Réseaux
La Découverte

Revue précédemment éditée par Lavoisier

I.S.B.N.sans
366 pages

p. 19 à 54
doi: en cours

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n° 127-128 2004/5-6

2004 Réseaux

La fracture numérique : une faille sans fondement ?

Alain Rallet Fabrice Rochelandet
La notion de fracture numérique qui a fait l’objet d’une abondante littérature ces dernières années témoigne de la crainte d’inégalités créées par la diffusion des TIC dans une économie et une société centrées sur le traitement et la transmission de l’information. Mais c’est une notion relativement confuse mêlant des problèmes différents et justifiant des politiques pouvant être opposées. L’article examine les possibilités d’en faire un objet de recherche alors qu’elle a surtout été l’objet de discours institutionnels. Dans une première partie, on établit un état des lieux de la notion (origine, définition, mesures, politiques publiques). La seconde partie qui se limite aux dimensions géographiques de la fracture numérique recense les problèmes posés aux différentes échelles géographiques (pays développés, PED, régions, rural/urbain) puis expose brièvement les principales questions de recherche. The fact that many recent papers and political views concern the concept of a digital divide attests to fears of inequalities generated by the widespread diffusion of ICTs. Yet the digital divide is a relatively vague concept that encompasses a variety of issues and often justifies divergent policies. This paper considers the opportunity to turn it into a scientific subject, whereas until now it has been an indeterminate object widely used in the political arena. The first part reviews the concept, while the second part focuses on its geographical dimension by sorting the inherent problems by geographical scale (OECD countries, rich/developing countries, urban/rural areas) and then briefly highlighting the main research issues.
People lack many things: jobs, shelter, food, health care and drinkable water. Today, being cut off from basic telecommunications services is a hardship almost as acute as these other deprivations, and may indeed reduce the chances of finding remedies to them.
Kofi ANAN
I think there is a Mercedes divide. I would like to have one, but I can’t afford one.
Michael K. POWELL Président de la Federal Communications Commission (A propos de la fracture numérique)
Thème de campagnes politiques, la réduction de la fracture numérique, c’est-à-dire des inégalités liées à la diffusion des TIC, est souvent présentée comme l’un des aspects majeurs de l’économie numérique. Mais les diagnostics et les politiques divergent, comme l’indiquent les deux opinions très contrastées ci-dessus, les uns soulignant la nécessité de politiques publiques favorisant la diffusion des TIC, les autres assurant que le marché est l’instrument le plus efficace de cette diffusion.
Le débat reste toutefois très confus car la fracture numérique est une notion vague et extensive (des questions d’infrastructures de télécommunication aux programmes d’éducation) s’appliquant à des situations très différentes (nations, régions, organisations, communautés, groupes sociaux, individus...). Comme l’indique Yu [1], le terme est si large et ambigu qu’il peut être utilisé aussi bien pour soutenir des projets de service universel (comme c’est le cas actuellement avec le haut débit) que pour promouvoir la libéralisation des réseaux de communication. Une seule chose est claire : la fracture numérique semble aujourd’hui une dimension obligée de la rhétorique des institutions qui, comme Colby [2] le souligne, ont une forte propension à choisir la solution afin de déterminer le problème éventuel.
La question est cependant légitime : en quoi une révolution technologique sécrète-t-elle ou s’accompagne-t-elle d’une transformation des inégalités socio-économiques ou sociogéographiques ? Cette question mérite un programme de recherche académique, au-delà des utilisations de la notion par les institutions.
L’objet de cet article est d’envisager un tel programme sous l’angle de la discipline économique [3]. Il procède pour cela en trois temps. Dans une première section, nous établissons un état des lieux à partir de l’abondante littérature qui s’est déployée depuis quelque temps sur le sujet. Les origines, les définitions, les mesures et les politiques associées à cette notion sont tour à tour examinées. Dans une deuxième section, nous proposons d’aller au-delà d’une notion à géométrie variable, en examinant les problèmes posés selon l’échelle géographique considérée (pays développés, pays en voie de développement, régions, rural/urbain) puis en distinguant deux problèmes différents, l’un lié à la production des TIC, l’autre à leur utilisation. La dernière section fixe trois enjeux à la recherche sur la fracture numérique : clarifier le débat marché versus intervention publique pour réduire les inégalités, sérier les inégalités selon qu’il s’agit d’inégalités d’accès, d’usages ou de contenus, abandonner la problématique du retard pour adopter celle de trajectoires différenciées de diffusion.
 
