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Enfances & Psy

2002/2 (no18)

  • Pages : 144
  • ISBN : 9782749200217
  • DOI : 10.3917/ep.018.0128
  • Éditeur : ERES

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Un mensonge peut te mener très loin mais jamais chez toi

(proverbe américain)
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Maurice Sendak, probablement l’un des auteurs-illustrateurs les plus créatifs de contes pour les enfants, est né à Brooklin, en 1928. Depuis la publication, en 1963, du conte Where the wild things are, traduit en français sous le titre de Max et les maximonstres, son œuvre est diffusée dans le monde entier et occupe une place importante dans la littérature contemporaine pour enfants. Maurice Sendak a reçu en 1970 la Médaille Internationale Hans Christian Andersen (le Prix Nobel de la littérature enfantine) et la critique l’a reconnu comme le premier artiste à décrire ouvertement les émotions infantiles.

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À propos de son travail, Maurice Sendak écrit : « Tout comme il m’arrive de rêver la nuit, je suis assailli le jour par des impressions que je m’empresse de saisir. Il faut leur donner des contours réels et je construis alors une sorte de maison tout autour de l’histoire » (Bibl. 1). Cette construction, à l’instar d’un processus de création littéraire, semble le fruit d’un travail d’atelier où l’auteur recherche des formes en texte et image, comme des maisons qui hébergeraient et contiendraient les représentations qui donnent sens aux impressions évoquées. Le texte et l’image surgissent ainsi comme différentes traductions d’un même original. En effet, le dialogue entre le texte et l’illustration chez Sendak est passionnant : L’illustration intervient comme une extension picturale du texte, en prolongeant les mots pour que l’on puisse mieux les comprendre – prolongement qui les renforce, les complète et même les interprète. Puis, le texte donne à son tour la réplique pour ponctuer, nommer, préciser ou signifier, bref pour lire ce que l’image nous a proposé.

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Chez Sendak, le fantasme interne est à l’œuvre. D’ailleurs, dès 1907, dans une conférence sur la Création littéraire et le rêve éveillé, Freud avait envisagé, en ce qui concerne l’expression de l’activité fantasmatique, l’œuvre littéraire comme une continuation du jeu, comme si l’adage : « Dis-moi à quoi tu joues et comment tu joues et je te dirai qui tu es » devenait : « dis-moi ce que tu écris et comment tu écris et je te répondrai sur ce que tu es et sur celui ou celle que tu as été ». Pour Freud, « le fantasme flotte, pour ainsi dire, entre trois temps, les trois moments temporels de notre faculté représentative. Le travail psychique part d’une impression, d’une occasion offerte par le présent, capable d’éveiller un des grands désirs du sujet ; de là, il s’étend au souvenir d’un événement d’autrefois, le plus souvent infantile, dans lequel ce désir était réalisé ; il édifie alors une situation en rapport avec l’avenir et qui se présente sous forme de réalisation de ce désir, c’est là le rêve éveillé ou le fantasme…». Freud repère le même processus dans l’œuvre littéraire : « Un événement intense et actuel éveille chez le créateur le souvenir d’un événement plus ancien, le plus souvent d’un événement de l’enfance ; de cet événement primitif dérive le désir qui trouve à se réaliser dans l’œuvre littéraire (id.) ». Le travail de Maurice Sendak reflète de façon exemplaire ce processus de récupération du passé à l’œuvre dans l’acte de création. « Le livre, nous dit-il, est le lieu où je dépose les fantaisies qui m’ont accompagné la vie entière. Le lieu où je leur donne une forme qui fait en sorte qu’elles signifient quelque chose. Je vis à l’intérieur de mes livres. C’est là que je livre mes batailles et que j’espère emporter mes guerres. (…) la fantaisie est le noyau, le cœur de toute écriture pour enfants, de toute littérature, probablement de tout acte de vie (…) L’écrivain rattache à son travail des éléments qui lui viennent de ce qu’il y a de plus profond et de plus caché dans son Moi. Des circonstances diverses affleurent un filon particulier qui réside dans l’enfance, une veine qui demeure ouverte et vivante. C’est en cela que consiste le don particulier de l’artiste. »

