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Le Moyen Age

2001/3-4 (Tome CVII)



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Le Hainaut belge et français, terre riche en saints, a très tôt attiré l’attention des historiens. L’hagiographie hainuyère, riche, mais complexe voire broussailleuse, se décline en quelques grands « centres de production», comme les abbayes de Hautmont, Lobbes, Maubeuge, Mons et Soignies. À L. Van der Essen revint le périlleux honneur d’une première synthèse qui considérait un nombre impressionnant de dossiers hagiographiques, faisant la part belle aux textes hainuyers [1]  L. VAN DER ESSEN, Étude critique et littéraire sur... [1] . Mais, depuis ce savant, les études d’hagiographie hainuyère semblaient connaître une léthargie imméritée. A. Dierkens, dans sa remarquable thèse sur les abbayes «entre Sambre et Meuse», avait commencé à parcourir à son tour ces régions [2]  Notamment dans sa thèse : A. DIERKENS, Abbayes et chapitres... [2] . C’est cependant à A.M. Helvétius qu’appartient le privilège d’avoir essarté à nouveau ces territoires rendus à la friche. Elle a réexaminé chaque dossier, dans sa thèse axée sur le pouvoir politique et ses manifestations dans l’ancien comté de Hainaut au Haut Moyen Âge (jusqu’au XIIe s.) [3]  A.M. HELVÉTIUS, Abbayes, évêques et laïques. Une politique... [3] . L’axe central de cet ouvrage est l’étude des structures politiques du Hainaut ancien. Ce sujet d’envergure n’a pu être traité par l’A. que parce qu’existaient des sources en suffisance; mais ce ne sont pas les textes habituellement utilisés pour ce genre de thématique – diplomatiques, historiographiques… – mais bien des documents hagiographiques. Elle en a proposé une nouvelle grille de lecture, en a tiré de grandes conclusions, comme l’instabilité et l’imprécision des règles monastiques/canoniales professées dans ces abbayes [4]  Un autre de ses articles, très récent, reprend ce problème... [4] , en rapport avec les crises de politique intérieure, avec les sécularisations et avec la mise en place d’abbés laïques ayant obtenu leur charge en bénéfice [5]  A ce propos, on verra avec fruit le dernier article... [5] .

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Son travail est scandé en trois parties d’inégale longueur mais d’égale importance historique : d’abord, une première et longue section consacrée aux fondations d’abbayes à l’époque mérovingienne – insistant sur les abbayes de Mons, de Maubeuge, de Crespin, de Maroilles. Ensuite, un deuxième ensemble abordant les sécularisations carolingiennes, ajoutant à l’étude des quatre abbayes déjà citées celles d’Hautmont, de Saint-Saulve et de Salles, faisant un sort à l’hypothétique existence d’une abbaye carolingienne à Liessies. La troisième partie couvre l’histoire politique des abbayes déjà citées pour les Xe et XIe siècles. Ici, l’A. consacre de longues pages à l’abbaye de Saint-Ghislain, formulant à propos de sa fondation d’autres hypothèses que celles de D. Van Overstraeten [6]  D. VAN OVERSTRAETEN, L’abbaye de Saint-Ghislain de... [6] , refusant notamment la théorie de ce dernier selon laquelle une communauté aurait existé à l’époque carolingienne autour d’un personnage nommé Ghislain puis aurait disparu vers 900. A.M.H. reprend aussi l’étude des rapports entre les autorités comtales et les abbayes de Mons, de Maubeuge, d’Hautmont, de Crespin, de Maroilles, de Saint-Saulve, de Saint-Jean de Valenciennes, surtout en rapport avec les réformes des couvents et le retour à une certaine observance monastique (avec des réformateurs comme Richard de Saint-Vanne, Gérard de Brogne…). Elle propose aussi quelques réflexions sur l’intervention des évêques de Cambrai dans la vie monastique de leur diocèse et dans la rédaction de certains textes hagiographiques.

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Voilà pour l’approche des structures politiques du Hainaut du haut Moyen Âge. Sur ce point, je m’en tiendrai là [7]  Plutôt que de m’atteler à un commentaire redondant... [7] . Mais c’est assez pour aborder un problème d’une importance capitale: les difficultés de l’interprétation des textes hagiographiques de ces époques. Le parti pris d’A.M. Helvétius, on le lit déjà en filigrane par cette présentation rapide de son Grand Œuvre : il confine à l’histoire politique, qu’il s’agisse de politique comtale, de politique abbatiale, de politique monastique. A.M. Helvétius cherche des motivations concrètes, prosaïques, aux origines, à l’élaboration de ces textes, de ces cultes. D’autres chercheurs voudraient user d’un autre pied-de-biche pour violer la chambre forte de l’hagiographie en ces époques peu loquaces. Ainsi, Fr. De Vriendt préfère chercher au sein du texte lui-même les raisons de l’existence de ce dernier. Mais, plutôt que de poursuivre ces considérations abstraites, je préfère montrer par l’exemple non seulement l’apport que les publications d’A.M. Hélvétius et de Fr. De Vriendt fournissent par ailleurs à l’étude de la documentation hagiographique hainuyère (et les risques encourus) mais aussi le courage remarquable des chercheurs qui bâtissent avec art les hypothèses les plus audacieuses sur des fondations complexes et parfois bien fragiles.

