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Revue d'histoire littéraire de la France

2001/4 (Vol. 101)


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Aucun des grands dictionnaires du français ne se fait faute d’accorder un article à mirliton et de signaler toute une variété de significations de ce mot — « flûte d’enfants », « pâtisserie d’entremets », « pièce de monnaie », « coiffure de gaze », « refrain populaire » — qui ne laisse pas d’étonner au premier coup d’œil. Au second cependant, on se rend compte que toutes ces acceptions ont une base sémantique commune, désignant des objets insignifiants ou de peu de valeur — si l’on veut, des bagatelles. Cette polysémie a été fort bien expliquée par Littré qui, présumant que le mot avait été utilisé à l’origine comme un refrain de chanson (il tomba presque juste), a écrit qu’il est un de ceux « qui ne signifient rien par eux-mêmes et dépendent du caprice du chanteur » [2][2] Littré, Dictionnaire de la langue française, 7 vol.,..., à quoi il faudra cependant ajouter, à la lumière de ce qui suit, « et de quiconque l’utilise ».

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Contrairement à l’enregistrement précis des acceptions, les indications des dictionnaires relatives à la première apparition de mirliton sont divergentes et quelque peu incertaines. Qu’ils la datent de 1738, de 1740 ou de 1752 [3][3] 1738 : A. Rey, Dictionnaire historique de la langue..., tous les lexicographes ont manqué le moment de la naissance du mot et la première phase de son histoire [4][4] Ce qui ne laisse pas de surprendre étant donné que..., sans doute la plus spectaculaire de par l’acception un peu spéciale, mais dominante, qu’il a prise à ce moment-là. Car c’est en 1723 qu’il est apparu et a connu une véritable vogue — assez brève, il est vrai — due à des circonstances historiques et socioculturelles particulières. Expliquer et retracer cette sorte d’éruption d’un mot qui fut d’un coup à la mode, serait impossible sans évoquer et — dans une certaine mesure — éclairer ces circonstances et dépasser par là considérablement le cadre d’une étude purement lexicographique.

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Un grand nombre de témoignages de l’époque permet de reconstruire l’apparition « en flambée » de mirliton avec une précision inattendue. Le plus important parmi eux est celui de la jeune Mme Du Deffand qui, dans ce que l’on pourrait appeler une « note historique » ajoutée à une lettre qu’elle a publiée sous le couvert de l’anonymat dans la Bibliothèque française d’Amsterdam, nous renseigne comme suit sur cette question :

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Les marchands du Palais ayant inventé au commencement de cet été une nouvelle espèce de coiffure de gaze, ils lui donnèrent le nom de mirliton, et ce mot servit dans la suite de refrain à une chanson du Pont-Neuf dont l’air devint bientôt fameux par les couplets qu’il produisit. Le Prévôt de Versailles, ennuyé de n’entendre que ce refrain, les défendit : mais cette défense ne fit qu’animer les Poètes, il en parut le lendemain contre lui et bientôt après contre les dames de la cour et enfin sur toutes sortes de sujets et de personnes [5][5] Marie marquise Du Deffand, « Première lettre sur Inès....

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Voilà donc que cette lettre, datée du 20 juillet 1723, nous informe aussi bien sur la première apparition du mot — apparemment fin avril / début mai — que sur sa première signification, celle d’un objet de mode inventé dans le commerce [6][6] Cette première acception donne lieu à des doutes quant... aussitôt pris comme cible de la verve satirique des chanteurs (nous dirions aujourd’hui chansonniers) parisiens qui le ridiculisaient comme une « ineptie » ou « niaiserie ». L’évolution ultérieure, telle que la suggère la lettre (« bientôt… enfin »), est cependant sujette à caution, car il semble bien que les Comédiens Italiens se soient emparés très rapidement du mirliton pour se gausser, une première fois, d’Inès de Castro de Houdar de La Motte [7][7] Pour un traitement détaillé des parodies d’Inès de... dont la société polie de la capitale ne se lassait alors de discuter les mérites ou les faiblesses, surtout le mariage clandestin d’Inès et de Pèdre, béni de deux enfants. Ils insérèrent donc, dans la « tragi-comédie » Parodie de Fuzelier (dont la première eut lieu le 23 mai), trois couplets peu flatteurs pour l’héroïne (et l’auteur) de la tragédie :

A Paris est une dame Dans le faubourg Saint-Germain;

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Pour elle on court, on s’enflamme, J’ai voulu la voir enfin :

J’ai vu mirliton, Mirliton, mirlitaine, J’ai vu mirliton, Don, don.

7

Cette dame est fine et sage,

Pour intéresser les gens

Et prouver son mariage,

Elle produit des enfants :

Et du mirliton [etc.]

Que cette aventure brille

Et qu’elle attendrit les cœurs !

On croit voir la famille

De Citron dans Les plaideurs.

Que de mirliton [etc.] [8][8] L. Fuzelier, « Parodie, tragi-comédie », Les parodies...

