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Les cahiers internationaux de psychologie sociale | 83-95 Distribution électronique Cairn pour les éditions Éditions de l’Université de Liège. © Éditions de l’Université de Liège. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
Les jeunes français face aux valeurs traditionnelles : une étude psychosociale et interculturelle
René Mokounkolo
Laboratoire Vieillissement et Développement Adulte, Université François Rabelais, Tours, France
1Au départ à prédominance anthropologique et sociologique (Kluckhohn et Strodtbeck, 1961 ; Williams, 1968 ; Galland, 2004), le thème des valeurs (et surtout du déclin des valeurs morales, avec le spectre de la décadence à l'arrière plan) fait désormais partie des préoccupations des psychologues sociaux (Feertchack, 1996 ; Fischer, 1990 ; Schwartz, 1994 ; Wach et Hammer, 2003). Mais comme le notent Percheron (1987), Mauger (1986) et Fize (1994), les jeunes sont souvent mis en cause, soit directement (la crise des valeurs de société serait une crise de la jeunesse, consécutivement à une « nature jeune » caractérisée par la transgression et le vice), soit indirectement (jugés instables, ils refléteraient avec excès les soubresauts sociaux). Il nous semble donc nécessaire de voir si les jeunes sont invariablement hostiles ou non aux valeurs de la société des adultes généralement qualifiées de « valeurs traditionnelles ». Plus précisément, leur éventuel rejet des valeurs traditionnelles est-il systématique quelles que soient les valeurs traditionnelles considérées, ou bien des différences peuvent-elles être observées parmi eux en fonction des valeurs considérées et/ou de diverses variables sociodémographiques ou psychosociales ? Tels sont les principaux axes de réflexion qui sous-tendent la présente recherche.
2Notre recherche sur les valeurs est d'orientation psychosociale et interculturelle. Cette double perspective s'inspire notamment des travaux de Schwartz (1992, 1994) et de Fischer (1990). Le premier les définit comme les principaux guides dans la vie, et en propose une modélisation à visée quasi-universelle que nous présenterons ultérieurement. Le second rappelle que l'étude des valeurs a été primée par Znaniecki (Thomas et Znaniecki, 1918-1920), grâce à qui elle devenue le noyau central de la psychologie sociale, cette nouvelle discipline qu'il définit comme une science générale de l'aspect subjectif de la culture. Mais surtout, Fischer définit les valeurs comme « des systèmes d'évaluation sociale qui résultent d'une interaction dynamique entre l'individu et la société, interaction à travers laquelle une société ou un groupe juge les modes de conduite en fonction de normes culturelles qui les situent dans une échelle d'appréciation plus ou moins positive. Les valeurs peuvent être considérées comme les normes culturelles du jugement social » (1990, p. 17).
3Ainsi, les valeurs sont intimement liées à la culture, définie en psychologie sociale comme « l'ensemble (…) lié des significations acquises les plus persistantes et les plus partagées que les membres d'un groupe (…) sont amenés à distribuer de façon prévalente sur les stimuli provenant (…) d'eux-mêmes, induisant vis-à-vis de ces stimuli des attitudes, des représentations et des comportements communs valorisés, dont ils tendent à assurer la reproduction par des voies non génétiques » (Camilleri, 1989). En fait, l'idée du caractère culturel des valeurs, et surtout celle de leur centralité dans le fonctionnement de toute société font consensus en psychologie sociale et interculturelle (Berry, Poortinga, Segal et Dasen, 1994 ; Rockeach, 1973 ; Schwartz, 1992, 1994). Ainsi, d'une part elles constituent un ensemble d'idéaux et de principes moraux, une instance évaluative qui oriente les choix comportementaux et de vie des individus (Schwartz, 1994), d'autre part elles s'organisent de manière dynamique en « systèmes de valeurs » plus ou moins cohérents, autour des objectifs centraux d'un individu et/ou d'une société. Enfin, l'équilibre de toute société exige un consensus minimum entre catégories sociales autour d'un creuset de valeurs fondamentales relativement cohérentes entre elles : les « valeurs de société ». D'où l'intérêt de voir dans quelle mesure peuvent cohabiter, au sein d'une même société, une diversité de sous-systèmes de valeurs plus ou moins prévalentes chez différentes catégories d'individus, notamment selon leurs appartenances de sexe, générationnelles ou ethnoculturelles (Berry et al., 1994).