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Pour ce faire, je me concentrerai sur l’étude du «Cycle de Maubeuge ». L. Van der Essen avait appelé de la sorte ce « véritable cycle littéraire, [ce] réseau de récits étroitement liés entre eux par un jeu complexe d’influences, d’emprunts et de plagiats » [8]  Fr. De VRIENDT, Les deux Vies latines de saint Vincent... [8] , la plupart de ces récits étant liés de près à un ensemble de Vitae composées à l’abbaye de Maubeuge. Mais il n’y a pas que ces biographies qui soient liées les unes aux autres. Les saints eux-mêmes, qui font l’objet de ces textes, forment un groupe hagiographique familial étonnant, avec les deux saintes sœurs Waudru et Aldegonde, avec le mari de Waudru, saint Vincent-Madelgaire, qui ira s’établir au monastère d’Hautmont, avec les deux filles de Waudru et Vincent, Aldetrude et Madelberte, futures saintes abbesses de Maubeuge, avec leurs deux fils, saint Landry et saint Dentelin, avec aussi les « satellites», saints conseillers, saints apparentés, saints de voisinage… C’est bien une sainteté familiale concrètement imprimée dans des dossiers hagiographiques imbriqués les uns dans les autres [9]  Il n’est pas question de dresser ici un répertoire... [9] .

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Les Vies d’Aldegonde de Maubeuge sont au nombre de cinq. Voici, présenté brièvement, le point des recherches pour chacune d’elles, afin de montrer la richesse de ce dossier.

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La Vita Aldegundae prima: l’auteur de ce texte, un moine (de Maubeuge) qui a connu Aldegonde lorsqu’il était enfant, rédige son texte entre 710 et 720, peut-être même entre 717 et 718, pour donner de la consistance à une dévotion et lancer un culte. A.M. Helvétius a maintes fois repris ce texte en considération et en a réellement extrait la quintessence dans quelques articles [10]  Sur la Vita Aldegundae prima, BHL 244, voir HELVÉTIUS,... [10] . J’insisterai ici sur une petite synthèse bien utile à propos d’Aldegonde et son culte, parue dans un ouvrage peu diffusé et pratiquement passé inaperçu, l’album commémoratif d’un établissement d’enseignement secondaire de la ville de Huy, l’Institut Sainte-Marie [11]  A.M. HELVÉTIUS, Le culte de sainte Aldegonde, De sainte... [11] .

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La Vita Aldegundis secunda consiste en un remaniement soigné de la première Vie par un membre de la communauté masculine de Maubeuge, élaboré au cours de la seconde moitié du IXe s. Elle aurait été composée à l’occasion d’une translation des reliques d’Aldegonde à Maubeuge (de l’ancienne église Saint-Pierre à la nouvelle abbatiale Notre-Dame) [12]  Deuxième Vie d’Aldegonde, BHL 245. Voir surtout HELVÉTIUS,... [12] .

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La Vita Aldegundis tertia serait un « centon hagiographique, rédigé dans le seul but de revendiquer la possession de certains biens censés appartenir à la communauté féminine de Maubeuge », par un religieux qui en ferait partie, au cours de la seconde moitié du Xe s. [13]  Troisième Vie d’Aldegonde, BHL 247b-248. Voir surtout... [13] . Elle copie la Vita Aldegundis secunda, la Vita Madelbertae et le texte d’une donation de biens qui avait dû être faussement attribuée à Aldegonde par les religieuses de Maubeuge.

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La Vita Aldegundis quarta est un remaniement de la seconde Vita d’Aldegonde, avec des additions inspirées de la Vita Madelbertae surtout, mais aussi de la première Vie de sainte Waudru et de la première Vie de saint Ghislain. Elle aurait été rédigée pour promouvoir le culte d’Aldegonde à Cousolre au début du XIe s., là où Aldegonde avait d’abord été enterrée (avant sa translation à Maubeuge qui eut lieu probablement après la Vita prima) et où un oratoire relevant de l’abbaye malbodienne avait été installé [14]  Quatrième Vie d’Aldegonde, BHL 246. Voir surtout HELVÉTIUS,... [14] .

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La Vita Aldegundis quinta a été compilée à partir de nombreuses sources (plusieurs états différents de la Vie d’Aldegonde, la deuxième Vie de Ghislain et la deuxième Vie d’Humbert de Maroilles…). Elle a peut-être été rédigée par Thierry de Saint-Hubert, frère d’Ansoalde – l’abbesse réformatrice de Maubeuge – et ancien oblat de l’abbaye, alors qu’il était écolâtre de Lobbes, entre 1035 et 1040, selon une séduisante hypothèse d’A.M. Helvétius [15]  Cinquième Vie d’Aldegonde, BHL 247. Voir surtout HELVÉTIUS,... [15] .

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Les saintes nièces d’Aldegonde firent l’objet de textes hagiographiques aussi. Ainsi, sainte Aldetrude. La Vita Aldetrudis veut retracer la biographie de la deuxième abbesse de Maubeuge, Aldetrude, la fille de Waudru. Mais, n’en connaissant rien, l’auteur – un membre de la communauté masculine de Maubeuge, dans la première moitié du IXe s.? – s’inspire de la première Vie d’Aldegonde, attribuant certains de ses miracles et visions à Aldetrude elle-même [16]  Vie d’Aldetrude, BHL 253 et 254. Voir surtout HELVÉTIUS,... [16] .

