Accueil Revue Numéro Article

Revue de littérature comparée

2003/3 (n o 307)



Article précédent Pages 325 - 338 Article suivant
1

C’est d’abord dans les écrits de Giuseppe Mazzini que Romain Rolland découvre les lettres polonaises. La personnalité de ce révolutionnaire italien l’a à tel point intéressé qu’il a décidé de lui consacrer un livre, lequel devait prendre place dans la série de « Vies des Hommes illustres ». Le projet n’a pas abouti. Après des années de travail et la lecture de presque tous les livres de Mazzini, l’écrivain a délaissé ses notes de travail, ne pouvant plus vivre dans l’aura de la pensée héroïque et pessimiste du penseur italien. Mais, avant qu’il n’entre dans ce monde grandiose, en octobre 1895, il rencontra d’abord Malwida von Meysenbug qui connaissait personnellement Mazzini. La rencontre eut lieu à Versailles, en été 1889. La « Baronne de Meysenbug, Rivallier d’origine, famille française, huguenote, de la Révocation, émigrée sur l’autre rive du Rhin », devint par la suite « la lumière sereine » du jeune normalien fixé pour un an à Rome [2]  R. Rolland, Le Voyage intérieur (Songe d’une vie),... [2] . Née en 1816, morte en 1903, elle a émigré en 1852 de son Allemagne natale à Londres où elle a rencontré plusieurs émigrés italiens, allemands, russes, français, polonais, dont Mazzini et Worcell. Incitée par eux, elle a lu Mickiewicz et d’autres poètes romantiques polonais. Dans ses Mémoires d’une idéaliste, parus en Suisse en 1869, elle a dit que certains des émigrés polonais se comportaient comme s’ils étaient « drapés dans la conspiration » et elle a cité, parmi les traits de caractère peu sympathiques de ces Polonais, une jalousie mesquine et un goût particulier pour les intrigues. Une seule exception : Stanislaw Worcell, à qui elle a consacré plusieurs pages enthousiastes, vantant sa bonté et son intelligence ainsi que sa grandeur dans la souffrance. Elle a été présente à ses obsèques et a vu Mazzini et Ledru-Rollin, entre autres, porter le cercueil. Dans ses conversations avec Romain Rolland, elle a parlé de tous ces hommes, et de Mazzini en particulier.

2

L’auteur de la Vie de Beethoven, commence à lire Mazzini en octobre 1895, d’abord dans un volume de Lettres intimes de Joseph Mazzini, publiées cette même année à Paris, avec introduction et notes de D. Melegari. Ensuite, il lit d’autres volumes de correspondance ; surtout la volumineuse édition de Scritti editi e inediti avec, dans le cinquième volume, un des textes les plus importants de Mazzini, Fede e avvenire, écrit sous l’influence des Livres de la nation polonaise et des pèlerins polonais de Mickiewicz et de Paroles d’un croyant de Lamennais. Mazzini devient peu à peu un des « compagnons de route » de Rolland : « Depuis 1901, écrit-il, vie intérieure avec ceux qui furent l’aliment de mes œuvres : Beethoven, Michel-Ange, Tolstoy, Mazzini » [3]  Ibid., p. 350. [3] .

3

Le jeune écrivain n’a pu trouver meilleur guide de littérature polonaise. Le penseur italien lisait tous les textes des poètes polonais qui paraissaient traduits en France, en Suisse, en Angleterre. Son admiration allait d’abord à la poésie d’Adam Mickiewicz : le poète polonais représentait à ses yeux l’idéal du poète national des temps nouveaux. Il a même traduit en italien et en anglais plusieurs fragments des poèmes de Mickiewicz et souhaitait que les femmes italiennes apprennent la leçon de patriotisme contenue dans Do matkiÀ une mère polonaise ) [4]  Adam Lewak, Ideologia polskiego romantyzmu politycznego... [4] ; il a écrit, en 1834, pour Le Polonais, « journal des intérêts de la Pologne », un compte rendu d’une traduction récente des Aïeux [5]  Dans ce journal (1833-1836), fondé à Paris par Ludwik... [5] ; il a publié, en 1838, dans The Polish Monthly Magazine, un article sur Mickiewicz, accompagné de fragments des Aïeux, de Farys et d’un des Sonnets de CriméeOn the Tomb of Potocka [6]  [Guiseppe Mazzini], « Adam Mickiewicz », The Polish... [6] . Mais dans une lettre de 1839, tout en disant son admiration, Mazzini formule une critique qui va au cœur des choses :

4

J’admire cet homme : je ne connais pas en ce moment de poète en Europe qui s’élève aussi haut que lui. Mais sa route est faussée. Il pou vait être le poète précurseur, et il n’est que le poète des grandes ruines. L’avenir ne relèvera pas de lui non plus que de l’école catholique. [7]  Lettre de G. Mazzini du 2 septembre 1839 à Lisette... [7]

5

Mazzini se tournait vers un autre poète polonais : Zygmunt Krasin´ski, qu’il considère comme le plus grand après Byron et Goethe :

Krasin´ski is the most powerful poet of latter times, since Byron and Goethe. And I rage at his being so unknown, still in agonies when I think of some Bowring or like undertaking to translate him. I long for the second volume and Iridion of which I only know a few wonderful fragments. [8]  Lettre de G. Mazzini du 17 novembre 1869 à Emily Ashurst... [8]

6

Devant Marie d’Agoult, Mazzini se fait le défenseur de ces « pauvres Slaves » qu’elle méprise :

7

Ils ont seuls aujourd’hui, depuis la mort de Goethe et de Byron, la seule poésie spontanée, vibrante, respirant l’action qu’il me soit donné de connaître. Vous me citez Mickiewicz que j’ai connu ; il n’est pas le seul.

