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Le Coq-héron

2009/1 (n° 196)

  • Pages : 158
  • ISBN : 9782749210384
  • DOI : 10.3917/cohe.196.0152
  • Éditeur : ERES

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Une grande psychanalyste française, une collègue et une amie nous a quittés. Non seulement le Quatrième Groupe, mais toute la communauté analytique est en deuil. Elle est décédée à l’hôpital Pitié-Salpêtrière, le 11 février 2009, après une opération cardiaque.

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Nathalie Zaltzman était née le 25 mars 1933, à Paris. Ses parents, d’origine russe juive, et laïques, s’étaient exilés en France. Nathalie était leur fille unique. Son père, Abram Zaltzman, avait été avocat à Saint-Petersbourg. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il s’était caché avec sa famille dans le sud de la France. Avait-il demandé la nationalité française ? Il semble qu’il ait toujours gardé un passeport russe. Propriétaire d’une papeterie au sud de Paris, à Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine), il possédait une immense bibliothèque et a fait fonction de bibliothécaire pour la communauté russe de Paris. Nathalie parlait plusieurs langues, dont le russe, l’anglais et l’italien. Dans les années 1950, après ses années de lycée, elle a travaillé pendant quelques années à l’unesco, comme interprète pour la langue russe.

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Elle a fait ensuite des études de psychologie à La Sorbonne, obtenu le titre de psychologue et commencé une psychanalyse. Elle se marie avec François Perrier en 1963. Ils élèvent Frédéric, le fils de François, devenu médecin généraliste, puis ont un fils, Alexis, né en 1967, marié et père de deux jeunes enfants : Lucas et Léonard. Ils divorcent en 1968.

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Elle était très sportive, aimait la natation, était passionnée de ski et de trekking qu’elle pratiquait dans les pays nordiques entre autres. Son tempérament, vif, tempétueux, lui valait parfois quelques conflits ; mais elle était loyale et d’une grande intégrité. Elle a eu un rôle important dans le mouvement psychanalytique et son influence continuera.

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Élève à la Société française de psychanalyse (fondée après la première scission de 1953), puis à l’École freudienne de Paris, dirigée par Jacques Lacan, elle a fait une analyse avec Serge Leclaire. En 1970, elle quitte l’École freudienne pour rejoindre le Quatrième Groupe, nouvellement fondé au domicile de F. Perrier (février 1969 et inscrit à la préfecture le 17 mars 1969). Dès 1972, elle est élue pour faire partie du bureau du Quatrième Groupe, et ne cessera d’être réélue pour y occuper différents postes : secrétaire scientifique, secrétaire analytique, vice-présidente (1985) et présidente (1986).

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Psychanalyste engagée, elle était présente et active dans l’organisation et les réunions de membres au sein de son institution, et se trouvait invitée régulièrement dans d’autres associations, liées ou non à l’api (spp, apf, spf, etc.), et à l’étranger (Russie, Canada, etc.). Elle comptait des amis dans nombre d’associations. Sur le plan éditorial, elle a d’abord travaillé comme secrétaire de rédaction de la revue Topique, fondée en même temps que le Quatrième Groupe, en 1969 par Piera Aulagnier, avec qui elle avait noué ensuite des liens scientifiques et amicaux. Puis elle a fait partie de son comité de rédaction, pendant plusieurs années, avec Jean-Paul Valabrega et Micheline Enriquez. Au décès de P. Aulagnier elle fera partie du comité des directeurs, formé par Jean-Paul Valabrega et Sophie de Mijolla, qu’elle quitte pour désaccord. Elle contribuera ensuite au comité de rédaction de la revue Penser/rêver, fondée par Michel Gribinski en 2002.

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Elle a été la cheville ouvrière de nombreux colloques, et la préparation se passait souvent chez elle, comme le dernier, sur « L’impact des mots », publié dans Topique n° 96. Sa dernière communication, fin janvier 2009, au colloque sur l’œuvre de Piera Aulagnier, organisé par Jacques André, sera publiée par ce dernier [1][1] Pour ses nombreuses et importantes publications, on....

