ensemble du palais et de la chapelle d’Aix-la-Chapelle dans MARY GARRISON, « The
Franks as the New Israel ? »,
in Y. HEN et M. INNES (éds),
The Uses of the Past..., op. cit.,
pp. 154-156.
[17]
ASTRONOMUS,
Vita Hludowici, cc. 21-23, pp. 348-352, éd. par Ernst Tremp,
Thegan,
Die Taten Ludwigs des Frommen; Astronomus, Das Leben Kaiser Ludwigs,
Monumenta Germaniae Historica-Scriptores Rerum Germanicarum [MGH-SSRG], 54, Hanovre, Hahnsche
Buchhandlung, 1995.
[18]
Annales Mettenses priores, s.a. 830, éd. par Bernhard von Simson,
MGH-SSRG, 10,
Hanover-Leipzig, Hahnsche Buchhandlung, 1905, pp. 97-98.
[19]
STUART AIRLIE, « The Palace of Memory : The Carolingian Court as a Political
Centre »,
in S. REES JONES, R. MARKS et A. J. MINNIS (dir.),
Courts and Regions in Medieval
Europe, Rochester, York Medieval Press, 2000, pp. 1-20; voir aussi THOMAS ZOTZ, « Le
palais et les élites dans le royaume de Germanie »,
in R. LE JAN (dir.),
La royauté et les
élites dans l’Europe carolingienne..., op. cit., pp. 233-247.
[20]
Voir MAYKE DE JONG, « Carolingian Monasticism : The Power of Prayer »,
in
R. MC KITTERICK (dir.),
The New Cambridge Medieval History II, c. 700-c. 900, Cambridge,
Cambridge University Press, 1995, pp. 622-653, qui comporte de nombreuses références
aux articles plus anciens; on trouvera une perspective nouvelle sur le concept de
tuitio
royale carolingienne en opposition à celui d’immunité mérovingienne dans le livre de
BARBARA H. ROSENWEIN,
Negotiating Space. Power, Restraint and Privileges of Immunity
in Early Medieval Europe, Ithaca, Cornell University Press, 1999. Sur les monastères
médiateurs du pouvoir royal dans les régions de l’empire carolingien, voir ANNE-MARIE
HELVÉTIUS, « L’abbatiat laïque comme relais du pouvoir royal aux frontières du
royaume : le cas du Nord de la Neustrie au IX
e siècle »,
in R. LE JAN (dir.),
La royauté et
les élites dans l’Europe carolingienne..., op. cit., pp. 285-300, et MATTHEW INNES, « Kings,
Monks and Patrons : Political Identies and the Abbey of Lorsch »,
in Ibid., pp. 310-324.
[21]
Cette idée est exprimée brièvement par S. AIRLIE, « The Palace of Memory... »,
art. cit., p. 18, mais elle mérite plus d’attention que l’auteur ne pouvait lui en donner
dans ce contexte précis.
[22]
JANET L. NELSON, « Women at the Court of Charlemagne : A Case of Monstruous
Regiment ? »,
in J. L. NELSON,
The Frankish World, 750-900, Londres-Rio Grande, Hambleton Press, 1996, pp. 223-224, ici p. 236; sur les reliques de Chelles, voir JEAN-PIERRE
LAPORTE,
Le trésor des saints de Chelles, Chelles, Société historique et archéologique,
1988, pp. 115-150.
[23]
MGH-Formulae, éd. par Karl Zeumer, pp. 525-526.
[24]
Voir
infra, note 99.
[25]
BRUNO CANDIDUS,
Vita Aegil, c. 5, éd. par Gereon Bercht-Jordans,
Vita Aegil abbatis
Fuldensis a Candido ad Modestuum edita prosa et versibus. Ein opus geminatum des IX.
Jahrhunderts, Francfort-sur-le-Main, Knecht, 1994, p. 6.