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Maurice Sendak écrit et dessine à partir de son enfance pour l’enfance de son lecteur. La caractéristique essentielle de son œuvre repose sur l’universalité et l’élaboration fantasmatique positive des conflits latents. Face à des histoires qui se fondent sur des expériences universelles, la fascination du lecteur – enfant ou adulte provient du fait qu’il se reconnaît lui-même et se sent reconnu par l’objet en lisant ; au fond, il se lit lui-même. Le charme qu’exercent les histoires et les illustrations de Sendak repose sur un don rare pour nommer la qualité et l’intensité de certains moments de l’enfance et des émotions qui nous habitent alors. Au fur et à mesure que nous parcourons ses livres, leur impact reflète l’inquiétante étrangeté et l’étrange familiarité ressenties par chacun à retrouver ces moments à l’intérieur de lui. Comme l’affirmait Bruno Bettelheim dans Psychanalyse des contes de fées, « Pour qu’une histoire accroche vraiment l’attention de l’enfant, il faut qu’elle le divertisse et qu’elle éveille sa curiosité. Mais, pour enrichir sa vie, il faut en outre qu’elle stimule son imagination, qu’elle l’aide à développer son intelligence et à voir clair dans ses émotions; qu’elle soit accordée à ses angoisses et à ses aspirations ; qu’elle lui fasse prendre conscience de ses difficultés, tout en lui suggérant des solutions aux problèmes qui le troublent. »

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Dans les contes de Maurice Sendak, nous suivons la quête de l’enfant, le héros, qui cherche à raccorder ses fantasmes et ses peurs avec les expériences réelles, pour vaincre les obstacles et pour grandir. À travers l’identification avec le héros, le lecteur est invité à développer sa propre expérience des étapes de ce parcours et à juger de sa viabilité. De plus, la façon dont l’enfance elle-même est décrite est tout à fait novatrice. Le lecteur est invité à prendre contact, à reconnaître ou à revisiter son enfance comme un temps et un espace d’affects contradictoires, à accepter l’enfance comme lui appartenant et à en illuminer les coins sombres grâce à la connaissance. En somme, à les intégrer et à s’appuyer sur la croyance qu’il lui est possible de maîtriser ce qui lui appartient. Pour reprendre l’assertion de Freud, il lui est proposé que le Moi prenne la place du Çà. Sendak affirme : « Au contraire de la propagande assenée dans une grande partie des livres pour enfants, l’enfance n’est qu’en partie un âge de l’innocence. Selon moi, elle est également un temps de sérieux, de confusion et qui comprend une grande part de souffrance. Elle est aussi probablement le meilleur de nos vies (…). Ce que l’enfant souhaite le plus c’est de trouver un peu de vérité quelque part et cela fait aussi partie du travail de l’écrivain de faire de son mieux pour rechercher cette vérité. »

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L’œuvre de Maurice Sendak représente un constant éloge de l’imagination, cette porte par où l’on sort du réel mais aussi par où l’on y rentre. « L’imagination, dit-il, est pour l’enfant le moyen de transport gratuit dont il se sert pour pouvoir poursuivre son chemin à travers les problèmes quotidiens. C’est le pot d’échappement normal et salutaire pour les émotions corrosives, telles que la frustration, l’impuissance, l’ennui, la peur, la solitude et la rage. Un moyen de transport positif et adéquat » (Bibl.). L’imagi-nation est à même d’assurer les voyages nécessaires et constants d’aller et retour, à travers lesquels l’enfant ou l’adulte, en prenant la réalité pour point de départ, peut la relier au Moi et l’animer par la force vitale du désir – lui donner vie – et donc la faire signifier. L’imagination est ainsi un espace où l’on peut réaliser des expériences internes et essayer de nouvelles lectures et de nouvelles solutions qui permettent des retours variés vers le monde réel. On en revient différent, transformé, et donc capable de transformer à son tour.

Un monde cannibale

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Max et les maximonstres (dont le titre anglais, Where the wild things are, est Là où sont les choses sauvages) est devenu un classique de la littérature moderne pour enfants. Il fut pourtant l’objet d’une polémique enflammée lors de sa publication en 1963. Certains libraires, éducateurs et parents, s’érigeant en défenseurs de l’innocence de l’enfant, exprimèrent leur perplexité et leur hostilité à ce livre. On se posa un certain nombre de questions : Max fera-t-il du mal aux enfants ? Son mauvais comportement encouragera-t-il les jeunes lecteurs à le prendre pour leur idole et à s’opposer à leurs parents ? Les choses sauvages ne favoriseront-elles pas des cauchemars ? Un libraire donnait ce conseil : Ne laissez pas ce livre le soir à portée de main d’un enfant sensible.

