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Revue d’histoire moderne et contemporaine

2002/4 (no49-4)

  • Pages : 224
  • ISBN : 9782701131092
  • DOI : 10.3917/rhmc.494.0071
  • Éditeur : Belin

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Les territoires français situés dans le Pacifique sont généralement négligés par l’historiographie. Pourtant, pendant la Seconde Guerre mondiale notamment, ils ont pris une valeur stratégique et politique. Les Nouvelles-Hébrides, la Nouvelle-Calédonie et dans une moindre mesure les Établissements français de l’Océanie (appelés ensuite Polynésie française) ont été d’abord des digues protégeant Australie et Nouvelle-Zélande de l’offensive japonaise, et ensuite des bases de reconquête du Pacifique par les Américains [1][1] En Nouvelle-Calédonie, les Américains ont eu jusqu’à.... Certes, ces îles ne sont pas les seules à avoir intéressé les Américains, mais leurs relations traditionnelles avec le Commonwealth y ont facilité leur installation, par exemple aux îles Fidji. Ainsi, dès la fin du mois d’août 1941, soit bien avant Pearl Harbour, les Américains demandent à utiliser « une chaîne de terrains d’atterrissage pour bombardiers lourds entre Honolulu et la Nouvelle-Zélande » [2][2] MAE, GU 39-45, Londres, Vol. 74, Bora Bora.. C’est grâce à cela que les pays anglo-saxons finissent par reconnaître l’autorité de la France libre sur les colonies du Pacifique [3][3] Cet aspect des relations difficiles entre de Gaulle.... De Gaulle emporte donc une victoire sur Vichy, mais une victoire insuffisante [4][4] Certes, pour autant, les relations entre de Gaulle.... C’est à propos des événements de Nouvelle-Calédonie, lorsque la rivalité s’exacerbe avec les Américains, que le Général révèle sa vision de l’avenir de la France dans ces circonstances difficiles [5][5] Très déçu de l’attitude des Américains, après d’autres....

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Il ne faut pas négliger non plus, ni le rôle joué par les quelques centaines de volontaires qui participent aux combats de Bir-Hakeim, d’El Alamein, de la campagne d’Italie, de la libération de Toulon, ni l’engagement dans d’autres unités combattantes de Tahitiens et de Calédoniens [6][6] Trois cents Tahitiens de diverses origines se sont.... S’ils n’ont pas changé le cours de la guerre, leurs faits d’armes sont hautement symboliques. Pourtant, lorsque sont évoqués les événements (les ralliements de 1940, la participation à la guerre), les enjeux stratégiques et politiques occultent les populations, leurs sentiments et leurs motivations. Ainsi, le général de Gaulle a plutôt entretenu la légende de ralliements patriotiques, d’attachement à sa personne, sans chercher à mesurer les conditions dans lesquelles ces ralliements s’étaient effectués. D’après ses Mémoires de guerre, – dans lesquels, il est vrai, il ne leur consacre que quelques lignes – il les avait accueillis comme de « bonnes nouvelles ». Il parle même de « l’appui enthousiaste de la population » de Nouvelle-Calédonie. Le 27 septembre 1940, il fait parvenir un message dans lequel il « remarque avec plaisir que les possessions françaises du Pacifique ont le plus grand désir de maintenir la tradition d’honneur et de courage du fameux Bataillon du Pacifique qui se distingua sur le front français au cours de la Grande Guerre de 1914-1918 » [7][7] Message transmis par l’intermédiaire du Consul anglais....

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Lors de son voyage dans le Pacifique, en 1956, il entretient encore la légende par des paroles fortes. À Papeete, le 30 août 1956, il proclame :

« Tahiti, quand la France roulait à l’abîme, Tahiti n’a pas cessé de croire en elle. Vous étiez dans cet océan aux antipodes de moi-même qui me trouvais comme un naufragé du désastre sur le rivage de l’Angleterre et en même temps, vous tous et moi, nous avons pensé et nous avons voulu la même chose… »

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À Nouméa, le 11 septembre 1956, tout en laissant entendre qu’il se souvient des problèmes nés de la présence de Thierry d’Argenlieu [8][8] Les rapports entre Thierry d’Argenlieu et une large..., il magnifie le ralliement, « un grand geste de la France ».

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Si on excepte Wallis et Futuna où la mission catholique s’est déclarée en faveur de Pétain [9][9] À Wallis et Futuna, Monseigneur Poncet s’est montré... et a maintenu les îles dans un isolement presque total jusqu’en 1942, les autres colonies se rallient assez vite à de Gaulle. Aux Nouvelles-Hébrides, le commissaire-résident Henri Sautot dénonce, dès le 25 juin, « la trahison du gouvernement du maréchal Pétain » [10][10] Le Néo-Hébridais, n° 268, août 1940 (collection pr.... Il réunit les colons, le 20 juillet 1940 et, ensemble, ils décident le ralliement [11][11] René CASSIN écrit : « j’avais eu la joie d’ouvrir le.... Ainsi, les Nouvelles-Hébrides sont la première colonie à rejoindre de Gaulle qui, malgré les évolutions du personnage, garde envers Sautot une vive reconnaissance [12][12] Henri Sautot ( 1885-1963) a occupé avant la guerre.... En Nouvelle-Calédonie, deux mouvements d’abord distincts – celui dit du « Manifeste à la population » et l’ensemble des « comités de Gaulle » – se réunissent et permettent le succès du ralliement, malgré les résistances du gouverneur et d’une partie de l’armée. Sur ordre de De Gaulle, Henri Sautot débarque en Nouvelle-Calédonie le 19 septembre, à bord d’un bâtiment de guerre australien. Il est accueilli par une manifestation populaire de soutien.

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Le gouverneur vychiste est arrêté et Henri Sautot prend « possession du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ». Entre-temps, dans les Établissements français de l’Océanie, un « comité de la France libre » se constitue le 27 août, rassemblant des personnalités locales et quelques fonctionnaires expatriés, dont le médecin militaire de Curton. Devant les hésitations du gouverneur Chastenet de Géry, le groupe favorable à de Gaulle réussit à organiser un référendum, le 2 septembre. La quasi-unanimité des votants se prononçant pour le ralliement et la foule se pressant devant la résidence du gouverneur, ce dernier s’incline « devant la force » et un gouvernement provisoire avertit le Général de la nouvelle situation. « À Tahiti, écrit de Curton que de Gaulle nomme bientôt gouverneur, le mouvement de ralliement s’est fait sans contacts et sans appuis extérieurs, en vase clos pourrait-on dire » [13][13] Émile DE CURTON, Tahiti 40, Société des Océanistes,....

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Le général de Gaulle trouve également des relais en Australie et en Nouvelle-Zélande, où des « comités de Gaulle » regroupant essentiellement des Français établis dans ces pays et quelques Australiens et Néo-Zélandais tentent de faire apprécier la France libre et de convaincre les gouvernements d’abandonner leurs relations avec Vichy [14][14] Voir article à paraître de J.-M. REGNAULT : « Australie....

LA LÉGENDE GAULLISTE : « UN ARDENT PATRIOTISME » ?

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Le général n’est pas le seul à avoir entretenu la légende. Le gouverneur Sautot s’interrogeant sur les motifs du ralliement « de la grosse majorité des Français résidant dans ces territoires » trouve une réponse simple : « d’abord et avant tout, leur ardent patriotisme » [15][15] Henri SAUTOT, Grandeur et décadence du gaullisme dans....

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De nombreux documents et témoignages soulignent l’esprit patriotique d’hommes et de femmes d’ethnies différentes que les malheurs de la France ont émus ou indignés [16][16] Voir le courrier adressé à de Gaulle par des Calédoniens,.... On trouve des discours de personnalités diverses qui vont en ce sens. L’engagement de jeunes gens dans le Bataillon du Pacifique ou d’autres corps d’armées doit être mis au compte d’un patriotisme certain, mais les entretiens avec d’anciens combattants apportent des nuances [17][17] John Martin, Jacques-Denis Drollet et le colonel Hervé.... Il ne faut pas négliger le besoin d’aventures, l’influence des pères, eux-mêmes anciens combattants… Mais il est évident que les motivations profondes qui animent les hommes sont généralement multiples. Il ne faut pas perdre de vue non plus, comme l’a souligné Marc Michel, que dans un premier temps, dans les colonies, la volonté de continuer la lutte, c’est pour être aux côtés de la Grande-Bretagne et pas forcément pour soutenir le général de Gaulle [18][18] Marc MICHEL, « Les ralliements des colonies françaises....

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Le patriotisme des populations océaniennes a été mis en doute dans quelques ouvrages, que nous évoquerons plus loin. Nous cherchons, quant à nous, à évoquer les différents aspects des ralliements, en essayant de comprendre les réactions des contemporains, en tenant compte davantage de la réalité dans laquelle vivent les populations océaniennes (qui sont diverses :

Mélanésiens, Polynésiens, « Blancs » et Métis), hors de tout mythe, en les inscrivant dans le temps long des relations entre les habitants de ces Territoires (autochtones et résidents d’origine européenne) et les représentants du pouvoir central. Autrement dit, si l’histoire séculaire de ces relations explique les conditions des ralliements, c’est en mesurant la nature réelle de ceux-ci – donc en donnant une orientation anthropologique à cette recherche – que l’on pourra comprendre l’évolution politique ultérieure des Territoires, expliquer pourquoi l’immense popularité dont jouit le général de Gaulle ne trouve aucune traduction politique en Océanie jusqu’en 1958 au moins [19][19] J.-M. REGNAULT, « L’échec d’une traduction politique... et pourquoi l’implantation du centre d’essais nucléaires, en 1964, se heurte à une forte hostilité des populations des territoires français et des pays et territoires anglo-saxons [20][20] J.-M. REGNAULT, « La France à la recherche de sites....