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Dans ces couplets, mirliton garde évidemment le sens de « niaiserie » que nous lui connaissons déjà. Lors de l’impression de leur théâtre, les Italiens ne manquèrent pas de réclamer leur « droit d’aînesse » quant à l’emploi en littérature de la chanson et du mot, ajoutant en note : « Ce sont là les premiers couplets qu’on ait fait[s] après la chanson du Pont-Neuf » [9][9] Ibid., t. II, p. 238.. Et cela n’est à coup sûr pas une vantardise, puisque Mathieu Marais, toujours sur le qui-vive quant aux nouvelles et potins qui couraient, a signalé le « nouveau vaudeville qu’on appelle le Mirliton » avec « des couplets [....] sur toute la Cour » le 15 juin 1723 seulement [10][10] Marais, op. cit., t. II, p. 466 ; E.-J.-F. Barbier,..., donc presque un mois plus tard. Cette promptitude des Italiens a donc assuré une certaine priorité à l’usage « littéraire » de mirliton; peu après, son emploi dans des sujets politiques et littéraires est allé de pair, comme le montre ladite notice de Marais du 15 juin où il parle de vaudevilles mirlitonesques (en en citant quelques-uns) appartenant à ces deux domaines.

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Cependant, dans ce qui suit, la face politico-satirique de l’utilisation du mot qui fut très éphémère sera traitée en premier lieu; dans le domaine de la langue et de la littérature, en revanche, le mirliton a laissé des traces qui dépassent largement l’année de sa naissance.

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Le mécontentement politique général pendant la dernière phase de la Régence, dû à la vie licencieuse de la Cour, à l’immoralité légendaire du Régent et à l’exercice du pouvoir par le cardinal Dubois, est un fait avéré de l’histoire de France. Cet état de l’esprit public est la raison majeure pour laquelle le nouveau vaudeville devint — sans doute vers fin mai / début juin — l’arme d’attaques satiriques contre un grand nombre de personnes haut placées. Il semble que « les princesses » (Marais) et « les dames de la cour » (Mme Du Deffand) aient été les premières à payer les frais de leurs excès sexuels (réels ou prétendus), ce dont témoigne La revue des mirlitons[11][11] Chansonnier historique, t. IV, p. 196-207. Tous les..., où dans 52 couplets une soixantaine de dames sont prises à partie : « le dieu de Cythère » les examine et prononce son jugement sur leurs mirlitons. C’est à partir de ces couplets — ou de quelques-uns qui peuvent les avoir précédés — que l’acception (aussi facétieuse que transparente) d’« organe sexuel féminin » devint courante et dominante. Elle fut utilisée pour taxer le Régent d’impuissance :

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Chère Sabran, pourquoi produire

Ta nièce Houel au Régent ?

Ne devais-tu pas l’instruire

Qu’il rate depuis longtemps

Tous les mirlitons ? [etc.] (208-209),

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la femme du chancelier Daguesseau (alors exilé à Fresne) de concupiscence adultérine (209) et enfin toute la « classe dirigeante » de vénalité récompensée par des plaisirs vénériens :

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Savez-vous ce qui décide

Des bureaux et des emplois,

Au Parlement, qui préside,

Et même au conseil des rois ?

C’est le mirliton [etc.] (236)

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Une fois mis en verve, les satiriques cependant ne s’arrêtèrent pas là, mais passèrent à des élargissements sémantiques du mot, en le faisant désigner aussi, mais un peu moins souvent, l’organe masculin correspondant, comme dans des couplets censés représenter « les remontrances de Messieurs du Parlement contre le clergé de France » où celui-ci est accusé de « friponne[r] notre argent » avec des femmes faciles, à quoi il faudrait remédier en lui « coup[ant] tous les mirlitons » (207-208); occasionnellement l’acte sexuel même pouvait être appelé ainsi, comme dans deux couplets contre la princesse de Conti, prétendument réduite à des pratiques masturbatoires et à qui Amour « charitablement [....] fit / Un grand mirliton » (197).

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Dans ces conditions, il n’y avait pas moyen que les deux protagonistes politiques du moment échappent aux couplets mirlitonesques : ceux-ci les visaient séparément ou conjointement. Dans le vaudeville suivant, confectionné vraisemblablement d’assez bonne heure (à preuve l’acception assez modérée d’« ineptie » ou « foutaise » que le mot a encore ici), Dubois est la cible principale, sans que le Régent y soit hors de cause (je cite seulement quelques couplets) :

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Si Caligula dans Rome Il fait deux mariages :

A fait consul son cheval, Voilà son grand coup d’État;

Le Régent tout ainsi comme Par lui d’autres pucelages

A fait Dubois cardinal : Se sont perdus sans éclat :

C’est du mirliton [etc.] C’est du mirliton [etc.]