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Les enfants, eux, ont été enthousiastes. Parmi l’abondante correspondance reçue par Maurice Sendak, cette demande d’un petit garçon : « Combien ça coûte d’aller là où se trouvent les choses sauvages ? Si ce n’est pas très cher, ma sœur et moi, nous aimerions y passer l’été prochain. » J’ai constaté que cette histoire pouvait avoir un impact thérapeutique surprenant chez certains enfants très renfermés, présentant des traits autistiques. Dans mon travail clinique, j’ai plusieurs fois été témoin de l’intérêt et de la curiosité manifestés par les enfants pour Max, le héros du livre, ainsi que de la richesse des associations libres que suscite cette histoire.

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Lorsqu’il a reçu, en 1964 aux Etats-Unis, le prix accordé à l’auteur de la meilleure publication illustrée pour enfant, Maurice Sendak a expliqué : « Max, le héros de mon livre, décharge sa colère contre sa mère et il retourne au monde réel ensommeillé, affamé et en paix avec lui-même. Bien sûr, nous voulons tous protéger les enfants contre des expériences douloureuses qui dépassent leur capacité de compréhension émotionnelle et sont source d’anxiété. Cela paraît évident. Cependant, ce qui est tout aussi évident, mais souvent négligé, c’est que tous les enfants, dès les premières années de leur vie, ont affaire à des émotions qui les perturbent, que la peur et l’anxiété sont une partie intrinsèque de leur vie quotidienne et qu’ils gèrent en permanence leur frustration le mieux qu’ils peuvent. La fantaisie reste la meilleure arme dont l’enfant dispose pour apprivoiser ses parties sauvages. Ce qui confère à mon travail toute la vérité et la toute la passion qu’il peut éventuellement avoir, c’est mon engagement dans ce fait inévitable de l’enfance, la terrible vulnérabilité des enfants et en même temps leur lutte pour devenir les rois de toutes les choses sauvages. »

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Dans Max et les maximonstres, le héros conduit le lecteur au pays des choses sauvages, et à travers ce voyage, par un travail intérieur, l’accompagne vers la possibilité de reconstruire le lien libidinal. Parmi toutes les lectures possibles de ce conte, on peut y voir une invitation à considérer l’espace thérapeutique en lui-même comme un lieu contenant des choses sauvages et la psychothérapie comme la découverte du chemin qui mène à la maison, le chemin de l’auto-connaissance.

Un voyage thérapeutique

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Max, le héros de notre histoire, est un petit garçon qui, comme il arrive nécessairement à tous les enfants, ressent parfois un désir insurmontable de faire des bêtises, de détruire, d’alarmer, de se confronter, d’exaspérer, d’agresser, de dévorer et de mettre à l’épreuve ceux qu’il aime. En d’autres termes, et en images dans le texte, de se revêtir de sa peau de loup. Ces comportements « sauvages » nous renseignent sur le monde intérieur enfantin qui est loin d’être entièrement rose et qui ressemble davantage, pendant l’enfance tout comme dans la vie adulte, à la palette d’un peintre : du bleu des émotions tranquilles au rouge de l’excitation, du blanc du vide qui n’a pas encore de nom au noir de l’ombre et de la solitude, en passant par toutes les couleurs dominantes et leurs multiples combinaisons. Avant que l’enfant n’ait acquis la maturité qui lui permettra de connaître et de distinguer les couleurs de ses émotions, d’en maîtriser la technique pour les représenter, les transformer et, à partir de là, créer des tableaux dans lesquels il se reconnaîtra en tant qu’auteur. Il connaîtra des périodes d’exaltation où sera pris d’enthousiasme pour un rouge qui le poussera au mouvement et qui lui donnera vitalité et sentiment de puissance ; mais il y aura également des moments où, dans cette exaltation-même, il sera pris d’une terrible volonté de piétiner ce qui lui résiste ou de dévorer l’autre, momentanément anéanti, pour s’en sentir plein. Fâché avec sa mère, car elle lui impose des limites à la satisfaction de ses pulsions instinctuelles, Max veut la manger !

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Banni dans sa chambre, il se trouve doublement abandonné : il est seul et sans nourriture. On reconnaît ici deux des angoisses essentielles de l’être humain : la faim physique et son correspondant affectif, la peur de l’abandon. Mais cette fois, Max a une « raison » extérieure qui en quelque sorte justifie sa méchanceté : c’est le monde qui est méchant et la peau de loup apparaît comme une réponse possible, acceptable aux yeux de Max, seul face à sa rage contre sa mère et face à ce qu’il peut en faire.