LES PROBLÈMES POLITIQUES ET IDÉOLOGIQUES

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La revendication de l’autonomie, surtout administrative et financière, jusqu’en 1940, est davantage le fait des populations européennes installées que des autochtones [21][21] « À l’origine des mouvements autonomistes, il y a les.... Cette revendication n’expliquerait-elle pas le fait que les habitants aient perçu la guerre comme l’occasion propice de s’émanciper de la tutelle métropolitaine ? En Nouvelle-Calédonie, par exemple, la population « blanche » exprime aussi une revendication de dignité, laquelle aurait été bafouée par le fait que, jusque-là, la colonie ne pouvait désigner de député et de sénateur. Par conséquent, cette population estime ne pas être liée « par les signatures de reddition d’un parlement ou d’un gouvernement quelconque » [22][22] Manifeste à la population, dit « Manifeste Vergès-Prinet-Moulédous »,.... C’est pourquoi la volonté autonomiste ne débouche pas immédiatement sur un appui au général de Gaulle. La force des partisans du Général a été de montrer qu’il n’y avait pas d’autre issue au désir d’émancipation que de se tourner vers Londres. Dans les Établissements français de l’Océanie, le mouvement est le même. Un plan d’action anonyme en faveur du ralliement note :

« les Tahitiens ont toujours désiré avoir un gouvernement autonome sous la protection de la France… » [23][23] MAE, Londres, vol. 152, fol. 14 et 15..

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Dans les deux territoires, il est fait mention également de velléités de rattachement à un pays anglo-saxon. Mais c’est généralement le fait de détracteurs, de fonctionnaires de passage qui comprennent mal l’environnement géo-politique du Pacifique. Ainsi, Toussaint de Quiévrecourt, commandant de l’aviso Dumont d’Urville, télégraphie à Vichy : « ai certitude but réel meneurs est rattachement Australie » [24][24] MAE, Vichy, vol. 372, télégramme 32,29 août 1940.. Mais la veille, il télégraphiait que ce « but » était le rattachement à de Gaulle. Le gouverneur de Tahiti, Chastenet de Géry, s’en prend, dans ses souvenirs, aux gaullistes qui seraient en réalité anti-français et influencés par les Anglo-Saxons, argument traditionnel des partisans de Vichy [25][25] Jean CHASTENET DE GÉRY, Les derniers jours de la Troisième.... Le fait que le Général soit à Londres serait pour les « gaullistes » une « divine surprise ». Il est vrai que le passé missionnaire anglais et la présence de descendants de colons anglo-saxons resurgissent régulièrement pour expliquer certaines attitudes [26][26] Le docteur Cassiau évoque par exemple ces « nombreuses....

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Henri Sautot prononce à Santo, aux Nouvelles-Hébrides, à l’occasion du scrutin, un discours soulignant avec netteté les motifs du ralliement : « volonté de poursuivre la lutte aux côtés de la Grande-Bretagne et de restaurer la France dans son intégrité territoriale et dans son indépendance » [27][27] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 149, fol. 7 à 9. Henri.... Cependant, le patriotisme d’Henri Sautot a été mis en doute. Il aurait été acheté par les Anglais et les Américains [28][28] H. SAUTOT, op. cit., p. 71, où il est fait allusion.... L’amiral Decoux voit dans le ralliement d’Henri Sautot la crainte que les Anglais dénoncent le régime du condominium des Nouvelles-Hébrides pour en prendre le contrôle total [29][29] MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 372, télégramme 2107 de....

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Un tract montre la nature très idéologique – anti-fasciste – de la pensée de son auteur qui vit à Tahiti. Il s’agit d’un « Appel aux Français libres, Tahitiens, Républicains, Anciens Combattants, Travailleurs »: « Un mouvement fasciste vient de se prononcer à Papeete sous l’instigation de pro-hitlériens français… » [30][30] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 2 et 3. Parmi.... Un autre tract dénonce « un comité nazi qui vient de se former en vue d’appliquer les mesures hitlériennes en Océanie ». Il y aurait soixante-six personnes dans ce comité [31][31] J. CHASTENET DE GÉRY, op. cit., voir le document publié....

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Dans la tradition de certains milieux de la Troisième République, on a vite cru deviner dans les ralliements un « complot », maçonnique parfois, ou encore communiste, avec l’appui de « l’étranger » et plus généralement une idéologie révolutionnaire. Nous verrons plus loin que l’évêque de Papeete soutient ce point de vue. Le gouverneur Chastenet de Géry écrit au Consul anglais, le 3 septembre 1940 : « tous les abus ont été commis avec toutes les caractéristiques d’un mouvement révolutionnaire plus anxieux de forcer le sentiment populaire que de le représenter » [32][32] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 139-140..

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Quant à attribuer un rôle aux communistes, il n’y a qu’un pas, mais que certains ralliés eux-mêmes franchissent, sans doute par méconnaissance des réalités locales et des données politiques nationales et internationales. Ainsi le gouverneur de Curton (p. 133 et 134) se méprend sur le « groupe » qui entoure Étienne Davio, arrivé à Tahiti en 1912, et qui, après la Première Guerre, s’est proclamé militant communiste (sans qu’on sache s’il entretenait des relations avec le parti communiste français) et a été assez actif. Son « groupe », qualifié de communiste, comporte quelques hommes qui ont sans doute été proches du parti communiste, mais qui, par la suite, ne s’en sont pas révélés membres. De toute façon, il serait contraire à la réalité historique d’imaginer des communistes agissant en tant que tels, en août 1940. C’est bien ce qui ressort finalement de la lettre que Davio envoie à de Curton : « nous avons spontanément adhéré au mouvement de Gaulle à Tahiti sans qu’ait été agitée la question des préférences politiques de chacun ».

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Il faudra s’interroger sur le fait de savoir si oui ou non, le ralliement a été le fruit de la volonté d’une minorité politisée. De Curton, par exemple, reconnaît qu’à l’origine « le mouvement patriotique qui a rallié Tahiti à la France libre, le 2 septembre 1940, a été organisé et exécuté par une petite équipe enthousiaste, sincère et désintéressée » [33][33] Rapport du médecin-capitaine de Curton, gouverneur.... Mais la nature de l’engagement politique des artisans du ralliement est difficile à cerner. Nous avons évoqué le cas des « communistes ».

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À la lecture du livre de De Curton, on croit deviner des sympathies radicales et anticléricales [34][34] Apprenant « que Pétain et Weygand entraient au gouvernement »,.... Parmi les ralliés, il y a le fils d’un député radical-socialiste du Gers, il y a Robert Charron, franc-maçon, président de la Ligue des Droits de l’Homme, le maire de Papeete, Georges Bambridge, président de « la loge maçonnique », dit de Curton, mais qui ne se prononcerait pour la France libre « que lorsque la balance pencherait sérieusement » en faveur du mouvement. Chastenet de Géry, quant à lui, minimise le rôle de la franc-maçonnerie, « depuis longtemps en léthargie » (p. 404-405). Pourtant, un autre métropolitain, Noël Ilari, connu pour ses opinions d’extrême droite, fait remarquer :

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« C’est le lendemain du jour où le gouverneur Chastenet de Géry, en exécution des ordres de Vichy, a prié le “vénérable”de mettre sa loge en sommeil que les Établissements français de l’Océanie rejoignent les dissidents, aidés, dans leur action révolutionnaire et séparatiste, par des fonctionnaires connus pour les idéaux progressistes, des communistes, des familles de souche anglo-saxonnes et des purs (sic) Anglais » [35][35] Noël ILARI, Secrets Tahitiens, Journal d’un popaa farani,....

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D’autres artisans du ralliement ne semblent pas partager ces tendances.

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Henri Sautot écrit au général de Gaulle, le 3 août 1940, en dévoilant ses opinions par contraste. Il parle du « gouvernement du Front populaire de sinistre mémoire… » et d’un « bien vilain maître, le ministre Marius Moutet, du cabinet Blum, dont l’œuvre à Tahiti a été néfaste à cette colonie… ».

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Référence également, mais sur un autre registre, au Front populaire, puisque de Curton est accusé de ramener ce régime à Tahiti, comme le soutient cette lettre du 19 mai 1941, adressée à de Gaulle, par une descendante du roi Pomare V :

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« Je vous demande comme une faveur l’envoi d’un gouverneur énergique, impartial qui ne soit inféodé à personne ni à aucun parti pris sauf le vôtre, pour remplacer le gouvernement de Curton dont les mesures prises étant (sic) loin de donner satisfaction à la population. C’est l’instauration du régime “Front populaire” qui a tant fait de mal à la France qu’on veut pratiquer ici… Le Comité France Libre… comporte parmi ses membres les plus agissants des communistes notoires et des représentants de la franc-maçonnerie… politique des camarades et de l’assiette au beurre… » [36][36] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 107. Document....

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Si dans les premiers mois de la France libre, les ambiguïtés ne manquent pas sur le plan politique, à Londres même, il ne faut pas s’étonner des errements et des ambiguïtés aux antipodes [37][37] J.-L. CRÉMIEUX -BRILHAC, op. cit., p. 195.. Cependant l’idéologie des opposants au ralliement est clairement établie, à Tahiti principalement. Le « Comité des Français d’Océanie », publie un tract et un programme d’action, le 18 août 1940, dont la violence contre les « bolchevistes », les « Métèques » et le soutien aux idées de Pétain sont significatifs [38][38] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 4 et 6.. Quelle était l’audience de ce groupe dont était membre Alain Gerbault ? De Curton écrit que la notoriété de ce dernier donnait une certaine « résonance » à ses revendications mais, ajoute-t-il, « hors de mesure avec la pitoyable épave qu’il était devenu » (p. 73). Une manifestation, prévue par le groupe, le 19 août, aurait avorté, toujours selon de Curton (p. 75).