Ce ministre est fort habile, Richelieu, sous Louis Treize,

Il fait tout, et ne fait rien; Fut l’âme de ses exploits ;

Son Éminence inutile Mais Dubois, par la fadaise,

Ne nous procure aucun bien Ira plus loin mille fois,

Que du mirliton [etc.] C’est du mirliton [etc.] (236-237)

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Ce qui cependant causa un déchaînement sans bornes, ce fut la mort de Dubois le 10 août, causée par une affection cancéreuse de la vessie et précédée par l’amputation — inopérante — de ses organes génitaux. Une combinaison de haine féroce et de joie maligne éclate dans les allusions à cette maladie et les « avis de décès » dont voici deux exemples :

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Un beau jour, La Peyronie, Rempli d’une sainte flamme

En sondant le cardinal, Le cardinal est parti ;

Lui dit : Seigneur, la vessie À Dieu il a rendu l’âme

Est toute pleine de mal À quatre heures après midi

Et le mirliton [etc.]. (210) Par son mirliton [etc.]. (244)

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Et le mirliton-épitaphe que l’on lui consacra n’était guère plus bénin :

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Ci-gît dessous cette tombe

Un ministre cardinal

Qui serait encore au monde

S’il n’avait point eu de mal

À son mirliton [etc.] (249).

21

Bien que conscient de ce que « le Français, né malin, forma le vaudeville », Boileau aurait-il songé que, deux générations plus tard, ce penchant serait poussé jusqu’à tel point ?

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Comparés à ces atrocités, les commentaires sur le décès du Régent (le 2 décembre) se présentent comme relativement modérés ; le plus remarquable d’entre eux, intitulé Le Régent aux enfers, montre encore en quelque sorte Orléans sous la tutelle de Dubois :

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Sans tambour et sans trompette Falaris, votre dernière,

Le Régent s’en est allé : Viendra dans notre couvent ;

Il a laissé sa lorgnette Qu’est-ce qu’elle pourra faire,

Au Parlement pour chercher Si vous êtes sans argent,

Les beaux mirlitons [etc.] De son mirliton ? [etc.]

Dubois gardé par Cerbère À l’égard de Parabère

Dit, en voyant le Régent : Dont vous n’étiez plus content,

Monsieur, que venez-vous faire ? Notre bon ami Cerbère

Le pays est sans argent Fera tout son passe-temps

Et sans mirlitons [etc.] De son mirliton [etc.] (272-273)

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Mais ces « éloges funèbres » des deux compères [12][12] Cités dans Pierre Barbier/France Vernillat, Histoire... ont en même temps sonné le glas du mirliton politico-satirique, exploité à satiété. C’est donc une exception si l’on trouve un spécimen postérieur, tel le couplet intitulé Sur la Reine (rapporté en juin 1725 par Mathieu Marais), où se font jour les doutes sur l’opportunité du mariage de Louis XV et de Marie Leszczynska, arrangé par le duc de Bourbon :

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Par l’avis de Son Altesse,

Louis fait un beau lien :

Il épouse une princesse

Qui ne lui apporte rien

Que son mirliton [etc.] [13][13] Marais, op. cit., t. III, p. 197 ; voir Barbier/Vernillat,...

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On conviendra que ce n’est qu’un prolongement bien atténué de la vague de compositions ordurières qui avait déferlé peu avant sur la cour et les dirigeants.

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Moins connu que ces « Fleurs de la Malignité » écloses sur le sol de l’histoire scandaleuse politique est le destin de mirliton dans le domaine littéraire après son premier emploi dans Parodie, mentionné au début. Le premier vaudeville du genre érotique rapporté par Marais à la mi-juin de 1723 est un Jugement de Pâris fait par « un poète » — qui n’était autre qu’Alexis Piron [14][14] Ces vers figurent dans ses Œuvres complètes illustrées,... — et dont il cite plusieurs couplets qui en démontrent le caractère « fort impertinent et licencieux » [15][15] Marais, op. cit., t. II, p. 466. Les mots malsonnants.... L’échantillon suivant lui donne pleinement raison :

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Le berger aux trois déesses

Fit ôter les cotillons ;

Il vit trois paires de f….

Et trois paires de t….

Et trois mirlitons [etc.]

D’une pareille corvée

Pâris ne s’épouvanta pas,

Mais il était tête levée

Et tour à tour feuilleta

Chaque mirliton [etc.]

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Peu après ce beau début les mirlitons mythologiques, semble-t-il, commencèrent à pulluler. Deux séries sur Les exploits de Jupiter nous sont parvenues, dont l’une traite en 14 couplets son aventure avec Alcmène (188-191) dans laquelle il prit à tous égards la semblance exacte d’Amphitryon, sauf que « le drôle avait, dit-on, / Meilleur mirliton » (str. 5) [16][16] Ces mirlitons se trouvent également, sous le titre..., l’autre passe en revue ses ébats avec Mnémosyne, Europe, Léda et Danaé (191-93). Deux autres séries, au titre commun d’Éloge des mirlitons (183-88), rassemblent sous ce dénominateur thématique des exemples plus hétérogènes, mais commencent également par des couplets sur la conquête des femmes troyennes par les héros homériques, sur Hercule chez Omphale, sur le jugement de Pâris (encore !), sur Antoine et Cléopâtre ou Énée et Didon, pour passer ensuite à des conseils « charitables » et d’actualité donnés à des aspirants dans le domaine de la finance et à des abbés de se mettre « en crédit / Près des mirlitons » (185-186). Également teintée d’actualité est une dernière série qui conseille aux « beautés surannées » fortunées de se montrer libérales afin de « trouver des mignons / Pour vos mirlitons », suggestion suivie des noms de certains messieurs impécuniaires et sensibles à de telles avances (211). Pour compléter le tableau, il faut encore mentionner quelques compositions qui ne manquent pas d’antécédents dans la poésie badine : l’une d’elles met en scène deux jeunes rustres, Lisette et Colin, qui se mettent d’accord sur la meilleure façon de passer agréablement la vie qui est de « donn[er] le jour à la pinte » et la nuit, « [au] mirliton » (177-179) — on ne peut s’empêcher de penser à certaines « folastries » de Ronsard; une autre met en scène un jeune homme qui implore l’aide de la Muse, parce qu’ « Iris veut que je lui fasse / Quatre couplets de chanson / Sur son mirliton » — situation non sans quelque analogie avec celle de Vincent Voiture qu’« Isabeau / [....] a conjuré de lui faire un rondeau », mais qui n’embarrasse pas le moins du monde notre jeune rimeur : il promet allégrement à la belle d’« en fai[re] mille, / Quand il s’agit de chanter / Votre mirliton » (180-181).