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Quant à Madelberte, la soeur d’Aldetrude, la troisième abbesse de Maubeuge, elle a aussi fait l’objet d’une Vita, rédigée probablement comme une «suite » de la biographie d’Aldetrude [17]  Vie de Madelberte, BHL 5129, nouvelle édition par P.... [17] . Une fois de plus, l’auteur ne sait rien de Madelberte et emprunte à coup sûr des éléments à la Vita Aldegundis prima et à la Vita Aldetrudis [18]  Voir aussi les autres emprunts, moins assurés mais... [18] . Mais est-il un moine du voisinage, « un peu jaloux de l’importance de l’abbaye de Maubeuge», comme le pense A.M. Helvétius ? [19]  HELVÉTIUS, Op. cit., p. 322-325 ; BERTRAND, Op. cit.,... [19] Ou plutôt – c’est l’hypothèse que je pose et défends dans l’introduction à l’édition que j’ai donnée de cette Vita – une religieuse de Maubeuge ?

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Le dossier de la soeur d’Aldegonde, sainte Waudru, présente également une grande importance historique et hagiographique. Ici, pour ce qui est des travaux importants concernant l’ensemble du dossier hagiographique de Waudru, à la synthèse d’A.M. Helvétius, il convient d’ajouter deux articles de Fr. De Vriendt [20]  Fr. DE VRIENDT, Le dossier hagiographique de sainte... [20] .

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De Waudru, importe particulièrement la première Vie, la Vita Waldetrudis prima [21]  La première Vie de Waudru, BHL 8776, a été plusieurs... [21] , qui a été rédigée par un moine étranger à la communauté de Mons – peut-être un moine de Lobbes, dans la seconde moitié du IXe s. (?) [22]  HELVÉTIUS, Abbayes, évêques et laïques, p. 320-322;... [22] . S’il semble probable que ce texte ait été nourri de la lecture de la première Vie d’Aldegonde, qu’il ait été influencé par la seconde Vie d’Aldegonde est plus discuté. En effet, pour A.M. Helvétius, qui penche pour une influence de la seconde Vie d’Aldegonde sur la biographie de Waudru, l’utilisation du topos de l’origine royale attribuée à Waudru vient directement de la Vita Aldegundis secunda; tandis que Fr. De Vriendt, convaincu du contraire, insiste sur le fait que des informations essentielles concernant Waudru et sa famille (le surnom de Madelgaire donné à son époux, la mention de sa fille Aldetrude, la mention de son lieu de sépulture) présentes dans cette Vita Aldegundis secunda, auraient certainement été utilisées par l’auteur de la Vie de Waudru s’il en avait eu connaissance [23]  C’est l’opinion d’HELVÉTIUS, Op. cit., p. 321-322,... [23] . Quant aux motivations de l’auteur, les historiens s’accordent à les relier à la promotion du culte des reliques de Waudru [24]  HELVÉTIUS, Op. cit., p. 320-322 ; DE VRIENDT, Op. cit.,... [24] .

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Un nouvelle version de cette Vita, dénommée Vita secunda Waldetrudis par Fr. De Vriendt, semblerait avoir été rédigée avant 1015, à la suite d’une commande des comtes de Hainaut, qui tentent alors de mettre en valeur l’église Sainte-Waudru, dont ils sont abbés laïques [25]  La deuxième Vie de Waudru, BHL 8777, a surtout été... [25] . C’est un remaniement léger, caractérisé par «un nouveau prologue, une légère amplification des miracles, des termes rajeunis, l’une ou l’autre phrase ajoutée » [26]  DE VRIENDT, Op. cit., p. 24. [26] . Selon Fr. De Vriendt, ce nouveau prologue, consacré à l’importance des miracles et inspiré par les œuvres de Grégoire le Grand, pourrait avoir vu le jour entre 1012/1013 et 1015, sous la plume d’Olbert de Gembloux, dont la collaboration avec le comte de Hainaut est attestée par d’autres sources [27]  DE VRIENDT, Op. cit., p. 25-34. [27] .

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Une addition à ce texte, constituée par une « énumération des saints qui s’illustrèrent dans nos régions au cours du VIIe siècle […] et un éloge de sainte Waudru» apparaît dans les manuscrits au XIIIe s. Cette petite pièce du troisième quart du XIIe s. est attribuée à Philippe de Harvengt, abbé de Bonne-Espérance, mort en 1183 [28]  DE VRIENDT, Op. cit., p. 34-35. Cette pièce a longtemps... [28] . Fr. De Vriendt appelle Vita secunda Waldetrudis amplificata les textes qui contiennent cet ajout.

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L’approche de Fr. De Vriendt, bien différente de celle d’A.M. Helvétius, confine à l’histoire littéraire et trouve son aboutissement dans un article récemment paru dans les Analecta Bollandiana, dans lequel il s’attaque à la tradition manuscrite des différentes versions du dossier hagiographique de Waudru [29]  DE VRIENDT, La tradition manuscrite de la Vita Waldetrudis,... [29] . Il y montre que, si la première Vie de Waudru ne connut pratiquement aucune diffusion (un seul témoin manuscrit conservé, originaire de Lobbes), ce n’est pas le cas de la Vita secunda qui, elle, se retrouve dans onze légendiers du XIe au XVe s., est intégrée dans la collection dite Legendarium Flandrense au XIIIe s. (neuf manuscrits en témoignent) et se répand enfin grâce à la dynamique intellectuelle initiée par les chanoines de la Congrégation de Windesheim, à partir d’une série de légendiers du scriptorium de Corsendonck – le culte de Waudru, bien établi à Herentals, aidant (quinze manuscrits du XVe s.).