[26]
Cf. STEFFEN PATZOLD, « Konflikte im Kloster Fulda zur Zeit der Karolinger »,
Fuldaer Geschichtsblätter, 76,2000, pp. 69-162, qui contient de très nombreuses références
à des textes anciens.
[27]
BRUNO CANDIDUS,
Vita Aegil., cc. 9-10, pp. 9-11.
[28]
Pour une analyse plus complète du concept de
claustrum, voir M. DE JONG, « Carolingian Monasticism... », art. cit., pp. 636-640; également
ID., « Internal Cloisters : The Case
of Ekkehard’s
Casus Sancti Galli »,
in W. POHL et H. REIMITZ (dir.),
Grenze und Differenz
im frühen Mittelalter, Vienne, Verlag der österreichische Akademie der Wissenschaften,
« Forschungen zur Geschichte des Mittelalters-1 », 2000, pp. 209-222.
[29]
MATTHEW INNES, « A Place of Discipline. Carolingian Courts and Aristocratic
Youths »,
in C. CUBITT (dir.),
Court Culture in the Early Middle Ages. The Proceedings of the
First York Alcuin Conference, Turnhout, Brepols, 2000, pp. 59-76.
[30]
MATTHIAS M. TISCHLER,
« Vita Karoli ». Studien zur Entstehung, Ü berlieferung und
Rezeption, Hanovre, Hahnsche Buchhandlung, « MGH Schriften-48 », 2001, p. 157, faisant référence à HELMUT BEUMANN,
Ideengeschichtliche Studien zu Einhard und anderen
Geschichtsschreibern des Mittelalters, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1969,
pp. 49-52.
[31]
Sur la biographie d’Éginhard, voir PAUL E. DUTTON (éd. et trad.),
Charlemagne’s
Courtier. The Complete Einhard, Peterborough-Orchard Park, Broadview Press, 1998, et
JULIA M. H. SMITH, « Einhard : The Sinner and the Saints »,
in Transactions of the Royal
Historical Society, Cambridge, Cambridge University Press, 2003, pp. 55-77.
[32]
ÉGINHARD,
Vita Karoli, c. 28, éd. par Reinhold Rau,
Quellen zur karolingischen Reichsgeschichte, I, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1974, pp. 198-200.
[33]
Ibid., pp. 194-216.
[34]
M. GARRISON, « The Franks... », art. cit., p. 156.
[35]
I Rois 9,6-7 : « [...] custodientes mandata mea et caeremonias quas proposui vobis. »
[36]
Sur les modèles antiques, voir MARTIN KEMPSALL, « Some Ciceronian Models for
Einhard’s Life of Charlemagne »,
Viator, 26,1995, pp. 11-37. Une tentative récente pour
dater cette
Å“uvre dans KARL-HEINRICH KRÜ GER, « Neue Beobachtungen zur Datierung
von Einhards Karlsvita »,
Frühmittelalterliche Studien, 32,1998, pp. 124-145. Pour une
étude de ce texte, voir DAVID GANZ, « Einhard’s Charlemagne : The Characterization
of Greatness »,
in JOANNA STOREY (éd.),
Charlemagne, à paraître. On trouvera une analyse
lucide de la convergence des traditions classiques et monastiques dans les biographies
carolingiennes des souverains dans MATTHEW INNES, « “He Never Allowed his white
Teeth to be Bared in Laughter”: The Politics of Humour in the Carolingian Renaissance »,
in G. HALSALL (éd.),
Humour, History and Politics in Late Antiquity and the Early
Middle Ages, Cambridge, Cambridge University Press, 2002, pp. 131-157.
[37]
ÉGINHARD,
Vita Karoli, c. 18,
op. cit., p. 188.
[38]
À propos de la
Gesta Karoli de Notker, voir MATTHEW INNES, « Memory, Orality
and Literacy in an Early Medieval Society »,
Past & Present, 158,1998, pp. 3-36.
[39]
ALCUIN,
Epistolae, n
o 230, éd. par E. Dümmler,
MGH-Epp., IV, pp. 374-375.