Ils ont Malczewski, Gorczyn´ski, Zaleski, Krasin´ski. Il y a plus de poésie dans un des embrassements que Zaleski donne à l’Ukraine et à ses steppes, plus de poésie dans quelques scènes du Drame de Krasin´ski, dans son Rêve de Cesara, dans son Prisonnier que dans toutes les élégies de Lamartine et dans toutes les poésies en bas-relief de Victor Hugo [9]  Le « Drame » de Krasin´ski désigne sans doute Iridion,... [9] . La vie, l’action, le sentiment d’une tâche à accomplir, remuent dans tout ce que ces hommes que vous appelez ineptes, écrivent. Enfin, mon amie, ces hommes, ces Slaves que vous méprisez, savent le martyre que nous ne connaissons plus : ils prient et combattent, tandis que nous diplomatisons ; ils luttent et lutteront, soyez-en sûre, jusqu’à l’avènement, tandis que nous faisons de l’opportunisme entre le tombeau de la Pologne et celui du Danemark. À force de l’analyser, nous avons tué la vie. Votre race germanique, c’est la critique, c’est la pensée sans l’action. Son unité n’a pas un martyr depuis 1848. La Pologne tout entière est un seul martyr. [10]  Lettre de G. Mazzini du 26 septembre 1864 à Marie d’Agoult,... [10]

8

Enfin, dans les Note autobiografiche, de 1862, en racontant un « orage de doute » qui s’abattit sur lui en 1837 à Londres, Mazzini cite les fragments de Krasin´ski et de Skarga. Se répétant les paroles pleines d’espérance et de foi en l’avenir du poète romantique et les fortes paroles du prédicateur inspiré du XVIIe siècle polonais, le réfugié italien a pu vaincre sa faiblesse :

9

Ricordo un brano di Krasin´ski, potente scrittore polacco ignoto all’Italia, nel quale Dio dice al poeta : « Va e abbi fede nel nome mio. Non ti calga della tua gloria, ma del bene di quelli ch’io ti confido. Sii tranquillo davanti all’orgoglio, all’oppressione e al disprezzo degli ingiusti. Essi passeranno, ma il mio pensiero e tu non passerete. […] Va e ti sia vita l’azione ! Quand’anche il cuore ti si dissiccasse nel petto, quand’anche tu dovessi dubitare de’tuoi fratelli, quand’anche tu disperassi del mio soccorso, vivi nell’azione, nell’azione continua e senza riposo. E tu sopravviverai a tutti i nudriti di vanità, a tutti i felici, a tutti gli illustri ; tu risusciterai non nelle sterili illusioni, ma nel lavoro dei secoli, e diventerai uno tra i liberi figli del cielo ».

E poesia bella e vera quant’altra mai. E nondimeno – forse perché il poeta, cattolico, non poté sprigionarsi dalle dottrine date dalla fede cattolica per intento alla vita – spira attraverso quelle linee un senso di mal respresso individualismo, una promessa di premio ch’io vorrei sbandita dall’anima sacra al bene. Il premio verrà assegnato da Dio ; ma noi non dovremmo preoccuparcene. La religione del futuro dira al credente :

Salva anima altrui e lascia cura a Dio della tua. La fede, che dovrebbe guidarci, splende, parmi piú pura, nelle poche parole di un altro polacco, Skarga, anche piú ignoto di Krasin´ski, ch’io ho ripetuto sovente a me stesso : « Il ferro ci splende minaccioso sugli occhi ; la miseria ci aspetta al di fuori ; e nondimeno, il Signore ha detto : Andate, andate senza riposo. Ma dove andremo noi, o Signore ? Andate a morire voi che dovete morire ; andate a soffrire voi che dovete soffrire ! » [11]  Scritti editi ed inediti di Giuseppe Mazzini, Imola,... [11]

10

Mazzini a découvert Skarga dans les cours que Mickiewicz professait au Collège de France. On sait qu’il les connaissait fort bien et les citait souvent. Dans sa Quarantième leçon, du vendredi 25 juin 1841, Mickiewicz caractérisait l’œuvre du prédicateur et, parlant du patriotisme de Skarga, en faisait une évocation pathétique et tragique, qui fait penser au tableau connu de Jan Matejko, Le sermon de Skarga (1864) :

11

Il s’arrête un moment, et, frappé d’une vision, il continue ainsi :

« Qui me donnera assez de larmes pour pleurer jour et nuit les malheurs des enfants de ma patrie ? Ainsi tu es devenue veuve, belle terre, mère de tant d’enfants ! Je te vois dans la captivité, ô royaume orgueilleux ! et tu pleures tes fils, et tu ne trouves personne qui veuille te consoler. Tes anciens amis te trahissent et te repoussent ; tes chefs, tes guerriers, chassés comme un troupeau, traversent la terre sans s’arrêter et sans trouver de bercail. Nos églises et nos autels sont livrés à l’ennemi ; le glaive se dresse devant nous ; la misère nous attend au dehors, et cependant le Seigneur dit : - Allez ! allez toujours ! – Mais où irons-nous, Seigneur ? – Allez mourir, ceux qui doivent mourir ; allez souffrir, ceux qui doivent souffrir ! » [12]  Les Slaves, op. cit. Selon Mickiewicz, Skarga a réalisé... [12]

12

Romain Rolland a lu le texte cité de Mazzini, avec les fragments de Krasin´ski et de Skarga, le 29 juin 1901, au moment où il travaillait au Matin, deuxième volume de Jean-Christophe. Dans les Notes manuscrites pour « Jean-Christophe », il parle de « la magnifique citation » de Krasin´ski et de celle de Skarga, qui a inspiré la fin du volume, Le Matin. Bernard Duchatelet, en commentant cet emprunt, dit très justement que le romancier a su en tirer « un parti admirable » :

13

Dans cette dernière page s’affirme une rude morale. Dans sa brièveté la scène résume d’une façon concentrée la leçon du volume entier. Sa puissance réside à la fois dans l’âpre héroïsme qu’elle exalte et dans l’intransigeance absolue qu’elle exprime. Aux souffrances et au destin contraire qui l’accableront Christophe opposera sa volonté et sa foi inébranlables. [13]  B. Duchatelet, Les Débuts de « Jean-Christophe » (1886-1906).... [13]

14

La rencontre de Rolland avec Mazzini, Krasin´ski et Skarga eut donc lieu en 1901. Dix-huit ans plus tard, en 1919, Edmond Privat envoya à Rolland son livre qu’il venait de publier, L’Europe et l’Odyssée de la Pologne au XIXe siècle. Après la lecture du livre, Romain Rolland écrivit à sa mère :

15

Le livre de Privat sur la Pologne m’a beaucoup intéressé. C’est horrible, horrible, l’histoire de ce pauvre peuple, au XIXe siècle. Et l’attitude de la France et de l’Angleterre à son égard ne peut pas se qualifier. Quelle honte ! […] – Ce que j’ai lu, çà et là, du poète Krasin´ski me paraît sublime. (Déjà, j’en avais été saisi jadis, en trouvant des citations de lui dans Mazzini, qui l’aimait). Je veux tâcher de le connaître mieux. [14]  Lettre à sa mère du 27 janvier 1919. Fonds Romain ... [14]