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Après Waudru, son mari, Vincent-Madelgaire, accéda à la sainteté. Ces dernières années, ce saint connaît un regain d’intérêt. Une équipe de chercheurs, réunie à l’initiative du très dynamique Musée du Chapitre de Soignies, a publié en 1999 un recueil de travaux de grande qualité, concernant saint Vincent et son sanctuaire principal, Soignies – les Vies de saint Vincent, son culte, son iconographie, la confrérie dite de Saint-Vincent à Soignies, etc. [30]  Saint Vincent de Soignies. Regards du XXe siècle sur... [30] . Le haut niveau scientifique de ces articles est encore une preuve de la vitalité de cette historiographie locale qu’on ne peut qu’encourager et dont les travaux devraient connaître une meilleure diffusion nationale voire internationale. Un second recueil de travaux d’histoire sonégienne, lié à l’ouverture des reliquaires de saint Vincent et de saint Landry en la collégiale de Soignies en 1999 et à l’analyse scientifique de leur contenu, vient de paraître [31]  Reliques et châsses de la collégiale de Soignies. Objets,... [31] .

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Quant aux vies de saint Vincent, leur épineux dossier fait actuellement l’objet d’une disputatio scientifique entre A.M. Helvétius et Fr. de Vriendt [32]  La première Vie de Vincent, BHL 8672-8673, a été traduite... [32] . Ce dernier soutient, sur la base de solides arguments littéraires, que la première Vita Vincentii, composée entre 1015 et 1024/1025, est née à Hautmont pour soutenir un mouvement de restauration monastique : la part réservée dans la Vita à Hautmont est plus importante que la part consacrée à Soignies (qui ne semble citée que pour la forme); on y trouve peu de miracles, pas d’éloge des reliques de Vincent et de leurs capacités thaumaturgiques, dans la mesure où les restes du saint époux de Waudru se trouvent à Soignies; le récit est pétri des idéaux monastiques – le monastère d’Hautmont relève de l’idéal bénédictin – et non canoniaux – la communauté de Soignies est canoniale; la rédaction de ce texte nécessitant l’emploi d’une bibliothèque de haut niveau, l’abbaye de Hautmont s’impose une fois encore; par ailleurs, les chanoines de Soignies ont déjà commandé aux moines d’Hautmont un psautier à collectes – pourquoi n’auraient-ils pas commandé la Vita de leur saint patron? De son côté, soutenant une position contraire, A.M. Helvétius entend prouver, par une savante reconstruction politique et hagiographique, que cette biographie a été rédigée à Soignies, pour «donner une nouvelle impulsion et […] assurer la publicité du culte de Vincent à Soignies, peut-être dans le contexte de la construction d’une nouvelle église ». Pour ce faire, elle insiste sur le fait que l’auteur met l’accent malgré tout sur les liens entre Vincent et Soignies [33]  On voit d’ailleurs ici combien il est difficile de... [33] . Les chanoines de Soignies en auraient profité pour tenter de raffermir par la même occasion leurs liens avec le comte de Hainaut, sachant que celui-ci, Regnier V, installé à Mons et dévot de sainte Waudru, venait d’épouser alors (vers 1015) l’unique héritière d’Herman d’Eename, dont les pouvoirs politiques s’étendaient alors sur la région sonégienne. Le machiavélisme « avant la lettre» des chanoines de Soignies les aurait menés à rédiger un texte insistant sur les liens de Waudru à Vincent, de façon à s’attirer les faveurs de leur futur prince! A.M. Helvétius poursuit son raisonnement : dans cette Vita, Vincent est présenté comme le fondateur de l’abbaye d’Hautmont et de la communauté de Soignies. Cette dernière serait ainsi placée sur un pied d’égalité par rapport à Hautmont – elle serait même avantagée puisque le saint aurait préféré mourir à Soignies, y être enterré et donc y être honoré [34]  HELVÉTIUS, Op. cit., passim. [34] .

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Une seconde Vie de Vincent est rédigée, au cours de la première moitié du XIIe s. Ici aussi, Fr. De Vriendt et A.M. Helvétius «croisent la plume» [35]  La seconde Vie de Vincent (BHL 8674-8675) a été étudiée... [35] . Pour le premier, ce texte est de la main d’un ancien membre de la communauté sonégienne, ne résidant plus à Soignies mais contacté par le chapitre Saint-Vincent en vue de retoucher stylistiquement et enjoliver la première Vita. Et Fr. De Vriendt d’argumenter : ce texte est clairement un remaniement stylistique important de l’ancienne Vie, mais sans insister davantage sur Soignies que sur Hautmont – peut-être par un « ancien» de Soignies, puisque dans ce texte, l’auteur parle de « souvenir» de la maison de Soignies. Cette position n’est pas celle d’A.M. Helvétius: cette Vita aurait été rédigée par un moine d’Hautmont commandité pour ce faire par les Sonégiens, pour relancer une dynamique cultuelle à Soignies mais aussi défendre certains intérêts politiques et économiques de la collégiale, selon elle. Elle insiste sur le fait que les échanges entre Soignies et Hautmont sont à situer plutôt à cette période (notamment, s’agissant du don d’un psautier à collectes par les moines d’Hautmont à Soignies), que l’idéal monastique (et non canonial) est prôné partout dans la Vita, mettant l’accent davantage sur la fondation et la renommée d’Hautmont [36]  Même si A.M. Helvétius reconnaît que le recueil de... [36] . Le dossier hagiographique de saint Vincent, qui semblait a priori terre ferme, se révèle être bien marécageux.

