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Revue française de science politique

2004/6 (Vol. 54)


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Généralités, méthodologie

HEURGON (Édith), LANDRIEU (Josée), coord. – Des « nous » et des « je » qui inventent la cité. Colloque de Cerisy « Prospective d’un siècle à l’autre » (IV). – La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2003 (L’aube). 24 cm, 316 p. ALLEMAND (Sylvain) – S’engager autrement. Lecture d’un colloque de Cerisy. – La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2003 (L’aube-Essai). 19 cm, 152 p.

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Ces deux ouvrages constituent une entreprise éditoriale intéressante. Le même éditeur propose, en effet, simultanément les actes d’un colloque et leur mise en abîme dans le cadre d’une (presque) auto-analyse par S. A. La qualité comme la faiblesse du colloque tiennent au caractère hybride du projet, parce qu’il encourage une mise en relation étroite entre la réflexion théorique (Bernard Stiegler, Alain Touraine, Roger Sue, etc.) sur l’engagement d’acteurs responsables (les « je ») dans des processus d’action collective « respectueux des “je” » (les « nous ») dans une logique « prospective » (dérive du prospectivisme ici renvoyé au développement durable) et les « initiatives citoyennes » (la « Villa El Salvador », l’organisation de quartier à Saint-Denis, la concertation à la RATP, etc.). Mais cette posture est également une faiblesse car les participants semblent parfois trop fascinés par les initiatives citoyennes, présentées le plus souvent par des acteurs de ces initiatives, qui sont d’un enthousiasme agréable, mais dont la portée scientifique est discutable. On retrouve cette ambiguïté dans le texte de S. A. qui rend compte de l’aspect programmatique de ce colloque en même temps que du caractère normatif de cette dialectique « je-nous ».

MERCKLÉ (Pierre) – Sociologie des réseaux sociaux. – Paris, La Découverte, 2004 (Repères). 18 cm, 121 p. Bibliogr. Index.

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La notion de « réseau » est séduisante, donc largement répandue désormais dans les sciences sociales, sans toujours trouver une assise théorique très solide, tant il convient de la dégager du sens commun pour la rendre opératoire. Cet ouvrage permet de faire le point des concepts (interaction, système, etc.) et des méthodes qui concourent à cette opérationnalisation. La démarche de P. M. se veut résolument pédagogique (comme en témoigne l’insertion d’un index) : il propose ainsi une organisation claire et simple dans laquelle il passe en revue l’histoire de la notion de réseau avant de se pencher sur la formalisation de cette notion. L’exposé associe ainsi une approche quantitative par la théorie des graphes, puis une analyse qualitative développée en trois concepts essentiels : la sociabilité, le capital social, la cohésion sociale. Il est également intéressant de constater avec P. M., à l’issue de ce parcours, que cette notion séduisante demeure problématique en science sociale, notamment lorsqu’il s’agit de passer de la formalisation mathématique à l’analyse empirique et à l’interprétation sociologique, sans doute parce qu’il demeure difficile de sortir des analyses individualistes ou holistes, dont l’analyse en terme de réseau se voulait une voie moyenne.

NAMER (Gérard) – Le contretemps démocratique. – Paris, L’Harmattan, 2003. 248 p.

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À partir d’une réflexion singulière sur l’essence même de la démocratie, le constat de sa réitération, G. N. en cherche la genèse dans la catégorie du temps. Il articule son analyse autour de la notion de « contretemps démocratique », soit un mouvement en deux temps : le premier « contraire » en réaction au passé « injuste » et le second « contradictoire » innovant, anticipant la mise en œuvre d’une loi rationnelle. Remontant le temps, de l’Ancien Testament à nos jours, G. N. s’attache à mettre en avant la réussite de la démocratie grecque, l’ambivalence du contretemps machiavélien, les éléments introductifs d’une continuité ou d’une discontinuité entre les écrits de Montesquieu et de Rousseau ou de Machiavel et de Robespierre… Cet ouvrage foisonnant présente une démocratie représentative mise à mal et un système libéral qui ne répond plus que par l’exclusion. Un remède est préconisé : le maintien d’une société industrielle européenne, dotée d’une mémoire, refaçonnée par une éthique de l’ambivalence et composée de citoyens demandeurs de droit. Une société résistante engagée dans une guerre économique contre le monde…

SCHNAPPER (Dominique) – Au fur et à mesure. Chroniques 2001-2002. – Paris, Odile Jacob, 2003. 22 cm, 273 p.

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Ce recueil de chroniques, à l’origine diffusées sur France Culture, repose sur l’idée qu’il serait une « sociologie vivante, qui décrypte aujourd’hui pour mieux dire demain ». Le projet des chroniques est ainsi, en lui-même, hardi, mais recèle en même temps la vertu qui est de nous montrer le travail du sociologue en face de l’urgence de l’actualité, tant dans les raccourcis qu’il faut parfois emprunter que ceux qu’il conviendrait d’éviter. Face aux éléments de sociologie et à la posture du sociologue qui constituent la trame de fond de ces textes courts, force est de constater également la difficulté qu’il peut y avoir parfois à produire un discours de rigueur scientifique dans le cadre de l’arène médiatique. On a fort heureusement affaire à quelques quatre-vingt « billets d’humeur » émanant d’une observatrice souvent fine, parfois caustique, de ses contemporains. Tout au plus pourra-t-on regretter que le genre de l’éditorial radiophonique ne résiste pas toujours au temps, même court…

THUILLIER (Guy) – L’art de juger. – Paris, Economica, 2001. 75 p.

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Face à la multiplicité des juridictions, au nombre considérable de juges professionnels ou non, il est légitime de s’interroger sur les ressorts du jugement, ses fondements, ses principes, les limites du devoir d’État. C’est pourtant un domaine qui reste inexploré. Le juge est un acteur qui, par-delà la règle de droit, les coutumes, les habitudes, joue une partie difficile sur la scène mouvante de la vie des justiciables. Coincé entre son imaginaire, des préoccupations matérielles personnelles, son vécu, sa tendance trop souvent à vénérer les normes juridiques ou à mal évaluer les conséquences de ses décisions et un contexte socio-politique qui peut l’amener à céder à des influences, voire aux pressions implicites du délibéré, le juge est à la fois solitaire et solidaire. Dans cet essai, G. T. ouvre une réflexion sur l’opportunité d’une définition d’une phénoménologie du juger. La question reste ouverte.

Pensée politique

ANTOINE (Agnès) – L’impensé de la démocratie. Tocqueville, la citoyenneté et la religion. – Paris, Fayard, 2003. 410 p. Bibliogr. Index.

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« En invitant mes contemporains à parcourir la forêt démocratique avec Tocqueville, j’ai eu le projet de contribuer à mettre en place, dans la culture démocratique, les éléments d’une nouvelle configuration spirituelle » : telle est la conclusion d’une étude dans laquelle A. A. fait, elle-même, la différence entre l’analyse objective d’un sociologue, questionnant les rapports de la liberté et de l’égalité avec les religions, et la recherche personnelle d’une croyante, avouant qu’elle a cherché chez Tocqueville la réponse anticipée aux drames totalitaires du siècle. Le meilleur du livre est donc dans la partie objective, qui livre une fine analyse du problème constituant le tourment de Tocqueville : une foi d’enfance héritée d’une éducation aristocratique qui, abandonnée à seize ans lors de la découverte des Lumières, lui laissera non seulement une certaine nostalgie, mais aussi la bonne connaissance des vertus que peut développer un catholicisme réellement vécu. Mais le plus important est évidemment dans la découverte du fait que, en Amérique, où le catholicisme est minorité, son alliance avec la réaction n’est pas fatale ; et que, à l’inverse, la liberté protestante, qui a engendré la démocratie, peut également pousser à la création de sectes, vite inquiétantes, ou, comme en Angleterre et en France, nourrir une sorte d’élitisme satisfait. Sa vision utilitaire d’une religion nécessaire aux mœurs et utile à la régularité démocratique n’aida pas aux rapports avec les catholiques, mêmes libéraux. Là où ces derniers voulaient la liberté pour retrouver la grandeur d’établissement qui avait été celle de l’Église, Tocqueville s’inquiétait du civisme de fidèles désintéressés de l’ici-bas. Il ne sera proche ni de Lamennais, ni de Montalembert. Si le régime de juillet ou la République avaient duré, il se serait probablement orienté vers la recherche de solutions aux nouveaux problèmes de l’industrialisation. Mais le coup d’État, applaudi par la majorité des catholiques, rendra toute sa priorité à la question de la liberté.

AUBERGER (Philippe) – La démocratie à l’épreuve des marchés. – Paris, Economica, 2003. 231 p. Notes bibliogr.

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Si l’économie de marché est parfois encore contestée avec virulence, l’existence du couple démocratie/économie de marché est, aujourd’hui, communément admise ; ce qui fait question, c’est l’équilibre des rapports entre les deux composantes. Si l’économie de marché repose sur des valeurs marchandes, la démocratie s’articule autour de notions d’équité. C’est du choc de ces valeurs que naissent les conflits et, paradoxalement, ce sont les sociétés depuis longtemps démocratiques qui voient cette démocratie se déliter. La mondialisation a dépossédé les institutions démocratiques de leur emprise sur les décisions des entreprises. Les mouvements de concentration, les privatisations, la déréglementation du secteur social, la libération des prix ont réduit la marge de manœuvre des pouvoirs publics. Pourtant, la concurrence, nécessaire au marché, ne peut exister qu’avec l’exigence démocratique et la régulation par l’imposition d’un certain nombre de règles économiques dans la liberté. La démocratie indissociable de l’économie de marché doit en corriger les effets inégalitaires. Dans cette optique, P. A. avance quelques propositions relatives à la nécessaire ouverture de la démocratie au monde, ainsi qu’à un nouveau mode de gouvernance.

BOYER (Robert) – Une théorie du capitalisme est-elle possible ? – Paris, Odile Jacob, 2004. 267 p. Bibliogr. Index.

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Se référant aux travaux des économistes contemporains, R. B. s’attache à démonter le mécanisme consistant à tenir pour référence obligée, parfois unique, le seul marché ou à ne concevoir l’économie que comme un ensemble de marchés. Le mérite revient, selon lui, aux politologues, aux socio-économistes, aux historiens d’avoir mis l’accent sur la multiplicité des institutions, la complémentarité des instances de coordination du « système économique », se situant mi-chemin entre les théories régulationnistes et institutionnalistes, qui soit ignorent la dimension politique, soit n’y font référence que secondairement. R. B. rend aussi à l’économie de Pierre Bourdieu ce qui lui revient : la pertinence d’une analyse du changement des champs et des crises. Il ressort de ce livre que le marché n’est pas la seule forme de coordination du système économique capitaliste. Que le capitalisme contemporain connaît plusieurs variantes qu’illustrent les exemples américain, français, allemand, japonais et, depuis peu, russe… Que le régime profite des crises qu’il suscite et qu’il est doté d’une étonnante résilience. Surtout, que la constitution du capital cognitif, difficilement monnayable, en même temps que l’affaiblissement du contrôle démocratique et d’une politique économique débordant les frontières nationales tendent à renforcer le déséquilibre de l’ordre international, multipliant les crises et accroissant l’insécurité dans un contexte écologique lui-même fragilisé. R. B. conclut, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes, sur l’intérêt que peut présenter une théorie marxiste revisitée et une question ouverte sur les avenirs du capitalisme.

COLAS (Dominique) – Citoyenneté et nationalité. – Paris, Gallimard, 2004 (Folio-Histoire). 295 p. Notes bibliogr. Index.

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À travers cet ouvrage, D. C. pose le problème philosophique, socio-politique et historique de la rupture entre le national et le citoyen. De l’Antiquité à la Révolution française, du régime féodal à l’Empire colonial, des théories racistes ou évolutionnistes de Gobineau et Le Bon à celle de Tocqueville davantage tournée vers le national ou à celles, plus résolument démocratiques ou humanitaristes, de Michelet ou d’Hugo, en passant par celle, révolutionnaire, de l’abbé Sieyès, qui désigne la noblesse comme étrangère au national, la question de la nationalité, en France, a été marquée par la césure entre nationaux et citoyens. L’État républicain, héritier d’un Empire colonial, y a favorisé, en dépit d’une déclaration constitutionnelle « des droits de l’homme et du citoyen », l’émergence d’une forme aboutie de négation de la démocratie, qui s’est traduite, pour les indigènes de l’Algérie française, par l’obligation d’être des nationaux français sans avoir le droit de citoyenneté. Pour l’auteur, la conception française de la citoyenneté a montré ses limites et sans doute les traités successifs de l’Union européenne ont-ils favorisé l’émergence d’une nouvelle forme de citoyenneté en devenir, en accordant aux nationaux des États membres de l’Union des droits civiques limités hors de leur nation d’origine…

DUPIN (Éric) – L’hystérie identitaire. – Paris, Le Cherche Midi, 2004. 165 p. Notes bibliogr.