4Or divers auteurs soulignent le peu d'importance, voire le rejet que les jeunes manifestent à l'égard des valeurs des adultes, plus généralement considérées comme traditionnelles. S'inscrivant dans une logique internaliste, certains l'expliquent par le fait que sur le plan psychologique, l'adolescence est marquée par le goût de la transgression, la prise de risques maximum sur fond de crise identitaire (Erikson, 1968), entraînant parfois la mise en danger de soi et/ou d'autrui en lien avec une violence fondamentale en œuvre chez l'adolescent (Marty, 1999). Pour sa part, Coslin (1999) défend le postulat d'une tendance à l'indulgence qui constituerait un trait majeur de la psychologie de l'adolescent en général, celle-ci étant caractérisée par la volonté des jeunes d'établir leurs propres normes de jugement. Les jeunes tendraient ainsi parfois tout simplement à s'opposer à l'adulte, voire à le choquer pour s'affirmer. Il précise que dans cette période de transition psychologique et sociale marquée par la transgression des règles du monde des adultes et aussi la transaction qu'elle appelle nécessairement, les jeunes semblent ne pouvoir s'accomplir qu'en s'opposant ; exprimant, in fine, une prise de position plus globale sur la vie et le monde dans lequel ils vivent (Coslin, 2002). Enfin adoptant une perspective psychosociale, Funk, Elliot, Urman, Flores, et Mock (1999) stigmatisent leur désensibilisation à la violence, accentuée par la prédominance de la vie en bande qui favoriserait une sub-culture contestataire caractéristique de la construction identitaire à l'adolescence. C'est la dimension contextuelle qui est ainsi soulignée.
5Pourtant, une série d'enquêtes menées en France et en Europe entre 1999 et 2000 (Bréchon, 2000 ; Milan-Game, 2000) conduisent à relativiser le clivage jeune/adulte. Elles montrent l'existence de valeurs fondamentales trans-générationnelles, parmi lesquelles certaines renvoient aux valeurs traditionnelles familiales et religieuses, même si des valeurs jugées modernes comme l'autonomie et la liberté sont plus marquées chez les jeunes que chez les adultes.
6En somme, l'intérêt de notre étude, et surtout de sa double orientation psychosociale et interculturelle peut se résumer en trois axes majeurs. D'abord, et de manière générale, il y a le fait que les conduites sociales d'un individu sont fondamentalement liées à son système de valeurs (Moggadham, 1990 ; Olson et Zana, 1993). Ensuite, et en l'occurrence, les valeurs auxquelles croient les jeunes orientent leurs projets de vie (Manço, 1998) ; aussi, leur prise en compte dans les politiques publiques juvéniles (policières, judiciaires, éducatives) ne peut qu'en accroître la pertinence et l'efficacité. Comme souligné par Betancourt et Lopez (1993), leur connaissance est nécessairement complémentaire de celle de leurs comportements relationnels ou langagiers. Enfin, dans un contexte où domine un discours stigmatisant la transgression des « valeurs républicaines » chez les jeunes, sur fond de perte des valeurs citoyennes (Lagrange, 1998 ; Mucchielli, 2001), connaître l'importance que les jeunes accordent aux valeurs de société, ainsi que les facteurs susceptibles de les influencer, permet une approche plus globale (et surtout en amont) de leur processus de désocialisation. Dans cette situation, les jeunes issus de l'immigration qui vivent dans les banlieues dites sensibles se trouvent en première ligne. Il s'agit là d'enjeux scientifiques et pratiques majeurs qui justifient une telle recherche.
7Cela dit, nous avons conscience, en accord notamment avec Feertchak (1996), Wach et Hammer (2003), qu'étudier les valeurs constitue un véritable défi, en particulier à cause de la polysémie de ce terme qui relève plus du domaine de la subjectivité que de l'objectivité, étant de surcroît généralement connoté positivement. Par ailleurs, et sur le plan méthodologique, les chercheurs ne peuvent en principe appréhender les valeurs autrement que par inférence, avec consécutivement une marge d'incertitude plus ou moins grande. Enfin, la distinction entre valeurs traditionnelles et modernes est génératrice d'ambiguïté. Pour nous, le caractère traditionnel évoque la prédominance des relations primaires et de conformité, et l'aspect moderne une forte orientation vers l'autonomie et l'individualité, sans comporter un quelconque jugement de valeurs.
8Finalement, en partant de ce champ très vaste, nous circonscrivons notre recherche à l'analyse du degré d'importance que de jeunes français accordent à certaines valeurs traditionnelles, et surtout à l'impact des variables sociodémographiques et psychosociales ci-dessous présentées, en référence aux travaux psychosociaux et interculturels.
9Fischer (1990) observe que chaque société conditionne ses membres, en particulier les jeunes, à choisir leurs références normatives dans l'éventail qu'elle leur propose ou leur impose. Dans cette étude, nous nous intéressons à quelques facteurs sociodémographiques de différenciation des valeurs à l'intérieur de la catégorie jeune, au sein d'une même société.