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Un autre saint de la sainte famille du Cycle de Maubeuge, saint Landry, est particulièrement vénéré à Soignies, comme le montre son unique biographie, la Vita Landrici, habituellement datée du XIe s., qu’A.M. Helvétius redaterait du second quart du XIIe s. au plus tôt [37]  Sur Landry et sa Vie (BHL 4718), on lira la petite... [37] .

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Au-delà de la famille elle-même, le cycle hagiographique dit « de Maubeuge » a associé quelques autres saints, « conseillers» de certains des membres de cette beata stirps. Cette association vaut également du point de vue purement hagiographique, puisque certaines biographies de ces saints sont attachées par des liens littéraires aux textes que je viens d’énumérer. Je les passe rapidement en revue également.

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Ainsi, d’abord, la Vie de saint Aubert, évêque de Cambrai, rédigée vers 1015 par l’évêque Fulbert de Chartres, à l’occasion d’une translation de reliques du saint cambrésien et à la demande du successeur du saint sur la cathèdre, Gérard Ier, pour le chapitre Saint-Aubert de Cambrai [38]  Sur la Vie d’Aubert, BHL 861, voir surtout HELVÉTIUS,... [38] .

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Le dossier hagiographique de saint Ghislain, très complexe, avait déjà été exploré par D. Van Overstraeten dans sa thèse de doctorat consacrée à l’abbaye de Saint-Ghislain, des origines au milieu du XIVe s., soutenue à l’Université Libre de Bruxelles en 1985, et jusqu’ici encore inédite [39]  On attend d’ailleurs incessamment la sortie de presse... [39] . Sur base de ces derniers travaux, A.M. Helvétius a repris, elle aussi, l’enquête et a proposé une nouvelle vision d’ensemble de cette documentation hagiographique. La voici.

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La Vita Gisleni prima aurait été composée quelques années après la fondation de l’abbaye, après 931, à l’instigation de Gérard de Brogne, « dans le but d’apaiser les religieux des monastères voisins et d’établir l’ancienneté des possessions de l’abbaye», puis pourvue d’abord d’un additamentum relatif aux reliques de Ghislain quelques années plus tard, et enfin d’une relatio miraculorum vers 950 (ou peu après 962) [40]  La première Vie de Ghislain (BHL 3552), l’additamentum... [40] .

26

La seconde Vie de Ghislain a dû être rédigée par Regnier, moine de Saint-Amand, vers 1000-1013 [41]  La deuxième Vie de saint Ghislain (BHL 3555-3556) a... [41] , tandis qu’une version remaniée de ce texte, par Regnier lui-même pour une part, dut être publiée vers 1035 [42]  Voir aussi, outre la thèse de D. Van Overstraeten,... [42] .

27

Une troisième Vie, appelée aussi Omelia, qui lie Ghislain à l’ensemble des saints de la région, a été mise par écrit, selon A.M. Helvétius, au début du XIe s., par un moine étranger, pour la communauté de Saint-Ghislain [43]  La troisième Vie de saint Ghislain (BHL 3553) a été... [43] . Il est plus que probable que la publication prochaine de la thèse de D. Van Overstraeten lancera de nouveaux débats, ce dont on ne peut que se réjouir.

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Les quelques pages précédentes montrent assez combien les études relatives à l’hagiographie du haut Moyen Âge sont choses complexes. J’ai tenté de montrer les historiens à l’œuvre, par des exemples significatifs. Au centre de mon propos, la thèse d’A.M. Helvétius, confrontée aux autres études récentes, montre une approche des textes audacieuse et novatrice. Contribution à l’histoire monastique, ecclésiastique en général, mais aussi et surtout à l’histoire politique, ce travail a joué et jouera longtemps un rôle considérable dans le domaine de l’hagiographie lotharingienne. La confrontation des résultats obtenus avec ceux d’autres études récentes pousse aussi le lecteur à prendre conscience de la solidité de certains (la plupart) et de la relative fragilité d’autres (quelques-uns, seulement!). En définitive, la démarche idéale serait, pour chaque texte, d’en faire une nouvelle édition critique [44]  Reconnaissons en effet que la plupart des éditions... [44] , une étude totale, sous tous ses angles (philologique, d’histoire littéraire, du contexte de production et d’utilisation du point de vue religieux – y compris liturgique –, politique, économique et social, d’histoire de la diffusion manuscrite…). Cette démarche, réaliste si l’on se décide à traiter de façon monographique l’un ou l’autre dossier, relève cependant de l’utopie pure si le chercheur veut traiter plusieurs dizaines de textes d’un coup. En revanche, si le lecteur – comme l’auteur avant lui – part à l’assaut d’une synthèse comme celle d’A.M. Helvétius sachant les difficultés du genre, la quintessence peut en être extraite sans trop de risques.