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Les adversaires du ralliement n’ont recueilli que dix-huit voix lors du plébiscite du 2 septembre. Mais on ignore les conditions exactes de la tenue de ce référendum et si les membres du Comité des Français d’Océanie ont cherché à y participer. On ne peut donc pas, actuellement, dire que l’idéologie ait dépassé, dans quelque camp que ce soit, le stade d’une minorité. Notons quand même qu’à Tahiti, l’une des premières mesures du gouvernement provisoire est de prendre un arrêté annulant les actes constitutionnels du 11 juillet, la loi du 15 août 1940 sur l’interdiction des sociétés clandestines ou secrètes et l’arrêté promulgant dans la colonie le décret du 19 août constatant la nullité de certaines associations [39][39] Archives de l’archevêché de Papeete, 829, p. 4-12.. Cela explique certainement que d’aucuns ont vu, dans ces mesures, la marque du « Front populaire ».

L’ATTITUDE DES AUTORITÉS CIVILES ET MILITAIRES

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Pétain avait tenté de convaincre fonctionnaires et militaires de rester derrière lui par un télégramme du 4 septembre 1940 : « l’Empire, ce plus beau fleuron de la couronne française, saura rester présent » [40][40] Cité par H. WEILL, op. cit., p. 8.. L’attitude des gouverneurs du Pacifique est connue grâce à leurs témoignages ou aux documents d’archives [41][41] J. CHASTENET DE GÉRY, op. cit., p. 383-460 et Mémoires.... À Tahiti, le gouverneur Chastenet de Géry a une curieuse attitude. Il semble dans un premier temps faire preuve d’une grande détermination contre les dangers du nazisme. Il fait diffuser une affiche en français et en langue tahitienne, fin juin 1940, dont ces extraits sont sans équivoque :

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« La France traverse des épreuves graves; Paris est souillé par la présence de nos ennemis [… ] La vaniteuse ambition de deux aventuriers parvenus à la dictature met l’avenir du monde en péril [… ] Leur association menace tous les peuples du même asservissement et prépare la disparition de toute culture [… ]» [42][42] Archives de l’Archevêché de Papeete, 829, p. 4..

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Dans ses Mémoires, il ne fait pas allusion à cette affiche et tente de montrer qu’il refuse tout autant l’attitude des pro-gaullistes qu’il qualifie « d’éternels insatisfaits » que celle du groupe « des Français d’Océanie », « tous manquant de pondération, plusieurs de moralité douteuse, certains quelque peu déséquilibrés ». Il réfute les arguments des uns et des autres et tente d’accréditer une invraisemblable position. En accord avec Vichy, les Établissements français de l’Océanie « sortiraient » de la guerre, abandonneraient la Grande-Bretagne et les puissances anglo-saxonnes du Pacifique, mais par un gentleman agreement, celles-ci continueraient à ravitailler la colonie. Mais par ailleurs, il révèle ses véritables intentions, comme lorsqu’il publie sans tarder les lois d’exception sur les sociétés secrètes [43][43] Reçu à Papeete le 18 août 1940, le texte est promulgué....

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Le gouverneur pose lui-même la question : « pourquoi, investi de l’autorité n’ai-je pas usé de la force publique ?». « Là encore, il fournit des réponses alambiquées. Il aurait été trompé par un télégramme du Foreign Office laissant entendre que le gouvernement anglais n’avait pas « perdu espoir » d’entretenir des relations avec Vichy et que de Gaulle ne pourrait rallier que des volontaires et non administrer des territoires lointains. Surtout, il considère qu’il a été « lâché » par les chefs militaires. En Nouvelle-Calédonie, le gouverneur suit lui aussi « une politique équivoque, sans fermeté, n’ordonnant l’exécution des mesures prescrites par le ministre des colonies que dans la mesure où elles ne contrecarraient pas l’opinion de ses administrés » [44][44] Cité par I. KURTOVITCH, op. cit., p. 414. Le 21 juillet,.... Les atermoiements du gouverneur Pélicier [45][45] Le gouverneur a eu une position ambiguë qu’on peut... déçoivent de plus en plus de Calédoniens qui se rapprochent de de Gaulle, mais aussi le gouvernement de Vichy qui le remplace, le 28 août, par le lieutenant-colonel Denis. À son tour, ce dernier reste dans l’expectative. Et, quand il cherche à s’opposer à Henri Sautot, la foule menace « de le pendre à la grille du parc ». Il s’incline alors, déclarant « céder devant la force ».

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Les ralliements auraient certainement échoué si les chefs militaires s’y étaient opposés avec détermination. À Tahiti, le commandant de la Marine, Marcel Grange, publie le 23 juin, un ordre du jour dans lequel il affirme que « la section de surveillance de Tahiti et la Marine dans les Établissements français de l’Océanie ne seront jamais sous la botte allemande » et que « la Marine française aura un beau rôle à jouer pour la libération de notre France douloureusement meurtrie » [46][46] É. DE CURTON, p. 67.. Mais il semble versatile et tiraillé entre ses deux adjoints qui défendent chacun des camps opposés. « Moi, dit-il à de Curton, si l’Algérie marche, je me rallie; sinon, je ne bouge pas » (p. 86). Le 1er septembre 1940, il envoie un télégramme à Vichy dans lequel il avoue son impuissance :

« troupe et marine grossissent majorité favorable à ce mouvement malgré intervention personnelle; il ne reste aucun moyen pour enrayer ce mouvement » [47][47] MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 382.. Effectivement, il n’a pas cherché à s’opposer à l’action du Comité de Gaulle au moment du plébiscite, « pour éviter toute effusion de sang entre Français », écrit-il. Mais, comme le gouverneur, il se déclare prisonnier du gouvernement provisoire de Papeete. Toujours d’après de Curton, il y aurait, parmi les militaires non ralliés, un médecin capitaine et neuf officiers de réserve [48][48] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 137. À la tête de la compagnie autonome d’Infanterie coloniale, le capitaine Broche (futur chef du Bataillon du Pacifique, tué à Bir Hakeim) est lui aussi indécis et pose sept conditions avant d’adhérer au ralliement [49][49] dont celles-ci : *Aucune violence ne sera exercée contre.... D’autres chefs militaires ont pris nettement parti pour Vichy [50][50] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 197 et fol..... C’est le cas du docteur Alain, chef du service de santé [51][51] É. DE CURTON, p. 117 et suivantes., qui est expulsé de Tahiti. À Tahiti d’abord, puis en Nouvelle-Calédonie, Toussaint de Quiévrecourt se révèle partisan de Vichy [52][52] MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 372; É. DE CURTON, op. cit.,.... Mais incapable, lui aussi, de s’opposer au ralliement sans effusion de sang, il préfère laisser faire, d’autant que ses instructions étaient de ne recourir à la force que s’il était « assuré d’avoir le dernier mot » [53][53] Télég. de l’Amirauté française à Dumont d’Urville,.... D’après Henri Sautot, parmi les sous-officiers, seuls, deux sur quatre-vingts se rangent à ses côtés.

LE RÔLE DES GROUPES DE PRESSION : ÉGLISES ET ANCIENS COMBATTANTS

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Émile de Curton a rappelé l’opposition traditionnelle entre catholiques et protestants dans les Établissements français de l’Océanie. Elle se retrouverait, dit-il, à propos du ralliement :

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« Si le clan protestant était fortement représenté parmi les animateurs du mouvement, il ne s’y trouvait par contre aucun catholique notable [… ]. Au jour du plébiscite, l’action des catéchistes en milieu tahitien avait été très discrète, tandis que les diacres avaient assuré une participation massive de leur clientèle » [54][54] É. DE CURTON, op. cit., p. 106-107..

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Le rôle actif des protestants dans le mouvement en faveur de de Gaulle – comme dans la plupart des colonies – est confirmé par de nombreux documents, comme cette motion du Conseil Supérieur des Églises protestantes :

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« Le Conseil affirme plus que jamais son attachement inébranlable à la France meurtrie par la défaite et garde l’assurance que le génie et la force de la France, représentée par le mouvement actuel de la France libre, aux côtés de sa fidèle alliée, la Grande-Bretagne, rayonneront à nouveau dans le monde » [55][55] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 212, ( 03-09-1941).....

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À Papeete, en effet, Monseigneur Mazé est très hostile au ralliement [56][56] Le père Hodée, ancien vicaire général du diocèse, a.... Non seulement Émile de Curton le souligne – toutefois sans accabler le prélat – mais les archives du diocèse montrent un évêque très pétainiste. Dans une lettre circulaire, il écrit, la veille du référendum :

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« Ce mouvement [la préparation du ralliement] fomenté et envenimé par la Franc-Maçonnerie et la Juiverie internationale, [… ] tend à provoquer à Tahiti un mouvement séparatiste en faveur de l’Angleterre [… ]. Le but de la Franc-Maçonnerie est clair pour nous. Le gouvernement Pétain leur donne la chair de poule. Ah ! s’ils pouvaient, avant que le vieux et énergique Maréchal n’ait pu mettre de l’ordre, [… ] faire proclamer le protectorat anglais à Tahiti, la Loge en serait aux Anges, sûre d’échapper à la dissolution décrétée et à la confiscation. [… ] Mettons-nous en garde contre le piège de la Franc-Maçonnerie [… ] Le gouvernement local cherche une solution au problème. Faisons-lui confiance. S’il est indigne de cette confiance, le Chef de l’État saura agir comme il l’a fait ailleurs » [57][57] Archives de l’archevêché de Papeete B 26 11 (lettres....