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Tous ceux, penseurs, idéologues, hommes de loi puis responsables politiques, qui, depuis le début du 19e siècle, ont œuvré pour l’avènement de la démocratie, l’ont fait au nom du principe d’égalité. Aujourd’hui, les démocraties parlementaires sont confrontées à un creusement des inégalités, à une montée des intégrismes, voire à des revendications nationalistes. Curieusement, ni la globalisation économique ni l’internationalisation du droit ni les multiples réseaux n’ont pu empêcher le réflexe identitaire de se manifester. La crise de l’État nation, le « régionalisme », la consécration des corporatismes, l’échec des politiques d’intégration, ne suffisent cependant pas à expliquer la parcellisation de l’humanité ni la culture des particularismes. Avec un esprit d’investigation et force citations, l’auteur remet en question nombre d’évidences.

FREUND (Julien) – L’essence du politique. – Paris, Dalloz, 2004. 24 cm, XII-867 p. Index.

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Cette thèse de 1965, devenue un classique de la pensée politique, est ici rééditée augmentée d’une postface de Pierre-André Taguieff. Centrée sur la puissance de la violence et de l’ennemi en politique, inquiétantes constantes du politique qui contestent brutalement la lecture hégélienne de l’histoire au profit d’une rationalité propre à l’activité politique, cette rationalité associe trois phénomènes : la relation de commandement à obéissance, la relation du privé au public, la relation d’ami et d’ennemi. Héritier et continuateur de toute une tradition machiavélienne de doute, souvent radical, quant aux fins optimistes du politique, J. F. Demeure ainsi un auteur à connaître et cette réédition est l’occasion parfaite de le faire.

GÉLINAS (André) – L’intervention et le retrait de l’État. – Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2002. 427 p. Bibliogr.

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Le 20e siècle a été celui d’un interventionnisme étatique croissant, mais, depuis près de trois décennies, l’État a connu un mouvement inverse de retrait. Partant d’une appréhension générale de l’organisation administrative d’État de modèle européen, comme génératrice d’instances centralisées, décentralisées ou déconcentrées, A. G. s’attache à analyser le caractère fonctionnel ou territorial des instances gouvernementales occidentales, plus précisément, celui des causes et des justifications de finalité, instrumentales ou stratégiques. Le Québec, terrain d’élection de l’auteur, sert de référence à ces mouvements contraires successifs d’expansion, puis de contraction de l’appareil administratif d’État. Des indicateurs nombreux permettent de prendre la mesure des motifs socio-politiques, juridiques ou économiques et techniques qui président à une modification ou à une variation, à un surcroît ou à une suppression d’instances d’État, selon des données conjoncturelles. L’énoncé de ces données ne présente pas de caractère inédit, mais leur rassemblement, clair et explicite dans cet ouvrage, leur confère un caractère aisément accessible non négligeable.

HARDT (Michael), NEGRI (Antonio) – Multitude. Guerre et démocratie à l’âge de l’Empire. – Paris, La Découverte, 2004. 22 cm, 407 p.

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Postulant un état de guerre permanent et généralisé dans le cadre de la dilution des États, M. H. et A. N. analysent, dans un trajet anti-hobbésien, les demandes démocratiques qui s’expriment en dépit de la « suspension » de la démocratie par les impératifs militaires. La « multitude » constitue l’alternative démocratique à un pouvoir constitué en réseau à vocation « impériale » et hiérarchique : c’est la multiplicité des coopérations et collaborations dans la recherche et la production du « commun » (et à l’encontre de l’uniformisation, de l’identitaire et de l’indistinct). La multitude impulse une dynamique expansive et « biopolitique », en même temps qu’elle est une contestation de plus en plus démocratique des pouvoirs. M. H. et A. N. tentent ainsi de cerner ce qu’est la multitude émergente constitutive d’une « société globale alternative ». Au-delà de sa dimension contestataire à laquelle on est libre d’adhérer ou pas, l’ouvrage témoigne de la vitalité de la philosophie politique en proposant une lecture actualisée et accessible de la démocratie.

PORRET (Michel) – Beccaria. Le droit de punir. – Paris, Michalon, 2003 (Le bien commun). 19 cm, 126 p. Bibliogr.

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Cesare Beccaria est, dans ce petit ouvrage, replacé dans sa postérité historique et sa brûlante actualité. Humaniste milanais du 18e siècle, c’est de sa réflexion sur la justice qu’émerge l’éthique du droit pénal contemporain, refusant la torture, les peines corporelles comme la peine de mort pour les délits de droit commun ; il suggère ainsi clairement que la légalité doit, sur le terrain judiciaire, remplacer l’arbitraire, préfigurant l’État de droit libéral. Le droit de punir change ainsi de signification à mesure que l’ouvrage revisite à travers ce thème les ambitions et les objectifs historiques comme philosophiques des Lumières en matière de justice

ROMAN (Diane) – Le droit public face à la pauvreté. – Paris, LGDJ. 2002. 494 p. Notes bibliogr. Index.

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La pauvreté, préoccupation de tout temps religieuse ou politique, réalité sociale et historique, objet d’étude récurrent pour les historiens, les sociologues ou les littérateurs, est devenue une priorité à combattre des politiques publiques. Pourtant, au cours de ces trois derniers siècles, elle, en dépit de son évocation lors de débats juridico-politiques, n’a pu trouver d’inscription dans le droit positif. De nombreux concepts et notions, tels que l’état de nécessité, l’égalité, la justice sociale, ont pallié ce manque de définition juridique jusqu’au moment où le droit, au 19e siècle, avec l’avènement du libéralisme économique, a connu des tensions nouvelles entre le « juste » et l’« utile », le collectif et l’individuel. Surtout, le religieux laisse la place au laïc. C’est alors la double question du lien social et du rôle propre à chaque individu, que la pauvreté soumet au droit. L’auteur s’attache à démontrer le flou du droit, du droit public, des discours et des politiques publiques, mais considère comme un début de réponse le glissement récent de l’attention portée à la cohésion de la société vers la personne. Il existe bien un langage propre au droit, au regard de la pauvreté : celui de la proclamation des droits de l’homme du Préambule de 1946, même si la garantie de l’effectivité de ces droits demeure encore une gageure pour les pouvoirs publics.

SALEILLES (Raymond) – De la personnalité juridique, 1910. Histoire et théories. Vingt-cinq leçons d’introduction. – Mémoire du Droit, réédition 2003. 673 p. Index.

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Réédition d’un classique, dont il est dommage qu’elle suive, de deux ans, la célébration du centenaire de la loi de 1901. Centenaire dont la faiblesse des assises historiques et juridiques engendra un unanimisme peu éclairant. Alors que ces vingt-cinq leçons magistrales, datées de 1910, retracent l’histoire des associations (personnalités collectives définies par leur but) en les distinguant des fondations (définies par leur affectation et, à ce titre, capables d’hériter, d’entreprendre et de plaider en justice), en remontant au droit romain singulièrement plus libéral que le nôtre, qui, sur certains points, reste plus strict que la célèbre ordonnance de 1749 signée par le chancelier d’Aguesseau. L’état de fait ayant précédé l’état de droit, le régime d’autorisation par le Sénat romain était reconnaissance et non octroi soumis à des considérations d’ordre public. C’est l’officialisation de l’Église catholique, association de droit commun devenue de droit public, qui a introduit le régime de surveillance par l’évêque pour légitimer une propriété de mainmorte qui, jamais aliénée, trouvait sa justification dans le bien des pauvres et des malades. En Angleterre ou en Allemagne, le vieux droit romain fut moins oublié qu’en France, avec les conséquences que l’on sait pour le dynamisme des grandes fondations. Pressée par la nécessité d’affranchir le pays des abus d’une propriété ecclésiastique archaïque, la Révolution aggrava les choses en prononçant la dissolution des corporations et congrégations, au nom des droits d’un individu à qui était dénié le droit de s’associer. Indissociable de la propriété collective, la théorie de la personnalité juridique est ici présentée de façon claire et pratique pour éviter les querelles de doctrine. Sa vigueur dit l’espoir et la vigueur de la République de 1910, qui, libérée des querelles politiques et religieuses, espérait que le domaine des questions sociales serait enfin abordé.

STIRN (Bernard) – Les libertés en question. – Paris, Montchrestien, 5e éd., 2004 (Clefs politique). 20 cm, 156 p.

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Les libertés sont toujours en question, même dans les régimes qui a priori en assurent le plus grand respect. Mais pour les défendre, mieux vaut savoir de quoi on parle. Ainsi, l’objectif de ce livre, réédité à juste titre, consiste à rappeler un corpus de libertés publiques fondamentales et leurs conditions de mise en œuvre. Il envisage ensuite les instances de contrôle et de défense de ces libertés, ainsi qu’un certain nombre de thèmes qui, dans l’actualité, rappellent l’importance d’une vigilance de tous pour les préserver. B. S. nous administre en même temps une véritable leçon d’éducation civique : au-delà de la précision et de la densité des références qu’il utilise, au-delà de la subtilité de ses analyses, mêmes sommaires, il nous convie à apprécier cet objet essentiel de notre univers démocratique trop souvent négligé pour cause d’habitude.

TROPER (Michel) – La théorie du droit, le droit, l’État. – Paris, PUF, 2001 (Léviathan). 24 cm, 334 p. Notes bibliogr. Index.

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M. T. explique dans ce recueil d’études que la dissociation élaborée dans la théorie du droit entre le fond et la forme ne peut pas être perçue comme étanche. En effet, une telle lecture attache la théorie à la forme, formalisme qui, en réalité, révèle une volonté de fonder une science du droit positif comme discours spécifique sur l’objet juridique, sans être tributaire d’un contenu « variable » du droit. C’est enfin le moyen de garantir la légitimité du droit par sa propre hiérarchie interne, structure qui n’est plus tributaire de la légitimité « politique » du contenu. M. T. considère bien sûr que cette frontière est artificielle et analytique, et les contradictions qu’elle renferme s’expriment dans le terme même de « norme ». C’est donc sur les opérations d’interprétation, qui constituent l’essentiel du travail des juristes, que se penche M. T. pour proposer une « théorie matérielle du droit » qui s’intéresse aussi bien à la hiérarchie des normes qu’à la « justification » juridique. La relation entre le texte de droit, le juge et le souverain est ainsi explorée dans ses dimensions méthodologiques, historiques (la période révolutionnaire en France, généalogie du dispositif constitutionnel de la Cinquième République), pour lesquelles l’auteur met l’accent sur l’approche théorique et scientifique.

VINCENT (Andrew) – Nationalism and Particularity. – Cambridge, Cambridge University Press, 2002. 23 cm, VII-292 p. Bibliogr. Index.

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Dans cet ouvrage de théorie politique, A. V. envisage les connexions entre le nationalisme et une série de notions clefs de la science politique contemporaine : souveraineté, État nation, libéralisme, citoyenneté, patriotisme, communautarisme, multiculturalisme, cosmopolitisme. Ces associations/comparaisons/distinctions lui permettent, ensuite, de comprendre pourquoi on peut appréhender le nationalisme comme une « dérive du particularisme » (drift to particularity), en fait une forme collective (group particularity) et paradoxale d’individualisme. Cette posture est le moyen pour A. V. de faire le point sur plusieurs siècles de philosophie politique occidentale européenne et américaine sur la question du nationalisme, dans une synthèse ambitieuse et remarquablement documentée (la bibliographie constitue ainsi une bonne mise à jour de la littérature anglo-saxonne sur le nationalisme).

Institutions politiques et administratives

ABÉLÈS (Marc) – Un ethnologue à l’Assemblée. – Paris, Odile Jacob, 2001 (Poches Odile Jacob). 18 cm, 349 p.