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Reconnaissons-le : il faut oser proposer un tel travail, et quiconque a déjà retroussé ses manches devant des textes du haut Moyen Âge sait ce qu’étayer ce genre d’hypothèses veut dire. Les autres historiens qui actuellement ont pris à bras le corps une série de textes de cette période et de cette région en témoigneront aussi: c’est le propre de ce genre de thèse, relative au haut Moyen Âge, d’être souvent aussi «haut perchée ». Des constructions d’hypothèses hardies et déterminées, audacieuses souvent, parfois téméraires. Y a-t-il d’autres façons de faire de l’Histoire, pour ces époques ? Peut-être de plus paisibles, mais bien moins stimulantes.

Notes

[1]

L. VAN DER ESSEN, Étude critique et littéraire sur les Vitae des saints mérovingiens de l’ancienne Belgique, Louvain, 1907.

[2]

Notamment dans sa thèse : A. DIERKENS, Abbayes et chapitres entre Sambre et Meuse (VIIe-XIe siècles). Contribution à l’histoire religieuse des campagnes du haut Moyen Âge, Sigmaringen, 1985.

[3]

A.M. HELVÉTIUS, Abbayes, évêques et laïques. Une politique du pouvoir en Hainaut au Moyen Âge (VIIe-XIe siècle), Bruxelles, Crédit Communal, 1994 (Collection Histoire, série in-8°, 92).

[4]

Un autre de ses articles, très récent, reprend ce problème du « passage» de l’ordre «bénédictin » à l’ordre canonial: ID., Du monastère double au chapitre noble : moniales et chanoinesses en Basse-Lotharingie, Les chapitres de dames nobles entre France et Empire, éd. M. PARISSE et P. HEILI, Paris, 1998, p. 34-45.

[5]

A ce propos, on verra avec fruit le dernier article d’A.M. HELVÉTIUS, L’abbatiat laïque comme relais du pouvoir royal aux frontières du royaume : Le cas du nord de la Neustrie au IXe siècle, La royauté et les élites dans l’Europe carolingienne (du début du IXe aux environs de 920), éd. R. LE JAN, Villeneuve-d’Ascq, 1998, p. 285-299.

[6]

D. VAN OVERSTRAETEN, L’abbaye de Saint-Ghislain de l’origine au milieu du XIVe s., à paraître sous peu dans la collection des Publications du Cercle d’Histoire et d’Archéologie de Saint-Ghislain et de la région.

[7]

Plutôt que de m’atteler à un commentaire redondant de l’approche historique d’A.M.H., je préfère renvoyer à ce propos aux comptes rendus de son ouvrage, par D. MISONNE, dans la Revue bénédictine, t. 106, 1996, p. 209-210 ; par J. AVRIL, dans la Revue d’Histoire de l’Église de France, t. 83, 1997, p. 254-256 ; par M. GAILLARD, dans Médiévales, t. 32, 1997, p. 137-141, par M. PARISSE, dans les Cahiers de Civilisation médiévale, t. 41, 1998, p. 76-78 et par Fr. DE VRIENDT, dans la Revue d’Histoire ecclésiastique, t. 92, 1997, p. 875-879 (ce dernier met particulièrement l’accent sur l’approche de la littérature hagiographique dans l’ouvrage recensé).

[8]

Fr. De VRIENDT, Les deux Vies latines de saint Vincent de Soignies (XIe-XIIe siècles). Un patrimoine littéraire sonégien ?, Saint Vincent de Soignies. Regards du XXe siècle sur sa vie et son culte. Recueil d’études publié à l’occasion du quatrième centenaire de la confrérie Saint-Vincent 1599-1999, éd. J. DEVESELEER, Soignies, 1999, p. 35-50, ici p. 36.

[9]

Il n’est pas question de dresser ici un répertoire complet de tous les travaux ayant traité de ces textes ou les ayant utilisés. Mon intention est d’informer ici le lecteur à propos des derniers travaux parus (la thèse d’A.M. Helvétius et quelques travaux ultérieurs), qui eux-mêmes renvoient à la bibliographie antérieure. Quant aux éditions, je donne pour chaque texte le numéro de la Bibliotheca Hagiographica Latina qui les indique toutes. S’il existe une édition non répertoriée dans la BHL, je la mentionne alors. Notons par ailleurs qu’A.M. Helvétius a reconsidéré l’intitulé de chaque pièce des dossiers hagiographiques révisés, par rapport aux anciennes appellations de L. Van der Essen. Parfois, c’est sous un vocable différent de l’usage traditionnel qu’elle a nommé les textes : nous suivrons ici ses propositions, qui ont le mérite d’éclaircir un paysage parfois embrumé (c’est ainsi, par exemple, que la Vita Aldegundis secunda ampliata de L. Van der Essen est dénommée par A.M. Helvétius la Vita Aldegundis quarta).

[10]

Sur la Vita Aldegundae prima, BHL 244, voir HELVÉTIUS, Abbayes, évêques et laïques, passim, mais surtout p. 135-141 et 315-317 et son article Sainte Aldegonde et les origines du monastère de Maubeuge, Revue du Nord, t. 74, 1992, p. 221-237, résumé dans sa notice consacrée à la sainte dans la Nouvelle Biographie nationale, t. 3, Bruxelles, 1994, p. 19.

[11]

A.M. HELVÉTIUS, Le culte de sainte Aldegonde, De sainte Aldegonde à sainte Marie. 550 ans de service au jour d’Huy, éd. Chr. DURY, Huy, 1995, p. 21-39. Dans le même ouvrage, on trouvera une petite et utile monographie par M.É. HENNEAU, retraçant l’histoire depuis le Moyen Âge du petit couvent qui donna naissance à l’établissement d’enseignement ici honoré: Le prieuré de Sainte-Aldegonde, des origines à la Révolution, aux p. 41-60.