LA FRACTURE NUMÉRIQUE, UNE NOTION À GÉOMÉTRIE VARIABLE
 
 
Les analyses sur la fracture numérique ont donné lieu à la production de nombreuses données mais, insuffisamment définie sur le plan conceptuel, la notion demeure peu opérationnelle et incertaine quant aux effets des politiques inspirées de telle ou telle conception. Nous commencerons par rappeler les origines de la notion avant d’en examiner les définitions et les mesures proposées. Nous terminerons en évoquant les politiques suggérées et leurs enjeux.
Les origines de la notion de fracture numérique
Le discours sur la fracture numérique remonte aux débuts des années 1990 avec la distinction entre les « inforiches » (information have) et les « infopauvres » (information have-nots), introduite par différents rapports officiels au sein des pays de l’OCDE. Le débat dans le domaine des télécommunications n’est pas nouveau puisqu’il plonge ses racines dans le problème du service universel aux Etats-Unis et du telephone gap [4]. Mais la numérisation introduit une problématique nettement plus protéiforme, car, initialement centré sur la question des écarts de taux d’équipements en matériel informatique, le débat s’est étendu aux inégalités d’accès à l’internet, et plus récemment encore, aux inégalités face aux réseaux haut débit. De plus, si le discours sur la fracture numérique était à l’origine limité aux pays de l’OCDE, il concerne aujourd’hui l’ensemble des pays, ajoutant une nouvelle dimension aux inégalités internationales en matière de développement économique.
Dès le début des années 1990, des travaux menés aux Etats-Unis soulignent les risques liés à l’exclusion de certains groupes sociaux par rapport aux TIC [5]. Mais l’expression même de digital divide aurait été évoquée en 1995 par Long-Scott [6], mettant en évidence les risques d’exclusion des plus pauvres et des minorités communautaires des technologies de communication du point de vue de la participation à la vie démocratique. L’emploi de cette expression devient de fait à la mode l’année suivante, à l’occasion du débat sur la régulation à mettre en œuvre face aux changements technologiques intervenus dans le secteur des télécommunications aux Etats-Unis. S’insérant dans la problématique plus générale d’accès universel, les discussions sont alors centrées sur les inégalités d’accès à l’internet dans ce pays, ainsi que sur le rôle de l’éducation pour combler cette fracture.
Les pays européens ont ensuite repris le message de la fracture numérique, d’abord pour souligner leur retard » par rapport aux Etats-Unis, puis pour fonder le projet plus vaste de bâtir une société européenne de l’information, projet initié par le rapport Bangemann (1994) et relayé par le plan ambitieux en Europe en 1999 où figurent pêle-mêle des projets en matière de démocratie électronique, de commerce électronique, d’éducation à distance, de télésanté, d’accès à l’internet pour les personnes handicapés, etc. Au départ, puisque retard européen il y avait au milieu des années 1990 et puisque l’Union européenne pouvait être un terrain propice pour la mise en place et l’utilisation des nouveaux réseaux, il fallait faire en sorte que l’Europe exploite au plus tôt et le plus intensément possible les opportunités offertes par l’internet et les promesses de la Nouvelle Economie. Parallèlement, à l’instar des initiatives américaines, il s’agissait pour chaque pays européen de combler au niveau national les écarts entre régions, villes, organisations, groupes sociaux, individus.
Enfin, le débat polymorphe sur la fracture numérique a gagné les économies périphériques (hors les nouveaux pays industriels asiatiques). La diffusion des TIC s’étant traduite par des gains de productivité importants aux Etats-Unis et en Europe, il s’agirait pour ces économies de ne pas aggraver leur retard en s’équipant en matériel informatique et en se connectant à l’internet, tout en libéralisant leur secteur des télécommunications et en formant leur population aux nouvelles technologies. L’ONU est le vecteur institutionnel et médiatique de cette dernière dimension.
Derrière l’ensemble des débats, un même terme est mobilisé : le Digital Divide traduit en français par fracture (ou fossé) numérique. Comment cette notion est-elle définie ?
Quelle définition ?
Que ce soit au niveau des individus, des organisations, des pays, des blocs géopolitiques, des zones géographiques, des communautés, des groupes sociaux, des métiers…, les définitions relatives à la fracture numérique renvoient à l’idée de division en deux groupes : d’un côté, ceux qui bénéficient de l’économie numérique (haves) et de l’autre, ceux qui sont exclus de l’économie numérique et de ses préposés bienfaits (have-not).
Initialement, la fracture numérique a été conçue comme une forme d’exclusion de ceux n’ayant pas accès aux TIC. Plaçant l’équipement technologique au centre de l’analyse, cette perspective techniciste présuppose l’accès aux TIC comme une condition nécessaire à la richesse. Ces technologies sont supposées générer des gains de productivité, quel que soit le milieu économique, institutionnel et culturel où elles se diffusent.
Une autre perspective, plus élaborée, se fonde sur les usages effectifs des TIC. L’hypothèse est celle de la neutralité technologique. Ce qui importe n’est pas d’augmenter les stocks d’équipement informatiques et les connexions internet, mais l’usage qui en est fait. Ainsi les TIC peuvent fort bien conforter les formes d’organisation traditionnelles et renforcer les inégalités déjà existantes. Elles peuvent alternativement être des vecteurs de transformation sociale et économique, si elles s’accompagnent de changements organisationnels. L’analyse se centre alors sur les usages des TIC et la fracture numérique apparaît davantage comme une conséquence des inégalités déjà existantes. La fracture numérique est alors définie comme la séparation entre ceux (les individus, les groupes sociaux, les régions, les pays…) qui utilisent les TIC (d’une manière efficace et créatrice) et ceux qui ne les utilisent pas, ou pas ainsi. La réflexion porte moins sur les moyens en TIC, mais surtout sur les conditions de leur utilisation effective, de leur appropriation et de leur promotion auprès des exclus [7].
Une troisième perspective porte sur les contenus (savoirs, information, œuvres…) et les services auxquels donnent accès les TIC. Qu’importent la technologie employée, son degré d’avancement ou les modalités de son implémentation, ce qui compte ici est la division entre ceux qui ont accès aux contenus et ceux qui n’y ont pas accès. Par exemple, quel que soit l’équipement informatique d’un salarié (mode d’accès, performances techniques…), seul l’accès à la connaissance par ce biais permet de le distinguer de ceux qui n’y ont pas accès.
Plus généralement, selon Baker [8], la fracture numérique peut se définir du point de vue de l’utilisateur ou du producteur comme la situation sous-optimale du point de vue (1) de l’accès aux technologies (conception initiale), (2) de la disponibilité des contenus et des services et (3) de l’utilité ou de la conscience relative à la valeur réelle aussi bien que perçue par les utilisateurs (individus, entreprises…) quant à l’utilisation des TIC et des services qui y sont associés.
La définition proposée par l’OCDE, à laquelle se réfère la plupart des études [9], rassemble ces différents éléments : “The gap between individuals, households, businesses and geographic areas at different socio-economic levels with regard both to their opportunities to access information and communication technologies (ICTs) and to their use of the internet for a wide variety of activities. The digital divide reflects various differences among and within countries. The ability of individuals and businesses to take advantage of the internet varies significantly across the OECD area as well as between OECD and non-member countries. Access to basic telecommunications infrastructures is fundamental to any consideration of the issue, as it precedes and is more widely available than access to and use of the internet [10].”
Plusieurs éléments en ressortent
  • l’application de la notion de fracture numérique serait universelle
  • individus, ménages, organisations, zones géographiques) ;
  • cette notion renvoie à différentes dimensions géographiques : internationale
  • au sein des pays développés, entre ceux-ci et les pays en développement) et intranationale (disparités interrégionales, villes/campagnes) ;
  • l’accès et l’usage des TIC sont deux problèmes distincts ;
  • la fracture numérique est conditionnée par l’accès aux infrastructures de télécommunication.
Les mesures
Selon la définition et la problématique retenues, plusieurs catégories d’indicateurs sont mobilisées pour évaluer la fracture numérique (pour un survey des indicateurs utilisés, voir Montagnier, Mullet et Vickery [11] et pour le détail de quelques indicateurs, voir Methanem [12] ). Dans une acception large de la notion (disparités dans l’accès et l’usage des TIC), l’élaboration d’indicateurs pertinents, précis et exhaustifs exige un nombre important de données portant notamment sur :