16

Dans sa lettre à Privat, il demandait s’il y avait des traductions françaises de Krasin´ski : « Voici des années que j’en avais lu avec saisissement des fragments cités par Mazzini : (vous savez qu’il regardait les poètes de Pologne comme les plus grands du siècle). Et les extraits que vous en donnez dans votre livre me paraissent sublimes. » [15]  Lettre à Edmond Privat du 28 janvier 1919. Revue Neuchâteloise,... [15] Privat a cité les fragments de Krasin´ski dans le chapitre XXII de son livre, Les Massacres de Varsovie. Il y a relaté d’abord les événements de Varsovie de février et d’avril 1861, considérés comme une des expériences collectives de la résistance passive ou de la non-violence. En voici l’historique rapide : on célèbre un service funèbre à l’église des Bernardins. L’assistance est si nombreuse qu’elle déborde jusqu’au milieu de la rue. La cérémonie terminée, l’assemblée s’écoule très lentement au son de l’orgue et se prépare à saluer le mort… quand un escadron de cavalerie, lancé à toute allure, fonce à l’improviste sur la masse des fidèles. Aucun ne bronche et bientôt le convoi se met tant bien que mal en marche et suit la bière. Furieux, les cosaques vont chercher du renfort : un détachement d’infanterie arrive au pas de course. Les soldats s’alignent et chargent leurs fusils. Sans aucune sommation, l’officier fait ouvrir le feu sur la foule désarmée. La boucherie commence et l’hymne polonais, entonné par mille bouches, répond seul aux balles russes.

17

Le 8 avril de la même année, devant le palais du lieutenant impérial, une foule revenant du cimetière, et chantant un hymne religieux dont Privat donne une traduction, avec ce refrain : « Rends-nous la patrie, rends-nous, Seigneur, la liberté », est accueillie par un feu de salve : cinquante personnes tombèrent. Le chant continua. L’officier répéta les sommations pour faire évacuer la place. Personne ne bougea. Au contraire. La foule s’était agenouillée et les manifestants se tenaient par la main pour s’encourager mutuellement. Un second feu de salve partit. Les premiers rangs furent abattus. Le chant continua de plus belle. La troupe recula. Les officiers firent cesser le feu : c’était la victoire de la non-résistance.

18

Et c’est alors que Privat cite les fragments de Krasin´ski disant que dans Les Psaumes de l’Avenir le poète « avait légué ces vers qui se transmettaient de bouche en bouche » :

19

Seigneur, ce que nous te demandons, ce n’est pas l’espérance, car elle tombe déjà sur nous comme une pluie de fleurs. Ce n’est pas la mort de nos ennemis : elle est écrite sur les nuages de demain. […] Ce ne sont pas les armes, puisque tu en as mis dans nos âmes. […] Ce que nous te demandons, c’est de nous mettre une intention pure au fond de nos cœurs… Faut-il donc être meurtrier avec les meurtriers ? Faut-il mentir, tuer, haïr, blasphémer ? Le monde nous crie : « À ce prix, à vous la puissance et la liberté, sinon rien ! »

Non, mon âme, non, pas avec ces armes. Le poids du sacrifice peut seul écraser à son tour le sort qui nous écrase… […] ô ma patrie ! sois plutôt la patience qui enseigne comment on relève l’édifice pierre à pierre ; sois l’inflexible volonté et l’humble recueillement qui préparent la victoire future ; sois le calme dans la tempête ; sois l’harmonie parmi les cris de haine ; sois l’éternelle beauté au milieu des laideurs ; sois, pour les lâches et les pharisiens, le silence accablant qui méprise ; sois pour les faibles la force qui relève les courages ! Sois l’espérance pour ceux qui l’ont perdue ! Dans ton combat contre l’enfer de ce monde, qui se dresse contre toi, sois cette force de calme et d’amour, devant laquelle l’enfer tout entier sera toujours impuissant ! [16]  E. Privat, L’Europe et l’Odyssée de la Pologne au XIXe... [16]

20

Romain Rolland citera encore ce texte de Krasin´ski dans une lettre adressée à Pierre Herdner, l’un des organisateurs du « septième camp d’amitié internationale » organisé à Chevreuse en 1930. Les Psaumes de l’avenir sont désignés dans cette lettre comme « l’Évangile de la Non-Violence » et le souvenir de la grandeur du sacrifice des Polonais fait dire au romancier cette phrase capitale : « Jamais la Pologne n’aurait ressuscité, sans la vénération que de tels exemples ont laissée au cœur de l’Europe » [17]  Lettre à Pierre Herdner du 14 juillet 1930, publiée... [17] .

21

Dans la lettre précitée à Privat, Rolland lui demandait aussi s’il existe en français un bon manuel de littérature polonaise avec des morceaux choisis, sinon Privat et ses amis polonais pourraient en écrire un car il pense que Mickiewicz et Sienkiewicz ne représentent pas suffisamment la littérature polonaise. Il sait bien qu’on a traduit quelques pièces de Wyspian´ski, mais ce sont surtout les poètes romantiques qui l’intéressent.

22

En effet, la littérature polonaise contemporaine ne l’attirait pas beaucoup. Rolland formulait des réticences à propos de l’œuvre de Stanislaw Wyspian´ski. En 1918, après avoir lu Les Noces, publié en 1917 aux Éditions de la Nouvelle Revue Française dans la traduction d’Adam Vada et de Georges Lenormand, et envoyé à Rolland par le jeune enthousiaste du dramaturge polonais, Jean de Saint-Prix, il a écrit dans une lettre à sa sœur : « une étrangère décousue et ennuyeuse – une Polonaise intermittente », et a confessé : « La Pologne est un des pays d’Europe que, jusqu’ici, je comprends littérairement le moins. Je le regrette et je l’attribue à l’insuffisance des traductions. Des œuvres trop lyriques échappent à la lecture en une autre langue ». Romain Rolland avait déjà découvert Wyspian´ski en 1912, quand La Revue Bleue publia dans son numéro du 28 septembre une étude importante sur le dramaturge polonais, écrite par Adam Vada, « Un grand poète tragique : Stanislas Wyspian´ski (1869-1907) ». La même revue, dans ses numéros du 5 et du 12 octobre 1912, donna aussi, dans la traduction de Adam Vada et de Lucien Maury, un autre drame de Wyspian´ski, Protesilas et Laodamie [18]  Cf. la lettre de Romain Rolland à sa sœur du 17-18... [18] . L’étude de Vada et la traduction ont été publiées sous forme d’un livre en 1913. L’auteur rapprochait Wyspian´ski de Piotr Skarga, le « Bossuet polonais ». Romain Rolland ne partageait donc pas l’enthousiasme de Saint-Prix qui s’exprimait, entre autres, dans cette lettre du 30 août 1917 :

23

C’est un génie de tout premier ordre, et qui a innové une forme théâtrale des plus originales, je suis persuadé qu’il vous intéresserait beaucoup.