10L'appartenance de sexe est l'une des principales sources de clivage souvent étudiées. Diverses recherches indiquent une plus forte tendance des femmes à se montrer en général plus attachées aux valeurs traditionnelles valorisant la conformité et notamment religieuses que les hommes, et ce quel que soit leur âge (Bréchon, 2000 ; Milan-Game, 2000). Dans ce sens, Berry, Poortinga, Segall et Dasen (1994) et Milan-Game (2000) estiment que cette situation peut être interprétée comme le signe de la persistance dans toutes les sociétés d'un clivage entre les valeurs des hommes et celles des femmes.
11S'agissant de l'âge, certains auteurs soulignent la moindre importance généralement accordée par les jeunes aux valeurs traditionnelles, voire leur rejet catégorique.
12Rappelons que notre travail ne vise pas à établir une comparaison intergénérationnelle, mais à appréhender d'éventuelles différences d'attitudes envers les valeurs traditionnelles parmi les jeunes, et notamment entre pré-adolescents et adolescents confirmés. Cela permettrait de réfuter toute vision homogénéisante et simpliste de la catégorie jeune.
13Il nous a semblé également intéressant d'analyser l'impact du niveau scolaire et du lieu de résidence des jeunes. En effet, la non conformité des jeunes aux valeurs de société, voire leur rejet sont souvent assimilés à un processus de « socialisation délinquante » (Lagrange, 1998), plus ou moins caractéristique des « banlieues sensibles » correspondant généralement aux « Zones d'Éducation Prioritaire » à forte concentration d'individus d'origine immigrée et/ou précarisés. Il s'y développerait une « identité de territoire » en marge des valeurs de société, autour des copains d'école et/ou de quartier, voire des « zones de non droit » (Jazouli, 1995 ; Payet, 2000 ; Durpaire, 2002).
14Mais surtout, les valeurs sont fondamentalement les produits de la culture (Lehman, Chiu, Schaller, 2004) qui forme par ailleurs les esprits (Vainsonneau, 1996). Il est donc indispensable de prendre en compte l'origine ethnoculturelle immigrée de certains jeunes, en lien avec le processus d'acculturation qui médiatise les rapports entre les groupes migrants et la société française. En effet, divers travaux montrent une tendance globale des jeunes issus de sociétés à dominance traditionnelle à s'éloigner du système de valeurs parental au profit de celui plus moderne de la société d'accueil. Par exemple McDermott, Char, Robillard, Hsu, Tseng et Ashton (1983) l'observent chez des jeunes d'origine immigrée qui privilégient les valeurs de leurs pairs de la société d'accueil comme l'autonomie, la réalisation de soi, et l'indépendance, au détriment des valeurs traditionnelles parentales de conformité.
15Cela dit, cette position n'apparaît ni radicale, ni systématique. Ainsi, Feldman et Rosenthal (1990), Feldman, Mont-Reynaud et Rosenthal (1992) constatent que de jeunes chinois immigrés ou nés aux États-Unis adoptent des valeurs de socialisation environnantes tout en maintenant certaines valeurs traditionnelles qui expriment leur loyauté envers la famille. Mais dans certains domaines, ils se différencient à la fois des jeunes du pays d'accueil et de ceux restés au pays. De même, adoptant une méthodologie trans-générationnelle, Lalonde et Cameron (1993) et Cameron et Lalonde (1994) notent que de jeunes canadiens d'origine italienne se montrent globalement plus attachés aux valeurs modernes emblématiques du « nouveau monde » qu'à celles traditionnelles de « l'ancien monde » parental, tout en conservant néanmoins quelques unes de ces valeurs jugées fondamentales. En France, Mokounkolo, Fouquereau et Rioux (2002) montrent que tout en se déclarant plus modernes que leurs parents, de jeunes français d'origine algérienne jugent plus positivement certaines valeurs traditionnelles (comme la solidarité, le respect des aînés, l'honneur de la famille, etc.) que des valeurs dites modernes telles que la recherche d'un épanouissement personnel et la liberté sexuelle, etc.
16Enfin, nous nous intéressons à l'impact de variables psychosociales, à savoir les qualités morales privilégiées par les jeunes, et qui renvoient aux « manières d'être de quelqu'un », à des « dispositions bonnes ». L'établissement d'un lien hypothétique entre les qualité et les valeurs repose notamment sur les travaux de Schwartz (1994) et Rockeach (1972, 1973) qui montrent l'existence d'une inter-stimulation entre les qualités idéalisées par un individu et les valeurs auxquelles il croit ; même si les différences entre qualité et valeurs ne sont pas toujours aisément identifiables. Sur ce plan, nous voulons cerner l'impact des qualités morales idéalisées par les jeunes sur l'importance qu'ils accordent aux valeurs traditionnelles.
17En définitive, dans cette recherche nous nous sommes référé au modèle de Schwartz dont nous ne présenterons ici que les éléments éclairant notre propre démarche.