  • les infrastructures : densité des réseaux électriques, de télécommunication, l’internet…
  • le niveau d’éducation de la population : alphabétisation, scolarisation, familiarité avec l’informatique, nombre d’institutions scolaires et de formations spécialisées en informatique, pratique d’une seconde langue (en particulier, l’anglais)…
  • les équipements : nombre de terminaux et de serveurs, taux d’équipement…
  • les compétences et le savoir-faire technique : poids des « secteurs TIC », nombre d’ingénieurs informatiques, d’opérateurs réseaux et d’entreprises informatiques implantées localement, partenaires extérieurs, qualification de la main d’œuvre…
  • l’accès potentiel à ces infrastructures et à ces équipements : densité géographique du parc informatique et des points d’accès aux réseaux de télécommunication, localisation des équipements, proportion d’équipements collectifs (télécentres, cafés internet…), possibilité de se connecter, liberté d’expression…
  • l’accès et l’usage effectifs de cet équipement : nature et volume des flux d’information (textes, vidéo, son, flux interprofessionnels…), pratiques des utilisateurs professionnels et des particuliers, nature et poids économique des activités utilisatrices des TIC…
La notion et sa mesure évoluant avec le changement technologique et selon la localisation géographique des utilisateurs des TIC, ces critères ne sont pas stables. Ainsi il fallait initialement mesurer les écarts entre taux d’équipement informatique, puis entre taux de connexion à l’internet et actuellement, entre niveaux d’accès au haut débit.
Les mesures des écarts ne sont pas sans risque méthodologique [13] et posent des problèmes d’interprétation des résultats, tant au niveau des comparaisons internationales qu’intranationales : les données sont très inégalement disponibles, les séries étant incomplètes, les variables hétérogènes, la comparaison d’une zone géographique à l’autre ou d’une période sur l’autre problématique, les agents producteurs et utilisateurs des TIC (individus, firmes, associations, administrations, ONG…) très divers et variables dans le temps et dans l’espace, selon les cultures et les environnements institutionnels...
Néanmoins, malgré ces limites importantes, des indicateurs plus élaborés et homogènes ont été proposés par l’Agence canadienne pour le développement international et l’ORBICOM [14] pour mesurer le degré de diffusion des TIC dans une économie donnée (the country’s ICT-ization). Pour ce faire, un indicateur synthétique (infostate) en combine deux autres. Le premier, l’infodensité, évalue la capacité productive d’un pays en relation avec les TIC, à savoir « le capital en TIC par rapport au capital travail liés aux TIC (…) et leur impact sur la capacité productive de l’économie [15] ». Il combine des indicateurs de réseaux (pour 1 000 habitants, nombre de lignes de téléphone, de sites internet et d’abonnés au téléphone mobile) et des indicateurs de qualification (taux d’alphabétisation et de scolarisation). L’autre indicateur, l’info-utilisation, estime l’appropriation des TIC par les ménages, les entreprises et les administrations (pour 1 000 habitants, nombre d’utilisateurs internet, de PC et de postes radios ; proportion de ménages équipés en TV, en câble/satellite) ainsi que l’intensité de leur utilisation effective (dépenses en TIC dans le PIB, flux de télécommunication vers l’extérieur par habitant). La fracture numérique est alors estimée par la disparité des indicateurs infostates entre les différents pays et son évolution dans le temps.
Si l’ambition de cette étude est d’élaborer une mesure plus complexe de la fracture numérique que les habituels empilements de tableaux de données variable par variable, peu d’éléments sont communiqués sur la méthodologie employée. Or, étant donné la taille très réduite de l’échantillon (9 pays) et les indicateurs utilisés, cette étude est sujette à caution. Plus généralement, ce type d’analyses introduit une distinction entre capital « traditionnel » et capital en TIC, ainsi qu’en matière de qualification des salariés par rapport aux TIC. Cependant, sont négligées la nature générique de ces technologies et donc la difficulté inhérente, voire l’erreur théorique consistant à vouloir mesurer avec exactitude l’économie numérique [16].
Un discours institutionnel controversé
Comme nous l’avons déjà indiqué, la fracture numérique a surtout fait l’objet d’un discours ayant pour enjeu la définition de politiques publiques.
D’une manière générale, il existe un consensus pour faire des TIC le moteur d’une nouvelle révolution industrielle (« informationnelle ») conditionnant la croissance économique et le bien-être social. Elles sont censées apporter des gains de productivité à l’ensemble des activités économiques, stimuler le développement de nouveaux procédés et produits, accroître la rémunération ou favoriser la carrière des salariés les utilisant, augmenter l’accessibilité aux services collectifs (santé, éducation...) et leur efficacité, permettre aux individus ou aux organisations d’étendre le spectre de leurs possibilités grâce à un accès plus facile à l’information et même de démocratiser la vie politique.
Par ailleurs, personne ne conteste qu’il existe de fortes inégalités dans la diffusion de ces technologies, y compris au sein des pays ou régions développées, ce qu’attestent les nombreux indicateurs mobilisés. Le débat porte sur la manière de réduire cette fracture et de combattre ainsi le risque de marginalisation d’activités, d’individus ou de zones géographiques, du fait de leur « exclusion » de la révolution informationnelle.
D’un côté, se trouvent ceux qui font des inégalités actuelles liées à la diffusion des TIC un problème majeur appelant des interventions publiques. La fracture numérique ajouterait une nouvelle inégalité aux inégalités sociales et économiques entre pays, régions, salariés, groupes sociaux… Des politiques d’aide spécifiques aux TIC seraient alors nécessaires pour corriger les écarts observés. De nombreux auteurs et institutions [17] préconisent ainsi de telles politiques pour favoriser le rattrapage technologique des « exclus » par rapport aux bénéficiaires de la révolution numérique.
D’autres soutiennent que la fracture numérique n’est qu’une conséquence des inégalités sociales et économiques existantes et doit être, à ce titre, démythifiée. Il convient dans cette approche de réduire en priorité les écarts socioéconomiques en favorisant le développement économique des pays ou des régions périphériques. Du rattrapage économique naîtront ensuite des besoins et des usages technologiques similaires à ceux des pays ou régions centres. Dans cette dynamique, la fracture numérique se résorbe d’elle-même, elle n’appelle pas de politique spécifique. Ce à quoi les premiers répondent que le développement économique actuel passe par l’accès aux TIC et à leurs usages.
Par ailleurs, les inégalités existantes ne constituent un problème que si elles perdurent. Or la plupart des positions favorables à l’intervention publique le présupposent, mais n’en font pas la réelle démonstration (sauf en matière d’infrastructure). Il y a, à cet égard, une confusion entre les effets produits par les inégalités de diffusion des TIC et les facteurs d’évolution des inégalités de diffusion. On ne peut pas inférer l’accroissement des inégalités de diffusion du fait que ces inégalités ont des effets négatifs sur la croissance et le bien-être social. Il y a entre les deux des liens qu’il faut établir. Sinon, la politique publique est justifiée par les effets négatifs d’inégalités dont les facteurs d’évolution ne sont pas analysés mais présupposés.
Les partisans de l’autorégulation par le marché proposent une réponse à cette dernière question. Avec les partisans de l’intervention publique, ils partagent l’idée que les inégalités de diffusion des TIC tendent à élargir les écarts de développement car, comme le soulignent Montagnier, Muller, « because of the network effects associated with ICTs, society as a whole would fail to gain the full benefits from wider use [18] », mais ils contestent que les actuelles inégalités de diffusion soient appelées à se perpétuer, le marché permettant à terme de répartir au mieux les ressources technologiques en fonction des besoins réels. Il le permettra d’autant plus que les marchés des TIC reposent sur une dynamique d’externalité de réseau qui ignore les frontières sociales ou géographiques. Toute intervention publique est alors perçue comme une source de signaux erronés envoyés aux acteurs économiques, sauf celle qui vise à contenir le risque de monopole induits par des marchés à fort rendement croissant. La position des partisans du marché repose sur une double croyance, celle partagée avec la position adverse d’effets a priori favorables des TIC sur la croissance et le bien-être social et celle d’une diffusion généralisée et convergente des TIC.
Transformer le débat institutionnel sur le Digital Divide en un programme de recherche implique de remettre en question ces deux croyances.
 