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Monseigneur Bresson, à Nouméa, a prétendu avoir pris position « dès le début en faveur du mouvement de Gaulle »; du moins est-ce ce qui ressort de son entretien avec l’amiral Thierry d’Argenlieu, le 20 novembre 1941 [58][58] Georges DELBOS, L’Église catholique en Nouvelle-Calédonie..... Pourtant, le 19 septembre 1940, le jour où la Nouvelle-Calédonie se rallie, il publie une déclaration équivoque [59][59] « En présence du conflit très douloureux qui divise.... Aux Nouvelles-Hébrides, l’attitude du vicaire apostolique, Mgr Halbert, semble avoir été différente, puisqu’il aurait au moins mis à la disposition du Résident Sautot, la salle dans laquelle il réunit la population en vue de la rallier à de Gaulle [60][60] H. SAUTOT, op. cit., p. 22..

38

Ainsi, les quatre évêques français du Pacifique ont pris des positions différentes, attitudes qui reflètent assez bien celles de leurs collègues métropolitains [61][61] Sur l’attitude de la hiérarchie catholique française,... et qui reflètent surtout des situations locales différentes, suivant la marge de manœuvre politique de chacun [62][62] Notons le cas d’un père mariste missionnaire aux Salomon,.... Quant au rôle des fidèles catholiques, il est plus difficile à cerner, mais semble, là encore, dépendre du contexte local. Traditionnellement, il y a volonté de rester proche des Anglais aux Hébrides, obéissance à l’évêque à Wallis parce que telle est la tradition, méfiance à l’égard du protestantisme supposé trop favorable à l’Angleterre dans les Établissements français de l’Océanie et hostilité quasi générale des catholiques européens au gouvernement français en Nouvelle-Calédonie.

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Les associations d’Anciens Combattants de la Première Guerre mondiale sont également susceptibles d’agir sur l’opinion publique, à Papeete et à Nouméa. D’après quelques témoignages, ceux-ci auraient souvent poussé leurs enfants à partir dans le Bataillon du Pacifique (comme le futur député nationaliste Pouvanaa a Oopa) et favorisé la propagande en faveur de la poursuite de la guerre, envoyant des messages à la presse calédonienne par exemple, pour faire connaître leur soutien au mouvement hostile à l’armistice. Dans les Établissements français de l’Océanie, de Curton note le rôle joué par Pouvanaa a Oopa, en parlant de son « obstination » et rapportant ses propos : « quand on fait la guerre on ne doit pas penser à autre chose; moi, tant qu’il y aura la guerre, je ne penserai pas à autre chose » [63][63] É. DE CURTON, p. 102 et 134.. Mais il faut aussi constater que certains Anciens Combattants ont rejoint l’autre camp. C’est le cas de Raymond Lainey, président de l’association tahitienne. C’est pourquoi il a sans doute été nécessaire d’utiliser des arguments qui ne sont pas forcément de haute valeur patriotique.

40

Ainsi, un document non signé propose un plan pour rallier les Établissements français de l’Océanie :« les Anciens Combattants, pères de la plupart des conscrits étant un facteur moral décisif en l’occurrence, pourraient être satisfaits par l’assurance que leur pension serait continuée (sic)» [64][64] MAE, Londres, vol. 152, fol. 14 et 15..

41

Les arguments patriotiques ne sont, en effet, pas les seuls qui portent et il nous semble qu’il faille chercher aux ralliements des motivations plus proches des réalités.

LES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES ET LE RAVITAILLEMENT, SOURCES ESSENTIELLES DES RALLIEMENTS

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En Nouvelle-Calédonie, la guerre rend les échanges difficiles ( 43% des importations viennent de l’ensemble français qui achète la plus grande partie des produits d’exportation), comme le montrent la correspondance du gouverneur et la série de télégrammes envoyés de Nouméa par le commandant du Dumont d’Urville (entre le 25 et le 28 août 1940):

43

« Situation politique très tendue liée à situation économique. Marché coprah et café fermé… Fonctionnement normal (usinage) nickel assuré avec charbon Australie. Arrêt usine entraînerait chômage 5000 ouvriers » [65][65] MAE, Vichy, vol. 372. Voir aussi cet article du journal....

44

La même situation se retrouve dans les Établissements français de l’Océanie où « la vie économique de la colonie est déjà totalement arrêtée… », écrit le gouverneur Chastenet de Géry au Consul anglais, le 4 juillet 1940. La dépendance à l’égard de l’Australie s’accentue. La situation est telle que les gouverneurs de Nouvelle-Calédonie et des Établissements français de l’Océanie tentent une série de manœuvres pour rester en contact avec Vichy sans rompre les relations avec les Anglo-Saxons. Même le gouvernement de Vichy intervient auprès des Allemands (qui demandent à la France de cesser toute relation commerciale avec la Grande-Bretagne, ses colonies et ses dominions) pour éviter la catastrophe économique des territoires du Pacifique [66][66] Note de la direction des Affaires politiques et économiques....

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Les arguments économiques sont utilisés par ceux qui souhaitent les ralliements, comme le gouverneur Sautot expliquant aux colons des Nouvelles-Hébrides qu’il faut avoir le « souci de sauvegarder la prospérité économique de la colonie » [67][67] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 149, fol. 7 à 9.. Il a dit aussi :

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« Le gouvernement de S.M. britannique a déclaré [68][68] « Le 23 juin, le gouvernement britannique lançait un... à plusieurs reprises qu’il assurerait l’appui politique économique et financier à toutes les colonies françaises qui décideraient de continuer la lutte jusqu’au bout aux côtés de l’Angleterre » [69][69] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 85, fol. 12 et suivan....

47

L’argument d’un ravitaillement plus facile, si l’on se ralliait aux Anglo-Saxons ou à de Gaulle, a été beaucoup employé. Le docteur Cassiau, qui a été exilé pour activités pro-vichystes, explique dans le Mémorial Polynésien (vol. VI, p. 64) que la propagange gaulliste affirmait : « Pétain = famine, de Gaulle = farine… » [70][70] Mémorial Polynésien, vol. VI, p. 64.. Un colon des Nouvelles-Hébrides affirme :

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« pour être ravitaillé, il fallait être du bon bord. Enfin, je ne veux pas mettre en doute les sentiments des uns et des autres, mais en toute honnêteté, je crois qu’il faut admettre que cela a influencé la décision des trois-quarts de la population. Quand on dit que nous sommes les premiers à nous être ralliés, c’est exact, mais un peu par force » [71][71] Cité par C. LAUVRAY, op. cit., p. 27..

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Le gouverneur Pélicier considère qu’aux Nouvelles-Hébrides et en Nouvelle-Calédonie « les questions économiques ont primé toutes les autres et de loin » [72][72] Cité par C. LAUVRAY, op. cit., p. 27.. Pour lui, la « France lointaine » ne pourrait rien acheter alors que les Anglais proposent d’écouler le coprah, le café, le cacao… Le Général lui-même conseille d’utiliserl’argument. Il télégraphie à Sautot, le 2 septembre 1940 :« votre représentant pourrait faire ressortir à population les avantages économiques et financiers qui résulteront de ce rattachement en se basant sur récente déclaration Churchill du 27 août » [73][73] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 12.. Après une période d’hésitation, pendant laquelle l’Australie n’appuie pas le mouvement en faveur de de Gaulle à Nouméa, ce pays entre dans le jeu. Le Haut-Commissariat anglais écrit le 9 septembre 1940 :

50

« Sautot pense que si le Comité de Gaulle [en Nouvelle-Calédonie] annonçait que l’aide économique, particulièrement en ce qui concerne le charbon, était arrêtée jusqu’à ce que la colonie se soit formellement déclarée en faveur d’une coopération britannique pour la poursuite de la guerre, la position de de Gaulle serait renforcée et l’administration de Pétain serait forcée de capituler » [74][74] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 85, fol. 37..

51

Un rapport n’hésite pas à montrer les avantages du ralliement :

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« En vertu d’un accord passé avec la Trésorerie Britannique, le franc bénéficie de l’appui du sterling, sa parité par rapport à la Livre étant maintenue à 176-7/8. [Les territoires ralliés] se trouvent dans une situation économique nettement plus favorable que les territoires demeurés sous l’obédience du gouvernement de Vichy. »

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Le rapport montre la différence avec les territoires non ralliés : blocus britannique, situation d’isolement économique qui rend très précaires les conditions d’existence de ces populations [75][75] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 149, fol. 7 à 9, non ....

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Les partisans de Vichy tentent eux aussi d’utiliser l’argument économique. Le commandant du Dumont d’Urville (entre le 25 et le 28 août 1940) télégraphie :

« Libérer colonie si possible au plus tôt de tutelle économique anglaise en réalisant exportation nickel, coprah, café au Japon ou Amérique contre charbon, vivres » [76][76] MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 372..

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Ainsi, les arguments économiques et le problème du ravitaillement sont-ils suffisants pour expliquer les ralliements ? Les populations comprennent sans doute dès août et septembre 1940, que leur situation va être difficile, mais qu’elle le serait encore davantage hors de l’environnement de la France libre et de ses alliés, l’accord Vichy/Tokyo (le 30 août 1940) achevant certainement de dissiper les doutes [77][77] Le 3 septembre 1940, le gouverneur informe le conseil.... Cet accord présenterait, certes, l’avantage d’assurer l’écoulement des minerais de la Nouvelle-Calédonie, des phosphates et du coprah des Établissements français de l’Océanie, mais la situation se tendrait alors dans le Pacifique, les Australiens ne supportant pas que les Japonais contrôlent la région [78][78] Une conférence doit avoir lieu en Australie pour régler.... Cependant, le gouvernement australien ne prend que fin 1940 les mesures concrètes pour aider les colonies françaises du Pacifique à écouler leurs produits [79][79] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 75, fol. 1.. L’aide n’en est d’ailleurs véritablement une qu’après la consolidation (toute relative) des alliances, notamment après la rencontre entre de Gaulle et le Premier ministre australien, le 7 mars 1941. Ce sont finalement les interventions américaine et anglaise qui règlent le problème de l’écoulement des produits [80][80] Lettre de Chatelain et Kollen (de Nouméa) à de Gaulle,....