18Rappelons que Schwartz (1994) a élaboré son modèle en reprenant et en développant les travaux de Rockeach (1972, 1973). Bien que ne portant pas spécifiquement sur les jeunes et sur un domaine particulier, son modèle et l'outil qui l'opérationnalise (cf. la partie « Mesures et procédure ») permettent d'intégrer dans notre étude la double orientation psychosociale et interculturelle que nous avons choisie. Sans aller dans les détails, précisons que ces auteurs conçoivent les valeurs comme des systèmes incluant tout à la fois des « croyances « et des « buts transsituationnels » attrayants dont l'importance varie, qui servent de principaux guides dans la vie, et qui entretiennent des rapports d'inter-stimulation avec les qualités idéalisées par un individu (Schwartz et Bilsky, 1987, 1990).
19Ce modèle allie la variabilité des systèmes de valeurs selon les cultures et/ou les sociétés avec l'existence de valeurs basiques communes à toute société, et qu'il estime répondre à trois besoins jugés universels : physiologiques, de coordination des interactions sociales, et de régulation fonctionnelle. Il intègre donc l'idée que des systèmes de valeurs différents (par exemple traditionnel vs moderne) puissent cohabiter plus ou moins harmonieusement chez un individu, et que leur poursuite entraîne des conséquences psychologiques, pratiques et sociales opposées ou complémentaires. En définitive, le modèle de Schwartz est sous-tendu par une théorie des contenus et des structures des valeurs qui a permis de mener des comparaisons interculturelles, et en a fait une référence quasi-universelle (Sagiv et Schwartz, 1995 ; Schwartz, 1992, 1994 ; Schwartz et Bilsky, 1987, 1990 ; Schwartz, Melech, Lehman, Burgess, Harris et Owen, 2001).
20Pour ces raisons, le modèle de Schwartz nous semble constituer une référence pertinente pour poser la problématique des valeurs de jeunes français dans un contexte social et culturel hétérogène.
21La présente recherche vise trois objectifs majeurs :
22(1) analyser les attitudes de jeunes français envers les valeurs traditionnelles et, plus précisément, mesurer l'importance qu'ils y accordent. Nous nous attendons à ce qu'ils y accordent une importance modérée ; du moins qu'ils ne les rejettent pas radicalement ;
23(2) appréhender l'impact de diverses variables sur ces attitudes. Ainsi, deux types de variables sont étudiés, à savoir : (a) des variables sociodémograhiques (le « sexe », l'« âge », le « cycle scolaire », l'« origine ethnoculturelle », et la « localisation géographique ») et, (b) des variables psychosociales (les qualités morales idéalisées).
24(a) Concernant les variables sociodémographiques, cinq hypothèses sont envisagées :
25(3) Enfin, rechercher, parmi toutes ces variables sociodémographiques et psychosociales, lesquelles se révèlent être des prédicteurs significatifs des attitudes des jeunes envers les valeurs traditionnelles. Nous n'avons cependant pas émis d'hypothèse précise à ce propos.
26Notre population est composée de 359 jeunes Français âgés de 14 à 23 ans (M=17.26 ans ; σ=1.78). 59,38% sont des préadolescents âgés entre 14 et 17 ans et 40,62% des adolescents âgés entre 18 et 23 ans. Par ailleurs, 65% sont de sexe masculin, et 35% de sexe féminin. Notons aussi que 32,50% sont scolarisés dans des collèges et lycées d'enseignement professionnel situés dans des communes de la région parisienne, et 67,50% dans la Région Centre. Il s'agit toutes de communes populaires. Les élèves sont tous nés en France et de nationalité française. Enfin, sur le plan ethnoculturel, ils se distinguent selon qu'ils ont leurs deux parents d'origine française (79,33%) ou étrangère, et plus précisément noire africaine ou maghrébine (20,67%). Les jeunes issus de parents maghrébins et noirs africains ont été choisis parce que ces deux groupes constituent les minorités migrantes les plus « visibles » et aussi les plus stigmatisées en France, et de ce fait emblématiques de la confrontation des valeurs dans le contexte acculturatif français (Sabatier et Berry, 1994).
27Deux principaux outils ont été utilisés dans cette recherche :
28– « L'échelle de valeurs » : conformément au modèle théorique et aux objectifs précédemment exposés, les attitudes des jeunes envers les valeurs traditionnelles ont été explorées à l'aide du Schwartz Values Survey (Schwartz, 1992, 1994 ; Schultz et al. 1999). Cette échelle comprend 52 items répartis entre dix types fondamentaux (ou idéal-types) de valeurs basiques biologiques et sociaux, que Schwartz estime être universels. Les dix valeurs-types sont à leur tour regroupées dans quatre dimensions ou sous-échelles, à savoir : l'Auto-dépassement (2 facettes), l'Auto-valorisation (2 facettes), l'Ouverture au changement (3 facettes) et la Tradition (3 facettes) (pour plus de détails, voir Schwartz, 1992, 1994 ; Schwartz et Bilsky, 1987 ; Schultz et Zeleny, 1999). Les répondants indiquent l'importance qu'ils accordent à chaque valeur à l'aide d'une échelle de Likert allant de (1) « Aucune importance », à (5) « Extrêmement d'importance ».