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De ce voyage dans une institution, presque organisé comme le journal de bord à la première personne d’un voyage dans une contrée dépaysante, M. A. fait état de ses étonnements et de ses analyses d’un monde politique dont il dévoile la singularité et les rites comme les éléments d’insertion dans un monde social plus large. Il se tient au regard décentré de l’ethnologue, qui le met dans la posture reconstruite d’un candide qui ne regarde pas l’Assemblée (nationale), mais la « tribu » des parlementaires. Il en ressort une image à la fois critique et attachante, celle de parlementaires dont l’identité n’est que temporaire, soumise à un élément essentiel (les administrés) extérieur à sa sociabilité propre, élément qui lui échappe, mais peut l’achever dans une « mort politique » aussi brutale que soudaine. Cet ouvrage est également un regard différent sur le travail parlementaire, à la fois dans son quotidien (la « fabrique » de la loi sur le PACS est, à ce titre, savoureuse) et dans sa fonction sociale et anthropologique, dans une perspective comparée, dont le décalage fait toute la saveur (cf. les Nar du Tchad). Un décalage par rapport au « réel » dont les parlementaires sont parfaitement conscients.

ARKWRIGHT (Edward), BARON (Franck), BŒUF (Jean-Luc), DELAMARRE (Manuel), LAZERGUES (Romaric) – Les institutions de la France. – Paris, La Documentation Française, 2004 (Découverte de la vie publique). 18 cm, 272 p.

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Ce petit livre est voué à rendre de grands services à tous ceux qui ne se rappellent plus ce qu’est un « référendum décisionnel local » (p. 216) ou qui ne font pas la différence entre un décret, une ordonnance, un arrêté et une circulaire (p. 235 et suiv.). En effet, en neuf chapitres et quelques six cents questions ponctuelles (« Qu’est-ce que le “parlementarisme rationalisé” ? », « Pourquoi parle-t-on d’“irresponsabilité politique” du président de la République ? », etc.), les auteurs proposent des repères précis et très à jour sur les enjeux de la vie politique française en référence aux textes constitutionnels et à l’architecture institutionnelle. Des encadrés disséminés dans le texte permettent également d’approfondir la connaissance d’enjeux actuels (décentralisation, réforme de l’État, etc.). La perspective de l’ouvrage est juridique, mais se révèle fort utile aux néophytes désireux de comprendre le fonctionnement des institutions.

CHANTEBOUT (Bernard) – Brève histoire politique et institutionnelle de la Cinquième République. – Paris, Armand Colin, 2004. 236 p. Index.

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Cet ouvrage retrace l’évolution de la constitution de la Cinquième République dans une mise en perspective historique des institutions politiques et des hommes qui ont présidé à son avènement, inspiré ses adaptations, fait procéder à ses réajustements. Aucune stratégie, ou presque, n’échappe à l’analyse de l’auteur : de la réforme de 1962, qui donne à la République un caractère plébiscitaire, à la loi constitutionnelle de mars 2003 sur l’organisation décentralisée de la République, le panorama politique ne cesse de se modifier. De l’arrivée du Général de Gaulle à son départ, c’est un mode de gouvernance qui se transforme, laissant place à de nouvelles données politiques, qui se traduisent, dans un premier temps, après « l’absolutisme pompidolien » et l’émergence contestée du Conseil constitutionnel, par une tentative giscardienne de gouvernement au centre. Puis, de nouveaux contours de la vie politique se font jour : la présidence et le gouvernement de la gauche mitterrandienne, la double alternance, les élections législatives de mars 1986 et la première cohabitation, puis la troisième, à présidence chiraquienne, marquée par le désarroi de la droite. Il ressort qu’avec une telle malléabilité de la constitution, seuls les rapports de force font évoluer le régime. Constatant que, depuis les années 1980, tous les gouvernants sortants perdent les élections, B. C. propose une réforme constitutionnelle, limitée, portant sur le mode d’élection du président…

FATH (Sébastien) – Dieu bénisse l’Amérique. La religion de la Maison-Blanche. – Paris, Le Seuil, 2004. 21 cm, 287 p. Bibliogr. Index.

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Au soutien apporté aux États-Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001 a succédé, en France, une méfiance qui n’est pas que le fruit d’enjeux stratégiques internationaux, mais également liée à l’image que cette nation donne à voir d’elle-même. Pour S. F., en effet, les relations entre le pouvoir politique états-unien et le religieux échappent, de plus en plus, au reste du monde à tel point que les enjeux en deviennent eux-mêmes obscurs (religion civile, place des évangélistes, image de la croisade et millénarisme, etc.). La thèse de l’auteur – très bien documentée, mais qui semble parfois céder à une hypertrophie du présent – réside dans l’idée d’un glissement de la religion civile vers un messianisme séculier incarné par la présidence elle-même. La société américaine actuelle devient l’incarnation séculière de l’« utopie extra-mondaine du “Royaume” », nourrissant la conviction que les États-Unis doivent intervenir dans un monde trop éloigné de ces valeurs. Le risque envisagé – et malheureusement pas envisagé par S. F. dans une dimension diachronique plus large – est la remise en cause, par une frange croissante de la population, des vertus fondamentales des États-Unis – libéralisme et tolérance – au profit de ce messianisme conservateur.

GICQUEL (Jean) – Droit constitutionnel et institutions politiques. – Paris, Montchrestien, 19e éd., 2003 (Domat. Droit public). 22 cm, 754 p. Bibliogr. Index.

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Plus qu’un classique du droit constitutionnel, le manuel de J. G. devient quasiment une institution pour les étudiants et les enseignants en droit constitutionnel et en science politique, ici augmenté d’une mise à jour bibliographique. Dans une présentation sobre, claire et rigoureusement organisée, l’auteur envisage toutes les dimensions du droit constitutionnel : son projet politique et juridique, ses fondements (État nation, droits individuels, régime représentatif, élections et démocratie) avant de passer en revue des régimes représentatifs de ce droit (Grande-Bretagne, États-Unis, Union européenne). Il intègre également des éléments d’analyse politologique en envisageant les enjeux du constitutionnalisme soviétique (puis post-soviétique) et tiers-mondiste. La dernière partie du manuel est consacrée aux institutions politiques de la France dans leurs dimensions historique, juridique, politique et européenne, largement actualisées jusqu’à la date d’édition du manuel. Rappelons que la grande qualité de l’ouvrage tient à ce qu’il fait constamment le lien entre la théorie juridique et la pratique politique qui l’incarne, ce qui perpétue la qualité de cet outil.

MORABITO (Marcel) – Histoire constitutionnelle de la France (1789-1958). – Paris, Montchrestien, 8e éd., 2004 (Domat. Droit public). 22 cm, 428 p. Bibliogr. Index.

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Dans ce manuel devenu un classique de l’histoire constitutionnelle, M. B. envisage les genèses et filiations historiques du droit constitutionnel de la France moderne et contemporaine, car elles en éclairent l’actualité. Les quinze constitutions, sous forme de projets ou appliquées, permettent de définir une série de traditions constitutionnelles françaises dans la recherche d’une stabilité politique et juridique, synthèse des traditions parlementaire et révolutionnaire. Les acteurs politiques sont ainsi montrés essentiels dans l’analyse constitutionnelle, notamment du fait de leur volonté de réformer l’État qui se heurte au risque de la crise politique. L’ouvrage navigue ainsi entre droit et histoire, tant au plan de sa chronologie et de ses éclairages, denses et riches, que de sa bibliographie, qui mêle avec bonheur les références juridiques, historiques et politiques. En somme, les vertus d’un ouvrage classique et utile.

ROGER (Antoine) – Fascistes, communistes et paysans. Sociologie des mobilisations identitaires roumaines (1921-1989). – Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2002 (Institut de sociologie. Sociologie politique). 22 cm, 285 p. Bibliogr.

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Cet ouvrage propose d’analyser le sentiment national roumain depuis l’apparition de la Roumanie en 1921, dont l’auteur conteste qu’il repose sur un objectif d’homogénéisation nationale et une identité paysanne visant au discrédit des minorités largement urbaines. En fait, selon A. R., le problème est inverse : c’est parce que le sentiment est construit sur ces valeurs qu’émerge ensuite un « problème des minorités » en Roumanie. Pour en assurer la démonstration, l’auteur utilise des modèles classiques de construction stato-nationale qu’il emprunte à I. Wallerstein ou Th. Scokpol. Il définit ainsi une « combinaison » théorique d’enjeux économiques et politiques qui dresse une trame de fond à l’émergence historique de mobilisations identitaires paysannes et nationalistes. Cette logique permet d’analyser avec densité les continuités entre ces différentes mobilisations avant et pendant la période communiste contre l’Allemagne, puis contre le CAEM. Cette étude fouillée constitue également une réflexion stimulante sur les recompositions de l’espace roumain et européen.

SAINT-BONNET (François), SASSIER (Yves) – Histoire des institutions avant 1789. – Paris, LGDJ/Montchrestien, 2004 (Domat. Public). 443 p. Bibliogr.

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Cet ouvrage, en deux parties, remonte aux sources de l’État moderne : le monde médiéval, puis la monarchie d’Ancien Régime. Les auteurs proposent leur interprétation de la thèse tocquevillienne selon laquelle la Révolution, loin de constituer une rupture avec l’Ancien Régime, se situe plutôt dans sa continuité. En d’autres termes, la forme moderne de l’État serait issue de l’Ancien Régime et non de 1789, qui n’en aurait été que le révélateur. F. S.-B. et Y. S. proposent, à la faveur de l’évolution récente des rapports entre droit et politique et de la « judiciarisation » de l’État de droit, de repenser une histoire juridique des institutions de l’Ancien Régime, réflexion que les seuls outils juridiques forgés en 1789 ne permettaient pas. Considérant le Moyen Âge comme l’époque de la constitution « théorique » de l’État et les trois derniers siècles de la monarchie d’Ancien Régime comme celle de sa constitution « concrète », ils proposent leur analyse de l’évolution du modèle d’organisation du pouvoir d’Ancien Régime, au fondement de la construction de l’État actuel, reliant entre eux les fondements, les formes et les fonctions du pouvoir d’alors, qu’ils soumettent à la réflexion contemporaine.

SOMMACCO (Valérie) – Le droit d’amendement et le juge constitutionnel en France et en Italie. – Paris, LGDJ, 2002. 510 p. Notes bibliogr.

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La doctrine comme les constitutionnalistes ont longtemps présenté le droit d’amendement, particulièrement parlementaire, comme un droit sacrifié au parlementarisme « rationalisé » de la Cinquième République. Au moment où, en France, les solutions jurisprudentielles du Conseil constitutionnel semblent devoir porter ombrage à ce droit, l’auteur prend le contre-pied de cette thèse et, se référant à la constitution italienne de 1948 et à la jurisprudence constitutionnelle de ce pays, s’attache à démontrer que l’évolution de la jurisprudence constitutionnelle française se fait dans le sens d’un renforcement du droit d’amendement du parlement. Ceci n’est pas le moindre des paradoxes car, démontre l’auteur, au lieu de voir son domaine limité par le contrôle de constitutionnalité de ses lois et de ses règlements, le parlement se trouve renforcé dans l’exercice de son droit d’amendement ; à l’inverse, l’absence de contrôle de constitutionnalité des règlements des assemblées parlementaires italiennes ne confère pas, pour autant, d’avantage de légitimité politique au droit d’amendement parlementaire italien. Bref, le juge constitutionnel exerce bien, en fait, une fonction législative par un contrôle renforcé de ce droit d’amendement. L’exercice d’une telle fonction sera-t-il, longtemps, compatible avec une véritable autonomie parlementaire ?

ZARKA (Jean-Claude) – L’essentiel de l’histoire constitutionnelle et politique de la France (de 1789 à nos jours). – Paris, Gualino, 2e éd., 2004 (Les carrés). 103 p. Notes bibliogr.

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Ce mémento en dix chapitres de l’histoire institutionnelle de la France à dater de 1789 est présenté avec brièveté et rigueur. J.-C. Z. y décrit la variété des régimes politiques qui se sont succédés jusqu’à nos jours, l’instabilité constitutionnelle, l’alternance de cycles de « confusion des pouvoirs » et de « séparation des pouvoirs ». Certains repères chronologiques figurent en fin de chapitre. Le dernier se clôt sur la question de la pérennité de la Cinquième République…

Forces et comportements politiques

GALCERAN (Sébastien) – Les franc-maçonneries. – Paris, La Découverte, 2004 (Repères). 18 cm, 117 p. Bibliogr.