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Ouvrir la porte ? Faire la paix ? Demander pardon ? Trop pénible, insupportable même. Ce serait reconnaître sa petitesse et, du coup, sa dépendance envers l’objet. Quant à s’approcher pour, qui sait ?, être de nouveau abandonné, donner raison à sa mère et renoncer à son bon droit, en rayant d’un trait son amour propre… Il ne faut pas y compter. Reconnaître une part de bonté dans l’objet reviendrait alors finalement à accepter également une part de méchanceté dans lui-même. Jamais de la vie !

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Max aurait pu se mettre à frapper la porte à coups de pieds ; il aurait pu sortir de sa chambre pour faire d’autres bêtises, s’attirant d’autres punitions, ce qui aurait quelque peu soulagé sa culpabilité… Au fur et à mesure qu’il grandit, l’enfant peut recourir à un contrôle extérieur afin de dominer ses parties sauvages en évitant l’ambivalence affective et les sentiments dépressifs qui l’accompagnent.

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Cette nuit-là, Max aurait pu se dépouiller définitivement de sa peau de loup et se transformer en un petit garçon exemplaire, de façon à ne plus jamais manquer de nourriture dans son assiette et qu’à ses côtés sa mère ne lui fasse plus jamais défaut. Mais, peut-être plus tard, se sentirait-il « dégoûté » avec, qui sait ?, un vide intérieur difficile à expliquer et à supporter. Peut-être se plaindrait-t-il de ne pas être capable de haïr, de désirer ou d’aimer et souffrira-t-il d’une « insoutenable légèreté de l’être » ? Peut-être encore, serait-il un petit garçon peureux, projettant au-dehors de lui ces pulsions destructives qu’il n’aura pas su ni identifier, ni transformer, ni intégrer.

Loup oedipien contre monstres archaïques

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Toutefois, Max, notre héros, découvre une autre façon efficace de faire quelque chose de sa colère : Abandonné, il va lui-même aban-donner. Je n’ai besoin de personne ! Un mensonge qui va le mener loin de chez lui, très loin ! Le Max qui part est un garçon furieux, férocement fâché. La sortie hors du réel pour rentrer dans la fantaisie est illustrée par un Max qui ferme ses yeux. Dans sa chambre, les frontières entre le réel et l’imaginaire s’estompent. S’installe une atmosphère de rêve. La chambre devient une forêt fantastique où « son bateau » l’attend. Max hisse les voiles et entame un voyage à travers l’océan du fantastique jusqu’au fin fond de l’inconscient, au pays des Maxi-monstres où il se fait couronner roi. C’est aussi le royaume de la toute-puissance magique. L’illustration prend alors d’énormes dimensions et remplit toute la page. Plus besoin de texte. La même lune qui brille dans la chambre et dans le pays des choses sauvages souligne discrètement que, pendant ce temps, l’on n’a pas changé de place ; elle rappelle au lecteur qu’il s’agit d’un simple voyage intérieur. On ne peut pas ne pas penser ici au livre de Xavier de Maître intitulé Voyage autour de ma chambre (1794), grand classique de ce genre, le voyage immobile.

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Lorsque la fête bat son plein et que l’on n’en entrevoit pas encore la fin, Max fait retentir cette phrase qu’il connaît bien, dont les effets sont certains : « Ça suffit ! Au lit, tout de suite et sans manger ! » Une fois les choses sauvages apprivoisées, Max reprend contact avec l’objet intériorisé et renoue son identification avec lui. De loin, de très loin, aux confins du monde, il capte de nouveau l’odeur des bonnes choses à manger dont il se souvient avec nostalgie. Serait-ce un souvenir de ce qui a existé dans le passé et qu’il a détruit ou perdu ? Maintenant Max veut être seul. À la catharsis de l’action succède l’avènement de la pensée et, de pair avec la tristesse, survient le désir de réparation du lien et du bien absolu pour l’objet et pour soi-même. Max échange alors son trône et la couronne de la toute-puissance narcissique contre le voyage de retour à la réalité, à la relation d’objet, mû par le désir « d’être aimé par dessus tout », qui comporte peut-être aussi l’espoir d’être aimé comme il est, par quelqu’un capable de l’accepter entièrement, avec ses parties sauvages.