[40]
ALAIN DUBREUCQ,
Jonas d’Orléans. Le métier du roi, Paris, Le Cerf, 1995, pp. 85-90;
« Jonas va donc très loin dans la voie de l’affaiblissement du pouvoir royal. Le roi ne
détient plus maintenant qu’un ministère, qui lui est confié par Dieu. »
[41]
JANET L. NELSON, « Kingship and Empire »,
in J. H. BURNS (dir.),
The Cambridge
History of Medieval Political Thought, Cambridge, Cambridge University Press, 1988,
pp. 211-251, ici p. 224.
[42]
L’opinion de Grégoire de Tours sur la coopération entre les évêques et le
christianus
princeps dans le contexte de l’
ecclesia a été étudié par MARTIN HEINZELMANN,
Gregor
von Tours (538-594), Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1994; pour une
perspective plus large du point de vue chronologique et géographique, voir ALOYS
SUNTRUP,
Studien zur politischen Theologie im frühmittelalterlichen Okzident. Die Aussage konziliarer Texte des gallischen und iberischen Raumes, Münster, Aschendorf Verlag, « Spanische
Forschungen der Görresgesellschaft-Band 36 », 2001.
[43]
« Synergisch-binäre Struktur », cf. A. SUNTRUP,
Studien zur politischen..., op. cit., p. 76,
qui emprunte ce concept à KARL-FERDINAND WERNER,
Naissance de la noblesse. L’essor
des élites politiques en Europe, Paris, Fayard, 1998, p. 150.
[44]
A. SUNTRUP,
Studien zur politischen..., op. cit., pp. 103-105.
[45]
Le concile de Paris (614) prologue, éd. par Jean Gaudemet et Brigitte Basdevant,
Les canons des conciles mérovingiens ( Ve - VIIe siècles), Paris, Le Cerf, « Sources chrétiennes-354 », 1989, p. 508 : « [...] quid quommodo principis, quid saluti populi utilius conpeteret
vel quid ecclesiasticus ordo salubriter observaret. »
[46]
Concile de Clichy (626/627),
in Ibid., p. 528.
[47]
Concilium Germanicum, prologue, éd. par Alfred Werminghoff,
MGH-Conc. Aevi Karolini, 1 : « [...] quomodo lex Dei et aecclesiastica religio recuperetur, que in diebus preteritorum principum dissipata corruit, et qualiter populus Christianus ad salutem animae
pervenire possit et per falsos sacerdotes deceptus non pereat. » Sur la participation
royale des Mérovingiens dans les synodes, modèle d’autorité religieuse des souverains
carolingiens, voir PHILIPPE DEPREUX, « L’expression “statutum est a domno rege et sancta
synodo” annonçant certaines dispositions du capitulaire de Francfort »,
in R. BERNDT
(éd.),
Das Frankfurter..., op. cit., vol. I, pp. 80-101.
[48]
Admonitio generalis, prologue, éd. par Alfred Boretius,
MGH-Capitularia [MGH-Capit.], I, p. 54; sur la nature religieuse de ce capitulaire et le rôle important de
Charlemagne dans sa conception, voir THOMAS M. BUCK,
Admonitio und Praedicatio.
Zur religiös-pastoralen Dimension von Kapitularien und kapitulariennahen Texten (507-814),
Francfort-sur-le-Main, P. Lang, 1997.
[49]
Admonitio generalis, prologue, p. 53 : « Ego Karolus, gratia Dei eiusque misericordia
donante rex et rector regni Francorum, et devotus sanctae aecclesiae defensor humilis
adiutor [...]. »
[50]
On trouvera une excellente réévaluation récente de la réforme carolingienne dans
PHILIPPE DEPREUX, « Ambitions et limites des réformes culturelles à l’époque carolingienne »,
Revue historique, 307-3,2002, pp. 721-751.
[51]
SUSAN A. KEEFE,
Water and the Word. Baptism and the Education of the Clergy in the
Carolingian Empire, Notre Dame, Notre Dame University Press, 2002.