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L’argument économique doit être manié avec précaution. De très curieuses réactions le montrent. Par exemple, André Prinet, un des initiateurs du ralliement en Nouvelle-Calédonie, était chef des services comptables de la société « Le Fer », un groupe japonais. Il soutient l’exportation du minerai vers le Japon plutôt que vers l’Australie. Aux autres membres du comité de Gaulle, il dit : « je ne veux connaître le général de Gaulle qu’au point de vue militaire, mais au point de vue économique du pays, tant politique qu’administratif, il reste lettre morte pour moi, je me fous pas mal de lui… » [81][81] 25 novembre 1940, lettre de Chatelain et Kollen à Commandant.... Il nous semble qu’il faille conclure, provisoirement, qu’au cours de l’hiver austral 1940, les populations qui ont participé aux ralliements ont tenu compte du fait que, globalement, leur intérêt était de se ranger du côté des Alliés anglo-saxons. Mais à l’époque, les enjeux et les aides éventuelles qu’il serait possible d’obtenir n’apparaissaient pas clairement. La peur de manquer de ravitaillement ou de ne pouvoir écouler les produits n’est qu’un des éléments aboutissant au choix de la France libre.

ATTITUDES COMPARÉES DES AUTOCHTONES ET DES EUROPÉENS

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Les nouvelles d’Europe n’arrivent que lentement dans l’Océanie insulaire, bien que l’Australie et la Nouvelle-Zélande diffusent des informations. À Tahiti comme en Nouvelle-Calédonie, la rivalité entre Londres et Vichy se traduit par une « guerre des ondes ». Radio-Saigon est en effet entendue par quelques détenteurs de postes de radio.

58

Comment les populations françaises du Pacifique ont-elles ressenti les événements de juin 1940 ? D’après Émile de Curton, « les nouvelles de la guerre ne pouvaient prendre tout leur sens que pour le petit nombre de gens qui [… ] percevaient la gravité de la situation » [82][82] É. DE CURTON, op. cit., p. 43.. Pour lui, « la masse des habitants de l’Océanie » était déroutée par des événements se déroulant dans des pays qu’elle situait mal sur une carte. Sans doute Émile de Curton vise-t-il, par l’expression « masse des habitants de l’Océanie », les non Européens. De toute façon, le fait de connaître la géographie ou de prendre conscience de la gravité des événements n’est pas le gage du bon choix.

59

Marc Michel a fait remarquer que, dans les colonies, le ralliement a regardé « dans un premier temps les seuls coloniaux » et que « les indigènes furent, dans les faits, très largement tenus à l’écart et leurs réactions passées sous silence », même si l’Appel du 18 juin ne les avait pas oubliés [83][83] M. MICHEL, op. cit., p. 240.. En Nouvelle-Calédonie, la participation des Mélanésiens n’est, en effet, guère sollicitée. Néanmoins, les Mélanésiens ne restent pas passifs entre juin et octobre 1940. Les nombreux documents photographiques de cette époque montrent, qu’à Nouméa, les Mélanésiens sont présents et en nombre dans tous les défilés et autres manifestations de rue qui se succèdent après l’armistice. Plusieurs chefs de districts, anciens combattants, font également savoir par la presse qu’ils soutiennent le mouvement populaire calédonien en faveur de la poursuite de la guerre. Le Grand Chef de Maré, Henri Naisseline, envoie à de Gaulle un message qui appelle, selon la logique coutumière, un contre-don :

60

«… j’ai lancé un appel à tous les indigènes de la Nouvelle-Calédonie. Notre couleur et notre langue n’est sont pas ( sic) française mais notre cœur l’est.

Ces indigènes tous Français de cœur restent profondément attachés à la Mère Patrie…

Je vous [demande] donner l’assurance qu’en reconnaissance de notre geste et le sacrifice de la vie de ceux qui, là-bas vont sûrement tomber, qu’il nous soit donné la faculté d’accéder au titre de citoyen français » [84][84] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 79, fol. 26..

61

Après le ralliement, les opérations de recrutement de volontaires dans les tribus sont un succès grâce au concours des autorités coutumières, alors que les Calédoniens de souche européenne seraient plus réservés [85][85] Chatelain et Kollen à de Gaulle, 7 décembre 1940 :.... Dans les Établissements français de l’Océanie, le docteur de Curton rapporte avec émotion l’attitude des chefs autochtones qui, le 14 juillet 1940, cherchent à lui redonner confiance. «[Les Prussiens], dit l’un d’eux, n’ont pas vaincu les Maoris…

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nous pouvons encore nous battre pour notre pays » [86][86] É. DE CURTON, op. cit., p. 56. Signalons que dans le.... Au cours de sa tournée aux îles Sous-le-Vent, fin juin et juillet 1940, le docteur de Curton essaie de connaître les réactions des populations et témoigne :

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« Les seuls Français sont de très vieux colons aux réactions émoussées, peu armés pour dis-

cuter d’événements dont ils sont à peine informés.

Je m’aperçois, par mes conversations avec les chefs et les notables, que ceux-ci ont une appréciation, élémentaire certes, naïve sans doute, mais fondamentalement différente de celle qui paraît s’imposer au lendemain d’une défaite aussi totale. Partant d’une situation dont ils réduisent les données à des termes simples, ils expriment spontanément des conclusions optmistes, assez voisines en définitive de celles que proclament à la radio de Londres des chefs informés dont la voix ne nous parviendra qu’après plusieurs semaines [… ] Cette population m’a

communiqué sa confiance et insufflé l’espoir d’une victoire possible » [87][87] É. DE CURTON, op. cit., p. 55. S’il ne s’agit ni de....

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Il a souvent été question de la passivité des autochtones [88][88] Le sénateur Gérald Coppenrath a écrit qu’à Tahiti,.... Celle-ci ne serait-elle pas, finalement, une façon d’accepter une période difficile ? Émile de Curton note encore :

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« Les quelques difficultés rencontrées furent toujours le fait d’Européens et jamais de Tahitiens : la population dite indigène ne donna jamais lieu à la moindre préoccupation ni à Tahiti, ni dans les archipels. C’est pourtant elle qui supportait l’essentiel des difficultés économiques et de l’effort militaire » [89][89] É. DE CURTON, op. cit., p. 135..

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La différence de comportement entre autochtones d’un côté, Européens installés et expatriés temporaires de l’autre, ressort encore du rapport du gouverneur à de Gaulle sur la situation politique de la Colonie :

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« La population indigène suivrait l’alliance britannique et la cause de la France libre même dans les revers. Ce serait la population européenne, fonctionnaires et commerçants qui, par opportunisme, tendrait toujours à revenir du côté des vainqueurs… Il y a assez peu de fonctionnaires métropolitains qui ont adhéré franchement au mouvement France Libre » [90][90] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 130, rapport....

68

Quelques auteurs, connus pour leurs sympathies à l’égard de Vichy, nuancent et critiquent cette vision des choses. Le médecin capitaine Rosmorduc note :

« Quatre ou cinq familles ont une influence considérable sur les indigènes… Le mouvement a réussi grâce à leur complicité (ils sont acheteurs et vendeurs de tout ce que produit l’indigène et de tout ce dont il a besoin)… La masse a suivi… mais il n’y a rien de profond » [91][91] MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 382, 26 mars 1941..

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Plus finement sans doute, un dossier d’interviews sur la situation à Tahiti envoyé depuis New York au CNF montre que « l’attitude gaulliste des indigènes aurait surtout été adoptée par opposition à celle pro-Vichy des colons » [92][92] MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 245-246. Il....

* * *

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L’impression qui se dégage de la lecture des récits et des documents est que finalement les ralliements sont fragiles. Ils ont été le fait, au départ, de minorités plus ou moins politisées et plus ou moins clairvoyantes des problèmes économiques. Les circonstances les favorisent et les mouvements en faveur d’une poursuite de la guerre se fédèrent derrière les gaullistes. Dans les semaines qui suivent les ralliements, les querelles personnelles et d’intérêts semblent prendre le pas sur la défense d’un idéal. Peut-on aller jusqu’à penser qu’un retournement de la situation en faveur de Vichy aurait été possible ?

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Quelques documents le suggèrent [93][93] Parmi plusieurs références au MAE, celle-ci : MAE,.... Pourtant, les Français du Pacifique sont plutôt restés fidèles à de Gaulle. En fait, les positions ambiguës des hommes qui se sont ralliés en 1940 s’inscrivent dans la complexité des relations entre la France et ses terres du Pacifique, et dans les relations régionales de l’Océanie.

72

Les contradictions internes de ces territoires et l’intérêt stratégique de ceux-ci ont favorisé le général de Gaulle. Ces contradictions ont contribué à sa popularité durable. Cette popularité n’a pas suffi à faire aimer la France. Le Général avait bien conscience du caractère étrange de la présence française dans le Pacifique :

« Quand j’y étais passé, en 56, j’avais senti qu’il y a un monde du Pacifique. Que dans ce monde-là, la France se lance dans une grande entreprise, ça a quelque chose d’incroyable.

Les Anglo-Saxons tiennent [… ] tout dans le Pacifique. Quand nous ne bougions pas, on ne disait rien. Mais que nous apparaissions, cela semble scandaleux » [94][94] Alain PEYREFITTE, C’était de Gaulle, Paris, Fayard,....

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73

S’il avait bien compris l’esprit océanien, de Gaulle, faute d’avoir cherché à analyser les comportements des citoyens et des sujets français des antipodes, n’a sans doute pas mesuré – pas plus que les divers gouvernements – ce que ces derniers attendaient des événements de la guerre [95][95] «[À Tahiti] le ralliement à de Gaulle recouvre deux....