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Le voyage de retour est long. Là aussi, le temps - manifeste pour le lecteur dans l’action de tourner les pages – a la durée d’un parcours intérieur de croissance que Max poursuit avec courage et persévérance. Cependant, cet effort lui permet de savourer son retour comme le fruit de son initiative et d’arriver à bon port. Fatigué, mais réconcilié, Max pourra abandonner son masque de loup lorsqu’il pourra admettre qu’existait déjà, dans son for intérieur, son attente de la présence de son objet d’amour. Et, en vérité, le dîner, encore « tout chaud » qui l’attend symbolise l’aliment intérieur assuré par le bon objet et la chaleur de la relation renouée. Sa mère ne l’a pas oublié. La preuve c’est, qu’en plus de la soupe, elle lui a aussi mis de côté une énorme tranche de gâteau et le verre de lait – le pardon absolu. Finalement, une récompense parfaite pour un petit garçon qui a su apprivoiser sa colère, y réfléchir et la transformer.

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À présent, Max peut se dépouiller de la peau du loup. Très subtilement, l’image nous montre qu’il a été purgé de sa méchanceté. Maintenant il peut savourer le retour chez lui et, dans sa chambre, encore seul, il ne se sent plus seul.

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Winnicott disait à ce sujet : « Lorsqu’il y a de l’espoir en ce qui concerne les objets intérieurs, la vie instinctive est active et l’individu peut jouir de ses pulsions agressives, en transformant en bien, dans la vie réelle, ce qui était mal dans son fantasme. Voilà ce qui est la base du jeu et du travail. (…) Notre capacité à aider un enfant, un adolescent ou un adulte est définie par l’état de son monde intérieur. Si celui-ci est détruit de façon excessive et incontrôlable, alors bien peu de choses pourront y être réparées. Tout ce que l’enfant pourra alors faire c’est de nier ses mauvais fantasmes ainsi que la liberté instinctuelle elle-même (…). »

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Je pense que notre fonction de psychothérapeute est d’aider le patient à retrouver l’espoir dans son monde intérieur, espoir qu’il a perdu à un moment du parcours de la vie ou qu’il n’a même jamais conçu. Notre fonction est celle des timoniers chargés de ces grands voyages au pays des choses sauvages, jusqu’à ce que ce lieu devienne connu et utilisable, dans un rapport plus libre et plus créatif avec le monde extérieur. Jusqu’à ce que la croissance émotionnelle dote progressivement l’enfant, l’adolescent ou l’adulte de sa propre capacité de tenir et de manœuvrer le gouvernail du navire qui porte son nom et qu’il puisse, en retrouvant sa vérité, arrêter sa fuite vers des contrées très éloignées. Je suis personnellement convaincue que c’est dans la relation avec le(s) premier(s) autre(s) que réside le fondement de la santé mentale, de l’intégration des affects, de la possibilité d’avoir confiance dans le monde et dans la relation humaine comme lieu de vie, d’avoir confiance dans le monde intérieur non seulement comme un espace de transformation d’angoisses et de souffrances diverses, mais aussi comme un lieu où l’on peut créer et réfléchir. Notre fonction de psychothérapeute est en partie, comme nous l’apprend Maurice Sendak, de faire de notre mieux pour rechercher la vérité afin d’assurer le retour à la maison.


Bibliographie

  • Bettelheim, B. Psychanalyse des contes de fée, Le livre de poche.
  • Freud, S. « La création littéraire et le rêve éveillé », dans Essais de psychanalyse appliquée, Gallimard (coll. Idées).
  • Lanes, S. G. 1980. The art of Maurice Sendack, New York, Abradale Press.
  • Winnicott,D. W. 1996. Thinking about children, London, Karnac Books.

Notes

[*]

Max et les maximonstres est édité par l’École des loisirs qui nous a aimablement autorisé à reproduire quelques illustrations de l’album de Maurice Sendak

Plan de l'article

  1. Un monde cannibale
  2. Un voyage thérapeutique
  3. Loup oedipien contre monstres archaïques

Pour citer cet article

Maria Teresa, « Une lecture psychanalytique de Max et les maximonstres de Maurice Sendak », Enfances & Psy, 2/2002 (no18), p. 128-134.

URL : http://www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2002-2-page-128.htm
DOI : 10.3917/ep.018.0128


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