29La portée interculturelle du modèle et de l'échelle des valeurs de Schwartz a été établie par de larges recherches menées par différents chercheurs dans plus d'une soixantaine de pays sur les cinq continents (Austers, 2002 ; Flannery, Reise et Yu, 2001), y compris en France (Berry, Poortinga, Segall et Dasen, 1994 ; Spini, 1999 ; Wach et Hammer, 2003).
30Précisons cependant qu'en accord avec nos objectifs d'appréhender les attitudes des jeunes envers les valeurs traditionnelles, nous n'utilisons que la sous-échelle Tradition, (ou Conservatisme, selon Stern, Dietz, Kalof et Guagnano, 1995). Celle-ci comporte 17 valeurs réparties entre trois facettes, à savoir : le Conformisme (4 items), le Traditionalisme (6 items) et la Sécurité (7 items). Les valeurs constitutives de ces facettes apparaissent emblématiques de la solidarité mécanique caractéristique de la culture traditionnelle (Austers, 2002 ; Schultz et al., 1999).
31Nous avons commencé par traduire cette sous-échelle en français, selon la méthode du double aveugle préconisée par Vallerand (1989), avant de la soumettre à des experts (psychosociologues et éducateurs) appelés à se prononcer sur la clarté des items et sur leur adaptation au contexte français. Par la suite, la version française a été testée auprès d'adolescents de niveau scolaire et de milieux socioculturels similaires à ceux de notre population de recherche. En définitive, aucune modification ne s'est avérée nécessaire, les items ayant tous été jugés aisément compréhensibles. Ils sont présentés dans le tableau 1.
Tableau 1 - Moyennes et écart-types des scores bruts obtenus au questionnaire de valeurs

32– « Le questionnaire de qualités » : Les qualités idéalisées par les jeunes ont été appréhendées à l'aide de la version française d'un questionnaire mesurant 11 qualités, utilisé en France dans le cadre d'une série d'enquêtes comparatives menées au niveau européen (Bréchon, 2000). Certaines qualités peuvent être considérées comme plutôt traditionnelles, étant orientées vers la conformité sociale (par exemple : « la foi religieuse », et « l'obéissance »), et d'autres comme « l'indépendance » et « l'imagination » plutôt modernes, car valorisant l'autonomie et l'individualité qui semblent plus conformes à l'air du temps. Naturellement, cette catégorisation est toute relative. La consigne générale était la suivante :
33
34La liste des qualités figure dans le tableau 3, avec indication de leur caractère moderne ou traditionnel.
35Enfin, des informations ont également été recueillies sur le sexe, l'âge, le cycle scolaire fréquenté, le pays de naissance, la nationalité, le pays de naissance du père et de la mère, ainsi que la commune d'habitation.
36Les passations du questionnaire se sont déroulées dans des établissements scolaires, après accord des responsables et sur la base du volontariat, en présence d'un enquêteur initié aux précautions méthodologiques d'usage.
37Pour mesurer l'importance accordée par les jeunes aux valeurs traditionnelles, nous avons procédé à une première série d'analyses statistiques descriptives. Le tableau 1 regroupe pour chaque valeur, la moyenne, l'écart-type des scores bruts, et le nombre de répondants.
38Les moyennes obtenues varient de 2.77 pour la valeur « religion » (la plus faible) à 4.73 pour la valeur « santé » (la plus forte). Les écart-types vont de .61 pour la valeur « sécurité de la famille » à 1.44 pour la valeur « religion ». Remarquons que la valeur « religion » obtient le score moyen le plus bas et la dispersion des réponses la plus élevée.
39Les résultats bruts obtenus ont ensuite été soumis à une analyse par échelonnement multidimensionnel, afin de vérifier leur adéquation avec la structure théorique du modèle de Schwartz. Pour cela, nous avons utilisé la technique d'analyse des plus petits espaces (« Smallest Space Analysis ») élaborée par Guttman (1968) et Lingoes (1973). Cette analyse permet de représenter les items dans un espace euclidien de telle sorte que les items soient d'autant plus proches que leur corrélation est élevée (Tournois et Dickes, 1993).
40Nous avons opté pour la solution bidimensionnelle basée sur les coefficients d'aliénation et de contrainte qui constituent des indices d'ajustement des données tout à fait corrects lorsqu'ils sont compris entre .15 et .20. Le critère le plus souvent retenu est celui de l'interprétabilité de la solution (Donald et Canter, 1990). Ayant observé dans notre cas un coefficient d'aliénation de .19 et un coefficient de contrainte de .16, nous pouvons donc considérer que la solution bidimensionnelle permet une représentation géométrique de la matrice de corrélations assez pertinente et aisément interprétable. Les résultats sont détaillés dans le tableau 2.