[12]

Deuxième Vie d’Aldegonde, BHL 245. Voir surtout HELVÉTIUS, Abbayes, évêques et laïques, passim, et surtout p. 159-160 et 318-320.

[13]

Troisième Vie d’Aldegonde, BHL 247b-248. Voir surtout HELVÉTIUS, Op. cit., passim et p. 330-331 – la citation provient de la p. 330.

[14]

Quatrième Vie d’Aldegonde, BHL 246. Voir surtout HELVÉTIUS, passim et p. 334-335.

[15]

Cinquième Vie d’Aldegonde, BHL 247. Voir surtout HELVÉTIUS, Op. cit., passim et p. 340-342.

[16]

Vie d’Aldetrude, BHL 253 et 254. Voir surtout HELVÉTIUS, Op. cit., passim et p. 317. J’ai proposé des hypothèses complémentaires à celles d’A.M. Helvétius en ce qui concerne les circonstances de rédaction et la datation des textes hagiographiques relatifs aux trois saintes de Maubeuge dans une communication intitulée Réformes ecclésiastiques, luttes d’influence et hagiographie à l’abbaye de Maubeuge (IXe-XIe s.), présentée le 27 mars 2000 au colloque Medieval narrative sources à Leuven et qui devrait bientôt être publiée.

[17]

Vie de Madelberte, BHL 5129, nouvelle édition par P. BERTRAND, La Vie de sainte Madelberte de Maubeuge (BHL 5129). Édition critique du texte, Analecta Bollandiana, t. 113, 1997, p. 39-76 (texte édité et traduit p. 55-76). Outre ce travail, on verra aussi HELVÉTIUS, Abbayes, évêques et laïques, passim et surtout p. 322-325.

[18]

Voir aussi les autres emprunts, moins assurés mais bien présentés, par la même HELVÉTIUS, Op. cit., p. 323-324.

[19]

HELVÉTIUS, Op. cit., p. 322-325 ; BERTRAND, Op. cit., p. 44-45.

[20]

Fr. DE VRIENDT, Le dossier hagiographique de sainte Waudru, abbesse de Mons (IXe-XIIIe siècles), Mémoires et Publications de la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut, t. 98, 1996, p. 1-37 et ID., La tradition manuscrite de la Vita Waldetrudis (BHL 8776-8777). Les mécanismes de propagation d’un récit hagiographique régional (IXe-XVe siècles), Analecta Bollandiana, t. 117, 1999, p. 319-368.

[21]

La première Vie de Waudru, BHL 8776, a été plusieurs fois traduite: une fois par A. NOIRFALISE, une autre traduction française partielle par A.M. HELVÉTIUS, Écrire la vie des saints mérovingiens. Modèles carolingiens de la sainteté en Gaule du Nord, Le Christianisme en Occident du début du VIIe siècle au milieu du XIe siècle. Textes et documents, éd. Fr. BOUGARD, Paris, 1997, p. 43-58 (elle y donne aussi la traduction partielle de la Vie de saint Vulmer [BHL 8748] et de la Vie de saint Bavon de Gand [BHL 1049]), ici p. 52-57. Relevons aussi une traduction anglaise du récit parue dans Sainted women of the dark ages, éd. J.A. MC NAMARA, J.E. HALBORG et E.G. WHATLEY, Durham, 1992, p. 254-263.

[22]

HELVÉTIUS, Abbayes, évêques et laïques, p. 320-322; DE VRIENDT, Dossier hagiographique, p. 13-23.

[23]

C’est l’opinion d’HELVÉTIUS, Op. cit., p. 321-322, contestée par DE VRIENDT, Op. cit., p. 9-10, qui doute d’une réelle influence de la seconde Vie d’Aldegonde sur la Vie de Waudru.

[24]

HELVÉTIUS, Op. cit., p. 320-322 ; DE VRIENDT, Op. cit., p. 23-24.

[25]

La deuxième Vie de Waudru, BHL 8777, a surtout été étudiée par DE VRIENDT, Op. cit., p. 24-34. Sur l’abbatiat laïque des comtes de Hainaut, voir HELVÉTIUS, Op. cit., p. 241-244 et ID., L’abbatiat laïque comme relais du pouvoir royal aux frontières du royaume : Le cas du nord de la Neustrie au IXe siècle, surtout p. 296-298.

[26]

DE VRIENDT, Op. cit., p. 24.

[27]

DE VRIENDT, Op. cit., p. 25-34.

[28]

DE VRIENDT, Op. cit., p. 34-35. Cette pièce a longtemps été considérée comme faisant un tout avec la seconde Vie et se trouve donc éditée avec elle : BHL 8777.

[29]

DE VRIENDT, La tradition manuscrite de la Vita Waldetrudis, p. 319-368.

[30]

Saint Vincent de Soignies. Regards du XXe siècle sur sa vie et son culte. Recueil d’études publié à l’occasion du quatrième centenaire de la confrérie Saint-Vincent 1599-1999, éd. J. DEVESELEER, Soignies, 1999 (Les cahiers du Chapitre, 7).