Une de ses pièces a été traduite en français : Les Noces. Elle a un but social : la régénération de la Pologne, mais aboutit à un doute profond sur la vitalité des masses. – Il y a quelques années, l’aristocratie polonaise, pour vivifier sa race, mariait ses membres masculins à de jeunes paysannes. C’est dans une ferme, à l’occasion d’un tel mariage, que se passe cette pièce. Sous l’excitation de la danse et de la musique, la torpeur des paysans se réveille, les fantômes des héros nationaux morts apparaissent, un grand complot se trame pour ressusciter la nation endormie ; mais les premiers rayons de l’aube dissipent l’illusion féconde, et tous les invités de la noce, silencieusement, dansent sans penser une danse d’oubli, de mort, avant de reprendre leur travail journalier. Tel est le thème. Au point de vue artistique, la pièce est d’une construction symphonique remarquable. Un orchestre joue le même thème pendant les trois actes, ce qui donne au drame un caractère de rêve. La mise en scène était, paraît-il, minutieusement réglée par Wyspian´ski lui-même, grand peintre autant que grand dramaturge. [19]  Lettre de Jean de Saint-Prix à Romain Rolland du 30... [19]

24

Dans l’histoire des contacts de Romain Rolland avec la littérature polonaise, une place importante doit être réservée aux deux lauréats du prix Nobel, Sienkiewicz et Reymont. Avec le premier, il a eu, en 1915, deux entretiens qui sont décrits dans le Journal des années de guerre. Mais aucun jugement de l’œuvre de l’écrivain polonais ne perce à travers ses descriptions de visites. A-t-il lu Quo Vadis ? ou la trilogie romanesque, Par le fer et par le feu ? On ne saurait même pas le dire. Par contre Sienkiewicz lui a parlé « avec une chaude cordialité » de Jean-Christophe. « Mais peu ou point de mon attitude pendant la guerre ; et sur la guerre même, il surveille toutes ses paroles. J’ai souvent cette impression avec les Polonais. Ils sont trop prudents ; il n’y a pas de plaisir à causer avec eux. Leur siècle de compression politique par trois maîtres différents, tantôt alliés et tantôt ennemis, les a habitués à une circonspection excessive. Leur parfaite politesse ne remplace pas la confiance qui manque. » [20]  R. Rolland, Journal des années de guerre. 1914-1919,... [20] Par contre, avec Wladyslaw Stanislaw Reymont, l’auteur des Paysans, un lien amical s’est vite établi. Ayant reçu de Rolland l’autorisation de traduire en polonais Mahatma Gandhi, Reymont lui a parlé de l’intérêt que l’on porte en Pologne à son œuvre et de la passion avec laquelle les Polonais lisent tous ses livres ; il exprimait aussi son admiration personnelle pour toute son œuvre et lui envoyait la première partie de son livre, traduite magistralement par Franck-Louis Schoell (Prix Langlois de l’Académie Française). Romain Rolland lit le livre et, plein d’enthousiasme, écrit à Reymont, le 17 mai 1925 :

25

Cher Ladislas Reymont Je vous remercie beaucoup de m’avoir envoyé les traductions françaises de vos deux livres. J’ai la plus grande admiration pour vos PaysansL’Automne ). Quelle terre abondante et riche ! – Vous-même dans une belle page, vous comparez Jagusia (combien je l’aime) à « la sainte terre, puissante et sans volonté », brûlante et sans désir… Cette terre, ils sont tous ses fils, ses plantes – des fruits aux racines, – les êtres que vous avez – non créés, mais semés, cultivés, récoltés : ces inoubliables Boryna, la Dominikowa, Kuba, etc., et la belle Jagusia, – ce champ où dorment les passions qui s’ignorent.

Heureux qui, comme vous, n’est pas un faiseur de livres – (et à force d’en faire ou d’en lire, disait Goethe, soi-même on devient un livre !) – mais une terre, – mais sa terre, tout au long du cycle de ses quatre saisons !

Je vous félicite et je félicite, en vous, votre pays. Je me réjouis que vous existiez, et je vous remercie d’être venu à moi.

Croyez-moi, je vous prie, cher Ladislas Reymont, votre admirateur dévoué Romain Rolland. [21]  R. Rolland, lettre à W. S. Reymont, 17 mai 1925, publiée... [21]

26

La sympathie de Romain Rolland allait aussi vers d’autres écrivains polonais. Par exemple, dans une interview donnée à Irena Krzywicka en 1925, il regrettait de ne pas connaître les œuvres de Stefan Zeromski dont il a entendu parler, s’étonnant du fait qu’on ne le traduisait pas en français [22]  I. Krzywicka, « U Romain Rollanda », Wiadomos´ci Literackie,... [22] . Stefan Zeromski, d’ailleurs, sollicité en 1924 par la rédaction des Nouvelles Littéraires, qui organisait une enquête au sujet de la place de la littérature française en Pologne, donnant sa réponse, qu’on n’a d’ailleurs jamais publiée dans cette revue, plaçait le nom de Romain Rolland en premier lieu : « Toutes les œuvres de la nouvelle littérature romanesque française, celles de Romain Rolland, Marcel Proust, Georges Duhamel, Roger Martin Du Gard, Paul Morand, Raymond Radiguet, si précocement enlevé, trouvent ici des traducteurs (celles de Romain Rolland et de Georges Duhamel ont été retraduites à plusieurs reprises). Et si, faute de facilité de publication, elles ne paraissent pas en polonais, elles sont lues avec ardeur dans l’original par notre public cultivé » [23]  « La Pologne et la littérature française. Ce qu’en... [23] .

