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Enfances & Psy

2005/2 (no27)

  • Pages : 1
  • ISBN : 9782749204314
  • DOI : 10.3917/ep.027.0127
  • Éditeur : ERES

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Une biographie qui dit presque tout

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Myriam David est née le 15 mars 1917 à Paris. Elle passe à Paris toute son enfance et son adolescence, et elle y fait ses études au lycée Molière.

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1933-1942 : Myriam David fait ses études de médecine, toujours à Paris. Elle est nommée externe des Hôpitaux de l’Assistance Publique (ap-hp), passe deux ans en pédiatrie et soutient sa thèse de Doctorat en Médecine pendant qu’il en est encore temps compte tenu des évènements dramatiques qui se jouent alors. Sa soutenance a lieu en effet deux jours avant la tristement célèbre rafle du Vélodrome d’hiver. Elle quitte alors Paris et rejoint sa famille dans la zone libre du sud de la France.

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1942-1945 : Myriam David entre dans la clandestinité et rejoint la Résistance pendant environ dix-huit mois avant d’être arrêtée par la gestapo et d’être déportée dans le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Après de grandes souffrances, elle survit finalement et regagne Paris au début du mois de juin 1945.

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1946-1950 : Myriam David reçoit une bourse qui, après un court séjour à Baltimore, lui permet de s’orienter vers la psychiatrie de l’enfant à Boston. Elle travaille alors et se forme à la Judge Baker guidance clinique ainsi qu’au Child Center James Jackson Putnam tout en débutant sa formation psychanalytique personnelle à l’Institut de psychanalyse de Boston.

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1950-1962 : de retour à Paris, Myriam David ouvre une consultation psychothérapeutique à l’hôpital Necker-Enfants malades dans le service du Pr Robert Debré. Mais, dès cette époque, son travail principal se passe dans une pouponnière pour enfants de un à trois ans. Elle est alors profondément touchée par l’état dramatique des bébés et par les conditions inhumaines dans lesquelles ils sont traités, n’ayant jamais pu se faire à l’idée « qu’on fasse semblant de ne pas savoir ». Elle accepte sans délai l’offre de Jenny Aubry-Roudinesco d’introduire la psychothérapie d’enfants dans cette institution, d’animer et de superviser les équipes et de mener une recherche sur les carences et les séparations précoces.

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En 1962, Myriam David et Geneviève Appell, avec l’aide de John Bowlby qui les invite aux colloques de la fondation ciba (1961, 1962 et 1963) et qui les aide à obtenir une subvention de l’Organisation mondiale de la santé (oms), entreprennent ensemble une étude longitudinale auprès d’enfants séparés de leurs mères pendant les trois premiers mois de leur vie et qu’elles suivent ainsi jusqu’à l’âge de quatre ans. Par là, elles apparaissent toutes deux comme de réelles pionnières dans la mesure où de telles études n’avaient encore jamais été réalisées en France. Ceci fait d’elles, d’ailleurs, les seuls auteurs français à être cités par J. Bowlby dans son travail princeps sur les soins maternels et la santé mentale des enfants.

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En 1959, Serge Lebovici demande à Myriam David de le rejoindre dans le service du 13e devenu, par la suite, l’une des plus célèbres places dans le champ de l’organisation de la Santé mentale (Centre Alfred-Binet).

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1966-1983 : à la demande de Serge Lebovici, Myriam David fonde et dirige le placement familial de Soisy-sur-Seine, institution faisant partie intégrante de l’Association pour la Santé mentale du 13e arrondissement de Paris.

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1976-1987 : Myriam David fonde « l’Unité des jeunes enfants » dans le cadre de la Fondation Rothschild, unité qui sera ensuite dirigée par Françoise Jardin, sur le modèle du Child Center James J. Putnam et selon des principes assez proches de ceux qui seront développés plus tard par Selma Fraiberg dans l’optique de son travail avec des familles d’accès difficile (hard to reach families).

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Bernard Golse

Myriam David nous a quittés

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Ce 5 janvier 2005, je pense à ma route avec Myriam ! Ce matin au Père-Lachaise, quelqu’un a dit qu’elle avait donné à chacun l’impression d’avoir une relation unique avec elle ! C’est le cas de chacun !

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Rentrant de deux ans au Québec, en 1959, la tête pleine de Freud et de « case-work », je découvre à la fois Paumelle, Lebovici et Myriam David. Avec les premiers, je pars dans le xiiie arrondissement, avec Myriam, c’est le « case-work » qui organise notre rencontre au sein de la sncf !

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Puis, dès 1966, au centre Alfred-Binet, appelée par Serge Lebovici, elle s’efforce d’intéresser très vite les premières équipes à la prévention précoce du nourrisson par son observation dans les centres de pmi et les crêches du xiiie. Elle trace souvent seule ce sillon !

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C’est ce qui me permit, en 1976, en ma qualité de directrice du centre Alfred-Binet, de faire affecter le don important d’un patient étranger à la création de l’« unité des petits ». Installée dans un premier temps dans la salle d’attente du centre Alfred Binet, au grand scandale des équipes, cette unité a travaillé discrètement pendant plusieurs mois derrière un rideau ! Avec Myriam, nous avons fait courageusement, mais avec détermination, le long parcours administratif de la Sécurité sociale à la cnam et à la préfecture de Paris pour obtenir la création et le financement de cette institution novatrice au sein de la Fondation de Rothchild !