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Notes

[1]

En Nouvelle-Calédonie, les Américains ont eu jusqu’à cent cinquante mille hommes. Aux Nouvelles-Hébrides, ils ont installé des infrastructures très importantes et le concept de « Maintenance Fleet » leur a permis de contrer les Japonais : avec des docks flottants facilement remorquables, ils peuvent soutenir les forces combattantes en restant à proximité des lieux de combats. Abréviations utilisées dans les notes : CNF : Comité national français JSO : Journal de la Société des Océanistes (Musée de l’Homme) MAE : Ministère des Affaires étrangères RFHOM : Revue française d’Histoire d’outre-mer SHAT : Service historique de l’Armée de Terre

[2]

MAE, GU 39-45, Londres, Vol. 74, Bora Bora.

[3]

Cet aspect des relations difficiles entre de Gaulle et les Américains est évoqué dans les articles et ouvrages suivants : Kim MUNHOLLAND, « The trials of the Free French in New Caledonia, 1940-1942 », French Historical Studies, vol. 14, n° 4, Fall 1988, p. 547-579. Stephan HENNINGHAM, « The French administration, the local population, and the American presence in New Caledonia, 1943-1944 », JSO, n° 98,1994-1, p. 21 à 41. Jean-Louis CRÉMIEUX -BRILHAC, La France Libre. De l’Appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996. L’auteur écrit (p. 298-299) que le Général a vu dans la déclaration du Département d’État du 23 février 1942, reconnaissant l’autorité exclusive du Comité national sur les colonies du Pacifique, un tournant de la politique américaine. André BÉZIAT, Franklin Roosevelt et la France ( 1939-1945): la diplomatie de l’entêtement, Paris, L’Harmattan, 1997.

[4]

Certes, pour autant, les relations entre de Gaulle et les pays anglo-saxons demeurent difficiles. La position de ces derniers à l’égard de la France libre reste ambiguë. Ce n’est qu’en mai 1942 que la Nouvelle-Zélande accepte la représentation de la France libre, tout en gardant un consulat de Vichy (MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 378, fol. 27). Les relations de De Gaulle avec la Nouvelle-Zélande en restent affectées (Alain PEYREFITTE, C’était de Gaulle, vol. 2, De Fallois/Fayard, 1997, p. 121 à 123).

[5]

Très déçu de l’attitude des Américains, après d’autres incidents avec les Anglais, comme ceux de Madagascar, il craint ce qu’il appelle la « liquidation » de la France libre. Il estime que l’avenir même de la France est compromis. « Si nous liquidons, cette liquidation équivaudra à la dislocation de la France. En admettant que les alliés gagnent la guerre, le régime français antérieur et ses hommes n’ont plus ni l’autorité ni le prestige nécessaires pour gouverner. Vichy, de son côté, sera balayé et il n’y aura plus rien qu’une France anarchique, divisée et sans foi. Quant à faire du gaullisme sans de Gaulle, j’y suis pour ma part tout prêt. Mais je suis convaincu malheureusement que ce sera la fin de tout. » MAE, Londres, vol. 82, télégr. à Adrien Tixier, délégué du CNF aux États-Unis, 9 mai 1942. Voir la citation également dans J.-L. CRÉMIEUX -BRILHAC, op. cit., p. 305-306.

[6]

Trois cents Tahitiens de diverses origines se sont embarqués avec le Bataillon du Pacifique en 1941. Soixante-quinze d’entre eux sont tombés au combat. D’autres encore sont morts pour la France dans diverses unités combattantes. Pour la Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles-Hébrides, 394 « Blancs » et 60 « Canaques » ont été enrôlés dans le Bataillon du Pacifique. Soixante et un Européens et soixante et onze Mélanésiens ont été marins dans les Forces navales françaises libres ou FNFL. Sur le monument aux morts de Nouméa, figurent 74 noms de Calédoniens et de Néo-Hébridais. Ces noms indiquent des origines très diverses. Mais on ne reconnaît que deux ou trois noms d’origine mélanésienne. Les Mélanésiens auraient-ils donc été épargnés dans les combats ou leur mort n’a-t-elle pas laissé de trace, volontairement ou non ?

[7]

Message transmis par l’intermédiaire du Consul anglais au gouverneur Mansard dans les Établissements français de l’Océanie, archives de l’archevêché de Papeete, 829, p. 4-13.

[8]

Les rapports entre Thierry d’Argenlieu et une large partie des Calédoniens d’origine européenne ont été orageux. Voir Ismet KURTOVITCH, « La vie politique en Nouvelle-Calédonie, 1940-1953 », thèse de doctorat, novembre 1998, Université française du Pacifique, Nouméa, 2 vol.

[9]

À Wallis et Futuna, Monseigneur Poncet s’est montré fidèle défenseur du régime du maréchal Pétain (MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 382). Jean-Marc REGNAULT, « La France libre, Vichy et les Américains : des relations difficiles dans le Pacifique en guerre. L’exemple des îles Wallis et Futuna ( 1940-1942)», Bulletin de la Société des Études historiques de Nouvelle-Calédonie, n° 118, quatrième trimestre 1998, p. 3 à 23.

[10]

Le Néo-Hébridais, n° 268, août 1940 (collection privée).

[11]

René CASSIN écrit : « j’avais eu la joie d’ouvrir le cable expédié des antipodes franco~britanniques des Nouvelles-Hébrides, [qui] nous annonçait le premier ralliement territorial, apport matériel modeste sans doute, mais de valeur morale incontestable » ( Les hommes partis de rien, le réveil de la France abattue, 1940-1941, Paris, Plon, 1975, p. 192).

[12]

Henri Sautot ( 1885-1963) a occupé avant la guerre les fonctions de résident aux Nouvelles-Hébrides, puis a été gouverneur par intérim des Établissements français de l’Océanie avant de retourner dans le condominium. De Gaulle en a fait un membre du Conseil de Défense de l’Empire ( 27 octobre 1940) et un Compagnon de la Libération. Le 8 avril 1942, de Gaulle télégraphie à Thierry d’Argenlieu pour lui demander d’avoir des égards envers Sautot malgré ses prises de position : « ni vous ni nous n’oublions que le gouverneur Sautot a rallié à la France libre les Nouvelles-Hébrides et la Nouvelle-Calédonie et qu’en le faisant il a prouvé son mérite et son courage » ( Lettres, notes et carnets, juillet 1941-mai 1943, Plon, p. 243). Sur le rôle de Sautot dans les ralliements : Caroline LAUVRAY, « Henri Sautot, premier gouverneur de la France libre », mémoire de maîtrise de Bordeaux III, 1999-2000.

[13]

Émile DE CURTON, Tahiti 40, Société des Océanistes, n° 31,1973, p. 103.

[14]

Voir article à paraître de J.-M. REGNAULT : « Australie et Nouvelle-Zélande entre de Gaulle et Pétain. »

[15]

Henri SAUTOT, Grandeur et décadence du gaullisme dans le Pacifique, Melbourne et Londres, F.W. Cheschire, 1949, p. 9.

[16]

Voir le courrier adressé à de Gaulle par des Calédoniens, MAE, GU 39-45, vol. 79.

[17]

John Martin, Jacques-Denis Drollet et le colonel Hervé qui était Compagnon de la Libération.

[18]

Marc MICHEL, « Les ralliements des colonies françaises à la France libre ( 1940)», in Actes du colloque sur les ralliements, 9 au 11 février 1995, Bordeaux, CROCEMC-Bordeaux III, 1997, p. 239-261. Le témoignage du fils d’un pasteur de Tahiti va dans ce sens : «[volontaires européens et indigènes] considèrent l’armistice comme déshonorant pour la France et veulent rester fidèles à l’alliance avec l’Angleterre » Cité par Henri WEILL, « Les Établissements français de l’Océanie à l’heure des choix. Le ralliement à la France libre, 2 septembre 1940-1er octobre 1941 », mémoire de l’EHESS, 2000, p. 6, publié sous le titre : Tahiti-France libre, Paris, Lavauzelle, 2002.

[19]

J.-M. REGNAULT, « L’échec d’une traduction politique du gaullisme dans l’Océanie française après la Seconde Guerre mondiale » in De Gaulle et le Rassemblement du Peuple français, 1947-1955, Paris, Fondation Charles de Gaulle, 1998, p. 265-279.

[20]

J.-M. REGNAULT, « La France à la recherche de sites nucléaires : 1957-1963 », Cahiers du Centre d’Étude d’Histoire de la Défense, n° 12,2000, p. 29-54; Isabelle CORDONNIER, La France dans le Pacifique sud, approche géostratégique, Paris, Publisud, 1995.

[21]

« À l’origine des mouvements autonomistes, il y a les intérêts particuliers des colons »: Aimé CÉSAIRE interrogé par Yves LACOSTE, Hérodote, n° 37/38, avril-septembre 1985, p. 91.

[22]

Manifeste à la population, dit « Manifeste Vergès-Prinet-Moulédous », Le Bulletin du Commerce, Nouméa, 27 juillet 1940.

[23]

MAE, Londres, vol. 152, fol. 14 et 15.

[24]

MAE, Vichy, vol. 372, télégramme 32,29 août 1940.

[25]

Jean CHASTENET DE GÉRY, Les derniers jours de la Troisième République à Tahiti, 1938-1940, Société des Océanistes, Musée de l’Homme, 1975, p. 383 à 460, citation p. 392. Même idée chez l’amiral DECOUX, À la barre de l’Indochine (1940-1945), Paris, Plon, 1949 et Sillages dans les mers du Sud, Paris, Plon, 1953.

[26]

Le docteur Cassiau évoque par exemple ces « nombreuses familles anglophiles ou descendant de Britanniques » qui se rallient à l’Angleterre et à de Gaulle ( Mémorial Polynésien, vol VI, Papeete, Éditions Hibiscus, 1979, p. 64).