27

Certains critiques polonais étaient sensibles à des affinités entre Rolland et Zeromski. En 1917, Juliusz Kleiner, spécialiste éminent de la littérature polonaise, qui, répondant dix ans plus tard à une enquête, avouait : « Parmi les auteurs contemporains, celui qui m’est le plus proche c’est le Romain Rolland de Jean-Christophe » [24]  La réponse de Juliusz Kleiner à une enquête, « Ce que... [24] , établissait, dans un compte rendu consacré à la trilogie de Stefan Zeromski, Walka z Szatanem [ La Lutte contre Satan ], un parallèle intéressant entre la méthode artistique de Romain Rolland et celle de l’écrivain polonais. Le critique discernait une ressemblance au niveau de la présentation de la biographie du héros :

28

Le principe de la biographie – car dans le premier volume, Nawracanie Judasza [ La Conversion de Judas ], on donne la biographie et non pas le roman – c’est la présentation simple des faits qui ne devient vivante que de temps à autre dans une scène ou dans un dialogue, mais qui se transforme dans la plupart des cas en traités sur différents problèmes. Cette méthode qui a certainement pour but de montrer la vérité à travers la substance réelle de la vie, ressemble un peu aux fragments biographiques et idéologiques de Jean-Christophe de Romain Rolland. Mais elle est appliquée de façon moins heureuse. Dans le grand ouvrage de l’écrivain français nous suivons pas à pas la formation d’une âme riche et artiste qui doit s’imprégner de toute la culture d’aujourd’hui ; nous sentons que le genre de la biographie est ici indispensable, nécessaire, que les différents problèmes doivent apparaître sous une forme intellectuelle qui n’est pas recomposée dans le roman car c’est ainsi qu’ils entraient dans l’esprit du héros ; en plus, c’est uniquement de cette façon qu’on pouvait dominer la matière aussi vaste, unir en un ensemble supérieur une suite de romans séparés et donner à cet ensemble le charme de la vérité, vérité qu’on n’obtient pas par la facture artificielle d’une technique romanesque ordinaire.

29

Il en va autrement dans le roman de Zeromski. Dans la biographie de Nienaski, dit Kleiner, il n’y a pas d’unité ; dans celle de Krafft, par contre, elle est conservée. Zeromski présente souvent des problèmes qui n’ont rien de commun avec l’évolution du héros, ils ne sont introduits que parce que l’auteur ressentait le besoin d’en parler [25]  J. Kleiner, « Sprawozdania z ksiazek » [Comptes rendus],... [25] .

30

On trouvait d’autres parallèles. En 1912 déjà, Adam Grzymala-Siedlecki pensait, dans son compte rendu d’un roman de Juliusz Kaden-Bandrowski, Niezgul-a [ Ganache ], que ce roman était né « sous l’influence de Jean-Christophe; la ressemblance est particulièrement frappante dans le premier chapitre de Niezgul-a, où le petit Dem joue aux mêmes jeux qui séduisaient Christophe dans l’épopée de Rolland » [26]  Quis. [Adam Grzymala-Siedlecki], « Ksiazki » (Les Livres),... [26] . Notons au passage que ce même Kaden-Bandrowski a écrit, pour la revue Europe, qui, dans son numéro de février 1926 célébrait le soixantième anniversaire de Rolland, un texte dont voici un fragment :

31

Nous avons vécu grâce à votre vérité, Romain Rolland, pendant les plus durs moments de notre existence. Sous l’uniforme, chargés de grenades, au long d’affreux défilés dans les ténèbres de la mort et de la désespérance, sous la tempête de feu, mourant de soif, parmi la misérable population balayée ainsi qu’une poussière, durant les batailles interminables, nous sûmes que vous disiez les paroles de réconciliation.

Nous sentions votre verbe qui planait au-dessus des nuages de gaz asphyxiants, nous sentions que vous n’aviez pas eu peur et que ni les balles ni les milliers de baïonnettes ne pouvaient rien contre votre cœur simple et noble. [27]  J. Kaden-Bandrowski, Europe, n° 38,15 février 1926,... [27]

32

Nous ne savons pas comment ce texte a été accueilli par l’écrivain français. Nous savons par contre qu’il a attaqué Kaden en 1935 pour un discours prononcé en octobre 1934 au Congrès de Volta à Rome. Dans une note à son texte « Du rôle de l’écrivain dans la société d’aujourd’hui » écrit en mars 1935 comme réponse à une enquête organisée par l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires, publiée dans Commune en mai 1935 et repris dans Par la Révolution, la Paix, soulignant que le

33

Congrès a été organisé sous l’égide de Mussolini, Romain Rolland écrit :

34

Traitant de l’Art et l’État, le porte-parole officiel des lettres polonaises va au-devant des ordres du Maître et Duce, en lui décernant tout pouvoir, unique et absolu, sur le monde de chair et de sang, et en restreignant, avec une vaniteuse servilité, le domaine de l’écrivain au royaume de l’encre et du papier… « Car, veuillez y réfléchir, messieurs, alors que nous façonnons la matière volatile des mots, substance qui n’obéit qu’à nous, ce que travaille l’homme d’État, c’est la vie même, le sang humain ». – Et ce « sang humain », l’écrivain l’abandonne à l’État ; il s’en lave les mains. « L’État est la scène de la vie » ; et la poésie, « la scène théâtrale ». Autant dire que l’artiste est un comédien ! Tout ce qu’il demande au maître, c’est que le maître « mette à la disposition de l’artiste tous les moyens nécessaires pour construire, avec, une réalité imaginaire ». L’artiste est l’amuseur assis au pied du trône ; il a vendu ses frères, au prix de la niche, où il peut jouir en paix du privilège d’aligner ses mots en périodes cadencées. Et c’est ce qu’il a l’impudeur d’appeler la suprême liberté ! » [28]  R. Rolland, « Du rôle de l’écrivain dans la société... [28]

35

Jean-Christophe et Colas Breugnon, la Vie de Beethoven et la Vie de Michel-Ange ont été lus par certains écrivains polonais avec émotion et en profondeur. Wladyslaw Orkan, par exemple, voulait, après avoir lu les premiers volumes de Jean-Christophe, écrire un roman qui porterait le titre de Jean-Christophe – polonais. Les archives de l’écrivain polonais conservent le plan de ce roman non réalisé [29]  Ce plan figure dans un volume de notes et souvenirs... [29] . Lucjan Rudnicki a avoué que Jean-Christophe avait profondément influencé son imagination et un critique a noté la ressemblance de ton qui existe, selon lui, entre Odrodzenie [ La Renaissance ], roman écrit par Rudnicki en 1917, et Colas Breugnon [30]  « Nowe i stare konfrontacje. Z Lucjanem Rudnickim rozmawia... [30] . Wladyslaw Broniewski écrivait dans une lettre : « J’aime Rolland à cause de son anarchisme calme et ensoleillé, et pour sa connaissance incroyable de l’homme » [31]  « Korespondencja Wladyslawa Broniewskiego z Bronislawem... [31] , et dans un compte rendu de la Vie de Michel-Ange :

36

Romain Rolland nous a permis de comprendre Beethoven et, par son intermédiaire, son Jean-Christophe, cet artiste moderne dont le personnage donne la réponse au problème : la vie, l’art et l’homme. Avec les hommes de Rolland nous aimons, nous haïssons, nous combattons, croyons et vainquons. Nous pourrons, plus tard, renier ces hommes inexistants, mépriser ce qui faisait naître leur amour ou leur haine, mais nous saurons, pour toujours, les comprendre. [32]  b. [Wladyslaw Broniewski, « Romain Rolland. Zywot Michal-a... [32]