41Comme attendu, et en accord avec le modèle de Schwartz (1992, 1994), nous pouvons repérer dans cet espace trois régions renvoyant aux trois facettes de la sous-échelle Tradition, à savoir : le Traditionalisme, la Sécurité et le Conformisme. Enfin, toutes les valeurs sont présentes dans les facettes postulées par le modèle de Schwartz.
42Pour analyser l'impact des variables étudiées sur les attitudes des jeunes envers les valeurs traditionnelles, nous avons effectué une analyse de corrélation entre (a) les scores moyens attribués par les jeunes à chacune des facettes de la sous-échelle Tradition (Traditionalisme, Conformisme et Sécurité), (b) les variables sociodémographiques et (c) les variables psychosociales. Les résultats figurent dans le tableau 3.
Tableau 3 - Corrélations entre les trois dimensions de la sous-échelle de valeurs « Tradition », les variables sociodémographiques et psychosociales

43Globalement, les liens observés avec les valeurs sont significatifs mais modestes. En effet, seules les variables « âge » et « cycle scolaire fréquenté » ne sont corrélées avec aucune des trois facettes de la sous-échelle Tradition. Par contre, la variable « sexe » corrèle significativement à .05 avec les facettes Sécurité (r=.25), Traditionalisme (r=.22) et Conformisme (r=.17), et la variable « origine ethnoculturelle » avec les facettes Traditionalisme (r=.32) et Conformisme (r=.12). Enfin, la variable « Région de résidence » corrèle avec les facettes Traditionalisme (r=.14) et Sécurité (r=.11). Ces liens sont tous positifs.
44À ce niveau, notons que les qualités « sens des responsabilités » et « esprit d'économie » ne corrèlent avec aucune facette de la sous-échelle. En revanche, les autres qualités sont corrélées modérément, mais significativement à .05 avec au moins une des trois facettes.
45D'une part, celles considérées comme plutôt traditionnelles le sont positivement. Ainsi, la qualité « bonnes manières » l'est avec le Conformisme (r=.20) et la Sécurité (r=12), et la « tolérance et le respect des autres » avec la Sécurité (r=13) et le Conformisme (r=.12). Enfin, la « foi religieuse » et la « générosité » corrèlent positivement avec le Traditionalisme (respectivement r=.27 et r=.12), et « l'obéissance » avec le Conformisme (r=.17).
46D'autre part, les qualités plutôt assimilables à la modernité sont corrélées négativement avec les trois facettes de la sous-échelle : « l'indépendance » avec le Conformisme (r=-.19) et la Sécurité (r=-.15), « l'application au travail » avec le Traditionalisme (r=-.11), « l'imagination » avec la Sécurité (r=-21) et le Conformisme (r=-14), enfin, la « persévérance » avec le Conformisme (r=-18).
47Enfin, pour atteindre notre troisième objectif qui était d'appréhender les prédicteurs des attitudes des jeunes envers les valeurs traditionnelles, trois analyses de régression incrémentielle ascendante ont été menées en prenant successivement comme critères les trois facettes de la sous-échelle Tradition, à savoir : (a) le Traditionalisme, (b) le Conformisme et (c) la Sécurité. Les prédicteurs introduits sont les variables sociodémographiques et psychosociologiques (les qualités idéalisées) corrélées avec ces dimensions. Les résultats sont détaillés dans le tableau 4.
Tableau 4 - Analyse de régression (pas à pas) avec les dimensions du questionnaire de valeurs prises successivement comme critères, les variables sociodémographiques et psychosociales comme prédicteurs

48La « culture d'origine » (R2=.102, p < 0000001), le « sexe » (R2=.031, p < .0004) et la qualité « foi religieuse » (R2=.017, p < 008) sont des prédicteurs significatifs à .05 de la dimension Traditionalisme (R=402 ; R2=161). Ainsi, les jeunes d'origine immigrée, les filles en particulier sont celles qui accordent le plus d'importance au Conformisme, et cela d'autant plus qu'elles déclarent une « foi religieuse ».
49Les qualités « bonnes manières » (R2=382, p < 002), le sexe (R2=249, p < 002), l'origine ethnoculturelle (R2=155, p < 01), et à un moindre degré, la qualité « tolérance et respect » (R2=178, p < 008) ainsi que « l'obéissance » (R2=238, p < 002) sont des prédicteurs significatifs à .05 des valeurs de Conformisme (R=.361 ; R2=.130). Autrement dit, les jeunes qui idéalisent les « bonnes manières » et notamment les filles d'origine ethnoculturelle immigrée sont celles qui accordent le plus d'importance au Conformisme, en particulier si elles sont attachées aux qualités de « tolérance et respect », et d'« obéissance ».