[27]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 149, fol. 7 à 9. Henri Sautot aurait dit : « d’abord et par-dessus tout, assurer la résurrection et le sauvetage de notre Patrie actuellement écrasée sous la botte allemande (… ). Il [le général de Gaulle] représente la volonté de restaurer notre Patrie dans son intégrité territoriale et dans son indépendance… alors que l’obéissance au gouvernement du maréchal Pétain ne nous laisse aucun espoir de sauver l’Empire Colonial Français et de libérer la France, le ralliement au général de Gaulle nous donne l’assurance d’atteindre ce double but ». Néanmoins, le discours tenu aux Nouvelles-Hébrides était ambigu. Sautot disait que la faute de Pétain était seulement de ne plus être libre de décider, mais qu’au fond de lui, le Maréchal invitait les habitants de l’Empire à poursuivre le combat ( Le Néo-Hébridais, n° 268, août 1940).

[28]

H. SAUTOT, op. cit., p. 71, où il est fait allusion à l’ouvrage d’un ancien juge des Nouvelles-Hébrides : Charles-André DOLEY, Sterling et dissidence; l’aventure des Nouvelles-Hébrides, juillet-août 1940, Ideo, Imprimerie d’Extrême-Orient, 1942, p. 38 et suivantes.

[29]

MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 372, télégramme 2107 de Decoux au ministère des Colonies, 15 août 1940.

[30]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 2 et 3. Parmi les noms cités par le tract, on relève celui d’Alain Gerbault, le célèbre navigateur. L’auteur de ce document semble être Jean Bouit, un kinésithérapeute venu s’établir à Tahiti peu avant la guerre. Aucune indication n’est donnée sur l’ampleur de la diffusion de ce tract, ni sur son influence.

[31]

J. CHASTENET DE GÉRY, op. cit., voir le document publié p. 435.

[32]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 139-140.

[33]

Rapport du médecin-capitaine de Curton, gouverneur de la France libre dans les Établissements français de l’Océanie à M. le Général de Gaulle, chef des Français libres, au sujet de la mission du gouverneur général Brunot en Océanie (p. 40). Archives territoriales de Polynésie française.

[34]

Apprenant « que Pétain et Weygand entraient au gouvernement », de Curton note : « cette nouvelle nous avait atterrés comme étant le premier signe de cet assaut contre le régime républicain qui allait être lancé » (É. DE CURTON, op. cit., p. 49).

[35]

Noël ILARI, Secrets Tahitiens, Journal d’un popaa farani, 1934-1963, Nouvelles Éditions Debresse, 1965, p. 150. Noël Ilari a été président de l’assemblée territoriale de 1953 à 1955.

[36]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 107. Document cité par Jean-Baptiste DUROSELLE, Politique étrangère de la France. L’abîme, 1939-1944, Points Histoire, Le Seuil, 1990, p. 305.

[37]

J.-L. CRÉMIEUX -BRILHAC, op. cit., p. 195.

[38]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 4 et 6.

[39]

Archives de l’archevêché de Papeete, 829, p. 4-12.

[40]

Cité par H. WEILL, op. cit., p. 8.

[41]

J. CHASTENET DE GÉRY, op. cit., p. 383-460 et Mémoires de celui qui le remplaça peu après, É. DE CURTON ( op. cit.). En Nouvelle-Calédonie : nombreuses correspondances du gouverneur Pélicier dans les archives et témoignage d’Henri Sautot.

[42]

Archives de l’Archevêché de Papeete, 829, p. 4.

[43]

Reçu à Papeete le 18 août 1940, le texte est promulgué au JO des Établissements français de l’Océanie dès le 20 août. Cité par H. WEILL, op. cit., p. 51.

[44]

Cité par I. KURTOVITCH, op. cit., p. 414. Le 21 juillet, le gouverneur écrivait à Vichy qu’il faisait appel à l’Australie et qu’il ferait tout pour « pour garder la Nouvelle-Calédonie à la France ». Lémery lui répond par de vifs reproches (MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 372). Le gouverneur Pélicier finit par reconnaître qu’il ne peut « gouverner contre la volonté de la population » et que seul son départ « peut permettre de retarder l’émeute ».

[45]

Le gouverneur a eu une position ambiguë qu’on peut résumer par ce message du capitaine Toussaint de Quiévrecourt à Darlan : « il a suivi, après l’armistice, une politique équivoque, sans fermeté, n’ordonnant l’exécution des mesures prescrites par le ministère des colonies que dans la mesure où elle ne contrecarrait pas l’opinion de ses administrés… C’est ainsi que, tout en cherchant à influencer les décisions du conseil général, il n’a pas annulé celles qui étaient favorables au mouvement [de Gaulle], alors qu’il en avait le pouvoir » (François BROCHE, Le bataillon des guitaristes, l’épopée inconnue des FFL de Tahiti à Bir-Hakeim, 1940-1942, Fayard, 1970, p. 127).

[46]

É. DE CURTON, p. 67.

[47]

MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 382.

[48]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 137

[49]

dont celles-ci : *Aucune violence ne sera exercée contre la personne de Monsieur le gouverneur, de Monsieur le capitaine de corvette Commandant de la Marine, des Officiers et de tout autres personnes qui n’ont pas adhéré au mouvement. *Le corps expéditionnaire, unité française, sous le drapeau français, commandé par des cadres français, sera employé uniquement contre les ennemis de notre pays, en collaboration et suivant les ordres, éventuellement, des autorités militaires britanniques (É. DE CURTON, annexe 13).

[50]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 197 et fol. 231.

[51]

É. DE CURTON, p. 117 et suivantes.

[52]

MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 372; É. DE CURTON, op. cit., p. 68-69; H. SAUTOT, op. cit., p. 49 et suivantes; Bernard BROU, Espoirs et réalités. La Nouvelle-Calédonie de 1925 à 1945, Nouméa, Publications de la Société d’Études historiques de la Nouvelle-Calédonie, n° 9,1975, p. 163 et suivantes : le commandant fait paraître des « affiches » qui montrent son attachement à Vichy et son hostilité envers l’Angleterre et l’Australie.

[53]

Télég. de l’Amirauté française à Dumont d’Urville, n° 6601 (coll. privée Ismet Kurtovitch). D’après SHAT 15 H 127, dossier 8, Toussaint de Quiévrecourt aurait tenté de faire route vers Tahiti avec le Dumont d’Urville dans le but de « se rendre maître de Papeete ». Il est averti qu’il serait arrêté par les croiseurs anglais qui surveillaient les Fidji.

[54]

É. DE CURTON, op. cit., p. 106-107.

[55]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 212, ( 03-09-1941). Le pasteur Charles Vernier écrit aussi que parmi les volontaires engagés dans le Bataillon du Pacifique, « la plus grande partie d’entre eux était des protestants » (Charles VERNIER, Tahitiens d’hier et d’aujourd’hui, Société des Missions évangéliques de Paris, éd. de 1948, p. 278). Sur les problèmes du protestantisme face au nazisme, voir Jean BAUBÉROT, « Les Églises et les relations internationales. Les Églises protestantes », in Histoire du Christianisme, vol. 12, Desclée/Fayard, 1990, p. 259-297.

[56]

Le père Hodée, ancien vicaire général du diocèse, a tenté de justifier l’attitude de l’évêque : « Sans informations précises et conscient de sa responsabilité ecclésiale, il était pris entre son sentiment patriotique ardent et son devoir de respecter les autorités légitimes de l’État. Il navigue avec prudence en ce début de son épiscopat, difficile et imprévu sur le plan politique ». Paul HODÉE, Tahiti 1834-1984 : 150 ans de vie chrétienne en Église, Paris-Fribourg, Éditions Saint-Paul, 1983, p. 187.

[57]

Archives de l’archevêché de Papeete B 26 11 (lettres pastorales), 1er septembre 1940. Le témoignage de Chastenet de Géry nous révèle peut-être la pensée de Monseigneur Mazé en rapportant l’anecdote qui suit. Alors que le gouverneur s’inquiète, à la mi-1940, de la façon dont on va ravitailler les archipels éloignés, l’évêque lui répond : « S’ils [les Polynésiens] n’avaient que du coco ou que du pahua (un mollusque : le bénitier), ce pourrait être inquiétant. Mais un peu de coco et un peu de pahua, ils s’en tireront. Et puis ils ont le lagon et la pêche. » Peut-être faut-il voir dans ces propos une version océanienne du retour à la terre prôné par le maréchal Pétain. Un dossier fourni à l’évêque par le procureur de la République par interim, dans lequel figurent des pièces datées de 1941, est commenté ainsi sur le dos d’une enveloppe de la main du prélat : « M. Senesse, procureur, arrêté comme vichyste ainsi que les docteurs et d’autres innocents ». Il semble donc que, contrairement à quelques témoignages, Mgr Mazé soit resté pétainiste.

[58]

Georges DELBOS, L’Église catholique en Nouvelle-Calédonie. Un siècle et demi d’histoire, Paris, Desclée, 1993, p. 373.

[59]

« En présence du conflit très douloureux qui divise actuellement nos compatriotes, nous ne pouvons que prier pour tous et pour le relèvement de la France tout court. Ministres du Dieu de paix et d’amour, [… ] nous devons rester au-dessus et en dehors de tous les partis [… ] Nous continuons à prier pour que la Nouvelle-Calédonie providentiellement rattachée à la France le 24 septembre 1853 reste terre française » (G. DELBOS, op. cit., p. 371).

[60]

H. SAUTOT, op. cit., p. 22.

[61]

Sur l’attitude de la hiérarchie catholique française, voir par exemple : Étienne FOUILLOUX, Les Chrétiens français entre crise et Libération, 1937-1947, Paris, Seuil, 1997,300 p. Il s’est produit, écrit l’auteur, une véritable osmose entre l’Église catholique et Vichy. Les évêques font confiance au Maréchal, jusqu’à ce que des comportements peu compatibles avec l’Évangile soient flagrants. Mais tous les prélats n’ont pas pris leurs distances avec le régime.