Romain Rolland a eu des contacts avec des revues littéraires polonaises, Maski [ Les Masques ], de Cracovie, en 1918 ; Oblicze Dnia [ Le Visage du Jour ], de Varsovie, en 1936 ; il a fait des démarches pour faire paraître en France les romans d’Andrzej Strug (1871-1937), l’un des grands écrivains humanistes de l’entre-deux-guerres, socialiste, « éveilleur des consciences », co-fondateur et Grand Maître de la Grande Loge Nationale de Pologne [Wielka Loza Narodowa Polska], président de la Société des Gens de Lettres (1924), président de la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen en Pologne (1934). Il s’agissait là surtout des traductions de deux romans de Strug, La Clef de l’abîme et de La Croix jaune, l’autre roman, La Fortune du caissier, étant déjà traduit par Paul Cazin et publié dans Le Quotidien, de novembre 1931 à janvier 1932. Rappelons que les livres de Romain Rolland étaient traduits par les plus grands poètes et romanciers polonais : Jean-Christophe par Henryk Sienkiewicz (1911) et Leopold Staff (1925-1927), Danton par Jan Parandowski (1924), la Vie de Michel-Ange par Waclaw Berent (1924)… Par certains de nos écrivains, Jean-Christophe était considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature universelle et Colas Breugnon – une des joies les plus fraîches, les plus pures. Romain Rolland, lui, a profondément vécu l’œuvre de Reymont. Mais il a surtout, on l’a vu, pris, dans la littérature polonaise, en créateur conscient, le bien qui était en accord profond avec ses propres pulsions et ses propres besoins : Les Sermons politiques de Piotr Skarga, « orateur sacré et patriote » de l’époque du baroque,

37

le Psaume de Bonne volonté et Resurrecturis de Zygmunt Krasin´ski, poète romantique, venus par Mickiewicz et Mazzini, lui avaient fourni l’accent suprême d’« âpre héroïsme » qui s’exprime dans la dernière page du Matin, où Dieu parle à Jean-Christophe âgé de quinze ans :

38

– Va, va, sans jamais te reposer.

– Mais où irai-je, Seigneur ? Quoi que je fasse, où que j’aille, la fin n’est-elle pas toujours la même, le terme n’est-il point là ?

– Allez mourir, vous qui devez mourir ! Allez souffrir, vous qui devez souffrir ! On ne vit pas pour être heureux. On vit pour accomplir ma Loi.

Souffre. Meurs. Mais sois que tu dois être : – un Homme. [33]  R. Rolland, Jean-Christophe, Genève, Édito-Service... [33]

Notes

[1]

L’article reprend en partie, en les complétant, les résultats des recherches publiés par l’auteur dans : Romain Rolland en Pologne (1910-1939), Varsovie, Les Éditions de l’Université de Varsovie, 1990 ( Les Cahiers de Varsovie, 17) ; « Rolland – Mazzini – Krasin´ski – Skarga », Przegla¸d Humanistyczny (Varsovie), 4,1980, p. 105-115 ; « Polish Roots of Non-Violence », The Universality of Man : The Message of Romain Rolland, Edited by Sibnarayan Ray, New Delhi, Sahitya Akademi, 1992, p. 44-53.

[2]

R. Rolland, Le Voyage intérieur (Songe d’une vie), Genève, Édito-Service S.A., 1971 (Cercle du Bibliophile), p. 140-141.

[3]

Ibid., p. 350.

[4]

Adam Lewak, Ideologia polskiego romantyzmu politycznego a Mazzini, [L’idéologie du romantisme politique polonais et Mazzini], Varsovie, 1934, p. 10.

[5]

Dans ce journal (1833-1836), fondé à Paris par Ludwik Plater (1775-1846), et qui est devenu, à partir du numéro XXV du 1er juillet 1835, celui « des intérêts de l’Europe », Mazzini a pu lire, entre autres, dans la traduction de Burgaud des Marets, les fragments des Aïeux (n° 3,1er septembre 1833, p. 180-189, n° 8,1er février 1834, p. 71-77 et n° 9,1er mars 1834, p. 115-120), traduction dont il a écrit un compte rendu signé J. M. (n° 12,1er juin 1834, p. 257-261) ; deux traductions différentes d’un poème de Mickiewicz, l’une en prose, La mère polonaise (n° 5, novembre 1833, p. 282-283), l’autre en vers, À une mère polonaise (n° 14,1er août 1834, p. 88-90) ; une traduction en vers d’un poème de Mickiewicz, Farys, qu’il traduira plus tard en anglais (n° 10, 1er avril 1834, p. 169-174); un article sur Le Sieur ThadéePan Tadeusz ) de Mickiewicz, qui venait de paraître à Paris en 1834 (n° 25,1er juillet 1835, p. 44-48).

[6]

[Guiseppe Mazzini], « Adam Mickiewicz », The Polish Monthly Magazine, n° 2, novembre 1838, p. 100-113. Dans le numéro d’octobre 1838, Mazzini a pu lire la traduction, par John Henry Keane, d’un sonnet de Mickiewicz, The Pilgrim (p. 34-35). La revue a été publiée à Londres, par les émigrants polonais, Aleksander-Napoleon Dybowski et Lew Sawaszkiewicz.

[7]

Lettre de G. Mazzini du 2 septembre 1839 à Lisette Mandrot, citée par Giovanni Maver dans son étude sur « Mickiewicz and Italy », dans Adam Mickiewicz in World Literature. A Symposium edited by Waclaw Lednicki, University of California Press, Berkeley and Los Angeles, 1956, p. 208. Cette lettre figure dans une édition consultée par Romain Rolland : Lettres intimes de Joseph Mazzini, publiées avec une « Introduction » et des notes par D.[ora] Melegari, Paris, 1895, p. 202, où Lisette Mandrot était encore cachée sous le nom de « Mme X… »

[8]

Lettre de G. Mazzini du 17 novembre 1869 à Emily Ashurst Venturi, Scritti editi ed inediti di Giuseppe Mazzini, Imola, 1940, tome 88, p. 236-237. E. A. Venturi a écrit une mauvaise biographie de Mazzini, traduite en français par Émilie de Morsier et publiée à Paris en 1881.