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Mais Myriam avait déjà pu, dès 1966, installer le « placement familial spécialisé » à Soisy-sur-Seine dans une petite maison à côté de l’hôpital du xiiie, « L’eau vive ». Les équipes du Centre s’y déplaçaient et, avec elle, discutaient déjà du maintien ou de la rupture des liens et des conditions nécessaires pour que la séparation constitue un soin ! Ce 5 janvier 2005, au Père-Lachaise, de nombreux enfants et familles d’accueil étaient présents et se sont souvenus ! Myriam nous a beaucoup appris et, par capillarité, des milliers d’enfants lui doivent beaucoup !

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C’est aussi cet enseignement que de nombreux stagiaires étrangers au centre Alfred-Binet ont exporté dans leurs nombreux pays ! C’est ainsi que, en 1978, je pars avec elle porter le placement familial spécialisé en Norvège ! à Kirkenes, la frontière de l’urss ! Étrange expérience que cette semaine dans ce bout du monde où le soleil ne se couche jamais ! C’est là que j’ai entendu le premier récit de sa déportation, elle-même surprise de « s’être laissée aller ».

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Au terme d’un « Tour » émouvant avec des Américains à la recherche de leurs racines européennes, au cours d’un dîner d’adieux dans un climat chaleureux et en anglais, elle est interrogée sur le matricule découvert par l’un d’eux et raconte ! « C’est la première fois », m’a-t-elle dit très bouleversée. Comme chacun d’entre nous ! Merci Myriam pour tout !

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Marceline Gabel

Une personne d’exception

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Myriam David m’a toujours fascinée et intriguée par sa personnalité tout en contraste : bienveillante et soutenante ; puis interrogative ; éclairante puis exigeante… ceci dans une spirale évolutive avec son interlocuteur, organisant une dynamique de travail permanent.

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Tous ceux qui parlent d’elle avec admiration et affection en témoignent (Carnet Psy, n° 96, février 2005). Dans leurs tentatives insurmontables de mettre en mots sa personnalité, voici quelques-uns de leurs propos :

  • éprise de liberté mais asservie à son ardeur et à sa passion du travail ;

  • passionnée mais paisible ;

  • simple, modeste mais étonnamment forte et riche ;

  • rigoureuse mais avec ardeur pouvant déconstruire et analyser ;

  • éveilleuse d’esprit et bâtisseur infatigable ;

  • pertinente, originale et créative ;

  • vitale dans sa proximité authentique, architecte rayonnante de lumière ;

  • bienveillante, cordiale à l’humour gai, mais assombrie quand l’obstacle à penser ou l’honnêteté intellectuelle était mise à mal ;

  • son horreur du faux-semblant pour mobiliser toutes les ressources, sa générosité avec rigueur (œil avisé, oreille attentive) ;

  • des exigences pour elle-même et pour les autres à la mesure des défis qu’elle a assumés.

En effet, pour moi, Myriam David est la grande dame pionnière en France de plusieurs défis :

  • créer une clinique rigoureuse du bébé tout en tenant compte des effets délétères des carences maternelles ou de la « folie maternelle » mais s’engageant toujours pour les traiter ;

  • intriquer sans trop de contradiction le travail direct avec les bébés et avec leurs parents mais aussi dans des dispositifs institutionnels adaptés à la nécessaire distance entre parents et bébés ;

  • relier clinique et recherche et enrichir mutuellement ces deux domaines tout en ne craignant pas l’épidémiologie ;

  • pour innover un travail institutionnel et de partenariat avant l’heure : mettre en complémentarité parents et professionnels. Construire des réseaux, des enveloppes au sein desquelles chaque famille puisse réanimer sa pensée, et où les professionnels puissent se déprendre de l’ennui, de l’impuissance et du désespoir injecté par ces familles gravement désorganisées, dans une analogie relation parents/bébé-parents/professionnels.

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Comment une telle personnalité et professionnelle a-t-elle tant contribué à faire avancer en synergie ses propres compétences, celles des professionnels, celles des parents et celles de leur bébé ?

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Myriam David avait horreur du paraître, du faux-semblant. Elle était exigeante, à la limite de ce qu’elle pouvait donner, à la limite de ce que chacun pouvait donner. Il fallait toujours mobiliser ses ressources avec curiosité, intérêt et empathie à soi-même et aux autres. Elle était là dans chaque étape d’observation, de réflexion et de transmission.

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Si ce mot « transmission » a vraiment un sens, gardons-le pour continuer son ouvrage.

« Elle avait la capacité rare de prendre une distance intellectuelle tout en sachant s’engager affectivement et matériellement… »

(Hannah Rottman)

Myriam David, pourquoi vous intéressiez-vous autant à l’aube de la vie psychique ?

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Faut-il un jour avoir dû survivre pour continuer toute une vie à penser aussi intensivement la destructivité et ainsi la combattre ?

« Myriam David, non seulement vous réveilliez les compétences du bébé mais aussi les nôtres… »

(Martine Lamour)

Annick Le Nestour

Plan de l'article

  1. Une biographie qui dit presque tout
  2. Myriam David nous a quittés
  3. Une personne d’exception

Pour citer cet article

« Hommage à Myriam David », Enfances & Psy, 2/2005 (no27), p. 127-130.

URL : http://www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2005-2-page-127.htm
DOI : 10.3917/ep.027.0127


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