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Clio. Histoire, femmes et sociétés | n11-n11 Distribution électronique Cairn pour les éditions Presses Universitaires du Mirail. © Presses Universitaires du Mirail. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. |
Virginie De Luca Barrusse, Les familles nombreuses. Une question démographique, un enjeu politique, France (1880-1940)
Anne Cova
1Virginie De Luca Barrusse, Les familles nombreuses. Une question démographique, un enjeu politique, France (1880-1940), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, 242 pages.
2Virginie De Luca Barrusse s'intéresse depuis plusieurs années aux associations qui défendent les familles
3L'ouvrage analyse, avec finesse, le contexte dans lequel est née l'Alliance. Ce n'est pas un hasard si ce groupe est fondé l'année où sont publiés les résultats du recensement qui montrent, que, depuis 1890 et à quatre reprises, le renouvellement des générations n'a pas été assuré. Initialement, d'ailleurs, l'Alliance se nomme Alliance nationale contre la dépopulation, indiquant bien son souci de combattre ce qu'elle considère comme un véritable « fléau ». Le statisticien Jacques Bertillon, fondateur de ce groupe, s'entoure d'une équipe exclusivement masculine comme le souligne dans la préface Catherine Rollet. L'Alliance fonctionne tel un groupe de pression dont le souhait est d'impulser une politique en faveur de la natalité et elle bénéficie de nombreux soutiens parmi les parlementaires.
4Après avoir montré que les familles nombreuses constituent un enjeu démographique, politique et social (titre de la première partie du livre), l'A. étudie les moyens de la propagande en leur faveur (deuxième partie). Ceux-ci sont extrêmement variés et V. De Luca Barrusse insiste sur la « redoutable efficacité » des militants natalistes « dans l'usage des indicateurs démographiques » (p. 16). Ainsi, le pouvoir que confèrent les chiffres comme garantie de sérieux et le savoir des experts sont habilement utilisés par l'Alliance.
5À travers la lecture de nombreuses sources (bulletin, correspondances, procès-verbaux des réunions, congrès, presse, etc.), dont les précieuses archives des associations (celle de la Fondation Cognacq-Jay notamment), l'A. analyse comment les familles nombreuses sont devenues un véritable enjeu politique, une question nationale pendant une période clef : la Troisième République. Attentive à la chronologie, elle distingue plusieurs moments: la naissance d'un mouvement en faveur des familles nombreuses à la fin du xixe siècle, suivie pendant la Grande Guerre d'un regroupement des diverses associations ; enfin, l'entre-deux-guerres, qui se caractérise par une mobilisation accrue en faveur des familles nombreuses (comme l'atteste l'organisation de plusieurs congrès sur la natalité). À l'intérieur de ces temps forts, les familles nombreuses sont tour à tour louangées et dénigrées. Si elles connaissent leur heure de gloire pendant l'entre-deux-guerres, les néo-malthusiens et les féministes néo-malthusiennes en particulier ne cessent de railler les « repopulateurs » qu'elles surnomment « la bande Bertillon et Cie ».
6Parmi les revendications en faveur des familles nombreuses figurent celles qui ont trait aux impôts, logement, transport, héritage, service militaire, vote familial, allocations familiales, etc. À côté de ces avantages qui favorisent les familles nombreuses on trouve des mesures honorifiques, telle la fête des mères d'abord conçue pour les familles méritantes, à savoir les familles nombreuses, avant de s'étendre à toutes les mères.
7Au terme de cette riche et fine histoire démographique et politique, l'A. pose la question fondamentale de l'efficacité de la propagande en faveur des familles nombreuses. En effet, l'écart entre les discours et les comportements est patent puisque le taux de natalité ne cesse de baisser pendant toute la période. Néanmoins, le code de la famille et de la natalité française de 1939 marque le triomphe de cette politique en faveur des familles nombreuses et participe à la mise en place d'un climat qui est à l'origine de la politique familiale française. Pour finir, souhaitons avec Catherine Rollet que V. De Luca Barrusse engage de nouvelles recherches sur d'autres populations vulnérables, comme les femmes seules notamment, et élargisse son horizon au niveau européen
Anne Cova
[ 1] Virginie de Luca (dir.), Pour la Famille. Avec les familles. Des associations se mobilisent (France, 1880-1950), Paris, L'Harmattan, coll. « Logiques sociales », 2008.
[ 2] Ce souhait s’est en partie réalisé avec la publication de : Guy Brunet, Virginie De Luca Barrusse, Danielle Gauvreau, Michel Oris (dir.), Une démographie au féminin. Trajectoires et risques dans le parcours de vie, New York, Peter Lang, 2009.