[9]

Le « Drame » de Krasin´ski désigne sans doute Iridion, publié en polonais, sans nom d’auteur, à Paris, en 1836. Mazzini a pu lire cette œuvre dans la traduction d’Auguste Lacaussade, publiée dans la Revue Nouvelle, tome XI, du 15 octobre 1846. « Le Rêve de Cezara », poème en prose publié en polonais en 1840, a été traduit par Auguste Lacaussade et publié dans son article, « De la poésie polonaise. – Le poète anonyme de la Pologne. – Le Rêve de Cezara. – La Nuit de Noël », dans la Revue des Deux Mondes, tome XV, 1er août 1846, p. 371-379. « Le Printemps et le prisonnier », poème en prose écrit directement en français, a été publié, anonymement, dans la Bibliothèque Universelle des Sciences, Belles-Lettres et Arts, rédigée à Genève, tome XLV, septembre 1830, p. 108-112. Dans cette même Bibliothèque, Mazzini a sans doute lu aussi d’autres textes anonymes de Krasin´ski : « Les légions polonaises » (tome XLIV, juillet 1830, p. 305-311), « Les deux chevaliers » (août 1830, p. 430-437) et une « Lettre sur l’état actuel de la littérature polonaise adressée à M. de Bonstetten » (tome XLIII, février 1830, p. 135-158).

[10]

Lettre de G. Mazzini du 26 septembre 1864 à Marie d’Agoult, Scritti editi ed inediti di Giuseppe Mazzini, Imola, 1938, tome 79 ( Epistolario, tome 48), p. 87-88.

[11]

Scritti editi ed inediti di Giuseppe Mazzini, Imola, 1938, tome 77, p. 236-237. Romain Rolland a lu ce texte dans une édition de Scritti editi e inediti di Giuseppe Mazzini, Rome, 1878, vol. V, p. 215-216. Le premier des deux textes cités par Mazzini vient d’Iridion de Krasin´ski. Sa traduction, due à Auguste Lacaussade, a été d’abord publiée dans la Revue Nouvelle, tome XI, 15 octobre 1846, et ensuite reprise dans les Œuvres complètes du Poète anonyme de la Pologne, traductions publiées par Ladislas Mickiewicz, deuxième série, Paris, Librairie du Luxembourg, 1870, p. 214-215. L’autre texte, celui de Skarga, est tiré des Slaves. Histoire et littérature des nations polonaise, bohême, serbe et russe par Adam Mickiewicz, Paris, 1866, tome II, p. 269-270.

[12]

Les Slaves, op. cit. Selon Mickiewicz, Skarga a réalisé « l’idéal d’un orateur sacré et patriote » qui a « la forme aussi parfaite que celle de Bossuet et de Massillon. Elle disparaît même, et jamais on ne s’aperçoit trop souvent de la forme. […] Skarga ne pense jamais à ses phrases. Son style n’en est que plus parfait » (p. 271). L’abbé Adam Berga, traducteur des sermons de Skarga, dit que le fragment cité par Mickiewicz, traduit par le poète avec « une grande liberté », est « un mélange formé de thrènes de Jérémie empruntés, partie au Huitième Sermon de la Diète […], partie à l’Invitation à la pénitence [ Wzywanie do pokuty ], écrite par Skarga en 1610 ». Les Sermons politiquesSermons de la Diète, 1597) du P. Skarga S. J., Prédicateur du roi de Pologne Sigismond III. Traduits pour la première fois du polonais en français et accompagnés d’une introduction et de notes critiques par A.[dam] Berga, docteur ès lettres. Ouvrage couronné par l’Académie Française (Prix Thérouanne), Paris, Société Française d’Imprimerie et de Librairie, Ancienne Librairie Lecène, Oudin et Cie, 1916, p. 4.

[13]

B. Duchatelet, Les Débuts de « Jean-Christophe » (1886-1906). Étude de genèse, thèse présentée devant l’Université de Paris VII, le 8 décembre 1973, éditée par le Service de reproduction des thèses, Université de Lille III, 1975, p. 510. Sur « Zygmunt Krasin´ski in Italy », avec un fragment « Mazzini on Krasin´ski », voir l’article de Stanislaw Piekut dans Zygmunt Krasin´ski. Romantic Universalist. An International Tribute, edited by Waclaw Lednicki, Polish Institute of Arts and Sciences in America, New York, 1964, p. 193-200, et spécialement p. 194-195. Voir aussi la thèse de Zygmunt Markiewicz, Trois exilés politiques. Mickiewicz, Mazzini, I. Tourguéniev et leur influence sur les idées libérales en France (1833-1883), Lyon, 1957 (copie dactylographiée) et d’autres travaux du même chercheur : « Sur les traces de Mazzini en France », Revue des Études Italiennes, avril-juin 1957, p. 171-173 ; Spotkania polskofrancuskie, Cracovie, 1975 et Polsko-francuskie zwia¸zki literackie, Varsovie, 1986.

[14]

Lettre à sa mère du 27 janvier 1919. Fonds Romain Rolland.

[15]

Lettre à Edmond Privat du 28 janvier 1919. Revue Neuchâteloise, n° 43-44, Été-Automne 1968, p. 42 (numéro spécial : Edmond Privat 1889-1962 ).

[16]

E. Privat, L’Europe et l’Odyssée de la Pologne au XIXe siècle, Paris, 1918, p. 268,272, 274-275. Les fragments de Krasin´ski cités par Privat sont tirés de deux textes différents du poète : la première partie est un petit fragment du Psaume de Bonne volonté [ Psalm dobrej woli ] et le deuxième – d’un poème intitulé Resurrecturis. Privat a sans doute puisé la matière pour son livre dans une étude de Charles de Mazade, « La Pologne un siècle après le partage et l’agitation de Varsovie », publiée dans la Revue des Deux Mondes, tome 33,1er mai 1861, p. 173-174, où sont cités les fragments en question, altérés et raccourcis par Privat. Les parenthèses […] dans le texte de Privat sont de moi et elles indiquent les coupures effectuées par Privat dans le texte de Krasin´ski.

[17]

Lettre à Pierre Herdner du 14 juillet 1930, publiée dans Par la Révolution, la Paix, Paris, 1936, p. 69-71, où elle porte le titre suivant : « Sur la résistance passive ».

[18]

Cf. la lettre de Romain Rolland à sa sœur du 17-18 mars 1918. Fonds RR.

[19]

Lettre de Jean de Saint-Prix à Romain Rolland du 30 août 1917 dans En plein vol, Jean de Saint-Prix et Romain Rolland, textes et documents, « Cahiers Romain Rolland », 25, Paris, Éditions Albin Michel, 1980, p. 24-25. Il est intéressant de noter que Karol Irzykowski, critique théâtral d’un journal socialiste paraissant à Varsovie, Robotnik [ L’Ouvrier ], dans un compte rendu des Loups (le Théâtre Atheneum de Varsovie, 21 mars 1929) indiquait des ressemblances entre le premier acte de la pièce de Rolland et le premier acte de Lelewel de Wyspian´ski (K. Irzykowski, « Sprawozdanie teatralne » [Note de théâtre], Robotnik, n° 82,24 mars 1929, repris dans Recenzje teatralne, choix et préface de Janusz Szpotan´ski, notes de Barbara Winklowa, Varsovie, 1965, p. 255-259).