[52]
Voir l’analyse très pénétrante des deux capitulaires de 811 faite par JANET L. NELSON,
« Charlemagne’s Voice »,
in R. GAMESON et H. LEYSER (dir.),
Belief and Culture in the
Middle Ages. Studies Presented to Henry Mayr-Harting, Oxford, Oxford University Press,
2001, pp. 76-88. Durant les dernières années de son règne, Charlemagne se préoccupa
beaucoup de l’unité religieuse, qu’il considérait comme une priorité. C’est ce que
remarque également JOHANNES FRIED, « Elite und Ideologie oder die Nachfolgeordnung
Karls des Großen vom Jahre 813 »,
in R. LE JAN (dir.),
La royauté et les élites dans l’Europe
carolingienne..., op. cit., pp. 71-109; cet article présente cependant la perspective traditionnelle d’une nette discontinuité entre les règnes de Charles et de Louis.
[53]
Annales regni Francorum s. a. 791, éd. par R. Rau,
Quellen zur karolingischen..., op. cit.,
p. 58 : « [...] propter nimiam malitiam et intollerabilem, quam fecerunt Avari contra
sanctam ecclesiam vel populum christianum. »
[54]
Comme le suppose J. FRIED dans « Der karolingische Herrschaftsverband... »,
art. cit.
[55]
HELMUT REIMITZ, « Grenzen und Grenzüberschreitungen im karolingischen Mitteleuropa »,
in H. REIMITZ et W. POHL (dir),
Grenze und Differenz..., op. cit., pp. 105-166;
ID., « Conversion and Control : The Establishment of Liturgical Frontiers in Carolingian
Pannonia »,
in W. POHL, I. WOOD et H. REIMITZ (éds),
The Transformation of Frontiers
from Late Antiquity to the Carolingians, Leyde-Boston-Cologne, E. J. Brill, 2000, pp. 189-207.
[56]
Concilium Francofurtense (794), éd. par A. Werminghoff,
MGH-Conc., II/1, p. 171.
[57]
J. L. NELSON, « Aachen as a Place of Power », art. cit., pp. 224-225.
[58]
MICHAEL GORMAN, « The Encyclopedic Commentary on Genesis prepared for
Charlemagne by Wigbod »,
Recherches augustiniennes, 17,1982, pp. 173-201;
ID., « Wigbod
and Biblical Studies under Charlemagne »,
Revue bénédictine, 107,1997, pp. 40-76.
[59]
À propos de l’exégèse destinée aux souverains, voir MAYKE DE JONG, « The Empire
as
ecclesia. Hrabanus Maurus and Biblical
historia for Rulers »,
in Y. HEN et M. INNES
(éds),
The Uses of the Past..., op. cit., pp. 191-226, et
ID., « Exegesis for an Empress »,
in
E. COHEN et M. DE JONG,
Medieval Transformations. Texts, Power and Gifts in Context,
Leyde-Boston-Cologne, E. J. Brill, 2001, pp. 69-100, qui comporte des références supplémentaires. À propos de l’image carolingienne du
rex sapiens et de son influence
sur la participation royale dans les débats théologiques, voir NIKOLAUS STAUBACH,
Rex
christianus. Hofkultur und Herrschaftspropaganda im Reich Karls des Kahlen, II :
Die Grundlegung der « religion royale », Cologne-Weimar-Vienne, Böhlau Verlag, « Pictura et poesis-2 »,
1993, pp. 21-104 (et p. 12, n. 45, sur les commentaires bibliques à l’usage des souverains
et la préférence royale pour l’allégorie).
[60]
On trouvera une analyse très fine de la question dans M. GARRISON, « The Franks... »,
art. cit.
[61]
THÉGAN,
Gesta Hludowici cc. 7 et 19, éd. par E. Tremp,
Thegan, Die Taten Ludwigs
des Frommen..., op. cit., pp.184-186 et 200.