SÉRIER LES PROBLEMES
 
 
La notion de fracture numérique est utilisée pour désigner aussi bien des inégalités entre régions que des inégalités entre nations, entre groupes sociaux ou même entre catégories d’entreprises. Ces inégalités se recouvrent en partie et leurs critères se cumulent : les membres d’une communauté afro-américaine d’un district pauvre d’une région non métropolitaine des Etats-Unis ou les PME d’une région pauvre d’un pays non développé auront a priori des taux d’équipement en ordinateurs et d’accès à l’internet plus faibles que les mêmes ensembles situés dans des régions plus riches. Mais les mécanismes et les problèmes ne sont pas les mêmes pour un groupe social, un type d’entreprises, une région ou un pays. Les solutions non plus : ce qui est bon pour une région ne l’est pas nécessairement pour un groupe social et vice versa. Réduire la fracture numérique entre régions peut avoir pour résultat de l’accroître entre groupes sociaux. La probabilité est d’autant plus élevée que les groupes sociaux les plus aisés des régions ou des pays pauvres ont une capacité plus forte à capter des bénéfices d’une politique soutenant ces régions ou territoires. C’est d’ailleurs un problème classique en économie régionale que de savoir si les politiques publiques doivent cibler des espaces ou des personnes (« place prosperity » versus « people prosperity »).
Nous nous concentrons ici sur les dimensions géographiques de la fracture numérique. On distinguera la fracture au sein des pays développés, entre les pays développés et les pays en développement, entre les régions au sein d’un même d’un pays, entre les espaces ruraux et les espaces urbains. Deux grands types de problème se posent mais de manière différente et avec plus ou moins d’intensité selon le niveau géographique.
Distinguer les fractures selon les échelles géographiques
La fracture entre les pays développés
Pour des raisons qui tiennent à l’abondance relative des données, cette dimension a fait l’objet de copieuses compilations statistiques portant sur les pays de l’OCDE [19]. Elles portent sur deux aspects différents : d’un côté, l’importance du secteur TIC dans l’économie des pays considérés, de l’autre, l’utilisation des TIC par les firmes, les administrations et les ménages.
En forte croissance dans les années 1990, le secteur des TIC était appelé à tirer la croissance économique, d’où l’enjeu. Cumulant plusieurs indicateurs (les parts relatives du secteur TIC dans l’emploi, la valeur ajoutée, la R&D et le commerce international), l’OCDE a classé les pays membres en pays hautement intensifs en TIC (Finlande, Hongrie, Irlande; Corée, Suède, Royaume-Uni, Etats-Unis), moyennement intensifs (Canada, Danemark, France, Grèce, Italie, Japon, Mexique, Pays-Bas, Norvège, Suisse) et faiblement intensifs [20] (Australie, Belgique, République tchèque, Allemagne, Pologne, Portugal, Espagne, Turquie).
Le terme de « retard » est plus souvent invoqué que celui de « fracture » pour désigner les inégalités de diffusion de la révolution numérique au sein des pays développés. Mais il existe des écarts importants et surtout l’avance significative des Etats-Unis sur les deux tableaux (poids relatif du secteur TIC dans l’économie, indicateurs de diffusion des TIC dans l’économie) a conduit à s’interroger sur son caractère irréversible ou non. Soucieuse des impacts macro-économiques de ces inégalités, la politique européenne a soutenu la diffusion des TIC pour accroître l’efficacité des organisations (firmes et administrations) et assurer une meilleure coordination des marchés dans l’Union européenne [21].
La fracture entre pays développés et pays non développés
Compte tenu de la faiblesse du secteur TIC dans les pays non développés, la fracture numérique entre Nord et Sud est surtout déclinée en termes d’indicateurs de diffusion des TIC. L’absence de données statistiques étendues fait porter les efforts de comparaison sur les infrastructures de télécommunication (nombre de lignes fixes et mobiles, prix) et quelques données informatiques (nombre estimé d’ordinateurs) ou l’internet (nombre de serveurs, d’utilisateurs) pour lesquelles existent les données de l’Union Internationale des Télécommunications (www. iut. int/ ITU-D/ ict/ statistics).
Dans les pays en développement, le problème essentiel est celui de l’accès aux infrastructures et aux équipements (mauvais état et couverture insuffisante des réseaux téléphoniques, coût de l’équipement informatique). Les travaux menés dans ce domaine [22] montrent que les plus faibles taux d’équipement et d’accès dans ces pays s’expliquent essentiellement par des variables socio-économiques de niveau de développement.
La fracture interrégionale
Au niveau régional, le débat sur la fracture numérique concerne pour l’essentiel l’inégale desserte du territoire national par les réseaux de communication, même si l’on peut aussi s’interroger à ce niveau sur l’articulation entre la localisation du secteur TIC et la capacité à utiliser les TIC dans l’ensemble des activités [23]. Dans les pays développés, le débat se focalise sur le haut débit (DSL, câble, mobile 3G…) compte tenu de la bonne couverture du territoire national par les réseaux de génération précédente (fixe, cellulaire). La desserte de l’ensemble du territoire par le haut débit fait l’objet de plans et de rapports récurrents (en France depuis le rapport Théry en 1994, mais il faudrait remonter au plan câble des années 1980). La question a été relancée par l’ouverture et le développement du marché de l’accès haute vitesse à l’internet [24]. On connaît les paramètres du débat : quelle que soit la technologie utilisée (câble, fibres optiques, DSL, boucle locale radio, mobile 3G), le haut débit va aux zones les plus denses, pour des raisons économiques (nécessité d’une taille de marché suffisante pour rentabiliser l’investissement) ou techniques (contrainte de distance par rapport au central téléphonique pour la technologie DSL).
Il existe en fait trois types de territoires :
  • les grandes villes (une quarantaine d’agglomérations fin 2004 en France) dont la taille et la densité justifient des investissements privés en infrastructures spécifiques haut débit (câble, fibre optique, boucle locale radio…) ou qui ont accès au haut débit via le réseau téléphonique
  • technologie DSL) au travers d’offres concurrentielles ;
  • les zones grises dont l’accès au haut débit passe par un seul opérateur, l’opérateur, historique ; leur taille et leur densité sont insuffisantes pour rentabiliser des investissements privés en réseaux alternatifs ; elles représentent 40 % des lignes résidentielles et professionnelles fin 2004 en France [25] ; le problème n’est pas en tant que tel l’accès, mais le coût de l’accès, en raison de l’absence de concurrence ;
  • les zones blanches (rurales) qui ne sont desservies ni par la technologie DSL en raison du non équipement du répartiteur ou de son éloignement, ni par des technologies alternatives, faute de rentabilité ; actuellement, 90 % des ménages et des entreprises disposeraient d’un accès DSL [26] (ART, 2004) ; si l’on en croit France Télécom, le taux d’éligibilité des ménages à l’accès DSL devrait être porté à 98 % en 2007 et celui des entreprises à 100 %.
La fracture entre les espaces ruraux et urbains
Du côté de la population, les différences entre les espaces ruraux et urbains sont d’autant plus fortes que le niveau de développement du pays est faible en raison de l’absence d’infrastructures de télécommunication dans les campagnes ou de la vétusté du réseau dans ces zones. C’est notamment le cas en Afrique [27]. Dans le cas où cette variable est neutralisée, c’est-à-dire dans les pays développés, les écarts observés entre les taux d’accès rural et urbain existent, mais ne sont pas très importants [28]. Aux Etats-Unis, les taux de connexion internet dans la population urbaine et rurale sont quasiment équivalents en 2001 [29] (51,1 % contre 48,7 %). Dans les pays développés, les différences entre rural et urbain recouvrent essentiellement des différenciations sociales au niveau des ménages (niveau de revenu, d’éducation…). Cela ressort encore plus nettement à l’échelle inférieure (banlieue/centre ville). Ainsi, aux Etats-Unis, les taux de connexion internet dans les aires urbaines centrales sont plus faibles que dans le reste des aires urbaines et voisins des taux des zones rurales. La fracture numérique est dans ce cas une forme d’expression de l’inner city problem des villes américaines. De même, une étude de la Fondation Getulio Vargas fondée sur des microdonnées, établit une étroite corrélation entre les cartes des districts municipaux de Rio de Janeiro selon le niveau de revenu et selon un indicateur d’inclusion numérique [30]. Plus l’échelle géographique est petite, plus le problème social apparaît derrière la fracture numérique.
Du côté des entreprises, les taux d’adoption des TIC ont été initialement plus faibles en milieu rural qu’en milieu urbain même en contrôlant des variables telles que la taille ou le secteur. Toutefois, dans la période récente, les taux d’adoption tendent à converger. Les inégalités se sont déplacées vers les usages ou fractures de « second niveau » (sur ce point voir les travaux de Galliano et Roux [31] ).
Deux grands problèmes d’intensité variable selon l’échelle géographique