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L’ouvrage propose de sortir des lieux communs polémiques sur les franc-maçonneries (insistant bien sur cette pluralité) en envisageant quelques aspects qui permettent d’en dessiner les contours. L’histoire et la genèse de ces mouvements permettent de comprendre la fragmentation de cette sociabilité particulière, dont sont ensuite envisagées les formes et l’identité qui s’y construit. On trouve ainsi des éclairages utiles sur les rapports historiques et sociologiques qui s’établissent entre les obédiences maçonniques et les pouvoirs, tant religieux que politiques, et, plus particulièrement, au 19e siècle. Mais ces considérations politiques sont vite dépassées pour se concentrer sur la structuration des loges et des obédiences comme formes du croire, dans laquelle le secret joue un rôle essentiel comme vecteur identitaire. La France tient ici une place particulière dans l’analyse de la relation entre franc-maçonneries et politique, et il est, à ce titre, un peu dommage qu’à vouloir sortir des débats caricaturaux sur la place de la maçonnerie dans la vie politique actuelle, S. G. semble éviter d’aborder de front ces questions en se limitant à la problématique des « représentations », notamment journalistiques, des franc-maçonneries.

MERCIER (Arnaud), dir. – « Télévision et politique » – Paris, La Documentation Française, Problèmes politiques et sociaux, 900, mai 2004.

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Ce dossier réalisé par Arnaud Mercier propose une sélection variée et raisonnée de textes qui permettent une meilleure compréhension des rapports ambigus entre le média de masse et le champ politique, tant comme enjeu de socialisation politique que dans les effets que la télévision produit sur le travail politique. L’ambiguïté pointée par les spécialistes convoqués ici repose essentiellement sur la tension entre la mission civique assignée au média et la responsabilité imputée au média, quant à la dépolitisation des Français ou aux dysfonctionnements du système politique. Tous les grands enjeux sont ainsi passés en revue, depuis la médiatisation jusqu’aux rapports troubles entre médias et finance, en passant par le pouvoir journalistique et la signification de l’opinion et de ses leaders, sans négliger les questions scientifiques et épistémologiques brouillées par les idées reçues sur les médias. Le problème le plus sérieux que confirme cette présentation est celui de l’émergence de « stratégies de communication », qui font de « l’effet d’annonce » comme de « l’effet d’emballage » une des priorités des élites politiques, au risque de la crise de confiance du côté des citoyens.

REY (Henri) – La gauche et les classes populaires. – Paris, La Découverte, 2004. 212 p.

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Dans cet essai, sans concession, l’auteur analyse l’échec cinglant de la gauche gouvernementale au premier tour de la présidentielle de 2002. Il démonte les contradictions qui ont mené le premier parti de France à sa marginalisation et le Parti socialiste à la défaite de 2002. Il a été beaucoup écrit sur le glissement sémantique des notions de « classe ouvrière » ou de « parti des travailleurs », sur la mouvance d’une réalité socio-économique qu’elles ne recouvraient plus, mais l’analyse des causes en est, ici, exposée avec pertinence et fondée sur un travail d’enquête approfondi… Lorsque le PCF connaît une crise d’hégémonie, traduction d’un laminage du système social et politique qui le sous-tend, et que le PS, parti de gouvernement de gauche, ne repose plus que sur une assise sociale aux contours imprécis, que le discours de ses responsables n’est plus en adéquation avec leur mode de gouvernance, il est temps de s’interroger sur les raisons de ces contradictions. Considérant le PS français comme un parti d’alternance s’inscrivant dans la tradition républicaine, H. R. propose des alternatives à une éventuelle dilution du PS au centre : la dimension participative réelle de la démocratie et la lutte contre l’insécurité sociale que favorise un éclatement salarial sont au centre de ses propositions.

SERFATY (Viviane), dir. – L’Internet en politique des États-Unis à l’Europe. – Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2002 (Sociologie politique européenne. Actes). 24 cm, 423 p.

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Les contributions de ce colloque international réuni à l’Institut d’études politiques de Strasbourg envisagent surtout des situations dans lesquelles Internet vient infléchir la pratique politique : utilisations militantes, partisanes et institutionnelles du média, incidence d’Internet sur le déroulement d’une campagne politique, singulièrement celle de l’élection présidentielle états-unienne de 2000. Les études ici proposées constituent des séries de monographies sur l’usage local ou national d’Internet, en France, en Italie ou au Japon – avec parfois le défaut d’un recul analytique insuffisant – relayées par des contributions très bien documentées sur la nouvelle dimension de la communication politique et de la pratique politico-administrative que constitue le recours à Internet : mythes de la « démocratie participative » et d’un nouveau moteur – contesté – du changement social, assouplissement des fonctionnements administratifs grâce aux Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC). La pluralité des dimensions de cette technologie et de ses contradictions est ainsi envisagée afin de comprendre si l’espace public se trouve lui-même en voie de recomposition.

Biographies et mémoires

CAPITANT (René) – Écrits d’entre-deux-guerres (1928-1940). Textes réunis et présentés par Olivier Beaud, réalisés avec le concours de l’Institut Michel Villey et avec le soutien de la Fondation Charles de Gaulle. – Paris, Éditions Panthéon-Assas, 2004, 580 p.

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C’est une excellente idée d’avoir réuni les textes de jeunesse de ce constitutionaliste censé avoir influencé le général de Gaulle, en 1945 plus qu’en 1958, puisqu’il était alors retenu au Japon. Fils du grand civiliste Henri Capitant, René Capitant a d’emblée eu une place à part dans une corporation où il ne trouva vraiment d’audience ni avant ni après guerre, puisqu’il n’a jamais apprécié l’école initiée par Joseph Barthélémy et continuée par Duverger et Vedel, qui s’en tenait à la seule description institutionnelle de la vie politique. De 1928, publication de sa thèse sur l’Introduction à l’étude de l’illicite : l’impératif juridique – défini comme règle formulée par la conscience – à son dernier article publié en 1940 à Tokyo, Sur la nature des droits réels, ce grand publiciste traitant de la France, de l’Allemagne de Weimar ou de la Grande-Bretagne n’aura eu d’autre souci que la crise du régime parlementaire français. Déçu par Gaston Doumergue ou Léon Blum, il cherche des possibilités d’évolution du côté de la coutume, qui ouvre des espaces de vie réelle, du côté du langage, qui cache de redoutables blocages – ainsi de la confusion entre le régime parlementaire anglais et le régime « représentatif » français – et, surtout, du côté de Kelsen, une manière d’objectiver le droit, sans pour autant adopter son positivisme. Il était donc préparé à accueillir ou formuler les idées du général de Gaulle : La période retenue (1928-1940) n’a pas permis d’inclure dans ce recueil ses remarquables discours de député, prononcés devant la première assemblée constituante ou la première assemblée de la Quatrième République, critiquant les projets de constitution comme de statut de l’Algérie : c’est là que le disciple de Carré de Malberg a montré la puissance de son extraordinaire talent, capable d’annoncer pourquoi les textes en débat seraient « inapplicables et donc inappliqués ».

CLEMENCEAU (Georges) – Vers la Réparation. Préf. de Jean-Noël Jeanneney. Édition établie par Michel Drouin. – Paris, Mémoire du Livre, 2003. 762 p.

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Réédition intégrale (et augmentée) du deuxième tome des articles de Georges Clemenceau consacrés à l’affaire Dreyfus et publiés par l’éditeur dreyfusard Stock de 1899 à 1903. Rappelons que l’ensemble des 7 volumes fut victime des mesures d’épuration des bibliothèques publiques prises par le régime de Vichy en avril 1941. Après L’Iniquité, voici rassemblés sous le titre choisi par l’auteur, Vers la Réparation, les articles parus dans L’Aurore de juillet à décembre 1898, auxquels ont été joints les articles de La Dépêche, écartés dans l’édition en volume en 1899 par Clemenceau pour éviter d’accroître les polémiques avec le directeur antidreyfusard du quotidien radical. Vers la Réparation, titre alors optimiste, choisi par Clemenceau comme le rappelle Jean-Noël Jeanneney dans sa stimulante préface : il faudra attendre un an pour un nouveau procès et 1906 pour la réhabilitation. À l’été 1898, aux yeux du ministre de la Guerre, Cavaignac, il n’y a officiellement plus d’affaire Dreyfus, celui-ci est toujours à l’Ile du Diable, Zola exilé à Londres. Mais les premières failles dans la thèse de la culpabilité de Dreyfus vont apparaître avec les révélations du « faux Henry », le suicide de ce dernier. Clemenceau, convaincu de l’innocence de Dreyfus depuis la fin du procès Zola, poursuit sa campagne incessante dans L’Aurore pour la révision du procès, la libération du colonel Picquart qui a permis de lever le voile sur les machinations de l’état-major et de la presse nationaliste et réactionnaire, le poids de l’Église. Soulignons le remarquable appareil critique, dû au maître d’œuvre de cette entreprise de résurrection, Michel Drouin : une chronologie, des notices biographiques sur les personnages cités, annotation (plus de 350 notes) permettant au lecteur d’aujourd’hui de saisir les allusions et de se retrouver dans une affaire aux rebondissements juridiques complexes.

FUMAROLI (Marc) – Chateaubriand, poésie et terreur. – Paris, Éditions de Fallois, 2003. 793 p.

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Peut-on entrer dans le mystère de l’alchimie d’un chef d’œuvre de la littérature ? C’est en tout cas ce qu’a ici tenté M. F., académicien et ancien professeur au Collège de France, qui est aussi un virtuose de culture et de références savantes. Sans cesse écrites et réécrites, les Mémoires d’outre-tombe sont celles d’un poète qui avait consacré sa vie à défendre l’alliance de la légitimité et de la liberté, dont il aurait voulu être le stratège et dont il n’aura, finalement, été que l’orateur, selon l’excellente définition de M. F. Pourquoi ? Avant d’essayer de donner une réponse, toutes les références ou figures tutélaires (Rousseau et Malesherbes, Fontanes et Ballanche), toutes les rencontres (Washington ou Tocqueville), les souvenirs et les coups de cœur (l’enfance et Juliette Récamier), les refus et les mépris (Napoléon et Talleyrand) sont passés en revue avec une science étourdissante qui, pour être plus convaincante, n’hésite à convoquer ni Cicéron, maître du relativisme, ni Milton, l’auteur du Paradis perdu, que l’enfant de Combourg n’a pu égaler, ni même Proust, qui, avec M. de Norpois, a réussi le portrait desséché d’un diplomate dont Talleyrand aurait été le modèle. Soit. Mais peut-on parler de légitimité en rejetant le prince de Bénévent ? Homme d’honneur resté pauvre, Chateaubriand l’a haï et, derrière lui, Sainte-Beuve et toute l’Université. Cela suffit-il à renvoyer, dans le néant de l’orgueil et de la concussion, ce stratège qui, contrairement à ce qu’a pensé un poète qui le jalousait, a écrit des Mémoires qui, rassemblées et réordonnées par le duc de Broglie, sont ici réévaluées ? Pour penser la continuité d’une liberté légitime, il reste donc le seul Tocqueville, petit cousin ayant convaincu le chantre de la royauté de l’avenir de la démocratie, auteur qui, au soir de sa vie, a bénéficié de l’aide de Jean-Jacques Ampère, dont les débuts auprès de Talleyrand l’ont certainement aidé à raconter l’ancienneté d’une liberté dont l’aristocratie française a pu être le modèle. Mais de là à conclure que l’auteur du Génie du christianisme et le penseur de La démocratie se retrouvent dans une commune eschatologie chrétienne de l’histoire est certainement plus juste pour l’un que pour l’autre, dont la mémoire n’a que trop souffert de ces récupérations posthumes.

GARRIGUES (Jean) – Les grands discours de la Troisième République. 1. De Victor Hugo à Clemenceau. 2. De Clemenceau à Léon Blum. – Paris, Armand Colin/Assemblée nationale, 2004 (Collection d’histoire parlementaire). 24 cm, 217 et 152 p. Bibliogr.

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À mi-chemin entre travail d’histoire et travail de mémoire, ces deux volumes rappellent à quel point la parole politique constitue, sous la Troisième République, un moment fondateur, qu’elle est déjà action politique. Le choix de cette période tient, bien entendu, à cet « âge d’or de la délibération » et de « l’éloquence parlementaire ». C’est en fonction de ce critère que le choix d’une cinquantaine de discours a été opéré, qui permet de retrouver le verbe des fondateurs, des défenseurs et des opposants célèbres de la République : Louis Blanc (« Paris est calme », 1871), Adolphe Thiers (« La République sera conservatrice, ou elle ne sera pas », 1872), Léon Gambetta (« Le cléricalisme ? Voilà l’ennemi », 1877), Jean Jaurès (« Parmi ces têtes qui tombent, il y aura des têtes d’innocents », 1908), Georges Clemenceau (« Je fais la guerre », 1918), Édouard Daladier (« Nous avons sauvé la paix », 1938). Rapidement, mais efficacement introduit, chaque discours constitue ainsi un voyage dans la mémoire politique de la France en même temps qu’une belle introduction à l’histoire politique et parlementaire de la Troisième République.