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Malgré le caractère purement facétieux de ces dernières pièces, rejetons d’une gauloiserie bien traditionnelle, il est évident que la large majorité de ces productions, en premier lieu les couplets politico-satiriques, ne pouvait circuler qu’oralement [17][17] Leur vol rapide de bouche en bouche est d’ailleurs... ou tout au plus manuscrite et que pour le reste, de par la fixation de mirliton sur ses acceptions sexuelles, son emploi « public », dans le domaine de l’impression et du théâtre, était tout aussi difficile, sinon franchement impossible. Cette dernière assertion est démontrée par les vicissitudes des deux parodies « intégrales » d’Inès de Castro, à savoir la célèbre Agnès de Chaillot et une Inez de Castro due à Mme Du Deffand, qui ont été affectées par ce fait à des degrés différents.

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Agnès de Chaillot, jouée à partir du 24 juillet à la Foire Saint-Laurent, se termine par un vaudeville caricaturant à nouveau les absurdités de la tragédie, si bien que mirliton dans son acception d’« ineptie » aurait parfaitement convenu comme mot du refrain. Les Italiens cependant n’eurent garde de s’en servir : ils donnèrent aux couplets une forme prosodique différente et les chantèrent sur un autre air dont le refrain — « J’en dis du mirlirot » — signifiait la même chose [18][18] Philibert-Joseph Le Roux, Dictionnaire comique, satirique,..., mais comportait en plus une allusion au mot suspect, sans les exposer à d’éventuelles incriminations [19][19] Cela est peut-être un motif supplémentaire pour leur....

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Inez de Castro, pour sa part, remplit presque entièrement la lettre de la marquise à la Bibliothèque française. C’est peut-être la pièce la plus remarquable de toute la production mirlitonesque, un tour de force où la tragédie de La Motte est effectivement singée en 49 couplets répartis en trois actes [20][20] Elle a été republiée par P.-A. de La Place au tome.... Pas bégueule, la jeune Du Deffand n’a pas hésité à réduire les beaux sentiments poussés par Don Pèdre, Inès et Constance à une question d’attraction ou de répugnance de mirlitons. Il suffira de citer la scène du combat de générosité entre Inès et Constance chez La Motte (III, 5), raccourcie en deux couplets, pour en montrer l’esprit :

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L’Infante : Si votre amour vous éclaire,

Enseignez-moi le moyen

De tirer l’Infant de l’affaire,

Car c’est notre commun bien

Que son mirliton [etc.]

Inez : Obtenez du Roi, Madame,

Que je le voie un instant,

Je servirai votre flamme

Et peut-être en même temps

Votre mirliton [etc.] [21][21] Du Deffand, op. cit., p. 273.

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Cette parodie, composée sans doute dans la deuxième moitié de juin (Marais en parle le 2 juillet) [22][22] Marais, op. cit., t. II, p. 474., est en effet la raison d’être de la lettre. La marquise dit expressément au début qu’il lui importe de ne pas voir son ouvrage subir le sort ordinaire des « petites pièces de vers » que tout le monde « [sait] par cœur dans le temps qu’ils ont encore les agréments de la nouveauté », mais que, quelque temps après, « on ne peut plus [....] recouvrer », sort d’autant plus à craindre pour sa parodie qu’une partie du succès de celle-ci est due « à l’air [de mirliton] auquel elle a été composée », donc à un vaudeville forcément éphémère. Et elle poursuit ainsi :

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L’auteur [....] la fit chanter à la fin d’une pièce intitulée Parodie et qui a attiré la foule chez les Italiens. Mais il n’y a pas apparence que cette petite comédie s’imprime ou du moins on ne doit pas espérer de privilège pour les mirlitons qui en font la conclusion [23][23] Du Deffand, op. cit., p. 262..

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Ce passage est doublement précieux : d’une part, il renseigne sur un incident apparemment non encore enregistré de la (petite) histoire du théâtre français, sans doute parce qu’il semble s’agir d’une représentation de Parodie dans quelque salon et non à la Comédie Italienne, chose difficilement concevable ; d’autre part, il atteste la conviction de la marquise qu’une publication régulière de sa pièce était absolument exclue, à un moment où les mirlitons faisaient rage et étaient fort mal vus par les autorités pour des raisons politiques et morales très évidentes.