[31]

Reliques et châsses de la collégiale de Soignies. Objets, cultes et traditions, sous la dir. de J.DEVESELEER, coll. Ph. DESMETTE et M. MAILLARD-LUYPAERT, Soignies, Cahiers du Chapitre, 2001. Cet ouvrage fera l'objet d'une recension dans le prochain fasc. du Moyen Âge (A. MARCHANDISSE).

[32]

La première Vie de Vincent, BHL 8672-8673, a été traduite par S. MANGOUBI dans le recueil Saint Vincent de Soignies, p. 23-34. Les dernières études parues sont celles de Fr. DE VRIENDT, Les deux Vies latines de saint Vincent de Soignies (XIe-XIIe siècles). Un patrimoine littéraire sonégien?, Saint Vincent de Soignies, p. 35-50 et A.M. HELVÉTIUS, Le culte de saint Vincent à Soignies: histoire d’un conflit hagiographique du IXe au XIIe siècle, Hainaut et Tournaisis. Regards sur dix siècles d’Histoire. Recueil d’études dédiées à la mémoire de Jacques Nazet (1944-1996) éd. Cl. BILLEN, J.M. DUVOSQUEL, A. VANRIE, Tournai-Bruxelles, 2000, p. 44-49.

[33]

On voit d’ailleurs ici combien il est difficile de trancher sur ce point, puisqu’on se place ici davantage sur des sentiments un peu impressionnistes. A.M. Helvétius affirme, passim : «Une première constatation s’impose d’emblée : l’auteur est bien un religieux de Soignies, puisqu’il s’adresse à ses « chers frères » et termine son récit en précisant que Vincent a été enterré à Soignies, qu’il y bénéficie d’un culte et que des miracles s’y produisent».

[34]

HELVÉTIUS, Op. cit., passim.

[35]

La seconde Vie de Vincent (BHL 8674-8675) a été étudiée par DE VRIENDT, Op. cit., p.43-45 et HELVÉTIUS, Op. cit., p. 55-58.

[36]

Même si A.M. Helvétius reconnaît que le recueil de miracles adjoint, qui semble bien du même auteur, « tient compte des intérêts sonégiens »: HELVÉTIUS, Op. cit., passim.

[37]

Sur Landry et sa Vie (BHL 4718), on lira la petite synthèse de Fr. DE VRIENDT, Landry (saint), à paraître dans le Dictionnaire d’Histoire et de Géographie ecclésiastiques, montrant que cette vie avait été attribuée jusqu’ici à un chanoine de Soignies, œuvrant au cours du XIe s. Cf. les quelques lignes d’HELVÉTIUS, Op. cit., p. 58-59. Mais on lira par ailleurs un article de ce dernier auteur sur saint Landry lui-même, sa Vita et son culte: Les mystérieuses origines du culte de saint Landry de Soignies, Reliques et châsses de la collégiale de Soignies. Objets, cultes et traditions, p. 75-88.

[38]

Sur la Vie d’Aubert, BHL 861, voir surtout HELVÉTIUS, Abbayes, évêques et laïques, p. 332-334. En outre, cf. DE VRIENDT, Le dossier hagiographique de sainte Waudru, p. 28-30, dont la bibliographie à la n. 112.

[39]

On attend d’ailleurs incessamment la sortie de presse – en 2001 – dans les Publications du Cercle d’Histoire et d’Archéologie de Saint-Ghislain et de la Région de ce travail. Nous remercions ici D. Van Overstraeten pour les précieuses informations qu’il nous a fournies à propos de ce dossier. Vu la relative proximité de publication de cette thèse, dans laquelle le tableau d’A.M. Helvétius sera repris, confirmé ou nuancé par son auteur, je me bornerai à une simple énumération, sans plus.

[40]

La première Vie de Ghislain (BHL 3552), l’additamentum et la relatio miraculorum ont été étudiés par D. Van Overstraeten dans sa thèse inédite, puis par HELVÉTIUS, Op. cit., p. 213-231 et 325-326.

[41]

La deuxième Vie de saint Ghislain (BHL 3555-3556) a été étudiée par D. Van Overstraeten dans sa thèse inédite, puis par HELVÉTIUS, Op. cit., p. 331-332.

[42]

Voir aussi, outre la thèse de D. Van Overstraeten, HELVÉTIUS, Op. cit., p. 340.

[43]

La troisième Vie de saint Ghislain (BHL 3553) a été étudiée par D. Van Overstraeten dans sa thèse inédite, puis par HELVÉTIUS, Op. cit., p. 337-339, qui renouvelle complètement la vision de la recherche actuelle à propos de ce texte.

[44]

Reconnaissons en effet que la plupart des éditions utilisées dans les travaux sont insuffisantes. On consultera pour illustrer ce problème des éditions anciennes déficientes, l’article de G. PHILIPPART, Hagiographies locale, régionale, diocésaine, universelle. Les hagiographies du saint patron dans l’aire belge du Xe siècle, Lateinische Kultur im X. Jahrhundert. Akten des 1. Internationalen Mittellateinerkongresses (Heidelberg, 12.-15. IX. 1988), Stuttgart, 1991, p. 355-367.

Pour citer cet article

Bertrand Paul, « Études d'hagiographie hainuyère. », Le Moyen Age 3/ 2001 (Tome CVII), p. 537-546
URL : www.cairn.info/revue-le-moyen-age-2001-3-page-537.htm.
DOI : 10.3917/rma.073.0537


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