HACHEZ-LEROY (Florence), dir. – « Foccart entre France et Afrique », Cahiers du Centre de Recherches Historiques. – Paris, CRH, n° 30, octobre 2002.

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Suscité par les publications des mémoires et du journal de Jacques Foccart, le colloque ici reproduit confirme que le « Monsieur Afrique » de Charles de Gaulle, puis Georges Pompidou, était bien « l’homme de l’ombre » que les médias et ses détracteurs ont dépeint. Présent sur le continent africain de 1935 à 1997, successivement et simultanément homme d’affaires et homme des réseaux de la « Françafrique », Foccart est rendu ici dans toutes ses dimensions, comme un homme à part, à la fois subordonné et égal des présidents qu’il sert, cultivant des relations de paternalisme néo-colonial avec toute l’Afrique, toutes les Afrique. Les contributions rassemblées ici sont une remarquable mise en perspective de l’Empire et de la décolonisation en Afrique, tant elles donnent à voir le fonctionnement habituel de ce pouvoir, pessimiste quant au sort de l’Afrique, fait de pression et de coup d’État, mais dont il faut bien comprendre qu’il tenait également du soutien stratégique que certains chefs d’États africains – comme Félix Houphouët-Boigny – lui témoignaient. Mais au-delà des personnes, ces contributions invitent à « dépersonnaliser » l’analyse pour mieux comprendre le poids de cette politique africaine dans le contexte idéologique et politique de la France métropolitaine et dans son insertion dans le monde des années 1960-1970.

LE BÉGUEC (Gilles), MANIGAND (Christine), dir. – Henry, Robert et Bertrand de Jouvenel. Crise et métamorphoses de l’État démocratique (1900-1935). – Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2004. 24 cm, 172 p. Bibliogr. Index.

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Issues d’un colloque, les contributions de cet ouvrage modifient la perspective biographique traditionnelle. D’abord, elles ne posent pas le primat de l’individu, mais une logique dynastique de la biographie au cœur de la France de la Troisième République ; la personnalité et la vie des trois hommes s’y prêtent, même si le colloque est centré sur Robert. Ensuite, la biographie collective est replacée dans l’histoire politique et institutionnelle de son temps ; ainsi les trajectoires ne valent pas que pour elles-mêmes, mais surtout parce qu’elles nous permettent de comprendre les interactions entre les hommes et leur époque, à la fois produits d’un environnement et producteurs d’une réflexion et d’une action sur cette époque. Enfin, tout ne retient pas l’attention de leurs biographes : l’introduction pose les jalons de la relation entre les deux frères (Henry et Robert) et le neveu (Bertrand), mais ensuite, ne sont envisagés ponctuellement que certains aspects qui éclairent l’histoire et les biographies (Henry et le syndicalisme, Robert et la formation des élites politiques républicaines, Bertrand et l’esprit réformiste des années 1930). Si les communications ne répondent pas toujours au projet de croisement des sujets biographiques, le projet reste, dans l’ensemble, cohérent et la démarche suffisamment originale et féconde pour que l’on s’y penche.

ZAY (Jean) – Souvenirs et solitude. – La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2004. 385 p.

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À la fois mémoires et témoignage, ce journal, en forme de récit, commence avec l’incarcération de Jean Zay, en décembre 1940, à la maison d’arrêt de Riom après un procès inique devant le tribunal militaire de Clermont-Ferrand. Son crime : s’être embarqué sur le Massilia avec d’autres parlementaires, engagés volontaires comme lui, pour gagner l’Afrique du Nord et remplir, en Algérie, son devoir de responsable politique. Comme Pierre Mendès France – avec qui il correspondra un moment –, il est lourdement condamné aux motifs de « désertion », en réalité autant pour avoir appartenu au gouvernement de Front populaire que pour sa judéité… Le député radical-socialiste, nommé ministre de l’Éducation nationale par Léon Blum, était en poste lors de l’entrée en guerre et avait tenu à partir sur le front. Homme politique réfractaire aux compromis, militaire favorable à la poursuite de la guerre, il était tout ce que la droite vichyssoise rejetait. Extirpé de sa prison, Jean Zay est assassiné à l’été 1944 par la milice… Par la finesse et l’intelligence de son écriture, par ses accents émouvants, Jean Zay a fait œuvre d’écrivain, mais par son souci d’exactitude dans la restitution des faits, il laisse un texte qui, à la fois évocation d’un passé politique et récit d’une expérience tragique, prend une dimension historique.

Relations internationales

ARNOVE (Anthony), dir. – L’Irak assiégé. – Paris, L’Aventurine, 2003. 248 p. Notes bibliogr.

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Sous forme de contributions et d’entretiens, cet ouvrage est un plaidoyer sans concession en faveur d’un Irak libéré des présences américaine et britannique, dont les gouvernements, par le biais d’une application abusive des sanctions imposées par le Conseil de sécurité des Nations unies, ont détruit l’Irak en tant qu’État moderne. Certes, le pays était affaibli, à la veille de la guerre du Golfe, par dix ans de conflit avec l’Iran, mais son infrastructure demeurait viable ; à l’inverse, après dix années d’une politique de sanctions économiques drastiques de la part des États-Unis et de ses alliés, c’est face à un peuple irakien anéanti et à des infrastructures civiles détruites que se sont trouvés les tenants d’une guerre « préventive » contre l’Irak.

BALIBAR (Étienne) – L’Europe, l’Amérique, la guerre. Réflexion sur la médiation européenne. – Paris, La Découverte, 2003. 22 cm, 192 p.

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Reprenant à Robert Kagan l’opposition entre stratégie de « puissance » des États-Unis et stratégie de « faiblesse » de l’Europe, E. B. tente d’envisager si, dans un contexte d’embrasement du monde, la position européenne peut constituer une voie diplomatique alternative solide. En effet, l’Europe est une puissance absente ou « évanouissante », ce qui peut permettre de faire d’elle un espace de retraduction des conflits dans une logique qui ne soit pas celle des puissances et, donc, d’en modifier le sens. E. B. rassemble ici une série de contributions et d’interventions qui éclairent ses propres prises de position en tant que philosophe, intellectuel et citoyen, sans céder démesurément à l’hubris d’une grande idéologie ordonnatrice du monde. Il mélange ainsi les trois registres avec un art désormais consommé et maîtrisé, qui font de lui un observateur parfois contestable – ce qui n’est pas la moindre de ses qualités –, mais le plus souvent intéressant à lire, tant il donne à penser l’urgence du présent.

BARREA (Jean) – Théories des relations internationales. De l’« idéalisme » à la « grande stratégie ». – Namur, Érasme, 2002 (1re éd. : 1994). 24 cm, 327 p. Notes bibliogr.

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Dans cette quatrième édition remaniée de son manuel, J. B. propose une lecture des relations internationales « réaliste » fondée sur l’enjeu « sécuritaire » dans l’ordre mondial, enjeu qu’il établit analytiquement sur la relation entre l’ordre interne des États et l’ordre externe mondial, configuration qu’il envisage comme la « grande stratégie ». L’originalité et le véritable intérêt de l’ouvrage tiennent surtout à ce que J. B. essaie de prendre une perspective résolument théorique, proposant, en même temps qu’un exposé des situations internationales, une synthèse des grands courants internationalistes, anglo-saxons notamment. Il entend ainsi analyser les relations internationales par certains enjeux clefs : la prise de décision, la puissance et la coopération dans les relations internationales, les différentes configurations qui assurent une relative sécurité internationale, notamment dans la transition de la bipolarité à la multipolarité à l’œuvre actuellement.

GARAPON (Antoine) – Des crimes qu’on ne peut ni punir, ni pardonner. Pour une justice internationale. – Paris, Odile Jacob, 2002. 348 p.

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Ce livre est daté : publié en novembre 2002, il se situe après la création de la Cour pénale internationale, qui date de juillet 2002, mais avant la guerre d’Irak qui, brouillant tant de frontières, a fait reculer l’espoir de l’efficacité d’une juridiction internationale, de toute façon refusée par les États-Unis. Le 11 septembre avait eu lieu, mais sans que l’unanimisme humanitaire ait été rompu. On lira donc, des procès de Nuremberg et Tokyo à la levée de l’immunité du Général Pinochet de 1999 comme à la mise en accusation de Slobodan Miolosevic devant le TPI, les progrès de la mise en place d’une justice internationale qui voit lentement jour. Cette apologie du droit se veut universelle, dans la mesure où le droit, s’élevant au-dessus des particularismes, a su se déployer dans des procès et sur une scène judiciaire qui, outre la punition, qui parait sans proportion, outre le pardon, qui n’est possible que s’il y a repentir, aura donné corps et voix à la publicité de la vérité, à un face-à-face où celui à qui tout droit avait été dénié est enfin reconnu. Confrontation idéale, présentée comme la condition de la possibilité du nécessaire travail de deuil et de la reconstruction de tous et de chacun, mais est-ce encore du droit ?

HECKER (Marc) – La presse française et la première guerre du Golfe. – Paris, L’Harmattan, 2003. 164 p. Bibliogr.

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La couverture sur-médiatique de la guerre du Golfe en 1991 trouve son explication dans le fait que, pour la première fois dans l’histoire, il y a eu à la fois simultanéité entre la survenue de l’événement et le moment où ce dernier a été porté à la connaissance du téléspectateur, de l’auditeur ou du lecteur, et l’organisation, par le SIRPA, d’un véritable encadrement militaire de la presse. Le journaliste devient alors un soldat de l’information, voire un « propagandiste », à tout le moins, un homme manipulé. L’auteur analyse le mode de traitement, plutôt consensuel, de l’information par un certain nombre de titres hebdomadaires, en France, puis le tournant autocritique de certains articles. Il ressort de cette étude que seuls Le canard enchaîné et le quotidien L’Humanité ont pris le parti – pour des raisons éminemment différentes – d’une attitude ouvertement non consensuelle. Cet ouvrage pose les jalons d’une réflexion sur la seconde intervention en Irak et, au-delà, sur une véritable déontologie du journalisme en période de crise et de confusion des données.

LAMY (Pascal) – La démocratie-monde. – Paris, Le Seuil, 2004 (La République des idées). 90 p.

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Tant que, dans les relations internationales et les institutions dont elles relèvent, la légitimité du pouvoir continuera de se jouer à l’échelle de l’État nation pour être transférée, telle quelle, à l’échelon supérieur européen, la cohérence politique intérieure à chacun des États ne pourra se traduire au niveau européen. La juxtaposition de légitimités nationales n’a plus qu’un lointain rapport avec la démocratie, dit en substance P. L., qui pose les jalons d’une nouvelle gouvernance, en rapport avec la géopolitique contemporaine, tenant compte de la globalisation des problèmes et de la diversité des acteurs. Le décalage, devenu patent, entre la légitimité et l’efficacité des institutions internationales, pousse le citoyen, qui attend des réponses, à se détourner du jeu politique pour se tourner vers les extrêmes. Face à autant de promesses et si peu de résultats, l’auteur appelle de ses vœux une nouvelle gouvernance démocratique, pour l’Europe, fondée sur une méthode communautaire « alternationale ».

ROLLAND (Denis), coord. – Histoire culturelle des relations internationales. Carrefour méthodologique. – Paris, L’Harmattan, 2004 (Inter-National). 22 cm, 268 p.

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Fruit d’un séminaire, l’ouvrage pose des jalons pour une approche culturelle des relations internationales, comprise comme la prise en compte d’enjeux culturels (éducation, construction et affinités identitaires, acculturation) dans leur dimension cinétique, autrement dit, comme le signifie Jean-François Sirinelli dans sa préface, « la circulation de tout ce qui est chargé de sens ». Cette convergence est présentée d’abord comme une question historiographique, avant que ne soient envisagées les contributions à cette démarche par des études sur les « transferts culturels ». On constate alors, comme souvent dans les champs et sous-champs en construction, l’éclatement tant des terrains de recherche que des méthodes mises en œuvre, même si le lien se fait surtout par l’objet, les transferts entre Europe et États-Unis. Paradoxalement, ces transferts ne sont pas envisagés comme des continuités entre deux ou plusieurs cultures, mais comme des « ruptures », des impossibilités à assurer ces transferts comme à les refuser, que ce soit de manière clandestine ou par le biais d’institutions, que ces ruptures apparaissent du fait de groupes restreints ou d’une disposition de l’opinion.