Comme on vient de le voir, la dimension géographique de la « fracture numérique » a deux aspects. Le premier facteur d’inégalité est la concentration géographique du secteur TIC dans certains pays ou régions et surtout les effets qu’elle induit sur le reste de l’économie. Le second est la discrimination territoriale par les réseaux d’infrastructures.
Les inégalités liées à la production des TIC
Rappelons que les TIC ont deux impacts différents sur la croissance. Tout d’abord, variant d’un pays (région) à l’autre, le poids et le taux de croissance du secteur TIC tirent inégalement la croissance. Mais, utilisées comme biens d’équipement par tous les secteurs, les TIC ont aussi un impact sur l’ensemble de l’économie.
L’importance des barrières à l’entrée (coûts fixes importants, notamment de R&D), l’existence de rendements croissants et le contrôle institutionnel qu’ont les Etats-Unis du réseau-support (l’internet) de l’innovation dans ce secteur font qu’il est assez illusoire de penser pouvoir combler l’avance prise par certains pays (régions) développés, en particulier, les Etats-Unis (Silicon Valley), même s’il existe des stratégies de niche (le téléphone mobile en Europe et au Japon, les jeux vidéo pour la France…) ou de complémentarité possibles (la coproduction de logiciels en Inde et, de manière plus générale, la nécessité devant laquelle se trouve l’industrie de ce secteur de délocaliser sa production pour diminuer les coûts et suivre une stratégie de baisse des prix lui permettant de conserver un taux de croissance élevé de ses marchés).
Dès lors, la question essentielle devient de savoir si un pays non producteur de TIC peut être aussi efficace dans l’utilisation de ces technologies qu’un pays producteur. Si oui, la fracture ne s’étendrait pas à l’impact le plus important des TIC dans l’économie, à savoir leur utilisation comme inputs dans l’ensemble des activités. Dans une économie parfaitement concurrentielle, les gains de productivité dans le secteur TIC se transmettent rapidement aux secteurs utilisateurs sous la forme de la baisse de prix des équipements (à qualité constante).
Mais :
  • l’économie n’est pas parfaitement concurrentielle, notamment dans le secteur TIC qui est à rendements croissants ; dès lors, la transmission des gains de productivité peut se faire inégalement selon les pays (dans les années 1990, les firmes aux Etats-Unis ont payé leurs biens d’investissement en TIC 10 % moins cher qu’au Canada et de 30 % à 75 % moins cher que dans les autres pays [32] ) ;
  • la transmission des gains de productivité est freinée par l’existence de droits de propriété intellectuelle qui rendent coûteux l’accès aux technologies ; les débats sur la piraterie informatique ou sur le logiciel libre constituent une composante du problème de la fracture numérique [33] ;
  • dans une économie à rapide obsolescence technologique, le délai d’accès aux nouveaux produits et procédés est une variable très importante ; le délai est plus court dans les pays producteurs ;
  • l’articulation entre production et utilisation des TIC s’appuie aussi sur des externalités technologiques (transmission de savoir-faire, échanges d’information, « atmosphère industrielle »…) qui sont plus fortement dépendantes du contexte territorial que les externalités pécuniaires ; elles favorisent une dynamique d’usage des TIC plus forte et plus efficace dans les pays producteurs que dans les pays uniquement utilisateurs, dans la mesure où elles tendent à accélérer la production de biens et services TIC innovants au moyen d’interactions utilisateurs-producteurs ;
  • la position de l’Europe par rapport aux Etats-Unis est souvent utilisée pour illustrer le problème [34], mais il concerne aussi les relations entre pays développés et non développés ; en revanche, on peut supposer qu’il se pose beaucoup moins entre régions d’un même pays car les mécanismes, monétaires et non monétaires, de transmission de la croissance rencontrent a priori moins d’obstacles.
La discrimination par les infrastructures
La fracture numérique commence par un accès inégal aux réseaux d’infrastructures, même si elle ne s’y réduit pas. Comme dans le domaine du transport, les infrastructures de télécommunication sont une condition nécessaire (mais non suffisante) du développement local et régional [35]. On entend par infrastructure tout ce qui permet d’avoir un accès aux réseaux (équipement informatique et connexion aux réseaux de télécoms).
Le problème concerne surtout les PED et les régions périphériques car, pour les pays développés et les régions centre, l’ouverture à la concurrence des télécommunications a entraîné une course aux raccordements qui tend à homogénéiser les conditions d’accès aux réseaux de télécommunication. Des écarts de prix demeurent, mais ils devraient peu à peu se résorber, compte tenu de la convergence du cadre réglementaire dans ce secteur au sein des pays de l’OCDE (OECD Communications Outlook 2001). En fait, ces pays et régions sont plutôt menacés d’un excès de capacité en infrastructures : le problème est moins de développer de nouvelles infrastructures que de savoir quels usages peuvent en être fait. Le discours sur la nécessité du haut débit partout ne doit pas masquer par exemple le fait que le piratage de musique est le principal usage de masse qui en est fait.
L’accès aux réseaux reste un problème pour les pays en développement et les régions périphériques, au sens où le marché ne peut seul le résoudre. En effet, la course aux raccordements et aux équipements qui est le vecteur marchand de la résorption des inégalités géographiques s’arrête avec l’insolvabilité ou la taille insuffisante du marché. Dans les pays développés, le haut débit finit par toucher la quasi-totalité de la population et des entreprises en dépit du ton très alarmiste utilisé. Certes la couverture n’est pas la même sur l’ensemble du territoire, mais les besoins non plus. En revanche, dans les PED, les infrastructures risquent d’être concentrées dans les (grandes) agglomérations et, pour le haut débit, de ne desservir que des zones spécifiquement équipées. La discrimination territoriale y est donc encore plus forte.
L’évolution de la fracture numérique résultant des infrastructures dépend de deux facteurs, l’un technologique, l’autre réglementaire. L’influence de l’évolution technologique sur la fracture est contradictoire. D’un côté, on assiste à une multiplication de technologies concurrentes (DSL, câble, fixe, mobile, boucle radio locale, wi-fi, satellite...) diversifiant l’accès et donc les possibilités de contourner l’obstacle. De l’autre, l’innovation technologique tend à reconstituer sans cesse des inégalités géographiques en créant de nouveaux besoins d’infrastructures (le téléphone mobile puis le haut débit, les réseaux sans fil haut débit, puis le très haut débit…). La nature de la résultante des deux forces technologiques dépendra de l’autre facteur, le facteur réglementaire. La réglementation est le cadre qui détermine les conditions économiques de la diffusion des technologies. Selon la réglementation adoptée, la technologie est plus ou moins porteuse d’inégalités géographiques.
Comme la technologie, la réglementation a deux aspects. Elle a d’abord pris la forme d’une déréglementation jugée favorable à une diffusion géographique rapide des TIC par un certain nombre d’institutions internationales (l’OCDE notamment) qui soulignent la corrélation entre l’ouverture à la concurrence des télécommunications, d’une part, et l’extension géographique des réseaux, la réduction des coûts d’accès et l’amélioration de la qualité de service, d’autre part. Les monopoles encore en vigueur dans un certain nombre de pays sont faiblement incités à développer les réseaux, pratiquent des prix élevés et offrent des services de faible qualité ou en retard par rapport à l’évolution technologique. Une telle tendance est effectivement observée au sein des pays de l’OCDE. On peut l’étendre aux aires métropolitaines des pays en développement car là où il y a un marché potentiel, le marché est effectivement plus efficace que le monopole public pour développer les réseaux. Mais cela laisse en suspens le problème des régions et zones périphériques caractérisées par l’éloignement des zones centre ou/et une faible densité).
D’où le second aspect réglementaire, conséquence du premier : autoriser les collectivités locales des pays développés à devenir des opérateurs de réseau. Dans la plupart des pays, elles sont déjà autorisées à construire des infrastructures passives et à les louer à des opérateurs privés. Cela ne résout pas nécessairement le problème, dans la mesure où la taille de marché, du moins initiale, dans ces zones ne permet pas de rentabiliser une offre privée de services. En devenant opérateur d’un réseau actif [36] (ou plus exactement opérateur d’opérateurs car elle délègue généralement cette tâche), la collectivité locale entend non seulement se substituer à une offre privée défaillante d’infrastructures mais aussi stimuler le développement d’une demande locale de services justifiant ex-post le volontarisme de la collectivité. Toutefois, ces initiatives qui se présentent comme complémentaires au marché (on crée un réseau public là où le marché ne va pas) ne sont pas sans ambiguïté car elles consistent bien souvent à subventionner un opérateur concurrent de l’opérateur historique. Le problème n’est pas tant d’offrir un réseau haut débit là où il n’existe pas, que d’aiguillonner l’opérateur en situation de monopole par un réseau concurrent.
 
TROIS OBJECTIFS POUR LA RECHERCHE
 
 
La recherche sur la fracture numérique a, selon, nous, trois grands enjeux [37]. Le premier est d’intervenir dans le débat controversé sur les rôles respectifs du marché et de l’intervention publique pour réduire la fracture. Le second est de développer une représentation plus complexe de cette fracture généralement limitée aux questions d’accès et d’adopter pour cela une décomposition en couches selon le modèle utilisé dans l’analyse des réseaux de télécommunication. Le troisième est d’abandonner la problématique du retard et d’un modèle de diffusion universel pour faire droit à l’existence de trajectoires de diffusion différenciées selon les contextes.
Marché ou intervention publique ?
Au départ, le thème de la fracture numérique – produit d’un discours institutionnel – a été développé par les partisans d’une intervention publique seule capable de contenir le danger de zones géographiques ou d’individus « exclus » de la société de l’information. Mais un contre-feu a été depuis allumé par ceux qui pensent que le marché est un instrument efficace de réduction de la fracture.
Selon Piazolo : « The digital divide will diminish with time until the gap in the density of computers and internet hosts just reflects the different economic development stages during the catch-up process [38]. » Dans cette perspective, nombreux sont ceux qui préconisent le laissez-faire [39]. Selon Quah [40], pour que la libéralisation des télécommunications puisse diminuer le coût d’accès aux réseaux et accélérer la diffusion des TIC, il faut développer les marchés financiers, afin de faciliter le financement de projets visant à implanter des réseaux et à améliorer leur fonctionnement. Les politiques publiques deviennent alors inutiles. Toujours dans cette perspective, Becchetti et Adriani montrent que la croissance économique est affectée par la qualité des réseaux de téléphone et l’équipement informatique et télécoms dont le rôle est de diffuser la connaissance [41]. Or la libéralisation est l’instrument du développement des réseaux.
En poussant l’argumentation, on obtient les thèses de type leapfrogging : un marché efficient des télécoms et de l’informatique permet potentiellement à tout pays ou région de sauter certaines des étapes suivies antérieurement par les pays producteurs de TIC et d’assurer ainsi leur rattrapage dans des conditions souvent meilleures (équipements plus récents, formation plus adaptées…).
Ces prises de position ont à leur tour suscité des réactions. Face aux approches favorables à la libéralisation, Steinmueller [42] met en garde contre toute tentative d’universaliser un quelconque modèle du rattrapage numérique. Ces stratégies supposant une libéralisation des « secteurs TIC » sont nécessairement limitées à certaines zones géographiques et à certains agents économiques étant donné l’existence de conditions strictes d’applicabilité [43]. Ainsi ces stratégies ont peu de chances d’être suivies d’effet dans des pays où les infrastructures télécoms et électriques sont insuffisantes, où les besoins en connaissances scientifiques et techniques de la part des industries locales (notamment exportatrices) n’existent pas sur une échelle suffisante, où la main-d’œuvre qualifiée (informaticiens…) est rare… Pour Johnston [44], la libéralisation du secteur des télécommunications a permis et permettra de réduire la fracture numérique dans les pays du Nord en réduisant les coûts d’accès aux TIC, mais il en va différemment pour la fracture Nord/Sud car les infrastructures n’existent pas ou sont insuffisantes dans la plupart des économies périphériques. Plusieurs conditions sont nécessaires pour augmenter l’accès aux TIC : garantir une sécurisation des investissements dans les infrastructures fixes ou mobiles via la stabilisation préalable du cadre institutionnel (élimination de la corruption, mise en place d’une régulateur doté de pouvoirs importants et indépendant, nécessité de mesures en matière d’éducation…).
Notre propre position se décline en trois points :
  • il ne faut effectivement pas sous-estimer la capacité du marché à diffuser rapidement les TIC en raison de la nature économique de ces marchés ; combinant coûts fixes élevés et externalités de réseau, ils sont caractérisés par une dynamique exponentielle [45] ; des technologies comme le mobile se sont ainsi diffusées très rapidement dans toutes les zones géographiques et couches de la société et pas seulement dans les pays développés ; cette tendance va se poursuivre ; l’industrie des TIC a en effet été confrontée à un sévère ralentissement de sa croissance depuis 2000 ; hormis l’aspect conjoncturel (éclatement de la bulle internet), ce ralentissement tient, d’une part, au retard pris dans les innovations de contenus et de services nouveaux et, d’autre part, au prix trop élevé des équipements informatique et de l’accès aux réseaux pour une grande partie de la population, surtout dans les pays en développement ; l’industrie est contrainte de baisser ses coûts si elle veut continuer à fonder sa croissance sur une dynamique élargie d’externalités de réseau ; la délocalisation limitée jusqu’ici au hardware est une réponse possible (software, réalisation des contenus) ; cela signifie que des pays en développement et des régions périphériques pourraient attirer certaines productions de TIC et contribuer à une géographie moins concentrée du secteur ;
  • le marché bute toutefois sur la contrainte de solvabilité (revenu de la population, faible densité géographique des zones) ; pour contourner la contrainte de revenu, l’industrie est incitée à baisser ses coûts ; mais le modèle de diffusion propagé dans les pays développés par les constructeurs (un ordinateur privé, un accès privé à l’internet) limite la capacité à diminuer les coûts d’équipement et d’accès dans les zones à faible revenu ; la réduction de la fracture passe par l’adoption d’autres modèles de diffusion (terminaux moins coûteux comme dans la configuration du network computer, location plutôt qu’achat, accès collectifs…) ; mais ces modèles entrent en contradiction avec les intérêts actuels des constructeurs dominants ; dans le cas où la taille de marché est insuffisante (faible densité dans les zones rurales), l’initiative publique est nécessaire ; mais elle s’expose à trois risques : de rencontrer l’opposition des opérateurs privés (voir plus haut), d’aboutir à un gaspillage de fonds publics en cas de choix s’avérant ex-post erronés (investissements irrécupérables élevés dans un contexte de rapide changement technologique), et de donner lieu à un surinvestissement technologique au regard des besoins réels même anticipés ;
  • le débat marché versus intervention publique porte essentiellement sur l’accès aux infrastructures – or la fracture numérique passe par d’autres niveaux tout aussi importants ; le débat actuel est trop focalisé sur l’accès ; certes celui-ci est une condition nécessaire à la réduction de la fracture et il apparaît aujourd’hui dominant pour les régions et pays en développement ; mais même si le problème de l’accès était résolu et il le sera sans doute, la fracture numérique existerait à d’autres niveaux ; on peut même se demander si elle n’est pas plus large et plus difficile à combattre à ces autres niveaux (voir l’article d’Adel Ben Youssef dans ce numéro).
Accès, usages et contenus
L’accès aux équipements et aux infrastructures est souvent présenté comme une fin en soi. Or les TIC ne sont que des instruments. Leur impact sur les performances et le bien-être social dépend de leur utilisation effective. La relation entre TIC et croissance ou développement passe par deux médiations qui ne sont pas spontanément assurées.
Il y a loin de l’accès aux TIC à leur usage effectif
Ce n’est pas parce que l’on a un ordinateur ou un accès l’internet que l’on s’en sert. Or seul importe l’usage (on peut d’ailleurs se servir d’ordinateurs collectifs ou d’accès non privés à l’internet). A la différence de l’équipement et de l’accès, les usages ne s’acquièrent pas par simple décision. Il faut le temps de l’apprentissage des outils, de leur maniement. Cela implique des investissements en formation et en suivi d’expériences, or ces investissements sont souvent négligés ou sous-proportionnés par rapport à l’investissement en matériel.
Il y a loin de l’usage effectif à la performance
Les économistes ont soulevé ce problème au travers du débat sur le paradoxe de productivité. Quel que soit le résultat qui s’en dégage (infirmation ou confirmation [46] ), ce débat a eu le mérite de porter l’attention sur les conditions de réalisation du potentiel de performance économique représenté par les TIC. Pour que ce potentiel devienne réalité, il faut réunir deux conditions :
  • l’utilisation des TIC doit déboucher sur la mise au point de nouveaux procédés et de nouveaux produits ou services, voire la création de nouveaux marchés ; or cela demande du temps ; nous ne sommes qu’au début de ce processus : l’innovation s’est jusqu’ici principalement concentrée dans les équipements et les infrastructures de réseaux ;
  • l’utilisation efficace des TIC implique des changements organisationnels ; à l’étape des réseaux, les TIC sont en effet des technologies de coordination, permettant aux organisations de fonctionner plus efficacement en réduisant leurs coûts de fonctionnement internes et en améliorant les relations interorganisationnelles ou avec les individus (clients, citoyens, patients, étudiants...) ; les gains d’efficacité sont toutefois subordonnés à des changements organisationnels qui, par nature, demandent du temps, le temps du changement organisationnel étant plus lent que celui du changement technologique.
A niveau égal d’équipement et d’accès aux TIC, les performances des entreprises peuvent être très différentes. Ce phénomène a été peu étudié entre zones géographiques, mais il y a tout lieu de penser qu’il existe et est appelé à se développer. Les régions et pays se différencient et vont se différencier selon leur capacité d’apprentissage des outils et, surtout, selon leur capacité à en tirer des usages efficaces en termes d’innovations de produits et de services et d’innovations organisationnelles. La fracture numérique sera certainement plus importante dans ce domaine que dans celui de l’accès car autant on peut admettre que le marché résout avec les limites que nous avons soulignées la question de l’accès aux technologies, autant les différences dans les aptitudes à en tirer parti ne relèvent pas du jeu du marché, mais de la capacité des organisations (entreprises, administrations, milieux géographiques...) à innover et à se transformer. A cet égard, cette fracture numérique-là est davantage devant nous que derrière nous si l’on accepte l’idée que nous n’en sommes qu’au début du processus historique des transformations organisationnelles rendant efficace la révolution technologique actuelle. Mais les organisations ou zones géographiques qui réussiront le mieux à accomplir ce processus ne sont pas nécessairement celles qui utilisent aujourd’hui le plus intensément les TIC.
Pour aller plus loin, il est intéressant de reprendre la décomposition en couches des réseaux de télécommunication [47] en distinguant la couche physique (infrastructure), la couche intermédiaire de gestion des réseaux ou infostructure (dans le cas d’une zone géographique, cela regroupe les plate-formes diverses mises à disposition des agents locaux) et les contenus ou services. Le diagnostic de fracture doit tenir compte de ces trois niveaux : une région peut offrir un accès facile aux TIC, mais ne pas offrir plus de services qu’une autre. Il faut surtout s’interroger sur les interdépendances entre ces trois couches et la nature de ces interdépendances (pécuniaires ou technologiques, ancrées territorialement ou non), de façon à définir des politiques de réduction dynamique des inégalités géographiques et clarifier les niveaux de l’intervention publique (faut-il investir dans l’accès, les plate-formes, les contenus, l’éducation en général... ?).
Des trajectoires différenciées
Le débat sur la fracture numérique constitue implicitement le modèle américain de diffusion des TIC (au niveau régional, c’est la Silicon Valley), comme le modèle de référence par rapport auquel l’état de la diffusion dans les autres pays et régions devrait être évalué. Il est ainsi dominé par une problématique du « retard » qui mesure le chemin à parcourir à un moment t entre l’expérience la plus avancée et celle, nécessairement retardatrice, des autres pays et régions.
Dans cette problématique s’engouffre la méthode des best pratices qui vise explicitement à aligner les expériences moins avancées sur les caractéristiques de celle qui est la plus avancée. Dans un premier temps, l’horizon présenté est d’obtenir une utilisation des TIC aussi intensive qu’aux Etats-Unis (proportion de ménages ayant un ordinateur, d’internautes dans la population, de salariés travaillant sur un ordinateur, ayant accès à l’internet...). Dans un deuxième temps, l’objectif s’étend aux contenus : e-commerce, e-learning, e-santé... On voit ainsi des pays en développement adopter des politiques de promotion du commerce électronique (au sens de commande à distance), alors que le commerce est encore dominé par le commerce traditionnel et que les réseaux logistiques n’existent pas ou sont très embryonnaires. De même, des pays se lancent dans des projets d’école du futur (téléenseignement), alors que leur système scolaire est de mauvaise qualité.
Pour accepter l’idée d’un modèle universel de référence à l’aune duquel il y aurait sens d’évaluer les autres expériences, il faudrait accorder du crédit à la thèse du déterminisme technologique : les TIC engendreraient des modèles déterminés d’organisation et d’affaires constituant la clé de la compétitivité. Or il n’en est rien : la recherche a clairement montré que les TIC étaient compatibles avec des modèles diversifiés et qu’elles n’engendraient par elles-mêmes aucun d’entre eux [48]. Les impacts des TIC dépendent des contextes organisationnels, institutionnels, sociaux et culturels dans lesquels elles s’insèrent : on ne doit donc pas en attendre des effets a priori. Parce qu’elles sont des technologies génériques, les TIC n’ont pas d’effets génériques, mais des effets adaptés aux contextes divers auxquels elles s’appliquent.
Au sein des pays développés, les modèles de diffusion sont diversifiés, en dépit de niveaux de développement relativement homogènes. La Scandinavie et l’Europe ont possédé une avance dans le téléphone mobile, le Japon dans certains contenus et l’i-mode, les Etats-Unis dans les technologies réseau et certains contenus (e-commerce)... Cela correspond non seulement à l’orientation prise par l’industrie des TIC dans ces pays, mais aussi à des spécialisations antérieures, à l’organisation urbaine, aux modes de vie...
Il nous semble plus raisonnable de mettre en évidence des trajectoires de diffusion diversifiées, à partir d’un certain nombre de variables concernant les modes d’accès et l’organisation des plates-formes et services offerts, puis de redéfinir les inégalités de diffusion à l’intérieur de ces trajectoires. Il est clair par exemple que l’accès privé à l’ordinateur et à l’internet ne peut constituer un modèle de référence permettant d’évaluer la fracture numérique qui sépare les Etats-Unis de l’Afrique. Compte tenu de la faiblesse des infrastructures et des revenus, l’accès se fait en Afrique par les points d’accès collectifs [49] (télécentres privés ou communautaires). En revanche, il y a sens à comparer des régions ou des pays dont l’accès repose sur des solutions collectives.
Conclusion
Nous avons exploré dans cet article la possibilité de transformer la question de la fracture numérique qui a surtout été le centre de discours institutionnels en un objet de recherche. Outre son caractère légitime (quelles inégalités liées à la diffusion des TIC et de l’internet ?), cette question mérite des analyses plus approfondies de façon à orienter plus finement les politiques publiques souhaitant combattre ces inégalités.
Nous avons d’abord vu qu’il fallait sérier les problèmes selon l’échelle géographique (pays développés ou en développement, régions, rural/urbain). Deux grands problèmes se posent mais avec une intensité inégale selon le niveau géographique : la concentration de la production des TIC et l’articulation de cette concentration à l’utilisation des TIC, la discrimination des territoires par les infrastructures. Nous avons ensuite défini trois orientations de recherche : clarifier le débat « marché versus intervention publique », analyser les interdépendances entre accès, usages et contenus, définir des trajectoires différenciées de diffusion des TIC pour donner sens à la notion de fracture numérique.
Quelle que soit la destinée du terme de fracture numérique dans la rhétorique des institutions, il y a ainsi de vraies questions à analyser.
 