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Ses articles sont toujours engagés. Son tout premier [2][2] N. Zaltzman, « Histoire critique des institutions psychanalytiques »,... jusqu’au dernier publié de son vivant [3][3] N. Zaltzman, « Entre modèle et fiction : ce que je... (entre les deux, une vingtaine paraîtront dans cette revue) peuvent en témoigner. Elle a préfacé nombre d’ouvrages, dont celui de Piera Aulagnier La violence de l’interprétation, dans sa traduction anglaise avec Joyce Mac Dougall, et le livre collectif de notre collègue de Bruxelles, Lina Balestrière [4][4] L. Balestrière, Défis de paroles, Éditions De Boeck,.... Elle a également publié trois livres : De la guérison psychanalytique[5][5] Paris, puf, coll. « Épîtres », dirigée par Cl. Le Guen,... est une reprise d’interrogations abordées dans ses articles : « La pulsion anarchiste », « Baiser la mort ? » sur cette question de la guérison devenue obsolète et qu’elle renouvelle. Elle a édité La résistance de l’humain[6][6] Paris, puf, 1999, dans la collection de J. André., somme d’articles tirés d’un groupe de travail qu’elle dirigeait, commencé vers 1993, réfléchissant sur la littérature des camps nazis ou soviétiques et les expériences dégradantes de ces hommes qui, malgré des conditions inhumaines, arrivaient à garder « ce rien d’humain » (Chalamov). Dans son dernier ouvrage, L’esprit du mal[7][7] Paris, Éditions de l’Olivier, 2007., Nathalie reprenait cette question et interrogeait ce qui fait « l’humain » à travers la fiction de 1954 de William Golding, Lord of the Flies (Sa Majesté des mouches), sur les pulsions érotiques et meurtrières d’enfants échappés d’un naufrage et recréant une communauté abjecte. Puis elle réactualise le concept de Freud, « Kulturarbeit » (travail de culture), et réexamine ce que le tribunal de Nuremberg a désigné, en 1945, comme « crime contre l’humanité ». Le « mal » est une notion qu’elle continuait à travailler avec Ghyslain Lévy et Monette Vacquin, dans le séminaire « Le mal au regard de la pensée analytique, juridique, philosophique, politique, religieuse ».

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Pour ceux qui ne l’ont pas rencontrée, une belle photographie en pied de Mélanie Gribinski et la vidéo que Marianne Persine a réalisée lors du débat d’un colloque spp (2002) sur « Le travail psychanalytique », campent bien cette aînée courageuse et passionnément engagée dans le mouvement psychanalytique ; je regrette que nous n’ayons pas pu réaliser l’entretien filmé qu’elle avait accepté de nous accorder.

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Sa position, disons « anti-ipa », n’était un secret pour personne ; et le groupe de travail qu’elle menait avec des collègues d’institutions diverses ne l’avait pas fait changer d’avis, comme Daniel Wildlöcher le rappelait avec émotion, le jour de ses funérailles, au cimetière Montparnasse. Elle avait choisi ce lieu pour être enterrée auprès de sa grande amie Piera Aulagnier.

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Elle a toujours gardé le même esprit indépendant qui lui avait fait choisir le Quatrième Groupe.

Notes

[1]

Pour ses nombreuses et importantes publications, on se reportera à sa bibliographie sur le site du Quatrième Groupe.

[2]

N. Zaltzman, « Histoire critique des institutions psychanalytiques », Topique n° 2, 1970.

[3]

N. Zaltzman, « Entre modèle et fiction : ce que je dois à l’analyse quatrième comme théorie du contrôle », Topique n° 96, 2008.

[4]

L. Balestrière, Défis de paroles, Éditions De Boeck, 1999.

[5]

Paris, puf, coll. « Épîtres », dirigée par Cl. Le Guen, 1998.

[6]

Paris, puf, 1999, dans la collection de J. André.

[7]

Paris, Éditions de l’Olivier, 2007.

Pour citer cet article

Moreau Ricaud Michelle, « Nathalie Zaltzman (1933-2009) une psychanalyste passionnée », Le Coq-héron, 1/2009 (n° 196), p. 152-153.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-coq-heron-2009-1-page-152.htm
DOI : 10.3917/cohe.196.0152


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