SPITAELS (Guy) – L’improbable équilibre. Géopolitique du désordre mondial. – Bruxelles, Éditions Luc Pire, 2003 (Voix politiques). 24 cm, 374 p.

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Ministre socialiste et universitaire belge, G. S. propose, dans cet ouvrage, un panorama du désordre mondial tel qu’il le voit, avec cruauté et humour. Les chapitres passent successivement en revue les différentes puissances (Russie, Europe, États-Unis, etc.), en insistant surtout sur les incohérences et les errements de leurs politiques successives dans des zones de tensions, dont la liste semble interminable. C’est sans doute la limite d’un tel projet : l’accumulation de détails dresse, certes, les contours d’un désordre mondial impressionnant, mais cette dénonciation, qui a séduit Jean-François Kahn – et dont il assure la préface –, n’est pas porteuse d’un projet d’analyse du désordre qui nous est décrit. Il en résulte un côté « journalistique », c’est-à-dire un ensemble plutôt bien documenté et organisé, mais qui manque cruellement du recul qui sied à la véritable ironie.

Études européennes, nationales et régionales

CAO-HUY (Thuan), dir. – Études sur l’élargissement de l’Union européenne. – Paris, PUF, 2002. 239 p. Notes bibliogr.

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Si, dans un premier temps, l’attitude des communautés européennes vis-à-vis de l’élargissement a été guidée par les intérêts nationaux des États membres, entraînant des clivages entre ces États, les institutions supranationales ont contribué, favorablement, au processus d’élargissement, même si les valeurs et les facteurs cognitifs continuent de menacer la solidité du consensus. À chaque élargissement, la manifestation de fortes identités nationales et l’élargissement des contraintes, la mise en balance des intérêts et des coûts divisent les États de l’Union, mais aussi les autres… L’étude de l’élargissement de l’UE et de l’OTAN à travers les cas de la Turquie, qui aspire et s’achemine vers l’intégration par le biais d’« accords d’association », ou celui de la Russie, exclue, à qui l’« option limitée » laisse une grande liberté d’action, montre que l’enjeu est essentiellement stratégique et sécuritaire. Repousser les frontières de l’Union européenne, c’est se rapprocher du Moyen-Orient et donc redéfinir le rôle des États-Unis dans le monde. Par leur approche pluridisciplinaire, les contributeurs de ces études approfondies apportent des éclairages divers.

FÉVRIER (Jean-Marc), TERPAN (Fabien) – Les mots de l’Union européenne. – Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2004. 123 p.

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Petit lexique de mots choisis faisant référence aux institutions, au droit et à la politique communautaires, cet ouvrage fournit une synthèse sur le fonctionnement des institutions, les modalités d’application du droit communautaire, la répartition des pouvoirs entre les États membres de l’Union et les institutions de cette dernière, la hiérarchie des normes et quelques éléments sur les enjeux de l’intégration.

MICHEL (Patrick) – Europe centrale, la mélancolie du réel. – Paris, CERI/Autrement, 2004. 136 p. Notes bibliogr.

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Depuis la fin du communisme en 1989, les pays d’Europe centrale n’ont cessé d’être étudiés d’après des catégories d’analyse qui restaient à définir, la soviétologie étant, dès lors, privée d’objet. Mais, là encore, les mesures, l’évaluation des critères d’intégration à l’Union européenne ou à l’OTAN demeuraient des critères essentiellement quantitatifs, qui ne prenaient pas en compte la dimension psychologique des peuples ou des individus. Dans cet ouvrage, des chercheurs s’intéressent à l’imaginaire et à ses ressources symboliques. Ils énoncent de nouveaux critères constitutifs d’une redéfinition possible des identités individuelles ou collectives dans des pays dont la sortie du communisme s’est effectuée sur un mode différentiel. En conséquence, ce qui prend forme, après 1989, résulte davantage de recompositions que de ruptures. De cette étude comparée de la Pologne et de la Hongrie, des Républiques tchèque et slovaque, de la Roumanie et de la Bulgarie, il ressort que les perceptions peuvent varier d’un pays à l’autre, mais aussi à l’intérieur d’un même État, et que la frontière, qui marque les différences des évolutions aussi diverses que contradictoires, passe d’avantage entre les élites et le peuple qu’entre les élites nouvelles et celles de l’ancien système. La reconstruction passe par une confrontation avec le réel et une relecture du passé.

NIES (Suzanne) – Les États baltes, une longue dissidence. – Paris, Armand Colin, 2004 (L’Histoire au présent). 21 cm, 210 p. Bibliogr.

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L’histoire des pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) les présente souvent comme les agents passifs d’une histoire décidée par d’autres (les empires du début du 20e siècle, le bloc soviétique). S. N. propose un changement de perspective à court terme : les États baltes disposent d’une identité propre au sein d’un espace spécifique, la région balte autour de la mer Baltique, qui, dans la géopolitique européenne, doit permettre de comprendre les nuances entre « Europe de l’Est » et « Europe centrale et orientale ». C’est le caractère historiquement stratégique de cette région dont rend compte S. N. et qui se confirme dans le cadre de l’élargissement de l’Union européenne. Postulant la méconnaissance de cette région par le public, l’auteure prend le parti d’une approche simple, mais parfaitement pédagogique et documentée. Le résultat répond exactement au projet, sans éluder les principaux enjeux de cette région que l’ouvrage aide à découvrir.

PALOMBARINI (Stefano) – La rupture du compromis social italien. Un essai de macroéconomie politique. – Paris, CNRS Éditions, 2001. 24 cm, 266 p. Bibliogr.

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Le travail de S. P. constitue une étude d’économie politique dans laquelle il avance avec audace que, « de toutes les sciences sociales, l’économie est sans doute la discipline qui […] entretient les liens les plus étroits avec le politique »… le ton est donné. Mais, dans son étude, il propose une théorie pluridisciplinaire qui envisage les dimensions historiques et sociologiques sans qu’aucune logique, de l’économique ou du politique, ne l’emporte. Cette posture est sans doute à conseiller aux économistes car elle critique l’impérialisme des sciences économiques au profit d’une théorie plus générale de la régulation et permet de comprendre avec plus de finesse la crise économique qui s’est déroulée en Italie dans les années 1990. En effet, cette crise qui éclate en 1992 relève des deux champs puisqu’elle configure polarisation idéologique de l’électorat, vision à court terme des gouvernements, dynamique du déficit public et de la dette permettant l’émergence d’un gouvernement qui trouve sa place dans une nouvelle dynamique politico-économique. S. P. tend ainsi à démontrer que « la dynamique d’ensemble est le produit non recherché de l’interaction entre des éléments dont les logiques d’action sont hétéronomes ».

PARMENTIER (Guillaume), dir. – Les États-Unis aujourd’hui. – Paris, Odile Jacob, 2004. 363 p. Index.

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En dix essais, quelques spécialistes, pour la plupart américains, d’horizons politiques différents, apportent des points de vue divergents, voire contradictoires, reflet d’une Amérique diverse et divisée. Leurs analyses visent à rendre compte des chocs et des changements qu’ils induisent pour les États-Unis. Pour l’observateur spécifiquement français, de culture éminemment centralisatrice, les États-Unis demeurent une énigme. Pourtant, l’Amérique conservatrice est aussi capable de changements radicaux et la réorganisation notable de l’État fédéral à la suite des attentats du 11 septembre illustre cette aptitude au changement radical à l’endroit où l’on croyait les structures immuables. La réorganisation de l’État fédéral, dans le cadre constitutionnel, la mise en cause de mécanismes institutionnels n’ayant pas donné satisfaction, la transformation de l’appareil militaire, le rôle primordial des tribunaux fédéraux, la crise budgétaire des États fédérés, le phénomène démographique dessinant un nouveau visage de l’Amérique, les guerres culturelles, sont autant d’éléments qui modifient l’équilibre des forces politiques et économiques, et inversent les rapports entre les côtes Est-Ouest littorales et le centre continental, entre le Nord et le Sud des États-Unis, entre l’État fédéral et le reste du monde. C’est d’une part de cette complexité dont il est ici rendu compte.

Études historiques

« Le réalisme socialiste en France » – Paris, CREDHESS, Sociétés et représentations, 15, décembre 2002.

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Le réalisme socialiste français est perçu comme un produit d’importation soviétique issu des théories jdanoviennes de la culture, depuis les années 1930 jusqu’à 1966. Les contributions à cette revue montre que la réalité fut autrement plus compliquée dans la littérature française, qui cherchait à définir elle-même les contours et enjeux de ce réalisme. Ce numéro rend ainsi compte d’un renouveau de l’histoire artistique qui l’autonomise de l’histoire des relations internationales pour la rapprocher de l’histoire sociale et, singulièrement, du problème que posent les rapports entre art et politique. Sont envisagées la structuration des champs artistiques (définition de l’art révolutionnaire et de la littérature prolétarienne depuis les années 1930, intégration ou rejet du cubisme) et l’intervention de médiateurs, qui « importèrent » ce style en France (avec plus ou moins d’autonomie par rapport au Parti communiste français : Louis Aragon, Jean-Richard Bloch, Tristan Rémy, Pierre Courtade, André Stil, Picasso, André Fougeron), montrant ainsi que la guerre modifie la perception soviétique du réalisme au profit de lectures « nationales », voire patriotiques, de ce style ensuite figé par la guerre froide. Cette grille de lecture est ensuite rapidement proposée pour comprendre l’imposition du réalisme soviétique en Europe de l’Est (Pologne, Tchécoslovaquie, Roumanie, Hongrie), souvent avec les mêmes trajectoires.

BÉDARIDA (François) – Histoire, critique et responsabilité. – Bruxelles, Complexe, 2003 (Théorie politique). 22 cm, 358 p. Bibliogr. Index.

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Sans en avoir l’air, cet ouvrage fonctionne comme une biographie intellectuelle, soulignant les enjeux de la pratique historique du temps présent. En effet, est rassemblée ici une série de contributions de F. B. (disparu en 2001) sur deux aspects et quatre thèmes centraux de son travail : la réflexion sur les modalités épistémologiques de la production d’une histoire du temps présent en relation avec ses travaux sur la Seconde Guerre mondiale, puis la nécessaire réflexion politique sur la mémoire de ce conflit et ses conséquences sociales lorsque les acteurs en sont encore vivants ou que l’historien est appelé dans le prétoire. En effet, au-delà du travail historique lui-même, F. B. insistait sur le sens de la responsabilité de la démarche historienne, parce que les mémoires sont encore à l’œuvre, mais surtout parce que la justice est au travail ; il affirmait dès lors que « recherche sur le temps présent, fonction d’expertise et responsabilité sociale de l’historien vont de pair ». Ainsi, ce n’était pas seulement une activité intellectuelle qui était en jeu chez F. B., mais un rôle de médiation au sein de la société.

BENSA (Alban), FABRE (Daniel), dir. – Une histoire à soi. – Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2001 (Ethnologie de la France. 18). 23 cm, 298 p.

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C’est à comprendre l’histoire « ordinaire » que nous convient les contributeurs de cet ouvrage. En effet, à côté de la discipline enseignée, s’est mise en place toute une histoire, de moins en moins marginale, qui exploite les ressources du patrimoine local pour transmettre une (presque) micro-histoire constitutive des identités individuelles et collectives. Nous ne sommes pas en présence d’un travail de mémoire seulement, mais de la construction d’une histoire des sociétés, voire des communautés locales, qui feraient « ressentir » l’histoire à côté, voire contre le « grand récit ». C’est ainsi aux « producteurs de l’histoire locale » que s’intéresse l’ouvrage et à leur logique de production des terroirs et des territoires, ces « lieux » qui donnent corps à une nouvelle « fièvre » historique. On découvre ainsi avec intérêt, étonnement, amusement ou consternation la configuration entre « médiateurs culturels », historiens et pouvoirs publics pour renouer avec le souvenir des mineurs de Lorraine, des maçons de la Creuse ou des viticulteurs languedociens et quitter le statut de folklore touristique pour construire celui d’histoire des « petites patries ».

BOURGUIGNAT (Nicolas), PELLISTRANDI (Benoît) – Le 19e siècle en Europe. – Paris, Armand Colin, 2003 (U). 24 cm, 317 p. Bibliogr. Index.

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Ce manuel entend rendre compte de ce siècle plein de bruit et de fureur qu’est le 19e siècle. Tâche ambitieuse dont il s’acquitte considérant en compte un nombre limité de thèmes (la géopolitique des équilibres européens, les enjeux autour de la difficile installation de la démocratie, les mécanismes économiques et sociaux des industrialisations, les évolutions culturelles). Pour chacun des thèmes sont proposés des analyses fines, des exemples bien amenés et des critiques pertinentes qui ébauchent des perspectives comparées. Il arrive toutefois à N. B. et B. P. de négliger certains aspects propres aux manuels : l’accumulation des exemples dans le cas de l’histoire politique ne va pas toujours avec la volonté de produire un panorama clair des enjeux, mais confine plutôt à la liste à prétention faussement exhaustive. Le lecteur pourra également regretter que les auteurs, dans leur volonté de mettre en valeur les transformations, ne le fassent pas toujours avec suffisamment de nuance : l’hypertrophie du traitement des enjeux hexagonaux par contraste avec la faible place accordée à l’Espagne – dont B. P. est pourtant spécialiste – témoignent de ce que ce manuel reste bien un manuel français sur l’Europe du 19e siècle.

BRASSEUL (Jacques) – Histoire des faits économiques de la Grande Guerre au 11 Septembre. – Paris, Armand Colin, 2003 (U). 24 cm, 303 p. Bibliogr. Index.

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Ce manuel ne propose pas une histoire économique telle qu’on l’envisage d’ordinaire par le va-et-vient entre la théorie économique et son illustration historique. La théorie économique est ici souvent écartée ou réduite à ses enjeux centraux (analyse de la dépression, des modèles productifs ou de développement), quitte à produire une analyse autour de quelques indicateurs et des institutions économiques qui ont « fait » ce siècle. J. B. s’intéresse, en effet, bien davantage à l’insertion des enjeux économiques dans la marche historique à la croissance des sociétés depuis 1914. Ainsi, la dimension chronologique se trouve renforcée, et l’on retrouve les inflexions intellectuelles qui fondent l’« économie politique ». En deux parties équilibrées autour du « recul » (1914-1950), puis des « progrès » (1950-2001) de la mondialisation, J. B. étudie le 20e siècle économique en quelques mots clefs – « prospérité », révolution, dictature, dépression, capitalisme, socialisme, tiers monde(s) – dont l’économie est une facette mise en relation avec d’autres ; il montre ainsi que cette discipline ne fonctionne pas seulement « en soi », mais qu’elle gagne à être reconfigurée historiquement.

CHASSAIGNE (Philippe) – La Grande-Bretagne et le monde de 1815 à nos jours. – Paris, Armand Colin, 2003 (U). 24 cm, 320 p. Bibliogr. Index.

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L’histoire de la Grande-Bretagne contemporaine illustre bien « l’ascension et la chute des grandes puissances », à la fois dans la géopolitique européenne, dans les relations transatlantiques et dans la logique impériale. Dans une approche chronologique d’une facture classique, Ph. C. étudie cette puissance, tant durant ses « apogées » (les guerres mondiales qui font de la Grande-Bretagne une forteresse assiégée) que ses crises (la décolonisation, les relations ambiguës avec la Communauté puis l’Union européenne, l’Irlande du Nord et la guerre des Malouines). Solidement documenté, assorti d’exemples précis et de chronologies qui mettent judicieusement en relation les événements « à domicile » et « à l’étranger », ce manuel constitue une première approche de grande qualité du monde vu de la Grande-Bretagne, en même temps qu’un outil utile pour comprendre les enjeux géopolitiques dont elle est partie prenante.

FLONNEAU (Jean-Marie) – Le Reich allemand. De Bismarck à Hitler (1848-1945). – Paris, Armand Colin, 2003 (U). 24 cm, 318 p. Bibliogr. Index.

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Cette histoire de l’Allemagne d’un Empire à l’autre a le grand intérêt de proposer une lecture allemande de la chronologie. En effet, les césures pertinentes choisies ici vont de la gestation de l’unité allemande (du « Printemps des Peuples » de 1848 à l’unité du Reich en 1871) à la disparition du Reich bismarckien en 1945. La chronologie est ainsi en décalage par rapport au reste de l’Europe, car la Première Guerre mondiale ne constitue pas une rupture dans l’histoire allemande au même titre qu’en France, mais un changement de temporalité : à l’histoire de la forme politique du Reich se substitue l’histoire de la volonté de fonder une unité allemande. Ainsi, la République de Weimar, étudiée à travers son installation et son échec, peut être comprise non pas comme une parenthèse, mais comme l’échec du projet républicain face à un Empire issu d’un « mythe prussien », dont les Allemands ne font le deuil qu’en 1945. L’ascension d’Hitler et la mise en place de l’État hitlérien sont ainsi dans une continuité qui n’est pas que formelle et chronologique, mais correspond bien à la violence radicale d’une dérive agressive. Au-delà du luxe de détails dont ce manuel témoigne, ce sont donc le projet impérial allemand et sa production historique qui sont étudiés avec sobriété et intelligence.

KANDEL (Liliane), dir. – Féminismes et Nazisme. – Paris, Odile Jacob, 2004. 304 p. Notes bibliogr.

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Issu d’un colloque de l’Université de Paris VII, cet ouvrage est, avant tout, le résultat d’un constat : en 1986, une polémique avait opposé historiens, sociologues et politologues allemands. J. Habermas, qui en était à l’origine, avait fustigé « les tendances apologétiques » du nazisme chez nombre d’entre eux. Des féministes françaises constataient alors que, dans les travaux d’historien(ne)s traitant de la période nazie, la présence des femmes, leur contribution occulte ou manifeste, ponctuelle ou durable, privée ou publique, n’était nullement évoquée. Elles ne figuraient ni comme acteurs ni comme sujets d’étude. L’ensemble de ces contributions permet de mieux évaluer le degré d’adhésion ou les modalités de participation des femmes au régime nazi. Mais surtout, des prises de position des membres de l’École de Francfort aux écrits d’Hannah Arendt, de Claudia Koonz ou de Maria Antonietta Macciochi, cet ouvrage, par la multiplicité de ses champs d’investigation, brasse un ensemble de réflexions dont la confrontation riche et complexe suscite au moins autant de questions qu’elle apporte d’éclairage. Victime ou coupable, la femme est, ici, replacée dans son entièreté, dans une époque dont le silence et le non-dit l’avaient évacuée.

RÉMOND (René) – Notre siècle. – Paris, Fayard, 2004. Bibliogr. Index.

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Cette synthèse sur l’histoire du 20e siècle français en constitue une excellente introduction. D’abord parce que le style en est fluide, dénotant le talent d’un historien familier des phénomènes qu’il décrit et dont il rend compte comme d’un récit, négligeant certains détails sans que ceux-ci manquent au lecteur de cette somme, tout en relevant également des anecdotes qui donnent vie à ce récit parfaitement maîtrisé. R. R. ne manque pas non plus d’articuler entre elles des périodes différentes (jusqu’au siècle précédent) qui, sans forcément se succéder, permettent d’en mieux montrer les filiations et les continuités. L’ouvrage s’adresse ainsi aussi bien à un public averti qu’au grand public, qui trouvera des éléments pour comprendre les sens possibles de l’histoire de la France contemporaine, même si – et c’est bien le seul travers – les éléments d’histoire du temps présent (notamment, les deux mandats présidentiels de Jacques Chirac) ne disposent pas d’un recul réel qui permette d’échapper à une forme de chronique.

SIRINELLI (Jean-François) – Les baby-boomers. Une génération (1945-1969). – Paris, Fayard, 2003. 24 cm, 325 p. Notes bibliogr. Index.

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Cette génération, qui correspond, en 1968, à un tiers des Français, J.-F. S. en propose une « lecture » tant au plan des modifications socioculturelles, auxquelles elle pourrait correspondre, qu’en référence aux mythes qu’elle généra. Héritiers des mutations économiques et sociales de l’après-guerre, les baby-boomers s’inscrivent également dans un nouveau contexte de sociabilité : ils recodent la société française – au point d’en parler comme d’une « génération palimpseste » – et prolongent leur influence largement au-delà des contestations multiformes de la fin des années 1960, puis de la crise des années 1970. Au fil des pages, on sent cependant affleurer cette forme de familiarité à son sujet qui rend l’ouvrage agréable, au-delà même d’une solidité intellectuelle qui ne cède pas sur l’idée que le regard porté sur cette génération « choyée » contraste brutalement avec les difficultés des générations suivantes. En effet, en fonction de rythmes et de temporalités individuelles et collectives imbriqués, c’est le quotidien de cette génération qui navigue entre « nouvelle vague », « Salut Les Copains » et « esprit de 68 », qui nous est ici restitué dans toute sa diversité « à partir de faits apparemment sans grande consistance historique ».

STASSE (François) – L’héritage de Mendès France. – Paris, Le Seuil, 2004. 152 p. Bibliogr.

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Homme politique aux convictions démocratiques profondément ancrées dans la tradition républicaine, Pierre Mendès France a, très brièvement mais efficacement, gouverné. Hostile aux réformes constitutionnelles, gaullistes, de la Cinquième République, l’ancien président du conseil s’installe, dès 1962, dans un exil intérieur, avant d’adhérer au PSU, puis de rater un dernier rendez-vous avec l’histoire, celui de sa rencontre avec la jeunesse de mai 1968. Ses tentatives de rapprochement des points de vue israélien et palestinien, ainsi que sa contribution fondamentale au succès de la gauche en 1981 sont restées dans les mémoires. Dans cet essai, étayé par divers travaux récents, F. S. met l’accent sur le message laissé par Pierre Mendès France, sur la dimension morale de sa philosophie politique, qui se situe dans la droite ligne de la pensée kantienne, selon laquelle la fin ne saurait justifier les moyens, sans pour autant sombrer dans l’inefficacité. L’éthique républicaine est au premier plan de sa pensée, c’est une volonté de gouverner guidée par le « choix », un refus de la démagogie, un profond respect des procédures démocratiques : une morale du politique, indissociable de la modernité économique et nécessaire au développement durable, dont institutionnels, responsables politiques, économiques ou écologistes devraient s’inspirer.

VIOT (Jacques), RADICE (Gilles), dir. – L’Entente cordiale dans le siècle. Préf. Dominique de Villepin et Jack Straw. – Paris, Odile Jacob, 2004. 364 p.

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L’Europe sera-t-elle la nouvelle figure de l’Entente cordiale ? C’est, en tout cas, ce à quoi ce livre, qui est un bouquet de fleurs tressé par d’anciens ministres, universitaires ou hommes de lettres, voudrait contribuer en mêlant témoignages de guerre, récits des négociations européennes, états de la recherche et, bien sûr, l’humour indispensable au sujet d’un pays dont Tristan Bernard se plaisait à dire qu’il était une conquête normande qui avait mal tourné ! Les deux guerres mondiales ont été le nœud de cette relation spéciale franco-britannique, avec l’histoire d’amour si particulière avec les Free French, ici évoqué par P. Messmer et M. Druon. Le champ d’exercice est pourtant plus large que celui l’Europe, puisque Hubert Védrine a pu raconter comment l’Afrique sub-saharienne a été le théâtre de visites conjuguées de deux ministres des Affaires étrangères auprès de gouvernements étonnés de ces retrouvailles et dont le résultat a été l’amélioration des situations locales. La guerre d’Irak a évidemment brisé l’espoir né d’une coopération militaire, telle qu’elle avait été esquissée à Saint-Malo. Mais il ne peut y avoir d’autre avenir pour une Europe-puissance, et d’autant que la relation France-Allemagne a maintenant été rétablie. Les sociétés sont, ici, en avance sur les gouvernements, puisque Eurostar, supermarchés, automobiles, vacances et même résidences secondaires ou principales font se mêler des populations selon des modes de vie et de consommation dont les Anglais se montrent plus friands que les Français.

Notes

[*]

Établies sous la responsabilité de Jean-Luc Parodi, assisté de Cécile Brouzeng et de Carole Vidal, avec, pour ce numéro, la collaboration de Alexandre Boza, Laurence Charlot, Nicole Racine et Odile Rudelle, auxquels la Revue adresse ses remerciements.

Plan de l'article

  1. Généralités, méthodologie
    1. HEURGON (Édith), LANDRIEU (Josée), coord. – Des « nous » et des « je » qui inventent la cité. Colloque de Cerisy « Prospective d’un siècle à l’autre » (IV). – La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2003 (L’aube). 24 cm, 316 p. ALLEMAND (Sylvain) – S’engager autrement. Lecture d’un colloque de Cerisy. – La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2003 (L’aube-Essai). 19 cm, 152 p.
    2. MERCKLÉ (Pierre) – Sociologie des réseaux sociaux. – Paris, La Découverte, 2004 (Repères). 18 cm, 121 p. Bibliogr. Index.
    3. NAMER (Gérard) – Le contretemps démocratique. – Paris, L’Harmattan, 2003. 248 p.
    4. SCHNAPPER (Dominique) – Au fur et à mesure. Chroniques 2001-2002. – Paris, Odile Jacob, 2003. 22 cm, 273 p.
    5. THUILLIER (Guy) – L’art de juger. – Paris, Economica, 2001. 75 p.
  2. Pensée politique
    1. ANTOINE (Agnès) – L’impensé de la démocratie. Tocqueville, la citoyenneté et la religion. – Paris, Fayard, 2003. 410 p. Bibliogr. Index.
    2. AUBERGER (Philippe) – La démocratie à l’épreuve des marchés. – Paris, Economica, 2003. 231 p. Notes bibliogr.
    3. BOYER (Robert) – Une théorie du capitalisme est-elle possible ? – Paris, Odile Jacob, 2004. 267 p. Bibliogr. Index.
    4. COLAS (Dominique) – Citoyenneté et nationalité. – Paris, Gallimard, 2004 (Folio-Histoire). 295 p. Notes bibliogr. Index.
    5. DUPIN (Éric) – L’hystérie identitaire. – Paris, Le Cherche Midi, 2004. 165 p. Notes bibliogr.
    6. FREUND (Julien) – L’essence du politique. – Paris, Dalloz, 2004. 24 cm, XII-867 p. Index.
    7. GÉLINAS (André) – L’intervention et le retrait de l’État. – Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2002. 427 p. Bibliogr.
    8. HARDT (Michael), NEGRI (Antonio) – Multitude. Guerre et démocratie à l’âge de l’Empire. – Paris, La Découverte, 2004. 22 cm, 407 p.
    9. PORRET (Michel) – Beccaria. Le droit de punir. – Paris, Michalon, 2003 (Le bien commun). 19 cm, 126 p. Bibliogr.
    10. ROMAN (Diane) – Le droit public face à la pauvreté. – Paris, LGDJ. 2002. 494 p. Notes bibliogr. Index.
    11. SALEILLES (Raymond) – De la personnalité juridique, 1910. Histoire et théories. Vingt-cinq leçons d’introduction. – Mémoire du Droit, réédition 2003. 673 p. Index.
    12. STIRN (Bernard) – Les libertés en question. – Paris, Montchrestien, 5e éd., 2004 (Clefs politique). 20 cm, 156 p.
    13. TROPER (Michel) – La théorie du droit, le droit, l’État. – Paris, PUF, 2001 (Léviathan). 24 cm, 334 p. Notes bibliogr. Index.
    14. VINCENT (Andrew) – Nationalism and Particularity. – Cambridge, Cambridge University Press, 2002. 23 cm, VII-292 p. Bibliogr. Index.
  3. Institutions politiques et administratives
    1. ABÉLÈS (Marc) – Un ethnologue à l’Assemblée. – Paris, Odile Jacob, 2001 (Poches Odile Jacob). 18 cm, 349 p.
    2. ARKWRIGHT (Edward), BARON (Franck), BŒUF (Jean-Luc), DELAMARRE (Manuel), LAZERGUES (Romaric) – Les institutions de la France. – Paris, La Documentation Française, 2004 (Découverte de la vie publique). 18 cm, 272 p.
    3. CHANTEBOUT (Bernard) – Brève histoire politique et institutionnelle de la Cinquième République. – Paris, Armand Colin, 2004. 236 p. Index.
    4. FATH (Sébastien) – Dieu bénisse l’Amérique. La religion de la Maison-Blanche. – Paris, Le Seuil, 2004. 21 cm, 287 p. Bibliogr. Index.
    5. GICQUEL (Jean) – Droit constitutionnel et institutions politiques. – Paris, Montchrestien, 19e éd., 2003 (Domat. Droit public). 22 cm, 754 p. Bibliogr. Index.
    6. MORABITO (Marcel) – Histoire constitutionnelle de la France (1789-1958). – Paris, Montchrestien, 8e éd., 2004 (Domat. Droit public). 22 cm, 428 p. Bibliogr. Index.
    7. ROGER (Antoine) – Fascistes, communistes et paysans. Sociologie des mobilisations identitaires roumaines (1921-1989). – Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2002 (Institut de sociologie. Sociologie politique). 22 cm, 285 p. Bibliogr.
    8. SAINT-BONNET (François), SASSIER (Yves) – Histoire des institutions avant 1789. – Paris, LGDJ/Montchrestien, 2004 (Domat. Public). 443 p. Bibliogr.
    9. SOMMACCO (Valérie) – Le droit d’amendement et le juge constitutionnel en France et en Italie. – Paris, LGDJ, 2002. 510 p. Notes bibliogr.
    10. ZARKA (Jean-Claude) – L’essentiel de l’histoire constitutionnelle et politique de la France (de 1789 à nos jours). – Paris, Gualino, 2e éd., 2004 (Les carrés). 103 p. Notes bibliogr.
  4. Forces et comportements politiques
    1. GALCERAN (Sébastien) – Les franc-maçonneries. – Paris, La Découverte, 2004 (Repères). 18 cm, 117 p. Bibliogr.
    2. MERCIER (Arnaud), dir. – « Télévision et politique » – Paris, La Documentation Française, Problèmes politiques et sociaux, 900, mai 2004.
    3. REY (Henri) – La gauche et les classes populaires. – Paris, La Découverte, 2004. 212 p.
    4. SERFATY (Viviane), dir. – L’Internet en politique des États-Unis à l’Europe. – Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2002 (Sociologie politique européenne. Actes). 24 cm, 423 p.
  5. Biographies et mémoires
    1. CAPITANT (René) – Écrits d’entre-deux-guerres (1928-1940). Textes réunis et présentés par Olivier Beaud, réalisés avec le concours de l’Institut Michel Villey et avec le soutien de la Fondation Charles de Gaulle. – Paris, Éditions Panthéon-Assas, 2004, 580 p.
    2. CLEMENCEAU (Georges) – Vers la Réparation. Préf. de Jean-Noël Jeanneney. Édition établie par Michel Drouin. – Paris, Mémoire du Livre, 2003. 762 p.
    3. FUMAROLI (Marc) – Chateaubriand, poésie et terreur. – Paris, Éditions de Fallois, 2003. 793 p.
    4. GARRIGUES (Jean) – Les grands discours de la Troisième République. 1. De Victor Hugo à Clemenceau. 2. De Clemenceau à Léon Blum. – Paris, Armand Colin/Assemblée nationale, 2004 (Collection d’histoire parlementaire). 24 cm, 217 et 152 p. Bibliogr.
    5. HACHEZ-LEROY (Florence), dir. – « Foccart entre France et Afrique », Cahiers du Centre de Recherches Historiques. – Paris, CRH, n° 30, octobre 2002.
    6. LE BÉGUEC (Gilles), MANIGAND (Christine), dir. – Henry, Robert et Bertrand de Jouvenel. Crise et métamorphoses de l’État démocratique (1900-1935). – Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2004. 24 cm, 172 p. Bibliogr. Index.
    7. ZAY (Jean) – Souvenirs et solitude. – La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2004. 385 p.
  6. Relations internationales
    1. ARNOVE (Anthony), dir. – L’Irak assiégé. – Paris, L’Aventurine, 2003. 248 p. Notes bibliogr.
    2. BALIBAR (Étienne) – L’Europe, l’Amérique, la guerre. Réflexion sur la médiation européenne. – Paris, La Découverte, 2003. 22 cm, 192 p.
    3. BARREA (Jean) – Théories des relations internationales. De l’« idéalisme » à la « grande stratégie ». – Namur, Érasme, 2002 (1re éd. : 1994). 24 cm, 327 p. Notes bibliogr.
    4. GARAPON (Antoine) – Des crimes qu’on ne peut ni punir, ni pardonner. Pour une justice internationale. – Paris, Odile Jacob, 2002. 348 p.
    5. HECKER (Marc) – La presse française et la première guerre du Golfe. – Paris, L’Harmattan, 2003. 164 p. Bibliogr.
    6. LAMY (Pascal) – La démocratie-monde. – Paris, Le Seuil, 2004 (La République des idées). 90 p.
    7. ROLLAND (Denis), coord. – Histoire culturelle des relations internationales. Carrefour méthodologique. – Paris, L’Harmattan, 2004 (Inter-National). 22 cm, 268 p.
    8. SPITAELS (Guy) – L’improbable équilibre. Géopolitique du désordre mondial. – Bruxelles, Éditions Luc Pire, 2003 (Voix politiques). 24 cm, 374 p.
  7. Études européennes, nationales et régionales
    1. CAO-HUY (Thuan), dir. – Études sur l’élargissement de l’Union européenne. – Paris, PUF, 2002. 239 p. Notes bibliogr.
    2. FÉVRIER (Jean-Marc), TERPAN (Fabien) – Les mots de l’Union européenne. – Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2004. 123 p.
    3. MICHEL (Patrick) – Europe centrale, la mélancolie du réel. – Paris, CERI/Autrement, 2004. 136 p. Notes bibliogr.
    4. NIES (Suzanne) – Les États baltes, une longue dissidence. – Paris, Armand Colin, 2004 (L’Histoire au présent). 21 cm, 210 p. Bibliogr.
    5. PALOMBARINI (Stefano) – La rupture du compromis social italien. Un essai de macroéconomie politique. – Paris, CNRS Éditions, 2001. 24 cm, 266 p. Bibliogr.
    6. PARMENTIER (Guillaume), dir. – Les États-Unis aujourd’hui. – Paris, Odile Jacob, 2004. 363 p. Index.
  8. Études historiques
    1. « Le réalisme socialiste en France » – Paris, CREDHESS, Sociétés et représentations, 15, décembre 2002.
    2. BÉDARIDA (François) – Histoire, critique et responsabilité. – Bruxelles, Complexe, 2003 (Théorie politique). 22 cm, 358 p. Bibliogr. Index.
    3. BENSA (Alban), FABRE (Daniel), dir. – Une histoire à soi. – Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2001 (Ethnologie de la France. 18). 23 cm, 298 p.
    4. BOURGUIGNAT (Nicolas), PELLISTRANDI (Benoît) – Le 19e siècle en Europe. – Paris, Armand Colin, 2003 (U). 24 cm, 317 p. Bibliogr. Index.
    5. BRASSEUL (Jacques) – Histoire des faits économiques de la Grande Guerre au 11 Septembre. – Paris, Armand Colin, 2003 (U). 24 cm, 303 p. Bibliogr. Index.
    6. CHASSAIGNE (Philippe) – La Grande-Bretagne et le monde de 1815 à nos jours. – Paris, Armand Colin, 2003 (U). 24 cm, 320 p. Bibliogr. Index.
    7. FLONNEAU (Jean-Marie) – Le Reich allemand. De Bismarck à Hitler (1848-1945). – Paris, Armand Colin, 2003 (U). 24 cm, 318 p. Bibliogr. Index.
    8. KANDEL (Liliane), dir. – Féminismes et Nazisme. – Paris, Odile Jacob, 2004. 304 p. Notes bibliogr.
    9. RÉMOND (René) – Notre siècle. – Paris, Fayard, 2004. Bibliogr. Index.
    10. SIRINELLI (Jean-François) – Les baby-boomers. Une génération (1945-1969). – Paris, Fayard, 2003. 24 cm, 325 p. Notes bibliogr. Index.
    11. STASSE (François) – L’héritage de Mendès France. – Paris, Le Seuil, 2004. 152 p. Bibliogr.
    12. VIOT (Jacques), RADICE (Gilles), dir. – L’Entente cordiale dans le siècle. Préf. Dominique de Villepin et Jack Straw. – Paris, Odile Jacob, 2004. 364 p.

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