50Le sexe (R2=056, p<000006) et à un moindre degré la qualité « imagination » (R2=31, p<0006) sont des prédicteurs significatifs à .05 de la dimension Sécurité (R=.328 ; R2=.108). Ainsi, les jeunes filles, notamment celles qui valorisent le moins la qualité « imagination », sont celles qui accordent un surcroît d'importance à la valeur Sécurité (R=328, R2=108).
51Notons, enfin, que l'« âge » et le « cycle scolaire fréquenté » n'apparaissent comme des prédicteurs d'aucune des trois dimensions de la Tradition.
52Rappelons que se situant dans une perspective psychosociale et interculturelle, la présente recherche visait (a) à mesurer le degré d'importance accordée par de jeunes français à diverses valeurs traditionnelles, (b) à cerner l'impact de certaines variables sociodémographiques et psychosociales sur leurs attitudes, et (c) à établir lesquelles parmi ces variables pouvaient être considérées comme des prédicteurs de ces attitudes.
53Pour ce faire, nous avons préalablement vérifié, avec succès, l'adéquation de nos données avec le contenu et la structure en trois facettes de la sous-échelle « Tradition » de l'échelle de valeurs de Schwartz (1994).
54(a) S'agissant de l'importance accordée par les jeunes aux valeurs traditionnelles, les résultats révèlent une forte adhésion des jeunes aux valeurs traditionnelles étudiées (M=4,09 sur une échelle en 5 points). Ils confirment ainsi une tendance déjà observée en France notamment par Lemel (2000) et Bréchon (2000). Plus généralement, ils contribuent à relativiser le postulat d'une dichotomie radicale entre les valeurs des jeunes et des adultes.
55(b) Quant à notre second objectif d'appréhender l'impact de certaines variables sociodémographiques et psychosociales sur les attitudes des jeunes, les résultats sont contrastés :
56En effet, la variable sexe est associée, d'une part à « l'origine ethnoculturelle » et à la « foi religieuse » pour prédire un surcroît d'importance accordée au Traditionalisme, et, d'autre part à « l'origine ethnoculturelle » et aux qualités traditionnelles (« bonnes manières », « obéissance », et « tolérance et respect des autres ») comme prédicteurs du Conformisme ; enfin à la qualité « imagination » comme prédicteurs de la Sécurité. Ce résultat semble exprimer une convergence entre le fait d'être une fille, l'origine ethnoculturelle immigrée et les qualités traditionnelles, pour prédire un surcroît d'importance accordée aux valeurs traditionnelles. Cette configuration incite à analyser plus finement dans quelle mesure s'exerce l'influence de l'univers traditionnel familial, et surtout religieux, sur les valeurs et les qualités qui guident ces jeunes, et notamment les filles. Cette question nous semble cruciale face à une société française portée par les valeurs de la modernité et de la laïcité, et au regard de ce qui est stigmatisé aujourd'hui comme « risque islamiste » ou « intégriste » chez les jeunes issus de l'immigration maghrébine. En effet, certains acteurs sociaux ont du mal à comprendre par exemple que pour de nombreux jeunes qui se retrouvent en prison pour fait de délinquance, la foi religieuse et les valeurs y afférentes soient parfois choisies comme des moyens de se faire une morale qui les préserve des déviances sociales ; et cela sans forcément tomber dans l'extrémisme religieux. Il est vrai qu'il s'agit surtout de garçons.
57En tout état de cause, ces résultats sont certainement à rapprocher en particulier de ceux de Malewska (2002) qui observe que de nombreuses jeunes filles d'origine immigrée de culture familiale musulmane, présentent fréquemment leurs références religieuses comme faisant partie de leurs « valeurs identitaires » qui sont de ce fait les plus difficilement négociables. En même temps, il apparaît que globalement elles n'ont pas un rapport à la religion significativement différent de celui de la plupart des jeunes françaises de souche. Pour elles, en effet, la référence à la religion paraît n'être avant tout qu'un moyen d'affirmer collectivement leur identité d'origine, généralement stigmatisée (Soufi, 1991). Il ne s'agit donc nullement d'un rejet, a priori, des valeurs républicaines de la France où elles sont presque toutes nées, et où elles entendent vivre pleinement leur identité plurielle (Conzales-Quijano, 1987).