[20]

R. Rolland, Journal des années de guerre. 1914-1919, Paris, Éditions Albin Michel, 1952, p. 524.

[21]

R. Rolland, lettre à W. S. Reymont, 17 mai 1925, publiée en fac-similé dans un hebdomadaire illustré paraissant à Varsovie, Tygodnik Ilustrowany, n° 23,6 juin 1925, p. 450. Sur les rapports Rolland – Reymont, cf. les articles de Franck Louis Schoell (« W. S. Reymont i Romain Rolland », Prace Polonistyczne [Módz´], XXIX, 1973, et Les trois banquets Reymont. Paris, 6,7 et 15 mai 1925. Allocution prononcée le 3 mai 1977 sur l’invitation de la Société historique et littéraire polonaise dans le grand salon de la Bibliothèque polonaise, Paris, 1977) et sur la réception de Reymont en France, le livre de Bronisaw Miazgowski, Reymont we Francji, Varsovie, 1967.

[22]

I. Krzywicka, « U Romain Rollanda », Wiadomos´ci Literackie, n° 45 (97), 8 novembre 1925, repris dans un livre de souvenirs du même auteur, Wielcy i niewielcy [ Les grands et les petits ], Varsovie, 1960.

[23]

« La Pologne et la littérature française. Ce qu’en pensait Stefan Zeromski. Une réponse non publiée », Pologne Littéraire [Varsovie], n° 15,15 décembre 1927.

[24]

La réponse de Juliusz Kleiner à une enquête, « Ce que les écrivains polonais doivent aux littératures étrangères », organisée par la Pologne Littéraire, n° 23-24,15 août-15 septembre 1928.

[25]

J. Kleiner, « Sprawozdania z ksiazek » [Comptes rendus], Sfinks [Varsovie], avril 1917, p. 103-104.

[26]

Quis. [Adam Grzymala-Siedlecki], « Ksiazki » (Les Livres), Museion (Varsovie), 2, février 1912, p. 128.

[27]

J. Kaden-Bandrowski, Europe, n° 38,15 février 1926, p. 170. La version polonaise de ce texte a été publiée dans le volume de Kaden-Bandrowski, Za stol-em i na rynku [ À table et au marché ], Lwów, 1932, p. 87 sv.

[28]

R. Rolland, « Du rôle de l’écrivain dans la société d’aujourd’hui », Par la Révolution, la Paix, Paris, Éditions Sociales Internationales, « Commune », 1935, p. 158 sv. Cette « parade dérisoire » de Kaden a été publiée dans la Pologne Littéraire, n° 100-101, 15 janvier-15 février 1935 (« L’Art et l’État, discours prononcé au Congrès de Volta à Rome le 13 octobre 1934 »). Le discours de Kaden a bien entendu éveillé des échos dans la presse polonaise. Bolesaw Dudziski, par exemple, a constaté que Kaden-Bandrowski ne représentait ni toute la littérature polonaise, ni tous les écrivains polonais (B. Dudziski, « Odgrodzicsie ! » (Il nous faut nous séparer), Lewy Tor [ La Voie de Gauche ], n° 4, avril 1935, p. 39 sv.)

[29]

Ce plan figure dans un volume de notes et souvenirs de Orkan, Czantorja i pozostal-e pisma literackie, Varsovie, 1936, p. 283.

[30]

« Nowe i stare konfrontacje. Z Lucjanem Rudnickim rozmawia Krystyna Nastulanka », Polityka [Varsovie], n° 20,18 mai 1963. Aleksander Wat, « O Lucjanie Rudnickim », Odrodzenie [Varsovie], n° 50 (211), 12 décembre 1948.

[31]

« Korespondencja Wladyslawa Broniewskiego z Bronislawem Sylwinem Kencbokiem », établie par Feliksa Lichodziejowska, Pamie¸tnik Literacki, LXII, cahier 4,1971, p. 168..

[32]

b. [Wladyslaw Broniewski, « Romain Rolland. Zywot Michal-a Aniol-a », Nowa Kultura, n° 13 (28), 29 mars 1924, p. 307-308].

[33]

R. Rolland, Jean-Christophe, Genève, Édito-Service S. A. (Cercle du Bibliophile), 1970, p. 280.

Résumé

Français

Ayant découvert la littérature polonaise dans les écrits de Mazzini, lus dès 1895, Romain Rolland a eu connaissance de quelques textes de Mickiewicz, mais surtout des fragments de Zygmunt Krasin´ski et de Piotr Skarga, qui ont inspiré la fin du « Matin » dans Jean-Christophe. Plus tard, il a lu, sans enthousiasme, Les Noces de Stanislaw Wyspian´ski. Il a beaucoup admiré, par contre, Les Paysans de Reymont. En 1935, il a violemment critique Juliusz Kaden-Bandrowski, qui a prononcé un bien curieux discours au Congrès de Volta dans la Rome de Mussolini. L’article rappelle aussi l’admiration que certains écrivains et critiques portaient à l’œuvre de Romain Rolland (Sienkiewicz, Orkan, Kleiner, Zeromski, Rudnicki, Broniewski, Strug, Parandowski).

English

Romain Rolland and Polish literature Having discovered Polish literature in the writings of Mazzini, which he had been reading since 1895, Romain Rolland became familiar with some texts by Mickiewicz, but most of all fragments by Zygmunt Krasin´ski and Piotr Skarga, which inspired the ending of « Matin » in Jean-Christophe. Later on, he read, without enthousiasm, The Wedding by Stanislaw Wyspian´ski. He admired greatly, however, The Pesants by Reymont. In 1935 he violently criticized Jyliusz Kaden-Bandrowski, who gave a rather strange speech at the Congress of Volta in Mussolini’s Rome. This paper also recalls the admiration of a number of Polish writers and literary critics for the work of Romain Rolland (Sienkiewicz, Orkan, Kleiner, Zeromski, Rudnicki, Broniewski, Strug, Parandowski).

Pour citer cet article

Naliwajek Zbigniew, « Romain Rolland et la littérature polonaise », Revue de littérature comparée 3/ 2003 (n o 307), p. 325-338
URL : www.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2003-3-page-325.htm.


Article précédent Pages 325 - 338 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback