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Revue française de psychanalyse

2001/1 (Vol. 65)


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Dans quelques textes, parmi les plus importants ( “ Le petit Hans ”, “ Malaise ”, “ Analyse terminée ” ), Freud considère que le refoulement doit être remplacé par la répression. Elle représente à ses yeux le mécanisme “ civilisé ”. Le désir inconscient devenu conscient ne peut être que réprimé s’il s’oppose aux positions morales et à la réalité. Il s’agit d’exercer une maîtrise bien tempérée qui repose sur le jugement.

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C’est, en effet, à tort qu’on a pu accuser Freud et la psychanalyse d’ouvrir la porte à un laxisme moral. Au contraire, la mise à jour du refoulé et le travail de l’analyse ouvrent la voie à de nouvelles sublimations et confortent celles qui préexistaient. Idéalement...

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Cependant, les possibilités de sublimation sont très variables d’un patient à l’autre, et c’est à bon escient que Freud a posé la nécessité d’utiliser la répression.

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Qu’advient-il quand le travail analytique sur le refoulement a pu amener au jour les désirs érotiques, agressifs, narcissiques qui vont à l’encontre de la civilisation ? L’expérience montre qu’il se produit le plus souvent, pendant la période postanalytique, un nouveau refoulement, appelons-le refoulement tertiaire, refoulement de confort, qui, si le travail précédent a été efficace, est un refoulement moins serré, plus sensible, susceptible d’être levé par une analyse de rêve, ou un travail associatif, à l’aide de la possibilité acquise d’auto-analyse. Parallèlement, les éléments qui ne subissent pas ce refoulement « tertiaire » doivent bien être soumis à la répression. Quelle sorte de répression ? Non pas celle pratiquée par certains chez qui le refoulement occupe peu de place, et qui opèrent une désarticulation nocive entre l’affect et la représentation au point de la rendre neutre [1][1]  J’ai consacré un écrit à cette variété de répression... mais une répression de l’acte, tout en maintenant vivante la représentation. Il semble bien que la bonne répression que préconise Freud est une répression de l’acte, nécessitant une maîtrise fort différente de la répression pathologique qui déforme et appauvrit la vie mentale jusqu’à dans certains cas, provoquer des risques somatiques.

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Le travail analytique représente d’ailleurs un entraînement, c’est un des bénéfices du cadre, à cette dissociation de l’agir et de la pensée. La répression peut ainsi rester souple, barrant l’action tout en maintenant la richesse imaginaire. Peut importe, sans doute, qu’elle doive s’aider de ce que j’ai appelé le refoulement tertiaire, car c’est toujours « en boitant » comme le rappelait Freud que nous obtenons, sinon le mieux, du moins le moins mal de nous-mêmes.

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Parallèlement à l’enrichissement des sublimations, ce balancement harmonieux entre refoulement tertiaire et répression de l’agir me paraît correspondre à la situation postanalytique de tout un chacun.

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Cependant, l’exercice du métier analytique place l’analyste dans une situation sensiblement différente et de moindre confort. En effet, en plus de l’obligation d’une auto-analyse sans fin, l’analyste doit pouvoir éprouver et utiliser les émois suscités dans le contre-transfert par le discours du patient, quand il concerne des aspects qu’il n’avait pas forcément rencontrés, ni dans sa propre analyse, ni dans l’élaboration de sa propre histoire. Il se trouve soumis à des identifications et à des excitations issues des territoires inconnus du fond inconscient, du Ça, et des abîmes du refoulement primaire. Il s’agit de ressentir du « non-vécu » jusqu’alors, et de pouvoir l’utiliser dans le jeu du transfert – contre-transfert, sans recourir à l’abri du refoulement, ni à l’acting, ni à la répression « dure ». L’aide ne pouvant venir que de l’auto-analyse. Trop parler ou parler trop tôt peut alors correspondre à un acting pour ré-émerger des zones profondes anxiogènes...

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Outre cet aspect éprouvant où la ligne de crête est étroite entre l’acting et la surdité défensive, il en existe un autre que Freud, sans trop s’attarder, a cependant signalé dans « Psychanalyse et télépathie ». Il nous faut pouvoir nous situer en position de « médium », selon l’expression qu’il a utilisée à propos du transfert de pensée. Position qui consiste à ouvrir, à travers les épaisseurs topiques de notre organisation psychique, notre inconscient à l’inconscient de l’autre pour en amener le contenu à notre conscient, et éventuellement le verbaliser, sans avoir recours au refoulement ou à la répression. Il s’agit d’une nécessité de rester en contact ouvert avec des ébauches pulsionnelles de toutes sortes étrangères à notre Moi. Cette possibilité conditionne souvent les moments les plus féconds et les plus mobilisateurs du processus analytique.

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Cette nécessité d’ouverture vers nos abîmes ne laisse pas d’entretenir en nous un certain pessimisme, proche du pessimisme de Freud, concernant les humains en général et nous-même en particulier. La violence pulsionnelle (la violence de la vie...) fait que nous sommes tous, en puissance, ce que l’être humain peut produire de pire aux yeux de notre éthique, et, à la différence des autres, nous ne pouvons pas l’ignorer. Nous pouvons seulement le considérer avec humour et humilité.

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Nous reste, car il faut bien cultiver les occasions de plaisir, la petite fierté narcissique de connaître ce « fond » sans que s’en trouve atteint notre Idéal du Moi.

Notes

[1]

J’ai consacré un écrit à cette variété de répression en 1991, Revue française de psychosomatique, no 1.

Résumé

Français

La période postanalytique fait place au refoulement tertiaire et à la répression bien tempérée. Un pessimisme découle de la pratique analytique.

Mots clés

  • Répression postanalytique
  • Refoulement tertiaire
  • Pessimisme
  • Humilité

English

The post-analytic period allows for tertiary repression and well-tempered suppression. Analytic practice expresses a certain pessimism.

Key-words

  • Post-analytic suppression
  • Tertiary repression
  • Pessimism
  • Humility

Deutsch

Die post-analytische Periode wird von der tertiären Verdrängung und einer wohl temperierten Repression abgelöst. Die analytische Praxis führt zu einem Pessimismus.

Schlüsselworte

  • Post-analytische Repression
  • Tertiäre Verdrängung
  • Pessimismus
  • Bescheidenheit

Español

El periodo posanalítico deja lugar a la represión terciaria y a la supresión muy atenuada. Un pesimismo resulta de la prá ctica analítica.

Palabras claves

  • Supresión posanalítica
  • Represión terciaria
  • Pesimismo
  • Humildad

Italiano

Il periodo post-analitico lascia il posto alla rimozione terziaria ed alla repressione ben termerata. Dalla pratica analitica deriva un pessimismo.

Parole chiave

  • Repressione post-analitica
  • Rimozione terziaria
  • Pessimismo
  • Umiltà

Pour citer cet article

Parat Catherine, « La répression chez l'analyste », Revue française de psychanalyse, 1/2001 (Vol. 65), p. 141-143.

URL : http://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2001-1-page-141.htm
DOI : 10.3917/rfp.651.0141


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