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S’adresser à un périodique publié à l’étranger, mais très lu à Paris (où il avait tout l’attrait du fruit défendu) était donc l’expédient que trouva la Du Deffand pour transmettre à la postérité son curieux opuscule et les informations qui l’accompagnaient. Par le fait de la publication du deuxième numéro du tome II de la Bibliothèque française vers la fin de 1723, Inez de Castro est probablement la dernière composition littéraire en mirlitons qui a vu le jour cette année-là.

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Il semble que la production fiévreuse de mirlitons, tant satiriques que grivois, fût épuisée, le nouvel an venu. Pas tout à fait cependant, car le Théâtre de la Foire, toujours à l’affût de l’actualité, s’était emparé, lui aussi, du mot et du vaudeville dès l’année de leur naissance, pour les exploiter dans toutes les règles de son art pendant une douzaine d’années. Le pionnier (si l’on peut dire) de cette activité, c’était encore Piron qui précisément en 1723 fit jouer un opéra-comique aujourd’hui disparu dont le titre — Le mot universel ou le mirliton — reflète la polysémie si caractéristique du mot [24][24] Première : Foire St. Laurent, 27 août. Toutes les dates...; l’année suivante, il en créa un autre, Le caprice, où apparaissent les deux acceptions les plus marquantes, c’est-à-dire les « coiffures en mirliton », brièvement mentionnées, et l’expression « J’ai du mirliton » dont se sert la Folie pour révéler sa libido irrépressible qui ne la fait consentir au mariage avec le Caprice qu’à condition d’une liberté sexuelle illimitée [25][25] Éd. Dufay, t. IV, p. 243 et 287 (première : Foire St.....

39

L’année 1725 marque un premier point culminant de l’emploi de mirliton à la Foire. On y mit en scène, d’une part, un « prologue » intitulé L’enchanteur Mirliton, qui montre deux acteurs de l’Opéra-Comique cherchant du secours pour leur institution (qui est « sur les dents ») auprès de cet « enchanteur galant ». Celui-ci les satisfait en déléguant Coupletgor, le « démon des couplets », pour leur procurer « des pièces en vaudevilles » propres à relever leur entreprise. Mais ce qui, dans le titre, ne semble être qu’allégorie pure, est concrétisé dès la première scène par le rappel du fameux couplet, lorsque Mezzetin demande à Olivette le nom de l’enchanteur :

40

Olivette : Mirliton.

La rive de la Seine

Retentit de son nom.

Mezzetin (étonné) : Mirliton !

Quoi ! c’est Mirliton,

Mirliton, dondaine…

Olivette : Oui, c’est Mirliton,

Mirliton, don don.

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Et le schéma de son refrain réapparaît de façon très précise lorsque l’enchanteur leur apprend que Coupletgor se tient

42

Près de Mirliton

Mirliton, Mirlitaine,

Près de Mirliton,

Don, don [26][26] Lesage/Fuzelier/d’Orneval, L’Enchanteur Mirliton, Théâtre....

43

D’autre part, Piron lança Les chimères et ne se borna ni à une nouvelle allusion au mirliton-coiffe [27][27] Pour le trait final de son conte Le mirliton (non datable ;... ni à une énumération de vaudevilles piquants où le mirliton figure à côté du flon flon et du zon zon, mais y inséra encore deux passages plus osés : l’un affirme que pour les femmes peu fortunées, mais avides de leurs aises, le mirliton est « la dernière ressource / En ce siècle corrompu », l’autre se réfère sans ambages aux mirlitons contre les dames de la cour : une marquise chimérique se sent offensée de ce que les rimeurs lui « manquent de respect » en n’en faisant aucun sur elle, malgré ses prouesses dans le domaine érotique [28][28] Éd. Dufay, t. V, p. 257,260,335-336 et 315-316, respectivement.....

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Les années suivantes apportent des plaisanteries moins hardies. Telle est la mention du vaudeville dans une pièce « de combat » des Forains dirigée en 1726 contre leurs rivaux du Théâtre Français et intitulée Les comédiens corsaires, où ils prêtent à l’acteur Legrand (déguisé en « Desbroutilles ») une tirade dans laquelle il sévit contre « les couplets » de la manière suivante :

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Depuis qu’aux Tabarins les Foires sont ouvertes,

Nous voyons le Préau s’enrichir de nos pertes ;

Et là, les spectateurs, de couplets altérés,

Gobent les Mirlitons qui les ont attirés.

Ils y courent en foule entendre des sornettes.

Nous, pendant ce temps-là, nous grossissons nos dettes [29][29] Théâtre de la Foire, t. VI, p. 244 (la tirade parodie....

46

La même année, dans Crédit est mort, Piron tire des effets comiques d’une prétendue réforme morale des Forains : une actrice se montre choquée de ce que le « poète chansonnier » Oreguingué offre à la troupe comme « du nouveau » rien que « des refrains [qui] alarment / La pudeur un peu fortement » — des zons zons, des flons flons, des ricandons — et ne veut surtout pas entendre parler de « mirliton, ni point de mirlitaine » [30][30] Éd. Dufay, t. VI, p. 368-371..

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En réalité cependant, les Forains continuaient à s’en trouver fort bien, comme il ressort de deux opéras-comiques de Carolet montés en 1732 qui peuvent passer pour un deuxième point culminant dans la carrière du couplet. Dans le premier, Les petites maisons, qui est peuplé de fous et de folles, les fanfaronnades d’« Une folle poète » que « tient la fièvre des vers » rappellent le rapport assez étroit entre grivoiserie et mirliton, puisqu’elle dit que

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Mes couplets et mon style

Ont le tour polisson,

J’aime le vaudeville,

Surtout le mirliton ;

Et flon flon flon [etc.] [31][31] Théâtre de la Foire, t. IX, p. 478.

49

Et ce rapport est exprimé plus clairement encore dans La mère jalouse, où Pierrot vise la matrone nommée dans le titre en lui appliquant, chanté sur l’air « J’ai le mirliton », le couplet que voici :

50

Bon, l’amour est une rage

Dans une vieille guenon;

Notre veuve est pourtant d’âge

À renoncer au flon flon

Comme au mirliton [etc.] [32][32] Ibid., p. 128.

51

Évidemment mirliton a ici le sens par trop connu, « flon flon » désignant probablement toutes les formes de la coquetterie féminine.

52

Le reste des attestations du mot dans ce théâtre — trois couplets, disséminés en autant de pièces, qui tous accentuent l’importance des vaudevilles (dont le mirliton) pour l’attrait des pièces du théâtre forain [33][33] Le premier dans Achmet et Almanzine (1828) de Lesage/Fuzelier/d’Orneval... — ne vaudrait pas l’honneur d’être nommé, s’il n’apportait une dernière confirmation de la justesse du jugement de Sedaine à cet égard, prononcé en 1756 dans son « poème didactique en quatre chants », intitulé Le vaudeville :

53

Les Triolets, les Rondeaux, les Brunettes,

La Ronde alerte, et les tendres Musettes,

Les Lanturlu, les Lon-la, les Flon-flons,

D’autres encore, jusques au Mirliton,

Ont par leur sel et leur tour ironique

Donné naissance à l’Opéra-Comique [34][34] Cité dans Robert M. Isherwood, Farce and Fantasy. Popular....

54

L’accent négatif mis sur le mirliton montre clairement que Sedaine était « au courant » et le classait comme le moins relevé des vaudevilles égrillards. Du reste, son poème a l’air d’un adieu, sinon à ce genre entier, du moins au mirliton qui avait perdu sa fleur de nouveauté et n’était plus de saison à l’Opéra-Comique en voie de transformation.

55

Le souvenir du couplet et de son acception érotique principale ne se perdit pas pour autant dans l’usage oral. Ce qui prouve cette assertion, c’est un mirliton de 1767 aux dépens de Marmontel qui, au dire de Bachaumont, se serait montré fort entreprenant avec une jeune fille, au grand déplaisir de celle-ci. Sur cet épisode fut fait le couplet suivant :

56

Marmontel, pour plaire aux dames,

Il vous faut chauffer les mains.

Comment croire à votre flamme,

Si vous leur glacez les seins

Et le mirliton [etc.] [35][35] Cité dans Guy Breton, La chanson satirique de Charlemagne...

57

Et que ce sens piquant ait survécu plus longtemps encore, jusqu’au XIXe siècle au moins, nous en trouvons la preuve chez un des pères de la lexicographie française moderne, c’est-à-dire chez Pierre Larousse en personne. Celui-ci, en plus de son érudition, semble n’avoir pas été dépourvu du sens de l’humour, puisque dans l’article Mirliton de son grand dictionnaire il intégra, sous la rubrique « Modes », l’anecdote suivante qui peut se passer de tout commentaire et servira ainsi de point final à la présente étude :

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Un curé de village, scandalisé de la chanson du Mirliton, s’éleva fortement dans un prône contre ceux qui la chantaient. Le lendemain, une de ses paroissiennes lui demanda pourquoi le Mirliton avait si fortement allumé son zèle. « Ce n’est, lui dit-elle, autre chose que la gaze que je porte sur la tête ». — « Ma foi, dit le curé, je n’en savais rien; dimanche prochain, je réparerai cela ». En effet, au prône suivant, il dit à ses paroissiens : « Mes frères, je vous ai beaucoup gourmandé, dimanche dernier, sur le Mirliton; mais depuis que j’ai vu celui de Mlle Javotte, j’ai trouvé que c’était si peu de chose qu’en vérité il ne valait pas la peine d’en parler » [36][36] Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe....

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Reste seulement à espérer que les lexicographes de notre temps imiteront un jour leur illustre ancêtre en consignant dans leurs ouvrages cette facette sémantique de mirliton, si authentiquement « gauloise ».

Notes

[*]

Université Technique de Braunschweig.

[1]

Allusion au titre de L’enchanteur Mirliton de Lesage/Fuzelier/d’Orneval, mentionné plus loin.

[2]

Littré, Dictionnaire de la langue française, 7 vol., Gallimard/Hachette 1958 (s. v. mirliton).

[3]

1738 : A. Rey, Dictionnaire historique de la langue française, 2 vol., Dictionnaires le Robert 1992 ; 1740 : Littré, op. cit.; Le trésor de la langue française, 16 vol., Gallimard, 1971-1994 (là, l’indication « 1745 sorte de flûte ; d’où 1829 refrain populaire » renverse la chronologie) ; 1752 : Grand Larousse de la langue française, 6 vol., Larousse 1971-1978 ; Le Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, 2e éd., 9 vol., Le Robert, 1985.

[4]

Ce qui ne laisse pas de surprendre étant donné que la grande majorité des textes qui le documentent est accessible depuis plus de cent ans, avant tout dans Mathieu Marais, Journal et mémoires (1715-1737), p. p. M. Fr. A. de Lescure, 4 vol., Firmin-Didot 1863-1368, et le Chansonnier historique du XVIIIe siècle [« Chansonnier Clairambault-Maurepas »], p. p. E. Raunié, 10 vol., Quantin 1879-1884.

[5]

Marie marquise Du Deffand, « Première lettre sur Inès de Castro, tragédie nouvelle de M. de La Motte », Bibliothèque Française ou Histoire littéraire de la France, t. II (1723), p. 260-277 (citation : p. 261).

[6]

Cette première acception donne lieu à des doutes quant au « vide » sémantique initial du mot. Celui-ci ne serait-il pas plutôt une sorte de dérivation de « mir(e)lifique » (adj. et n.), variante de « mirifique » attestée aux XVIe et XVIIe siècles et probablement toujours vivante à l’époque dans l’usage oral populaire ? La création d’un terme publicitaire évoquant des associations alléchantes pour la clientèle est un procédé mis en œuvre bien avant notre siècle. — Cette origine faciliterait d’ailleurs l’éclosion de l’acception érotique dont il sera question plus loin.

[7]

Pour un traitement détaillé des parodies d’Inès de Castro, voir H. Mattauch, « Inès - Agnès - Inesilla. Les parodies françaises et espagnoles d’Inès de Castro », Parodie et série (Actes du Colloque International tenu en Sorbonne, novembre 1998) (en cours de publication).

[8]

L. Fuzelier, « Parodie, tragi-comédie », Les parodies du Nouveau Théâtre Italien, 4 vol., Briasson 1738, t. II, p. 238-239. L’allusion à la comédie racinienne se réfère à la scène 3 de l’acte III.

[9]

Ibid., t. II, p. 238.

[10]

Marais, op. cit., t. II, p. 466 ; E.-J.-F. Barbier, Chronique de la Régence et du règne de Louis XV, p. p. A. de La Villegille, 4 vol., Renouart, 1847, en parle également dans la seconde moitié de ce mois (t. I, p. 181).

[11]

Chansonnier historique, t. IV, p. 196-207. Tous les mirlitons rassemblés dans cet ouvrage se trouvant au tome IV, les renvois se feront ci-après par simple indication de la page (ou des pages) immédiatement après les mentions ou citations dans notre texte.

[12]

Cités dans Pierre Barbier/France Vernillat, Histoire de France par les chansons, t. III : Du Jansénisme au Siècle des Lumières, 9e éd., Gallimard 1957, p. 88-89 (avec inversion des deux premiers couplets).

[13]

Marais, op. cit., t. III, p. 197 ; voir Barbier/Vernillat, op. cit., p. 93-94.

[14]

Ces vers figurent dans ses Œuvres complètes illustrées, p. p. P. Dufay, 10 vol., Guillot 1928-1931, t. X, p. 230-232 [ci-après : éd. Dufay]. La version qu’en donne le Chansonnier historique (193-195) en diffère en plusieurs endroits, notamment par l’ajout de deux couplets finals où apparaît Hélène, le « mirliton » promis par Vénus. Je suis reconnaissant à Dominique Quéro de m’avoir mis sur la piste de Piron en me signalant la majorité des citations suivantes de cet auteur.

[15]

Marais, op. cit., t. II, p. 466. Les mots malsonnants représentés par des points de suspension figurent en toutes lettres dans le Chansonnier historique.

[16]

Ces mirlitons se trouvent également, sous le titre de Parodie d’Amphitryon, aux ff. 301-306 d’un Recueil de parades non coté du fonds Rondel de la Bibliothèque de l’Arsenal (renseignement aimable de Dominique Quéro).

[17]

Leur vol rapide de bouche en bouche est d’ailleurs confirmé par la remarque (ironique) d’un personnage du Temple de Mémoire (1725) de Lesage/Fuzelier/d’Orneval (Théâtre de la Foire ou l’opéra-comique, 15 vol., Ganeau, 1721-1737, t. VI, p. 19-69) au jeune auteur d’une pièce à succès : « On ignorait votre nom, / Il court à présent la ville ; [....] / Il court comme un mirliton » (p. 57).

[18]

Philibert-Joseph Le Roux, Dictionnaire comique, satirique, critique, burlesque, libre et proverbial, nouv. éd., 2 vol., Lyon, Beringos, 1752, glose la tournure par « Je ne m’en soucie point, Je m’en moque » et la caractérise comme « une façon de parler [....] du petit peuple de Paris » (t. II, p. 73). On la retrouve dans le vaudeville final de L’Endriague (1723) de Piron (Éd. Dufay, t. IV, p. 148-149).

[19]

Cela est peut-être un motif supplémentaire pour leur note relative à l’emploi de mirliton dans Parodie, mentionnée ci-dessus.

[20]

Elle a été republiée par P.-A. de La Place au tome II des Pièces intéressantes et peu connues pour servir à l’Histoire, 8 vol., Bruxelles 1781-1790 ; le premier acte est reproduit dans la Correspondance complète de Madame Du Deffand, p. p. M. de Lescure, 2 vol., Plon, 1865, t. II, p. 731-33.

[21]

Du Deffand, op. cit., p. 273.

[22]

Marais, op. cit., t. II, p. 474.

[23]

Du Deffand, op. cit., p. 262.

[24]

Première : Foire St. Laurent, 27 août. Toutes les dates relatives aux opéras-comiques de Piron sont données par Pascale Verèb, Alexis Piron poète (1689-1773), ou la difficile condition d’auteur sous Louis XV, Oxford, Voltaire Foundation 1997 (SVEC, 349), p. 637-638.

[25]

Éd. Dufay, t. IV, p. 243 et 287 (première : Foire St. Laurent, 16 août). La pièce figure sous le titre de Le mariage du Caprice et de la Folie au tome VIII du Théâtre de la Foire.

[26]

Lesage/Fuzelier/d’Orneval, L’Enchanteur Mirliton, Théâtre de la Foire, t. VI, p. 4 et 10. En didascalie : « On entend jouer, par un violon [....], dans le goût des chanteurs du Pont-Neuf, l’air courant » (p. 10).

[27]

Pour le trait final de son conte Le mirliton (non datable ; Éd. Dufay, t. X, p. 226-227), Piron s’est servi d’une autre « niaiserie » vestimentaire, des jupes à panier, en faisant dire à un capucin naïf tempêtant contre ce « vain luxe » : « Vos mirlitons, Mesdames, à présent / Sont grands trois fois plus qu’ils ne devraient l’être ».

[28]

Éd. Dufay, t. V, p. 257,260,335-336 et 315-316, respectivement. Sauf le deuxième, ces passages se présentent sous la forme de couplets mirlitonesques.

[29]

Théâtre de la Foire, t. VI, p. 244 (la tirade parodie celle de Mithridate, III, 1). Pour plus de détails sur cette pièce de Lesage/Fuzelier/d’Orneval, voir Henri Lagrave, Le théâtre et le public à Paris, de 1715 à 1750, Klincksieck, 1972, p. 406-408.

[30]

Éd. Dufay, t. VI, p. 368-371.

[31]

Théâtre de la Foire, t. IX, p. 478.

[32]

Ibid., p. 128.

[33]

Le premier dans Achmet et Almanzine (1828) de Lesage/Fuzelier/d’Orneval (ibid., t. VI, p. 398-399), le second dans Les audiences de Thalie (1734), de Carolet (ibid., t. IX, p. 396), le dernier dans La Rose (1744) de Piron (Éd. Dufay, t. V, p. 53).

[34]

Cité dans Robert M. Isherwood, Farce and Fantasy. Popular Entertainment in Eighteenth Century Paris, New York/Oxford UP, 1986, p. 64-65.

[35]

Cité dans Guy Breton, La chanson satirique de Charlemagne à De Gaulle, Perrin 1967, t. I, p. 377.

[36]

Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, 16 vol., Paris, Administration du « Grand Dictionnaire Universel », 1866-1878. Son contemporain Maurice La Châtre, dans son Nouveau dictionnaire universel, 2 vol., Paris, Docks de la librairie, 1865/70 (réimpression : 1881), se borna à remarquer pudiquement que « ce mot a pris un sens obscène dans certaines chansons ».

Résumé

Français

Mirliton, mot créé en 1723 par les marchands de mode parisiens, connut tout de suite un succès foudroyant. Les chanteurs du Pont-Neuf l’utilisèrent dans des couplets, raillant d’abord la coiffure de gaze pour femmes comme une « ineptie », attaquant ensuite la vie libertine des dames de la cour ainsi que les dirigeants politiques. Dans ce dernier type de couplets comme aussi dans un flot de poésies grivoises, dont quelques parodies d’Inès de Castro de La Motte, le mot servit généralement de pseudo-euphémisme pour l’organe génital, surtout féminin. Les auteurs du Théâtre de la Foire, A. Piron en tête, l’exploitèrent également, pendant plus d’une décennie, assurant ainsi aux couplets mirlitonesques une actualité prolongée. Quelques témoignages postérieurs démontrent que l’acception badine avait encore cours au XIXe siècle.

Pour citer cet article

Mattauch Hans, « Le Mirliton enchanteur. Historique d'un mot à la mode en 1723 », Revue d'histoire littéraire de la France, 4/2001 (Vol. 101), p. 1255-1267.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-litteraire-de-la-france-2001-4-page-1255.htm
DOI : 10.3917/rhlf.014.1255


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