58Plus concrètement, cette dialectique des valeurs chez les jeunes filles peut s'observer dans la détermination de certaines d'entre elles à porter le « foulard islamique », emblématique de la tradition, parfois au nom justement des valeurs modernes de liberté prônées en France. D'autres au contraire (mais parfois les mêmes aussi) s'engagent dans des mouvements de défense des « valeurs républicaines » et entendent s'émanciper de l'emprise exercée par certains de leurs « frères » au nom de la préservation des valeurs communautaires, en l'occurrence de l'honneur familial. Ayant une identité plurielle, ces jeunes semblent ainsi privilégier l'intégration, une stratégie d'acculturation qui leur permet de d'exprimer leur modernité tout en restant fidèle à certaines valeurs traditionnelle de la culture d'origine (Bouamama et al. 2002 ; Ezembe, 2002). On peut les considérer comme constitutives des noyaux durs identitaires qui sont conservés dans le cadre d'un processus dialectique de négociation d'un équilibre identitaire entre tradition et modernité (Camilleri, 1990 ; Moghaddam, 1990). Par conséquent, ce « paysage mental » contrasté semble traduire leur recherche d'un modus vivendi visant à articuler leur idéal individuel (fondamentalement similaire à celui de leurs homologues français de souche) avec la préservation de certaines valeurs parentales (Flanquart, 2003), et à exprimer le caractère composite et parfois paradoxale de leurs valeurs (Doise, 1990).
59D'où l'intérêt d'analyser les attitudes de ces jeunes envers les valeurs traditionnelles au regard de la psychologie de l'adolescence, mais aussi du contexte social d'acculturation. Leurs attitudes n'étant probablement pas indépendantes des stratégies d'acculturation généralement utilisées par les migrants, et qui visent pour l'essentiel à concilier le maintien des valeurs du groupe d'origine avec les emprunts effectués au groupe d'accueil (Berry, 1989 ; Camilleri, 1990).
60Au terme de ce travail sur les valeurs de jeunes français, nous avons conscience de certaines limites de nos résultats qui invitent à en relativiser la portée. Ainsi, même si les valeurs étudiées sont représentatives des valeurs traditionnelles, leur nombre a été limité par la nature même de l'outil que nous avons utilisé. Notre recherche a porté sur un effectif de jeunes issus de l'immigration relativement faible par rapport à celui des jeunes français de souche. Un effectif plus grand aurait surtout permis d'affiner nos analyses, notamment en prenant en compte les spécificités des pays d'origine, afin d'appréhender d'éventuelles différences entre migrants. Enfin, les liens observés entre les variables sociodémographiques et psychosociales, d'une part, et les trois facettes de la sous-échelle des valeurs traditionnelles, d'autre part, sont somme toute modestes ; ce qui réduit la portée de ces résultats, empêchant notamment toute généralisation à l'ensemble des jeunes français.
61En dépit de ces réserves, notre recherche nous semble néanmoins confirmer le caractère composite et multidéterminé des valeurs des jeunes. La perspective psychosociale et interculturelle que nous avons privilégiée, souligne la nécessité de considérer la situation des jeunes issus de l'immigration, eux qui incarnent de manière souvent paroxystique les difficultés de gérer l'hétérogénéité culturelle des systèmes de valeurs, en plus de la phase de crise de l'adolescence qu'ils traversent (Erikson, 1968). En effet, plus que leurs homologues français de souche, ils doivent gérer de manière particulièrement cruciale la confrontation entre le système de valeurs français et celui de leurs racines parentales, en plus du classique clivage jeunes/adultes ; une « conflictualité culturelle » généralement vécue sous le mode de la « paradoxalité » (Manço, 1998 ; Phalet et Claeys, 1993). Et cela même si des auteurs comme Flanquart (2003) estiment que les points de tension avec le paysage mental moderne du reste de la population française sont incapables de remettre en cause leur intégration dans la société française.
62En définitive, nos résultats confirment surtout que l'étude de l'adaptation sociale des jeunes serait partielle si elle se limitait à leurs seuls comportements, puisque les valeurs déterminent très largement les attitudes et les comportements des individus (Olson et Zana, 1993). En effet, les valeurs concernent leur jugement moral, en particulier en terme de capacité de décision et de libre arbitre qui implique l'intériorisation mais aussi la transaction des valeurs sociales (Coslin, 1999 ; Hausman, 1984 ; Hirschi, 1969). Cette perspective rejoint la préoccupation plus générale de Coslin (2002) qui invite au développement d'une psychologie morale française, qu'il estime en retard sur le monde anglo-saxon, et qui plus est, dans un contexte de forte controverse à propos de la « crise du modèle républicain » et de la « fracture culturelle ».
René Mokounkolo
Laboratoire Vieillissement et Développement Adulte, Université François Rabelais, Tours, France
[ *] Pour toute correspondance relative à cet article, s’adresser à René Mokounkolo, Laboratoire « Vieillissement et Développement Adulte », Université François Rabelais de Tours, 3 rue des Tanneurs, 37041 Tours cedex 1, France ou par courriel à <mokounkolo@univ-tours.fr>.