[62]
M. DE JONG,« The Empire as
ecclesia... », art. cit., pp. 223-226, et N. STAUBACH,
« Cultus divinus... », art. cit., pp. 555-557.
[63]
HRABANUS MAURUS,
MGH-Epp., V, n
o 17a, p. 420; M. DE JONG, « Exegesis for an
Empress », art. cit.
[64]
Capitulare missorum in Theodonis villa datum secundem generale, c. 4,
MGH-Capit., I,
n
o 44, pp. 122-123.
[65]
Karoli ad Ghaerbaldum episcopum epistola, éd. par A. Boretius,
MGH-Capit., I,
pp. 245-246.
[66]
Capitulare episcoporum (780 ?), éd. par A. Boretius,
MGH-Capit., I, pp. 51-52, qui est
probablement lié à la campagne avar.
[67]
MGH-Epp., op. cit., IV, n
o 20, pp. 528-529; voir JANET L. NELSON, « The Siting of
the Council at Frankfurt. Some Reflections on Family and Politics »,
in R. BERNDT
(éd.),
Das Frankfurter..., op. cit., pp. 149-166. À propos de la lettre de Charlemagne à
Fastrade, voir
MGH-Epp.,
op. cit., IV, n
o 20, pp. 528-529. Sur la prière d’intercession en
temps de guerre, voir MICHAEL MC CORMICK, « The Liturgy of War in the Early Middle
Ages : Crisis, Litanies and the Carolingian Monarchy »,
Viator, 15,1984, pp. 1-23.
[68]
Karoli ad Ghaerbaldum episcopum epistola,
MGH-Capit., I, n
o 124, pp. 244-246.
[69]
Ibid., pp. 245-246 : « Certissime ab his exterioribus colligere possumus, nos per
omnia Domino non placere interius, qui tanta mala compellimur tollerare exterius.
Quam obrem bonum nobis omnino videtur ut uniusquisque nostrum cor suum humiliare
in vertitate studeat et, in quocumque loco sive actu sive cogitatu se Deum offendisse
deprehenderit, poenitendo tergat, flendo doleat et semetipsum in quantum ipse potest
ab his malis in futurum cavendo custodiat. »
[70]
Capitula ad Attiniaci data (822), prologue,
MGH-Capit., I, p. 357.
[71]
ASTRONOMUS,
Vita Hludowici,
op. cit., c. 35.
[72]
ÉGINHARD,
Translatio Marcellini et Petri, II, cc. 13 et 14, éd. par Oswald Holder-Egger,
MGH-SS, XV.
[73]
Éginhard est présenté comme un critique impitoyable de Louis dans M. M. TISCHLER,
« Vita Karoli »...,
op. cit., pp. 167-187, et PAUL E. DUTTON,
The Politics of Dreaming in the
Carolingian Empire, Lincoln, University of Nebraska Press, 1994, pp. 91-101.
[74]
Hludowici et Hlotharii epistola generalis,
MGH-Conc., II/2, pp. 599-601.
[75]
À propos du
De duodecim abusivis saeculi du Pseudo-Cyprien, voir MICHAEL E.
MOORE, « La monarchie carolingienne et les anciens modèles irlandais »,
Annales HSS,
51-2,1996, pp. 307-324; ROB MEENS, « Politics, Mirrors of Princes and the Bible : Sins,
Kings and the Well-Being of the Realm »,
Early Medieval Europe, 7,1998, pp. 345-357.
[76]
JONAS,
De institutione regia, c. 3,
in A. DUBREUCQ,
Jonas d’Orléans...,
op. cit., p. 188.
[77]
P. E. DUTTON,
The Politics of Dreaming..., op. cit., pp. 99-100, à propos de l’évaluation
de A. Werminghoff dans son introduction aux deux versions de la lettre (
MGH-Conc.,
II/2, pp. 597-598). Néanmoins, ceci n’explique pas pourquoi la transmission manuscrite
de la version la plus longue de cette lettre est répandue, et liée à celle du concile de Paris
(829), tandis que la version plus courte ne subsiste que dans l’
editio princeps de Sirmond.