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NOTES
 
[1]YU, 2002.
[2]COLBY, 2001.
[3]Pour une vision plus sociologique, voir DIMAGGIO et al., 2004.
[4]Au début des années 1990,6 % de la population des Etats-Unis ne disposaient pas d’une ligne téléphonique, essentiellement des personnes âgées, des minorités pauvres, des femmes seules avec enfants. Voir SCHEMENT, 1994.
[5]En particulier, les études de la Rand Corporation en 1995 sur l’opportunité de l’e-mail universel et en 1998, sur la nécessité de former aux TIC les citoyens et les salariés, ainsi que celle du ministère américain de l’Education en 1996 sur l’importance de connecter les établissements scolaires à l’internet. Certaines études remontent à 1993 sur le développement de services administratifs électroniques auprès des plus pauvres.
[6]LONG-SCOTT, 1995.
[7]Par exemple, HARGITTAI, 2002, distingue une fracture dans la fracture (une fracture de second degré) entre les individus connectés disposant des compétences ou du savoir-faire nécessaires pour effectuer des recherches rapides et efficaces sur l’internet et les autres « connectés ». Voir LE GUEL, 2005 dans ce numéro.
[8]BAKER, 2001.
[9]MONTAGNIER, MULLER, VICKERY, 2002 ; JOHNSTON, 2001. Voir notamment l’analogie faite par ce dernier avec l’automobile et qui peut apparaître comme une réponse à la citation de Powel mise en exergue de cet article, “uneven penetration of information and communication technologies in countries both within the OECD and beyond. (…) Gap between people who have the opportunity for regular access to the Internet and people who have irregular or no opportunity to access the Internet. (…) The automobile analogy is quite good in this context. The arrival of the combustion engine and the automobile transformed our societies. But an automobile or any number of them are of little use without roads to run on. And their efficient use depends on good access to those roads in all communities. As the roads link to highways and super highways, the system becomes even more efficient by being faster and able to handle greater volumes of traffic. But the vehicles carrying people and produce must have capable drivers. And those drivers must be well trained by competent instructors. So, we need highways, access to highways, vehicles, trained drivers, and instructors. And we also need the rules of the road consistently applied. As applied to ICT and the Internet, the absence of any one of these elements creates a digital divide.”
[10]OCDE, 2001.
[11]MONTAGNIER, MULLER, VICKERY, 2002.
[12]METHANEM, 2005, ce numéro.
[13]RICCARDINI, FAZIO, 2002.
[14]SCIADAS, 2004.
[15]SCIADAS, 2002.
[16]RALLET, 2003.
[17]DERTOUZOS, 1997 ; ONU, 1999 ; SACHS, 2000.
[18]MONTAGNIER, MULLER, VICKERY, 2002.
[19]OCDE, 2001 ; MONTAGNIER, MULLER, VICKERY, 2002 ; SCHMITT, WADSWORTH, 2002.
[20]OCDE, 2001.
[21]POHJOLA, 2002.
[22]CHINN, MENZIE, 2004 ; NORRIS, 2000 ; HARGITTAI, 1999 ; KIISKI, POHJOLA, 2002.
[23]MEYRONIN, 2001.
[24]FORISSIER, 2002.
[25]ART, 2004.
[26]ART, 2004.
[27]CHENAU-LOQUAY, 2002, et les travaux du réseau AFRICANTI, www. africanti. org
[28]Les comparaisons internationales sont en fait difficiles car les définitions statistiques de l’urbain et du rural diffèrent selon les pays.
[29]MONTAGNIER, MULLER, VICKERY, 2002.
[30]FONDATION GETULIO VARGAS, 2003.
[31]GALLIANO, ROUX, 2003 et 2004.
[32]MONTAGNIER, MULLER, VICKERY, 2002.
[33]CNUCED, 2003.
[34]COHEN, DEBONNEUIL, 2000.
[35]SAVY, 1999.
[36]Ce que permet la récente législation française sur l’économie numérique, juin 2004.
[37]Voir les activités du groupe de travail « TIC et Dynamiques Spatiales » du GDR TIC & Société, créé en 2004 : www. tic-societe. org
[38]PIAZOLO, 2001.
[39]WALLSTEN, 2002 ; DASGUPTA, LALL, WHEELER, 2001 ; COMPAINE, 2000, QUAH, 1999.
[40]QUAH, 1999.
[41]BECCHETTI, ADRIANI, 2003 analysent la fracture numérique sous l’angle de la théorie de la croissance endogène et de l’impact du progrès technologique sur les écarts entre pays riches et pays pauvres. Selon eux, l’erreur des études dans ce domaine est de considérer la connaissance uniquement comme un bien non rival pouvant être reproduit et se diffuser sur une large échelle à travers des supports informationnels comme les logiciels et les bases de données. Par conséquent, la connaissance est implicitement considérée comme intégrée aux méthodes de production qui se trouvent librement accessibles dans tous les pays. Pour autant, la diffusion et l’accès à cette connaissance reproductible à faible coût sont conditionnés par la levée d’obstacles techniques, tels que la capacité des réseaux à transmettre le plus grand volume de connaissances le plus rapidement possible, l’accès des individus à ces réseaux, et l’utilisation d’ordinateurs et de terminaux performants connectés à ces réseaux. Sous cette hypothèse, ils testent la relation entre diffusion des TIC et PIB par travailleur pour 115 pays et montrent que la diffusion des TIC est une condition à la croissance économique.
[42]STEINMUELLER, 2002.
[43]Quatre conditions doivent être remplies selon Steinmueller pour une mise en place effective de ce type de stratégies : l’acquisition de compétences spécifiques et l’adaptation de l’équipement existant, les conditions de marchés requises pour l’équipement et l’échange de connaissance, la nécessité d’acquérir des technologies et des capacités complémentaires et des exigences d’intégration en aval.
[44]JOHNSTON, 2001.
[45]SHAPIRO, VARIAN, 1999.
[46]Voir MAIRESSE, 2003.
[47]CURIEN, 2001.
[48]BROUSSEAU, RALLET, 1999.
[49]Voir CHENAU-LOQUAY, 2002.
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Au début des années 1990,6 % de la population des Etats-Uni...
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[5]
En particulier, les études de la Rand Corporation en 1995 s...
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[6]
LONG-SCOTT, 1995. Suite de la note...
[7]
Par exemple, HARGITTAI, 2002, distingue une fracture dans l...
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[8]
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[9]
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[12]
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[13]
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Ce que permet la récente législation française sur l’économ...
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