Mondes en développement 2004/2
Mondes en développement
2004/2 (no 126)
136 pages
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AuteurMarc Labie [*] [*] Professeur à l’Université de Mons-Hainaut ...
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La microfinance est aujourd’hui un domaine qui mobilise de nombreuses énergies, que ce soit dans le monde de la coopération, dans le monde associatif ou au sein des grandes organisations internationales.

2 Malgré cela - ou peut-être même à cause de cela -, il n’est pas aisé de prétendre synthétiser les apports de ce domaine tant l’hétérogénéité est forte en son sein. Sans être exhaustif, nous soulignerons trois aspects sur lesquels les différences - voire les divergences - sont nombreuses.

3 Premièrement, les conceptions mêmes de la raison d’être de la microfinance. Certains pensent qu’il s’agit avant tout d’un outil susceptible de favoriser une logique dite inclusive, où grâce aux institutions de microfinance, un plus grand nombre d’individus peuvent avoir accès aux marchés financiers afin de développer dans de meilleures conditions leurs projets productifs. D’autres pensent que la microfinance n’a de sens que si elle constitue un outil de lutte contre la pauvreté. Contrairement à ce que l’on pense parfois, ces deux approches ne sont peut-être pas aussi irréductibles que cela ; la différence essentielle est de savoir si la lutte contre la pauvreté doit être l’objectif prioritaire en tant que tel ou si c’est plutôt une conséquence heureuse de la réduction d’imperfections de marché obtenue grâce justement à la mise en place d’un secteur de la microfinance dynamique et efficace.

4 Deuxièmement, le type d’institutions susceptibles de porter le développement de la microfinance. Dans la réalité, il existe une grande variété d’organisations impliquées dans ce secteur. Pour ne citer que les cas les plus connus, on retiendra les banques commerciales, les institutions régulées spécifiques, les organisations non gouvernementales, les organisations de type coopératif (coopératives d’épargne-crédit, caisses villageoises, mutuelles, etc.) et enfin les groupes auto-organisés (tontines, associations, etc.).

5 Troisièmement, les méthodologies privilégiées. Dans ce domaine, comme dans d’autres, les contrastes sont nombreux, chaque méthodologie ayant ses partisans et ses détracteurs : approche minimaliste vs approche intégrale, argent chaud vs argent froid, crédits de groupe vs crédits individuels sont quelques-uns des grands débats qui ont sous-tendu le champ de la microfinance ces dernières années.

6 Dans un contexte aussi varié, on comprendra qu’il est peu aisé de généraliser et qu’il y a tout lieu de se méfier des affirmations radicales. Conscient de ce risque, ce numéro a pris pour option de tenter de synthétiser les principaux apports de ces dernières années quant à l’évolution des institutions de microfinance ne relevant pas de la logique coopérative. Il faut donc garder à l’esprit que ce qui est présenté ici ne constitue qu’une vision partielle du champ de la microfinance ne couvrant que trois des cinq types d’institutions mentionnées précédemment. Si on garde à l’esprit l’ampleur des travaux produits sur les coopératives ou ceux réalisés, notamment par le professeur Lelart, sur les tontines, il y a donc là d’importants domaines non couverts.

7 Quoiqu’il en soit, il nous a semblé que si la microfinance est aujourd’hui mise à l’avant-plan des politiques de développement, c’est probablement avant tout en raison de la croissance vécue par les institutions à logique non coopérative créées ces vingt dernières années. Dès lors, il nous a paru intéressant de réunir plusieurs contributions susceptibles d’éclairer cette part de la microfinance, ce que font les trois premiers textes : le premier vise à fournir une introduction aux concepts et débats en cours alors que les deux suivants éclairent les questions de la commercialisation de la microfinance et de l’articulation entre le secteur bancaire et les institutions de microfinance. De manière complémentaire, les deux autres contributions fournissent, elles, des apports originaux aux débats en cours en s’interrogeant respectivement sur la possibilité de mesurer les performances sociales des institutions de microfinance d’une part et sur la possibilité d’un transfert de compétences sud-nord d’autre part.

8 Richard Patten, un des spécialistes de la microfinance qui a accompagné la transformation de la Banque Rakyat Indonesia en une institution majeure du secteur, a coutume de dire "si la microfinance est la réponse, quelle est la question ?". Nous espérons que ce numéro permettra au lecteur intéressé par ce domaine de s’en poser de nombreuses.

 

Notes

[ *] Professeur à l’Université de Mons-HainautRetour


POUR CITER CET ARTICLE

Marc Labie « Introduction », Mondes en développement 2/2004 (no 126), p. 7-8.
URL :
www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2004-2-page-7.htm.
DOI : 10.3917/med.126.0007.