On trouvera une défense éloquente mais insoutenable de la thèse proposant que tout
sentiment religieux attribué aux souverains est une falsification de la part des évêques
dans É. MAGNOU-NORTIER, « La tentative de subversion de l’État... », art. cit.
[78]
M. E. Moore, en particulier, souligne aussi qu’il s’agit là d’un modèle qui servait
principalement l’idéologie épiscopale et sa critique du souverain : « Pour Jonas, c’était
la justice du roi et son adhésion aux modèles épiscopaux qui garantissait la paix du
royaume, la vigueur de la nature et la capacité des rois à régner » (M. E. MOORE, « La
monarchie carolingienne... », art. cit., p. 323). Lire également MARITA BLATTMANN,
« Ein Unglück für sein Volk. Der Zusammenhang zwischen Fehlverhalten des Königs
und Volkswohl in Quellen des 7.-12. Jahrhunderts »,
Frühmittelalterliche Studien, 30,1996,
pp. 80-102, qui soutient de façon convaincante que le thème du roi immoral causant la
ruine de son peuple est un thème bien plus général du début du Moyen  ge, emprunté
surtout à l’Ancien Testament.
[79]
Hludowici et Hlotharii epistola generalis, MGH-Conc., II/2, p. 600 : « At quia nos magis
in hoc peccasse cognoscimus, qui forma salutis omnibus esse debuimus et omnium
curam gerere, et per auctoritatem imperialem pravorum acta, ne tantum adcrescerent,
corrigere [...]. »
[80]
JONAS,
De institutione regia, p. 175;
Concilium Parisiense (829),
MGH-Conc., II/2, c. 55
[1], p. 649 : « Duae sunt, inquit [Gelasius], imperatrices augustae, quibus principaliter
hic regitur mundus : auctoritas sacra pontificum et regalis potestas. In quibus tanto est
gravius pondus sacerdotum, quanto etiam pro regibus hominum in divino sunt examine
rationem reddituri. »
[81]
KARL F. MORRISON,
The Two Kingdoms. Ecclesiology in Carolingian Political Thought,
Princeton, Princeton University Press, 1964, p. 45.
[82]
À propos de l’« Abgrenzung », voir EGON BOSHOF,
Ludwig der Fromme, Darmstadt,
Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1996, p. 176.
[83]
Concilium Parisiense, c. 93 [26], p. 679.
[84]
A. DUBREUCQ,
Jonas d’Orléans..., op. cit., p. 88; É. MAGNOU-NORTIER, « La tentative
de subversion de l’État... », art. cit.
[85]
Ceci est fort bien exposé et de façon très détaillée par HANS HUBERT ANTON, « Zum
politischen Konzept karolingischer Synoden und zur karolingischen Brudergemeinschaft »,
Historisches Jahrbuch, 99,1979, pp. 55-132, un article qui mérite plus d’attention qu’il
n’en a obtenu.
[86]
Concilium Parisiense, cc. 8-9, pp. 659-661.
[87]
ID., cc. 16,19,25,53.
[88]
ID., c. 91 [c. 24], p. 678 : « Decet quippe, ut sacra domus vestra cunctis spectabilis
appareat et imitabilis existat et fama suae opinionis sive alios imperii vestri subiectos sive
exteras nationes habundantissime perfundat. Ubi igitur omnes dissensiones et discordias
dirimende et omnis malitia imperiali auctoritate est comprimenda, necesse est ut quod
maliis corrigere decernit in ea minime reperiatur. »
[89]
MAYKE DE JONG, « Power and Humility in Carolingian Society : The Public Penance
of Louis the Pious »,
Early Medieval Europe, 1,1992, pp. 29-51;
ID., « What was Public
about Public Penance ?,
Paenitentia publica and Justice in the Carolingian World »,
in
La giustizia nell’alto medioevo (secoli IX-XI ), II, Spolète, Presso del Centro italiano di
studi sull’alto medioevo, « Settimane di studio del Centro italiano di studi sull’alto
medioevo-44 », 1997, pp. 863-902.