[62]

Notons le cas d’un père mariste missionnaire aux Salomon, Jean Poidevigne, qui rejoint la Nouvelle-Calédonie afin de rallier de Gaulle. Il devient l’aumonier catholique du Bataillon du Pacifique (SHAT 15 H 127, dossier 15).

[63]

É. DE CURTON, p. 102 et 134.

[64]

MAE, Londres, vol. 152, fol. 14 et 15.

[65]

MAE, Vichy, vol. 372. Voir aussi cet article du journal The Times du 24 juillet 1940 : « M. Paul Vois, managing director of a large nickelmining company in the French colony of New-Caledonia has arrived to consult the Australian Government on the economic future of the colony… now that the Continental markets for chromium and nickel are closed. He says that the position in New-Caledonia is not clearly definable and that the Administrators are awaiting the course of events » (MAE, GU 39-45, Londres, vol. 79, fol. 4).

[66]

Note de la direction des Affaires politiques et économiques de Vichy (MAE, GU 39-45, Vichy, vol 372, note du 17 août 1940).

[67]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 149, fol. 7 à 9.

[68]

« Le 23 juin, le gouvernement britannique lançait un communiqué constatant la volonté de résistance manifestée par plusieurs hautes autorités de l’Empire français et leur proposant son concours » ( Mémoires de Guerre). « Si l’Inde française désire avoir avec nous des relations commerciales, il faut qu’elle se rallie au général de Gaulle. Sinon, pas de commerce ! Dans une affaire comme celle-ci, il ne s’agit pas de se montrer coulant… Tout nouveau ralliement de colonie française a maintenant de l’importance » (de Winston Churchill au général Ismay, 31 juillet 1940, cité par J.-L. CRÉMIEUX -BRILHAC, p. 66).

[69]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 85, fol. 12 et suivants.

[70]

Mémorial Polynésien, vol. VI, p. 64.

[71]

Cité par C. LAUVRAY, op. cit., p. 27.

[72]

Cité par C. LAUVRAY, op. cit., p. 27.

[73]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 12.

[74]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 85, fol. 37.

[75]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 149, fol. 7 à 9, non daté.

[76]

MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 372.

[77]

Le 3 septembre 1940, le gouverneur informe le conseil général que Vichy s’est engagé à livrer au Japon toute la production minière et métallurgique du territoire et à permettre la venue de travailleurs et de matériels japonais, pour l’exploitation des mines (I. KURTOVITCH, op. cit., p. 426).

[78]

Une conférence doit avoir lieu en Australie pour régler le problème du coprah et protéger les phosphates de Makatea (MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 94 à 97,12 novembre 1940).

[79]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 75, fol. 1.

[80]

Lettre de Chatelain et Kollen (de Nouméa) à de Gaulle, le 28 décembre 1940 : « l’interdiction d’exporter des minerais de fer et de nickel sur le Japon a été très bien accueillie ici, surtout en ayant l’assurance que la production calédonienne serait achetée en totalité par l’Amérique et la Grande-Bretagne » (MAE, GU 39-45, Londres, vol. 79, fol. 84).

[81]

25 novembre 1940, lettre de Chatelain et Kollen à Commandant Fontaine (au QG des FFL), MAE, GU 39-45, Londres, vol. 79, fol. 41.

[82]

É. DE CURTON, op. cit., p. 43.

[83]

M. MICHEL, op. cit., p. 240.

[84]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 79, fol. 26.

[85]

Chatelain et Kollen à de Gaulle, 7 décembre 1940 : « en grand nombre relativement, les indigènes surtout sont débordants d’enthousiasme à l’idée de rejoindre bientôt les FFL… Plus réservés sont les Calédoniens de souche européenne » (MAE, GU 39-45, Londres, vol. 79, fol. 54). Détails sur la participation des Mélanésiens dans I. KURTOVITCH, op. cit., p. 442 à 445 et dans SHAT 12 h 4 dossier 4 (rôle joué par les chefs et les Anciens combattants mélanésiens).

[86]

É. DE CURTON, op. cit., p. 56. Signalons que dans le comité de Gaulle, il y a les trois chefs de districts membres des Délégations économiques et financières (Tehema Winchester, chef de Katiu, dans les Tuamotu, Mataitai d’Afareaitu à Moorea, et Teriieroiterai de Papenoo) et le vice-président de la chambre d’agriculture, Charles Maraetefau.

[87]

É. DE CURTON, op. cit., p. 55. S’il ne s’agit ni de démagogie, ni de reconstruction a posteriori, ce témoignage est particulièrement intéressant. En effet, les îles Sous-le-Vent ont la réputation d’être hostiles à la présence française. À la fin du XIXe siècle, l’archipel a été annexé et pacifié. De Curton note d’ailleurs que certains vieux chefs avaient participé aux combats. On pourrait alors émettre l’hypothèse suivante : c’est l’hostilité latente à la présence française qui, à l’heure de la défaite, pousse les populations à se tourner vers l’Angleterre et, en prolongement, à soutenir le général de Gaulle. L’attitude de Pouvanaa a Oopa, originaire de cette région, s’expliquerait ainsi plus facilement.

[88]

Le sénateur Gérald Coppenrath a écrit qu’à Tahiti, si on excepte trois cents combattants du Bataillon du Pacifique, « les indigènes n’ont pas dépassé le rôle du décor » (G. COPPENRATH, « Évolution politique de la Polynésie française depuis la Première Guerre mondiale », JSO, n° 15, décembre 1959, p. 254).

[89]

É. DE CURTON, op. cit., p. 135.

[90]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 130, rapport du 1er janvier 1941. Déjà, le 7 décembre 1940, de Curton envoie à Sautot la situation des fonctionnaires :

[91]

MAE, GU 39-45, Vichy, vol. 382, 26 mars 1941.

[92]

MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 245-246. Il faudra s’interroger sur ce que ce mot « colon » recouvre sur des îles qui n’ont pratiquement pas d’agriculture spéculative. Sur l’attitude des colons dans l’ensemble de l’empire : Jacques BINOCHE, La France d’outre-mer, 1815-1962, Paris, Masson, 1992, p. 183-184. Sur l’attitude des peuples de l’empire : Guy PERVILLÉ, De l’Empire français à la décolonisation, Paris, Hachette, 1991, p. 90 à 98.

[93]

Parmi plusieurs références au MAE, celle-ci : MAE, GU 39-45, Londres, vol. 152, fol. 181 : du Dominion Office au gouvernement de Nouvelle-Zélande : « Nous sommes informés qu’il existe un danger que les Japonais essaieraient d’exploiter la situation interne dans les colonies françaises libres pour encourager des mouvements de dissidence en vue d’une coopération ultérieure. »

[94]

Alain PEYREFITTE, C’était de Gaulle, Paris, Fayard, 2000, tome 2, p. 120-121. Voir Paul DE DECKKER, « Au sujet de la perception de la France dans le Pacifique : pour une contribution à l’histoire de temps mal conjugués », RFHOM, Paris, n° 284-285, p. 545 à 571.

[95]

«[À Tahiti] le ralliement à de Gaulle recouvre deux sentiments différents : défendre la France dans l’épreuve, affirmer l’identité de Tahiti. Dans les deux cas, il s’agit d’attendre de la France une certaine reconnaissance » (Jean-Marc Regnault, Te Metua, l’échec d’un nationalisme tahitien, Papeete, Polymages, 1996, p. 19). Ce n’est pas ainsi, semble-t-il, que le Général a vu les choses : « Dans les territoires du Pacifique, de Gaulle tenait à ce que toutes les dispositions fussent prises pour que nous restions très longtemps [… ]. Plus généralement, la pérennité de la présence française dans cette partie du monde lui tenait à cœur » ( Foccart parle, tome 1, p. 255-256). Jacques Foccart ajoute que de Gaulle n’envisageait pas l’indépendance des Nouvelles-Hébrides.

Résumé

Français

Dans la légende gaulliste, les ralliements des Nouvelles-Hébrides, de Tahiti et de la Nouvelle-Calédonie s’expliquent par le patriotisme des habitants. La réalité est plus complexe. Sans négliger l’attachement à la France, il y a des raisons qui tiennent à la vie politique, économique et religieuse. Les motifs de l’engagement dans le camp gaulliste changent également selon les groupes ethniques. L’isolement de ces terres dans l’immensité océanienne explique aussi les ralliements à la France libre.

English

The Gaullist legend explains the rallying of the New Hebrides, Tahiti and New Caledonia with the patriotism of their populations. Reality is more complex. Without neglecting the attachment to France, political, economical and religious reasons did also play a role. The motivations for rallying the Gaullist cause vary also according to the ethnic communities. The isolation of these islands in the vastness of Oceania also provides an explanation for choosing the “Free French”.

Plan de l'article

  1. LA LÉGENDE GAULLISTE : « UN ARDENT PATRIOTISME » ?
  2. LES PROBLÈMES POLITIQUES ET IDÉOLOGIQUES
  3. L’ATTITUDE DES AUTORITÉS CIVILES ET MILITAIRES
  4. LE RÔLE DES GROUPES DE PRESSION : ÉGLISES ET ANCIENS COMBATTANTS
  5. LES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES ET LE RAVITAILLEMENT, SOURCES ESSENTIELLES DES RALLIEMENTS
  6. ATTITUDES COMPARÉES DES AUTOCHTONES ET DES EUROPÉENS

Pour citer cet article

Regnault Jean-Marc, Kurtovitch Ismet, « Les ralliements du Pacifique en 1940. Entre légende gaulliste, enjeux stratégiques mondiaux et rivalités Londres/Vichy », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 4/2002 (no49-4), p. 71-90.

URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2002-4-page-71.htm
DOI : 10.3917/rhmc.494.0071


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