[90]
AGOBARD,
Liber apologeticus, I, c. 4, éd. par L. Van den Acker,
Agobardi opera omnia,
Turnhout, Brepols, « Corpus christianorum, continuation medievalis-52 », 1981, p. 311 :
« [...] Si qua regina semetipsam regere non novit, quomodo de honestate palatii curam
habebit ? aut quomodo gubernacula regni diligenter exercet ? » Pour une analyse approfondie, voir GENEVIÈVE BÜ HRER-THIERRY, « La reine adultère »,
Cahiers de civilisation
médiévale, 35,1992, pp. 299-312.
[91]
Episcoporum de poenitentia quam Hludowicus imperator professus est, relation Compiendensis, éd. par A. Boretius,
MGH-Capit., n
o 195, pp. 51-55;
Agobardi cartula de poenitentia
ab imperatore acta,
ibid., n
o 198, pp. 56-57.
[92]
LOUIS HALPHEN,
Charlemagne et l’empire carolingien, Paris, Albin Michel, 1947, p. 291.
[93]
Ce point est résumé dans P. DEPREUX, « Louis le Pieux reconsidéré... », art. cit.,
p. 184-186; je partage entièrement l’opinion « un peu optimiste » (
Ibid., n. 22) exprimée par JANET L. NELSON, « The Last Years of Louis the Pious »,
in P. GODMAN et
R. COLLINS (éds),
Charlemagne’s Heir..., op. cit., pp. 147-159.
[94]
JANET L. NELSON, « Rituals of Power. By Way of Conclusion »,
in F. THEUWS et
J. L. NELSON (dir.),
Rituals of Power. From Late Antiquity to the Early Middle Ages, Leyde-Boston-Cologne, E. J. Brill, 2000, pp. 477-486, ici p. 484.
[95]
Paenitentiale Remense, IV, cc. 50-51, éd. par F. Asbach,
Das Poenitentiale Remense und
der sogenannte Excarpsus Cummeani, Regensburg, 1975, p. 30; THÉODULF D’ORLÉANS,
Capitulare, II, c. VII, 8,
MGH-Capit.,
Episc., I, pp. 166-167.
[96]
M. DE JONG, « What was Public about Public Penance... », art. cit., pp. 893-898, où
l’on trouvera une analyse plus complète de ces textes.
[97]
EBBON DE REIMS,
Apologeticum, forma 1,
MGH-Conc., II/2, p. 799.
[98]
MAYKE DE JONG, « Monastic Prisoners or Opting out ? Political Coercion and Honour
in the Frankish Kingdoms »,
in M. DE JONG et F. THEUWS,
Topographies of Power..., op.
cit., pp. 291-328, ici pp. 291-292.
[99]
Annales S. Bertiniani, s. a. 834, éd. par Reinhold Rau,
Quellen zur karolingischen Reichsgeschichte, II, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1972, p. 22.
[100]
M. DE JONG, « Monastic Prisoners... », art. cit.
[101]
NOTKER,
Gesta Karoli, I, 30, éd. par Hans F. Haefele,
MGH-SRG, Berlin, Hahnsche
Buchhandlung, 1962, p. 41.
[102]
S. AIRLIE, « The Palace of Memory... », art. cit., p. 5.
[103]
THOMAS F. X. NOBLE, « The Monastic Ideal as a Model for Empire »
Revue bénédictine, 86,1976, pp. 235-250.
[104]
Epistola synodi Carisacensis ad Hludowicum regem Germaniae directa (nov. 858) c. 5,
éd. par Wilfrid Hartmann,
MGH-Conc., III, pp. 411-412 : « [...] quoniam palatium vestrum
debet esse sacrum et non sacrilegium ».